Bonjour ! J'espère ne pas vous avoir perdu depuis le dernier chapitre, j'ai mis un petit peu (beaucoup) de temps à écrire celui-ci (je dois en avoir cinq ou six versions totalement différentes, ce ne fut pas une mince affaire). J'espère qu'il vous plaira ! Merci pour tous ceux qui ont pris le temps de laisser des reviews, je suis toujours très heureuse de les lire. Bonne lecture !


Résumé du chapitre précédent : Les interrogatoires des prisonniers du Lotus rouge faits par Toph commencent. Le premier prisonnier leur apprend que Katara va mourir bientôt. Zuko comprend qu'ils lui ont rendu Katara pour que sa chute le brise totalement. Le campement est finalement attaqué dans la soirée même. Tous combattent vaillamment. Katara se réveille finalement dans le chaos et arrête Sue, l'une des prisonnières qui tentaient de s'évader. Elle finit par s'effondrer à cause de violentes douleurs à la tête, causées par les souvenirs de ses deux derniers mois d'isolement et de torture revenant en pagaille.

*Chapitre 25 - Retour à la réalité*

Katara entendit vaguement Zuko crier le nom de son apprentie, tandis qu'elle se laissait porter par les pas rapides de Zuko. Ce dernier essayait de ne pas trop la secouer et de concilier rapidité et confort, mais l'équilibre s'avérait délicat. Sa main brune était résolument crispée sur sa tunique, qui dépassait de son armure, comme pour tenter de raccrocher son esprit à quelque chose de tangible pour ne pas se noyer par le flot des pensées qui l'assaillait. Elle pouvait entendre une autre voix féminine aux côtés de Zuko, qu'elle eut du mal à reconnaître tant elle était désorientée. Dans son état normal, elle aurait reconnu sans peine Toph.

Sa gorge était nouée, sa bouche entrouverte pour essayer d'alimenter son corps en air. Des frissons lui parcouraient le corps, elle sentait de la sueur perler à son front alors même qu'il lui semblât que son corps était gelé. Elle sentit tout à coup des vibrations contre elle. Zuko était en train de parler. Elle entendit à peine ce qui se disait.

« Venez par ici, je vais essayer de la soigner », entendit-elle.

Une autre voix répondit. « Pas trop loin, je dois garder un oeil sur les prisonniers »

Après quelques pas de plus, elle sentit qu'on la déposait au sol. Ses yeux voyaient flou et ne savaient où se fixer. Tout semblait sombre autour d'elle. Quelque chose lui serra les doigts de sa main droite.

« Katara ? Est-ce que tu m'entends ? Dis quelque chose, je t'en prie ! »

Zuko. Sa voix lui parvint de façon embrumée, comme si un voile séparait son esprit du monde extérieur. Elle voulut réagir, mais elle n'y parvenait pas. Ses doigts se serrèrent néanmoins légèrement autour des siens. C'était infime, mais suffisant pour qu'il le sente. Son regard doré s'éclaira et il hocha la tête en direction de Siku.

« Elle a beaucoup de fièvre, je vais commencer par sa tête », expliqua Siku en touchant le front en sueur de Katara, qui frissonnait. La jeune guérisseuse dégagea les cheveux en bataille de son visage et ouvrit sa gourde d'eau. « Je vais essayer de te guérir Katara »

Quelques secondes après, Katara sentit sa tête être partiellement enveloppée d'eau. Elle reconnut cette sensation bienfaitrice, pour l'avoir utilisée un certain nombre de fois sur elle-même. Seulement, ce qui se produisit n'était pas ce qui était escompté.

Les images se mirent à défiler furieusement dans sa tête, renforcées par la guérison de Siku. Elle revit la cellule où elle avait été amenée, entourée de barreaux, donnant sur celle de Suki. À ce décor s'ajouta la pièce où elle avait été torturée des heures durant. Cette pièce vide, avec rien d'autre qu'un dispositif doté de chaines, et les instruments choisis par ses bourreaux. Un sentiment d'angoisse la submergea tout à coup. Et pire encore, des voix menaçantes se joignirent aux images qui lui revenaient. Des yeux noirs la fixaient, l'oppressaient.

Commençons, veux-tu ? Parle-moi de l'Avatar. Sais-tu quels sont ses projets pour ce ridicule mouvement de restauration de l'harmonie ?

Tu es sûre que tu ne veux pas me parler de l'Avatar ? Peut-être pourrais-tu me parler de son grand ami le Seigneur du feu alors ? J'ai entendu dire que vous étiez bons amis.

Elle vit qu'elle se trouvait à nouveau dans cette pièce froide et vide, avec rien d'autre que les fouets sur la table face à elle. Ses mains étaient étirées à l'extrême vers le haut, ses pieds luttant pour ne pas déraper sur le sol froid. Une main passa sur son dos, elle frissonna alors. Cette voix... C'était lui. Celui qui l'avait fouettée le premier jour de ses tortures. Son dos la brûlait terriblement. Elle le vit essuyer du sang sur son fouet. Son sang.

Je vois que tu sais des choses. Si tu parles, tout ceci s'arrêtera.

Tu trouves ça douloureux ? Tu n'as encore rien vu ma douce. Je suis loin d'en avoir fini avec toi.

La voix de cet homme emplissait son esprit et la terrifiait. C'était comme si le son l'attrapait à la gorge, la serrant, l'étouffant même. Elle entendit vaguement quelqu'un appeler son nom. Zuko. 'Encore une illusion', pensa-t-elle. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Il reprit les coups de fouet, la faisant hurler de nouveau.

Je t'offrirai des vêtements et des soins pour ton dos si tu me dis ne serait-ce qu'une chose sur l'Avatar.

Jamais ! Jamais elle ne le trahirait, ni lui, ni personne ! Elle secoua la tête, et, alors qu'il allait lui donner un grand coup de poing, elle sentit quelque chose l'attraper, la faisant hurler de peur.

« Pitié, non ! », hurla-t-elle en essayant de se défaire de cette main qui empoignait son bras.

Siku s'arrêta brusquement en entendant Katara. L'eau luminescente retomba sur le sol, les éclaboussant tous trois au passage. Sous le choc, Zuko en avait presque lâché la main de Katara. Il sentit sa respiration s'accélérer alors que son esprit essayait de comprendre ce qui s'était passé. L'entendre supplier lui tordait les boyaux. Imaginer qu'elle avait pu supplier ses bourreaux ainsi lui était insupportable. Son cerveau imagina à nouveau les scènes horribles qui lui apparaissaient sans cesse dans ses cauchemars. Il ne pouvait qu'imaginer ce qui avait pu lui arriver.

« Je ne comprends pas », se lamenta Siku, désemparée de voir qu'elle ne parvenait pas à ses fins. Elle lui avait fait plus de mal que de bien avec sa guérison. Du moins, c'était ce qu'elle pensait.

Le cerveau de Zuko tournait à cent à l'heure. Elle mourra bientôt. Son esprit est brisé. Cette litanie continuait de tourner inlassablement dans sa tête. Peut-être venaient-ils d'aggraver son état et d'accélérer sa mort prochaine ? Des larmes lui vinrent aux yeux, qu'il essuya d'un revers de manche.

« Que peut-on faire ? Je ne la laisserai pas mourir ! », demanda Zuko, qui réfléchissait à voix haute.

« Je pourrais l'immobiliser pour qu'on réessaie », suggéra Toph.

« Pas question de la faire souffrir plus que nécessaire ! », s'écria Zuko avec véhémence.

Toph leva les mains en signe de défaite et s'assit par terre. « Okay, okay, je ne faisais que proposer »

Extérieurement, elle faisait bonne figure, tentant de paraître détachée de ce qui était en train de se passer. Intérieurement, et Zuko pouvait le ressentir, Toph était dévastée. Katara avait d'ordinaire toujours été la plus solide d'entre eux. Toujours là pour les autres, toujours là pour elle comme si peu de personnes l'avaient été dans sa vie d'aveugle.

Siku bredouilla, honteuse. « Peut-être demander à l'une des femmes originaires de la tribu de l'eau du Pôle Nord… Elles sont sûrement plus habiles… ».

Il était vrai que toutes les femmes de ladite tribu étaient des maîtres de l'eau et qu'en tant que femmes, elles étaient formées à la guérison.

« N'importe quoi », rétorqua Toph en reniflant pour masquer les larmes qui menaçaient de couler. « Tu as été formée par la meilleure guérisseuse du monde ! »

Siku pinça les lèvres. « Je n'ai pas pu finir ma formation »

« Sincèrement, je ne pense pas que d'autres guérisseuses feront mieux que toi », dit Zuko.

La jeune guérisseuse se mordait la lèvre inférieure, paniquée. Une pensée horrible lui vint. Si horrible qu'elle peina à l'exprimer à voix haute. « Et si ce que ce… cet homme a dit était vrai ? Et si… il n'y avait rien à faire ? »

Le dire à voix haute lui provoqua presque un haut-le-cœur. Tout partait pourtant bien de là. Même si c'était un ennemi qui l'avait dit, il n'avait aucune raison de mentir. Zuko ne pourrait jamais oublier les ricanements de cet homme alors que celui-ci lui annonçait que la mort de Katara était proche.

Toph réfléchit, les poings serrés. « Katara a bien réussi à sortir Jet de son hypnose, il doit y avoir un moyen de faire pareil sur elle. Peut-être que si vous vous y mettez à plusieurs ? »

« Vu comme elle a souffert avec une seule guérison, je ne pense pas qu'une guérison à plusieurs arrangerait les choses », soupira la jeune maître de l'eau.

« Bon sang ! Il doit bien y avoir un moyen ! », grommela Zuko, qui caressait doucement la main de Katara qu'il tenait encore.

Il sentit sa main à elle se crisper autour de lui. Ses paupières tremblaient, signe qu'elle était encore consciente. Ses sourcils suivaient le même mouvement, comme si elle luttait contre quelque chose. Il pouvait même entrevoir ses dents tandis qu'elle serrait la mâchoire.

« Et Inaka, elle n'a pas déjà eu à faire à ce genre de chose ? », questionna Toph.

Siku secoua la tête. « Elle dit que c'était leur première expérience aussi poussée sur quelqu'un », répondit-elle. Puis elle pencha la tête vers Toph. « Tu ne penses pas qu'elle ment tout de même ? »

« Ça peut se vérifier », fit Toph.

« Je ne crois pas que ce soit la guérison qui la fasse souffrir », fit Zuko en désignant Katara.

Celle-ci se mit à gémir de nouveau, une expression de souffrance ancrée sur son visage. Siku décida alors de réessayer une guérison. Elle bougea ses doigts et ses poignets pour ramener l'eau autour de la tête de Katara. Seulement, après quelques secondes, elle vit son eau trembler au-dessus de Katara. Pourtant, même si elle pouvait sentir son cœur battre la chamade, son geste était sûr. Son eau ne devrait pas trembler autant. Elle fronça les sourcils. Quelque chose d'anormal était en train de se passer.

« Mon eau... Elle ne devrait pas trembler autant », souffla-t-elle.

Zuko et Toph se regardèrent, ne comprenant pas ce qu'elle voulait dire. Siku décida d'activer son pouvoir de guérison, et si son eau se mit à luire, elle s'écrasa sur le visage de Katara la seconde suivante, l'inondant. La jeune fille était totalement déboussolée. Ce n'était pas sa maîtrise qui avait interféré, alors qui... ? Il n'y avait qu'une seule réponse logique à son questionnement.

« Je crois que c'est elle », finit-elle par dire.

« Comment ça ? », demanda Toph, dubitative.

Siku leva les yeux vers elle. « Ça va vous sembler fou mais... je crois que c'est elle qui interfère avec ma maîtrise. Je vais réessayer »

Elle réessaya, tirant plus d'eau de sa gourde tout en donnant plus de force à sa maîtrise. Ses yeux étaient résolument fermés tandis que ses mains retournaient autour de la tête de Katara. Cette fois, elle réussit à former un cataplasme sur son front, mais l'eau se remit à trembler. Une force invisible l'opposait, elle pouvait le ressentir. Sous le coup de l'effort, Siku gémit. Son visage se déforma tandis qu'elle luttait. Soudain, elle sentit quelque chose repousser violemment son bras. Rouvrant les yeux, elle vit que c'était Katara. Elle ne s'était cependant pas réveillée, agissant d'instinct. Seulement, une lame de glace se forma dans le poing de Katara.

Zuko intervint au moment où Katara allait l'asséner à Siku, retenant son bras et faisant fondre la fine lame avec sa maîtrise du feu. Toujours inconsciente, Katara lui saisit alors le bras, enfonçant ses ongles dans son poignet. Il grogna et essaya de s'extirper de sa poigne, mais il remarqua qu'il ne pouvait plus du tout bouger son bras. Ses doigts ne lui obéissaient plus.

« Zuko, retire-toi de là ! », lui cria Toph.

Il essaya à nouveau de bouger son bras. Aucune réponse. « Je... Je ne peux pas ! »

Toph s'approcha et essaya de tirer sur le bras de Zuko, mais elle parvint uniquement à lui faire arracher un cri de douleur. Même tout le poids de leurs deux corps ne suffisait pas. Le bras de Zuko resta inerte, prisonnier de la poigne ferme de Katara. Les jointures de ses doigts bruns étaient blanches autour de son poignet.

« Bon sang ! Argh ! », gémit Zuko qui commençait sérieusement à souffrir.

Son cerveau, comme pour essayer de bloquer le signal de la douleur qui oppressait Zuko, tentait de comprendre ce qui se passait. Il aurait pu se libérer en actionnant son feu avec son autre main, mais il ne voulait pas la blesser plus qu'elle ne l'était déjà. C'est à ce moment qu'il remarqua les fines cicatrices autour de ses poignets, signes de sa captivité. Lui-même se sentait captif à cet instant. Et étrangement, cette sensation lui rappelait quelque chose. Quelque chose de très désagréable. Puis en se concentrant sur son chi, il la reconnut. Il jeta un regard alarmé à Toph.

« Elle… me bloque », souffla-t-il, le visage déformé par la douleur.

Celle-ci comprit aussitôt de quoi il voulait parler. Elle était en train d'utiliser sa maîtrise du sang sur lui, mais il ne pouvait le dire à voix haute devant Siku. Toph se tourna vivement vers Siku.

« Guéris-la Siku ! Maintenant ! », s'exclama-t-elle.

Siku tremblait comme une feuille, ne comprenant pas ce qui se passait. Néanmoins, face au ton de Toph, elle n'osa pas lui désobéir.

« Je… D'a-d'accord »

Katara étant manifestement concentrée sur Zuko, ou tout du moins sur son bras, peut-être pourrait-elle enfin essayer de la ramener à la raison. Elle secoua ses mains pour éviter qu'elles ne se crispent et se concentra, puis elle rassembla l'eau qui se trouvait autour d'elle, sur le sol et dans l'herbe, au-dessus de Katara. Toutes les plantes autour d'elles étaient en train de mourir à cause de l'eau que Siku leur prenait. Son eau se mit à luire autour des tempes de Katara, tremblotant légèrement. Zuko tentait de bloquer sa mâchoire pour éviter de laisser échapper des couinements de souffrance. La poigne de Katara combinée à son étrange pouvoir de blocage était terrible à supporter. Néanmoins, si cela pouvait la sauver, il le ferait autant de fois que nécessaire, dusse-t-il y perdre son bras.

Katara pouvait revoir tournoyer cette lanterne sur son cercle de métal, qui produisait un crissement horrible à entendre. Elle pouvait sentir la pierre encadrer solidement son visage, l'éraflant au moindre de ses infimes mouvements, ses bras et jambes prisonniers eux aussi. La terreur de l'impuissance tandis qu'on imposait à son esprit des fausses idées dont elle ne parvenait pas à se défaire. Elle poussa finalement un nouveau cri, et finit par lâcher Zuko, qui s'effondra en arrière, haletant face à son corps qui revenait tout à coup sous son contrôle. Ses cheveux se détachèrent sous l'impact.

« Zuko, ça va ? », demanda Toph, manifestement inquiète.

Zuko leva une main pour signifier que tout allait bien, et dégagea les mèches de cheveux qui étaient tombées sur son visage. Attrapant son ornement de Seigneur du feu tombé au sol, il se redressa doucement. Il vacilla légèrement, mais tint le coup.

« Je vais bien », fit-il avant de reporter son attention sur Katara, qui gémissait de plus en plus fort. « Alors ? »

« Je fais de mon mieux ! », grommela Siku sans quitter des yeux sa patiente qui s'agitait de plus en plus. Toph dut immobiliser ses bras, qui menaçaient de frapper Siku, avec deux lanières métalliques.

Si l'esprit de Katara confondait réalité et souvenirs, son corps, lui, était conscient d'être incapable de bouger. Elle voyait de nouveau le visage de cet homme. Son nom lui revint. Shen. C'était lui qui était responsable de ses cicatrices de brûlure. Il la maintenait solidement contre une surface irrégulière et froide. Des barreaux. La sensation était cependant moins violente que celle qu'éprouvait son corps à la fois dans la réalité et dans ses souvenirs, cloué au sol. Ses yeux se trouvaient face à une cage vide.

Tu ferais bien de parler maintenant si tu veux que ton amie s'en sorte.

En tournant la tête sur la gauche, elle vit que la porte était ouverte. Tout sembla ensuite défiler à grande vitesse dans sa tête, lui donnant le tournis. Un craquement sinistre la fit frissonner. Un cou brisé. Puis, ce fut le noir. Son corps commençait à faiblir.

Zuko constata avec horreur que Katara bougeait de moins en moins. Il lui prit alors la main à nouveau.

« Kat ! Qu'est-ce qui se passe ?! », s'écria-t-il.

« Son cœur est en train de faiblir », prévint Toph d'une voix blanche.

Le cœur de Zuko rata un battement. « Il faut faire vite ! Siku ! »

Siku vociféra tout à coup, la colère se manifestant très nettement sur son visage. Il y eut un sursaut lumineux dans l'eau qu'elle appliquait sur Katara. « Fermez-la deux minutes ! Je ne peux pas me concentrer ! »

Zuko et Toph sortirent instantanément de leur panique verbale et se regardèrent, penauds. Ils ne l'avaient jamais vue vociférer ainsi. Ils ne savaient d'ailleurs pas si leur choc était dû à l'irrespect manifeste de ses paroles, ou si c'était dû au fait que ça ne lui ressemblait vraiment pas. Zuko crut même un instant voir Katara face à lui. Combien de fois l'avait-elle remis à sa place ? Tous deux se turent alors. Il fallait absolument qu'elle termine sa guérison, et elle ne pourrait pas y arriver si tous s'appliquaient à la perturber. Siku inspira puis mit toutes ses forces dans sa guérison, qu'elle put enfin achever quelques minutes plus tard. Katara se relâcha complètement.

Siku laissa retomber ses bras, visiblement épuisée. Voyant l'air hagard sur le visage de Zuko et Toph, elle réalisa l'irrespect dont elle avait fait preuve envers Zuko et Toph et leur jeta un regard désolé.

« Je suis déso- »

« Ne t'excuse pas », la coupa doucement Zuko. « L'important est que tu l'aies guérie »

Toph acquiesça. Siku hocha doucement la tête, reconnaissante qu'il ne soit pas en colère contre elle. « Je ne sais pas si j'ai pu guérir tous les effets de son hypnose, mais elle devrait aller mieux. Il faut qu'elle se repose »

Zuko souleva doucement Katara de terre et, suivi par Toph et Siku, ils allèrent trouver leurs autres alliés. Il fallait organiser les transports pour évacuer le Marais Brumeux. Il était évident que s'ils restaient là, ils s'exposaient à d'autres combats et à d'autres pertes. Tous se retrouvèrent devant la seule tente encore intacte du campement. Toph ramena les prisonniers avec elle en les faisant bouger grâce sa maîtrise du métal, qui lui permettait de déplacer leurs cages de fer dans les airs. Elle resta en dehors de la tente, ne les quittant pas des yeux. Katara fut installée à l'intérieur sur un des lits de camp demeuré intact. Ils virent que d'autres victimes avaient été amenées ici. Aang, Hakoda, Tao Liu et Inaka s'y trouvaient déjà, s'affairant autour des blessés.

« Comment va-t-elle ? Siku ? », demanda Hakoda qui était aussitôt allé au chevet de sa fille.

Siku s'approcha, penaude. « Elle s'est battue contre la prisonnière, puis elle s'est évanouie. Son esprit est extrêmement troublé, j'ai essayé de la soulager au mieux, mais ça ne suffira sûrement pas à la sauver »

« Nous devrions l'emmener au Pôle Nord », suggéra Inaka. Ses cheveux étaient défaits, elle avait elle aussi mené le combat avec courage. Ses vêtements étaient constellés de sang, qui ne semblait manifestement pas être le sien. « Leur eau sacré pourra sûrement l'aider »

Zuko eut un flash. Il se rappelait ce moment passé avec Katara dans les sous-sols du palais du Royaume de la Terre, là où se trouvaient des centaines de cristaux luminescents. Elle avait proposé de tenter d'effacer sa cicatrice, après qu'ils aient partagé leur peine concernant leurs mères respectives. Juste avant qu'il ne la trahisse. Y repenser lui était toujours pénible.

« C'est à plus de trois jours de vol », soupira Hakoda en reportant un regard attristé sur sa fille. « Tiendra-t-elle jusque-là ? »

« Je l'ignore, mais si nous ne le faisons pas... », fit Siku qui n'eut pas à terminer sa phrase, car Sokka fit irruption dans la tente.

Son visage partiellement maculé de sang, il exposa le bilan. Sur les quatre-vingt-quinze personnes secourues, quinze étaient mortes. Le Lotus rouge avait principalement ciblé les femmes, espérant récupérer les enfants, en vain. Un seul enfant était décédé. C'était l'enfant d'une des femmes enlevées de la Tribu de l'eau du Pôle Nord, elle-même tuée en tentant de le défendre. Huit femmes du Royaume de la Terre, de même que quatre femmes des tribus de l'eau et deux femmes de la Nation du feu étaient mortes. Elles seraient transportées comme les autres pour bénéficier des honneurs funèbres de leur nation.

« Que proposez-vous ? », demanda Hakoda, qui s'adressait essentiellement à Aang, Zuko et Tao Liu.

Tao Liu croisa ses longues manches. « Mes embarcations prendront la direction d'Omashu avec les femmes ayant souhaité y aller. La plupart se trouvent déjà à bord. Ensuite, nous repartiront pour Ba Sing Se »

Hakoda répondit. « Les miennes repartiront au Pôle Sud avec les nôtres », dit-il.

Sokka intervint à son tour. « Je pense que les femmes et les enfants de notre tribu sœur seront mieux à bord de nos navires. Papa, laisse-moi prendre deux de nos navires pour aller au Pôle Nord. Je veillerai sur Katara »

« Et moi aussi ! Je vous suivrai avec Appa ! », s'exclama Aang.

Zuko fronça les sourcils. Si Katara montait à bord des navires de Sokka, la voir serait compliqué. Cependant, il ne dit rien. Sa santé et sa sécurité étaient tout ce qui lui importait. De plus, même si à peu près tous dans cette tente connaissaient au moins dans les grandes lignes les sentiments qu'il éprouvait pour Katara, il ne souhaitait pas donner des raisons supplémentaires pour que cette information sensible se propage. Qui savait ce qui pourrait arriver si le Seigneur Wu ou sa fille en avaient vent ?

Hakoda était plus enchanté de la proposition de Sokka. « Tu auras tes navires mon fils. Je sais que tu veilleras bien sur ta sœur ». Il jeta un regard furtif en direction de Zuko.

Ce dernier reçut mais ne comprit pas précisément le sous-entendu d'Hakoda. Pensait-il qu'il ne serait pas capable de veiller sur elle ? Ou bien comptait-il sur Sokka pour la protéger de lui ? Il serra le poing pour essayer de faire redescendre la colère qui menaçait de monter en lui. Son visage était fermé, impassible. Néanmoins, adressant à son tour un regard bref en direction d'Hakoda, il lui fit savoir qu'il avait saisi qu'il était implicitement visé dans ses dires.

Tao Liu, qui s'était tut jusque-là, reprit la parole. « Reste la question des prisonniers ».

« Mes prisonniers », rappela Toph avec un sourire satisfait.

C'était exact. Ils étaient sous sa garde depuis la bataille à la forteresse du Lotus rouge. Elle avait eu tout le loisir de les tourmenter lorsqu'ils s'étaient montré récalcitrants.

« Ils viennent des trois nations », fit Sokka, qui avait déjà réfléchi au problème. « Ils devraient être emprisonnés dans leur nation d'origine en attendant le procès ».

« On pourrait faire appel au Lotus blanc », suggéra Aang. Tous lui jetèrent un regard dubitatif. « Pour plus d'impartialité ! Ça tombe bien, puisque vous vous rendez à Omashu », fit-il en se tournant vers Tao Liu. « Mon ami le roi Bumi se fera un plaisir de les avoir sous bonne garde ! Et ton oncle est à la Nation du feu, Zuko », continua-t-il en jetant un regard à son ami.

« Et Maître Pakku se trouve au Pôle Sud en ce moment », compléta Hakoda.

« Très bien, c'est décida alors », conclut Tao Liu. « J'emmènerai les deux hommes du Royaume de la Terre à Omashu ».

« Je les escorterai. Vous devez bien avoir une place pour moi dans vos équipages, si vous en avez pour deux prisonniers », fit Toph, dont le ton n'offrait aucune marge de négociation.

Tao Liu lui jeta un regard mesuré qu'elle ne vit pas. Il n'était pas ravi qu'une jeune fille caractérielle de dix-huit ans s'impose à lui. Néanmoins, il n'avait pas le choix, sinon elle n'acceptera jamais de lui confier les deux hommes. Sokka eut un sourire narquois, ravi que Toph fasse ravaler un peu sa salive à cet ambassadeur qui ne lui inspirait rien de bon.

« Comme vous le voudrez », finit-il par dire.

« À propos, où se déroulera le procès ? », questionna Hakoda.

« Étant donné que leur organisation s'est établie au Royaume de la Terre, il est logique que Ba Sing Se accueille le procès », commença Tao Liu sur un ton suffisant.

Zuko le contredit. « Ils n'ont pas attaqué votre roi, contrairement à moi et au chef Hakoda. Ils ont certes enlevé vos femmes, mais ils ont également enlevé les nôtres »

« Je ne suis cependant pas certain qu'ils seront ravis de voir des soldats de la Nation du feu », objecta Hakoda.

Aang et Sokka furent scandalisés de cette affirmation. Bien sûr, c'était tout à fait vrai, mais ils ne s'attendaient pas à ce que ce soit Hakoda qui en fasse le rappel. Zuko lui même ne s'y attendait pas non plus. Bien sûr, ses prédécesseurs avaient saigné à blanc la Tribu de l'eau du Pôle Sud, mais n'avait-il pas démontré sa bonne volonté ? Partout où il allait, il était vu comme le Seigneur de la pire des nations. Tout le monde éprouvait du ressentiment à son égard, ou bien de la peur, ou du dégoût. Comme il détestait être vu ainsi alors qu'il remuait ciel et terre pour que le Mouvement de Restauration de l'Harmonie soit une réalité. Il se souvint parfaitement de la querelle qui avait eu lieu à Yu Dao. Combien il avait été blessé que ses amis, et plus particulièrement Aang, ne lui aient pas accordé le bénéfice du doute.

« Le chef Hakoda a raison. Le peuple du Royaume de la Terre est et demeurera toujours hostile à la Nation du feu », dit Tao Liu en lançant un regard ostensible à Zuko.

Zuko sentit ses poings se serrer à nouveau d'eux-mêmes. Il pouvait sentir ses lèvres trembler de rage. À l'entendre, Tao Liu était même plutôt ravi de cet état de fait. Il semblait satisfait de voir que la Nation du feu n'était plus crainte, mais au contraire rejetée par le Royaume de la Terre. Zuko n'était pas dupe. Cet homme n'était pas de leur côté.

Aang sentit que Zuko était sur le point de sérieusement s'énerver, aussi il intervint. « Écoutez, on est tous sous pression, nous aurons l'occasion d'en rediscuter pour trouver un terrain d'entente »

« Et terminer le travail », compléta Zuko d'une voix grave. Tous se tournèrent vers lui. « La forteresse doit être détruite, et ses occupants retrouvés »

« Nous pouvons parfaitement nous en charger Seigneur du feu, à présent que nous en connaissons la localisation », fit Tao Liu avec une pointe de colère dans la voix.

Zuko croisa les bras. « À en juger par l'ancienneté de cette organisation, le nombre d'enfants nés, et le nombre de personnes enlevées en provenance de notre Nation, je me permets d'émettre des doutes quant à votre capacité à gérer seuls cette affaire », fit-il sarcastiquement.

« Nous n'accepterons jamais que des troupes de la Nation du feu viennent s'immiscer encore dans nos affaires ! », s'écria Tao Liu. « Ce qui s'est passé à Yu Dao est d'ailleurs une pure aberration. Si sa très estimée Majesté le roi Kuei n'y avait pas consenti, soyez sûrs que cela ne serait jamais arrivé ».

Cette dernière phrase confirma ce que pensait Zuko. Ce Tao Liu ne croyait nullement à l'harmonie entre les nations. Revenir sur la question de Yu Dao le prouvait. Aux yeux de cet homme, Yu Dao devrait revenir sous l'administration du Royaume de la Terre. Et pire encore, le roi Kuei pourrait bien chuter de son trône si une révolte venait à apparaître. C'était peut-être une des raisons pour lesquelles le Lotus rouge n'avait pas tenté d'attaquer Ba Sing Se. Le roi ne semblait en effet même pas suivi par ses conseillers, il déstabilisait lui-même son pouvoir en se montrant incompétent la plupart du temps. Pourquoi le Lotus rouge se donnerait-il la peine de le renverser ? Sokka fronça les sourcils, songeant que si Tao Liu n'était pas précisément un traître - lui et ses hommes les avaient tout de même aidés pour combattre - il venait d'entrouvrir une porte menant sur des probabilités de traîtrise très hautes au sein du Royaume de la Terre. Porte qui serait difficile à refermer.

« Vos affaires ?! », rugit Zuko. « Comment osez-vous dire une chose pareille ? Ce n'est pas vous qu'ils ont tenté d'assassiner à ce que je sache ! Ce n'est pas vous ou votre fille qu'ils ont torturé pour avoir des informations ! »

Les deux hommes se faisaient face, s'étant rapprochés sous le coup de la colère. Zuko ne laisserait pas cet ambassadeur salir le nom de Katara. Si leurs yeux avaient pu jeter des éclairs, ils se seraient foudroyés dans l'instant.

« Stop ! », cria Aang avant de se tourner vers Tao Liu. « Nous devons nous entraider, le Lotus rouge essaie de diviser les nations, ne le voyez-vous donc pas ? »

Zuko grommela, baissant néanmoins d'un ton. « Je ne fais que ça, essayer de coopérer. Vois comment l'ambassadeur du Royaume de la Terre réagit ! »

« Zuko », fit Sokka en posant un bras sur son épaule. Zuko lui jeta un regard furibond, mais se calma un peu tout de même.

Il comprit que Sokka essayait subtilement de lui faire comprendre qu'il avait certes raison mais qu'il ne devait pas poursuivre son propos. Ce serait jeter de l'huile sur le feu. Ils ne pouvaient s'offrir le luxe d'une nouvelle querelle entre la Nation du feu et le Royaume de la Terre.

« Nous devrions partir », fit Hakoda en essayant de ramener tout le monde sur terre. « Nous aurons effectivement le temps de rediscuter de tout cela ».

Tao Liu fit un bref signe de tête et alla demander à ses hommes de transporter les femmes et enfants blessés de sa nation à bord de leurs navires. Toph alla chercher les prisonniers tandis qu'Hakoda, Aang, Siku et Inaka aidaient à évacuer les autres blessés. Il n'y avait que huit blessés si l'on excluait Katara, et les jours d'aucun n'étaient en danger. Zuko donna l'ordre à ses hommes de faire atterrir les dirigeables à proximité pour faciliter l'embarquement des blessés. Ne restèrent bientôt que Katara, Sokka et Zuko. Ce dernier s'approcha d'elle. Il essayait, à nouveau, de s'imprégner visuellement d'elle. Après tout, il ne la reverrait pas de sitôt. C'était du moins ce qu'il pensait.

« Prends-la avec toi », dit Sokka.

Zuko lui jeta un coup d'oeil interloqué. « Que... Quoi ? Mais tu as dit à ton père... »

« ...Ce qu'il avait envie d'entendre », fit Sokka avec un léger sourire. « Je t'ai dit que je t'aiderais avec elle, n'est-ce pas ce que je fais depuis que nous nous connaissons finalement ? »

Zuko esquissa un sourire. « Tu veux parler de la fois où j'ai débarqué dans ta tente et où je t'ai trouvé avec une rose entre les dents ? »

Sur le moment, Zuko n'avait pas trop réfléchi. Il voulait simplement comprendre d'où venait la haine viscérale que semblait éprouver Katara envers lui, mais en sortant, il s'était rendu compte de l'étrange manège entre Sokka et Suki. Il avait compris bien plus tard qu'il avait plombé une de leurs soirées romantiques.

« Pitié, ne m'en parle pas, je crois n'avoir jamais été aussi gêné de ma vie ! », rit Sokka en se cachant les yeux de honte.


Les anciennes prisonnières s'étaient battues comme des lionnes, trop heureuse de pouvoir de nouveau se défendre avec leur maîtrise. Certaines s'en étaient données à cœur joie pour infliger des pertes terribles parmi les membres du Lotus rouge. Sokka avait vu certains de leurs cadavres sans membres, reflétant en un sens toute la souffrance qu'elles avaient accumulée. Il était malade de savoir que toutes avaient été violées dans le but de tomber enceinte et d'accoucher d'enfants maîtres. Zuko partageait le même sentiment, et en oublia presque de se montrer hostile envers Tao Liu. Presque.

« Les prisonniers sont tous à bord des dirigeables et navires. Tous les autres sont rassemblés », lui dit Tao Liu. Hakoda les avait rejoint lui aussi, suivi par Kiyi qui alla aussitôt aux côtés de son frère.

Ce dernier hocha la tête et s'avança. « S'il vous plait ! », appela-t-il pour capter leur attention. Cela lui prit quelques instants, mais le silence revint. « Nous devons partir afin d'éviter une nouvelle attaque. Nous sommes prêts à emmener avec nous les personnes souhaitant se rendre au Pôle Sud, dans notre tribu. Si c'est là votre souhait, présentez-vous devant moi et je vous accompagnerai personnellement jusqu'à nos navires ».

Quelques femmes s'avancèrent déjà vers lui. Sokka reconnut quatre des sept femmes qui avaient été capturées par le Lotus rouge il y avait plus de deux mois de cela. Elles étaient également faciles à discerner car elles avaient un physique bien moins amaigri et ne portaient que peu de traces de violence. Parmi les autres, venant de la tribu de l'eau du Pôle Nord, certaines semblaient hésiter. Elles avaient pour dénominateur commun de toutes tenir un enfant dans leurs bras. Leurs enfants.

Hakoda savait que leur retour au sein de leur famille et de leur tribu était compromis. Sa mère Kanna lui en avait suffisamment parlé. Il s'agissait en effet d'une société aux rapports de caste bien plus importants qu'au Pôle Sud, et une femme ayant donné naissance à un enfant hors mariage était très mal vue, quand bien même ce fut contre son gré. Une décida finalement de sauter le pas, puis deux, puis un grand nombre vinrent également le rejoindre. Certaines le faisaient à contrecœur, c'était évident mais ce serait mieux pour elles et pour leurs enfants. Parmi elles, une partie dirent au revoir à d'autres femmes manifestement issues de nations différentes, se serrant dans les bras, se promettant de se rendre visite l'une l'autre, avant de rejoindre Sokka et son père. L'une d'elles s'approcha timidement de lui.

« Je viens de... du Pôle Nord... », souffla-t-elle doucement. La peur se lisait dans son regard bleuté.

Sokka la rassura. « Vous serez bien accueillies chez nous, et si un jour vous souhaitez retourner dans votre tribu, vous serez libres de le faire », promit Sokka. Il parla ensuite un peu plus fort pour les autres. « Vous avez toutes votre place à nos côtés, peu importe vos nations d'origine »

Un 'oh' de surprise se fit entendre. Le chef Hakoda eut un instant de surprise en écoutant son fils, mais lui sourit. Sa tribu avait été tellement meurtrie par la guerre, et il avait rencontré tant de personnes exceptionnelles au sein des différentes nations, qu'il lui semblait naturel de proposer à toutes ces femmes qui avaient souffert de l'indifférence - consciente ou non - de leurs leaders de les rejoindre. Il hocha la tête pour appuyer les dires de son fils. Une expression de soulagement se lut sur le visage de la plupart des femmes.

Certaines femmes du Royaume de la Terre vinrent également se poster devant Sokka, achevant de surprendre l'assemblée. Les voyant se rapprocher de femmes des tribus qu'elles semblaient reconnaître - certainement parce qu'elles étaient en captivité ensemble - Sokka sourit face à ce mélange des nations. Ce mélange entre le Royaume de la Terre et les Tribus de l'eau lui fit penser à Suki et Hua, née de leur union entre la Terre et l'Eau. Comme il lui tardait de les revoir.

Zuko eut peu ou prou les mêmes pensées, en songeant cependant à Katara. Il se prenait à espérer qu'un jour l'Eau et le Feu pourraient se retrouver, qu'il pourrait savourer chaque instant aux côtés de Katara. Fol espoir, mais espoir tout de même.

Le visage de Tao Liu, loin de partager son optimisme, se fendit d'un rictus réprobateur, ne voyant pas ce mélange des nations avec un bon oeil. Ou peut-être était-ce autre chose. Zuko, qui l'observait du coin de l'oeil, ne savait déduire ce à quoi Tao Liu pensait. Pendant que les femmes rejoignaient Sokka, ce dernier en profita pour annoncer sa destination.

« J'ai également deux navires que je mènerais au Pôle Nord en passant par Yu Dao », fit-il. « Je transporterai également les personnes gravement blessées pour qu'elles puissent bénéficier des soins des guérisseurs de la Tribu de l'eau du Pôle Nord, si certaines souhaitaient les accompagner »

Quelques femmes arrivèrent timidement face à lui, mais bien peu en comparaison de celles qui souhaitaient retourner au Pôle Sud. Tao Liu prit la parole à son tour.

« En tant qu'ambassadeur au nom de sa très estimée Majesté le Roi Kuei, j'accompagnerai les femmes de notre peuple jusqu'à Ba Sing Se. Sa Majesté le Roi Bumi a proposé de nous accueillir momentanément à Omashu pour permettre d'organiser ce voyage en plusieurs étapes. Je vous prierai de vous avancer pour celles qui désirent retrouver leur peuple »

Zuko, qui se tenait à côté de lui, tiqua en l'entendant ne parler que de son peuple. Même si Zuko n'était pas idiot au point de croire que les femmes des tribus ou du Royaume de la Terre iraient s'aventurer dans la Nation du feu, jamais il ne les repousserait si elles venaient à le vouloir. Ce Tao Liu n'avait-il donc aucun état d'âme pour les autres ? Aang lui avait déjà parlé des nombreux réfugiés qu'il avait croisé lors de son périple. Zuko lui-même les avait vus lorsque lui et son oncle essayaient de rejoindre Ba Sing Se. Il se rappelait des trois cercles, et notamment du Cercle inférieur où se trouvait la population la plus pauvre. C'était là que son oncle et lui avaient commencé à travailler dans un salon de thé, avant qu'Iroh ne récupère un établissement du Cercle supérieur, où il officiait toujours. Enfin, lorsqu'il n'était pas à la Nation du feu pour l'appuyer.

La plupart du temps, il ne voyait que le Roi Kuei et, malgré son grand coeur, son incompétence manifeste. Mais là, face à Tao Liu qui semblait manifestement avoir un poids politique réel, il sentait que peu de ces hautes gens se souciaient vraiment des indigents. Zuko savait que sa nation avait causé beaucoup de tort à ce Royaume, et qu'il avait encore bien des efforts à fournir pour s'occuper des populations vulnérables de la Nation du feu, mais il était offusqué par ce cruel manque d'empathie. Cependant il se retint de faire le moindre commentaire, et se contenta de faire lui aussi son annonce.

« Vous voir toutes rassemblées, unies en dépit des terribles épreuves que vous avez traversées, malgré vos différentes nations, me donne espoir d'un avenir meilleur. En tant que Seigneur du feu, j'ai une responsabilité envers vous toutes. Le Lotus rouge nous a renvoyé nos faiblesses, pour lesquelles je vous présente mes plus humbles excuses », commença Zuko.

Il y eut un murmure de stupeur dans l'assemblée. Un Seigneur du Feu qui présentait ses excuses ? Pour ses propres actes ? Voilà qui n'était pas commun. D'autant moins qu'il avait été le seul jusque là à présenter des excuses. Bien que Zuko en ait déjà présenté concernant les actes passés, et concernant la gestion de la crise à Yu Dao, ce n'était pas encore ancré dans l'imaginaire collectif, qui imaginait encore un Seigneur du Feu impitoyable et destructeur. Zuko reprit.

« J'espère transformer ces erreurs en force. Aussi, je vous offre à toutes la possibilité de vous installer à Yu Dao, où le Mouvement de Restauration de l'Harmonie a pris racines, et où plusieurs nations vivent en paix. Celles qui le souhaitent pourront également y prendre un bateau pour retourner à la Nation du feu ou aller au Pôle Nord », fit Zuko d'une voix solennelle.

Sokka, Aang et Toph furent émus par Zuko, et lui jetèrent un regard plein de fierté. Ses lèvres se fendirent d'un très léger sourire face à ses amis. Les femmes venant de la Nation du feu vinrent devant lui sans hésiter, lui offrant le salut traditionnel de la Nation du Feu. Le pouce de la main droite serrée reposant à la verticale contre la paume ouverte de la main gauche. Il le leur rendit à chacune.

Au fond de lui, il se sentait coupable de les avoir laissées être kidnappées et qu'elles aient dû subir ces atrocités par son inattention, à lui comme aux autres chefs d'État, même si ce n'était pas volontaire. Aussi, il espérait leur prouver sa reconnaissance face à elles. Elles étaient si fortes face à lui, certaines étant bien plus âgées que lui. Il était honoré de les voir toutes se ranger devant lui. Certaines femmes du Royaume de la Terre vinrent également, espérant s'installer à Yu Dao.

Toph glissa un léger coup de coude à Zuko. « Katara serait fière de toi ».

Zuko rougit immanquablement, songeant à elle, qu'il reverrait dans un laps de temps plus court que ce qu'il croyait. Cependant, la litanie de Wei continuait de danser dans sa tête, l'empêchant de savourer pleinement les mots de Toph.

Elle mourra bientôt. Son esprit est brisé.


Ses yeux bleus s'ouvrirent sur un plafond de métal. Naturellement, elle fronça les sourcils. D'habitude, il s'agissait d'un plafond en pierre, ou d'un plafond rouge, se rappelait-elle. Désorientée, son regard commença à tourner dans tous les sens. Où était-elle ? Que se passait-il donc ? Elle pouvait sentir un mal de tête l'assaillir, aussi dû-t-elle bouger précautionneusement pour ne pas avoir trop de vertiges. Seulement, le moindre de ses mouvements provoquait une douleur fulgurante. Était-elle blessée ? Elle l'ignorait encore. Ses oreilles semblèrent retrouver un semblant d'activité, et elle entendit une respiration régulière à côté d'elle. Ses yeux s'écarquillèrent alors. Qui était-ce ? Elle tourna la tête sur la gauche. C'est alors qu'elle le vit.

Zuko était endormi auprès d'elle, sur une chaise. Profondément manifestement puisqu'il ne bougeait pas d'un pouce. Habituellement, un simple mouvement pouvait le réveiller. Or là, il resta immobile. Le dessous de ses yeux était encore plus noirci qu'en temps normal. Il n'avait clairement pas beaucoup dormi ces derniers temps. Ses cheveux étaient en bataille, sa bouche légèrement entrouverte. Le côté gauche de son visage était totalement détendu, ce qui sortait également de l'ordinaire. Bien que fatigué, la paix pouvait se lire sur ses traits.

Son cœur se serra. Des larmes vinrent perler à ses yeux. Était-ce encore une ruse ? Une hallucination peut-être ? Ce ne serait pas la première fois. Il n'y avait qu'une manière de s'en assurer. Et, ainsi qu'elle le faisait à chaque fois qu'il apparaissait dans sa tête, elle tendit une main timide vers lui. Centimètre par centimètre. La peur qu'il ne soit pas réel la tenait au corps. Elle effleura finalement du bout des doigts sa cuisse. Elle sentit le tissu noble de son pantalon sous ses doigts. Reculant sous l'effet de la surprise, elle réitéra son geste en direction de sa main droite qui reposait nonchalamment un peu plus haut sur sa cuisse. Elle put la toucher, très furtivement. Il fronça les sourcils dans son sommeil. C'était lui, il n'y avait pas de doute. Ce n'était pas son imagination.

Katara fut à la fois soulagée et en même temps prise au dépourvu. Elle avait l'habitude d'être coincée dans son esprit, et voilà qu'elle revenait à la réalité. Se rallongeant, observant de nouveau le plafond, elle se demanda comment elle en était arrivée ici. Son esprit était confus, ses souvenirs embrouillés. Mentalement, elle tenta de se guider. 'Essayons de remonter dans l'ordre mes souvenirs jusqu'à présent', se dit-elle.

Elle dut chercher quelques instants car les images n'avaient aucun sens pour la plupart. Le premier souvenir qui lui sembla à peu près clair fut celui où elle avait attaqué cette maître de l'eau. Réfléchissant un instant, car persuadée de connaître son prénom, celui-ci lui revint après de longues minutes à chercher. Sue. C'était celle qui avait tué Suki, ou tout du moins qui avait tenté de la noyer au moins une fois.

Je vais enfin savoir si notre petit tour commence à faire effet.

De quoi parlait-elle donc ? Que lui avait-elle fait ? Le flot de ses souvenirs menaçait de la submerger à nouveau, aussi respira-t-elle lentement pour se calmer. Elle fixa de nouveau résolument le plafond de métal.

'Un pas à la fois, qu'est-ce que tu te rappelles d'autre avant ça ?', se demanda-t-elle.

Elle se rappelait s'être éveillée dans une tente, seule. D'avoir paniqué en ne comprenant pas où elle se trouvait. Bien que le tissu de la tente fût épais, elle put voir le feu derrière, là où se trouvait l'entrée. Des flashs lui étaient revenus sur les brûlures qu'elle avait subies, et elle avait décidé de ne pas rester là, pour éviter d'en porter davantage et s'était éclipsée par l'arrière de la tente. Jetant un coup d'œil autour d'elle, elle avait constaté qu'elle se trouvait au milieu d'une sorte de jungle. Des cris lui étaient parvenus mais ses oreilles avaient été si habituées à ces horribles sons qu'elle les avait à peine relevés. Elle avait alors couru vers le bout du campement.

C'était alors qu'elle avait vu passer une femme sur une vague d'eau. Son visage lui avait paru familier, et son corps avait eu un étrange réflexe. Celui de la considérer comme une ennemie. Son nom ne lui était pas revenu sur le coup, mais elle avait senti au plus profond d'elle qu'elle devait l'arrêter. Et c'est ce qu'elle avait fait. La suite était floue, elle se souvenait vaguement de Zuko, Siku et Toph essayant de la guérir. Puis elle s'était réveillée ici.

'Remontons un peu plus loin'

Elle procéda ainsi jusqu'à remonter à sa capture au Pôle Sud. Seulement, elle constata qu'il y avait une longue période pour laquelle elle n'avait aucun souvenir. Cet étrange vide commençait peu de temps avant qu'elle ne succombe définitivement à l'hypnose. Des images incohérentes lui parvenaient, d'elle assise dans un monde de fumée gris. Il s'agissait des seuls souvenirs qui lui étaient revenus sur cette période.

Ce périple dans sa mémoire lui rappela presque toutes les tortures dont elle avait été victime. Et il lui semblait qu'il en manquait, mais que son esprit refusait de se rappeler. Son corps se crispa violemment à ces pensées, ses nerfs lui rappelant douloureusement chaque endroit où elle avait été brûlée, fouettée, frappée. Elle avait une conscience exacerbée de son propre corps, pouvant sentir le moindre centimètre carré de peau avec une acuité effrayante. Elle se rappelait avoir vu cette infernale lampe tourner des heures durant sur son cercle de métal tandis qu'on la forçait à parler, ou à faire qu'elle tue Zuko. Une sensation de malaise s'empara alors, son estomac se retournait tandis qu'elle se rappelait sa lutte pour ne pas céder.

Tout cela était trop pour elle, il fallait qu'elle sorte, à l'air libre.

Se redressant doucement, grimaçant de douleur, elle posa ses pieds sur le sol, dos à Zuko. Ses courbatures étaient intenses. En s'appuyant sur sa main, elle revit les cicatrices autour de ses poignets. Elles consistaient en un mélange de rouge et de rose, avec des bouts de peau qui commençaient à se détacher, signe qu'elles étaient récentes. Elle vit qu'elle était encore vêtue de bleu. C'était la seule chose qui lui paraissait familière. Puis, elle se prit la tête dans les mains, essayant de contenir le flot de ses pensées qui se faisait de plus en plus violent.

Son esprit lui faisait revivre à nouveau ses souvenirs, approchant dangereusement des plus graves. Son premier meurtre lui revint, le moment où elle avait brisé la nuque d'un homme avec une chaîne. Une pression se forma alors dans sa tête, comme pour exprimer tout le paradoxe qui s'imposait à elle, entre se rappeler d'affreux souvenirs, et les fuir. Sa mâchoire se contracta, refusant de laisser couler les larmes qui menaçaient de poindre. Expirant, le flot de ses pensées ralentit pour rendre son visage totalement inexpressif.

Elle se leva alors, faisant quelques pas timides dans la chambre où elle se trouvait. Elle trébucha et se rattrapa au mur. Zuko bougea dans son sommeil mais ne s'éveilla pas. Tant mieux, car elle n'était pas encore prête à l'affronter. Elle ouvrit alors la porte.

« Vous êtes réveillée ? », demanda quelqu'un.

Tournant vaguement la tête vers la personne qui avait parlé, elle vit qu'il s'agissait d'une guerrière Kyoshi. Katara se contenta d'hocher la tête et commença à parcourir le couloir, le pas hésitant. Elle tanguait presque. La guerrière lui demanda où elle allait.

« Je veux aller dehors », indiqua-t-elle à voix si basse que la guerrière mit quelques secondes à comprendre.

S'arrangeant avec l'autre guerrière qui gardait la chambre, elle commença à la guider jusqu'à la porte qui menait à l'extérieur. C'était un dirigeable légèrement plus grand que celui qu'ils avaient pris pour rejoindre le Pôle Sud avec Zuko et sa soeur. Katara étouffait ici. Presque tous les souvenirs qu'elle avait de ces derniers mois impliquaient un endroit confiné, à l'abri de la lumière. Elle était fatiguée de toute cette noirceur.

Seulement, la guerrière vit qu'elle avait du mal à marcher, et s'inquiéta. « Vous devriez peut-être vous reposer, vous en avez besoin »

Katara lui jeta un regard perçant, ne supportant plus qu'on lui dise quoi faire. « J'ai besoin d'aller dehors »

La guerrière renonça et poursuivit sa route. Ouvrant la porte, Katara sentit l'air pur s'engouffrer dans ses poumons. Ses cheveux emmêlés se mirent à voltiger autour de son visage et de ses épaules. Elle prit alors une très longue inspiration, savourant l'air qui lui caressait le visage. Expirant par la bouche, elle s'avança encore un peu. Il lui semblait que cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas savouré l'air libre.

« Vous devriez mettre une cape, il fait froid à cette hauteur », lui dit la guerrière, qui lui présentait déjà sa cape.

Seulement, la maître de l'eau s'en écarta. Le froid, quoique mordant, ne lui faisait pas peur. Elle pouvait encore sentir les lances de glace avec lesquelles elle avait presque tué Zuko. Le sang qui suintait légèrement de sa blessure, son regard doré suppliant. Jamais elle ne pourrait l'oublier. La pensée lui tordait le coeur, mais les émotions refusaient de faire surface. Elle avait décidé de se murer dans le silence pour l'instant. Un silence qu'il lui tardait de retrouver, après tous ces cris, tous ces combats. Le calme lui faisait le plus grand bien à cet instant.

S'avançant péniblement jusqu'au bout du dirigeable, elle prit toute la mesure des douleurs qui lui traversaient le corps. Seulement, elle ne comprenait pas. Que s'était-il passé pour qu'elle soit autant abîmée ? Elle n'eut pas la force d'appeler à elle de l'eau pour vérifier le reste, et préféra s'accouder à la balustrade, regardant au-dessous d'elle les eaux de l'océan qui s'étendaient. La terre était présente à l'est, signe qu'ils longeaient une côte.

Ses yeux bleus étaient fixés sur l'océan. Être aussi proche d'une telle quantité d'eau réveillait son chi, provoquant une légère tension dans ses muscles. Ses yeux passèrent sur les fines cicatrices qui cerclaient ses poignets, là où les chaînes l'avaient mordu inlassablement. Elle savait, grâce à cette étrange acuité sensorielle, qu'une cicatrice bien plus horrible cernait son dos, mais pour l'heure, elle refusait d'y penser.


Zuko s'éveilla en inspirant lentement. Il se redressa et grimaça aussitôt de douleur. Il était resté dans une position très inconfortable pendant de longues heures, ses muscles étaient endoloris. Puis, il se rendit compte qu'il regardait un lit vide. Il sentit son coeur cogner dans sa poitrine, tandis qu'un frisson lui parcourait l'échine. était Katara ? Même s'il se doutait qu'elle ne pouvait pas être bien loin sur ce dirigeable, la hantise de la perdre à nouveau prit le dessus et il bondit, se prenant le pied dans celui de la chaise et manquant de s'étaler de tout son long. Il ouvrit la porte en métal en trombe.

« Seigneur du feu... », commença la guerrière qui sursauta en le voyant sortir aussi précipitamment, rompant le silence qui régnait dans le couloir.

« est-elle ? », coupa-t-il d'une voix plus sèche qu'il n'aurait voulu.

La guerrière Kyoshi lui jeta un regard exaspéré face à son manque d'amabilité. « Elle est dehors »

« Merci », fit Zuko qui rouvrit la porte de sa cabine pour attraper sa cape, avant de repartir en trombe en direction de l'extérieur.

lle le suivit prestement. « N'oubliez pas que vos conseillers vous attendent dans une heure précise »

Zuko avait encore oublié, mais il feignit d'avoir tout prévu. « Je serai à l'heure »

Il soupira en songeant qu'il aurait peut-être dû faire son chignon habituel, et prendre le temps de s'habiller correctement. Tant pis, Katara était plus importante. Elle ne devrait pas l'être, mais il ne pouvait s'en empêcher. Elle n'allait pas bien, le Lotus rouge a dit qu'elle mourrait bientôt, il ne pouvait pas ne pas s'occuper d'elle. Il sortit sur le pont, et sentit ses cheveux s'ébouriffer sous la puissance du vent. Le froid était vif. Son visage et ses membres se crispèrent, tentant de conserver leur chaleur.

Les quelques soldats qui patrouillaient sur le pont le saluèrent au garde-à-vous, dont il tint à peine compte. Son esprit ne parvenait plus à penser à autre chose qu'à Katara. Il n'eut pas à chercher longtemps, car ses yeux furent attirés par une silhouette bleue qui tranchait avec tout ce rouge. Elle était de profil, les bras appuyés sur la balustrade, le buste légèrement penché au-dessus de l'océan qu'ils survolaient depuis quelques heures à présent. Son visage était fixé sur l'horizon et était teinté de mélancolie. Son regard semblait vide.

Il monta les marches qui menaient sur le pont supérieur où elle se trouvait, mais ne s'approcha pas davantage, osant à peine la surprendre dans sa mélancolie. Ses cheveux bruns volaient sauvagement d'avant en arrière, pourtant elle demeurait fixe, imperturbable. Zuko s'accouda à la balustrade, toujours à bonne distance d'elle, attendant qu'elle le remarque. Il observa lui aussi l'horizon, jetant un coup d'oeil de temps à autre à Katara. Finalement, celle-ci finit par le remarquer. Furtivement, elle tourna la tête vers lui, sans toutefois le regarder.

Elle expira doucement, son visage commençant à former d'autres émotions. Zuko se rapprocha alors, doucement, faisant glisser ses bras sur la balustrade pour se rapprocher d'elle. Il ne restait qu'un mètre entre eux, mais Zuko ne le combla pas, n'étant pas certain de ce qu'il convenait de faire. Elle semblait différente, comme si... Peut-être se rappelait-elle quelque chose ? Ils restèrent côte à côte sans bruit de longues minutes durant. La vue était magnifique. De ce côté du dirigeable, ils ne voyaient que l'océan à l'horizon. Le soleil s'imprimait peu à peu sur la surface de l'eau, créant des milliers de reflets semblables à des paillettes de lumière, alors qu'il se dressait lentement dans le ciel.

Leurs bras étaient à présent à quelques centimètres l'un de l'autre. Leurs mains agrippant le rebord étaient toute proches. Katara fit un léger geste vers lui. Il lui jeta un regard inquiet. Comme il voulait lui prendre la main, sentir sa chaleur se répandre sur la sienne. Il se contenta d'effleurer simplement son auriculaire, les yeux fixés sur l'horizon. Elle ferma les yeux à ce très léger contact. Il était toujours là.

Zuko voulait engager la conversation, ne serait-ce que pour entendre sa voix, mais il ne parvenait pas à trouver la bonne approche. Lui demander si elle allait bien serait stupide. Elle n'allait manifestement pas bien. Complimenter le paysage ? Impertinent, il n'y avait que l'océan à perte de vue. Alors que dire ? Il entendit tout à coup un bruit de grondement qui allait lui fournir une bonne excuse pour parler à Katara. Son estomac venait de gargouiller affreusement. Il s'insulta mentalement de ne pas y avoir pensé plus tôt. Elle ne devait pas avoir vraiment mangé depuis deux jours.

« Est-ce que tu as faim ? », demanda-t-il.

Katara, qui avait passé une main sur son ventre grondant, jeta un regard à Zuko. Un fin sourire se forma sur son visage. Elle hocha la tête, reconnaissante qu'il n'ait pas demandé si elle allait bien ou ce qui lui était arrivé. Cela étant, cela n'avait rien de surprenant. Lorsqu'il n'était pas en colère, Zuko parlait rarement dans le vide. Elle pouvait se souvenir de la fois où ils étaient allés chercher le meurtrier de sa mère. Il n'avait pas parlé beaucoup, se contentant d'observer sans lui dicter quoi que ce soit.

Elle commença à suivre Zuko vers la porte menant à l'intérieur du dirigeable. Entendant son pas irrégulier, il lui jeta un bref regard et se rendit compte qu'elle peinait à marcher, se raccrochant à la balustrade. Il n'osa cependant pas lui offrir son aide, craignant qu'elle ne prenne son geste pour de la pitié. Lui-même avait horreur qu'on le prenne en pitié. Il se contenta de réduire l'allure. Puis, il entendit les pas se stopper. Immédiatement, il se retourna.

Les yeux de Katara étaient verrouillés sur quelque chose de rouge qui venait d'entrer dans son champ de vision périphérique. Tournant la tête, ses yeux s'écarquillèrent, clignant plusieurs fois comme pour s'assurer que c'était bien réel. Un dragon. C'était le premier qu'elle voyait de sa vie. Il voletait doucement, à côté du dirigeable. Il lui paraissait immense. Elle eut même un très léger mouvement de recul, trébuchant presque comme si son corps avait momentanément oublié son équilibre. Zuko l'empêcha de tomber en plaquant sa main sur le haut de son dos. La sentant tressaillir à son contact, il s'écarta rapidement.

Druk dut se sentir observé puisqu'il tourna la tête et plongea ses grands yeux dorés dans ceux de Katara. Elle lâcha alors la balustrade, reculant d'un pas tandis qu'elle était confrontée à l'intensité de son regard. Un sentiment étrange s'insinua en elle. Katara fut bouleversée, ses émotions semblant revenir un bref instant.

Il s'agit donc de la femme que tu aimes.

Zuko grimaça en entendant sa voix caverneuse raisonner dans son esprit. Décidément, il ne s'y ferait jamais. Druk donna finalement un grand battement d'ailes et sortit de son champ de vision. Katara était toujours devant Zuko, qui s'était légèrement reculé pour ne pas la coller et la mettre mal à l'aise.

« C'est... un dragon ? »

Zuko ne s'attendait pas à l'entendre de sitôt, et fut presque pris au dépourvu. Il se racla la gorge.

« Oui », fit-il.

Katara se tourna alors vers lui, surprise. Il vit à nouveau ce feu qu'elle avait toujours eu dans ses yeux. Un mélange de courage et de curiosité. Pendant un bref instant, il avait l'impression de revoir la jeune Katara qu'il avait connue. Comprenant sa question muette, il répondit.

« J'ai perdu ma maîtrise après... », commença-t-il, butant sur les mots. Il ne voulait pas lui rappeler leur terrible séparation. Katara hocha la tête, comprenant très bien ce à quoi il faisait référence. « J'ai décidé d'aller consulter les Guerriers du Soleil, nous étions déjà venus avec Aang. Je ne sais pas si tu t'en souviens. Kiyi est venue elle aussi, et a été jugée digne des secrets de la pure maîtrise du feu » Katara sourit, heureuse de voir que Kiyi avait passé le test qu'Aang et Zuko avaient passé auparavant. « C'est là que j'ai rencontré Druk. Il serait né lorsque je suis monté sur le trône de la Nation du feu. Maintenant, il m'entraîne pour que je puisse acquérir la paix d'esprit dans ma maîtrise. Autant dire qu'il y a du travail », fit-il avec tout l'humour dont il était capable à cet instant.

Le sourire de Katara s'agrandit. Effectivement, cela n'allait pas être une mince affaire. Soudain, son sourire disparut, si brusquement que Zuko ne put que le remarquer. Il lui jeta un regard chargé d'inquiétudes. Ses yeux bleus semblaient fixer un point sur son cou. Il inclina la tête, dans l'incompréhension.

« Je t'ai blessé », dit-elle, la gorge serrée.

Zuko porta alors la main à son cou, et sentit une irrégularité assez prononcée, proche de sa pomme d'Adam. L'une des blessures que lui avait infligées Katara lors de leur combat. Il l'avait complètement oubliée. Il n'avait pas non plus songé aux griffures sur son bras. Y repenser réactiva ses propres souvenirs. Il revoyait encore Katara appuyer sa lame de glace sur sa gorge, les yeux chargés d'une haine qui n'était pas la sienne, le sang qui commençait à suinter dans son cou. Il avait alors cru l'avoir perdue à jamais.

« Ce n'était pas toi », lui dit-il doucement, s'aventurant à prendre sa main.

Elle eut un mouvement de recul, alors il commença à retirer sa main, mais elle resserra la sienne. Si elle essayait de contenir ses émotions, Zuko pouvait voir aisément qu'elle était bouleversée. Son regard était fuyant, elle mordillait subrepticement sa lèvre inférieure. Il avait tant de fois vu son propre visage exprimer cette émotion. La honte.

« J'aurais pu te tuer », continua-t-elle.

Zuko hésita mais finit par lui prendre le visage en coupe pour qu'elle le regarde. « Tu nous as sauvés. Tous les deux »

Voir ses yeux dorés lui provoqua tout à coup une montée de larmes, qui ne voulaient cependant pas couler. Sa lèvre inférieure tremblotait mais elle refusait de céder. Elle tentait de maîtriser les expressions de son visage, avec un succès très mitigé. Elle finit par soupirer et baisser les yeux, et il la serra doucement contre elle.

« Je ne veux pas te perdre », dit-elle contre lui, si bas qu'il l'entendit à peine.

Là, à cet instant, elle avait exprimé à voix haute sa plus grande crainte actuelle. Perdre Zuko. Combien de fois lui avait-il paru si réel alors qu'il ne s'agissait que de son imagination ? Elle se rappelait à quel point cela lui donnait espoir, et surtout à quel point le Lotus rouge s'en était servi contre elle. À chaque hypnose, ils avaient utilisé ses espoirs pour balayer définitivement son amour. S'ils n'avaient pas atteint leur but, ils avaient instillé en elle une peur terrible de provoquer sa perte. Et elle ignorait encore qu'elle n'était pas au bout de ses peines. Le retour de ses souvenirs, qui n'était que partiel pour l'heure, n'était que la première phase.


Et voilà, un long chapitre pour vous récompenser pour votre attente ! Les tourments de mes tourtereaux sont loin d'être terminés, comme vous pouvez le constater. N'hésitez pas à laisser une review pour me partager vos sentiments sur ce chapitre, et sur ce qui va suivre ;)