Quand les coccinelles magiques de Ladybug filèrent dans le bâtiment des studios pour réparer tous les dégâts, Félix ne put s'empêcher de laisser échapper un profond soupir de soulagement lorsqu'elles passèrent autour de lui pour soigner sa blessure.
Le sang disparut également de ses vêtements et le jeune homme retrouva toutes ses couleurs en un temps record. Tout fut remis à sa place sous les yeux admiratifs de lui et Priam qui échangèrent un regard une fois que tout fut terminé.
-« Tu vois ? Je t'avais dit que tout irait bien. » déclara le jeune danseur en hochant la tête.
-« Oui, heureusement que ça n'a pas été trop long… » souffla Félix en se massant la nuque, se redressant légèrement du mur contre lequel il était adossé.
En entendant des bruits et des voix dans le couloir juste à côté, Priam regarda vers la sortie de la salle avant de se tourner vers le grand blond, un air tiraillé dans les yeux.
-« Je… Ça te dérange si je te laisse là pour… Euh… »
-« Vas-y file, répondit Félix avec un sourire. Je vais rester là le temps de reprendre mes esprits, je vous rejoints tout à l'heure. »
-« D'accord ! À plus ! » déclara le jeune homme en se mettant à courir vers la sortie.
-« Priam ! » le rappela Félix alors qu'il atteignait la porte.
-« Oui ? »
-« Si… Si ce qui m'est arrivé pouvait rester entre nous… Je ne veux pas inquiéter les autres, tu comprends… ? »
-« Bien sûr, je dirai rien c'est promis. » répondit hâtivement Priam avant de disparaître dans le couloir.
Félix esquissa un petit sourire en reposant une nouvelle fois sa tête contre le mur derrière lui. Il s'autorisa à pousser un nouveau soupir. Il était passé près de la catastrophe, et il le savait. Si Ladybug n'avait pas été aussi rapide, Priam aurait pu découvrir son secret à cause de son faux pas. Et cela aurait été une catastrophe.
Car si Priam avait semblé véritablement concerné par son cas, il ne savait pas encore s'il pouvait lui faire totalement confiance. Il ne le connaissait que très peu et même s'il était véritablement sympathique, Félix n'ignorait pas que son côté stratège et rusé pouvait être un véritable danger pour lui et sa double-identité. Il ne devait pas baisser sa garde en sa présence.
Un mouvement rapide de l'autre côté de la salle lui fit tourner la tête. Avec un sourire large, il vit Plagg filer vers lui pour s'arrêter à quelques distances de son visage.
-« Content de voir que tu n'es pas mort. » déclara le kwami en croisant les pattes.
-« Neuf vies mon ami. » répliqua Félix en tendant sa main pour que son compagnon puisse s'y poser.
Il avait remarqué la mine toujours fatiguée du kwami que l'utilisation de son pouvoir n'avait pas aidé à améliorer. Mais sans vraiment le verbaliser, ils étaient heureux de se retrouver et surtout soulagés de voir que tout s'était bien terminé. Assis dans la paume de son porteur, le kwami regarda intensément le garçon avant d'incliner la tête.
-« Merci d'avoir pris les devants. J'étais vraiment mal cette fois-ci. » déclara le jeune homme.
-« Bah… Il faut bien rattraper les bêtises de « Monsieur-je-suis-trop-sage-pour-toi » quand y'a besoin. » railla le kwami avec un petit sourire mesquin.
-« Je laisse passer pour cette fois. » répliqua l'adolescent avec le même sourire.
Les deux amis échangèrent un nouveau sourire mais quand Félix vit Plagg baisser ses oreilles en papillonnant des paupières, témoins évidents de son état de fatigue, l'adolescent se releva pour attraper sur une des tables de la salle de restauration un gros morceau de fromage.
-« Tiens, dit-il en lui tendant. Attends encore un peu, nous serons bientôt de retour à la maison. »
Plagg se contenta d'acquiescer en disparaissant dans la veste de son porteur. Le garçon posa doucement sa main sur sa poitrine avant de se remettre en route. Il savait que ses amis allaient se mettre à sa recherche s'il tardait trop.
Il se dirigea vers la sortie, esquivant les dizaines et les dizaines de personnes qui s'agitaient dans les couloirs : l'organisation de l'après-midi avait été totalement chamboulée et les équipes responsables du bon déroulé de l'émission du jour avaient décrété le branle-bas de combat.
Progressant à pas lent dans le bâtiment, le garçon se pencha pour esquiver un bras qui venait trop proche de lui à son goût, se dérouta du chemin de deux personnes qui portaient un élément de décor, suivis d'un troisième opérateur qui poussait un portant à vêtement roulant qui croulait sous les costumes. L'effervescence d'il y a quelques heures avait repris comme si de rien n'était et il était agréablement surpris par la capacité qu'avaient ces gens à s'adapter si vite à n'importe quelle situation.
Soudain, alors qu'il se rapprochait enfin du hall du bâtiment après avoir pris l'escalier pour redescendre dans les étages, il tomba face à face avec son garde du corps qui semblait le chercher partout. Il put le voir, lui habituellement si stoïque, esquisser un sourire de soulagement en soupirant.
Le garçon se tendit quelques secondes avant de lui répondre : il savait que la blessure qu'il lui avait infligée et qui avait failli le tuer n'était pas de sa faute. Il ne pouvait pas lui en vouloir, car cela n'aurait eu aucun sens. Toutefois, le garçon savait maintenant à quoi s'attendre s'il venait à l'idée de quelqu'un d'importuner cet homme que son père avait engagé pour le suivre partout.
Comme à son habitude, l'homme resta silencieux mais ils se comprirent d'un regard. Et sans davantage de cérémonie, le grand garde du corps se replaça derrière le fils de son employeur pour recommencer à le suivre de près. Félix le regarda faire en haussant les épaules : cela l'importunait toujours mais moins qu'avant et il était véritablement soulagé de voir qu'il s'en était également sorti indemne même après l'avoir projeté dans une cage d'ascenseur en perdition.
Mais évidemment, il ne pouvait pas s'excuser pour cela, et de toute façon, il n'avait plus la force de s'énerver à propos de son sujet.
Ils finirent de traverser le hall du bâtiment pour sortir sur le parvis. La foule était encore plus dense ici : ex candidats et opérateurs se bousculaient ici et là dans un capharnaüm sans aucun sens. Les deux hommes regardèrent tout autour d'eux en slalomant entre toutes les personnes présentes. Et alors que Félix commençait à douter fortement de retrouver ses amis ici et que le froid de la fin du mois de février le saisissait, le regard du jeune homme fut attiré sur le côté.
Une petite silhouette fine aux longs cheveux marchait non loin de lui, à peine à quelques mètres. Il n'eut pas à se poser plus de question car en une fraction de secondes, il savait avoir reconnu Bridgette. Ç'avait été un simple flash, une image fugace mais c'était elle, il le savait. Il esquiva encore une dizaine de personnes et, avec un sourire, il reconnut sans difficulté le petit groupe de ses camarades que son amie venait de rejoindre en se jetant dans les bras de Jehan.
Il était soulagé de voir le grand métis de retour, le garçon se grattant l'arrière de la tête avec un air confus, tenant Andréa par la main. Marlena, qui semblait avoir récupéré leurs affaires dans sa loge, les regardait faire, couverte aux épaules du grand manteau gris foncé du gorille de Félix qui lui faisait comme une cape.
Juste à côté d'eux, Priam tenait David dans ses bras, le serrant contre lui sans sembler vouloir le relâcher tandis que son compagnon lui caressait le dos en lui parlant doucement. Quand elle les remarqua, Marlena leur fit un sourire tandis que Félix s'arrêtait à sa hauteur.
-« Je suis vraiment contente de vous retrouver. C'est une chance qu'on ait pu se rejoindre tous ici sans difficulté. »
-« Je ne te le fais pas dire, c'est un vrai miracle. »
-« J'étais avec Andréa et David qui a fini par nous rejoindre un peu plus tard, mais je ne pensais pas qu'on parviendrait à tous se recroiser aussi facilement ! » acquiesça-t-elle en lui tendant son manteau après avoir remarqué que le grand blond grelottait légèrement.
Il la remercia avant de s'avancer vers ses autres camarades qui l'accueillirent avec un grand sourire.
-« On était justement en train de se dire qu'on allait devoir venir te chercher, déclara Andréa. Est-ce que ça va ? »
-« Oui, je vais bien merci. Et vous ? »
-« J-Je crois que j'ai été touché, je ne me souviens de rien du tout, répondit Jehan en se grattant la nuque. J'ai sauté de la scène, je me suis mis à courir et après c'est le trou noir. Quand j'ai repris mes esprits, j'étais dehors, devant les studios avec la place toute explosée. J'ai rien compris à ce qui s'est passé mais tac ! Ladybug est arrivé et elle a tout réparé. Comme d'hab' quoi. »
-« On était cachés dans un bâtiment pas loin, reprit sa compagne en regardant Marlena. Priam était avec nous au début mais il a fini par retourner sur ses pas pour essayer de rechercher David. » acheva-t-elle en regardant par-dessus son épaule, dans la direction de ses deux amis qui se tenaient toujours dans les bras l'un de l'autre.
-« Ce qui est idiot puisque c'est David qui a fini par nous rejoindre, soupira Marlena. Mais tu étais avec lui tout à l'heure non ? Où est-ce que tu étais pendant tout ce temps ? »
-« Nous avons dû se séparer à un moment donné et puis j'ai préféré rester caché dans le bâtiment par la suite. Je ne savais pas qu'il avait réussi à vous rejoindre. »
Félix remarqua le regard surpris que Bridgette venait de lui lancer mais quand il la regarda à son tour, la jeune fille se contenta de détourner vivement la tête.
Un petit silence se fit quand Marlena se rendit soudain compte que le garde du corps de Félix la regardait avec insistance, un air énigmatique dans les yeux. Elle le regarda quelques secondes avant de lui adresser un grand sourire en retirant le manteau qu'elle portait toujours sur ses épaules.
-« Pas la peine de me regarder comme ça, tenez, dit-elle en lui tendant le vêtement. C'est juste que je n'ai pas eu le temps de me changer et j'avais un peu froid en vous attendant. Mais je vous le rends, prenez-le. » rit-elle en posant le manteau sur le bras du gorille.
L'homme se figea quelques secondes : il semblait hésiter sur la conduite à adopter. Mais quand Marlena commença à tourner les talons pour s'éloigner de lui, l'homme se contenta de lui repasser le vêtement sur les épaules sans un mot mais avec un regard sévère.
La danseuse, surprise, se retourna vers lui avant de lui adresser un regard doux en riant.
-« Aww… Merci ! souffla-t-elle d'un ton mielleux. Vous n'êtes pas très causant mais assez gentil finalement. »
Les autres se mirent à rire quand Marlena passa son bras autour de celui du garde du corps qui s'empourprait malgré lui en perdant son expression impassible. Et tandis que la danseuse tentait d'établir une petite discussion avec son nouvel ami, Bridgette se tourna vers Priam qui s'approchait de leur groupe, main dans la main avec David.
-« Quelle est la suite du programme alors ? On y retourne ? »
-« Non, ils ont décidé de suspendre les représentations d'aujourd'hui, déclara Priam en hochant négativement la tête. Ils ont décidé de suspendre les diffusions, histoire que tout le monde se remette de ses émotions. »
-« Je pense que c'est la meilleure chose à faire, effectivement. C'est mieux de reprendre sur des bases saines. »
-« C'est tellement dommage que vous n'ayez pas pu passer, soupira Andréa en regardant Marlena puis Priam. J'aurais bien voulu vous voir faire. »
-« Bah… Ça sera pour la prochaine fois ! » répondit Priam en haussant les épaules.
-« Cela dit, moi j'en connais un qui a assuré tout à l'heure. » rétorqua Marlena en posant sa main libre sur sa hanche, son autre bras toujours autour de celui du gorille qui n'osait pas la repousser.
-« Ça c'est vrai, s'exclama Bridgette en prenant la main de Jehan. C'était vraiment génial ! Tu étais super à l'aise, franchement tu t'es débrouillé comme un chef ! »
-« Ah merci beaucoup. » murmura le grand métis avec un sourire.
-« Et puis on se demande bien pour qui était cette chanson hein ! ironisa Priam en croisant les bras. Tous ces jeunes qui ne font que parler de leur crush, qu'est-ce que c'est gnangnan ! »
-« AH ! ET C'EST TOI QUI PARLE ?! » répondit vigoureusement Jehan en tentant d'attraper Priam en riant.
Les garçons se lancèrent dans un petit affrontement, en se tenant face à face, et dont les autres se désintéressèrent assez vite en calmant leur rire.
-« Mais qu'est-ce qu'on va faire alors ? Moi je ne comptais pas rentrer tout de suite… » souffla Bridgette en baissant les yeux.
-« Vous pouvez peut-être venir au bar, qu'est-ce que vous en dites ? proposa Marlena. Comme ça on termine tranquillement l'après-midi tous ensemble. »
-« Mais on ne risque pas de vous déranger ? » demanda Félix.
-« Oh non ! Il n'y a pas de répétitions aujourd'hui. Il doit juste y avoir notre patron et une poignée de personnel d'entretien sur place. Qu'est-ce que tu en dis Priam ? »
-« Je pense que c'est une bonne idée, répondit son ami, la tête coincée sous le bras de Jehan qui lui frottait assez violemment le cuir chevelu avec le côté saillant de ses phalanges. Après c'est un peu loin, et y'a que cinq places dans la voiture. » expliqua-t-il en essayant de se dégager.
-« Mais Félix est venu en voiture non ? répliqua Andréa avec un sourire en coin. Avec deux véhicules, tout le monde peut venir… »
-« Oh mais c'est une super idée ! rit Marlena en se serrant davantage contre le garde du corps. Moi je monte avec vous ! On va bien s'amuser vous allez voir. »
-« Bah on va te suivre tiens, répondit Jehan après avoir relâché Priam qui se recoiffait hâtivement. Félix ça te dérange pas si on t'emprunte ton carrosse pour un quart d'heure ? J'avoue que j'ai très envie de voir cette voiture de l'intérieur. »
-« Eh bien… Je pense que ça ne pose pas de problème. » bredouilla le jeune homme en haussant les épaules.
-« Super, alors allons-y, je vais vous donner l'adresse, déclara Marlena en entraînant le gorille à sa suite. C'est moi qui monte devant ! »
-« Et pourquoi d'abord ? » railla Jehan en leur emboitant le pas.
-« Parce que je suis la plus âgée et que je fais ce que je veux ! »
Devant la réticence du garde du corps qui ne semblait pas vouloir laisser le fils de son employeur tout seul, Félix prit les devants pour discuter seul à seul avec lui pendant quelques minutes. L'homme sembla hésiter, secouant plusieurs fois négativement la tête avant de regarder Marlena du coin de l'œil qui lui adressait un petit regard suppliant.
Les bras croisés, il batailla intérieurement quelques minutes de plus avant de pousser un long soupir tandis que Félix élargissait son sourire et que Marlena s'agrippait une nouvelle fois à son bras. L'homme se contenta de hausser les épaules avant d'adresser un dernier regard à Félix puis de prendre la direction du véhicule qu'il avait garé plus haut dans la rue.
-« Pour être honnête, je ne pensais vraiment pas qu'il accepterait ! » déclara Priam en croisant les bras.
-« Non, moi non plus, je suis assez étonné. » répondit Félix en haussant un sourcil.
-« Ça c'est parce que Marlena lui plait, ricana Bridgette. Il ne pouvait pas lui dire non. »
-« En tout cas on ferait mieux de les suivre de près si on ne veut pas qu'il finisse par faire une crise cardiaque. » murmura David.
-« T'as raison, répliqua Priam en sortant un trousseau de clé du sac qu'il portait sur son dos. La voiture n'est pas loin. »
-« Je ne savais pas que tu conduisais. » souligna Bridgette.
-« Avec la vie que je mène, il faut mieux être indépendant au niveau du transport, crois-moi. Allez, venez. »
Dociles, Félix et Bridgette suivirent Priam et David que son compagnon avait attrapé par la main en ouvrant la marche. Les jeunes gens échangèrent un petit regard en progressant côte à côte sans oser ouvrir la discussion. Bridgette continuait de triturer ses doigts en baissant les yeux tandis que Félix ne savait pas quelle attitude adopter avec elle.
Il voulait lui parler, tenter d'établir un contact mais il ne savait pas comment interpréter son comportement : peut-être qu'elle n'en avait pas du tout envie ? Et si elle lui en voulait ? Après tout, elle aurait toutes les raisons du monde de lui en vouloir. Alors c'est en silence que les jeunes gens suivirent leurs deux amis qui riaient entre eux.
Après quelques minutes de marches, Priam s'arrêta devant une voiture verte grise qui semblait avoir été usée par le temps. La portière côté conducteur était éraflée et de nombreuses bosses jalonnaient la carrosserie. Relevant les regards suspicieux de Félix et Bridgette, Priam croisa les bras en haussant un sourcil.
-« Quoi ? Elle roule très bien cette voiture, donc un peu de respect. »
-« Elle est à toi ? » demanda Félix.
-« Tu penses que je l'ai volé ? » railla le danseur.
-« J'ose espérer que si tu avais vraiment volé une voiture, tu aurais choisi un modèle moins… abîmé. »
-« Aha. Non, elle n'est pas vraiment à moi. On se la partage à la coloc'. Je la prends quand j'en ai besoin, ou je fais le taxi. Le paiement de l'essence fait partie des charges qu'on répartit au fil des mois. »
-« C'est intelligent ça ! déclara Bridgette avec un petit sourire. Ça doit être drôlement chouette de vivre avec vous. »
-« Je ne sais pas, tu n'as qu'à demander à David. C'est lui qui vient le plus souvent, déclara le jeune homme en regardant son compagnon. Bon allez, en voiture, sinon le toutou de Félix va vraiment nous faire un AVC. »
Priam monta à la place conducteur tandis que David faisait le tour du véhicule pour monter à l'avant avec lui. Sentant la pression remonter entre eux, Félix s'empressa d'ouvrir la portière arrière gauche pour laisser passer Bridgette avec un petit signe de main. La jeune fille le regarda quelques secondes avant de se glisser sur la banquette en remerciant rapidement.
-« Ceintures ! » déclara Priam en vérifiant ses rétroviseurs avec un petit sourire tandis que ses passagers prenaient place.
Après quelques minutes de voiture à la conduite assez prudente pour contenter Félix qui s'était légèrement tendu en voyant Priam passer un feu à l'orange bien mûr, le véhicule s'arrêta non loin d'un bâtiment à la façade blanche aux portes marrons. Un grand panneau arrondi au-dessus de l'entrée affichait le nom du lieu, surmontant deux grandes portes décorées de vitraux verts et bleus.
Marlena, Jehan, Andréa et le garde du corps étaient déjà sur place, la danseuse toujours vêtue de son manteau. Félix ne pouvait détacher son regard du grand bâtiment : La grande devanture en néons rouges annonçait le nom du lieu.
-« « L'Oiseau rare »… ? lut Félix en penchant la tête. Vous travaillez vraiment ici ? »
-« Ouaip, c'est un peu comme notre deuxième maison. » déclara Priam en hochant la tête.
-« Mais… Mais c'est un cabaret… »
-« Et alors ? Tu as un problème avec ça ? » railla Marlena avec un clin d'œil.
Le jeune homme sentit son stress monter d'un coup. S'ils avaient bien compris que les deux danseurs avaient des entrées dans le milieu du spectacle, il devait admettre qu'il n'avait absolument pas saisi la nature de leur véritable profession.
-« J-Je ne suis pas sûr que... Enfin… »
-« Hey, c'est un cabaret, pas un strip-club, détends toi, ricana Priam en passant devant. Allez venez ! »
Après plusieurs secondes d'hésitation, Félix inspira longuement avant de suivre ses camarades à l'intérieur, Marlena fermant la marche avec son garde du corps. Ils passèrent la grande porte en bois vitrée et arrivèrent dans une entrée au tapis pourpre, de grandes plantes en pot la décorant assez élégamment.
C'était la première fois que Félix entrait dans ce genre d'établissement et il devait avouer que cela ne ressemblait en rien à ce à quoi il aurait pu s'attendre. Lui qui pensait trouver une salle à l'agencement assez vulgaire aux lumières vives, le garçon eut la surprise de trouver une salle décorée façon année 30 avec de grandes structures en bois surmontées d'arabesques.
La salle était plongée dans une sorte d'obscurité, les tables rondes nappées de blanc étaient ornées de bougies dans un photophore qui faisaient danser des lumières dorées tout autour d'elles. Un bar assez discret accompagnés de chaises hautes étaient placés sur le côté droit de la salle et la scène surélevée au fond était drapée de grands rideaux pourpres sur ses côtés. On pouvait distinguer un deuxième étage de tables décorés qui faisait le tour de la salle et surplombait la scène.
Remarquant le regard brillant de son camarade, Marlena se mit à rire, tandis qu'Andréa, dans le même état que lui, prenait la main de Jehan.
-« Alors ? Qu'est-ce que tu en penses ? » lui demanda la danseuse en lui donnant un petit coup de coude.
-« Je… Je dois avouer que je ne m'attendais pas à ça. » répondit Félix avec un petit sourire gêné.
-« Aha je me doute. Mais nous sommes des gens de goût vois-tu. C'est agréable de travailler ici. »
-« Je n'en doute pas une seule seconde. »
-« Je savais que ça te plairait, rit Priam avec un sourire. Cet endroit a des pouvoirs magiques, je t'assure. »
-« Mais on ne risque pas de déranger ? demanda Andréa en se tournant vers le danseur. Je veux dire… On est quand même sur votre lieu de travail… »
-« Oh t'inquiètes pas pour ça, répondit Marlena en posant sa main sur son épaule. On a quasiment quartier libre quand il n'y a pas de client, tant qu'on ne fait pas trop de conneries, évidemment. Et de toute façon, notre patron est au courant qu'on est ici, donc aucun souci. »
-« Bon moi je vais aller me changer, coupa Priam en se dirigeant déjà vers un couloir qui s'enfonçait dans les profondeurs du bâtiment. Je pense que toi aussi Marlena, non ? »
-« Oui ! J'aime bien les plumes, mais c'est quand même pas si pratique. Little est encore aux studios, il ramènera nos autres affaires plus tard. Vous voulez voir les loges ? »
-« Oh oui ! » s'exclama Andréa avec un grand sourire sans relever le drôle de nom que venait de citer sa camarade.
Mais devant l'air amusé des autres, comprenant qu'elle avait parlé un peu trop fort, la jeune fille se redressa en se raclant la gorge.
-« Oui s'il te plait. » reprit Andréa avec un ton plus calme.
-« Alors venez, répondit Marlena avant de se tourner vers le garde du corps dont elle tenait toujours le bras. Je vous laisse ici mon ami, poursuivit-elle en retirant le grand manteau de ses épaules. Merci de m'avoir tenu chaud. » déclara la danseuse avant de poser un léger baiser sur la joue gauche de l'homme.
Elle lui fit un petit clin d'œil avant d'inviter Bridgette et Andréa à la suivre d'un signe de main après avoir indiqué à ses camarades des patères où ils pouvaient suspendre leurs affaires de l'extérieur. Le chauffeur de Félix resta interdit quelques instants avant de secouer la tête en regardant son manteau. L'adolescent le regarda faire avec un léger sourire amusé alors que les autres éclataient de rire.
-« Allez, je vous invite dans mon antre. » déclara Priam en emboîtant le pas à sa collègue qui avait déjà disparue avec leurs deux autres amies.
Le petit groupe se mit alors à remonter le couloir où un grand rideau barrant à moitié le chemin indiquait « Personnel uniquement ». Ils passèrent devant quelques portes de placard ou qui abritaient des réserves de nourriture ou des systèmes électriques à cacher aux yeux du public. Enfin, arrivés un tournant, deux panneaux leur indiquèrent « Couloir des artistes » et « Second couloir – Administration ». Priam s'avança dans ce dernier tandis que Jehan et Félix se penchaient légèrement en avant pour tenter de voir ce qu'abritait le premier, suivis de près par le chauffeur qui semblait toujours ailleurs.
-« On ne va pas par-là ? Il y a quoi de ce côté ? » demanda le grand métis en désignant le corridor d'un mouvement de menton.
-« C'est les loges et les vestiaires des filles ! répondit aussitôt le danseur avec un petit sourire par-dessus son épaule. Enfin plus ou moins, mais moi ma loge n'est plus dans ce coin-là. »
-« Pourquoi cela ? » s'enquit Félix.
-« Parce que je suis une star ? »
-« Parce que certaines danseuses n'aimaient pas qu'il se balade dans les couloirs pendant qu'elles se changeaient. » coupa David en haussant les épaules.
-« Ah ouais d'accord ! » rit Jehan en donnant un petit coup à Priam.
-« Alors pour ma défense, je n'ai jamais rien fait de déplacé. C'est juste qu'elles se sentaient pas à l'aise. » protesta le jeune homme en mettant ses mains dans les poches de son pantalon.
-« Je pense que nous pouvons les comprendre. » acheva Félix avec un petit sourire.
Le groupe poursuivit dans le couloir secondaire jusqu'à s'arrêter devant une porte en bois brun foncé. Une plaque dorée, reflétant les lumières du couloir, où étaient gravées cinq lettres, annonçait la personne à laquelle appartenait cette loge.
-« « Ziggy » ? C'est quoi ça ? » demanda Jehan en haussant un sourcil.
-« C'est mon nom de scène. » répondit Priam en ouvrant la porte.
-« Ah carrément, un nom de scène. » ricana le grand métis.
-« C'est une tradition de la maison, répondit le danseur en haussant les épaules. Tous les artistes doivent avoir un nom de scène et ne doivent pas s'appeler par leurs vrais noms. C'est pour des histoires de confidentialité. »
-« Et pourquoi ce nom dans ce cas ? » releva Félix.
-« Ah ça ! C'est une longue histoire. » ricana Priam en invitant ses camarades à entrer.
Les arrivistes étudièrent les lieux avec attention. Des murs recouverts de papier peint brun et rose entouraient un espace éclairé d'une lumière dorée tamisée. Une grande coiffeuse sur laquelle étaient éparpillés des ustensiles de maquillage se tenait sur la droite de la pièce, une grande plante placée à ses côtés. Le reste de la pièce était occupé par des malles de vêtements éparpillés un peu partout et un paravent en bois décoré avec des arabesques de tissu. Dans l'air flottait un mélange d'odeur de laque et de parfum doux et citronné que Priam portait fréquemment.
-« Je suis impressionné. » déclara Félix en regardant
-« Par quoi ? Le bordel ? » railla Jehan.
-« Tu peux venir ranger quand tu veux, déclara Priam avec un mouvement de main avant de passer derrière le paravent après avoir retiré sa veste. Faites comme chez vous ! »
-« Hey attends ! Moi je veux connaître l'histoire-là ! C'est quoi ce nom ? » s'enquit Jehan en s'asseyant sur la chaise devant la coiffeuse.
Priam, maintenant torse nu, sortit la tête de derrière le paravent pour regarder David avec un petit sourire, qui se contenta de lui répondre en haussant les épaules avec la même expression sur le visage.
-« David Bowie, ça te dit rien ? » répondit Priam en disparaissant une nouvelle fois.
-« Bah si, mais justement ! Je suis curieux ! »
-« Bah quand j'ai commencé à participer aux représentations ici, tu peux imaginer que tout le monde s'est demandé ce qu'un mec foutait au milieu de toutes ces nanas ! Mais le public m'a bien accueilli et le patron a décidé de me garder. Donc du coup, je n'ai pas échappé à la tradition du nom de scène ! »
-« C'est toi qui a choisi ? » demanda Félix en haussant un sourcil.
-« Plus ou moins. Au début, j'avais choisi juste « Stardust » mais le patron a dit que ça faisait trop… rude, que c'était pas assez doux aux oreilles, voyez. Je sais pas trop pourquoi d'ailleurs. » poursuivit le danseur en sortant de derrière le paravent après avoir repassé un t-shirt gris.
Il traversa la pièce pour s'avancer vers la coiffeuse. Il attrapa une petite bouteille qui contenait un liquide bleuté, imbiba un disque de coton avant de le passer sur ses yeux.
-« Du coup, pour se foutre de moi, les autres ont commencé à m'appeler « Ziggy », le temps que je trouve un autre nom. Mais tout le monde a fini par s'y habituer, moi aussi, et donc c'est resté, voilà. »
-« Je trouve que ça te convient étrangement bien, si je peux me permettre. » déclara Félix avec un petit sourire.
-« Ah tu trouves ? » rit Priam en se tournant vers lui.
-« Et du coup tu as eu le droit à la coupe de cheveux et au maquillage ? » ricana Jehan en croisant les bras.
-« J'ai réussi à échapper à la perruque mais pas au maquillage, répondit le danseur en haussant les épaules. Mais bon, j'imagine que c'est une obligation quand on porte ce nom. » acheva-t-il tandis que David tendait son téléphone à ses deux amis.
Sur l'écran, une photo de Priam, la moitié droite du visage balafré d'un éclair rouge et bleu, se tenait à moitié assis sur la coiffeuse, les bras croisés, habillé d'une tenue pourpre. Son expression était impossible à définir, semblant mi-amusé, mi énervé.
-« Ah ouais, terrible ! déclara Jehan en regardant son camarade. Tu as dû faire fureur ce jour-là. »
-« Une foule en délire me courait après ! » soupira théâtralement le jeune homme en posant sa main sur son front.
-« Il aimerait bien… » protesta David en levant les yeux au ciel.
-« Je crois qu'il y en a un qui est jaloux. » releva Félix avec un petit sourire.
Les autres écarquillèrent les yeux, surpris de ce commentaire, avant d'éclater de rire. Priam attrapa une veste qui pendait sur une patère avant d'inviter ses amis d'un mouvement de bras.
-« Venez, les filles vont sûrement mettre un peu plus de temps. On va aller les attendre au bar.
Le petit groupe retraversa les couloirs dans l'autre sens pour revenir dans la salle principale et y descendit par un petit escalier de trois marches qui servait à délimiter l'entrée. De loin, Félix n'avait pas remarqué que le sol était recouvert de milliers de petites paillettes que les spots lumineux faisaient briller. Les jeunes gens, suivis du garde du corps, slalomèrent entre les tables dressées et alors qu'ils s'approchaient du bar, un homme sortit de la porte qui semblait mener vers un autre couloir, sûrement celui des cuisines, pour se placer derrière le comptoir. Une petite machine dans les mains, l'homme qui semblait âgé d'une quarantaine d'année pianotait vivement sur le clavier en marmonnant. Les cheveux poivre et sel et les traits tirés, de gros sourcils surmontant des yeux noirs dont le fond n'était plus tout à fait blanc, l'homme ne semblait pas des plus abordables.
Mais quand il les aperçut, l'air déjà peu commode du barman se durcit davantage tandis que Priam prenait un sourire goguenard.
-« Putain, qu'est-ce que tu fous déjà là toi ?! Et c'est quoi ça ? cria-t-il en désignant le reste du groupe. Tu fais garderie maintenant ?! »
-« Hey Mickey ! En forme je vois ! » répondit le danseur en s'accoudant au bar.
-« La ferme ! Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça ! Et dégage de là, j'ai pas le temps pour tes conneries. »
-« Qu'est-ce que tu fais ? Tu bois encore en douce ? »
-« Non ! Je fais les stocks figure toi ! Alors débarrasse moi le plancher, j'ai du travail. »
Priam lui fit un sourire plus large avant de se mettre à rire en regardant Jehan et Félix qui s'étaient arrêté à plusieurs mètres de là, apeurés par l'homme qui les regardait de travers.
-« Vous inquiétez pas, il est gentil quand il veut. Il ne mord pas, venez vous installer. » déclara-t-il pendant que David prenait place à ses côtés.
-« Putain, qu'est-ce que tu as pas compris dans « dégage de là, tu m'emmerdes » ? » reprit le barman en croisant les bras.
-« On a des clients, protesta Priam. Tu ne vas pas renvoyer des clients quand même, que dirait le boss hmm ? »
L'homme écarquilla les yeux avant de se mettre à ruminer en tournant le dos au jeune danseur. Ce dernier se mit à rire avant d'inviter ses amis à prendre place. Avec hésitation, Félix s'assit sur une des chaises hautes à côté de David qui lui sourit pour le rassurer alors que Jehan s'approchait de Priam.
-« Tu es sûr qu'on risque rien ? C'est qu'il a pas l'air très commode le monsieur. » murmura le grand métis.
-« T'inquiète pas, Il adore râler, mais il a un bond fond, je t'assure. N'est-ce pas Mickey ? » demanda Priam en haussant le ton.
-« Ta gueule ! cingla le barman en faisant volte-face. Ça vous amuse de m'appeler comme ça hein ?! »
-« Bah tu connais la tradition, et tant que tu n'auras pas choisi ton petit nom, on continuera de t'appeler comme ça ! Au bout de trois ans, quand même ! »
-« Tu m'appelles pas, comme ça c'est mieux ! s'enquit Mickey en se tournant une nouvelle fois vers le fond du bar. Et qu'est-ce que tu fous là d'abord ? Tu avais pas une super représentation qui devait nous ramener du monde aujourd'hui ? Et Tumpie, elle est où ? »
-« T'es pas au courant ?! protesta Priam en posant sa main sur sa poitrine. On a failli passer à la casserole aujourd'hui ! Un akumatisé ! Aux studios ! »
-« Eh bah… Dommage que ce soit déjà terminé, ça nous aurait fait des vacances ! »
Tandis que Priam éclatait de nouveau de rire avec Jehan acquiesçait les mots du barman, Félix se pencha vers David qui avait calé son menton dans sa paume, son coude reposant sur le bar.
-« « Tumpie » c'est M- »
-« C'est moi. » coupa une voix féminine derrière lui.
Marlena était revenue avec Bridgette et Andréa derrière elle. Elle avait retiré sa tenue de spectacle blanche pour se vêtir de vêtements plus traditionnels et sans conteste bien plus pratiques.
-« Et puisque tu connais mon petit nom, tu seras mignon de m'appeler comme ça pendant qu'on est ici, déclara la danseuse en pressant le bout de son index sur le front de Félix. On tient beaucoup à notre anonymat ici. »
-« D-D'accord. » acquiesça le jeune homme alors qu'elle s'éloignait.
-« Ne vous inquiétez pas, déclara David avec un sourire amusé. C'est étrange au début, mais on finit par s'habituer »
-« Ça t'est déjà arrivé de tromper ? demanda Bridgette, inquiète. J'ai peur de faire une boulette. »
-« Oui bien sûr ! Mais ne t'inquiète pas, on est entre nous ici. Ça ne serait pas très grave. »
-« C'est quand même une drôle de tradition non ? » ricana Bridgette en regardant Marlena s'approcher de Priam et Jehan.
-« Moi je trouve que c'est assez pratique, en plus d'être original. » déclara Andréa.
-« Oui, et puis je pense que c'est une mesure de sécurité supplémentaire pour eux. Nous ne sommes jamais à l'abris de fan un peu trop collant. » déclara Félix avec un petit sourire.
-« C'est vrai. » répondit aussitôt Bridgette avec le même sourire.
Sans le savoir, les deux jeunes gens venaient de partager exactement la même pensée, à savoir le visage du journaliste qui avait poursuivi Ladybug et Chat Noir partout dans la capitale pendant plusieurs jours sans jamais s'arrêter.
Mais au-delà de ça, les deux adolescents venaient de s'arrêter net en se regardant, constatant qu'ils venaient de discuter normalement, une première fois depuis plusieurs semaines. Ils plongèrent mutuellement dans leur regard avant de se détourner, mais plus de cette même gêne qui les avait séparés, non. Celle qui réchauffait le cœur en constatant qu'enfin, ils parvenaient à avoir une discussion sans se fuir.
-« Bon, tu arrêtes d'embêter notre barman ? demanda Marlena en secouant légèrement Priam. Il va encore nous casser les oreilles toute la soirée ! »
-« Oh mais j'y peux rien ! J'adoooore faire ça, c'est tellement drôle de le voir se mettre en colère ! »
-« Je suis encore là vous savez. » déclara l'homme d'un ton blasé.
-« Oui je sais, et sache que je suis très contente de te voir… Mickey. » déclara Marlena avec le même sourire que Priam.
-« Ah tu vois ! » ricana ce dernier tandis que les autres éclataient de rire devant le visage du barman qui redevenait rouge.
Après quelques minutes de cris et de rire, Marlena parvint à stopper son hilarité et se pencha de nouveau sur le bar pour regarder Mickey avec un petit sourire.
-« Bon, puisque tu es là, tu veux pas servir quelque chose à nos invités ? »
-« Je suis barman moi, pas bénévole aux Restos du Cœur. S'ils veulent boire, ils payent. »
-« Ça va gros grognon, rajoute ça sur ma note et c'est tout. » protesta la danseuse avec un sourire agacé.
-« Mets la moitié sur la mienne. » coupa Priam en hochant la tête.
-« Vous allez arrêter de m'emmerder deux secondes ?! s'énerva le barman en regardant ses deux collègues, les bras croisés. Dites-moi ce que vous voulez, et dépêchez-vous, j'ai pas que ça à faire moi ! »
-« T'as qu'à nous mettre… huit cocktails sans alcool, comme ça tu nous embêteras pas avec le fait que cinq personnes ici sont mineures… » déclara Marlena.
-« Félix est majeur je te ferai dire. » souligna David en regardant la danseuse.
-« Merveilleux ! Félix, un Piña Colada avec moi ? » blagua Priam en se penchant pour regarder son ami.
-« Sans façon merci, je ne bois pas d'alcool. » répondit le grand blond, amusé.
-« Tant pis, alors huit cocktails sans alcool ! »
Mickey grogna davantage en levant les yeux au ciel mais se tourna tout de même vers le fond du bar pour attraper des verres avant de se pencher vers un mini réfrigérateur caché sous le comptoir pour en sortir un assortiment de jus de fruits et une bouteille de sirop.
Dix minutes plus tard, les huit verres remplis de jus s'entrechoquaient joyeusement tandis que les conversations reprenaient vivement. Le barman était retourné dans la réserve pour continuer ses comptes en ronchonnant tandis que Marlena parlait toute seule avec le chauffeur de Félix qui, même sans dire un mot, semblait assez intéressé par la discussion de la jeune danseuse, son verre à la main.
Les autres débriefaient doucement de la journée, concluant que même si celle-ci ne s'était pas déroulée comme ils l'avaient pensé, elle leur avait tout de même permis de se retrouver, ce qui n'était jamais une occasion de perdue.
-« Je suis quand même déçue de ne pas vous avoir vu sur scène, soupira Bridgette en posant ses coudes sur le bar. J'aurais voulu vous voir faire. »
-« Oui c'est vrai… soupira Andréa en l'imitant. C'est vraiment dommage que ce soit terminé comme ça. »
-« Il y aura d'autres occasions, répondit Priam avec un sourire. Ce n'est pas la fin du monde. Et puis vous pouvez toujours venir ici les jours où on fait des représentations, vous nous verrez comme ça. »
-« Ouais mais elles ont raison, ça sera pas pareil, contra Jehan en haussant les épaules. Là vous aviez prévu quelque chose de vraiment spécial pour cette occasion-là. C'est dommage que vous ayez pas pu montrer de quoi vous étiez capables. »
-« Ah là là là, tu entends ça Tumpie ? rit Priam. On a déçu notre public ! Une idée pour leur remonter le moral ? »
-« À vrai dire oui ! » répondit sa collègue en prenant congé du chauffeur après un dernier regard.
Elle s'approcha de son collègue pour lui chuchoter quelques mots et ce dernier s'empressa d'acquiescer. Marlena contourna rapidement le bar en vérifiant que Mickey n'était pas en train de revenir. Elle se pencha ensuite avec un sourire malicieux, s'accroupissant derrière le comptoir, sous le regard surpris de ses camarades.
Mais avant qu'ils n'aient pu lui poser la moindre question, un air de jazz s'échappa des enceintes placées de part et d'autre du bar. De grands sourires se dessinèrent sur les visages tandis que la musique, crée par un ensemble de guitare, de piano et de trompette emplissait l'espace.
Sans un mot de plus, Marlena rejoignit Priam qui s'était placé à quelques pas de là. Ils se concertèrent d'un regard avant de se mettre à danser, enchainant des pas synchronisés en restant côte à côte, tandis qu'une voix dans la musique se mettait à chanter.
You make me smile, you make me dream
(Tu me fais sourire, tu me fais rêver)
I feel you running under... under my skin
(Je te sens courir sous… sous ma peau)
I spend the nights talking to you
(Je passe les nuits à te parler)
Unveiling those feelings that's so untrue
(A dévoiler ces sentiments qui sont si faux)
Les deux danseurs enchainaient les pas avec aisances, s'attrapant parfois la main pour tourner ensemble avant de reprendre leurs places, de grands sourires sur leur visage. Entraînés par la musique, les camarades se mirent à taper dans leurs mains pour marquer le rythme, imités par le chauffeur qui affichait lui aussi un grand sourire, debout, tapant vigoureusement ses paumes l'une contre l'autre pour montrer son admiration.
An angel at night, a demon by day
(Un ange la nuit, un démon de jour)
I can't stop praying… so hard to say
(Je ne peux pas m'empêcher de prier… C'est si difficile à dire)
Searching for protection in your embrace
(Je cherche protection dans votre étreinte)
Into the glass I find your familiar face
(Dans ce verre, je retrouve votre visage familier)
Entraînés par le rythme du refrain qui s'annonçait, Priam attrapa la main de Marlena pour l'entraîner à sa suite. Il courut presque jusqu'au bar avant de poser son pied sur l'assise de la chaise vide qui se trouvait entre Félix et David pour monter debout sur le comptoir, suivi de près par Marlena qui l'imita avant de reprendre ses gestes de danse que les deux partenaires maitrisaient à la perfection.
And when you unlock my heart,
(Et quand tu déverrouilles mon cœur)
Is like a journey to a star
(C'est comme un voyage vers une étoile)
A world of colors in my mind,
(Un monde de couleurs dans mon esprit)
An island of treasures every night I find
(C'est une île aux trésors que je trouve chaque nuit)
En un saut, Priam redescendit du bar avant de se tourner pour attraper Marlena par les hanches pour l'aider à en descendre à son tour, toujours en rythme. Sans perdre un instant, les deux partenaires se séparèrent, Priam s'approchant de Bridgette, excitée comme une puce, et de David qui s'était relevé de sa chaise en le voyant s'approcher. Priam leur montra un pas de danse et, les yeux écarquillés de surprise, Félix regarda ses deux autres amis l'imiter avec aisance.
Marlena, pendant ce temps, s'était approché de son chauffeur et venait de lui prendre les mains, lui faisant placer sa main droite dans le bas de son dos tandis que la main gauche de la danseuse rejoignait son épaule. Elle joignit ensuite leurs mains libres et, avec un sourire, elle entraîna son partenaire de fortune dans une danse, certes maladroite, mais qui ne manquait pas de charme.
You tell me lies I want to believe
(Tu me dis des mensonges que j'aimerais croire)
Awaiting my empty nights with magic to fill
(Attendant que mes nuits vides soient remplies de magie)
I need to feel your warmin' touch
(J'ai besoin de sentir ton toucher brûlant)
Cause daily routine wasn't made for us!
(Car la routine quotidienne n'était pas faite pour nous !)
Emportés par le rythme de la musique, Jehan et Andréa s'étaient également mis à danser, suivant le rythme en coordonnant leurs corps dans des pas approximatifs. Mais leur enthousiasme comblait leurs lacunes et le couple trouva rapidement son aisance au milieu de tout cela.
Envirée par la joie ambiante, Bridgette se précipita vers Félix pour lui prendre les mains, le faisant relever de son siège, les yeux écarquillés tandis que Priam faisait la même chose avec David qui éclata de rire.
And when you unlock my heart,
(Et quand tu déverrouilles mon cœur)
Is like a journey to a star
(C'est comme un voyage vers une étoile)
A world of colors in my mind,
(Un monde de couleurs dans mon esprit)
An island of treasures every night I find
(C'est une île aux trésors que je trouve chaque nuit)
Imitant les gestes de Marlena, même si elle savait que son niveau n'atteignait pas le quart de celui de la danseuse, Bridgette plaça les mains de Félix autour d'elle avant de l'entraîner dans une danse, certes moins gracieuse, mais qui s'exécuta dans la même allégresse.
And when you unlock my heart,
Is like a journey to a star
A world of colors in my mind,
An island of treasures every night I find
En dehors de son corps, Félix se laissa faire, sans pouvoir détacher son regard de sa camarade qui lui adressait un regard doux, mêlé de joie et d'appréhension. Il ne savait pas vraiment comment interpréter ce regard mais une chose était sûre : il ne voulait en aucun cas briser cet instant. Ce qu'il attendait depuis des semaines était enfin en train d'arriver et pour rien au monde il n'aurait voulu rompre la magie de ce moment.
Il raffermit ses prises autour du corps de son amie tandis qu'une petite chorale de chanteurs rejoignait la soliste.
And when you unlock my heart,
Is like a journey to a star
A world of colors in my mind,
An island of treasures every night I find
Enivrée par la joie ambiante, Bridgette n'avait pas hésité une seule seconde. Elle avait cherché pendant des heures et des heures un prétexte, une occasion de s'approcher de Félix, un moment où elle était sûre de pouvoir lui faire comprendre le besoin qu'elle avait besoin de le sentir de nouveau avec elle.
Et en voyant le grand sourire de son ami qui l'avait regardé danser avec leurs camarades, elle ne s'était pas posée plus de question. D'une certaine façon, sans pouvoir l'expliquer, elle avait su, elle avait senti que leur moment était arrivé, que c'était maintenant que tout allait se jouer.
And when you unlock my heart,
Is like a journey to a star
A world of colors in my mind,
An island of treasures every night I find
Elle était avec lui et lui avec elle. Sans se parler, sans même échanger le moindre mot, ils se comprenaient. Ce qu'ils ne disaient pas, leurs gestes le criaient : ils sentaient à quel point ils s'étaient manqué, combien ils avaient eu envie d'un moment comme celui-ci depuis longtemps. C'était soudain, c'était puissant, presqu'effrayant, mais bon sang, qu'est-ce que ça faisait du bien !
Ils laissèrent échapper un rire commun en se regardant dans les yeux, émus d'y lire les mêmes sentiments.
And when you unlock my heart,
Is like a journey to a star
A world of colors in my mind,
An island of treasures every night I find!
Et alors que la musique s'achevait sur la voix de la soliste, les deux jeunes gens se sentirent soudain beaucoup plus légers, libérés de leurs angoisses de se retrouver face à face, leurs mains toujours jointes : c'était donc vrai que cet endroit avait des pouvoirs magiques.
Fin de cet arc, et quelle fin, j'espère qu'elle vous a plu ;) Les choses s'arrangent petit à petit, n'est-ce pas ? J'ai vraiment adoré écrire cette fin d'arc, j'espère VRAIMENT que ça vous a plu autant qu'à moi ! Vous avez pu en découvrir un peu plus sur Priam et Marlena, je trouvais que c'était une façon originale de les présenter plus en profondeur. Dites-moi ce que vous en avez pensé !
Musique : "Liquid Paradise" - the Speakeasies' Swing Band!
Comme nous arrivons à la fin de cet arc, vous savez que je fais une pause d'une semaine entre chaque arc mais la pause de cette fois-ci sera plus longue. Je suis actuellement en pleine période d'examens et de stage en parallèle et je n'ai absolument pas eu le temps d'écrire ces derniers temps, ce qui fait que j'ai pris du retard dans l'écriture ! Le prochain arc est presque terminé mais je tiens absolument à reprendre de l'avance pour continuer de publier régulièrement. Je vous donne donc rendez-vous, AU MINIMUM, mi-janvier 2022, à savoir soit le 16 soit le 23 janvier au plus tôt. Je vous tiendrai au courant !
Sachez que j'irai au bout de cette histoire, que je ne vous abandonne pas et même si je ne dois pas publier de tout janvier prochain, je vous reviendrai le plus vite possible. Je veux vous offrir du travail de qualité mais je ne veux pas que cette histoire empiète sur ma réussite universitaire. Donc même si cela me coûte, je me dois de la mettre sur le côté pour le moment pour me concentrer sur mes examens, mais c'est évidemment pour mieux y revenir ensuite ;)
Ensuite, quelques précisions sur le chapitre en lui-même pour celles et ceux que ça intéresse :
1) Si certain.e.s ont vu ce dessin animé, vous aurez remarqué que le nom du cabaret dans lequel travaillent Marlena et Priam "L'Oiseau rare" est directement inspiré du film d'animation "Un monstre à Paris" (2011), nom de l'établissement dans lequel chante Lucile, l'une des héroïnes du film. J'adore vraiment ce dessin-animé et je voulais absolument lui faire un clin d'œil à un moment où un autre de mon histoire, c'est maintenant chose faite !
2) Un petit point sur les noms / surnoms donnés aux personnages si certain.e.s n'ont pas tout compris :
a) Le nom "Ziggy" de Priam provient directement, comme cela a été expliqué dans le chapitre, du personnage fictif des années 70 de David Bowie, "Ziggy Stardust". C'est une icône du glam métal, et son personnage est souvent représenté par une chevelure imposante et pourpre et un éclair rouge et bleu au travers de son visage. Un des albums de David Bowie porte son nom, je vous conseille d'aller y jeter une oreille si vous êtes !
Je rajoute également que mon inspiration pour ce nom de scène, en plus de David Bowie lui-même dans je suis très fan, provient aussi de l'opéra-rock de Michel Berger et Luc Plamondon, produit pour la première fois en 1979 et dans lequel apparait un personnage nommé "Ziggy", également inspiré de David Bowie. Je suis très fan des chansons "Un garçon pas comme les autres" et "La chanson de Ziggy" (comme toutes les autres chansons de cet opéra-rock finalement) et il est très probable que j'y revienne un jour où l'autre dans cette fanfic ! Je vous invite également à découvrir ou redécouvrir toutes ces chansons, ce sont vraiment des classiques de la chanson française (des chansons très connues comme "S.O.S. d'un terrien en détresse" ou "Quand on arrive en ville" proviennent de cet opéra-rcok).
b) Le surnom de Marlena "Tumpie" est un clin d'œil direct à Joséphine Baker une chanteuse, danseuse de music-hall et résistante (entre mille autre choses !) française d'origine américaine que j'apprécie ÉNORMÉMENT. Ce petit surnom était effectivement "Tumpie" et je voulais absolument lui rendre hommage à ma façon, émue de son entrée au Panthéon le 30 novembre dernier. C'est donc Marlena qui se charge de cette tâche et elle portera ce surnom avec fierté ;)
c) Enfin, en ce qui concerne "Mickey", désolée de vous décevoir mais cela n'a rien à voir avec notre souris préférée mais est en fait à mettre en lien avec "l'argot des barmans" : le "Mickey" est un nom donné pour qualifier une boisson infecte, impropre à boire et/ou à servir. Comme le barman de l'Oiseau rare est souvent colérique et de mauvaise humeur, les employé.e.s ont décidé de lui donner ce nom pour respecter le tradition de la maison et aussi, surtout, pour l'embêter hehe
Nous voilà arrivés en fin de piste, j'en profite pour vous remercier encore une fois pour vos retours et votre soutien, cela me touche beaucoup que vous soyez de plus en plus à apprécier mon histoire. Je vous serre tous et toutes sur mon cœur et vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année en avance : profitez bien des vôtres si vous le pouvez, prenez soin de vous et surtout, soyez heureux !
À très bientôt et n'oubliez pas de rester connectés...
À suivre...
