Quand Yaz se réveilla, elle n'était plus dans la cage, mais étendue sur ce qui ressemblait à une table d'examen au milieu de la pièce. Elle ne se rappelait pas s'être endormi, tout était flou dans son esprit. Au-dessus d'elle, quelque chose de forme allongée se tortillait comme un serpent, mais ce n'était pas ça. C'était pointu à une extrémité et ça dégageait de la lumière. L'objet se promenait au-dessus de ses jambes en émettant un léger sifflement. Elle remarqua alors qu'elle était attachée. Elle ne pouvait fuir. L'objet continuait d'onduler au-dessus d'elle, puis, il descendit brusquement et lui piqua la jambe.
Elle lâcha un petit cri, puis réalisa qu'elle n'avait rien sentie. Elle tenta de bouger les jambes sans résultats. Elle pouvait bouger les mains et la tête sans problèmes, mais ses jambes refusaient de répondre.
Elle entendit alors un petit déclique alors que la porte s'ouvrait. Dans la pénombre du laboratoire, elle vit quelques silhouettes entrer. Pendant un instant, elle crut que l'homme en bleu était revenu, puis elle réalisa qu'il s'agissait du docteur, de l'autre docteur et de Clara.
-Je n'ai jamais été aussi contente de vous voir, docteur, s'écria-t-elle!
-Si vous saviez le nombre de fois qu'on m'a dit ça, reprit le onzième.
-Je crois que ça s'adressait à moi, répliqua la treizième.
-Même chose!
Le onzième se dépêcha de libérer Yaz en déverrouillant les sangles qui la retenaient avec son tournevis sonique pendant que la treizième se tourna vers l'objet sinueux qui flottait au-dessus de son amie en le scannant avec son tournevis.
-C'est bien la forme de vie dont nous parlions tout à l'heure. Elle ne me semble pas en grande forme.
-C'est ce truc qui m'a attaqué, s'exclama Yaz!
-Venez, dit Clara. Nous devons nous dépêcher.
-Je ne peux pas bouger les jambes!
Les deux docteurs prirent leur tournevis sonique en même temps et le pointèrent vers les jambes de la policière.
-Je crois que c'est la créature qui est responsable de la transformation, commença la treizième en étudiant son tournevis.
-Elle modifie les relations subatomiques entre les chaînes de protéines.
-Docteur, coupa Clara. En langage de tous les jours, ça veut dire quoi.
Le onzième docteur rabaissa son tournevis sonique et se tourna vers Yaz.
-Vos jambes sont en train de se solidifier. C'est surement la première étape de la transformation. Quand vous auriez été semi-solide, ils vous auraient relevées pour vous faire prendre la pause avant la phase finale.
-C'est horrible, s'exclama Clara!
-Et si vous m'aidiez à sortir d'ici, reprit Yaz en s'assoyant avec difficulté.
-Juste une dernière chose, dit la treizième en se tournant vers la créature. Tu penses ce que je pense, dit-elle à sa contrepartie masculine?
-Que cette créature est surement capable de renverser le processus.
-Oui, mais aussi qu'il y a sans doute un moyen de communiquer avec elle.
Elle prit son tournevis sonique et tenta de faire le même petit sifflement que celui émis par la créature. Cette dernière cessa de bouger et se tourna vers le docteur.
-Je crois que j'ai attiré son attention.
-Faite attention, dit Yaz. Elle peut être très rapide quand elle attaque.
-Bonjour, dit le treizième, comprends-tu ce que je dis?
La créature fonça soudainement vers elle, le dard pointé dans sa direction. Le onzième l'attrapa au vol et tentait de la contrôler alors qu'elle se tordait dans toutes les directions.
-Tu veux qu'on te lâche. C'est d'accord si tu te comportes bien. Nous voulons seulement te parler.
La créature cessa de se tortiller.
-Je crois qu'elle a compris, dit Clara.
Le onzième la lâcha.
-C'est mieux comme ça, dit la treizième. Je suis le docteur, voici Clara, Yaz et aussi le docteur.
La créature répondit par un autre sifflement.
-Est-ce que matrice de traduction a du mal à la capter ou si ce n'est qu'un sifflement sans signification?
-Je parle, dit alors la créature d'un ton aigu et sifflant.
-Va pour le sifflement sans signification. Qui es-tu?
-Sazar.
-Contente de te connaître Sazar. Travailles-tu pour Kourok?
-Non, Sazar est à Kourok.
-Tu veux dire que tu es son esclave.
-Sazar doit obéir pour survivre.
-Il te tient à ce que je vois. Si tu veux je peux t'aider à sortir d'ici.
-Kourok nourrit Sazar sinon Sazar meurt.
-Avec quoi te nourrit-il?
-Énergie bleue.
-Ho, s'exclama le docteur. Je comprends, c'est très rare. Seules quelques rares étoiles bleues en produisent. Tu dois être originaire d'un de ces mondes et Kourok a trouvé le moyen de s'en procurer de façon synthétique.
-Mais comment, coupa le onzième? C'est une énergie très volatile, presque comme l'antimatière et très difficile à contenir.
-Sazar l'ignore.
-Sazar, avec mon vaisseau je peux te ramener rapidement chez toi tu n'auras pas le temps de mourir de faim et tu seras libre, mais avant, il faudrait que tu rendes à Yaz ses jambes. J'aimerais aussi que tu aides une amie que tu as transformée dans le passé.
Sazar siffla à nouveau recommença à se tortiller.
-Sazar ne croit pas. Sazar vient de très loin. Docteur ne veut pas aider Sazar, Docteur veut juste sauver son amie.
-Et si je voulais vous sauver tous les deux?
Il y eut alors un bruit et la porte s'ouvrit avec fracas devant le costaud qui avait capturé Yaz. Il s'avança vers eux d'un air menaçant.
-C'est Léopold, murmura alors le onzième docteur.
13 -o- 13 -o- 13 -o- 13 -o- 13 -o- 13 -o- 13 -o- 13 -o- 13
Léopold se réveilla dans une cage de verre. Camille était étendue sur une table au milieu de l'étrange pièce où il se trouvait. Il y avait d'autres personnes dans les cages, la plupart inconscientes. Celles qui étaient réveillées semblaient terrorisées.
Il réalisa que Camille était réveillée quand elle lâcha un cri. Il vit un étrange objet long et sinueux qui faisait penser à un serpent métallique flotter littéralement au-dessus de la jeune femme terrifiée. Tel un prédateur, l'objet descendit en piqué vers la jeune femme et la piqua au bras, puis il remonta. Léopold réalisa que c'était vivant. Il frappa dans la vitre pour détourner l'attention de l'étrange créature, mais la créature continuait de foncer vers une Camille terrifiée pour la piquer, encore et encore. Le jeune homme continua de frapper pendant un long moment puis, il réalisa que ses jointures étaient en sang. Il cessa de frapper.
À ce moment, sa cage se remplie de gaz. Il tenta de retenir son souffle, le plus longtemps possible tout en sachant que c'était inutile. Il frappa encore la cage alors qu'il n'allait plus être capable de retenir son souffle encore longtemps. Puis, il rejeta brusquement l'air qu'il retenait dans ses poumons. L'instant suivant, il inhalait le gaz tant redouté, alors qu'un extra-terrestre bleu venait de faire son entrée. La dernière chose qu'il se rappela était son sourire vorace alors qu'il le regardant s'affaisser sur le sol.
Quand il se réveilla, il n'était plus la même personne. Son cerveau s'était embrumé et au travers cette brume, l'image de Camille revenait sans cesse.
Dès lors, on lui donnait des ordres, des missions, toujours très simples : capturer et ramener. Il ne faisait que ça et on lui donnait à manger. Ensuite, il allait dormir dans un réduit au sous-sol du bâtiment. Quand il n'avait pas de mission, il errait sur la planète naine à la recherche de Camille, sans jamais la trouver.
Un jour, il croisa une humaine sur Lo, qu'il reconnut à ses vêtements, à la mode du vingt-et-unième siècle. Il n'avait jamais plus rencontré d'humain sauf quand il allait en mission sur Terre pour aider à leur capture. Il savait qu'il devait capturer des humains et les ramener. Alors sans se poser plus de question, il la ramena au laboratoire sous le regard surpris de Kourok.
Il fut récompensé d'un repas supplémentaire et il alla ensuite se reposer dans son réduit. Il se réveilla plus tôt que prévu avec l'image de Camille en tête. Il lui sembla que dans ce fragment de souvenir, elle se trouvait dans le laboratoire. Il devait y retourner. Il devait reconstruire son souvenir. Il devait trouver Camille.
Il entra dans le laboratoire et surprit des intrus. Selon les instructions de Kourok, tout intrus devait être détruit. Alors, oubliant l'image de Camille, il fonça vers le seul homme du groupe.
-C'est Léopold, dit ce dernier sans ciller.
Ce mot lui rappelait quelque chose, mais quoi? Il arrêta son élan.
-Léopold, dit-il d'une voix grave?
-Oui, comprit le onzième docteur, l'ami de Camille.
Le nom de son amie le frappa de plein fouet et fit disparaître toute envie de leur faire du mal.
-Camille, demanda-t-il?
-Oui, dit la treizième. Nous l'avons rencontrée.
-Ami de Camille?
-Oui, elle est mon amie et nous sommes ici pour l'aider.
Il hésita. Il ne savait plus quoi faire. Il n'était pas programmé pour aider, mais il voulait revoir Camille. Le onzième docteur remarqua son hésitation et ce tourna vers la treizième.
-As-tu conservées ce casque de concentration trouvé sur Amreza IV?
-Il doit être quelque part dans les soutes du Tardis... Oui! Excellente idée! Avec ça, Léopold, tu vas retrouver une certaine normalité. Viens avec nous!
Il resta sur place et la regarda bêtement.
-Très bien, je vais le chercher, soupira-t-elle.
-Sazar veut aider, dit alors la créature.
Tous les regards se tournèrent vers Sazar. Sans prévenir, il fonça vers Yaz, mais au lieu de la piquer, il s'enroula autour de ses jambes qui dégagèrent une lumière momentanément intense, puis il la relâcha.
-Je sens mes jambes, dit-elle.
Puis, elle se mit debout sans aucune difficulté.
-Qu'est-ce qui t'a fait changer d'idée, demanda le onzième?
-Léopold est un ami de Sazar. Sazar et Léopold sont esclaves. Si vous aidez Léopold, Sazar vous aide.
-C'est pourtant toi qui as fait ça à Léopold.
-Non, Sazar fait des statues; Kourok a fait ça à Léopold.
-Camille, reprit Léopold avec impatience!
-C'est vrai, le casque, reprit le docteur! Je vais le chercher.
