Hello tout le monde !
Aujourd'hui on s'attaque très vaguement à du très lourd : le folklore irlandais ! et les faes, notamment.
Ici, comme avec le Ragnarök au premier chapitre, je me suis concentrée sur une seule petite légende plutôt que de me démener à décrire l'ensemble.
Alors, j'essaye de vous réécrire l'histoire de Bridget Cleary, que je vous conseille vraiment de lire, à l'occasion.
De l'amour !
Vanitas est assis, en tailleur, devant sa tombe.
Bríd Uí Chléirigh, 1869 – 1895.
Il sourit. La couronne de fleurs qu'il est en train de tresser décorera joliment sa tombe. Il la déposera sur un coin de la pierre tombale, la laissant balancer dans le vent irlandais.
Il s'appuie sur ses mains, et prend une profonde inspiration.
Pour l'instant, il est invisible, un cercle de champignons a poussé autour de lui, sur la tombe de Bridget, pendant qu'il y était assis.
Un sourire cruel étire ses lèvres et le bonheur qu'il ressent, devant sa tombe, est inégalé.
Il se rappelle de Bridget Cleary.
Un joli bout de jeune femme. Une vraie irlandaise, avec ses cheveux auburn et ses yeux clairs.
Une vraie irlandaise, avec sa force de caractère et sa fierté intrépide.
Jolie jeune Bridget, qui avait épousé un homme bourru, au moins aussi fier qu'elle. Un homme jaloux, surtout.
Elle était trop intelligente, beaucoup trop pour lui.
Vanitas soupire, un sourire amusé étirant ses lèvres inhumaines.
Il avait séduit Bridget. Il avait volé son nom, son identité, et avait trompé, avec un plaisir méchant, le pauvre Michael Cleary.
Et puis, juste quand ce dernier s'est rendu compte que sa femme n'était plus sa femme, il la lui avait rendue.
Pauvre, pauvre Bridget. Brûlée vive.
Il rit.
Il rit, et il pose la couronne de fleurs sauvages sur la tombe de la pauvre femme.
Personne ne le voit, personne ne l'entend.
Sa forme est inhumaine, incompréhensible, pour les Hommes.
Mais les faes sont trompeuses. Quand il sortira de son cercle, il prendra une forme humaine et trouvera un humain à tromper, et son plaisir cruel ne regardera que lui.
Pauvre Bridget. Sa seule faute avait été de travailler, d'être douée, de gagner plus que son pathétique mari.
Le fait que ses créations étaient "un péché" n'était qu'une excuse.
Pauvre Bridget. Non, sa vraie faute avait été d'épouser un homme cruel, peut-être plus cruel que Vanitas lui-même.
Et Vanitas n'est même pas humain.
Il éclate de nouveau de rire.
Il se lève, prend une forme humaine qui tromperait n'importe qui.
Il a peut-être des cheveux un peu bruns, pour un irlandais, mais c'est suffisamment commun dans le comté de Tipperary pour que personne ne l'embête.
Ses yeux, dorés comme les champs de blé au soleil, sont plus difficiles à expliquer, mais personne ne le regarde suffisamment longtemps pour le remarquer.
Alors qu'il marche sur le sentier qui mène vers la ville, il entend des enfants.
"Are you a witch, or are you a faery, or are you the wife of Michael Cleary ?"
Un nouveau sourire, douloureusement cruel et plein de dents pointues menace de fendre son visage, mais il se retient.
Sur le trottoir, trois jeunes enfants jouent à la marelle. C'est une petite fille qui chante.
Il s'approche et leur sourit doucement.
La fillette rougit, la couleur de ses joues s'approchant de celle de ses cheveux. Un des petits garçons, avec des cheveux bruns, glousse de la voir rougir.
Vanitas continue de sourire, presque tendrement, face à leurs réactions.
– "Ça faisait bien longtemps que je n'avais pas entendu cette comptine." dit-il doucement, comme pour ne pas leur faire peur.
La petite rousse qui chantonnait le regarde sans la moindre crainte et rit.
– "C'est ma grand-mère qui me l'a apprise !" elle s'exclame avec fierté, "Et elle dit même que, si on la connaît, les faes ne peuvent pas venir nous enlever".
Cette fois, Vanitas ne peut pas s'en empêcher et éclate de rire.
Le troisième garçonnet, dont les cheveux sont blancs et les yeux bleus, pose ses poings sur ses hanches et dit, l'air sévère :
– "Elle t'a menti, ta Grand-mère ! Ça existe même pas, les faes."
S'ensuit une petite dispute où les trois enfants s'échangent, à une vitesse incroyable, des arguments tous plus innocents les uns que les autres, et des piques un peu agressives.
Alors que Vanitas les regarde faire, il ne peut s'empêcher de penser qu'il n'aime vraiment pas l'anglais et que le gaelic lui manque terriblement.
Mais les gamins aujourd'hui ne le parlent plus. Ils ne l'apprennent plus.
Et ceux qui sont emmenés dans son monde, Vanitas le sait, il l'a vu, prennent beaucoup plus de temps à apprendre.
C'est dommage. Il pense alors qu'il s'éloigne des jeunes enfants, que les petits irlandais s'éloignent tant de leur folklore.
Qu'ils ne laissent plus de lait sur les rebords de fenêtre.
Qu'ils perdent leur langue.
Parce que les faes, elles, se sont adaptées.
Il lance un nouveau regard par-dessus son épaule vers les trois gamins, les laissant entrevoir, un instant, sa vraie forme armée d'un sourire carnassier.
Ils sont assez jeunes pour pouvoir s'adapter, eux aussi. Ah, peut-être que l'esprit mort de Bridget, enfermé de l'autre côté du cercle de fae, serait heureux de se nourrir d'enfants.
Il rit de nouveau alors qu'il se dissipe dans l'air comme l'odeur d'une grappe de glycines.
Il ne kidnappe habituellement pas d'enfants. Parce que, la coutume veut qu'on ne trompe pas les enfants. On les enlève, oui, mais on ne les détruit pas.
Mais, aujourd'hui, Vanitas ne pense qu'à sa Bríd. Et il ne reste plus d'elle que l'enveloppe creuse de son âme. Pauvre, pauvre Bridget a trop souffert pour que son esprit ne résiste.
Et depuis un peu plus d'un siècle maintenant, Vanitas lutte contre l'Irlande moderne pour ramener à sa victime de la substance. Sa mort définitive est après tout la dernière chose qu'il lui souhaite.
J'espère que ça vous a plu ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !
Je vous aime fort, et à bientôt!
~ paopu.
