Ce chapitre est dédié à mes cousins et cousines, qui ont toujours été là pour moi et pour me soutenir, aussi dans ce projet.
L'après-midi suivant, Félix était en train de lire sur le grand canapé blanc de sa chambre tandis que Plagg était roulé en boule sur l'accoudoir, respirant bruyamment au fil de son sommeil. Cependant, plus les minutes passaient et plus le garçon peinait à rester concentré.
Regardant frénétiquement sa montre le cœur battant, le jeune homme lisait et relisait sans cesse les mêmes lignes.
Dans quelques heures, il allait se retrouver avec ses camarades de classe au parc du Luxembourg. Jehan avait décidé de convier tous ses amis pour une petite excursion « histoire de se voir pendant les vacances » avait-il précisé. Camille avait même été invitée mais l'avait évidemment décliné et le grand métis avait dû insister plusieurs fois pour que Sarah accepte de venir, craignant de se retrouver isolée si la jeune Bourgeois n'était pas là. Priam avait même été convié pour l'occasion à la demande de David, requête qui avait été immédiatement acceptée par Jehan qui avait rétorqué que le garçon n'avait même pas besoin de demander la permission pour venir avec eux.
Dans quelques heures, Félix allait donc se retrouver entouré de la presque intégralité de ses camarades de classe et donc de Bridgette. Et s'il essayait de rester serein, l'adolescent ne pouvait s'empêcher de se sentir stresser. Cela faisait plusieurs jours qu'ils ne s'étaient pas vus et qu'ils n'avaient pas discuté, même pas par téléphone.
En temps normal, son amie avait pour habitude de lui envoyer quelques messages de temps en temps pendant le week-end, lui demandant des nouvelles ou lui envoyant des photos de certains de ses dessins ou créations manuelles, ce qui le faisait toujours sourire.
Il leur arrivait même parfois de s'appeler lorsque Bridgette avait besoin d'aide pour des exercices de physique ou de mathématiques, le garçon faisant preuve d'une patience exemplaire pour reprendre un par un les points de cours qui échappaient à son amie.
Mais depuis l'incident de l'aquarium, plus rien. Son téléphone restait constamment muet de tous messages de sa part. Il en avait reçu quelques-uns de la part de Jehan et d'Andréa, pour parler ou non de ce qui étaient arrivé entre lui et Bridgette. Le couple avait d'ailleurs fait preuve d'une délicatesse particulièrement appréciable, attendant qu'il aborde lui-même le sujet pour en discuter, sans jamais essayer de lui tirer les vers du nez.
Ils ne l'avaient jamais fait remarquer mais Félix s'en était aisément rendu compte et en était véritablement reconnaissant. Cependant, si tout semblait être normal avec eux, Félix ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter vis-à-vis de Bridgette. Bien sûr, il avait pensé à la contacter, il avait essayé de l'appeler ou de taper un message, mais s'était à chaque fois résigné au dernier instant.
Il avait peur de la brusquer, de lui faire encore plus de peine. Il ne savait pas comment, s'il devait aborder le sujet fâcheux ou non. Il ne savait pas comment lui parler.
Il ne savait plus comment lui parler.
Avec un grognement rageur, Félix reposa son livre en commençant à faire des allers-retours dans sa chambre, les mains dans les poches de son pantalon. Qu'allait-il faire ? Il avait accepté de venir à cette sortie, et il aurait été très impoli de se désister au dernier moment. De plus, une décision aussi impulsive risquerait de faire croire à des choses qu'il voulait absolument éviter, comme le fait qu'ils ne le voulaient pas les voir, ou ne pas la voir, ce qui était parfaitement faux.
Après plusieurs tours dans la pièce, Félix se tourna vers la fenêtre de sa chambre. Le temps de la fin du mois de février commençait à se faire plus beau bien que toujours froid. Passant sa main dans sa nuque, il soupira légèrement : si sa chambre était auparavant son lieu de réconfort, depuis ce qui était arrivé avec Bridgette, c'était véritablement à l'extérieur que le jeune homme se sentait le mieux. En se baladant sur les toits, il arrivait à réfléchir plus sereinement, à poser les choses à plat et à amoindrir ses soucis.
Il inspira profondément avant de s'avancer vers le grand canapé blanc pour secouer légèrement Plagg du bout des doigts.
-« Plagg... Plagg ! Allez, réveille-toi, on va faire un tour. »
Le kwami le dévisagea d'un air sévère avant de se retourner pour lui faire dos avec un grognement bruyant. Interdit, son porteur resta figé quelques instants avant de recommencer son geste, plus vigoureusement.
-« Ce n'était pas une question, et tu as de la chance que je te réveille avant de me transformer. »
-« Hey ! protesta Plagg alors que Félix le poussait doucement vers le vide. Je te ferais dire que ta transformation me coûte énormément d'énergie, ce qui veut dire que j'ai besoin de me reposer ! Sauf que tu as pris la sale habitude de te transformer pour tout et n'importe quoi en ce moment ! Donc je suis fatigué et donc j'ai besoin d'encore plus de dormir, tu comprends ça ?! »
L'adolescent écarquilla les yeux devant l'air véritablement enragé de Plagg. Le jeune homme avait l'habitude de voir son kwami rouspéter pour un rien mais il était rare de le voir se mettre dans cet état-là.
Un petit silence se fit avant que Félix ne se redresse, les yeux baissés.
-« Je suis désolé... Je suis perturbé en ce moment, je ne sais plus ce que je dois faire, vers qui me tourner. Mais tu as raison, je ne devrais pas t'embêter à cause de mes problèmes. Je t'ai réveillé en plus de cela, pardonne-moi. »
Le kwami le regarda de ses grands yeux verts blasés, sa patte soutenant sa tête, toujours allongé de côté sur l'accoudoir du canapé. Un nouveau silence se fit avant que Plagg ne soupire avant de grogner à mi-mot en s'envolant virevolter devant l'adolescent.
-« Tu me fais pitié tu sais ? railla-t-il en croisant les pattes. Je n'arrive vraiment pas à vous comprendre, vous les humains. Les sentiments, l'amour, tout ça, bla bla bla... Ça m'épuise autant que le reste, voire même plus. »
Il dévisagea Félix qui le regardait avec des yeux ronds avant de se mettre à ricaner.
-« Hehe... Enfin... J'imagine que je peux bien faire un effort, encore. Mais ça ne sera pas gratuit hein, je veux une double ration de fromage en rentrant. »
-« Entendu, merci Plagg. » remercia Félix en haussant un sourcil, mi agacé, mi amusé.
Le kwami se contenta d'un petit mouvement de patte en bâillant tout en venant se poser sur l'épaule de son porteur. Comme la veille, ce dernier mit de nouveau en place son petit stratagème : porte verrouillée et air de solo de violon pour lui créer un alibi durant son absence avant de quitter les lieux une fois son costume enfilé.
Debout sur les ardoises des toits, il regardait de loin le parc du Luxembourg s'étaler à ses pieds. Dans quelques heures, il allait se retrouver là sans savoir comment procéder, sans savoir quoi dire. Il avait si peur de ce qu'il allait se passer, des regards, des murmures, des jugements.
Au-delà de ce qu'il s'était passé, il craignait que ses camarades, s'ils avaient été mis au courant, soient beaucoup moins discrets que ne l'avaient été Jehan et Andréa et que la nouvelle ne se répande très rapidement dans les rangs.
Avait-il peur que les autres apprennent l'incident ? Pas vraiment. Après tout, Bridgette avait le droit d'avoir des sentiments et lui les siens. Elle s'était confiée et même s'il n'avait pas su répondre, personne ne pouvait la blâmer pour cela, et d'ailleurs il ne lui en voulait pas.
Il savait que cela demandait beaucoup de courage et le fait qu'elle se soit dévoilée à lui témoignait d'une grande preuve, non seulement d'affection, mais également de confiance, ce qui ne pouvait que le toucher.
Mais ce que Félix craignait le plus était que les autres utilisent cette nouvelle pour le taquiner, ce qui l'insupportait, rien que d'y penser. Jouer avec les sentiments était un exercice qui le répugnait au plus haut point et dans lequel Camille était passée maître.
Et plus que cela, il craignait que ces éventuelles plaisanteries, volontaires ou non, n'éloignent davantage Bridgette de lui. Il voulait arranger les choses avec elle, lui dire qu'il tenait à elle malgré tout et qu'il voulait la garder près de lui, en tant qu'amie, confidente et peut-être même...
Chat Noir secoua la tête pour éloigner cette pensée. Comment pouvait-il espérer une telle chose dans cette situation ? Il se gifla mentalement en se pinçant l'arête du nez. Il était en train de perdre la tête, maintenant il en était sûr. Ce que lui avait dit Ladybug la veille l'avait totalement retourné. Malgré lui, il ne pouvait s'empêcher de l'imaginer accrochée à un autre, ses bras, qu'il imaginait aussi blancs que l'albâtre, autour du cou de son promis. Et plus il imaginait cela, plus il sentait une grande chaleur l'envahir, mais pas celle qui réchauffait son corps lorsqu'elle posait son regard sur elle, non celle qui lui donnait envie de crier et de tout envoyer valser, juste pour se défouler.
Avec un gros soupir, il se rendit soudain compte que ses pensées avaient vagabonder dans tous les sens. Pourquoi ne pouvait-il dissocier l'image du visage triste de Ladybug de celle de Bridgette ? Était-ce parce que leurs situations étaient compliquées des deux côtés ou y avait-il autre chose encore ? Cette remarque ne le quittait plus, où qu'il soit, de jour comme de nuit.
Comment les choses avaient-elles pu devenir aussi chaotiques ?
Il poursuivit sa route, tournant au hasard sur un toit, sautant par-dessus une ruelle sans vraiment y prêter attention, suivant simplement le fil de ses pensées, laissant son instinct et ses jambes le guider dans la direction qu'ils avaient décidé.
Il se rendit cependant compte que ses pas l'avaient finalement mené à l'endroit où ils s'étaient assis avec Ladybug la veille, l'un à côté de l'autre, le regard perdu dans le lointain.
Il se raidit en se demandant comment il avait pu avoir envie, même inconsciemment, de revenir ici. Ici, tout était devenu plus compliqué, les fils s'étaient de nouveau pris les uns dans les autres sans grand espoir d'être démêlés un jour.
Il finit tout de même par s'assoir, peu convaincu par son choix, laissant ses jambes pendre dans le vide. Les yeux clos, Chat Noir écoutait Paris vivre à son rythme habituel : les passants qui marchaient sur les trottoirs, les véhicules qui circulaient, le bruit des klaxons et le son si particulier des bus de la capitale. À l'abris des regards, le garçon aimait écouter les gens vivre autour de lui. De cette hauteur privilégiée, il pouvait entendre, écouter, ressentir sans pour autant prendre part au déroulement des évènements, un peu comme s'il était là sans l'être vraiment.
Le jeune homme savait qu'il vivait, comme sa partenaire qui attirait sûrement plus les regards que lui, dans l'inconscient de toutes ces personnes : malgré la menace de Papillon qui était présente à chaque instant, les parisiens avaient fait le choix de continuer à vivre, sans perdre leur entrain, sachant qu'ils pourraient compter sur Chat Noir et Ladybug pour les protéger et un jour prochain, stopper le super-vilain. Et naturellement, c'était autant un honneur qu'une lourde charge.
Voilà pourquoi le héros appréciait ces instants de pur isolement, assis sur les toits, seul avec la ville tout entière. Il ne côtoyait pas personnellement les civils, mais il les sentait vivre tout autour de lui. Lorsqu'il fermait les yeux, ses sens démultipliés par sa concentration et les capacités que lui offrait son costume magique, c'était comme s'il pouvait déceler le moindre bruit, le moindre pas, le moindre murmure, proche ou loin de lui.
Et si dans les premiers moments de sa nouvelle vie de héros, cette symbiose avec la ville qu'il était censé protéger avait été effrayante, elle faisait désormais partie de son quotidien, comme une ombre qui ne le quittait jamais vraiment, même lorsque qu'il abandonnait son costume de héros pour redevenir Félix.
-« Chat Noir ! » cria soudain une voix.
Comme si sa bulle venait d'éclater, Chat Noir tressauta légèrement face à cette voix masculine qui venait de le sortir de sa transe. Les sourcils froncés, il se pencha légèrement pour regarder en contrebas, cherchant sur le trottoir qui l'avait appelé.
Et en plissant davantage ses yeux, il se rendit compte que la personne qui venait de l'interpeller n'était pas totalement inconnue : le journaliste qui les avait poursuivis la veille avec Ladybug et qui les harcelait depuis les évènements du Dislocœur, lui comme elle, pour obtenir une « interview exclusive ». Sa coéquipière lui avait déjà répété plusieurs fois, dans un calme qui forçait l'admiration, qu'ils ne souhaitaient pas lui parler et qu'il devait rentrer chez lui.
Mais l'homme n'avait pas écouté et la patience de Chat Noir avait désormais atteint ses limites.
-« Je vous ai déjà demandé de me laisser tranquille ! argua le héros. Je n'ai pas changé d'avis, je n'ai rien à vous dire ! »
-« Attendez, s'il vous plait ! Acceptez au moins que je vous pose une ou deux questions, les lecteurs sont très curieux à votre sujet, vous et Ladybug ! » insista le reporter, attirant sur lui les regards des passants.
Chat Noir soupira d'agacement avant de se relever et de s'éloigner sur le toit, les poings serrés. Les sourcils froncés, il sentait une colère sourde remonter le long de sa colonne vertébrale. Pourquoi insistait-il autant ? Le « non » n'avait-il aucun sens pour lui ? Le jeune homme n'arrivait pas à comprendre comment l'on pouvait être si borné à harceler quelqu'un.
Il se dépêcha de passer au-dessus d'une rue pour changer de toit afin de poursuivre sa route. Mais alors qu'il effectuait son geste, il put remarquer que le journaliste le suivait toujours depuis le sol, slalomant entre les autres civils, ne le lâchant pas des yeux pour tenter de lui parler.
-« Attendez ! Attendez ! » cria l'homme alors que leurs regards se croisaient.
La colère du héros enfla de nouveau. Si ce geste avait pu n'avoir aucune conséquence, il se serait fait une joie de descendre pour sermonner le journaliste, lui crier qu'il ne lui dirait jamais rien et de lui faire comprendre, à sa manière, qu'il devait à présent les laisser tranquille, Ladybug et lui.
Mais si l'envie était bien présente, le garçon se retint. Inspirant à fond, il se repassait en tête les mots de Ladybug qui lui avait dit de laisser couler, que les journalistes et les curieux allaient finir par oublier l'incident du Dislocœur et que tout allait redevenir calme, tôt ou tard. Cependant, le jeune homme ignorait combien de temps il allait pouvoir encore supporter ce manège.
Devenir Chat Noir pendant son temps libre lui permettait d'évacuer la pression et de passer du bon temps avec sa coéquipière : il ne voulait pas à avoir à fuir le moindre parisien trop invasif qui viendrait lui gâcher son plaisir.
Après plusieurs minutes de course-poursuite, Chat Noir fit un bond plus large encore, sautant par-dessus un boulevard qui venait de passer au vert pour les véhicules, supposant que cela lui laisserait le temps de distancer son encombrant poursuivant pour le perdre dans les rues de Paris.
Mais, avec horreur, après un coup d'œil par-dessus son épaule, il se rendit compte que l'homme n'avait pas stoppé ses pas au signal lumineux pourtant rouge. Et malgré les exclamations et les cris des autres piétons qui attendaient leur tour pour traverser la chaussée, le journaliste s'élança, en courant, sur le passage piéton vers lequel roulaient déjà à grande vitesse les voitures.
Chat Noir hésite une seconde, puis deux, attendant que le journaliste fasse demi-tour, prenant conscience de sa bêtise, mais non : il continua sur sa lancée, sans même regarder dans la direction des véhicules qui n'étaient plus très loin de lui et dont certains avaient déjà commencé à klaxonner. Mais remarquant un bus qui n'allait jamais avoir le temps de s'arrêter avant de percuter l'inconscient reporter, le héros s'élança du toit, bras en avant, pour l'empêcher de continuer sa route.
Les deux corps roulèrent sur la chaussée, sous les cris des témoins de la scène. Après s'être assuré qu'ils n'étaient plus en danger, Chat Noir se redressa, à genoux sur la chaussée, se massant la nuque avec une grimace de douleur. C'était la seconde fois qu'il secourait une personne sur le point de se faire renverser et dans les deux cas, cela n'avait pas été agréable, sentant ses muscles se relâcher progressivement après la montée d'adrénaline qui les avaient fortement contractés.
Le journaliste, surpris par ce que venait de faire le héros, s'empressa de ramasser le micro relié à un enregistreur qui lui avait échappé pendant la bousculade avec un sourire extatique.
-« Ouah ! Vous êtes incroyable, vous n'avez pas hésité à vous mettre en danger pour me sauver ! Je vous adore, je suis un grand fan. »
-« C'est évident. » ironisa Chat Noir en se relevant avant de faire volte-face.
-« Attendez ! J'ai vraiment besoin de vous interviewer ! J-Je… souffla l'homme qui peinait à suivre le rythme de marche du héros. Je m'appelle Vincent Boulay, je suis ravi de vous rencontrer face à face. »
-« Bien alors, je vous évite le petit jeu des questions : Non aucune interview, non je ne veux pas d'argent. »
-« Et Ladybug et vous, c'est platonique ? À ça aussi vous allez me répondre non ? » demanda l'homme dans son dos.
Chat Noir se stoppa net, comme si le journaliste venait de lui harponner la poitrine. Il se tourna vers lui, un air meurtrier dans le regard.
-« Comment osez-vous ? » tonna le héros.
-« Il y a tout un tas de… différentes rumeurs qui courent dans la presse sur vous. Je suis sûr que tôt ou tard vous aurez besoin d'un allié. Une personne qui saura remettre les pendules à l'heure… »
-« Tss… Et vous vous croyez qualifié pour cette mission ? » contra le héros en se tournant vers lui.
-« Je suis perspicace. Et vous pouvez me faire confiance. Sans réserve. »
Chat Noir éclata alors d'un rire froid et sombre avant de revenir quelques pas en arrière pour regarder le journaliste droit dans les yeux.
-« Perspicace ? Dans ce cas, regardez-moi et dites-moi ce que vous voyez. Si vous êtes si doué, pourquoi une interview ? Il vous suffit de… lire et déchiffrer. »
Le reporter écarquilla les yeux, surpris alors que Chat Noir continuait de se rapprocher de lui, le forçant à reculer, impressionné.
-« En tant que « grand fan », vous devriez déjà me connaître, n'est-ce pas ? »
Le journaliste resta muet, incapable d'émettre le moindre son face au héros qui commençait à se montrer de plus en plus menaçant. La scène avait attiré des curieux, faisant s'arrêter les passants, autant étonné de croiser le héros de Paris d'aussi près que de le voir se confronter à l'un d'entre eux.
-« Non ? finit par répondre Chat Noir au silence du journaliste qui s'éternisait. D'accord, à mon tour. Je vous regarde et je vois une personne qui cherche son premier gros scoop, histoire de gagner du galon. Vous êtes jeune, vous devez encore faire vos preuves dans le journal qui vous a engagé et vous avez cru que suivre sans relâche votre cible pour tenter d'arriver à vos fins était une bonne idée. Votre micro est allumé depuis tout à l'heure, vous m'enregistrez alors que je vous ai répété plusieurs fois que je ne vous accorderai aucune interview. » tonna le héros en montrant le micro que le journaliste tenait entre ses mains.
Chat Noir fit de nouveau un pas en avant pour poser son doigt sur la poitrine du journaliste qui écarquillait les yeux.
-« Je vois en vous quelqu'un d'avide, mais en rien perspicace et encore moins digne de confiance. Mais puisque vous semblez y tenir, je vais vous donner la citation que vous attendez, elle tient en quatre mots, reprit Chat Noir en attrapant le bras du reporter pour rapprocher son micro de son visage. Vous me faites vomir. » acheva-t-il en appuyant chaque mot.
Le jeune homme tourna ensuite les talons, sous les acclamations de surprise des passants, laissant le journaliste, pantois, derrière lui sans un regard. Il s'écarta de quelques pas avant d'attraper son bâton pour se propulser sur le toit le plus proche afin de reprendre sa route.
Le reporter le regarda faire, sans un mot, tous les yeux des curieux posés sur lui, avant de froncer les sourcils en serrant poings et dents.
« Je sens un homme déçu par son idole, celui qui aurait pu faire de lui quelqu'un d'important ! tonna Papillon dans son repère. Voilà un candidat idéal pour semer le chaos ! »
Le super-vilain fit venir à lui l'un de ses akumas pour l'ensorceler avant de le laisser s'envoler.
« Envole-toi petit akuma, et noircis son cœur ! »
Déçu et énervé, le journaliste avait finalement repris sa route, abandonnant l'idée de poursuivre le héros à travers toute la capitale. Il avait vu les regards rieurs posés sur lui, les gens qui le prenaient en pitié ou alors se moquaient de lui. Son micro à la main, l'homme ruminait sa rage en prenant la direction de son bureau.
-« Je n'arrive pas à y croire, mais pour qui se prend-il celui-là ? enragea-t-il en shootant dans une canette abandonnée sur le trottoir. Je n'arrive pas à y croire. Il sauve la ville alors ça y est, il se croit au-dessus de tout le monde ?! J'aurais dû lui mettre mon poing dans la figure, tiens, au moins ça aurait sauvé mon honneur. »
Le reporter s'arrêta, plus en colère que jamais, trépignant presque sur place tant sa colère était difficile à contenir.
-« Et qu'est-ce que je vais faire moi ? Il me faut cette interview, sinon ils vont me mettre dehors ! Et dire que je pensais que Chat Noir était une bonne idée, quelle blague ! Cet… espèce de chat de gouttière ne mérite pas son titre. Si je pouvais lui montrer de quoi je suis capable, il ne m'aurait jamais parlé comme ça, c'est sûr ! »
L'homme ruminait tellement sa rage qu'il n'entendit pas le son d'un petit battement d'aile se rapprocher rapidement de lui et, avant qu'il ne s'en rende compte, l'akuma était déjà entré dans son micro, faisant résonner la voix de Papillon dans ses oreilles.
« Chat Blanc, je suis le Papillon. Je sais à quel point Chat Noir t'as déçu et combien tu souhaites te venger de l'humiliation qu'il t'a fait subir. Je te donne le pouvoir de lui faire face, de devenir plus puissant que lui. Une fois débarrassé de Chat Noir, tu pourras prendre sa place, et Paris sera enfin libéré de ce parasite. En échange, je te demande de me ramener son miraculous et celui de Ladybug, qu'en dis-tu ? »
-« Pas de problème, je vais prouver à tous que ces héros ne méritent pas nos acclamations. » ricana le journaliste en se redressant.
Debout devant le grand miroir pied de sa chambre, Bridgette se regardait, tirant ses traits en posant ses mains sur ses joues. Encore une fois, la jeune fille avait très mal dormi la nuit dernière. Se tournant et se retournant dans ses draps sans parvenir à s'endormir, l'adolescente n'avait pas dû fermer les yeux plus de trois heures.
De grosses cernes avaient pris place sous ses yeux, et son teint blafard lui donnait un air maladif, en plus de sa fatigue évidente qu'un peu de maquillage n'avait même pas réussi à dissimuler.
Avec un gros soupir, elle partit s'assoir à sa coiffeuse pour tenter d'arranger ses cheveux qui avaient, eux, décidé de faire comme bon leur semblait, la faisant ressembler, selon ses dires, à un « épouvantail triste ».
Elle passa sa brosse dans ses longues mèches brunes avant de remarquer que Tikki l'observait, virevoltant dans son dos avec un air inquiet.
-« Tu es sûre que ça va ? » demanda la kwami.
-« Oui, ne t'inquiètes pas, je vais bien. Je suis juste… un peu stressée… »
-« À cause de la sortie de tout à l'heure ? » questionna sa petite compagne en venant à côté d'elle.
L'adolescente se contenta de hocher la tête doucement.
Si l'annonce de la sortie avec Jehan et ses autres camarades avaient ravie l'adolescente, elle ne pouvait pas exclure le fait que de revoir Félix la rendait nerveuse. Lorsque Jehan lui avait annoncé la nouvelle, elle s'était empressée de lui demander si leur ami serait de la partie et quand le grand métis avait répondu par l'affirmative, l'adolescente avait senti sa poitrine se serrer.
Durant quelques instants, elle avait pensé à trouver une excuse pour ne pas venir, se donner une raison de ne pas être présente pour ne pas avoir à lui faire face mais finalement, Bridgette avait confirmé sa présence avec le plus d'entrain possible.
Après avoir rassemblé ses cheveux en leurs couettes habituelles, elle se dirigea vers son armoire pour sortir une veste de sa penderie. En fouillant dans ses vêtements, la jeune fille entendit soudain quelque chose tomber sur le sol, juste à côté de son pied droit.
La jeune fille sortit la tête du meuble pour regarder ce qui avait bien pu faire ce son avant de remarquer un petit bout de papier replié sur lui-même, maintenu par une barrette à cheveux, qui avait sûrement été glissé dans l'un de ses vêtements et qu'elle venait de faire chuter en fouillant dans l'armoire.
Avec un sourire, Bridgette se baissa pour le ramasser, en sachant déjà de ce dont il s'agissait. Elle le déplia doucement pour lire son contenu.
« N'oublies pas de sourire : c'est bien mieux que de te voir faire la tête. Et surtout, tu m'appelles si ça ne va pas, ok ? On t'aime petite cousine :P
W- »
Avec émotion, l'adolescente laissa échapper un petit sourire de contentement avant de se tourner vers son bureau. Sans surprise, elle avait aisément reconnu l'écriture de son cousin William, qui avait été de passage pour le début de cette semaine de vacances.
Encore honteuse et triste de ce qui était arrivé chez Félix, elle avait donc naturellement raconté ses malheurs tandis que le garçon l'avait écouté attentivement, sans oser intervenir, mais lui tendant tout de même un mouchoir de temps en temps.
Pendant de longues heures, ils avaient discuté, William la rassurant en lui disant que tout finirait par s'arranger et qu'elle ne devait rien regretter, affirmant qu'elle avait le droit d'avoir des sentiments, tout comme le lui avait dit et répété ses parents qui, eux aussi, avaient finalement appris ce qui était arrivé.
En se penchant sous son bureau, Bridgette attrapa un grand bocal en verre décoré d'autocollants de toutes les formes et rempli à plus de sa moitié de petits papiers. Elle dévissa le couvercle avant de laisser tomber le message plié qu'elle venait de récupérer avec ses semblables avant de refermer le bocal.
Bridgette le regarda ensuite avec émotion en le serrant contre elle avec un sourire plus large.
Depuis qu'ils savaient tenir un stylo, les deux cousins avaient toujours échangé ce genre de petits mots, souvent cachés dans les vêtements ou encore dans les sacs de leurs parents, les portes de voitures, posé sur leurs lits ou sur leurs bureaux, dans les cadeaux d'anniversaire ou de Noël, partout là où leur inspiration les menait. Ses petits papiers contenaient souvent des plaisanteries, des mots d'affection, de gentilles provocations, des origamis, parfois des idées de blagues à faire à leurs parents ou même des indices pour passer les niveaux les plus ardus de leurs jeux vidéo préférés étant petits.
Et Bridgette, affectionnant depuis toujours ces petits papiers, les avait tous gardé depuis plus loin qu'elle ne pouvait s'en souvenir. Et Sabine, autant amusée qu'agacée de retrouver ces petits mots partout dans la chambre de sa fille, avait fini par lui offrir ce grand bocal en verre afin qu'elle puisse tous les rassembler à un même endroit sans les perdre ni les abîmer, imitée par Virginie, la mère de William, qui avait elle aussi remarquée l'accumulation des petits mots dans les affaires de son fils.
Les deux cousins possédaient donc tous les deux dans leurs chambres ce même bocal de petits papiers qui était là pour leur rappeler que, même s'ils ne se voyaient pas tous les jours, leurs cœurs n'étaient jamais très éloignés l'un de l'autre.
Revigorée par cette preuve d'amour, Bridgette inspira à fond avec un sourire. Ce petit mot lui avait redonné courage. Même si elle n'était toujours pas rassurée de se retrouver face à Félix, elle savait qu'elle ne pourrait pas le fuir éternellement.
Sa mère, à qui elle avait fini par tout raconter après plusieurs crises de larmes, lui avait bien expliqué que le temps ferait son œuvre. Elle ne devait rien précipiter ni fuir : tout finirait par s'arranger au moment venu.
Et au fond d'elle, l'adolescente savait que sa mère avait raison, même si pour l'instant, les événements ne semblaient pas prendre une bonne pente.
Un léger sourire sur les lèvres qu'elle tenterait de maintenir aussi longtemps qu'elle le pourrait, Bridgette revint vers sa coiffeuse pour terminer de se préparer.
Le cœur serré, elle ne put s'empêcher de penser au jour où elle s'était confiée à Félix et où, le matin même, elle s'était retrouvée devant ce grand miroir, excitée comme jamais vis-à-vis de l'invitation de son ami. Et depuis ce jour-là, elle n'avait pas osé retoucher à la nouvelle veste rose qu'elle avait porté durant cet événement, malgré le fait qu'elle l'affectionnait tout particulièrement.
La tenait-elle inconsciemment responsable de ce qui était arrivé ? Peut-être. Toujours était-il qu'elle avait refusé d'y retoucher depuis.
Elle arrangea une dernière fois ses mèches de cheveux, colora ses cils de noir, passa un léger blush rose sur ses joues avant d'attraper un petit gloss afin de faire briller sa bouche.
Mais au moment où elle passa le bout du tube sur ses lèvres, un flash dans son esprit lui fit soudain penser à ce qui lui était arrivé, le jour de l'akumatisation du Dislocœur.
Naturellement, elle n'avait aucun souvenir de ce qu'il lui était réellement arrivé mais selon Chat Noir, leur opposition avait été assez violente. Toujours son partenaire, elle avait tenté de lui prendre sa bague, s'associant brièvement avec celui qui aurait dû être leur ennemi commun.
Et évidemment, elle avait également vu les photos de Chat Noir en train de l'embrasser, ses lèvres recouvertes d'un noir profond. Bridgette n'avait aucun souvenir de cet instant : la seule chose dont elle parvenait à ce souvenir était le picotement de la flèche de Dislocœur dans son dos puis de se réveillée dans les bras de son coéquipier. Elle l'avait profondément regardé, étonnée de se retrouver là, comme si elle venait de revenir d'une lourde sieste qui avait emportée avec elle ce qu'il restait de ses souvenirs.
D'abord inquiète devant ces images, l'adolescente avait finalement décidé d'en rire, surtout devant la mine pétrifiée de son coéquipier qui s'était excusé autant de fois devant elle qu'il n'avait dû le faire dans toute sa vie entière.
Plusieurs fois, il avait tenté de lui expliquer ce qu'il s'était passé, essayant de justifier son geste sans jamais la blâmer, sans jamais lui dire qu'elle aurait dû se montrer plus prudente, alors que c'était clairement ce qu'elle aurait dû faire.
Chat Noir était un garçon bien, elle le savait mais maintenant, elle en avait eu la preuve authentique : il avait été franc, s'était soucié d'elle en s'oubliant complètement, s'assurant de son bien-être avant le sien.
Un sourire amusé, plus large, se dessina sur les lèvres de Bridgette quand elle attrapa son téléphone où une notification lui montrait un nouvel article de presse lié au baiser entre elle et son coéquipier, s'asseyant sur la méridienne au centre de sa chambre. Voyant cela, Tikki osa s'approcher discrètement, intriguée par ce qui pouvait faire sourire ainsi sa porteuse.
-« Ça va Bridgette ? » demanda-t-elle d'une petite voix.
-« Hmm… ? Oh, oui ça va ! Excuse-moi, j'étais perdue dans mes pensées. »
-« C'est encore cette histoire de baiser ? » questionna la kwami en regardant l'écran du téléphone de la jeune fille.
-« Aha oui, on en a encore pour un bon bout de temps si tu veux mon avis. »
-« Et tu n'es pas… énervée par ce qui s'est passé ? Je veux dire… effectivement ça risque de vous suivre un petit moment… »
-« Non, je ne suis pas énervée. Tu sais, je suis sûre que ça a été plus difficile pour lui que pour moi, déclara Bridgette en glissant son portable dans sa poche. Je ne vois pas Chat Noir embrasser quelqu'un comme ça, et puis… Il est tellement respectueux envers moi. Je suis persuadée qu'il s'en veut encore et qu'il s'en voudra encore longtemps. Et ça… c'est de ma faute. »
-« Tu n'y peux rien, c'est arrivé c'est tout. »
-« Oui mais je n'arrête pas de me dire que si j'avais été plus prudente… insista Bridgette en soupirant. Bref… On ne peut pas faire grand-chose pour le moment, si ce n'est attendre que ça se tasse. »
Elle regarda vers la fenêtre en soupirant une nouvelle fois avant de reprendre son sourire.
-« J'ai de la chance de l'avoir à mes côtés. J'aurais pu tomber sur quelqu'un qui aurait essayé de profiter de la situation. Mais lui est toujours respectueux, attentionné, gentil. C'est… vraiment un garçon bien. »
Sans qu'elle ne puisse rien y faire, ses pensées vagabondèrent une énième fois vers Félix lorsqu'elle prononça ces mots, lui faisant baisser les yeux avant que Bridgette n'effleure ses lèvres du bout de ses doigts.
-« C'était la première fois que j'embrassais quelqu'un. Enfin… Que je me faisais embrasser, bref… Mais… Comme je n'en ai aucun souvenir, ça… Ça ne compte pas hein ? »
-« Je ne sais pas… Je suppose, souffla Tikki en haussant les épaules tout en prenant un air désolé. Je ne peux pas vraiment te répondre pour ce genre de chose. Les sentiments des humains, c'est un sujet très… complexe pour moi. »
-« Je comprends, ne t'inquiète pas. De toute façon, j'ai dit à Chat Noir de ne pas s'en faire et ne plus y penser, alors c'est ce que je vais faire aussi. » acquiesça l'adolescente en regardant sa kwami.
La petite créature y répondit avec un sourire avant de venir se frotter contre la joue de sa porteuse alors que les deux se mettaient à rire. Mais au moment où Bridgette voulut changer de sujet de conversation, une alarme sourde se mit soudain à retentir dans les rues de Paris.
En un bond, la jeune fille fut debout, se précipitant sur sa terrasse, Tikki sur son épaule. Depuis sa position, elle pouvait voir les parisiens s'agiter dans les rues, conscients du danger qui les menaçait tous. Le cœur battant, Bridgette fit demi-tour pour redescendre dans sa chambre avant de se précipiter vers la trappe qui menait à l'escalier quand elle entendit sa mère l'appeler.
-« Bridgette ! Bridgette, tu es là chérie ?! »
-« Oui maman, je n'étais pas encore partie ! Je vais rester dans ma chambre, d'accord ? Tu n'as pas besoin de moi ? »
-« Non, je veux juste que tu restes en sécurité ! répondit Sabine en lui adressant un sourire depuis le bas des marches. Ton père est en train de fermer le rideau de la boulangerie. Les quelques clients que nous avions y sont restés. »
-« D'accord, si vous avez besoin de moi vous… Vous m'appelez, ok ? »
-« Merci chérie. » acquiesça sa mère en reprenant la direction de la boulangerie.
Bridgette lui fit un grand sourire avant de refermer la trappe. Elle fit volte-face, avant de fermer le verrou de la trappe, à contre cœur. Elle savait que sa mère allait sûrement faire des allers-retours entre la boulangerie et leur appartement et si elle venait à découvrir son absence, il serait impossible de l'expliquer avec une excuse plausible. Il fallait donc empêcher quiconque d'entrer ici : le verrouillage de la porte et son absence de réponse serait sans doute plus facile à expliquer que sa disparition soudaine.
La jeune fille s'avança au centre de sa chambre avant de regarder Tikki avec un petit sourire, les poings serrés.
« Tikki ! Transforme-moi ! »
Une fois parée de son costume, la jeune fille remonta sur la terrasse, s'assura que personne ne puisse la voir s'en échapper avant de lancer son yoyo vers la cheminée du toit d'en face. Il fallait désormais trouver Chat Noir ainsi que l'akumatisé qui sévissait dans les rues.
On passe à l'action hehe ! On dirait que Chat Noir est encore un peu sorti de ses gonds... Espérons qu'il puisse se rattraper.
Merci d'avoir lu, on se retrouve la semaine prochaine pour la suite, restez connectés...
P.S.: La scène des petits mots et du bocal est inspiré d'une vraie tradition de chez moi que je partage avec mes cousins et cousines depuis que nous sommes petits. Tout comme Bridgette, j'ai moi aussi mon bocal, tout rempli de petits mots, d'amour et de grands souvenirs.
