Cabina, la capitale de Koltomak 2, n'avait pas échappée à la destruction, mais la ville était toujours vivante, malgré tout. Une certaine partie était en ruine, mais une autre partie, toujours habitée, s'étalait en périphérie. Les habitations étaient délabrées et les rues, jonchées de débris. Les gens et les familles qui y vivaient s'ignoraient les uns des autres, tentant de survivre chacun de leur côté en fouillant les débris. Il y avait parfois de la violence, même si les survivant de Cabina tentaient de l'éviter. La vie de tous les jours était un combat et au travers ce combat, un mouvement était né.

Ce mouvement était formé de jeunes survivants qui n'avaient jamais connu l'époque bénie où la déesse protégeait leur monde. Ils étaient nés dans le chaos le plus total et avaient grandi dans un monde qui s'autodétruisait progressivement. Et, malgré leurs tendances violentes, atténuées par le fait qu'ils n'avaient pas connu le choc de la disparition de Cami, ils avaient réussi à se trouver et à se rassembler dans l'espoir de reprendre le contrôle de leur monde moribond.

Ils se rassemblaient une fois par semaine sur la place publique pour tenter d'attirer l'attention des autres survivants et les amener à se joindre à leur cause; la plupart du temps, sans grand succès. Et ce jour n'était pas différent des autres. Ils voyaient passer des gens en quête de nourriture et autres articles essentiels pour leur survie et leur offraient des légumes frais qu'ils avaient eux-mêmes cultivés à l'orée de la ville. Alors que quelques individus approchaient, attirés par les légumes, ils tentaient de les convaincre par des discours idéologiques.

-Vous n'en avez pas assez de cette vie d'errance, dit le premier. Si nous nous unissons, nous reconstruirons notre monde et nous mangerons de la bonne nourriture à tous les jours.

-Pousse-toi, grogna un des survivants, en sortant un couteau.

Les autres membres du mouvement l'entouraient rapidement, armés de bâton et le survivant s'enfuit avec quelques légumes.

-Ça ne marchera jamais, se découragea une jeune femme.

-Ça fonctionne parfois: rappelle-toi le mois passé.

-C'est trop peu! À ce rythme-là, ça prendra des siècles, ajouta-t-elle. Nous ne pouvons pas continuer comme ça.

-Alors que suggères-tu? As-tu une idée? Nous ne sommes pas assez nombreux pour construire une nouvelle société. Nous avons besoin d'aide, mais qui va venir nous aider?

Un étrange bruit mécanique lui répondit, alors qu'une boîte bleue se matérialisait devant les jeunes Koltomakiens éberlués. La porte s'ouvrit et des étrangers en sortirent. Ils n'étaient visiblement pas de ce monde, mais ils étaient surtout pétillants de santé, beaux, bien nourris et bien vêtus. L'une d'eux s'approcha.

-Bonjour, je suis le Docteur. Je vois que vous avez ouvert un marché.

-C'est plus que ça, bredouilla le leader du groupe. Que venez-vous faire ici?

-Nous venons vous donner un coup de main, si vous le voulez bien.

-Je ne crois pas que vous puissiez nous aider. Si vous pouviez les convaincre de se joindre à notre cause...

-Nous pouvons toujours essayer, dit-elle joyeusement. Hey, s'écria-t-elle en voyant une vieille femme s'approcher en catimini! Venez! Nous avons de bons légumes pour vous et de la conversation.

La femme s'approcha et prit un légume bleu qui avait la forme et la consistance d'une tomate, puis, plutôt que d'essayer d'en voler plus ou de fuir, elle resta sur place et croqua son légume.

-Comment vous appelez-vous, poursuivit le Docteur?

-Mahihi, dit-elle. Je me sens... mieux.

-Ça fait du bien de bien manger, dit le chef du mouvement. Venez avec nous, nous voulons rebâtir une société. Vous aurez votre place.

-Je veux bien, dit-elle, j'en ai assez de cette vie de misère. Mais, à la condition qu'elle vienne aussi.

Elle pointa Camille. Cette dernière s'approcha, étonnée.

-Vous savez qui je suis?

-Dans l'ancien monde, j'étais une religieuse et j'ai fait de nombreux pèlerinage pour fleurir la déesse. Vous ne faites pas que lui ressembler. Je le sens en moi; je sais que c'est vous.

-Je ne suis pas une déesse, maugréa Camille. J'étais prisonnière de la statue.

-Peut-être, dit-elle, mais sans vous, nous ne nous en sortirons pas.

Les membres du mouvement se tournèrent vers Camille.

-Je n'ai jamais vu Cami, murmura le chef, mais c'est vrai, je me sens en paix en votre présence. Nous avons besoin de vous.

-Non, murmura Camille, je ne peux pas vous aider de cette façon.

-Non, c'est à moi de vous aider, coupa le Docteur. Il faut atteindre une plus grande partie de la population. C'est pour ça que je suis venue ici.

Elle se tourna vers Léopold.

-Je vais avoir besoin de votre casque de concentration, Léopold.

-Sans ça, je vais redevenir une brute sans cervelle.

Le docteur sortit son tournevis sonique et scanna la tête de Léopold.

-Je ne crois pas, ajouta-t-elle en lisant les résultats. Kourok n'a pas endommagé votre cerveau, il l'a transformé, en créant certaine barrière pour vous rendre plus docile et moins mental. Le casque vous a redonnée accès à ces parties bloquées de votre cerveau et naturellement, avec un peu de temps, votre cerveau a créé de nouvelles connexions. Si je retire le casque, vous resterez vous-même.

-C'est sur?

-À 100%… En fait, plutôt 90%. Non, disons 50-50, mais c'est déjà un excellent prognostique. Je n'ai besoin du casque que pour un court moment. Si ça ne marche pas pour vous, je vous le rendrai ensuite, c'est promis.

Léopold soupira et retira lentement le casque avant de le mettre entre les mains du docteur. Puis, il sourit.

-Ça marche, murmura-t-il.

-J'en étais sure, ajouta le docteur en se tournant vers Camille.

-Mettez le casque, dit-elle, ça décuplera vos pouvoirs et vous pourrez en atteindre plus. Vous êtes liés à ces gens autant qu'ils sont liés à vous. Avec le casque, vous allez recréer cette connexion et ensuite ils pourront rebâtir leur société avec ou sans vous.

Camille secoua la tête.

-Non, il n'en est pas question. Ça ne les aidera qu'un court moment, ensuite, quand je partirai, ils seront encore laissés à eux-mêmes.

-Nous allons les amener à se rassembler pour créer un monde meilleur. La suite leur appartient.

-Vous vous trompez, Docteur. Ce n'est pas un traitement de choc qu'il leur faut, c'est la méthode douce. Guérir prend du temps et des soins.

Le Docteur lança à Camille un regard compréhensif.

-Vous avez sacrifié toute votre existence pour ce monde et vous voulez y sacrifier votre liberté retrouvée?

-Je suis libre maintenant, je ne suis plus une statue et je ne serai plus vénérée. Ils n'investiront pas toute leur foi et leur esprit en moi. Ça devrait aider. Par ma présence, je vais les calmer et ensuite ce sera à eux de reconstruire leur monde. C'est vous qui connaissez mieux la question. Ai-je raison?

Le Docteur resta pensive un moment.

-Oui, dit-elle enfin, ça pourrait marcher. Mais vous devez rester en retrait, éviter toute forme de culte ou de vedettariat envers vous. Votre présence leur donnera l'énergie nécessaire pour s'en remettre, mais ça prendra toute votre vie et quand vous mourrez, le choc sera, pour eux, beaucoup moins brutal. Vous tenez vraiment à rester?

-Oui, je veux les aider.

-Je reste aussi, dit Léopold. De toute façon, je n'ai plus ma place sur Terre.

-Très bien, dit le docteur. Bonne chance à vous deux. Bonne chance à vous tous.

-Merci, Docteur, je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi.

Le Docteur marcha vers le Tardis, suivie de Yaz. Elle allait ouvrir la porte quand un coup de vent souleva ses cheveux suivi du bruit caractéristique du Tardis qui atterrissait. Elle se tourna pour voir le onzième Docteur sortir d'un deuxième Tardis nouvellement arrivé et se diriger d'un bond vers elle.

-Docteur, dit-il. La situation est plus compliquée que je ne le croyais. À nous deux, nous ne serons pas de trop pour la régler.