Camille attendait sur sa colline. Elle n'avait plus la patience d'attendre, il y avait trop longtemps qu'elle désespérait. Le docteur lui avait donné l'espoir, mais aussi la peur de voir son espoir déçu. Si le docteur ne pouvait la sauver, elle sentait qu'elle s'enfoncerait dans une souffrance encore plus grande. Chaque minute à attendre le docteur était une torture.
Les pèlerins allaient et venaient dans le parc, mais elle n'y portait plus attention. Tout ce qu'elle voulait, c'était que ça se termine, qu'elle puisse à nouveau marcher et parler, qu'elle puisse sentir la lumière du soleil sur son visage et surtout, qu'elle puisse poser les yeux sur un autre décors que celui qu'elle voyait depuis des millénaires.
Un jour, alors que la nuit tombait et que le parc se vidait, la cabine bleue se matérialisa, puis, une seconde cabine se matérialisa à côté. Elle vit le docteur en ressortir accompagnée de la jeune femme aux longs cheveux noirs et d'un homme, très grand et très costaud, portant sur sa tête un casque noir parcouru de fils et de lumières clignotantes. Un homme sortit de l'autre cabine avec une autre jeune femme et une étrange créature lumineuse se mouvant dans l'air comme un serpent.
Elle la reconnut : c'était l'être terrifiant qui peuplait ses cauchemars. Le souvenir traumatisant de la créature qui la piquait et la piquait encore et encore s'imposa à son esprit. Elle voulut fuir et se maudit d'en être incapable.
-Je dois me dépêcher, dit alors le docteur. Il est possible que Camille panique en voyant Sazar. Léopold, dit-elle au géant, place-toi devant elle. Voir le visage d'un ami devrait la rassurer.
Elle vit alors le colosse s'approcher et elle le reconnu, il s'agissait bien de Léopold. Il avait tellement changé! Qu'est-ce qu'on lui avait fait? Le docteur se plaça à côté de son ami et elle tendit les mains vers son visage.
Elle reconnut la présence rassurante de la galifreyenne dans son esprit.
-Bonne nouvelle, dit le docteur! Nous avons trouvé comment te sortir de là.
-Vous avez amené le monstre qui m'a fait ça.
-Sazar est un esclave, pas un monstre. Le monstre, c'est celui qui l'a forcé à faire ça. Sazar est le seul qui peut te ramener. Il a ramené Yaz qui était partiellement transformée et il a promis de ramener les autres qui ont été kidnappés et vendus comme toi.
-Il me fait peur.
-Je serai là avec toi et Léopold aussi.
Elle n'hésita pas longtemps : voir Léopold lui donnait encore plus le goût de vivre à nouveau peu importe les risques.
-Allez-y, dit-elle. Je suis prête.
Le docteur se retira. Léopold resta à ses côtés. Elle vit alors s'avancer vers elle la créature de ses cauchemars. Elle aurait voulu fermer les yeux et retenir son souffle, mais elle en était physiquement incapable.
La créature fondit littéralement sur elle et il y eut alors un tourbillon de lumière, puis une grande chaleur l'enveloppa et tout-à-coup, tout disparut. Puis, l'image ennuyante du parc s'imposa à ses yeux. Elle ne sentait aucun changement. Elle se choqua : tout ça pour rien. Ses espoirs étaient à nouveau déçus.
Elle sentit alors une énorme pression dans sa poitrine et elle réalisa que son corps essayait de respirer, pour la première fois depuis longtemps. Elle inspira bruyamment sa première bouffée d'air avec l'impression d'avoir les poumons en feu. C'était si douloureux et tellement plaisant à la fois!
Elle bougea lentement la tête pour réaliser que ça fonctionnait. Elle voulut faire un pas et s'effondra par terre. Léopold la rattrapa d'un côté tandis que l'autre homme avec le nœud papillon lui prit le bras droit.
-Doucement, dit-il. Vos muscles ne sont pas atrophiés, mais votre cerveau n'est plus habitué à commander les mouvements.
-Oui, dit-elle en se relevant, surprise de réentendre sa voix après si longtemps. Où est le docteur?
-Voilà la question la plus énigmatique que vous pouviez poser, reprit-il, et la réponse n'est pas simple.
-Je suis ici, dit alors la treizième qui était cachée par la masse imposante de Léopold.
Elle le contourna pour s'avancer vers Camille.
-Merci docteur, dit-elle. Merci de tout cœur.
-Nous avons tous participé à ton évasion, dit-elle en désignant le groupe.
-Merci à vous tous, dit-elle avec sincérité.
Elle se tourna vers Léopold.
-Que t'est-il arrivé, mon ami?
-Il m'a tout pris, dit-il.
-Qui? Qui nous a fait ça?
-Kourok. Si seulement je pouvais le lui faire payer.
-Plutôt que de cherche la vengeance, vous pourriez rentrez chez vous, dit le onzième. Après tout ce temps, il y a tellement d'expériences nouvelles et anciennes qui vous attendent. Oubliez Kourok, il a perdu. Sans Sazar, il n'est plus rien. C'est ça votre vengeance.
-Je vous raccompagne chez vous, ajouta la treizième.
-Je ne pourrai jamais revenir, dit Léopold, pas avec ce corps et pas avec un casque qui m'aide à penser.
-Ça je n'y avais pas pensé, maugréa la gallifreyenne.
-Docteur, s'écria alors Clara!
Les deux docteurs tournèrent la tête. Clara et Yaz s'étaient accroupies devant Sazar qui gisait sur le sol, sa lumière presque éteinte.
-Il vous faut de la lumière bleue, s'exclama le onzième! Je dois vous ramener dans votre monde, Sazar.
Camille s'avança vers lui, étonnée.
-Il a sacrifié toute son énergie pour me sauver?
-Sazar libre, murmura la créature.
-Dire qu'il m'a terrifiée pendant toutes ces années!
Le onzième docteur prit la créature avec précaution.
-Je dois trouver un système planétaire avec une étoile bleue qui produit cette énergie de toute urgence.
-Bonne chance, docteur, dit la treizième docteure.
-C'est toi qui en auras besoin, dit-il en regardant Léopold.
-Je trouverai bien quelque chose, dit-elle en souriant.
Alors que le onzième docteur disparaissait dans son Tardis, Clara s'avança vers la treizième docteure.
-Ça été un plaisir, docteur, dit-elle.
-Ça faisait trop longtemps, répondit le docteur. Prends bien soin de moi, ajouta-t-elle.
-Comme toujours, répliqua l'enseignante en souriant juste avant de s'engouffrer dans le Tardis.
