Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.

Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.


DIX-SEPT :

« Si vous voulez connaître la Vérité,
Écoutez les fous. »


— Je vais te frapper, Shikamaru, te gifler si fort que tu vas atterrir à Madagascar.

Sakura entendit un rire provenir de son téléphone. Elle soupira bien malgré elle, et s'adossa contre le muret du balcon. Son ami avait l'air de trouver la situation très drôle, mais ce n'était absolument pas son cas. Elle était coincée chez les Uchiha depuis trois bonnes heures et c'était déjà trop. Sept personnes se trouvaient dans la maison avec elle, et c'était sept personnes qui étaient mortes de son point de vue. Non vraiment, c'était trop. Surtout qu'elle n'avait pas envie de devoir affronter un Madara en mode Berserk à nouveau. Une fois lui avait suffi. Kakashi, Naruto et elle avaient bien failli y laisser leur peau.

— C'est si terrible que ça ?

La rose se pinça les lèvres et ramena ses cheveux vers l'arrière. Elle pouvait entendre la télévision en bruit de fond, diffusant le générique de la série NCIS. Pour cette fois au moins, Sakura aurait pu tout donner pour être à la place de son aîné.

— Je me suis retrouvée à manger du gâteau à côté de Shisui, Obito et Madara. J'ai commencé à taper une crise de panique devant eux.

Elle entendit un sifflement cette fois, comme si le brun compatissait docilement à sa situation. La jeune femme était prête à parier qu'il ne compatissait en rien, prônant la confrontation à toute forme de fuite. Pas mal, pour un stratège, pas vrai ? Évidemment, cette opinion n'était pas valable pour les stratégies de guerre ou de mission. En fait, c'était uniquement valable pour ce qui relevait de blessures et traumatismes psychologiques.

— Tout va bien, jeune Sakura ? intervint une voix grave derrière elle.

La rose sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale à l'entente de l'homme, la figeant sur place. Elle n'eût pas besoin de se retourner pour en connaître le propriétaire. Dans son monde, ce type avait exactement la même voix, et elle pouvait la reconnaître entre mille. Elle connaissait sa voix, son regard, ses mains, et même le semblant de sourire suffisant qu'il avait quand il dominait très largement quelqu'un, en terme de force. Ce qui arrivait souvent.

Elle raccrocha.

— Oui, tout va bien, merci. J'avais seulement besoin de prendre l'air.

L'homme s'avança lentement vers elle, les mains glissées dans les poches de son pantalon à pinces. Elle pouvait distinguer une tâche d'encre dépassant de son col, comme si un tatouage était remonté plus haut que prévu. Sa joue gauche était barrée d'une cicatrice et avant qu'elle ne s'en soit réellement rendu compte, il était suffisamment près pour qu'elle puisse discerner deux trous sous sa lèvre inférieure, comme s'il avait eu des piercings à cet endroit et les avait enlevés récemment. Elle sentît son souffle se bloquer dans sa gorge. Son odeur était étonnamment différente de celle qu'il avait dans son monde. Alors pourquoi lui était-elle familière ? Et ses yeux… ils semblaient être animés par une force étrange, similaire à celle qu'elle avait pu lire en lui lorsqu'elle l'avait affronté, à Konoha. Une force viciée, putride et fatale. Même ici, en costume trois pièces, l'homme était effrayant.

Sakura songea un instant que les souvenirs du monde de Konoha altérait son jugement, avant que son corps tout entier ne soit parcouru par un tremblement lorsqu'un nuage se déplaça dans le ciel, libérant les rayons du soleil. Les yeux de Madara étaient plus clairs que ceux du reste de sa famille, mais il partageait tout de même avec eux cette étrange couleur. Leurs pupilles semblaient presque noires jusqu'à ce qu'un rai de lumière les illumine directement. Alors, leurs nuances se révélaient, dans un kaléidoscope de bleu.

L'homme ferma rapidement les yeux, ébloui par la lumière. Sakura eut à peine le temps d'en voir la couleur, mais ce fut suffisant pour qu'elle vérifie à nouveau les mains de Madara, en quête d'un quelconque tatouage. Ce bleu saisissant, elle le connaissait. Elle le connaissait de Konoha et elle le connaissait de Kumano. Pourtant cela ne pouvait être lui ! Il n'avait aucun tatouage, aucun des traits que le Lion arborait avec tant de fierté, ni même l'aura sauvage et féline qui l'avait clouée sur place plus d'une fois. Les souvenirs de l'Alter Sakura revinrent en force, lui faisant l'effet d'une gifle.

Il ne verra jamais le jour, Sakura. Ce rêve prend fin maintenant. La voix de velours, la caresse féroce, et finalement la pluie de coups. Les mains, capable d'autant de douceur que de brutalité, la carrure solide qui la soutenait après chaque mission et qui la faisait souffrir après chaque erreur, et enfin les regards qui lui donnaient envie de mourir d'amour et de haine. Madara avait dépassé la cinquantaine. Il ne pouvait pas être le Lion, mais il était fait du même bois, c'était une certitude. L'oncle des frères Uchiha était trop vieux, et trop franc dans son vice pour être l'homme qui avait détruit. Ses yeux étaient trop clairs pour être les siens. Mais elle était tout près de la vérité, elle le sentait. Ici cependant, elle n'avait rien à craindre de Madara, elle était plus forte que lui.

— Que veux-tu à ma famille ? questionna-t-il.

La question la prit au dépourvu. Ce qu'elle voulait aux Uchiha ? Elle peina à comprendre le sens de sa question.

— Je ne lui veux rien. Je n'ai aucun but, en venant ici. Fugaku s'est occupé de mon cas et je suis amie avec Sasuke et Itachi.

L'homme parut douter un instant. Ou plutôt, il sembla s'interroger sur son attitude. La froideur glaçante de sa voix était particulière, comme s'il éprouvait un ressentiment puissant à son égard. C'était comme s'ils se connaissaient déjà et qu'elle avait une attitude tout à l'opposé de ce qu'il avait anticipé. Les yeux verts rencontrèrent le bleu profond de siens. Elle le vît serrer les mâchoires et s'avancer d'un pas menaçant vers elle. Il le dominait de toute sa stature, et tout son corps frissonna de peur, mais une partie de sa conscience ne cessait de lui répéter les mêmes mots. Je suis plus forte je suis plus forte je suis plus forte.

— Je ne sais pas ce que tu viens faire ici, Sakura, mais je ne te laisserai pas causer la chute des Uchiha. Je sais ce que tu es, qui tu es, d'où tu viens et même ce que tu as fait. Il ne semble pas décidé à bouger, mais sache que moi je n'hésiterai pas à te ferrer si je vois que tu deviens une menace.

Son doigt pointé vers elle semblait dégager un pouvoir qui la figea presque sur place. Ses soupçons étaient fondés. Ils s'étaient déjà rencontrés et il en savait probablement plus sur elle qu'elle-même. Qu'avait-elle fait pour s'attirer les foudres de Madara ? Puisqu'il ne semblait pas être impliqué dans le problème qui se posait à l'origine, à savoir le Clan du Lion, elle avait très probablement causé un tort différent. S'en était-elle pris aux Uchiha ?

— Je ne sais pas ce que vous voulez dire, mais je vous conseille de baisser votre main très rapidement si vous tenez à la conserver.

Les yeux de la rose semblèrent lancer des éclairs, alors qu'elle reprenait doucement le dessus sur la peur animale qu'il inspirait en elle. L'homme lui-même en parut surpris. Un sourire amusé, presque moqueur étira ses lèvres fines et il se détourna finalement pour rentrer dans la maison. Il remonta ses manches sur ses avant-bras, dévoilant une peau vierge de tout tatouage ayant pour seul ornement, un bracelet en argent.

Sakura soupira de soulagement et fut rejointe à peine quelques minutes plus tard par Mikoto. La grande femme brune esquissa un sourire, en la voyant ainsi les cheveux au vent, emmitouflée dans son épais manteau dans l'espoir d'affronter les basses températures. Le ciel était couvert, donnant au jardin des airs de forêt presque lugubre. Elle s'avança jusqu'au muret sans un mot, le silence seulement rompu par le bruit de ses talons sur la pierre brute des lieux. À l'image de la maison, le balcon était fleuri et semblait tout droit sorti du roman Roméo et Juliette, de Shakespeare.

— Tu ressembles à ta mère, énonça-t-elle après un instant à profiter de la paix des lieux.

Mikoto en tous cas, semblait apaisée sur ce balcon. Pour Sakura, il ressemblait plutôt à l'endroit où se concentrait toute sa malchance. La dernière fois, elle y avait été à cause d'un cauchemar et s'était retrouvée à devoir accueillir les amis des enfants Uchiha, et aujourd'hui, elle y avait eu une discussion avec Madara.

— Vous la connaissiez si bien que ça ?

Sakura tourna les yeux vers la mère de ses amis. Elle n'aurait jamais cru pouvoir la rencontrer. Une part d'elle avait envie de s'assoir près d'elle et de pleurer tout ce qu'elle avait vécu. Elle avait envie de s'excuser, de lui demander pardon pour ne pas avoir su retenir Sasuke, pour ne pas avoir su être suffisamment importante dans sa vie, pour ne pas être parvenue à l'éloigner du chemin de la vengeance. Oh elle savait que cette femme là n'était pas la mère de son Sasuke. Elle le savait, et pourtant, elle avait envie de lui raconter comme ses fils avaient souffert, comme ils méritaient mieux que ce monde qui les avait poussés au désespoir et à la haine.

— Je te l'ai déjà dit, non ? Elle était ma meilleure amie. Elle était la marraine d'Itachi. Lui-même se souvient.

La jeune femme ouvrit de grands yeux. Leurs familles avaient-elles été si proches ? Et Fugaku ? Avait-il été proche de son père, lui aussi ?

— Est-ce pour cela que Fugaku s'est occupé de notre dossier ?

La question était légitime. Elle avait peine à imaginer l'homme s'occuper d'un dossier lambda aussi consciencieusement qu'il l'avait fait avec le leur. Il était chef de la police de Kumano, il devait avoir bien d'autres choses à faire, après tout.

— En partie. Tu n'es pas sans savoir que Shikaku, le père de Shikamaru, est un de ses amis proches. Tu es la fille de ma meilleure amie et Shikamaru est le fils d'un de ses amis proches. Ça fait sens, non ?

Oui, ça faisait sens. Ça en avait peut-être même trop. Tout semblait tourner autour de la famille Uchiha, dans cette affaire. Les enfants enlevés et qui avaient survécu étaient proches de la famille. Ceux qui avaient été tués l'avaient-ils été ?
Madara, qui semblait en savoir plus qu'elle sur son propre passé, semblait également impliqué, et elle était presque sûre que le Lion pouvait être un Uchiha. Le bleu singulier de ses yeux était le même que celui de Madara. Et si Madara ne semblait pas être le Lion, Sakura n'excluait pas la possibilité que cela puisse en être un autre. D'ailleurs rien ne disait qu'il n'avait pas également été présent ou impliqué. Les souvenirs de son alter ego étaient imprécis et elle ne parvenait à se souvenir d'aucun des visages des membres du Clan. Alors, avait-il été là ? Avait-il fait parti du Clan ? Et si la rancœur qu'il semblait éprouver à son égard était due à la destruction du Lion et de son œuvre ?

Quels étaient les rapports concrets entre le Lion, Fugaku, le Clan et les Uchiha ?

Trop de questions tournaient dans la tête de Sakura. Trop de questions et trop de corrélations et possibilités. Une certitude néanmoins commençait à s'ancrer fermement : la famille Uchiha était au centre de toute cette affaire. Jamais Shikamaru, elle ou les enfants enlevés n'avaient été le nœud du problème. Sakura se sentit effrayée. Les traumatismes de son Alter étaient à présent progressivement en train de devenir les siens, et elle avait peur de se confronter à une vérité pire que celle qu'elle avait envisagée jusqu'à présent. Elle et les autres victimes… n'avaient-ils finalement étés que des dommages collatéraux ? Et finalement, puisque tout semblait la ramener vers cette maudite famille, peut-être valait-il mieux enquêter directement sur ses membres ?

— Je suppose, confirma Sakura.

L'étudiante prit le temps de songer à la situation. Combien de temps sa mère et Mikoto avaient-elles été amies ? Jusqu'à quel point sa famille avait-elle été impliquée auprès des Uchiha ? Sakura aurait bien tout donné pour retrouver l'hypothétique enfant d'Ino si jamais celle-ci le voyait être kidnappé, mais elle connaissait son amie depuis presque toujours. En ferait-elle de même pour l'enfant de Kiba ? Pour celui de Tenten ?

Probablement. Mais probablement pas avec la même énergie non plus.

— À vrai dire, je ne sais pas, poursuivit-elle. C'était il y a si longtemps. Combien de temps ma mère et vous avez été amies ?

Mikoto eut un sourire attristé. Sakura pouvait parfaitement y lire la nostalgie et les regrets qu'elle semblait éprouver en repensant à Mebuki. En revanche, elle ne sut à quoi l'attribuer. Regrettait-elle simplement les moments passés avec sa meilleure amie, ou regrettait-elle une erreur ou une querelle ?

— Nous nous sommes connues au collège. Je connaissais déjà Fugaku, étant d'une branche relativement éloignée de sa famille, et j'étais amie également avec ton père, Kizashi. Lorsqu'elle est arrivée à Kumano, nous n'avions que quatorze ans, mais nous avons noué une amitié très solide toutes les deux, dès les premiers jours. Et notre amitié a perduré, évidemment. Malheureusement, à la fin de nos années à l'université, nos liens se sont érodés. J'étais très proche de ton père, et nos sentiments l'un pour l'autre sont devenus… confus.

La rose haussa les sourcils. Elle pouvait voir se dessiner le tableau d'un triangle amoureux des plus clichés. Allait-elle lui annoncer que son père était tombé amoureux d'elle et Fugaku de sa mère et que tout s'était finalement mélangé ? La jeune femme soupira mentalement. Elle qui avait su apprécier les histoires d'amours aux fins tragiques, elle n'avait aucune envie que son histoire ressemble à l'une d'entre elles. Elle n'avait pas non plus envie que tout cela finisse par portraire une mauvaise image de la famille de son Alter.

— Et puis, ma famille m'a ordonné d'épouser Fugaku, pour lequel j'éprouvais alors une profonde amitié. C'était un bel homme déjà à l'époque, et j'avais à cœur de satisfaire mes parents. J'ai accepté, et Kizashi a fini par tomber amoureux de ta mère quelques années après mon mariage. Ils ont eu une merveilleuse fille quelques années plus tard et bien que je n'ai jamais retrouvé de liens forts avec ton père, ta mère et moi avons repris contact à la naissance d'Itachi, quand les tensions entre nous du fait de la scission du groupe, se sont estompées.

Sakura hocha la tête.
Elle comprenait mieux quelle avait été la situation entre ses parents et ceux de ses amis, bien avant leur naissance. Mais alors pourquoi, si tout s'était finalement arrangé, son père l'avait-il vendue ? Parce que le commencement de son enfer à elle, ça avait bien été quand son père l'avait cédée à quelqu'un. Shikamaru avait été enlevé, mais pas elle. Si les problèmes relationnels entre parents et enfants créaient des déséquilibres mentaux, alors il y avait des chances qu'elle en tienne une sacrée couche, avec ce qu'elle avait vécu.

— Donc, c'est pour cela que vous tenez à me voir régulièrement et que vous vous préoccupez de ma situation et de ma santé ?

La grande brune hocha la tête.

— Fugaku a rencontré Shikaku quand il est entré dans la police. Il considérait ta mère comme sa meilleure amie et peut-être même une sœur, bien qu'il n'en ait jamais beaucoup parlé. Shikaku et lui sont rapidement devenus meilleurs amis, puisque ton père ne l'aimait plus beaucoup, et par extension, Mebuki a immédiatement accroché avec lui puis avec Yoshino. Comme elle était déjà liée à moi en étant la marraine de mon premier fils, elle a désigné Fugaku pour être ton parrain et Yoshino pour être ta marraine, avoua Mikoto.

La rose ouvrit de grands yeux. Elle s'était douté évidemment que Fugaku et les Nara ne devaient pas l'avoir prise sous leur aile sans raison valable, mais jusqu'à présent, elle s'était imaginé qu'être la seule survivante de cet enfer avec Shikamaru et être sa meilleure amie était suffisant pour qu'ils la considèrent. Ou au moins qu'ils s'assurent de son avenir. Elle était majeure, après tout. Elle n'avait pas pensé qu'il existait entre eux un véritable lien et une obligation légale, laquelle avait probablement été couchée par sa mère sur son testament lorsqu'elle était tombée gravement malade.

Au moins, elle avait des réponses. Elle s'accouda à la balustrade du balcon, et passa une main lasse sur son front. Pourquoi ce monde était-il si compliqué ?

— Qui sont les parrains et marraines de Shikamaru et Sasuke ?

— Le parrain de Sasuke est Obito, et sa marraine est Yoshino. Le parrain de Shikamaru est Fugaku et sa marraine est la sœur de Yoshino, Kanna.

En sommes, Sasuke, Shikamaru et elle étaient liés. Ils avaient des liens qui, sans être familiaux, créaient une certaine familiarité entre eux. Sans être véritablement légaux ou effectifs, ils avaient toujours été destinés à se côtoyer. Ils ne pouvaient échapper les uns aux autres.

— C'est également pour cette raison, ajouta Mikoto, que je suis si heureuse de voir que tu t'entends bien avec les garçons et que tu entretiens une amitié si forte avec Shikamaru. Si rien n'était arrivé, vous auriez grandis ensemble.

L'idée de traverser une adolescence classique, aux côtés des frères Uchiha, de la famille Nara et du reste de leur bande donna presque la nausée à l'étudiante. Elle avait peut-être sacrifié son enfance en apprenant à tuer, avait brûlé les dernières traces de son innocence dans une guerre et dans un bain de sang, mais elle avait vécu. Aucun regret au monde ne saurait lui ôter la fierté qu'elle retirait d'avoir survécu à toutes les épreuves qu'elle avait dû affronter. Elle était une kunoichi de Konoha, une survivante du Clan du Lion. Elle était ce qu'elle avait rêvé d'être, seule dans sa chambre, quand elle voyait passer les ninjas de son village. Elle était forte, puissante et elle avait enduré ce que peu auraient supporté.

— Merci pour ces explications, Mikoto. Ça me fait plaisir d'en savoir plus sur ma famille.

Mikoto sembla s'inclure dans ladite famille, considérant le sourire qui lui répondit. Elle répondit par un hochement de tête et rentra dans la maison pour y retrouver malgré elle l'ambiance étouffante qui y régnait encore. Lorsqu'elle entra dans le salon, la discussion cessa entre les hommes les plus vieux, et elle saisit l'occasion d'annoncer son départ. Shisui, Itachi et Sasuke semblaient s'être éclipsés ailleurs, probablement à l'étage.

Elle prit soin de saluer tout le monde, et quitta la demeure des Uchiha, la tête pleine de questions sans réponses. Plus elle réfléchissait à ce qui était arrivé à son Alter, plus les révélations de Mikoto soulevaient d'interrogations qu'elle se promit de partager avec Shikamaru dès qu'elle le pourrait.


— Et donc au final, il y a une espèce de triangle de parrainage entre vos parents à tous les trois ?

Gaara avait les sourcils haussés suffisamment haut pour qu'ils disparaissent presque sous sa frange. La jeune femme croqua à pleine dents dans son burger et hocha la tête.

— Tous les quatre, corrigea-t-elle en avalant sa bouchée. Ma mère était apparemment la marraine d'Itachi, et il se souvient d'elle.

Le rouge secoua la tête. Sakura semblait avoir oublié beaucoup de choses d'avant son « enlèvement », comme le fait d'avoir été amie avec Hinata en primaire, ou tous les moments passés avec Sasori, qui ne la lâchait pourtant que rarement, à l'époque. Tout le monde dans le groupe avait noté cela, dans le groupe, savait qu'il en allait de même pour Shikamaru, qui n'était pas capable de replacer un seul souvenir d'avant sa disparition. Personne n'en avait rien dit, mais il fallait reconnaître qu'Hinata était celle qui regrettait le plus son ancienne amie.

Quand Sakura avait été notée absente pendant des jours et des jours, à l'école, elle n'avait pas compris. Quand son père lui avait expliqué que sa meilleure amie ne reviendrait pas tout de suite, elle avait pensé que cette dernière était malade. Ce ne fut que bien des années plus tard, au début du lycée, qu'on lui expliqua véritablement que Sakura était portée disparue depuis plusieurs années. Alors revoir la jeune rose, si changée, si différente, et savoir qu'elles n'avaient plus la même relation qu'avant ? Savoir qu'elle avait tant de cicatrices dont elle n'apprendrait sûrement jamais les détails, être consciente qu'il existait des enfers dans des recoins de sa mémoire, et que rien n'était réglé pour elle ? Tout cela était une souffrance constante pour la jeune Hyûga.

— Tu penses que c'est pour ça que vous vous entendez si bien ? questionna Gaara.

Sakura eut un air incrédule et nia d'un signe de tête en reposant son burger pour s'essuyer les doigts. Elle enfourna une frite dans sa bouche et s'appuya contre le dossier de sa chaise.

— On ne s'entend pas si bien. Du moins pas Sasuke et moi. Je suis relativement proche d'Itachi, d'accord, mais pas de Sasuke.

Gaara leva une main pour la faire taire et la désigna d'un doigt tendu, clairement en désaccord.

— C'est faux ! Vous n'êtes pas les meilleurs amis du monde, mais en dehors de Sasori, Shikamaru, Itachi et moi, c'est de lui que tu es la plus proche.

La rose s'arrêta l'espace d'un instant et prit le temps de réfléchir à ses relations amicales dans le groupe. Il est vrai qu'en dehors des personnes citées, elle avait peu eu l'occasion de discuter ou de se sociabiliser. Elle se fit la réflexion qu'il était peut-être temps qu'elle s'ouvre au autres, et finalement, son visage s'illumina. Juste pour le plaisir de lui prouver qu'il avait tord, elle rajouta un nom.

— Je suis proche de Kiba, aussi ! On fait le trajet de l'entrée du campus jusqu'à mon amphi tous les jours et c'est lui qui m'offre mon café du matin.

Gaara lui adressa un regard désabusé, sachant parfaitement que son amie avait saisi le sens de son propos.

— Tu sais très bien ce que je veux dire. D'ailleurs, tu étais amie avec Hinata également, tu devrais essayer de te rapprocher d'elle. Elle m'a confié qu'elle avait envie de passer du temps avec toi mais qu'elle préférait te laisser de l'espace pour le moment.

La jeune femme l'avait approché concernant Sakura, ayant remarqué qu'ils discutaient régulièrement et déjeunaient presque tous les midis ensemble. Elle lui avait parlé de leur amitié passée et de ses inquiétudes la concernant, mais également de sa volonté de renouer avec elle et d'apprendre à connaître la nouvelle personne qu'elle était. Il pouvait évidemment comprendre son sentiment et l'envie de percer la carapace de la survivante.

— J'y penserai, promis. J'admets que maintenant que tu le dis, je n'ai pas vraiment eu l'occasion de passer du temps avec les filles.

Le roux hocha la tête et termina son plateau repas, reposant le trognon de sa pomme dans son assiette vide. Il était satisfait. Il était persuader qu'un peu de contact social ferait le plus grand bien à Sakura et que le simple fait d'être venu à l'une de leurs soirées lui avait été profitable. Il avait pu la voir se confier rapidement sur ce qu'il lui était arrivé, ils avaient pu prendre connaissance de l'étendue de ses cicatrices physiques, et certains l'avaient même vue craquer, de loin à travers la baie vitrée. Sasuke avait eu l'air de s'en sortir, lorsqu'elle avait semblé au bord du gouffre, sur la terrasse de Naruto. Quand elle était revenue, elle avait été directement vers Sasori et s'il n'avait pu saisir les quelques mots qu'elle lui avait adressés, il avait en revanche parfaitement vu le grand sourire de son cousin. Il avait semblé sur son petit nuage tout le reste de la soirée.

Alors, elle n'était peut-être pas guérie et même loin de l'être, mais les mots que Sasuke avait eus pour elle à la soirée avaient paru l'apaiser au moins un peu. Ils avaient même découvert une Sakura joueuse, de bonne humeur et très ouverte, durant les heures qui suivirent. Et fortement alcoolisée, aussi.

— Je sais qu'elles vont toutes dans la maison de vacance de mes parents, à Osaka, le dernier week-end de Mai. Elles le font tous les ans, expliqua Gaara. Elles seront certainement ravies que tu viennes avec elles. Ça leur permettra de mieux te connaître, et toi de passer du temps avec elles.

La rose acquiesça. Il était temps qu'elle retrouve un semblant de vie normale. Bien qu'étant une kunoichi de Konoha et que sa normalité ne soit pas la même que celle des gens d'ici, il lui fallait se conformer, et elle allait y arriver. Elle allait apprendre à se comporter en civile pour le temps que durerait son passage à Kumano. Et si ce passage devait se prolonger, si jamais elle décidait de rester, alors elle s'habituerait. Ce n'était pas si différent d'une mission d'infiltration, après tout. Elle avait déjà fait ce genre de choses quand elle était encore au service de Tsunade.

— J'irai leur parler, concéda-t-elle donc.

Et elle songerait également à poser quelques questions à Yoshino et Shikaku au sujet de ses parents. Eux aussi, devaient savoir quelque chose. Peut-être admettraient-ils finalement que la raison de sa présence sous leur toit était entièrement dû à son parrainage. Elle vida son verre, et se leva, enfilant sa veste en cuir.

— En attendant, je suis en retard, j'ai cours. Bon courage pour les tiens !

Sakura hissa la lanière de son sac sur son épaule et attrapa son plateau d'une main pour aller le vider. Gaara la salua d'un vague geste de la main, et prit son téléphone pour prévenir Hinata qu'il avait échangé quelques mots à son sujet avec leur amie. Il espérait sincèrement que côtoyer des personnalités aussi différentes et fortes que celles des filles de leur groupe serait profitable à la jeune rose.

Elle n'en semblait pas consciente, mais elle était effacée, la plupart du temps. Alors même que sa personnalité se dévoilant lorsqu'elle était seule avec l'un d'entre eux, et qu'elle était soudain assurée et confiante, elle était extrêmement silencieuse quand elle était avec le reste du groupe. Il comprenait évidemment son besoin de prendre du temps pour s'habituer à eux, ou même le temps d'observation qu'elle s'accordait, mais elle restait scotchée aux personnes avec lesquelles elle parlait déjà, comme s'il lui coûtait trop de sortir de sa zone de confort.

Gaara avait envie de la voir se libérer, être elle-même et que tout le monde puisse voir, de la même façon que lui, combien elle était forte et admirable. Il adorait son ami et en bon ami, il voulait le meilleur pour elle. Cependant, comment espérer le meilleur pour elle, quand toute une partie de sa vie avait été sacrifiée dans des querelles d'adultes où elle n'avait eu ni sa place, ni son mot à dire.

Il soupira, assis seul à sa table, et se leva à son tour. Ce n'était pas à lui de gérer la santé mentale des deux survivants, il le savait, mais il était inquiet pour eux. Aucun ne semblait prêt à craquer ou même vouloir se laisser aller, et pourtant, n'en avaient-ils pas besoin, pour tenter de repartir sur des bases saines ? En même temps, ils étaient les seuls dans leur groupe à avoir vécu l'enfer. Et encore, ils ignoraient tous de quoi l'enfer était fait. De torture, oui, mais le mot était vague. Que leur avait-on fait pour que le mot « torture » résonne à lui seul comme tout un dictionnaire, dans leur bouche ? Quand il les entendait prononcer ce mot, il pouvait percevoir combien il était lourd sur leur langue, combien le prononcer réveillait des souvenirs trop frais, trop précis… trop nombreux. Peut-être auraient-ils un jour l'occasion de découvrir ce que le terme cachait dans le secret de leur mémoire, peut-être pas. Avaient-ils vraiment envie de se confronter à cette Vérité ? Avaient-ils envie de découvrir à quel point leurs deux amis avaient souffert, à quel point ils étaient instables ?

Gaara n'avait aucune réponse à ses questions. Comme pour Sakura, plus le temps passait, plus il avait de question concernant toute cette situation. La seule certitude qu'il avait, c'était qu'il ne laisserait tomber aucun d'eux, qu'il serait autant que possible le pilier sur lequel ils pourraient s'appuyer. Peu importe que la Vérité soit crue, moche ou inhumaine, peu importe qu'elle fasse tomber les masques et révèle la part sombre de Kumano. Il serait là pour la voir, pour soutenir sa vue, pour apprendre d'elle.

Il ne tomberait pas. Il resterait solide, pour se tenir aux côtés de Sakura et Shikamaru quand le moment viendrait.

Et le moment viendrait.


L'intrigue se dessine finalement un peu plus ! Ce Sakura-Centric n'a pas forcément besoin d'une intrigue qui soit basée autour d'elle uniquement pour qu'elle décide de la régler quand même. On verra un peu plus Shikamaru dans les prochains chapitres, promis, et le groupe de base se dessinera d'ailleurs un peu plus aussi, très hétérogène.

Oubliez toutes les affinités du canon, on va les redessiner un peu par ici ! D'ailleurs, les filles auront sûrement leur importance aussi dans les chapitres à venir. Hidan, Hinata, le groupe de filles, Kiba, et même Shino sont à prévoir !

PS : Oui, il y a beaucoup de questions dans ce chapitre, non ça ne fait pas pas six mois que je n'ai pas posté (mais presque).