Dans la voiture, Bridgette peinait à cacher son stress. Assise derrière le chauffeur qui l'avait regardé monter avec d'un drôle d'œil, la jeune fille fixait le paysage défiler derrière la vitre teintée.
Le coude appuyé sur la portière, elle tentait de calmer toutes les questions qui tournaient dans sa tête. Elle osa jeter un regard furtif à Félix, tournant à peine la tête pour éviter de se faire remarquer.
Dans la même position qu'elle sur la banquette de droite, son ami semblait toujours tourmenté par quelque chose sans qu'elle ne puisse identifier quoi. Il semblait contrarié, mais également soucieux, sa jambe gauche n'ayant de cesse de tressauter sans discontinuer depuis le début de l'après-midi. Quelque chose avait dû se passer durant l'attaque du jour mais Bridgette n'osait pas lui demander ce qui n'allait pas.
Le cœur serré, elle retint un soupir. Être Ladybug lui demandait beaucoup de temps et d'énergie. Elle se battait toujours pour faire de son mieux, pour protéger Paris et tous ses citoyens.
Mais aujourd'hui, clairement, elle n'avait pas rempli sa mission. Elle s'était faite touchée par le Dislocœur et avait laissé Chat Noir se débrouiller seul. Et en plus de cela, elle n'avait manifestement pas réussi à éviter à son ami d'être contrarié par quelque chose qui lui était sans doute arrivé durant l'attaque.
Bridgette passa sa main sur son visage en soupirant avant de la poser devant sa bouche, se giflant mentalement. Elle pria pour qu'aucun des occupants de la voiture n'ai entendu son exclamation de contrariété mais avec horreur, elle vit Félix tourner les yeux vers elle, l'air aussi étonné qu'elle.
-« Est ce que ça va ? » questionna-t-il en la regardant
-« O-Oh oui, excuse-moi. Ça a juste été une longue journée. Mais ça va, aha ! » répondit Bridgette avec un petit rire forcé.
-« Bon tant mieux. » acquiesça le jeune homme avant de détourner une nouvelle fois les yeux.
Bridgette se tendit à nouveau. Elle hésitait toujours à lui demander si tout allait bien, craignant sa réaction.
Mais maintenant qu'il lui avait lui-même posé cette question, il était normal de la lui retourner...
N'est-ce pas ?
-« Hmm... Et toi... ? Ça va ? » osa-t-elle demander en retenant sa respiration.
-« Pourquoi cette question ? » répliqua aussitôt l'adolescent en tournant vivement la tête dans sa direction.
-« P-Pour rien ! bredouilla Bridgette en s'empourprant, agitant ses mains devant elle. C-C'est juste que... Tu as vraiment l'air préoccupé depuis le retour en classe après l'attaque. Du coup... Je me pose des questions, tu comprends... »
-« Tu n'as pas à t'inquiéter, répliqua Félix en hochant négativement la tête. Ce n'est pas grave et ça n'a rien à voir avec toi. »
Bridgette hocha vivement la tête avant de déglutir péniblement. Même si son ton n'avait pas été agressif, il était clairement sans appel.
Félix ne voulait pas en parler, c'était clair désormais.
Bridgette pinça ses lèvres en croisant ses doigts entre ses genoux. Sans comprendre pourquoi, elle sentait une sorte de tension s'installer entre eux. Regrettait-il son invitation son oser lui avouer ? Avait-elle fait quelque chose qui l'avait énervé ? Elle ne comprenait pas pourquoi son camarade avait l'air aussi contrarié et cela la stressait beaucoup. Peu rassurée de se rendre dans la résidence Agreste, elle se sentait de moins en moins à sa place.
Bridgette n'avait pas pensé que cette visite débuterait ainsi et elle commençait à regretter tout ce qu'elle s'était imaginée. Bien sûr, la jeune fille ne s'était pas attendue à des chants et de grands éclats de rire mais elle n'avait pas pensé que Félix ne daignerait même pas regarder dans sa direction.
L'adolescente cherchait dans son esprit un moyen d'ouvrir la discussion. Comment pouvait-elle capter son attention sans se rendre ridicule ? En toute honnêteté, elle ignorait tout des goûts et des préférences de son ami et se maudissait de ne pas avoir cherché à se renseigner outre mesure. Ces informations lui auraient été utiles dans cette situation.
Bridgette regarda une nouvelle fois dans la direction de son ami avant de prendre une profonde inspiration, se parant d'un sourire qu'elle voulait naturel.
-« Dis-moi, est-ce qu- »
-« Nous sommes arrivés. » coupa Félix en se redressant.
Bridgette pinça de nouveau ses lèvres, les yeux écarquillés, son sourire figé sur ses lèvres. Effectivement, la grande berline venait de tourner dans une grande cour en graviers qui craquaient sous les roues de la voiture. Le véhicule en fit le demi-tour, s'arrêtant juste en bas des escaliers blancs qui menaient à la porte principale.
Bridgette se figea, n'osant pas esquisser un geste sans y avoir été invité. Félix se détacha avant d'ouvrir la portière en récupérant son sac de cours.
-« Merci, déclara-t-il à l'attention de son chauffeur. Viens, nous allo- … Est-ce que tout va bien ? » s'interrompit le jeune homme en constatant la mine gêné et figée de sa camarade.
-« Aha oui, excuse-moi, s'exclama Bridgette d'un rire nerveux. Je te suis. » déclara-t-elle en se détachant précipitamment.
Elle remercia à son tour le chauffeur qui se contenta de hocher la tête en la regardant dans le reflet du rétroviseur central. Bridgette, son sac repassé sur son dos, se dépêcha de faire le tour du véhicule pour rejoindre Félix qui avait déjà avancé vers le perron.
-« Dis donc, il ne parle pas beaucoup ton chauffeur. » remarqua Bridgette en regardant par-dessus son épaule.
-« C'est vrai, mais je lui suis assez reconnaissant pour cela tu sais, répondit Félix en se tournant vers elle. Tu sais à quel point j'apprécie le silence. » compléta-il avec un petit sourire.
Bridgette se contenta de hocher la tête en répondant à son sourire. C'était la première fois qu'il la regardait réellement dans les yeux depuis qu'ils avaient quitté le lycée et par ce simple contact, qui n'avait pourtant duré que quelques secondes, la jeune fille reprit quelque peu sa constance.
Serrant les anses de son sac à dos dans ses poings en prenant une nouvelle inspiration, elle emboîta le pas à son ami qui venait de pénétrer dans la grande bâtisse.
À peine entrés dans le hall, Bridgette ne put s'empêcher de faire un tour sur elle-même pour admirer les lieux. Lors de sa première visite, le jour de l'attaque du Mime, elle n'avait pas vraiment eu l'occasion de s'extasier sur la décoration de la propriété Agreste, en partie dû au fait qu'elle s'y était introduite avec Jehan et Andréa de manière peu conventionnelle et surtout très secrète.
Elle admira le carrelage blanc qui reflétait le plafond, ce dernier orné d'une crédence fleurie et de quatre grands lustres simples, posés aux exacts points cardinaux de la rosace en carrelage noir qui ornait le sol de la pièce, au pied de l'escalier central.
L'adolescente se tourna ensuite pour regarder les deux grandes plantes aux feuilles rouges situées de part et d'autre de la porte d'entrée qu'ils venaient de franchir ainsi que les deux autres portes, qui se faisaient face, aux extrémités droite et gauche du hall.
Tout lui semblait incroyablement grand, démesuré mais également incroyablement lissé, comme si le temps s'était arrêté en pénétrant dans les lieux. Le moindre recoin de ce hall était immaculé, reflétant parfaitement le maître-mot qui dictait toute la vie du propriétaire des lieux, Gabriel Agreste : l'excellence.
Absolument rien n'avait été laissé au hasard et tout était à la place qu'il devait occuper, dans un ordre parfait qui impressionnait Bridgette. Rien que l'entrée de cette bâtisse suffisait à faire comprendre à quel point M. Agreste était quelqu'un de puissant, d'important mais également de très impressionnant.
Sans rien dire, Félix laissa son amie faire le tour de la pièce après lui avoir indiqué où elle pouvait déposer son sac et son manteau, l'attendant simplement au pied de l'escalier avec un léger sourire sur les lèvres. Mais avant qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit ou inviter sa camarade à le suivre à l'étage, une des portes du hall s'ouvrit.
Le garçon craignit soudain de faire face à Nathalie, qui avait certes été mise au courant de la venue de sa camarade, mais avec laquelle il n'avait aucune envie de parlementer pour le moment. Mais au lieu de cela, ce fut le visage amical de Rosa qui apparut de derrière le grand pan en bois.
La cuisinière s'arrêta soudainement en croisant le regard de Bridgette qui s'était empressée de lui faire face, sursautant en entendant la porte s'ouvrir. Les deux femmes se dévisagèrent avant que Rosa ne se tourne vers Félix, intriguée. Avec une pointe de culpabilité, l'adolescent se rendit soudain compte qu'il n'avait pas pris le temps d'avertir sa gouvernante de la venue de Bridgette qui allait sûrement vouloir leur préparer quelque chose à manger pour le goûter.
Voyant qu'aucune des deux ne bougeaient, il prit sur lui de désamorcer la situation.
-« Rosa, vous vous souvenez peut-être de mon amie Bridgette ? Elle était déjà venue une fois. »
-« Bonsoir madame. » répondit timidement Bridgette en s'inclinant doucement.
-« Oh mais oui, je me souviens de vous ! répondit la cuisinière avec un sourire. C'est vous qui avez invité monsieur à votre repas de Noël, c'est bien ça ? »
-« E-Euh, oui c'est moi… » acquiesça-t-elle avec un sourire maladroit.
-« Oh au fait, je dois absolument vous féliciter pour cette tarte au citron ! reprit Rosa en attrapant les mains de la jeune fille. Cela faisait longtemps que je n'en avais pas mangé d'aussi bonne ! »
-« C-C'est surtout ma mère qui la faite, vous savez. Moi… Je l'ai aidé comme j'ai pu. » rit Bridgette.
-« C'est en forgeant qu'on devient forgeron aha ! Vous saviez que j'ai appris à cuisiner quelques petites choses à monsieur ? Il est très doué vous savez ! Vous devriez peut-être lui apprendre à faire cette tarte ! » ricana Rosa avec un regard malicieux.
-« Merci Rosa. » coupa Félix avec un raclement de gorge gêné.
-« Vous avez raison ! Je parle, je parle mais vous avez sûrement d'autres choses à faire. Je vais vous monter de quoi grignoter. C'est un plaisir de vous voir ! compléta la cuisinière en regardant Bridgette. Et je vous en prie, appelez-moi Rosa. »
Avant que les jeunes gens n'aient pu ajouter un mot, Rosa avait déjà tourné les talons pour rejoindre les cuisines en chantonnant. Bridgette et Félix restèrent interdits quelques instants avant que la jeune fille ne se tourne vers son ami.
-« Elle est vraiment gentille. » déclara-t-elle avec un large sourire.
-« Oui, elle l'est. C'est grâce à elle si… Hem… se reprit Félix avec un petit raclement de gorge. Si je ne suis pas devenu totalement insensible aux êtres humains. »
-« Heureusement alors, ça aurait été drôlement dommage sinon. » murmura l'adolescente en passant ses mains dans son dos pour se pencher légèrement en avant, inclinant la tête sur le côté en le fixant.
Félix croisa le regard de Bridgette, les yeux écarquillés. À la vue de ce regard si bleu et profond, le jeune homme sentit les petits cheveux de sa nuque se dresser. La gorge coupée, il soutint son regard quelques instants avant de détourner les yeux, la main discrètement posée sur sa bouche. D'où tenait-elle cette capacité de pouvoir l'hypnotiser comme elle le faisait, aussi facilement, d'un simple regard ? Elle ne semblait même pas le faire exprès mais cela n'avait de cesse de le travailler.
Et où avait-il déjà vu ce regard ?
-« Viens, montons. » déclara-t-il en passant devant elle sans la regarder.
Bridgette se contenta d'acquiescer, emboîtant le pas à son ami dans le grand escalier en marbre. La jeune fille se retourna quelques instants une fois arrivée au premier étage, admirant depuis le haut le grand hall puis continua sa marche, accélérant le pas pour rattraper Félix qui s'éloignait.
Elle observa avec attention le sol qui reflétait la lumière du grand couloir qu'ils étaient en train de remonter et dans lequel l'adolescente pouvait apercevoir son reflet. Avec un certain émerveillement, elle se dit soudain qu'un travail colossal devait sûrement être fourni pour obtenir un résultat aussi parfait. Elle regarda également les quelques rares meubles qui ornaient le long passage, souvent décoré de fleurs ou de plantes qui étaient la seule touche de couleur apportée au gris et blanc des murs qui les entouraient.
Revenant à la hauteur de son camarade, Bridgette leva les yeux dans sa direction. Félix semblait de nouveau tendu, se contentant de regarder droit devant lui sans croiser son regard. La jeune fille soupira intérieurement. Elle avait pourtant cru avoir réussi à détendre son ami mais visiblement, ce n'était pas encore le cas. Elle garda le silence encore quelques instants, cherchant un moyen de désamorcer la tension qu'elle sentait remonter entre eux.
-« Alors comme ça… Tu sais faire la cuisine. J'avoue que je suis assez surprise. » déclara-t-elle avec un petit sourire.
-« Hmm… Ce serait un peu exagéré de dire que je sais cuisiner, corrigea Félix en resserrant la prise qu'il avait sur la hanse de son sac. Disons que je connais suffisamment les bases pour ne pas faire brûler les cuisines. »
-« Aha ! C'est déjà pas rien. Parce que tu sais, il se moque souvent de moi, mais un petit conseil : ne laisse jamais Priam seul dans une cuisine. Moi je connais le résultat que ça peut donner, et crois-moi, c'est pas beau à voir ! »
-« Vraiment ? Pourtant il a l'air d'être un garçon assez dégourdi. »
-« Tu auras qu'à demander à Jehan de te raconter notre dernière soirée crêpe avec lui, il se fera un plaisir de te conter l'histoire de la fameuse galette carbonisée qui a fini par la fenêtre. » rit la jeune fille.
-« Je n'y manquerai pas. » acquiesça son ami avec un sourire plus large.
Enfin, les deux jeunes gens arrivèrent devant la porte de la chambre de Félix. Le garçon s'empressa de sortir de la poche intérieure de sa veste une clé argentée qu'il inséra dans la serrure avant de la faire tourner.
-« Tu fermes toujours ta chambre quand tu quittes la maison ? » demanda Bridgette, les yeux ronds.
-« Oui pourquoi ? » questionna Félix, surpris par cette question.
-« O-Oh non mais c'est juste que… Enfin moi je ne ferme jamais ma chambre. D'ailleurs ma chambre ne ferme pas à clé. Mais je comprends que tu aies envie de garder tes secrets pour toi… ! » souffla l'adolescente avec un petit rire forcé, nerveuse d'avoir peut-être offensé son ami.
-« Je préfère savoir mes affaires à l'abris des regards indiscrets quand je suis absent. » acquiesça Félix.
Le jeune homme ouvrit ensuite la porte avant d'inviter sa camarade à rentrer d'un signe de main. Bridgette s'exécuta en remerciant. Elle pénétra dans la pièce, les yeux grands ouverts, redécouvrant la grande chambre de son ami.
Même si cette pièce était, par ses grands murs lisses et blancs, dans la suite logique de l'ambiance de cette grande maison, la chambre de Félix était sans conteste bien plus accueillante. Le garçon avait su, par quelques notes discrètes de couleur, apporter des touches personnelles à cet endroit qui en faisait un cocon beaucoup plus agréable.
Elle leva les yeux pour admirer de loin la grande bibliothèque de Félix, posée le long des murs, sur la mezzanine, dans un ordre qui forçait le respect. Tout comme pour le reste de la résidence Agreste, tout était dans un ordre immaculé : tout était parfaitement à sa place, toujours bien rangé, minutieusement nettoyé et astiqué, tout à fait à l'image de son ami.
Cependant, cet endroit n'avait pas l'écrasante ambiance des autres pièces de la maison, et Bridgette pouvait aisément comprendre pourquoi Félix affectionnait rester constamment enfermé ici. On s'y sentait bien, et en sécurité. Bridgette adressa un petit sourire à Félix qui revint vers elle après avoir déposé ses affaires de classe au pied de son bureau.
-« Ta chambre est vraiment incroyable tu sais ? Et puis cette grande baie vitrée, ça laisse rentrer tellement de lumière ! »
-« Oui, c'est vrai. Mais je te laisse imaginer le travail que demande le nettoyage de ces vitres. Ce n'est pas de tout repos, crois-moi. »
-« Il faut bien qu'il y est quelques inconvénients quand même, sinon c'est pas drôle. » répondit Bridgette en lui tirant gentiment la langue.
Félix se contenta d'acquiescer avec un petit rire, passant ses mains dans son dos, laissant sa camarade faire le tour de sa chambre. Elle passa devant la porte du fond qui menait à la salle de bain sans y entrer, préférant laisser son intimité à son ami, continua en longeant son grand dressing encastré dans le mur, jusqu'à arriver à un grand meuble où Félix rangeait toute sorte de CD à côté d'une grande chaîne hi-fi.
Elle parcourra le rayonnage quelques instants, posant quelques questions à son ami avant de se redresser, contournant le grand escalier en colimaçon qui menait à la mezzanine pour s'arrêter devant le dernier pan de mur, couvert d'un grillage gris foncé sur lequel était accrochées des dizaines et des dizaines de branches de plantes grimpantes. La structure était grande comme la hauteur du plafond, soit un peu plus de cinq mètres au dire du jeune homme. La jeune fille admira les plantes, se reculant quelques peu pour les regarder, les mains sur les hanches.
-« Et ça ? Ce n'est pas trop ennuyant à entretenir ? » demanda-t-elle sans quitter les grandes plantes des yeux.
-« Pas vraiment, il me suffit de verser de l'eau dans ce grand bac ici et un système de pompe se charge de la déverser petit à petit. Il n'y a que le dépoussiérage des feuilles qui peut prendre un petit peu de temps. »
-« Tu es déjà grimpé sur le grillage ? » demanda la jeune fille, des étoiles dans les yeux.
-« Je te demande pardon ? » bredouilla Félix, interloqué.
-« Bah tu sais, pour dépoussiérer ! Tu pourrais utiliser le grillage pour grimper, comme un grand mur d'escalade. D'ailleurs c'est ça que tu aurais dû mettre ici ! Je veux dire, c'est très joli les plantes, mais un mur d'escalade c'est quand même mieux non ? »
Félix dévisagea son amie quelques instants avant d'éclater de rire. Bridgette, surprise de cette réaction, s'empourpra légèrement avant de rire à son tour sans le lâcher des yeux. Il était tellement rare de la voir s'esclaffer de la sorte, c'était un spectacle très précieux qui réchauffait véritablement son cœur. Leur hilarité dura quelques instants avant que Félix ne pose sa main sur sa poitrine pour reprendre son souffle.
-« Un mur d'escalade, répéta Félix avec un sourire amusé. J'avoue ne jamais y avoir pensé, c'est une drôle d'idée. »
-« Moi je suis sûre que ça aurait été super, insista Bridgette en regardant une nouvelle fois vers le mur de plante. Et puis ça t'aurait un peu occupé, non ? »
-« Aha peut-être, oui. Quand j'étais plus petit, j'ai essayé plusieurs activités sportives en parallèle de mon apprentissage au violon : basket, escrime, un peu de tennis et même de la danse. »
-« Ouah ! Je ne pensais pas, c'est assez impressionnant. »
-« Tu sais, c'est surtout ma mère qu- »
Félix s'interrompit soudainement, reprenant son expression neutre, ses yeux légèrement baissés. Il se rendit soudain compte qu'il venait de baisser sa garde et, comme à son habitude, Bridgette avait réussi à l'hypnotiser, le faisant parler de lui bien plus qu'il ne l'aurait pensé.
-« Oh je suis désolée, s'excusa Bridgette en s'approchant de lui. Je ne voulais pas te faire de la peine, je te demande pardon. »
-« Non… Ce n'est rien. Cela ne me dérange pas de parler d'elle. C'est juste que…C'était soudain. » déclara le jeune homme avec un sourire en coin.
Bridgette lui répondit avec un sourire doux. Elle regarda ensuite autour d'elle, cherchant à rapidement changer de sujet.
-« C'est quand même incroyable tout ce que tu as ici, et tout est si bien rangé ! C'est vraiment impressionnant. »
-« C'est surtout trop. Je n'ai pas besoin d'autant d'espace, contra Félix en haussant les épaules. Mais disons que ça me permet de ranger tous les livres que je souhaite. »
-« Et ça c'est pas rien. » rit Bridgette en s'éloignant quelque peu, s'approchant du bureau de son ami.
Elle passa à côté du long canapé blanc, lissant son dossier du bout des doigts avant que son œil ne soit attiré par un objet sur sa gauche. Juste à côté du bureau, se tenait un violon à côté duquel était posé un étuis bleu roi que la jeune fille reconnu tout de suite comme étant celui que son ami emportait au lycée pour les répétitions avec le club de musique.
Mais en s'approchant plus près du violon, elle fronça les sourcils en le détaillant. Elle avait déjà vu Félix pratiquer aux côtés de Jehan et des autres membres du club et il était clair que c'est instrument n'était pas celui qu'elle avait déjà vu au lycée. Son bois semblait bien plus foncé et son état laissait entendre que Félix devait en prendre beaucoup soin.
-« Ce n'est pas le violon sur lequel tu joues au lycée, je me trompe ? » demanda-t-elle en se tournant vers Félix.
-« Tu as l'œil. Effectivement, ce n'est pas le même. Celui-ci est un cadeau de ma mère et tu comprendras qu'il est bien trop précieux pour que je puisse le sortir à l'extérieur. »
-« Oui bien sûr, je comprends, acquiesça Bridgette. Et du coup, tu l'utilises quand même de temps en temps ? »
-« Parfois oui, quand… J'en ai besoin. » répondit le garçon avec un petit sourire.
Bridgette se contenta d'un nouveau hochement de tête et avant qu'elle n'ait pu ajouter quelque chose d'autre, quelques coups retentirent contre la grande porte d'entrée de la chambre. Félix s'empressa d'inviter Rosa à entrer, chargée d'un grand plateau en argent. Elle s'avança vers la table basse qui trônait au milieu de la pièce en souriant à Bridgette, Félix sur ses talons.
-« Je vois que vous prenez vos marques c'est bien, déclara-t-elle en déposant le plateau. J'ignore quel parfum de thé peut vous plaire, alors je vous ai mis un assortiment. »
-« Merci madame. » remercia timidement la jeune fille.
-« Oh je vous en prie, appelez-moi Rosa ! Monsieur, votre tasse est là, poursuivit la gouvernante en regardant Félix. Je ne m'éternise pas, je vous laisse ! » rit-elle avant de tourner les talons.
Les deux gens la regardèrent quitter les lieux en la remerciant une seconde fois avant de s'installer sur le grand canapé, Bridgette à son extrémité droite et Félix de l'autre côté. Elle se pencha sur les différents sachets de thé proposés par Rosa avant d'en choisir un aux fruits rouges qu'elle s'empressa de plonger dans la tasse d'eau brûlante que venait de lui servir Félix.
Elle croqua ensuite dans un des biscuits à la cannelle qui accompagnaient le service à thé avec un grand sourire, appréciant le goût sucré qui envahit sa bouche. Son ami la regarda faire avec un petit rictus amusé avant de porter sa tasse à sa bouche.
Un nouveau silence s'installa entre les deux jeunes gens, Bridgette n'osant pas briser ce petit moment de calme qui s'imposait à eux, se contentant d'observer son camarade du coin de l'œil. Avec un air dépité, elle se rendit soudain compte que Félix semblait de nouveau tendu, comme si le fait de le laisser se perdre dans ses pensées l'espace d'un instant avait pour effet de le plonger dans un grand désarroi.
Avalant une gorgée de sa boisson, Bridgette reposa ensuite sa tasse en prenant une profonde inspiration. La distance qui se creusait entre eux la mettait mal à l'aise : elle ignorait toujours ce qu'elle faisait exactement ici, n'ayant pas osé lancer ce sujet de conversation avec son camarade.
« J'ai quelque chose qui pourrait te plaire à la maison. »
À quoi avait-il bien pu faire référence en lui disant cela ? Elle avait scruté les moindres recoins de cette chambre sans remarquer quoi que ce soit qui aurait pu sortir de l'ordinaire. Y'avait-il un message caché dans cette phrase ou se faisait-elle des idées ? Au risque de passer pour quelqu'un d'irrespectueux, elle préférait laisser les évènements se dérouler à leur manière et leur laisser le temps d'éclaircir ce message.
Cependant la jeune fille n'avait de cesse de se demander si le stress de Félix était lié à sa présence ici. Malgré elle, Bridgette sentait ses mains trembler, fébrile face à chaque geste de son camarade qu'elle regardait graviter autour d'elle. Et si elle avait réussi à le faire rire, cela n'avait pas calmé son cœur qui n'avait cessé de battre plus fort depuis qu'elle était entrée dans cette pièce.
Dès qu'il lui adressait la parole, chaque fois qu'il s'approchait d'elle, elle sentait les cheveux de sa nuque se dresser et sa respiration s'arrêter, son rythme cardiaque augmentant drastiquement sans le vouloir.
Et la jeune fille ne tenait plus en place. Elle voulait absolument savoir si son ami était perturbé de la même façon qu'elle, si sa présence lui faisait autant d'effet que la sienne agissait sur elle, ou si cette soudaine mauvaise humeur était due à autre chose.
-« C'était stressant aujourd'hui hein ? » hasarda-t-elle après une petite hésitation.
-« … Comment ? » répondit Félix, surpris par la réflexion de sa camarade.
-« L'attaque d'aujourd'hui, c'était stressant non ? Je veux dire, ça nous est tombé dessus comme ça… »
-« Oui, c'est vrai. C'était assez impressionnant. »
Bridgette observa son ami un peu plus précisément sans oser le fixer dans les yeux. Elle avait remarqué son léger froncement de sourcils lorsqu'il lui avait répondu, ainsi que son air aussi contrarié que perdu. Clairement, quelque chose avait dû arriver son ami au cours de l'après-midi et ne pas savoir ce dont il s'agissait la rendait folle. Elle voulait essayer de le faire parler sans qu'il ne s'en rende vraiment compte.
-« D'ailleurs, où est-ce que tu as pu te réfugier ? On était pas ensemble tout à l'heure… »
Elle le vit écarquiller les yeux, renforcer sa prise sur sa tasse de thé avant de reprendre une expression neutre, reposant le contenant dans sa soucoupe, sur la table basse.
-« Je me suis réfugié avec une autre classe lorsque j'ai aidé d'autres élèves a évacué la cour. Je n'ai pas eu le temps de rejoindre notre point de rassemblement et j'ai jugé qu'il était trop dangereux de sortir de mon abri durant l'attaque. »
-« Tu as eu raison. Mlle Bustier avait bien expliqué qu'on devait minimisé les risques, pour ne pas se mettre inutilement en danger. Tu as bien fait de rester là où tu étais. »
Félix lui adressa un petit sourire serré avant de détourner le regard, comme s'il essayait de fuir la conversation. Mais la jeune fille savait que son camarade lui cachait quelque chose et elle avait le sentiment de ne plus être très loin de la vérité.
En une fraction de secondes, l'adolescente se repassa tous les évènements de ses derniers jours, tentant de comprendre ce qui aurait pu mettre son ami aussi mal à l'aise avant qu'un commencement d'idée ne lui vienne en tête, déclenchant un frisson dans son dos.
Au détour d'une discussion avec ses camarades après l'attaque, Bridgette avait appris que Camille avait également manquée à l'appel lors du rassemblement, restant injoignable tout le temps de l'attaque avant de réapparaitre comme si de rien n'était au moment de la reprise des cours.
Un sentiment horrible lui donna la chair de poule : et si Camille avait trouvé un moyen de se retrouver enfermée avec Félix tout au long de l'attaque ? Si elle avait finalement fini par atteindre son objectif, sans que personne ne réagisse pour porter assistance à son ami ?
Mille questions et sentiments se bousculaient dans la tête de la jeune fille, n'osant pas formuler ses doutes à voix haute. Cependant, devant le regard fuyant de son camarade, Bridgette serra les poings : elle devait en avoir le cœur net. Si c'était effectivement cela que lui cachait son camarade, alors la situation était bien plus grave qu'elle ne l'avait pensé.
-« Finalement ça fonctionne assez bien les nouveaux plans d'urgence pour les attaques. Maintenant qu'on connaît les abris, c'est facile de s'y cacher ! » commença-t-elle d'un air innocent après un petit silence.
-« Oui c'est vrai. C'est rassurant de savoir que nous sommes protégés maintenant. J'ai aussi été agréablement surpris par le fonctionnement efficace de ce dispositif. »
-« Le seul problème c'est qu'on est censé se regrouper par classe, mais qu'on en a pas toujours le temps, et je trouve ça stressant… Toi, moi, on est plusieurs à ne pas avoir pu rejoindre le point de rendez-vous tout à l'heure. »
Félix se contenta d'acquiescer sans plus de réaction mais elle ne pouvait pas s'arrêter en si bon chemin.
« Tant pis pour la subtilité, autant lui poser directement la question. »
-« D'ailleurs, Jehan m'a dit que Camille non plus n'était pas au rendez-vous, avec les autres. Elle était avec toi ? »
-« Hmm, non, je ne crois pas, répondit Félix en haussant les épaules. J'avoue ne pas avoir faire attention aux personnes qui étaient avec moi. »
Bridgette le scanna quelques instants avant de soupirer doucement de soulagement. Il semblait vraiment sincère, ce qui semblait vouloir dire que la peste Bourgeois n'était pas la cause de son tourment. Mais cela ne rassura pas pour autant l'adolescente qui revenait à la case départ. Elle ignorait toujours ce qui tracassait son ami et avant qu'elle ait pu dire quelque chose d'autre, avec horreur, elle le vit se lever, blanc comme un linge.
-« Excuse-moi, je vais utiliser la salle de bain quelques instants. » bredouilla le garçon en s'éloignant.
-« O-Oh oui, bien sûr. » répondit Bridgette, les lèvres pincées.
Félix traversa la pièce avant de faire coulisser la porte de la salle de bain après être entré dans la salle d'eau pour la verrouiller derrière lui. Il y resta adossé quelques instants avant de s'avancer vers le lavabo en passant sa main sur son visage. Les mains sur le meuble, il prit une profonde inspiration avant de relever les yeux pour regarder son reflet.
Il était pâle, ses traits étaient tirés et l'éclairage de la pièce lui donnait véritablement un air maladif. Et si jusque-là il avait réussi à faire bonne figure, cela devenait de plus en plus compliqué. Il s'en voulait pour ce qui était arrivé, il s'en voulait d'avoir dû embrasser sa coéquipière sans son consentement et il s'en voulait de ne pas avoir pu la prévenir de cet incident avant qu'elle ne parte, craignant qu'elle ne l'apprenne autrement.
Il priait intérieurement pour que cet incident reste isolé, que personne n'en parle plus jamais mais au plus profond de ses entrailles criait une voix qui lui hurlait que ce combat s'était déroulé en plein jour et dans un quartier résidentiel très fréquenté : si les rues étaient vides, la possibilité que quelqu'un les ait vu par les fenêtres des immeubles n'était pas à exclure et si des images existaient, elles étaient sûrement déjà en train d'être diffusées aux quatre coins du pays.
Le garçon avait d'ailleurs soigneusement évité de regarder son téléphone pour le moment, craignant de tomber sur d'éventuelles mauvaises nouvelles. Il en était malade : penser qu'il puisse causer du tort à Ladybug lui tordait le ventre et lui donnait la nausée.
Après quelques instants plongé dans ses pensées, le jeune homme remarqua que Plagg, qui avait discrètement quitté la veste de son porteur lorsque les jeunes gens étaient arrivé dans la chambre pour se réfugier dans la salle d'eau afin d'échapper aux yeux curieux de Bridgette, venait de se poser sur son épaule. Il le regardait de son regard vert perçant, comme s'il attendait une réaction du garçon.
-« Qu'est-ce qu'il y a ? » interrogea le jeune homme avec un regard courroucé.
-« Je trouve que tu en fais beaucoup pour si peu. Tu ne l'as pas tué que je sache, pas la peine de te prendre la tête comme ça. »
-« Tu ne peux pas comprendre. C'est grave ce que j'ai fait, vraiment grave. Imagine qu'elle ait quelqu'un dans sa vie, et moi j- … Moi j'ai fait ça ! Sans lui demander son avis ! »
-« Tu n'avais pas le choix bon sang ! Tu l'as sauvé ! Si tu ne l'avais pas fait, son miraculous serait peut-être entre les mains de Papillon à l'heure qu'il est ! » insista Plagg en venant virevolter devant lui.
Félix soutint son regard quelques instants avant de soupirer. Il savait que son kwami n'avait pas totalement tort mais il ne pouvait pas s'empêcher de s'en vouloir. Si elle venait à apprendre ce qu'il avait fait et qu'elle s'en offensait, à raison, cela pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur leur dynamique de travail. Elle n'allait plus jamais lui faire confiance, peut-être même allait-elle quitter son poste ou demander au Maître un nouveau partenaire.
Il se voyait déjà obligé de rendre sa bague et pour la première fois, il en avait peur. Il ne voulait pas être séparé d'elle, il ne voulait pas la savoir en colère contre lui, il ne voulait pas être en conflit avec elle.
Il avait peur de la perdre. Il ne voulait pas la perdre.
Il soupira une nouvelle fois en passant ses mains dans ses cheveux puis les arrêtant dans sa nuque, les yeux clos. Cela ne servait à rien de s'affoler pour le moment. Rien n'était encore fait, et il devait encore attendre pour savoir si ce qu'il avait fait allait véritablement compromettre son équipe ou non.
-« Ton amie va finir par se demander ce que tu fais… » souligna Plagg en regardant vers la porte de la salle de bain.
-« Oui, je sais. Encore quelques instants. » répondit le garçon d'un ton monotone.
Le kwami garda le silence quelques instants avant de prendre un petit sourire moqueur.
-« D'ailleurs, j'y pense… Ça ne doit pas vraiment arranger tes affaires ce qu'il s'est passé tout à l'heure. »
-« Comment ça ? »
-« Bah tu n'arrêtes pas de te torturer l'esprit entre cette jeune fille et Ladybug. Et maintenant tu embrasses Ladybug et en plus ton baiser fonctionne. »
-« Mais qu'est-ce que tu racontes ? » insista Félix, rouge de colère.
-« Dans vos contes d'humain là, c'est marqué. « Seul un baiser d'amour véritable peut briser le maléfice ». Et le tien, il a fonctionné. » expliqua le kwami en élargissant son sourire carnassier.
Félix resta figé de surprise quelques secondes avant de s'empourprer violemment, outré par la réflexion de son petit camarade.
-« Ça ne m'aide pas du tout ! s'indigna-t-il à voix basse. Franchement, si c'est pour me dire ce genre de chose, tu peux garder tes réflexions pour toi. »
-« Moi je trouve ça drôle, c'est tout. » ricana Plagg en virevoltant autour de lui.
-« De toute façon, ça ne veut rien dire. On ne sait pas exactement ce qui a provoqué la rupture de leurs enchantements, autant celui de Jehan que celui de Ladybug. Si ça se trouve, c'était simplement le contact. »
-« C'est ça, continue de te rassurer… » le taquina Plagg en tapotant gentiment sur le haut de sa tête.
-« La ferme ! » enragea Félix en tentant d'attraper le kwami, les dents serrées.
Bridgette reposa sa tasse de thé dans sa soucoupe après l'avoir complètement terminée, s'enfonçant dans le grand canapé les mains sur les cuisses, attendant patiemment que Félix revienne. Mais après un petit moment sans bouger, la jeune fille décida de se relever, effectuant un nouveau tour de la chambre de son ami afin de faire passer le temps.
De nouveau, elle s'approcha du large bureau de Félix, les mains dans le dos. Elle admira l'ordre qui régnait sur le meuble, son ordinateur portable parfaitement posé au centre, les quelques livres de cours rangé du plus grand au plus petit et les stylos qui, même rassemblés dans un seul pot, semblait rangés par couleur.
Mais c'est surtout la partie supérieure du bureau qui attira l'œil de la jeune fille. D'un simple regard, elle reconnut le cadre bleu qui protégeait la photo d'un jeune Félix sur les genoux de sa mère mais c'est avec émotion qu'elle remarqua que l'adolescent avait également disposer à ses côtés le cadre d'un bleu plus foncé qu'elle lui avait offert à Noël et qui protégeait leur photo prise aux côtés de Jehan et Andréa devant la cathédrale Notre Dame. Elle la regarda avec attention, un sourire sur les lèvres avant de reporter son attention sur l'autre photo.
Sans oser la toucher, elle détailla le visage rond et enfantin de Félix, accroché au cou de sa mère avant de lever les yeux vers cette dernière. Pour sûr, Emilie Agreste avait été une femme absolument magnifique. Le cœur de Bridgette se serra quelque peu : Félix lui ressemblait beaucoup. La même blondeur, la même peau blanche et le même air rieur dans les yeux lorsqu'ils souriaient.
L'adolescente se tendit un peu lorsque son regard croisa celui de cette femme, qui avait regardé droit vers l'appareil qui les avait pris en photo, elle et son fils, et qui semblait l'observer. Mais Bridgette esquissa rapidement un petit sourire : Mme Agreste avait l'air si gentille que rien qu'à travers cette photo, elle pouvait ressentir tout l'amour qu'elle avait pu donner à son fils.
-« Je sais que vous ne me connaissez pas, mais j'aurais beaucoup aimé vous rencontrer. » murmura-t-elle en faisant un nouveau pas en avant pour s'approcher un peu plus du cadre.
Elle se tourna ensuite furtivement vers la porte de la salle de bain dans laquelle Félix était toujours enfermé avant de soupirer doucement.
-« Vous lui manquez beaucoup, mais vous pouvez être fière de lui. Il est courageux et gentil avec tout le monde. Je suis sûre que vous veillez sur lui. » poursuivit-elle en regardant de nouveau vers le cadre avec un petit sourire ému, la voix tremblante.
Un petit silence si fit avant que Bridgette n'entende la porte de la salle de bain coulisser. Elle s'essuya rapidement les yeux avant de se tourner vers Félix qui s'avançait vers elle. Il était toujours aussi pâle et avait le regard éternellement baissé. L'adolescente prit un air peiné quand elle le vit soupirer discrètement.
-« Excuse-moi, j'ai été long, c'était très impoli. » déclara-t-il en arrivant à sa hauteur.
-« C'est rien, t'inquiète pas. » acquiesça la jeune fille avec un sourire indulgent.
Félix lui répondit timidement avant de retourner vers la table basse pour terminer sa tasse de thé. Elle le regarda faire avant de passer sa main le long de son bras droit. Clairement, tout ne se passait pas comme elle l'avait espéré mais elle ne pouvait pas lui en vouloir. Après quelques secondes de flottement, elle rejoignit à son tour la table basse, regardant son camarade rassembler la vaisselle sur le grand plateau argenté.
Elle attendit qu'il ait terminé et tourne les yeux vers elle pour lui sourire une nouvelle fois, le plus franchement possible.
-« Écoutes… murmura-t-elle. Je vois que ça ne va pas, e-et je comprends que tu n'aies pas envie de m'en parler. Mais je ne veux pas être un fardeau pour toi. J'ai déjà passé un bon moment, vraiment, alors si tu préfères que je m'en aille, tu n'as qu'à me le dire, je comprendrai. »
Félix se figea, les yeux écarquillés, avant de se tourner vers elle, l'air désolé. Un petit silence se fit avant que le jeune homme ne passe sa main dans sa nuque.
-« Je te demande pardon. Tu ne devrais pas pâtir de ma mauvaise humeur. Je… Moi aussi je passe un bon moment tu sais et… Je suis vraiment désolé si je t'ai laissé entendre le contraire. »
Bridgette allait rétorquer mais quand Félix se redressa pour lui adresser un doux sourire, elle se sentit se liquéfier sur place : s'il était plutôt rare de le voir sourire franchement, elle n'avait encore jamais vu ce sourire là. Une pure tendresse, juste ça.
-« Tu sais quoi ? déclara le jeune homme, tirant son amie de ses pensées. Je crois qu'il est temps de te montrer quelque chose. »
Sans pouvoir prononcer le moindre mot, elle vit le garçon se diriger vers son bureau. Avec précaution, il ouvrit le tiroir inférieur droit pour en sortir, après quelques secondes de recherche, un petit écrin rectangulaire bleu qu'il ouvrit délicatement. Il en récupéra le contenu avant de le montrer à Bridgette avec un nouveau sourire. Une clé en argent. La jeune fille inclina la tête, intriguée, avant que son ami ne lui fasse un petit geste de menton, lui désignant la porte d'entrée de sa chambre.
-« Viens avec moi. »
Hop, fin de cette avant dernière partie pour l'arc du Dislocœur, j'espère que ça vous a plu. J'ai beaucoup aimé écrire ces scènes avec seulement Bridgette et Félix. C'est assez rare de les avoir seulement tous les deux, ils sont soit seuls, chacun dans leurs scènes, soit ensemble avec les autres, souvent Jehan et Andréa. Bref, ça m'a fait du bien de les faire progresser seulement tous les deux, même si Félix reste perturbé par ce qui est arrivé avec Ladybug mais chuuuuut...
Dites-moi ce que vous avez pensé de ce chapitre, je sais que c'était surtout de la description, j'espère que ce n'était pas trop lourd, j'ai quand même essayé de mettre du dynamisme ! On se donne rendez-vous la semaine prochaine pour le septième et ultime chapitre de cet arc, soyez au rendez-vous ! D'ailleurs ceux qui ont été attentifs et en plus qui ont lu "Maman" (histoire annexe à la trame principale que vous pouvez retrouver sur ma page principale) savent déjà où Félix va emmener Bridgette.
À dimanche prochain, restez connectés...
P.S.: Je sais que de nouveaux épisodes de la saison 4 de Miraculous sont sortis récemment dont un hier qui a, il me semble, beaucoup secoué le fandom. Je me répète mais je ne suis que les sorties françaises et je ne VEUX DONC AUCUN SPOIL DANS MES COMMENTAIRES, merci. Je serais très heureuse de discuter avec vous de la série canon en commentaire ou en DM mais s'il vous plait, demandez-moi si j'ai vu l'épisode en question avant de m'en parler. Actuellement, je suis à jour sur la série canon jusqu'à Culpabysse, épisode 8 de la saison 4.
