Dans le Tardis, le docteur s'escrimait sur la console alors que Yaz examinait les lieux.

- Pas mal, dit-elle.

Le docteur arrêta un instant ses recherches.

- C'est tout ce que vous trouvez à dire?

- Celui de mon docteur est pas mal aussi.

- Mouais, je suppose, répondit le docteur évasif.

La console du Tardis émit une série de grésillement un bip, le docteur fit pivoter l'écran sur lequel s'affichait les photos des disparus à côtés de photos de divinités éloignés.

- Voilà les résultats. Sur les dix-sept disparus, nous avons douze divinités.

- Camille est devenue la divinité Cami de Koltomak 2.

- Son ami Léopold ne semble pas figurer au panthéon.

- Ça n'a pas dû marcher avec lui.

- Vous voulez dire qu'il est mort?

- C'est ça, où le Tardis n'a pas retrouvé sa statue.

- Cette homme Raphaël est devenu Rapha de Kirr' Septha.

- Ici on a une Myriam qui serait devenu Myra sur Soporopo 23, reprit Yaz. Et là, on a un Carlo qui est devenu Acar sur Jutsutura.

- Tous dans le même secteur de la même Galaxie, réfléchit le docteur. Ce n'est pas un hasard, nos kidnappeurs ont pignon sur rue là-bas.

- Ça devrait faciliter les recherches, ironisa Yaz.

- Tout à fait, reprit le onzième docteur sans réaliser que Yaz était ironique

- Vous n'êtes pas sérieux!

- Bien sûr que je le suis.

Il pianota quelques coordonnées sur la console et fit apparaître une carte spatiale.

- Toutes ces planètes font partis d'un marché interplanétaire d'où elles échangent de ressources entre elles. Ce marché est centralisé sur la planète naine de Lo.

- Juste Lo?

- C'est une planète naine, il ne faut pas trop lui en demander. Elle n'est pas habitée, mais elle est située au milieu de tous ces mondes, ce qui en fait un endroit parfait. Tout ce que nous allons à faire, c'est d'y aller pour faire nos emplètes.

- Après tout, nous sommes en pénurie de divinités par ici, alors allons en magasiner une nouvelle.

- Et c'est parti, s'exclama le docteur en abaissant le levier!

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Le docteur prit son tournevis sonique et le plaça sur la petite table basse devant le prêtre. Ils les avaient fait entrer dans une petite pièce simplement décorée sur le côté du dôme où des fauteuils en osiers étaient répartis autour d'une petite table en bois. Ils s'y étaient installés.

- Acceptez-vous que j'enregistre la conversation?

Le Sircéral accepta d'un geste. Clara se demanda depuis quand le tournevis sonique du docteur pouvait servir d'enregistreur. Puis, elle réalisa que ce n'était sans doute pas le cas. Le docteur s'en servait seulement pour avoir l'air crédible. Et du même coup, peut-être sonder discrètement les lieux.

- Pouvez-vous nous expliquer comment ça a commencé, demanda le docteur?

- Il y a trois milles ans, la déesse Cami est descendue sur notre monde pour l'inonder de son amour.

- Avez-vous la date exacte, demanda le Seigneur du temps?

Le prêtre lui lança une drôle de regard. Clara réalisa que cette docteure du futur était aussi maladroite que son docteur dans ce genre de situation. Il faudrait encore qu'elle prenne les choses en mains.

- Grand Sircéral, dit-elle avec déférence, pouvez-vous nous dire qu'elle était la situation sur votre monde à l'époque où la déesse Cami est descendue parmi vous?

- C'était après le grand chaos de la crise écologique. Le gouvernement provisoire venait d'être instauré et le peuple avait besoin d'être guidé spirituellement. La déesse nous a sauvé du vide spirituel dans lequel nous étions plongés.

Le gouvernement provisoire a donc décidé de faire l'acquisition d'une déesse pour donner espoir au peuple à une époque difficile, pensa Clara.

- Oui, bien sûr, dit le docteur, et c'est la déesse qui a permis à votre peuple de remonter la pente.

- Elle a produit de nombreux miracles. Elle a fait renaître la nature et l'a fait grandir. Elle a redonné l'espoir au peuple. Cami est la déesse de la vie, sous toutes ses formes.

- Qui dirigeait le gouvernement provisoire à l'époque, reprit Clara? Nous devons mieux cerner le contexte historique.

- Bien sûr, c'était le conseil des Girmey. Ils ont régné pendant cinq ans avant qu'un gouvernement plus solide ne soit installé. Pour saluer leurs efforts, Cami est venue vers nous dès le début de leur mandat.

Le docteur reprit le tournevis.

- Je vous remercie, dit-elle. Ce fut très instructif. Nous avons maintenant un article à écrire. Venez Clara!

- C'est tout, s'exclama le prêtre! Nous n'avons qu'effleuré la surface.

- Mais c'était toute une surface : une surface géniale!

- Nous avons des recherches historiques à faire sur le sujet, ajouta Clara. Nous aurons peut-être d'autres questions à vous poser après.

Le Grand Sircéral se calma.

- Bien sûr, dit-il en souriant, ma porte vous est ouverte.

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Le planète naine Lo était aussi humble que son nom. La petite planète désertique et pierreuse accueillait un dôme sous lequel une centaine de bâtiments servait de lieu privilégié pour toute de sorte d'échanges de biens et pour négocier des accords économiques.

À l'intérieur de la bulle, ça ressemblait à une petite ville, ou plutôt à son artère commerciale. Il y avait bien quelques habitations dans les zones périphériques, mais sinon, tout le secteur était voué au commerce.

Une piste d'atterrissage et un hangar pour les vaisseaux spatiaux se trouvaient à l'extérieur du dôme, mais ce n'est pas à cet endroit que le Tardis atterrit. La cabine de police se matérialisa au bout d'une ruelle dans un cul-de-sac. La porte s'ouvrit et Yazz en sortit la première. Le docteur la suivit et claqua des doigts, la porte se referma.

- Nous sommes arrivé de nuit, dit Yaz.

- Il n'y a pas de nuit sur Lo. Nous sommes trop loin de son étoile, alors il y fait toujours sombre.

Le docteur s'avança dans la ruelle suivit de la jeune policière. Dès qu'ils rejoignirent la rue, la ville prit naissance devant leurs yeux. Les panneaux lumineux et les néons n'étaient pas sans rappeler ceux des grandes villes terriennes. À cela s'ajoutaient des animations holographiques et des décorations lasers très abstraite.

Le onzième docteur sortit son tournevis sonique.

- Que faites-vous, demanda Yaz?

- J'essaie de retrouver les kidnappeurs.

- Avec ce truc?

Le docteur parut offensé.

- Ce tournevis est beaucoup plus cool que celui de ma contrepartie futuriste.

- Peut-être, admit la jeune femme, mais elle l'a fabriqué avec des cuillères.

- Vraiment, s'étonna le onzième avec une fierté non dissimulée dans le regard! Un jour : je vais fabriquer un tournevis sonique avec des cuillères. Ça aussi, c'est cool. D'accord, je retire ce que j'ai dit sur son tournevis.

- Je n'essayais pas de comparer vos tournevis, dit alors la policière. Jamais je n'oserais. Je me demandais seulement comment vous comptez scanner les environs pour trouver notre kidnappeur quand nous ne savons pas exactement quoi chercher.

- Très juste, admit le docteur en rangeant son outil. J'espérais qu'il détecterait une anomalie. Avez-vous une meilleure idée?

- Promenons-nous, regardons les enseignes et questionnons les gens.

- La bonne vieille méthode, lente et ennuyante, maugréa le seigneur du temps.

- Mais efficace, dit-elle. Si vous voulez aller plus vite; alors le mieux, c'est de se séparer.

Le docteur étudia le paysage un moment.

- D'accord, je fais la partie est et vous faite la partie ouest de la ville. On se retrouve au Tardis dans deux heures.

Yaz acquiesça d'un mouvement de tête et prit la direction d'une bifurcation vers l'ouest.

- Yaz, s'écria le docteur!

Elle se tourna vers lui.

- Ça fait longtemps que vous voyagez avec moi?

- Une heure, peut-être deux, je dirais.

Puis, elle sourit.

- D'accord, j'ai compris que vous parliez de l'autre docteur. Au moins deux ans, pourquoi?

- Vous risquez de rencontrer des trucs assez étranges si vous n'y êtes pas habitués. Si vous aviez été nouvelles, se séparer n'aurais pas été une option.

- Ça va, dit-elle. Je ne suis pas facilement impressionnable et avec le docteur, heu... vous, j'en ai vu beaucoup.

- Ça me va, reprit le onzième. Si vous trouvez un stand où on vend des fez, trouvez-moi, dit-il le plus sérieusement du monde.

Il réajusta son nœud papillon et s'engagea sur la rue principale qui s'enfonçait dans le côté est de la ville. Yazz sourit en remarquant son tic et se tourna vers l'est pour se retrouver face à quelque chose de vraiment impressionnant.