Hello~

J'avais envie de faire de "Le Cycle" un recueil d'OS, donc si ça vous dit, vous trouverez ici des réécritures KH de mythes et légendes que j'aime!

Bon, du coup, je me suis attaquée aux sirènes, aujourd'hui. Je vous préviens, c'est un peu glauque, c'est un peu court et c'est pas bêta-lu!

Bonne lecture~


Elle s'étire, et elle n'est que langueur et sensualité, malgré les craquements indescriptibles des os effrités qui s'écroulent de son rocher jusque dans les eaux troubles et profondes qui l'entourent.

Le sourire qui étire sa bouche n'a rien de charmant, quoique puissent en dire les marins qui ont le malheur de croiser son regard. Non, son sourire est plein de dents, trop nombreuses, trop serrées, trop pointues, son sourire est trop souvent ensanglanté pour le qualifier de charmant.

Et pourtant, elle en a fait chavirer, des cœurs. Et des navires.

Elle se réjouit au son du bois éclatant contre les rochers affûtés qui transpercent l'écume marine, contre les falaises qui surplombent l'océan.

Comme elle se réjouit des navires échoués.

Parce que les navires ont un équipage.

Des hommes désespérés, affamés de chair fraîche après des mois en mer à se satisfaire de porc séché et de biscuits secs.

Des hommes qui ont faim à la seule idée de la souplesse du corps d'une femme.

Et elle, oh, elle est bien plus affamée qu'eux ne le seraient jamais.

Et elle salive à la simple vue d'un navire, désormais, dès qu'elle aperçoit la proue d'un vaisseau quelconque fendre les eaux.

Alors elle s'étire, accentue les courbes douces de son corps, sa poitrine nue semblant lourde contre ses côtes; elle se cambre, dessine une silhouette séduisante, charnue, délicieuse.

Pourtant, son rocher croule sous les os de ses anciennes victimes depuis longtemps disparues.

Sous les eaux noires, sa queue s'enroule autour de son rocher écharpé.

Et les yeux perdus à l'horizon, Larxene chante.

Elle sourit, et elle chante.

Sa voix est claire comme un ruisseau un joli matin de printemps, et elle embellit tout – même elle.

Et les pauvres marins, pauvres Hommes, changent de cap dès qu'ils l'entendent, et ils ne voient pas sa queue, ni les innombrables cicatrices qui parcourent sa peau, trop blême pour être humaine, ils ne voient pas non plus à quel point elle est musclée, souvent plus encore qu'eux ne le sont, ils ne voient pas ses dents acérées, parce que la chanson de Larxene est si belle qu'elle avale tous les défauts de son interprète.

Sa voix n'est pas vraiment magique. En tout cas, elle vous dirait que sa voix est plutôt un instrument.

Les Hommes ont des arcs, des harpons, des armes, pour chasser.

Elle, elle a sa queue et sa voix.

Et quand elle en a fini avec eux, leur sang se déverse dans la mer agitée, obscurcissant plus encore ses eaux déjà troubles, et la faim de Larxene est momentanément rassasiée.

Jusqu'au prochain navire.

Elle recommence inlassablement, jamais satisfaite plus de quelques heures.

Ses dents, longues, pointues, irrégulières, dont les rangs semblent se perdre jusque dans sa gorge, transpercent la peau mouillée de ses victimes, déchirent la chair fraîche et sanguinolente, et Larxene dévore jusqu'à ce qu'il ne reste de ses victimes qu'un joli tas d'os qui vient alourdir la pile qui existe déjà, sur son caillou, et sans doute sur le sable, bien loin sous la mer, autour d'elle.

Elle n'a aucun scrupule à l'idée de manger ces Hommes. Aucun.

Au même titre qu'ils chassent pour se nourrir, elle attire ses proies lorsque la faim tenaille son ventre.

Et puis, elle ne s'en est jamais cachée. Le plaisir qu'elle prend en mangeant la chair humaine est indéniable.

C'est un plaisir simple, qui lui apporte une satisfaction presque sexuelle dans ce qu'elle a de suave, de chaude.

Ses repas alourdissent son ventre, la ramollissent, la détendent, comme un orgasme spectaculaire, et la faim, toujours, revient, insatiable.

Alors, toujours, Larxene s'étire, et elle n'est que langueur, sensualité, et une faim dévorante transparaît toujours dans son sourire que ses victimes ne peuvent pas voir.


Voilà!

J'espère que ça vous a plu, quand même! J'aime beaucoup l'idée de réécrire des légendes, donc je pense que je vais étoffer ce recueil quand j'aurai le temps!

Bisous~

~paopu.