La bouche ouverte, assis avec les bras en arrière, la respiration lourde, Chat Noir regardait Ladybug. Sa coéquipière ne bougeait maintenant plus, à genoux devant lui. Comme si le coup de Dislocœur l'avait transformée en statue de pierre, la seule chose que le garçon pouvait voir était sa respiration qui faisait monter et descendre ses épaules.
Après une petite seconde de réflexion, le jeune homme osa s'avancer pour poser sa main sur son bras gauche tandis qu'elle gardait le regard toujours baissé.
-« Ladybug ? Est-ce que ça va… ? »
L'héroïne resta immobile encore quelques secondes avant de relever la tête vers lui. Et le garçon se sentit soudain pâlir. Outre le fait que ses lèvres étaient recouvertes de noir, c'était surtout l'air qui dansait dans le regard de Ladybug qui inquiétait le plus son partenaire. Il pouvait y lire de la colère, de la haine : ces yeux bleus s'étaient transformés en véritable ciel d'orage.
Et avant qu'il n'ait pu dire ou faire quoi que ce soit d'autre, la jeune fille fit un mouvement rapide, les bras en avant, pour l'attraper par les épaules, le faisant basculer en arrière. Laissant échapper un cri de surprise, le garçon eut tout juste le temps d'enfermer les poignets de la jeune fille dans ses poings, l'empêchant de poursuivre son assaut.
-« DONNE-MOI TA BAGUE ! » hurla-t-elle en essayant de se défaire de sa poigne.
-« Ladybug ! C'est moi ! Reviens à toi je t'en prie ! »
-« Tais-toi et donne-moi ta bague, tout de suite ! »
-« Je suis sûr que tu peux te défaire de son envoûtement, bas-toi ! »
-« Oui, je vais me battre ! Contre toi ! » hurla Ladybug en tentant une nouvelle fois de se soustraire à l'emprise du jeune homme.
Désespéré, Chat Noir comprit qu'il ne parviendrait pas à faire revenir sa partenaire. Elle avait été touchée par Dislocœur et la haine de son cœur avait prit le pas sur ses décisions, l'aveuglant au point de se retourner contre lui.
Il voulait l'appeler, tenter de lui parler encore et encore, s'excuser de cette bêtise, car il savait que c'était à cause de lui si elle avait été touchée. Mais quelle était l'utilité ? De plus, il n'ignorait pas le fait que Dislocœur planait toujours autour d'eux et qu'il serait bientôt dans le même état que sa coéquipière s'il ne se mettait pas rapidement à l'abris.
Avec un dernier regard impuissant, Chat Noir prit une profonde inspiration. Plus fort physiquement que sa partenaire, il réussit à renverser leur position, la projetant sur le dos avant de faire un saut sur le côté, sautant sur le haut d'une cheminée avant de prendre la fuite. Il s'en voulait beaucoup de laisser ainsi Ladybug mais il n'avait pas le choix : s'il se faisait toucher à son tour, tout serait perdu.
Continuant de courir, suivi de près par Ladybug qui lui criait dessus, lui ordonnant de s'arrêter et de lui donner sa bague, le regard du garçon fut soudain attiré par un mouvement au-dessus de lui. En une fraction de seconde, il esquiva une salve de flèches lancée par Dislocœur qui venait de réapparaitre, un sourire triomphal sur le visage. Plus rapide que le héros, il se plaça devant lui, pensant lui couper la route.
Jetant un regard dans son dos, le garçon se résigna : même dans cet état, il refusait de blesser Ladybug, ne serait-ce que pour ralentir sa course. Décrochant son bâton de son dos, Chat Noir le fit tourner devant lui afin de repousser de nouvelles flèches avant de sauter sur le vilain, prenant appui sur ses épaules pour s'élancer vers un autre bâtiment, survolant en un simple saut la rue en contrebas.
L'akumatisé laissa échapper un hurlement rageur mais alors qu'il faisait volte-face, il put apercevoir que le héros avait disparu derrière les toitures. Il n'eut pas le temps de se pencher plus longuement sur ce problème que déjà, Ladybug le rejoignait, le visage impassible.
« Dislocœur, propose-lui ton aide en échange du miraculous de Chat Noir. » ordonna Papillon à son akumatisé.
-« Je peux t'aider à détruire Chat Noir, mais tu devras me donner son miraculous en échange ! » déclara Dislocœur en tendant sa main vers elle.
-« … Si tu veux, pas de problème. » acquiesça la jeune fille avec un sourire menaçant, concluant la poignée de main avec le vilain.
« Excellent, félicita Papillon dans l'esprit de son champion. Une fois que vous aurez récupéré celui de Chat Noir, prendre celui de Ladybug sera un jeu d'enfant. »
Les deux nouveaux alliés se regardèrent encore quelques instants avant de se remettre en route, traversant la rue que Chat Noir avait survolé quelques instants plus tôt. Le jeune homme, caché derrière une cheminée, se recroquevilla un peu plus sur lui-même, les observant de loin en tâchant de ne pas se faire repérer.
Il les regarda s'éloigner avant de soupirer. Il avait craint que Dislocœur ne s'en prenne à Ladybug, tentant de lui prendre ses boucles d'oreilles avec une résistance moindre de la part de l'héroïne, mais heureusement, cela ne semblait pas être le cas. Dislocœur semblait plus intéressé par le fait de le retrouver lui que de se retourner contre elle pour le moment, ce qui arrangeait le jeune homme.
Dislocœur s'en était faite une alliée, ce qui signifiait que le héros n'avait pas à se soucier de la sécurité de sa partenaire, du moins pour le moment.
Malheureusement, si Ladybug s'était rangée, malgré elle, aux côtés du vilain qu'elle était censée combattre, cela signifiait également qu'elle n'hésiterait pas un seul instant à barrer la route à Chat Noir, chose dont le jeune homme était bien conscient.
Ce dernier se retrouvait donc avec deux gros problèmes sur les bras : l'envoûtement de Ladybug qui allait lui compliquer la tâche et l'inaccessibilité de Dislocœur qui empêchait de récupérer l'objet dans lequel était logé son akuma. De plus, sans le Lucky Charm et l'ingéniosité de sa partenaire, les choses risquaient d'être encore plus difficiles que prévues.
Une nouvelle vague de panique déferla soudainement sur le jeune homme : s'il arrivait à déloger l'akuma, qui allait s'occuper de le purifier si Ladybug n'était plus là pour le faire ? Qu'allait-il se passer s'il le laissait s'échapper ? Plagg avait été très clair sur le sujet : Ladybug et lui devaient par tous les moyens purifier l'akuma du vilain, sans quoi les pouvoirs de Papillon risqueraient de se démultiplier. Et était-il prêt à affronter un Dislocœur aux pouvoirs démultipliés ? Certainement pas.
Que pouvait-il faire dans ce cas ?
Le garçon regarda sa main droite en fronçant légèrement les sourcils. Son Cataclysme pouvait-il être d'une quelconque utilité ici ? Après tout, pourquoi pas ? S'il se contentait de faire disparaître l'akuma en le détruisant en cendre, cela revenait au même que de le purifier non ? Le jeune homme s'en voulu soudain de n'avoir jamais évoqué le sujet avec son kwami.
Il se rendit soudain compte qu'il avait pris l'habitude de trop reposer sur Ladybug. La mauvaise habitude. C'était elle qui le guidait, qui trouvait les idées pour vaincre les vilains, qui établissait les plans d'attaque en un seul coup d'œil au champ de bataille. Elle était celle qui assurait le succès de leurs missions. Et sans elle, les évènements risquaient de mal tourner.
Chat Noir se recroquevilla un peu plus sur lui-même, passant ses mains dans ses longs cheveux blonds. Il se sentait responsable de la situation épineuse dans laquelle il était piégé. La cage thoracique comprimée, le garçon avait l'impression d'étouffer. Qu'allait-il bien pouvoir faire ? Sans elle, il était inutile. Ils étaient les héros de Paris, mais à deux. Pouvait-il seulement espérer rétablir la situation seul ?
Pas une seule fois le jeune homme ne s'était posé la question de savoir comment il pourrait combattre un akumatisé sans l'aide de sa partenaire : il n'avait jamais pu concevoir de se battre seul. Mais maintenant, il devait non seulement aller contre ce principe mais également se battre contre elle.
Et s'il venait à lui faire du mal ? Que pourrait-il lui dire si elle finissait par revenir à elle ? Il ne pourrait pas se le pardonner.
Le héros était si profondément plongé dans ses pensées qu'il ne remarqua pas la fine silhouette pourpre qui venait de passer sur sa droite avant de se propulser sur le haut de la cheminée contre laquelle il était adossée. Il ne peut réagir qu'en remarquant l'ombre projetée par le soleil de sa coéquipière à quelques pas devant lui. Le jeune homme eut tout juste le temps de faire volte-face avant qu'elle ne lui saute dessus.
Chat Noir se retrouva plaqué contre les ardoises du toit, repoussant Ladybug par les épaules, les dents serrées. Il pouvait toujours lire cette haine qui dansait dans ses yeux. Elle n'était plus là, elle n'était plus la Ladybug qu'il connaissait et qui protégeait Paris, il le savait.
Mais au fond de lui, l'adolescent ne pouvait cesser d'espérer que sa partenaire revienne à elle. Tentant de se redresser en l'attrapant plus fermement par l'épaule pour l'empêcher de bouger, le garçon essaya de capter son attention.
-« Ladybug, je t'en prie… C'est moi… ! Tu dois absolument te reprendre, j'ai besoin de toi ! »
-« Tais-toi ! Je vais te faire taire pour de bon ! » hurla la jeune fille, les dents serrées.
Encore déstabilisé de voir sa coéquipière dans cet état, le garçon la laissa griffer sa joue avant de basculer sur le côté. Luttant, doigts entrecroisés et corps tendus, Chat Noir réussit à reprendre le dessus en renversant leur position. Les genoux de part et d'autre de ses hanches, le garçon regarda Ladybug droit dans les yeux.
-« S'il te plait, je suis sûr que tu es encore là, quelque part. Je suis ton ami, j'ai besoin de toi… ! »
-« Arrête d'être aussi gentil, c'est insupportable ! Et ce ton aussi concerné, tu n'étais pas aussi chiant tout à l'heure hein ! Où sont passé tes phrases de drague à deux balles ?! »
La mâchoire du jeune homme se décrocha. Même s'il savait que sa partenaire était sous l'emprise d'un akumatisé, l'entendre lui dire ces choses n'empêcha pas son cœur de se serrer. Déstabilisé, le garçon relâcha sa poigne juste quelques secondes, mais suffisamment longtemps pour que Ladybug puisse se dégager. D'un mouvement fluide, elle lui administra un coup de poing dans la pommette, faisant chuter le garçon en arrière, avant de lui donner un coup de pied au niveau du ventre en se relevant.
Ne pouvant esquiver, l'attaque projeta le héros jusqu'à ce que ce dernier atteigne le bord de la toiture, la tête dans le vide. Il laissa échapper une exclamation de surprise en remarquant le vide si près de lui mais avant qu'il n'ait pu remédier à la situation, Ladybug chargea de nouveau.
Les dents serrées, elle lui sauta dessus, son genou sur son ventre et les mains autour de son cou. Le souffle coupé, le héros la regarda, les yeux écarquillés de surprise et de stupeur, ne sachant pas comment réagir. Il ne voulait pas lui faire de mal mais s'il ne faisait pas quelque chose, la situation n'allait pas tarder à devenir vraiment critique.
Même si les mains de Ladybug étaient bien plus petites que les siennes, elle avait suffisamment de poigne pour lui couper la respiration et l'air commençait déjà à manquer. Chat Noir jetait des coups d'œil désespérés autour de lui, cherchant un moyen de s'extirper de cette situation périlleuse. Son bâton accroché dans son dos, il était impossible pour lui de le récupérer dans l'état actuel des choses et l'arme de sa partenaire était également hors de sa portée.
Voyant sa vue se troubler à cause du manque d'oxygène, Ladybug refusant de le lâcher, les yeux emplis de haine, le jeune homme lança un dernier coup d'œil au-dessus de lui, regardant le vide avant de serrer les dents à son tour.
Avec l'énergie du désespoir, Chat Noir parvint à poser ses mains sur l'intérieur des épaules de sa partenaire avant de placer ses pieds sur les cuisses de la jeune fille. Avant qu'elle ne puisse réagir ou faire quoi que ce soit, le jeune homme parvint à la déstabiliser puis à la faire chuter en avant, la tête la première dans le vide avec un cri de stupeur.
Le héros prit tout juste le temps d'inspirer à fond, reremplissant ses poumons d'air avant de se pencher pour regarder en contrebas, appuyé sur ses avant-bras, là où il venait de faire tomber sa coéquipière.
Avec un certain soulagement, il put voir que l'héroïne avait pu stopper sa chute en enroulant son yoyo autour d'un lampadaire, l'empêchant de heurter le sol la tête en avant. Mais maintenant debout dans la rue, la jeune fille releva ses yeux vers lui, lui adressant un regard meurtrier avec un hurlement rageur.
Elle allait bien, il ne devait plus s'éterniser ici. Serrant les poings, le garçon se mit à courir sur les toits, s'éloignant le plus vite possible de sa coéquipière qui avait déjà reprit ses esprits et s'était lancée à sa poursuite. Tout en courant, Chat Noir regardait tout autour de lui, craignant de voir apparaître Dislocœur, tirant une de ses flèches depuis une position impossible à éviter.
Maintenant qu'il était seul, aucune erreur n'était permise.
Lorsqu'il fut assez loin, le héros repéra une petite ruelle entre deux immeubles, relativement étroite et assez bien dissimulée pour lui permettre d'échapper à Ladybug, du moins le temps de reprendre son souffle.
Changeant brutalement de direction, il passa au-dessus d'une cheminée, prenant appuis sur sa surface pour effectuer son saut avant de se laisser tomber dans la ruelle, se réceptionnant souplement sur le béton avant de se plaquer contre le mur afin d'être sûr de ne pas se faire repérer depuis les toits. La main sur sa poitrine, le jeune homme reprenait péniblement son souffle, les yeux clos.
Il essayait toujours de trouver une solution à cette chaotique situation. Il devait absolument parvenir à reprendre sa broche à Dislocœur, afin de faire cesser ce cauchemar, et ce le plus vite possible. Mais le vilain semblait se cacher pour le moment et était, de toute façon, pour le moment inatteignable. Si Chat Noir aurait pu trouver un moyen de le surprendre pour lui subtiliser l'objet après avoir calmement étudié la situation, avec Ladybug sur le dos, cela était maintenant presque mission impossible.
En outre, si les deux héros ne jouaient temporairement plus dans la même équipe, le garçon s'inquiétait néanmoins de sa sécurité. Si Dislocœur semblait avoir fait de Ladybug une alliée pour le moment, elle n'était pas à l'abris d'une trahison de ce dernier et Chat Noir ignorait si l'héroïne pourrait lui refuser de lui donner son miraculous ou non.
Bien qu'elle était une menace pour lui, le héros devait à sa partenaire la même protection qu'à l'accoutumée, à la différence près qu'il devait autant se méfier d'elle que de l'akumatisé du jour.
Après un petit instant de flottement, Chat Noir se décida à sortir de sa cachette, continuant sa route dans la ruelle avant de ressortir sur l'avenue principale, longeant les murs pour éviter de se faire attaquer par le dessus.
Le jeune homme était si concentré à ne pas se faire repérer qu'il ne remarqua pas tout de suite la jeune fille rousse qui se mit à courir dans sa direction dès qu'elle le vit. Il se figea, craignant à avoir affaire à une nouvelle envoûtée de Dislocœur. Mais quand il vit que l'adolescente n'avait pas les lèvres noires, il se détendit quelque peu.
-« Chat Noir ! Chat Noir ! cria-t-elle en arrivant à sa hauteur. J'ai tout vu ! Je suis vraiment désolée, tout est de ma faute ! C'est à cause de moi si Kilia- »
-« Qu'est-ce que vous faites encore ici ? protesta le héros en fronçant les sourcils. Vous devez absolument vous mettre à l'abris ! »
-« Mais je suis sûre que je peux t'aider ! Je peux te servir d'appât ! insista-t-elle en posant ses mains sur ses épaules. Maintenant que tu es tout seul, tu vas avoir besoin d'aide ! »
-« Non non, je refuse de mettre des civils en danger, réfuta Chat Noir en hochant négativement la tête. Ladybug refuserait aussi si elle était à ma place. Maintenant, je vous demande d'aller vous mettre à l'abris avant qu- »
-« AHAHAHA ! TE REVOILÀ ! » tonna une voix au-dessus d'eux.
Les deux jeunes gens relevèrent la tête pour constater que Dislocœur survolait la rue dans laquelle ils s'étaient arrêtés. Figé, Chat Noir ignorait quoi faire.
-« Le petit chaton à retrouver cette traitresse d'Ondine ! ricana le vilain avec un sourire mauvais. Où est ton Boris maintenant hein ?! Il n'a pas voulu te protéger de moi ?! »
-« Kilian ! C'est un énorme malentendu ! Je t'assure que je ne voulais pas te faire de la peine ! Mais j- »
-« LA FERME ! Je ne suis plus Kilian ! Je suis Dislocœur ! Et si tu ne veux pas de moi, alors je vais faire en sorte que tu ne sois plus jamais capable d'aimer ! » hurla-t-il en bandant son arc dans leur direction.
D'un geste fluide, Chat Noir attrapa le poignet d'Ondine pour la faire s'accroupir derrière lui avant de faire tournoyer son bâton devant lui, repoussant les flèches de Dislocœur les dents serrées. Le vilain leur tourna plusieurs fois autour, tentant de les toucher par tous les moyens, changeant plusieurs fois d'angles avec un petit rire à chaque fois qu'il croyait enfin avoir trouvé une ouverture.
Mais Chat Noir ne faiblit pas et parvint à repousser entièrement l'attaque. Alors que le vilain laissait échapper un hurlement rageur, le héros fit relever l'adolescente avant de l'entraîner à sa suite, la tenant par le poignet en continuant de regarder au-dessus de lui pour suivre les mouvements de leur ennemi.
-« Je vais le ralentir ! cria Ondine en tentant de se défaire de la poigne du héros. Ne t'inquiète pas pour moi ! Je vais te faire gagner du temps ! »
-« Non ! C'est hors de question ! » répondit Chat Noir sans cesser de courir.
Mais alors que le garçon réfléchissait à comment mettre Ondine à l'abris, le jeune homme dût ralentir en voyant Ladybug sauter du toit pour se poser souplement devant lui, les poings serrés. Remarquant que Dislocœur était encore loin, il fit passer la rouquine à ses côtés, serrant son bâton dans sa main en voyant sa coéquipière détacher son yoyo de sa hanche.
-« Continuez de courir et mettez-vous à l'abris, vite ! » cria-t-il en s'arrêtant devant Ladybug alors que Ondine continuait sa course.
Laissant la jeune fille passer à côté d'elle sans broncher, Ladybug lança aussitôt la tête de son yoyo vers Chat Noir, tentant de lui arracher son bâton. Le garçon fut plus rapide, renvoyant le projectile d'un revers avant de faire un bond sur le côté pour éviter un nouveau coup.
Quelques secondes plus tard, en levant les yeux, il vit Dislocœur s'éloigner dans la direction où venait de partir Ondine, impuissant. Il ne savait pas exactement ce qui était arrivé entre eux, bien que cela ne l'intéressait pas plus que cela, mais il était clair que Kilian était très en colère contre elle, au point de vouloir lui faire du mal alors qu'il lui avait vraisemblablement déclaré sa flamme une heure plus tôt.
Le sortant de ses pensées, Ladybug s'élança vers lui, tentant de lui taper dans la cheville droite pour le faire tomber. Mais Chat Noir, commençant à être habitué par les techniques de combat de sa coéquipière, parvint à la maintenir à distance en emprisonnant ses poignets dans ses mains.
Yeux dans les yeux, les deux héros luttaient l'un contre l'autre, Chat Noir gardant le dessus sur Ladybug qui tentait de renverser la situation.
-« Allez Ladybug, je sais que tu peux lui résister… ! »
-« Arrête de parler ! Bats-toi ! » répondit la jeune fille.
Voyant qu'elle ne parviendrait pas à faire tomber Chat Noir en s'y prenant de cette manière, Ladybug retourna les poignets du jeune homme, les agrippant à son tour de ses mains avant de le faire basculer sur le côté, en plein sur le stand de fleur, situé devant le fleuriste au pied duquel ils se battaient.
Déséquilibré, Chat Noir fut projeté sur un des chariots de présentation, faisant s'effondrer les différents plateaux, ne pouvant supporter son poids. Il sentit les différents pots de fleurs céder sous la pression, répandant des morceaux d'argile et de terre cuite tout autour d'eux. Avec horreur, il remarqua qu'un des bords du chariot, tordu à cause du choc et désolidarisé de la planche qu'il soutenait initialement, avait manqué de peu de lui transpercer le flanc gauche, devenu tranchant comme le bout d'une lance.
Se remettant à peine du choc, il vit Ladybug foncer sur lui, un sécateur à la main, récupéré dans les décombres du présentoir à fleurs. Sentant l'adrénaline déferler sur lui, Chat Noir donna un coup de pied dans le bras de sa coéquipière qui avait levé la main, lame en avant. Alors que le sécateur tombait au sol, le garçon se releva d'un bond, tentant d'ignorer la douleur dans sa nuque avec une grimace.
Mais alors qu'il se remettait sur ses jambes, Ladybug vint de nouveau au corps à corps, avec un hurlement rageur. À court d'idées pour l'éviter, encore gêné par les débris du chariot et des fleurs pour esquiver correctement, il attrapa les bras de sa coéquipière avant de faire brutalement volte-face, l'envoyant valser derrière lui pour espérer la retarder suffisamment afin de s'extirper de cette situation.
Cependant, le jeune homme n'avait pas remarqué la proximité avec la vitrine du fleuriste dans lequel le corps de sa coéquipière fut projeté à grande vitesse. La grande vitre explosa alors en un millier de fragments sous un cri d'horreur de Chat Noir, qui se précipita vers Ladybug pour s'assurer de son état.
Mais voyant que la jeune fille se relevait, la joue simplement striée d'une coupure sanguinolente, l'adolescent fit aussitôt volte-face, le cœur battant, sautant par-dessus les débris, jetant rapidement un coup d'œil par-dessus son épaule.
Il put voir sa coéquipière imiter ses gestes tandis que les propriétaires de la boutique ainsi que les personnes qui s'étaient réfugiées dans le magasin le regardaient fuir, les yeux écarquillés.
-« Pardon ! » cria-t-il avant d'empoigner son bâton pour se propulser sur les toits.
Suivi de près par Ladybug, le garçon se mit à courir sur les tuiles, espérant lui échapper afin de penser à un autre plan, mais sa coéquipière ne semblait pas vouloir le lâcher d'une semelle. Sans se retourner, il pouvait distinctement entendre les pas de la jeune fille derrière lui et il avait beau tourner brusquement à droite ou à gauche, elle n'était jamais très loin derrière lui.
Après quelques instants de course, Chat Noir entendit le filin du yoyo de Ladybug s'étendre avant de venir s'enrouler autour de ses chevilles. Sans pouvoir se dégager à temps, le garçon chuta lourdement en avant avec une exclamation de douleur, ne pouvant amortir le choc qu'avec ses avants bras.
Une fois au sol, Chat Noir se retourna rapidement, dégageant ses pieds alors que Ladybug fondait sur lui. Il eut tout juste le temps de récupérer son bâton dans son dos pour empêcher sa coéquipière de lui sauter de nouveau au cou, la repoussant de son arme avec les dents serrées.
Le jeune homme la regarda encore une fois. Elle n'avait rien perdu de sa force, ni de ses techniques de combat qui se retournaient contre lui. Ladybug était puissante : malgré le fait qu'elle était bien plus petite que lui, elle arrivait à lui tenir tête, animée d'une animosité qu'il ne connaissait que retournée contre leur ennemi.
Il détaillait également son visage. Ses yeux bleus n'avaient plus leurs éclats de malice, ses traits étaient tendus en expression de fureur et ses lèvres habituellement si roses, étaient maintenant parées d'un noir qui tranchait avec sa peau blanche.
Chat Noir se gifla mentalement : ce n'était pas le moment de penser à cela ! Il devait rester concentré.
-« Pourquoi as-tu toute cette haine en toi… ? » murmura le jeune homme en tentant une énième fois d'entrer en contact avec sa partenaire.
-« Parce que tout se soumet à la haine et la colère, elles triomphent toujours ! » ricana-t-elle avec un sourire malsain.
-« Non… ! On ne peut pas vivre constamment de la haine, répliqua Chat Noir, les sourcils froncés. La seule chose qui nous permette d'avancer c'est… »
Le garçon se stoppa dans sa phrase, réalisant vers où ses pensées le menaient.
-« … l'amour. » compléta-t-il en regardant Ladybug.
Cette dernière ne sembla pas réagir à ce qu'il venait de dire mais un germe d'idée venait de poindre dans l'esprit de l'adolescent.
Pendant longtemps, le jeune homme avait réellement cru que céder à la tristesse et la colère était la solution la plus simple pour combler le gouffre qu'il sentait dans son cœur. La disparition brutale de sa mère avait laissé un tel vide dans sa vie que le petit garçon qu'il était avait longtemps cherché un moyen de le combler. D'abord très en colère, c'est l'attention de Rosa et les souvenirs d'Emilie qui l'avait aidé à tenir durant tout ce temps.
Continuant de travailler comme il l'avait fait, restant studieux et curieux, il avait ainsi entretenu sa mémoire tandis que la présence de sa gouvernante avait un tant soit peu comblé le manque d'affection dont il avait tant souffert, Gabriel constamment enfermé dans le bureau auquel il n'avait pas accès.
Il avait du mal à se l'avouer lui-même mais c'était vrai : l'amour l'avait aidé à garder la tête hors de l'eau. C'était un amour fragile, bancal et raffistolé avec ce qu'il avait pu, mais il était là. Et depuis sa rentrée au lycée, le jeune homme avait découvert d'autres formes d'amour qui l'avait aidé à s'épanouir. Celui de l'amitié, qui lui était véritablement tombé dessus en septembre, en se rapprochant peu à peu de ses camarades de classe, celui qui l'avait poussé à s'ouvrir à eux, à jouer sa musique aux côtés de Jehan et des autres membres du club alors que celle-ci avait toujours été secrète, n'ayant jamais passée les murs de sa chambre auparavant.
Et plus que cela, il avait découvert une autre forme d'amour, une affection si profonde qu'elle avait réussi à prendre le pas sur la morosité de son quotidien, si grande qu'elle le rapprochait de sa brune camarade sans n'avoir rien à faire et qui le poussait à s'échapper de chez lui plusieurs soirs par semaine pour rejoindre une silhouette rouge et noire sans se poser la moindre question, malgré le risque que quelqu'un découvre un jour son absence.
Et si elle le tiraillait dans deux directions différentes, c'était un sentiment grisant, nouveau et pourtant si déstabilisant, quand même bien il en demandait encore et encore.
Alors que cette pensée traversait son esprit, le jeune homme se souvint soudain de la scène à laquelle il avait assisté plutôt, comment Andréa avait libéré Jehan de l'emprise de Dislocœur. Elle l'avait embrassé, défiant le danger qui la menaçait et sans aucune garantie que cela aurait un quelconque effet.
Elle avait agi sans réfléchir, en écoutant son cœur, tout simplement.
Animé d'une force nouvelle, Chat Noir parvint à se redresser, renversant la situation alors que Ladybug laissait toujours échapper des grognements rageurs.
« Tu as vu ce qui s'est passé ? »
« Peut-être que les akumatisés peuvent être défaits d'une autre façon finalement… »
« C'était purement instinctif et pourtant elle a réussi. »
« Je ne pensais pas qu'il était possible de se soustraire à l'emprise d'un akumatisé de la sorte. »
Ces mots résonnèrent dans la tête du jeune héros : Y'avait-il une chance pour qu'il puisse faire la même chose ? Après tout, pourquoi pas ? Mais avait-il une garantie que cela fonctionnerait ?
« Seul un véritable baiser d'amour peut briser le sortilège ! »
Si cela était vrai, il n'était pas étonné que ce tour ait fonctionné pour Jehan et Andréa mais pourrait-il délivrer sa coéquipière de la même façon ? Avait-il même seulement le droit de penser à la délivrer de la sorte ? Certes ils étaient proches mais il ignorait la façon dont elle pourrait réagir s'il décidait de l'embrasser soudainement, sans son consentement, même si cela était pour la délivrée de l'emprise d'un akumatisé.
De plus, que cette tentative se solde ou non par un échec, le jeune homme savait qu'il n'oserait plus jamais la regarder dans les yeux après cela.
Cependant avait-il vraiment le choix ? S'il voulait pouvoir retrouver la Ladybug qu'il connaissait, il ne voyait pas d'autres solutions pour le moment. Le temps commençait à manquer, la fatigue de courir partout et s'enfuir sans prendre le temps de souffler un peu allait finir par l'épuiser et il serait alors facile pour Dislocœur de leur prendre leur Miraculous, autant le sien que celui de sa partenaire.
Tiraillé par son combat intérieur, Chat Noir se pencha un peu plus sur Ladybug qui poursuivait ses grands gestes, désirant désormais se soustraire à son emprise. Les deux jeunes gens échangèrent un regard, yeux dans les yeux, leur front se touchant presque.
-« Ladybug… murmura Chat Noir d'une petite voix. Il faut que… Si j'essaye de t'embrasser… Peut-être qu- »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que déjà la jeune fille lui administrait une prodigieuse gifle sur la joue qui lui fit perdre l'équilibre. Alors que le héros chutait, Ladybug en profita pour faire un bond en arrière, s'écartant de lui.
La main sur la joue, Chat Noir tourna vivement les yeux vers sa coéquipière. Il put voir son visage légèrement se colorer, comme si ce qu'il venait de dire l'avait véritablement touchée, mais son expression redevint très vite neutre avant que son visage ne se tordre d'un nouveau sourire mauvais.
-« Le chaton essaye de profiter de la situation pour obtenir des faveurs ? ricana Ladybug, faisant tournoyer son yoyo à côté d'elle. Tu es pire que ce que je pensais ! »
-« N-Non ! Tu ne comprends pas ! protesta le jeune homme en se relevant. J'essaye juste de trouver le meilleur moyen d- »
-« Ahahaha ! De toute façon ce n'est pas comme si tu avais le cran de le faire pour de vrai ! coupa de nouveau l'héroïne. Maintenant, bats-toi ! » cria-t-elle avant de lancer son arme dans sa direction.
Chat Noir esquiva avant de se propulser hors de sa portée. La tâche aller se montrer plus ardue que prévue. Regardant tout autour de lui, le héros inspira longuement. Dislocœur n'était pas encore revenu, sûrement toujours à la poursuite d'Ondine.
Et si le jeune homme s'en voulait d'avoir laissé une civile derrière lui face à un akumatisé, il ne pouvait pas nier que cela lui donnait une occasion de tenter de secourir Ladybug, même si cette dernière n'allait pas être facile à convaincre.
Bien qu'il émettait toujours des doutes sur sa stratégie, c'était pour le moment la seule qui lui venait à l'esprit et s'il la voulait mettre en place, il allait devoir faire vite. Courant sur les toits, suivi de près par sa poursuivante, le héros cherchait un moyen d'effectuer son plan le plus rapidement possible.
À quelques centaines de mètres de là, Ondine était en train de courir sur les trottoirs, tentant d'ouvrir toutes les portes devant lesquelles elle passait, sans succès. Jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, elle put voir que Dislocœur la suivait toujours.
Loin de fuir pour sa propre protection, la jeune sportive poursuivait sa course afin d'écarter le plus possible son poursuivant de Chat Noir et Ladybug. Depuis sa cachette, elle avait pu distinctement voir l'héroïne se faire toucher dans le dos par le vilain avant de se retourner contre son coéquipier.
Au fond d'elle, Ondine était persuadée de sa culpabilité. Si elle avait été plus rapide, plus franche et plus dégourdie avec Kilian, rien de tout cela ne serait arrivé. Alors le moins qu'elle pouvait faire était de distraire le plus longtemps possible le vilain qu'il était devenu afin de laisser le temps à Chat Noir de trouver une solution.
Cependant, malgré sa bonne condition physique, la course commençait à fatiguer également grandement la jeune fille qui peinait à retrouver son souffle, Dislocœur ne lui permettant jamais de s'arrêter suffisamment longtemps pour se reposer. L'air commençait à manquer et toute sa bonne volonté ne parvenait plus à la faire courir aussi vite qu'elle le souhaitait.
Bifurquant à l'angle d'une ruelle, les yeux toujours rivés sur Dislocœur qui lui lançait ses flèches, Ondine ne remarqua pas les deux vélos abandonnés au milieu du trottoir, laissés en arrière par des parisiens qui avaient fui la zone de combat.
Sans avoir le temps de corriger son erreur, la jeune fille s'étala de tout son long, les mains en avant, écorchant la peau de ses paumes et tordant la cheville, prise dans la structure d'un des vélos, juste sous la selle. Avec un cri de douleur, elle put sentir cette dernière craquer. Après quelques secondes pour reprendre ses esprits, Ondine tenta de se relever, en vain. Sa jambe lui faisait désormais trop mal pour continuer de courir.
Abandonnant l'idée de fuir pour échapper à son ancien camarade, elle sursauta légèrement quand elle l'entendit se poser lourdement derrière elle dans un claquement d'elle. La jeune sportive se tourna vers lui, tremblante mais soutenant son regard.
-« Kilian, écoute, tout ça est un malentendu ! Je n'ai jamais voulu tout ça, je t'assure. Je suis sûre qu'on peut encore discuter ! »
-« La ferme ! Je ne suis plus Kilian ! Et je n'écouterai plus jamais une traitresse comme toi. »
-« Je suis persuadée qu'il y a encore du bien en toi, insista Ondine en tentant de se redresser. Tu peux vaincre la Papillon, je crois en toi ! »
-« Aha, maintenant tu te montres gentille ! Et tout à l'heure alors ? Tu l'as laissé m'humilier ! Tu as préféré te taire plutôt que de dire quoi que ce soit ! Si tu tenais vraiment à moi, tu serais intervenue ! »
-« J'ai essayé, mai- ! »
-« Tais-toi ! J'en ai marre de t'entendre geindre comme ça ! Ton cœur est aussi noir que le mien, avoue-le ! »
-« Kilian ! »
-« Et tu vas recevoir ton juste châtiment ! » cria le vilain en bandant son arc, une de ses flèches pointée vers la jeune fille.
Sans sommation, Dislocœur décocha sa flèche qui fila se planter droit dans la poitrine d'Ondine avant de disparaître. Prenant à peine le temps d'admirer son œuvre, regardant son ancienne amie tenter de se débattre contre son maléfice, il reprit son envol, se tournant vers là où il avait abandonné Ladybug et Chat Noir quelques minutes plus tôt.
« Maintenant que ta vengeance est complète, remplis ta part du marché et rapporte-moi les miraculous de Ladybug et Chat Noir ! » tonna Papillon dans les oreilles de son champion.
-« T'inquiètes pas Papillon, j'en fais mon affaire. Bientôt, plus personne ne sera plus jamais capable d'aimer, et toi, tu auras ce que je t'ai promis ! » ricana le vilain avant de faire claquer ses ailes.
Hehe je vous tiens encore un peu en haleine pour ce chapitre, l'étau se resserre de plus en plus sur notre pauvre Chat Noir. Va-t-il réussir à mettre en œuvre son plan ? Découvrez-le la semaine prochaine !
D'ailleurs, dites-moi si ce chapitre vous plait, j'avoue que j'ai pris grand plaisir à l'écrire, surtout qu'il n'est pas encore terminé ! Faites moi vos retours, je suis intéressée par vos avis.
Restez connectés pour le prochain chapitre, on se retrouve très vite...
