Sur la colline de Koltomak 2, le docteur, Yazz, Léopold et Camille regardèrent le Tardis du onzième docteur se dématérialiser. Le docteur se tourna alors vers Camille.

-Je n'ai pas de solution pour Léopold pour le moment, mais voyager m'aide à penser. En fait, c'est plutôt les aventures, l'adrénaline, le danger qui stimule mon esprit. Ça fait si longtemps que vous êtes ici, vous avez surement envie de voir quelque chose de nouveau. Je peux vous amener où vous voulez, quand vous voulez.

Camille ne répondit pas tout de suite, elle regardait le paysage d'un angle nouveau et même ça, c'était excitant.

-Vous allez trouver ça idiot, mais c'est dans cette ville que j'ai envie d'aller. Ça fait des millénaires que je la regarde de loin sans jamais pouvoir y aller. Je me la suis imaginée de tellement de façon! Je veux la voir enfin!

-Ce n'est pas idiot du tout, dit le docteur. Très compréhensible au contraire. Mais je ne peux pas vous y amener aujourd'hui, pas à cette époque; ils vous reconnaîtraient. Vous êtes leur déesse ne l'oubliez pas. On pourrait aller dans le futur, disons dans cinquante ans. Est-ce que ça vous va?

Camille sourit.

-Tout à fait!

Le docteur ouvrit la porte du Tardis.

-À vous l'honneur.

Camille entra, fit quelque pas et figea. Le docteur et ses deux autres compagnons entrèrent et contournèrent Camille. Le docteur se tourna vers Camille et semblait attendre quelque chose. Personne ne parlait, l'attention était complètement tournée vers Camille.

-Est-ce que j'hallucine, dit-elle alors?

-Non, répondit le docteur toujours dans l'attente. Pourquoi hallucineriez-vous?

-Parce que c'est impossible!

-Qu'est-ce qui est impossible?

-Ce que je vois.

-Qu'est-ce que vous voyez, s'impatienta le docteur?

-C'est plus grand à l'intérieur.

Le docteur parut alors satisfaite.

-Il vous en a fallu du temps, ajouta-t-elle en se tournant vers la console! J'ai l'habitude d'une réaction plus rapide.

-Quelqu'un peut m'expliquer, s'énerva Camille?

-C'est plus grand à l'intérieur, lui confirma Yaz, mais quand je lui demande pourquoi, l'explication ne m'éclaircie pas. Alors, acceptez-le comme un fait, ajouta-t-elle en souriant.

-D'accord, abdiqua Camille en avançant vers la console et en examinant les lieux. C'est quand même magnifique.

Le docteur mit la main sur le levier et le baissa d'un coup. La console centrale commença à bouger. Les passagers furent légèrement secoués, puis tout s'arrêta.

-Nous sommes arrivés. Camille, c'est à vous l'honneur.

Camille ouvrit la porte et sortit pour figer une seconde fois.

-Ce n'est pas possible, murmura-t-elle.

Le docteur, Yaz et Léopold la suivirent pour faire la même constatation : la ville n'était plus qu'un tas de ruines.

-Que s'est-il passé,demanda le docteur : une guerre, une catastrophe naturelle?

-Ça ne peut pas être une guerre, répondit Camille. C'était un peuple pacifique.

-Ce n'est pas non plus une catastrophe naturelle, reprit le docteur en scannant les environs. Une météorite aurait laissé des traces encore visibles dans l'atmosphère et la région n'est pas volcanique. La planète jouit d'un système météorologique stable. Il n'y a pas non plus de failles sismiques dans les environs.

-Il y a quelqu'un là-bas, coupa Léopold.

Les trois femmes firent volte-face pour découvrir un survivant déglingué qui marchait au travers la ville en fouillant les débris. Il était très maigre et portant des vêtements usés et sales. Quand il les vit, il s'enfuit. Léopold partit à sa poursuite et revint en le tenant par les bras. Le pauvre cherchait bien à se dégager, mais il n'était pas assez fort. Il semblait terrorisé.

-Lâchez-le, s'exclama le docteur!

-Mais il va fuir.

-Le docteur plongea une main dans une poche de son manteau et en sortit un étui à cigare, elle l'ouvrit pour la montrer au vagabond. Elle était remplie de bonbons en gelée.

-J'ai retrouvé cette boîte en cherchant le casque de concentration, je savais que ce serait utile.

Le vagabond n'avait d'yeux que pour la boîte.

-Lâchez-le, ordonna le docteur avant de se tourner vers le survivant.

-Prenez-en un, dit gentiment le docteur. Si vous répondez à mes questions, je vous donnerai l'étui.

Il tendit la main en tremblant vers l'étui, pris un bonbon et le porta à sa bouche. Après l'avoir mâchouillé et avalé, il donna au docteur un sourire édenté.

-Je m'appelle Yrmon, dit-il. Que voulez-vous savoir?

-Je suis venue ici, il y a longtemps. Il y avait une belle ville florissante. Que s'est-il passé?

-Ça doit faire longtemps que vous n'êtes pas venu.

-Très longtemps!

-Vous paraissez si jeune!

-Merci du compliment, dit le docteur en souriant. J'aime à croire que je ne fais pas plus que neuf cent ans. Alors que s'est-il passé?

-C'est la déesse Cami. Elle nous a été volée.

-Non, s'écria Camille! Ça ne peut pas être ça!

-Yrmon, reprit le docteur, en quoi la disparition de la déesse a pu mener à cette destruction?

-Nous sommes un peuple destructeur. Nous avons failli nous détruire une fois et tout le reste de notre histoire est chaotique. Par sa présence, Cami apaisait nos esprits. Quand elle est partie, tout a changé. Lentement, les gens sont devenus hargneux et colériques; puis violents. Il y a eu des émeutes, des guerres, des soulèvements, les gouvernements se sont effondrés et nous sommes tombés dans le chaos. Ceux qui reste ne cherchent qu'à s'entretuer.

Yaz s'avança vers Yrmon.

-Pourtant, vous me semblez plutôt pacifique.

-C'est bizarre, présentement, je me sens comme avant, quand j'étais jeune, en paix avec moi-même. Est-ce que c'est un signe? La déesse est-elle revenue?

Le docteur se tourna vers Camille qui se tenait en retrait puis revint à Yrmon.

-C'est une bonne question Yrmon.

Elle lui tendit la boîte.

-Tenez, vous l'avez bien mérité.

Il prit la boîte et s'enfui. Le docteur s'avança vers Camille.

-Je voulais juste être libre. Je ne voulais pas ça, dit-elle les larmes aux yeux.

-Ce n'est pas votre faute, Camille, mais je ne peux pas dire que vous n'y êtes pour rien. Kourok semblait chercher quelque chose d'autre chez ses victimes. Il prenait des humains pour une question de compatibilité, mais pas n'importe quels humains. Il a rejeté Léopold parce qu'il n'avait pas ce qu'il fallait. Camille, quand je suis entrée en contact avec vous, il y avait quelque chose de différent. Je l'avais remarqué, mais j'étais concentrée sur votre situation, alors je n'y ai pas prêté attention. Qu'est-ce que c'était déjà? Allez docteur! Rappelle-toi! Qu'est-ce que c'était? Ha! Oui! C'était bidirectionnel.

-C'est ce que vous m'avez-dit, reprit Camille. C'était une communication qui allait dans les deux sens. Je pouvais lire votre esprit. Comme ça, j'ai su que vous pouviez vraiment m'aider.

-Avec un Seigneur du temps, de même qu'avec n'importe quel télépathe, ce genre de contact est toujours bidirectionnel. Mais pas avec un humain, ou plutôt rarement. Pourquoi ne l'ai-je pas vue? Camille, vous être télépathes. Kourok recherchait des télépathes. C'est ce qui fait qu'on ressent quelque chose quand on est en présence de la statue. C'est ce qui amène les gens à croire qu'elle est d'essence divine.

-Je ne peux pas lire dans l'esprit des autres, coupa Camille. C'est ridicule!

-Ce n'est pas comme dans les films, coupa le docteur. Ce n'est pas comme une conversation, sauf dans un cas de contact rapproché comme je l'ai fait avec vous. Il y a parfois des pensées qui ne sont pas les vôtres et parfois, les gens captent vos pensées et croient que ça vient d'eux. Si vous êtes au milieu d'un groupe de gens stressés, vous l'êtes encore plus; même chose s'ils sont joyeux. Mais vous pouvez changer la tendance et amener les gens stressés à l'être moins si vous êtes vous-même sereine ou des gens joyeux à l'être moins si vous êtes triste. Ça peut se faire consciemment, ou pas. Et les gens de cette planète sont sensibles à ça, je l'avais déjà perçu.

-Vous voulez dire que c'est vraiment moi qui suis responsable de tout ça.

-Non, Camille. Vous êtes celle qui a empêché que tout ça n'arrive plus tôt. Parce qu'il y a plus que de la télépathie en vous, il y a une certaine sérénité que j'ai perçu dès notre premier contact. Vous être une personne pacifique alors vous les avez rendus pacifiques. Cette pétrification a renforcé vos dons, parce que c'est tout ce qui vous restait. Alors, plus ils étaient en paix et plus vous l'étiez et plus ça se réfléchissait sur eux.

Camille s'avança dans les ruines et regarda le tout d'un air triste.

-Non, docteur, vous avez tort. C'est vraiment de ma faute. Si vous dites vraie, j'ai endormi leurs instincts destructeurs. Ils n'ont pas appris à vivre avec et à les dominer. Quand je suis partie, le choc a été trop brutal. Je suis responsable de tout ça.

-Vous vous préoccupez vraiment de ce peuple, s'étonna le docteur! Pourtant, ce sont eux qui ont payé pour votre capture.

-Ils ignoraient ma vraie nature. Ce n'est pas leur faute.

-Vous n'êtes pas leur déesse. Vous ne leur devez rien, reprit le docteur.

-Ne voulez-vous pas les aider?

-Oui, mais pas en vous sacrifiant. Je suis seulement surprise de constater à quel point vous vous préoccupez d'eux.

-Je suis aussi surprise, mais étrangement, je ne sens liée à eux. Il faut faire quelque chose.

-Nous allons faire quelque chose, se décida le docteur. Tout le monde au Tardis. Nous devons examiner la planète et trouver l'endroit où la population se concentre le plus.