La planète n'était pas habitée, l'hivers permanent qui y perdurait n'y était pas étranger, ni l'inquiétante lumière bleue dans laquelle elle baignait. Tout autour de la petite vallée, de hautes montagnes glacées ciselaient le décor. Au-dessus d'elles se levait un soleil bleu immense. Au milieu de cette désolation, le Tardis se matérialisa lentement propageant un bruit mécanique qui se répercutait sur les montagnes. La porte s'ouvrit et le docteur en sortit d'abord, vêtu d'un scaphandre orange. Avec un scaphandre assorti, Clara le suivit. Elle portait une petite boîte qui ressemblait à une glacière. Ils s'éloignèrent du Tardis de quelque pas.
Le docteur sortit son tournevis sonique et sonda les environs.
-Tu peux le déposer, Clara. C'est ici que l'énergie bleue est la plus intense.
Elle déposa la boîte et ouvrit le couvercle. Les deux voyageurs attendirent. Rien ne se passait. Sazar gisait au fond de la boîtes, sa lumière presque éteinte.
-Ça ne marche pas, murmura Clara au bout d'un moment.
-Patience, murmura le docteur qui fixait Sazar avec une attention soutenue.
La créature restait inerte dans le fond de la boîte et sa lumière continuait de décroître. Clara se pencha vers la boîte, prit la créature dans ses mains et la souleva. Un flash de lumière illumina brièvement Sazar, puis, lentement sa lumière revint, d'abord faible, puis, de plus en plus lumineuse. Il s'éleva lentement dans les airs et sa lumière continua de croître au point où le docteur et Clara durent détourner les yeux.
Quand la lumière décrut, ils tournèrent à nouveau les yeux vers Sazar, mais il n'était plus là.
-Il nous a laissé tomber, se choqua Clara. Toutes ces autres victimes pétrifiées qu'on ne pourra pas aider!
Un vent se leva et une voix vibra dans leurs oreilles.
-Je suis ici, murmura la voix.
-Sazar?
-Entre autres.
-Vous parlez au "je" maintenant?
-Sazar fait partie d'un tout.
-Se pourrait-il que sur tous les mondes possibles qui reçoivent l'énergie d'une étoile bleue, je sois tombée sur votre monde d'origine?
-Ce n'est pas un hasard, il y a longtemps qu'il me manquait Sazar. Je l'appelais à moi.
-Et le Tardis vous a entendu et m'a proposé cette planète; je vois.
-Où est-il, demanda Clara?
-Partout autour de nous. Je crois qu'il est les montagnes.
-Oui, je suis les montagnes. Je me cristallise en utilisant l'énergie bleue.
-Et c'est votre faculté à vous cristalliser qui a été utilisée pour créer les statues; mais je me demande comment Sazar a pu être capturé par Kourok? Et au fait, si vous n'êtes pas Sazar, qui êtes-vous? Est-ce que chacune de vos composantes ont un nom comme Sazar?
-Mon nom est Karaz. J'ai détaché une partie de moi, je l'ai appelé Sazar et je l'ai envoyée explorer la galaxie. Je voulais apprendre et découvrir.
-Mais Sazar est tombé sur Kourok qui l'a utilisé. Mais comment aurait-il fait pour l'énergie bleue?
- Kourok est déjà venu sur ce monde avec des équipements scientifiques pour étudier l'énergie bleue. Je l'ai laissé faire. Je suis curieux alors j'apprécie aussi ceux qui le sont. Sazar ne peut voyager dans l'espace par lui-même. Je l'ai confié à Kourok quand il est parti et je lui faisais confiance.
-Il a trouvé comment collecter et emmagasiner l'énergie bleue. Savez-vous ce que ça veut dire, Karaz?
-Non.
-Il a perdu Sazar, il va donc revenir ici pour subtiliser une autre partie de vous. Vous êtes en danger!
Pendant un moment, un silence oppressant accueillit les paroles du docteur.
-Je peux me défendre, docteur. Je lui ai fait confiance la dernière fois; mais s'il revient, il n'y aura pas de pardon.
-Promettez-moi que vous ne le tuerez pas.
Le bruit qui lui répondit ressemblait à un rire.
-Je sais que vous avez demandé à Sazar de libérer les autres divinités. J'avais l'intention de refuser votre requête, mais votre sollicitude me touche. Je vais le laisser repartir avec vous avec assez d'énergie pour libérer au moins cent statues. Quand vous le ramènerez, si Kourok est venu déranger ce monde, vous pourrez constater de la justesse de ma punition.
Le pic d'une de montagne se brisa en silence et il s'éleva lentement dans les airs, se transformant en la créature ondulante qu'était Sazar, mais plus lumineux que jamais. Il flotta vers eux.
-Sazar est prêt, susurra la créature.
-Alors, par où allons-nous commencer, se demanda ce dernier?
Clara sortit son cellulaire, l'ouvrit et montra au docteur la photo qu'elle avait prise du panneau sous les statues dans la boutique qui donnait la liste des planètes où des divinités avaient été vendues.
-Magnifique, s'exclama le docteur! Au Tardis, nous avons des dieux à réveiller.
