-« Attention ! » cria Jehan en lâchant le poignet de Bridgette qui fit un pas en arrière.

La jeune fille recula encore avant de tomber à la renverse. Trois flèches venaient de se planter à ses pieds. Les yeux écarquillés, l'adolescente releva le regard pour observer Dislocœur qui faisait le tour de la cour depuis les airs, visant ses camarades les uns après les autres. Se remettant sur ses jambes en un saut, elle regarda autour d'elle.

Elle vit Jehan attraper la main d'Andréa après l'avoir rejointe, la jeune fille ayant reculé derrière un des pylônes qui soutenait la plateforme du premier étage. Cependant, aucun signe de Félix qui était à ses côtés quelques secondes auparavant. Elle se mit à regarder tout autour d'elle pour tenter de le repérer avant que le sifflement des flèches de l'akumatisé ne la fasse revenir à elle.

Elle avait une occasion en or de disparaître pour se transformer en Ladybug, hors de question de la laisser passer.

Attendant que le vilain lui tourne le dos, Bridgette s'élança sans perdre une seconde, traversant la cour pour atteindre l'autre bâtiment, entendant au loin Jehan l'appeler pour tenter de la retenir. Elle attrapa les poignées de la porte d'entrée avant de les tirer violemment vers elle alors qu'une nouvelle rasade de flèche se plantait à quelques centimètres d'elle.

L'adolescente passa la double porte puis se dépêcha, sans cesser de courir, de rejoindre la sortie de secours la plus proche.

-« J'espère que ça va aller pour les autres ! déclara-t-elle en tournant brusquement à droite dans un couloir. L'alarme s'est déclenchée, mais tout le monde n'a pas eu le temps de se mettre à l'abris ! »

-« Le principal est qu'ils soient au courant ! dit Tikki en sortant la tête de la sacoche de sa porteuse. Je suis sûre que ça va aller. »

Bridgette se contenta de hocher la tête alors qu'elle arrivait enfin face à la porte de secours. Elle pouvait entendre les cris et les pas affolés de ses camarades et professeurs tout autour d'elle. Elle se retourna vivement, s'assurant que le couloir qu'elle venait de traverser était toujours vide et que personne ne l'avait suivi jusqu'ici.

Après quelques secondes d'attente, l'adolescente, rassurée, ouvrit son petit sac pour laisser s'échapper sa kwami qui vint virevolter devant ses yeux.

-« Allons-y, il va falloir être prudentes. Je n'ose pas imaginer ce qu'il se passera si on se fait toucher par une de ces flèches… »

-« Reste concentrée et tout se passera bien ! » encouragea Tikki avec un sourire.

Bridgette le lui rendit avant de fermer les yeux pour prendre une profonde inspiration.

« Tikki ! Transforme-moi ! »

Une fois son costume sur le dos, Ladybug passa la porte de sortie de secours avant de lancer son yoyo pour atteindre le toit. Elle s'y posa le plus discrètement possible, tentant de repérer Dislocœur avant de se faire voir. Elle se mit à plat ventre sur les ardoises du toit pour regarder son ennemi voleter au-dessus de la cour. Il le voyait tirer des flèches dans tous les sens, visant tout ce qui bougeait avec un grand rire de satisfaction.

-« Je me demande s'il a un objectif précis… Qu'est-ce qu'il fait exactement… ? » chuchota pour elle-même la jeune héroïne.

Elle s'avança un peu plus pour observer la grande cour de récréation. En plissant les yeux, elle put remarquer que toutes les victimes de Dislocœur se retrouvaient avec les lèvres peintes en noir et semblaient alors prises d'une crise de colère incontrôlable. Elles poussaient et frappaient en riant tous ceux qui s'approchaient d'eux. Cependant, Ladybug remarqua que le vilain mettait un point d'honneur à ne viser qu'une seule personne dans les couples ou une minorité dans les groupes d'amis, comme s'il souhaitait les diviser, enrageant les uns et laissant les autres au dépourvu.

L'héroïne était si profondément plongée dans ses pensées qu'elle ne remarqua qu'au dernier moment que Dislocœur venait de la repérer.

-« Tiens, voilà la petite coccinelle ! » déclara-t-il avec un rire sardonique avant de se mettre à la viser.

La jeune fille fit un bond en arrière, décrochant son yoyo de sa hanche avant de le faire tournoyer devant elle, repoussant la volée de flèche qui la menaçait.

Elle prit ensuite la fuite, cherchant à s'éloigner le plus rapidement de lui. Elle n'ignorait pas les conséquences désastreuses que pourraient avoir les effets d'une seule des flèches de son ennemi sur elle. Elle sauta à droite, puis à gauche, esquivant les tirs de Dislocœur qui la suivait toujours de près.

Passant l'une des grandes cheminées du bâtiment, la jeune fille fit brusquement demi-tour, faisant le tour de la structure pour prendre son ennemi à contre-pied. Elle descendit ensuite d'un étage, se cachant sous la plateforme pour échapper à l'akumatisé.

Elle prit quelques secondes pour reprendre son souffle, le dos plaqué contre le mur. Ladybug regarda ensuite à droite, puis à gauche. Aucun signe du vilain.

Ni de Chat Noir.

Elle pensa un instant à le contacter, lui demander de venir l'aider au plus vite, mais elle devait rester pour l'instant aussi silencieuse que possible. Si la plateforme sur laquelle elle s'était réfugiée lui offrait la protection dont elle avait besoin, le toit qui la recouvrait l'empêchait d'avoir une vue dégagée sur les lieux, et donc de repérer Dislocœur qui semblait avoir disparu.

Elle attendit quelques instants mais devant le silence qui se prolongeait, l'héroïne se décida à sortir de sa cachette. Avec mille précautions, elle escalada de nouveau la façade de lycée pour revenir sur le toit. Elle se posa discrètement, tombant directement à genoux pour éviter de se faire repérer.

Mais l'endroit était désert, Dislocœur n'était plus là.

En fronçant les sourcils, Ladybug se mit à avancer sur les ardoises du toit, son poing crispé autour de son arme, tentant silencieusement de repérer son ennemi. Tout était trop calme, quelque chose n'allait pas.

Arrivée au bord extérieur du toit, la jeune fille se pencha pour regarder en contrebas. Mais un sifflement soudain lui glaça le sang. En une fraction de seconde et sans avoir besoin de se retourner, Ladybug comprit que Dislocœur venait d'apparaître dans son dos, tournant autour d'elle pour toujours échapper à sa vision, et qu'il venait de tirer au moins une flèche dans sa direction. Et avec le même effroi, elle comprit qu'elle n'aurait jamais le temps de l'éviter.

Elle ne put que tourner les yeux vers son ennemi qui affichait déjà un sourire victorieux alors que sa fameuse flèche noire, qui semblait avancer au ralenti, filait droit vers elle.

La voyant arriver, Ladybug remarqua un bruit de course sur sa droite mais n'eut même pas le réflexe de tourner les yeux, trop tétanisée par ce qui allait lui arriver.

-« LADYBUG ! cria soudain une voix familière. COUCHE-TOI ! »

L'instant d'après, l'héroïne se sentit violemment tacler, un corps plus grand que le sien lui tombant littéralement dessus. Son dos heurta les ardoises du toit tandis que le choc qu'elle aurait dû ressentir à la tête fut amorti par la main de la personne qui venait de lui sauter dessus.

Ils roulèrent plusieurs fois sur le toit avant qu'une main n'entoure son poignet pour l'entraîner à sa suite, se cachant rapidement derrière la grande cheminée du toit.

-« Est-ce que ça va ? » demanda Chat Noir en lui jetant un coup d'œil.

-« Oui ! Heureusement que tu étais là… Merci. »

-« Ne restons pas là, viens. »

Les deux héros attendirent quelques instants avant de faire le tour de la grande structure, évitant une nouvelle rasade de flèches de Dislocœur. Mais alors que les deux héros réfléchissaient activement à un plan pour se sortir de cette situation, ils purent voir leur ennemi détourner rapidement les yeux vers la cour de récréation en contrebas.

Le vilain laissa échapper un petit rire triomphal puis descendit vers ce qui avait attiré son attention. Intrigués, Ladybug et Chat Noir échangèrent un regard : ils savaient que c'était l'occasion rêvée pour prendre la fuite, mais ils ne purent s'y résoudre. Ils ignoraient si des civils avaient été laissés en arrière et par conscience héroïque, ils ne pouvaient pas les abandonner à leur sort.

Avec prudence, les deux jeunes gens quittèrent leur abri pour s'approcher du bord du toit, suivant des yeux Dislocœur qui avait bandé son arc, pinçant une de ses flèches entre ses doigts.

Ladybug se pencha davantage, cherchant à repérer la cible du vilain avant de blêmir soudainement. Malgré le prolongement des plateformes menant aux salles de classes, elle put apercevoir Jehan et Andréa, qui avaient tenté de se cacher derrière un des pylônes de la cour avant de se faire repérer.

Sans doute avaient-ils voulu s'assurer que tout le monde soit en sécurité avant de quitter les lieux mais à présent, c'est eux qui faisaient face au danger, littéralement au pied du mur.

-« Ahaha ! Justement je vous cherchais ! ricana Dislocœur. Vous ne savez pas à quel point ça me tape sur le système de vous voir vous pavaner devant nous, étaler votre bonheur sans la moindre retenue. Vous vous rendez compte de l'humiliation que c'est pour les autres ?! »

-« Kilian, s'il te plaît, je suis sûre que tu peux encore revenir à toi ! déclara Andréa en faisant un pas en avant. Tu- »

-« LA FERME ! Kilian n'existe plus ! Je suis Dislocœur, l'ange de la haine et de la discorde ! Et je vais vous séparer pour de bon ! J'espère que vous avez fait vos adieux ! »

-« Kilian ! » cria Andréa d'un air suppliant.

Mais il n'écouta pas et décocha sa flèche qui fila droit vers sa camarade de classe. Ladybug retint difficilement un cri de désespoir, comprenant qu'elle venait encore une fois d'échouer, n'ayant pas réussi à garantir la sécurité de ses amis.

Et soudain, dans le temps qui s'écoulait au ralenti, les deux héros purent voir Jehan s'interposer, les bras grands ouvert, protégeant Andréa les yeux fermés. La flèche l'atteint en pleine poitrine alors qu'Andréa appelait son nom avec effroi.

Les yeux écarquillés, les deux héros virent les lèvres de Jehan se recouvrirent de noir alors qu'il posait un genou à terre, prenant sa tête entre ses mains. Andréa s'accroupit aussitôt à ses côtés, passant son bras sur ses épaules.

-« Jehan ! Est-ce que ça va ?! Dis-moi ce que je dois faire, je t'en prie ! »

-« Il faut… murmura difficilement le grand métis. Il faut que tu dégages ! » hurla-t-il soudainement en la repoussant.

Andréa fit un bond en arrière, choquée de cette réaction aussi virulente tandis que le rire de Dislocœur résonnait de nouveau dans la cour, lézardant les murs. Jehan se releva puis retira son sac à dos avant de le lancer dans la direction de sa compagne.

-« Casse-toi ! Je ne veux plus jamais te revoir ! »

-« J-Jehan ! bredouilla Andréa. Tu n'es pas toi-même, laisse-moi t'aider ! »

-« Parce que tu crois que j'ai vraiment besoin de toi ?! Ah ! Regarde-moi, je suis bien mieux sans toi ! »

Ladybug sentit son cœur se serrer en entendant cela. Même si elle savait que Jehan était sous l'emprise de Dislocœur et ne pensait bien évidemment pas un seul des mots qu'il venait de prononcer, il était très difficile de l'entendre dire cela à Andréa qui était au bord des larmes.

Cette dernière restait plantée au milieu de la cour, face à Jehan qui continuait de lui crier dessus. Les deux héros échangèrent un regard, ne sachant que faire. Ils avaient peur que le grand métis ne s'en prenne malgré lui à la jeune fille mais d'un autre côté, Andréa semblait résolue à l'aider et ne serait sûrement pas facile à convaincre de quitter les lieux. En outre, Dislocœur, bien qu'occupé à admirer son sordide travail avec un sourire, veillait toujours et restait une menace sérieuse pour eux.

Après une nouvelle salve de menaces et d'insultes, Andréa prit une profonde inspiration. Essuyant ses yeux, elle fit un pas vers lui, les bras en avant. Elle marchait lentement, scannant son compagnon qui continuait de crier.

-« Jehan, je vais t'aider, ne t'inquiètes pas. »

-« Je ne veux pas de ton aide, tu es trop conne pour comprendre ça ?! »

Elle ne s'arrêta pas jusqu'à atteindre Jehan qui avait reculé de quelques pas. Il avait les poings et les dents serrées et semblait de plus en plus menaçant de secondes en secondes. Ladybug se redressa, prête à bondir quand Andréa posa sa main sur la joue de l'adolescent qui arma aussitôt son bras.

-« C'est moi Jehan, n'aies pas peur. » murmura Andréa en se rapprochant de lui.

-« Tu l'auras voulu ! » hurla Jehan en commençant à abattre son bras vers elle, le poing fermé.

Ladybug fit un mouvement en avant, pensant sauter pour secourir son amie, mais fut retenue par le poignet par Chat Noir qui l'empêcha d'aller plus loin. Désespérée, la jeune fille regarda vers ses deux camarades. Ignorant le poing menaçant de Jehan, Andréa fit un pas supplémentaire vers lui, pressant son corps contre le sien, ses mains encadrant son visage avant de poser ses lèvres sur les siennes.

Elle ne savait pas si cela serait d'une quelconque utilité, mais elle n'avait pas d'autre idée pour délivrer l'adolescent de cet ensorcellement.

Le temps se figea, l'espace d'un instant, puis Andréa put sentir le corps de Jehan se détendre. Il baissa son poing, laissant retomber son bras le long de sa hanche, penché sur sa compagne, les yeux clos. Encore quelques secondes s'écoulèrent avant que la jeune fille ne sente son compagnon s'affaisser sur lui-même. Les jambes soudain devenues faibles, il tomba à genoux, soutenu par Andréa qui avait passé ses bras autour de son torse pour le retenir.

Elle le serra contre elle avant de relever les yeux pour le regarder. Jehan cligna plusieurs fois des yeux regardant à droite puis à gauche. Le noir de ses lèvres avait disparu et il semblait aussi confus que perdu.

-« Andréa… ? Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il en baissant le regard vers elle. Hey ! Tu pleures ! Tu es blessée ?! Qu'est-c- »

-« Je t'expliquerai plus tard, mais on ne peut pas rester là, coupa Andréa avec un petit sourire. Viens. » dit-elle en lui attrapant la main.

-« Comment est-ce possible ?! » hurla Dislocœur en voyant que son mauvais sort n'avait plus d'effet sur Jehan.

Avec un grognement rageur, le jeune homme récupéra une flèche dans son carquois avant de bander son arc, pointant la jeune fille avec hargne.

-« On va voir si vous pourrez aussi bien vous en sortir quand c'est toi qui te recevra ma flèche ! » ricana-t-il alors que le couple se relevait à peine.

Alors que Jehan et Andréa tentaient de se mettre à couvert du mieux qu'ils le pouvaient, Dislocœur fut soudain arrêté dans son mouvement par quelque chose qui venait de s'agripper à sa jambe. Le vilain fit volte-face pour constater que Ladybug s'était redressé, tirant sur le filin du yoyo qui enserrait sa cheville, laissant le temps au couple de quitter les lieux.

-« Ça te dirait pas de t'en prendre à quelqu'un de ta taille plutôt ?! » argua la jeune héroïne, les dents serrées.

-« Avec plaisir ! » répliqua-t-il aussitôt en attrapant deux flèches dans son carquois.

Le vilain ne perdit pas une seconde et se mit à viser l'héroïne. Les deux flèches filèrent dans sa direction et la jeune fille les repoussa aisément avec son yoyo, le faisant tournoyer rapidement devant elle. Elle recula sur le toit, sans perdre son ennemi des yeux, avant de faire un petit signe de main à Chat Noir, lui indiquant qu'il devait se tenir prêt à quitter les lieux.

Le héros acquiesça, accroupit derrière la grande structure sur le toit. Alors que Dislocœur attrapait de nouvelles flèches, Ladybug lança son yoyo dans sa direction, filant en plein dans son visage. L'akumatisé laissa échapper un petit gémissement de douleur, laissant partir sa tête en arrière alors qu'il perdait de l'altitude, se posant brutalement sur le sol de la cour pour se masser la mâchoire.

Les deux héros en profitèrent pour quitter le toit, sautant sur celui de l'immeuble d'en face avant de se mettre à courir. Ils espéraient que les rues avaient dégagées grâce au signal sonore qui était toujours émis aux alentours.

Selon les directives mises en place par le maire, les forces de l'ordre avaient pour mission de faire évacuer la population dès que cette alarme se déclenchait. Des dizaines et des dizaines de camions étaient alors dispersés dans les quartiers visés par les attaques dans un ballet très bien rôdé, et les rues étaient vidées en quelques minutes.

Mais Ladybug et Chat Noir n'ignoraient pas la possibilité que quelques citoyens inconscients pouvaient encore transgresser les règles et échapper aux barrages des policiers.

Il était donc tout à fait possible d'encore croiser des civils lors des attaques des akumatisés de Papillon. Certes, moins qu'avant, mais le risque n'était pas nul, et les deux héros le savaient.

Avec appréhension, ils scrutaient les trottoirs, à l'affût du moindre curieux qui se serait aventuré au dehors.

Au bout d'un moment, les deux héros s'arrêtèrent sur un toit pour reprendre leur souffle. Ladybug posa sa main sur sa poitrine, les yeux clos tandis que Chat Noir continuait de regarder autour d'eux, craignant que Dislocœur ne surgisse de n'importe où pour les surprendre.

-« Tu as vu ce qui s'est passé avec ce couple ? » questionna la jeune fille en se tournant vers son coéquipier.

-« Je ne pensais pas qu'il était possible de se soustraire à l'emprise d'un akumatisé de la sorte. » répondit le héros, les sourcils froncés.

-« C'était purement instinctif et pourtant elle a réussi, reprit Ladybug avec un sourire. Peut-être que les akumatisés peuvent être défaits d'une autre façon finalement… »

-« Peut-être, mais mieux vaut rester prudents. Ne prenons pas de risques inconsidérés. »

La jeune fille hocha la tête mais n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit. Dislocœur venait d'apparaître devant eux, l'arc bandé dans leur direction. Faisant un saut en avant, Ladybug réussi à se placer juste devant son partenaire avant qu'une des flèches noires de leur ennemi ne l'atteigne.

Les yeux écarquillés, il la regarda faire alors qu'elle lui attrapait le poignet, lui sommant de battre en retraite. Attaquer Dislocœur de front était trop dangereux, et ils ne pouvaient pas se permettre le moindre faux pas.

Les deux héros se mirent de nouveau à filer sur les toits, changeant plusieurs fois de direction pour tenter de semer leur assaillant. Mais ce dernier était coriace et sa source inépuisable de flèches n'avait de cesse de s'abattre sur eux. Plusieurs fois, Ladybug fut obligée de bousculer son partenaire pour lui faire éviter de justesse un des projectiles tandis que le jeune homme faisait tourner son bâton autant qu'il le pouvait pour les protéger.

Soudain, les deux héros purent apercevoir une équipe de policiers dans leur vue périphérique. L'un d'eux tenait ce qui semblait être de loin un objet long et fin. Ils se dévisagèrent quelques instants avant que Dislocœur ne fonce une nouvelle fois sur eux. Après qu'un autre policier leur ait fait de grands signes de bras pour les avertir de s'écarter, le premier lança le drôle d'objet dans la direction de l'akumatisé.

Aussitôt, une épaisse fumée violette se mit à se répandre autour de lui, obscurcissant sa vue dans un grognement rageur. Le vilain se détourna aussitôt des deux héros pour retourner sa colère contre l'équipe des forces de l'ordre. Deux d'entre eux, protégés par de grands boucliers en plexiglass, se placèrent devant leurs collègues, faisant ricocher les flèches de Dislocœur.

Ladybug et Chat Noir les observèrent un instant avant d'échanger un regard : à contre-cœur, ils allaient devoir profiter de cette diversion pour échapper au vilain s'ils voulaient avoir une chance de le prendre par surprise.

Cachés par la fumée qui commençait à se dissiper, les deux partenaires s'éloignèrent du champ de bataille, veillant à rester hors de vue de leur ennemi. Ils s'écartèrent suffisamment, ne restant ni trop proche ni trop loin afin d'établir un plan efficace.

-« Je pense que l'akuma se trouve dans le bijou qu'il porte sur la poitrine, murmura Ladybug. Si on arrive à lui sauter dessus, on pourra le récupérer. »

-« Comment faire ? S'il nous voit approcher, il nous tirera dessus… Il faudrait trouver un moyen de détourner son attention. »

-« Il est encore trop tôt pour déclencher le Lucky Charm. » soupira l'héroïne.

Un hurlement rageur provenant sans nul doute de leur adversaire leur firent tourner la tête, les yeux légèrement écarquillés.

-« Mais si on ne trouve pas rapidement une idée, ces policiers vont payer à notre place ! » se lamenta-t-elle.

-« Ça va aller, rassura Chat Noir avec un petit sourire, posant sa main sur son épaule. Observons-le un peu plus en détail, une idée nous viendra peut-être. »

Ladybug le dévisagea quelques secondes avant d'acquiescer, les poings serrés. Après s'être assuré que le vilain ne les verrait pas, les deux héros quittèrent leur cachette en changeant une nouvelle fois de toit, veillant à faire des mouvements rapides et furtifs pour ne pas se faire repérer. Accroupi juste à côté d'elle, derrière une grande cheminée, Chat Noir tourna discrètement les yeux vers sa coéquipière.

Elle était égale à elle-même, les yeux rivés sur le champ de bataille, le poing serré sur son yoyo et les sourcils légèrement froncés, très concentrée. Un petit sourire se dessina sur les lèvres du héros. Il aimait voir ce visage concerné et déterminé qui se dessinait sur les traits de Ladybug lorsqu'elle réfléchissait.

Le petit retroussement de ses lèvres, la légère plissure de ses yeux. Au fil des mois, le garçon avait pris le temps de l'observer, plus ou moins discrètement, et il la connaissait maintenant presque par cœur. Rien qu'en la regardant, il la comprenait, devinant presque systématiquement ses pensées.

Mais son cœur se serra soudain lorsqu'il réalisa que même s'il lui semblait très bien la connaître, ce n'était pas vraiment le cas. Bien évidemment, il devait être la personne la plus proche de Ladybug dans cette ville. Elle et lui s'étaient promis de garder leurs identités secrètes et de ne jamais révéler leur secret à qui que ce soit.

Ainsi donc, si elle n'avait pas rompu cette promesse, et il était persuadé qu'il n'en était rien, il était forcément celui qui approchait l'héroïne du plus près.

Cependant, tout comme lui, la jeune fille ne conservait pas sa place d'héroïne en permanence et avait une vie autre, en dehors des combats, des missions, des patrouilles, … Une vie dont il ne faisait pas partie.

Et malgré tous ses bons sentiments, cela le frustrait de plus en plus. Quelques mois auparavant, il aurait ignoré ce détail. Après tout, il était normal qu'elle ait une vie en dehors de lui, en dehors de Papillon et des akumatisés. Elle ne lui posait aucune question sur sa vie personnelle et il n'avait pas à le faire non plus.

Mais aujourd'hui, il ne le supportait plus. Il pensait de plus en plus à elle. Il la voyait partout dans son quotidien, l'imaginant pendant la journée, rêvassant le coude posé sur son bureau, chez lui ou à sa place dans la salle de classe.

Si cette histoire d'identité secrète n'avait pas été aussi importante pour leur sécurité respective, il aurait sûrement déjà essayé de lui évoquer l'idée de se révéler l'un à l'autre. Ils étaient bons amis dans leur vie héroïque, il ne pouvait en être autrement dans leur vie personnelle ?

N'est-ce pas ?

De plus, si une autre jeune fille brune n'avait pas croisé son chemin, il aurait offert son cœur à sa coéquipière sans aucune hésitation. Ce sentiment de tiraillement ne le lâchait plus et il ne savait plus quelle était la bonne chose à faire, entre le chemin que sa conscience lui ordonnait de suivre et l'autre vers lequel le poussait son cœur.

Distrait, le jeune homme mit quelques secondes à s'apercevoir que sa coéquipière avait encore une fois changé de point d'observation, la suivant après s'être assuré que Dislocœur ne les avait pas remarqués.

Tournant les yeux vers le vilain, Chat Noir l'observa quelques instants avant de se tourner vers sa partenaire avec un petit sourire.

-« C'est un drôle d'akumatisé pour une journée pareille, tu ne trouves pas ? Les 14 février ne sont pas propices à la haine en règle générale… »

-« Il a dû voir ses sentiments contrariés ou se faire larguer peut-être… répondit Ladybug avec un léger haussement d'épaules. La cause de son akumatisation n'est pas importante. Il faut le délivrer de son envoûtement, c'est tout. »

Chat Noir regarda une nouvelle fois sa coéquipière. Si elle avait répondu à sa remarque, elle ne semblait pas lui prêter une grande attention. Elle n'avait pas perdu son petit air concentré et regardait toujours droit devant elle, loin de lui.

Sans le vouloir, il sentit son cœur serrer davantage. Pourquoi semblait-elle toujours regarder ailleurs ? Qui dans sa vie personnelle pouvait autant capter son attention ? Pourquoi lui semblait-il être toujours à part dans le cœur de sa partenaire, comme si elle ne pouvait pas le voir autrement que comme un collègue ?

Et pourquoi cela l'énervait-il autant ?

Après plusieurs esquives acharnées, un des policiers avaient fini par se faire toucher par Dislocœur et s'était donc retourné contre ses collègues, empêchant l'un d'eux de se protéger avec le grand bouclier avant de se faire toucher à sa place. Le chaos s'était maintenant emparé de leur petite équipe et Dislocœur, toujours dans les airs au-dessus d'eux, regardait le spectacle d'un air satisfait.

Comprenant que la situation leur échappait, Ladybug décida de changer de nouveau de point d'observation, espérant que le vilain ne change pas de direction pour tenter de le surprendre en arrivant dans son dos. Il était pour l'instant trop loin des bâtiments autour de lui et de toute structure qui permettrait une telle action, ce qui contrariait beaucoup l'héroïne.

Les deux héros traversèrent la route depuis le toit, se propulsant de l'autre côté de la rue, progressant avec mille précautions sur les ardoises du toit, restant le plus discret possible. Dislocœur avait tourné les yeux dans leur direction mais ne semblait pas encore les avoir remarqués.

Ladybug et Chat Noir se reculèrent un peu plus quand le vilain quitta finalement les policiers qui continuaient de lutter entre eux, son arc prêt à tirer, survolant la rue qu'il venait de traverser, les yeux se baladant de gauche à droite. Il devait savoir que les héros n'étaient pas loin et il était manifestement déterminé à ne pas se laisser surprendre.

Observant depuis la pénombre les mouvements de leur ennemi, Chat Noir resta immobile quelques instants, tentant de se concentrer sur la mission mais sans qu'il ne puisse rien y faire, il releva de nouveau ses yeux vers sa coéquipière.

À quoi pensait-elle lorsqu'elle n'était pas en mission ? Quel était son passe-temps préféré ? Avait-elle des animaux de compagnie ? Que faisait-elle dans la vie ? Quelle était sa musique préférée ? Aimait-elle aller au cinéma ou préférait-elle le théâtre ? Appréciait-elle les musées ?

Toutes ces questions auxquelles elle ne pouvait pas répondre sans risquer de se compromette n'avaient de cesse de tourner en boucle dans la tête du jeune homme. Lui qui n'appréciait pas particulièrement le contact avec les autres humains jusqu'à il y a peu, là, il avait envie de l'emmener là où bon lui semblait, de lui faire plaisir, de la voir sourire sans discontinuer.

-« Au fait je me demandais, tu as quelque chose de prévu ce soir ? »

-« … Q-Quoi ? » répondit Ladybug en se tournant vers lui après un petit silence.

-« C'est une journée particulière… Peut-être que tu as un plan pour ce soir… Un rendez-vous, ou quelque chose du même type, tu vois ? »

-« Chat Noir, je ne suis pas sûre que ce soit le moment pour parler de ça. » protesta la jeune fille avec un mouvement négatif de tête.

-« Oh allez… Tu peux bien me le dire à moi non ? »

-« Tu sais très bien que je ne peux pas répondre à cette question ! Et puis je n'ai pas à te répondre d'abord. »

-« Il n'y a pas de honte à avoir un petit rendez-vous le soir de la Saint-Valentin… » ricana le héros.

Même s'il utilisait le ton de la plaisanterie, le garçon souhaitait vraiment avoir une réponse à ses questions, sans vraiment savoir pourquoi d'ailleurs. Avait-il seulement le droit d'être jaloux de ce potentiel rendez-vous ? Il n'était personne pour elle après tout…

Et puis, elle avait tout à fait le droit d'avoir un rencard le soir de la Saint-Valentin. L'image de Bridgette passa soudainement devant ses yeux. Les poings serrés, Chat Noir se sentit très égoïste. Qu'allait-il arriver ce soir ? Il ne pouvait s'empêcher de se demander si Bridgette avait bien compris la nature de son invitation.

S'il se posait la question, c'était une mauvaise chose non ? Il ne voulait pas lui faire de la peine, mais il était trop tard pour faire demi-tour. Jamais le jeune homme ne s'était senti aussi perdu.

Croisant une nouvelle fois le regard de sa coéquipière, l'héroïne laissa échapper un petit soupir, l'air légèrement agacée.

-« Bon écoute, on en parlera plus tard. Pour l'instant on a un akumatisé à arrêter, ok ? »

Sans attendre la réponse de son partenaire, la jeune fille changea encore une fois de position, se déplaçant sur le toit pour se rapprocher de Dislocœur qui continuait de progresser au-dessus de la rue adjacente.

Bien qu'elle essayait de faire abstraction des questions de Chat Noir, la jeune fille était cependant très perturbée. Elle ne comprenait pas ces questions soudaines et surtout le changement de comportement du jeune homme. Lui d'un naturel si sérieux et posé, cette conversation était totalement hors de propos et elle ne parvenait pas à en trouver la justification.

Pourquoi s'intéressait-il à cela ? Était-ce simplement pour faire la conversation ? Mais si ce n'était que cela, pourquoi l'interroger à un tel moment ? Y avait-il autre chose qui lui avait échappé ?

Secouant la tête pour remettre ses idées en place, elle releva les yeux dans la direction de Dislocœur pour constater… qu'il avait disparu. Les poings serrés, elle s'approcha du bord du toit pour regarder en contrebas, le cherchant des yeux, aussi surprise qu'agacée.

-« Où est-ce qu'il est passé… ? » murmura la jeune fille, fronçant davantage les sourcils.

Même si elle ne le montrait pas, elle était véritablement énervée. Elle ne pouvait pas croire qu'elle s'était laissée distraire de la sorte. Pourquoi est-ce qu'elle n'arrivait pas à se sortir les questions de Chat Noir de la tête ? Et pourquoi lui avait-il posé ces questions à un moment pareil ?

Elle continua de regarder en contrebas, son partenaire à ses côtés imitant ses gestes. Elle avait laissé s'échapper le vilain sans même s'en rendre compte. C'était inadmissible et la jeune fille sentait la colère lui réchauffer le ventre. Tout aurait pu se terminer rapidement mais à présent tout était à recommencer.

Un petit silence se fit entre les jeunes gens, désabusés. Ignorant la marche à suivre, Ladybug se redressa, les bras croisés. Elle continuait d'observer les environs, mais rien à faire : Dislocœur s'était volatilisé.

Serrant davantage les poings, elle vit du coin de l'œil son coéquipier se redresser, regardant également autour de lui. Mais alors qu'elle observait au loin, elle le sentit se rapprocher d'elle, les mains dans le dos.

-« Parce que tu sais, si tu n'as rien de prévu, je serai heureux de t'inviter quelque part ce soir… souffla-t-il avec un petit sourire innocent. Un dîner aux chandelles, ou quelque chose de moins formel, si tu préfè- »

-« CHAT NOIR ! Je t'ai dit que ce n'était pas le moment de parler de ça ! s'emporta soudain Ladybug en se tournant vivement vers lui. Tu ne vois pas ce qu'il se passe ?! On a perdu Dislocœur de vue, et maintenant c'est tout Paris qui est encore plus en danger ! »

L'héroïne fit un pas en avant, les poings serrés, plongeant son regard dans le sien.

-« On a pas le droit à l'erreur, tu comprends ça ? On ne peut pas se permettre de se laisser distraire. Je suis désolée, mais tes blagues sont vraiment mal venues pour le moment. S'il te plait ! J'ai besoin de toi, sérieux et concentré ! Je n'y arriverai pas toute seule, alors fais un effort, d'accord ?! »

Devant la colère qu'il entendit vibrer dans la voix de sa partenaire, Chat Noir eut un mouvement de recul. Il ne savait pas quoi dire. Elle avait raison : à cause de ses idioties et de sa jalousie mal-placée, ils avaient perdu la trace de Dislocœur et ils étaient maintenant à découvert et encore plus exposés et donc en danger.

Ils voulaient ouvrir la bouche pour tenter de s'excuser mais le jeune homme vit soudain quelque chose passer devant le soleil auquel il faisait face. Plissant légèrement les yeux, il leva la tête pour tenter d'identifier cette chose qui volait dans la lumière aveuglante. Et après quelques secondes, le jeune homme crut sentir le sol s'ouvrir sous ses pieds.

Arc bandé, Dislocœur fonçait en piqué, droit sur eux. Pétrifié, le garçon n'eut que le temps d'ouvrir la bouche avant que le vilain ne décoche sa flèche.

-« ATTENTION ! » hurla-t-il en tentant de se jeter sur sa coéquipière pour la protéger.

Mais trop tard. La flèche à la pointe noire se planta directement entre les omoplates de la jeune fille avant de disparaître aussi rapidement qu'elle était apparue.

Emporté par son mouvement, le garçon fit quelques roulades sur le toit, serrant sa coéquipière dans ses bras avant de se redresser, observant, l'air horrifié, ses lèvres se recouvrir de noir.


Oooooh le beau cliffhanger xD Et oui, je ne pouvais pas résister, désolée ! J'ai toujours voulu voir ce que ça aurait pu donner si c'était Ladybug qui s'était prise la flèche de Dislocœur dans la série canon. Et j'avais l'occasion parfaite de le faire puisque si la série originale tourne surtout autour de Marinette en personnage principal, chez moi c'est plus Félix (même si Bridgette est évidemment aussi importante que lui dans le déroulement de l'histoire).

Comment Chat Noir va-t-il pouvoir s'en sortir maintenant, sans sa lady ? On se donne rendez-vous la semaine prochaine pour le savoir ! Restez connectés...