An ordinary anger
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Orihime trottinait derrière Ichigo, qui marchait d'un pas décidé, leurs mains toujours étroitement jointes. Le voir en bonne santé, égal à lui-même avait soulagé son cœur d'un poids si lourd qu'il lui semblait qu'elle respirait mieux. L'air remplissait de nouveau ses poumons, les couleurs lui apparaissaient éclatantes, tous les sons lui parvenaient distinctement.
Sa main dans la paume chaude du garçon s'était réchauffée, et le bien-être que seul le roux pouvait faire naître chez elle commençait peu à peu à s'insinuer en elle. La chaleur de cette main aimée qui tenait la sienne avec fermeté mais douceur, semblait la seule chose qui l'empêchait de s'éparpiller en milliers de particules.
Ils n'avaient pas échangé un mot, mais bien qu'il semblait physiquement aller bien, son visage portait les signes d'une inquiétude marquée : ses sourcils froncé, l'air renfrogné, la tête légèrement baissée alors qu'il avançait en slalomant entre les passants.
Orihime, passée la joie première de la retrouver sain et sauf commençait à se faire du mauvais sang. Qu'était-il arrivé à Kuchiki-san pour autant affoler Kurosaki-kun ? Elle avait probablement été gravement blessée, pour qu'Urahara-san la fasse appeler... était-elle le dernier recours de son amie ? Serait-elle capable de la guérir, au moins suffisamment pour la maintenir en vie assez longtemps pour la conduire à la Soul Society où elle obtiendrait des soins plus poussés ?
Elle avait à peine été capable d'utiliser le Shun-Shun Rikka pour soigner sa plaie, que faire si son bouclier de soins se révélait être inutilisable ? La douleur qu'elle avait ressentie en se soignant lui revint en mémoire, et elle grimaça au souvenir de cette brûlure étrange. A cet instant, Ichigo, qui l'avait sentie ralentir, s'était arrêté, retourné vers elle et scrutait son visage tiraillé par la souffrance. Il tenait toujours sa main fermement dans la sienne.
- Pardon, Inoue, je t'ai fait mal ?
- Non, je... Je m'inquiète pour Kuchiki-san, tu ne m'as rien dit. Que se passe-t-il ?
- C'est... Elle va bien... Physiquement. C'est juste qu'elle...
L'inquiétude dans la voix du roux fit frissonner la princesse, qui sentit la jalousie la prendre dans ses bras. Encore cette sensation qu'elle ne souhaitait plus jamais ressentir, mais qui pourtant attendait, tapie dans un coin de son cœur, prête à ressortir à la moindre occasion.
Et l'occasion s'appelait Kuchiki Rukia.
Kurosaki-kun ne l'avait appelée que pour sauver Kuchiki-san et elle en était actuellement incapable... Elle allait de nouveau lui prouver de façon ô combien humiliante quel boulet elle était, et combien il avait raison de lui préférer la petite Shinigami. Elle sentit son corps trembler et des larmes lui monter aux yeux, mais elle ne voulait pas éclater en sanglots devant lui, pas encore.
- Oi, Inoue... ça va ?
Inconsciemment, elle avait serré sa main plus fort comme si plus jamais elle ne pourrait le toucher, et ressentant son trouble, il s'était instinctivement rapproché d'elle.
Elle pouvait sentir son odeur, toute proche, et son regard posé sur elle, si chaud qu'elle songea qu'elle pourrait fondre. Ses jambes devinrent molles mais elle leva la tête et soutint son regard. Ses traits s'adoucirent alors qu'il la jaugeait avec inquiétude, la même inquiétude qui habitait ses traits un peu plus tôt, alors qu'il parlait de Rukia.
- Pardon de t'avoir brusqué alors que tu es malade... Rien ne presse, Rukia n'est pas en danger, fit-il doucement, comme s'il avait craint de l'effrayer.
- Dieu merci... Tu... Toi aussi, tu vas bien... peina-t-elle à articuler.
- Oui, je vais bien, sourit-il.
Un sourire sincère, qui illumina tout son visage. Orihime inspira profondément. Oui, il avait l'air plus serein, et le sentiment qu'il affichait la gagna quelque peu. Fallait-il qu'elle soit à ce point amoureuse du jeune homme pour que son humeur influence autant la sienne...
- J'ai pas appelé Tatsuki, elle va criser...
- Oh non ! Je lui ai dit que je l'attendrai pour sortir, elle va être morte d'inquiétude !
- Attends, j'arrange ça.
Il lâcha sa main, ce qu'elle regretta instantanément. Elle se maudissait d'avoir ouvert la bouche, elle se maudissait d'être si faible encore, toujours si dépendante.
Il sortit son portable de la poche de son jean, et après quelques manipulations, le colla à son oreille. Une voix paniquée s'échappa du téléphone si fort que même Orihime put reconnaître la voix de la karatéka.
- Arrête de flipper Tatsuki, elle est avec moi !
- …
- Je suis passé chez elle, je suis arrivé avant toi...
- …
- T'as qu'à nous rejoindre chez Urahara, on y sera dans 10 minutes.
- …
- C'est pas la peine de hurler, ça va, j'ai compris !
Il raccrocha le téléphone avec humeur.
- Pfff... Elle a dit qu'elle te rejoindrait chez toi ce soir et m'a dit de veiller sur toi et de te raccompagner, sinon, elle me mettrait une raclée. Nan mais pour qui elle se prend ?
Quand il se retourna vers Orihime, il oublia instantanément son agacement, saisi par l'intensité du regard qu'elle posait sur lui. Immobile, elle se mordait la lèvre inférieure dans une moue adorable, mais qui paraissait traduire une certaine contrariété. Ses yeux en revanche semblaient vouloir dire autre chose, porteurs d'un message qu'il ne savait déchiffrer. Il ignorait pourquoi mais cela semblait important. Puis de nouveau, ses yeux glissèrent sur sa bouche. L'instant aurait pu durer une seconde ou une heure, le temps ne comptait pas. Ce qui comptait, c'était ces yeux chocolat fixant ces lèvres roses.
Puis comme réveillée d'un sommeil, elle se remit en route, un peu mécaniquement. Déconcerté, il la suivit sans un mot, et c'est dans cet état perplexité qu'ils arrivèrent après quelques minutes de marche dans un silence gêné à la boutique d'Urahara.
Ni Ishida ni Sado n'étaient encore arrivés, Urahara les rejoindrait dans quelques minutes, leur apprit Tessai, qui les conduisit dans l'arrière-boutique retrouver une Rukia aux traits détendus, vêtue d'un hakama entièrement blanc, paisiblement occupée à faire des compositions florales sur une petite table basse.
Cette vision surprenante mais plutôt rassurante quant à l'état de santé de la petite brune surprit beaucoup Orihime. Elle s'était attendue à des révélations terribles, à de funestes prophéties voire à l'annonce de la fin du monde ; une ambiance lestée au plomb tout au moins. Mais pas à une scène d'un romantisme bucolique, digne cependant d'un mauvais shojo. Quand avait-elle pris goût à l'Ikebana? était une pensée vraiment inopportune dans un moment pareil.
L'état mental de la Shinigami semblait par contre beaucoup plus inquiétant. Ichigo ne se décidait pas à prendre la parole et cela non plus ne présageait rien de bon.
La plantureuse jeune fille s'éclaircit la gorge pour attirer l'attention de Rukia, qui portait un intérêt concentré à la couronne végétale qu'elle tenait dans les mains. Elle leva alors les yeux sur la rousse à l'origine du bruit puis regarda Ichigo, ses iris indigo formulant toutes les questions qu'elle n'exprima pas. Le cœur de la belle humaine se serra. Encore une fois, ce regard qui traduisait toute la complicité entre son amie et l'élu de son cœur, une relation dont elle était pour toujours exclue.
- Kuchiki-san ? Se risqua la belle.
L'interpellée posa doucement sa couronne et se leva pour lui faire face. Ichigo ne disait toujours rien mais Orihime ne pouvait plus ignorer sa respiration qui accélérait.
- Kuchiki-san, je suis si heureuse de te voir ! J'ai vraiment eu très peur pour toi...
Toujours pas un mot de la petite noble.
- C'est... C'est Inoue, une autre amie, Rukia, intervint Ichigo dans un souffle.
- Oh, je vous remercie de votre sollicitude à mon égard, répondit enfin la brune, avec une révérence.
Orihime lui rendit son salut poli. Ça avait un air de déjà vu. Mais Rukia n'était pas Rukia.
La formulation était surprenante mais elle ne voyait pas comment l'expliquer autrement. Rukia n'était plus celle qu'elle avait connue, forte, énergique et déterminée. Elle avait été remplacée par une autre, qui lui était en tout point semblable. Même son reiatsu était identique ! Pourtant une chose était sûre : ce n'était pas LA Rukia Kuchiki qui avait, un jour, transféré ses pouvoirs à Ichigo. La réaction du jeune homme lui semblait aussi tellement éloigné de ce qu'elle aurait cru qu'elle serait, un calme fébrile qui lui ressemblait si peu, qu'elle se demanda sérieusement si elle n'avait pas atterri dans un univers parallèle. Il lui fallut rassembler toute sa capacité de concentration pour ne pas de laisser envahir par le vertige et la nausée.
La clochette de la porte de la boutique tintinnabula à ce moment-là : Ishida et Sado venaient d'arriver, et la présence de ses amis humains, camarades de classe, présences familières et quotidiennes, permit à son cerveau de rétablir la connexion avec la réalité et elle s'autorisa à reprendre une bonne inspiration.
Urahara sortit alors de son bureau pour les rejoindre, les salua chacun à leur tour avec un enthousiasme surjoué, vue la situation de crise. Il s'attarda un peu plus longuement avec Orihime, qu'il fixa quelques secondes. Puis, sentant la gêne de cette dernière et l'impatience d'un certain jeune homme, il prit place à table et les invita d'un geste à faire de même. L'heure des explications approchaient.
Pourtant, alors que les adolescents attendaient impatiemment les réponses aux questions implicites que leur présence et leur regard posaient, l'homme au bob s'éventa, bailla et proposa joyeusement :
- Allons les jeunes, pendant que Tessai va s'occuper de notre petite amie convalescente, nous pourrions prendre le goûter ?
Ce type avait acquis le don de désamorcer les situations gênantes en créant encore plus de gêne. Mais bien que la proposition fut reçue plus que fraîchement, personne n'opposa de refus.
Alors que Tessai accompagna Rukia en la guidant par les épaules pour la conduire dans une chambre où elle pourrait se reposer, tous s'installèrent bon gré mal gré autour de la table débarrassée des vestiges de l'activité de la Shinigami par une Ururu aussi efficace que silencieuse, qui ne tarda pas à leur servir également du thé et une assiette de petits biscuits.
- C'était quoi ça ? Éclata le roux. T'avais pas dit que c'était temporaire, sa perte de mémoire ? C'est encore pire que tout à l'heure ! fulmina-t-il en direction de l'homme au bob.
- Kurosaki, baisse d'un ton, Kuchiki-san, à côté, n'est pas soudainement devenue sourde. Et nous non plus, tenta de le raisonner le grand brun à lunettes.
- On t'a pas demandé de l'ouvrir, Ishida ! Et toi, Urahara, réponds!
Son reiatsu crépitait. La dernière bataille qu'il avait menée à la Soul Society devait l'avoir sérieusement ébranlé et il avait perdu le peu de maîtrise qu'il avait sur son énergie. La situation était tendue et pourrait vite dégénérer si le Shinigami suppléant ne se calmait pas.
- Kurosaki-san, je maintiens que l'état de Kuchiki-san n'est que passager, mais ça ne fait que 6 heures que nous l'avons retrouvée, un peu de patience... Tempéra Kisuke.
- Que s'est-il passé? Demanda posément le géant mexicain.
- Ce qui s'est passé, c'est qu'on s'est pris une dérouillée par un tas de Hollows chelous, voilà ce qui s'est passé !
- Je crois que ce que veut dire Sado, c'est comment Kuchiki-san s'est retrouvée dans cet état... développa le brun. Tu nous as demandé de nous préparer à des combats et de nous retrouver chez Urahara.
- Comment peut-on aider Kuchiki-san? demanda doucement l'unique femme présente dans la pièce.
Quatre paires d'yeux en quêtes de réponses se tournèrent avidement vers l'homme au bob, sirotant tranquillement sa tasse de thé et soufflant dessus pour le faire refroidir.
La nonchalance du type pouvait rebuter...
Orihime était toujours très inquiète pour son amie. Elle ne savait pas comment la petite Shinigami avait perdu la mémoire ni quel lien cela pouvait avoir avec le combat auquel avait participé Ichigo mais un petit détail la rassurait : on n'attendait apparemment pas qu'elle utilise ses pouvoirs pour remédier à cette situation. Elle était là en qualité d'amie. On l'avait fait entrer dans la confidence cette fois, et il y avait quelque chose de rassurant à ne pas être mise sur le banc de touche.
Mais à peine avait-elle formulé cette pensée qu'elle se mit à la dégoûter. N'était-ce pas là une façon égoïste et répugnante de voir les choses ? Ne préférait-elle pas qu'on fasse appel à elle pour ses compétences, pour sa capacité à être vraiment utiles à ses amis ? Quitte à ce que ce soit pour réunir l'homme qu'elle aimait et le lieutenant de la Treizième Division ?
Ichigo était rentré de la Soul Society en début d'après-midi, après avoir bénéficié des soins de la Quatrième Division. Il n'avait pas été sérieusement blessé, mais la bataille qui avait duré près de deux jours, la violence et l'intensité des combats, son aspect vain et répétitif, l'angoisse éprouvée suite à la disparition de Rukia, et évidemment son reiatsu erratique l'avaient littéralement épuisé et il avait fallu la coordination de tous les membres de la 12e unité de soins de la Yonbantai, et plusieurs heures de sommeil réparateur pour le remettre d'aplomb.
A son réveil, Renji l'avait pratiquement pousser à coups de pied aux fesses à travers un portail pour le monde réel, en lui ordonnant de trouver Rukia. Il s'était tout naturellement rendu chez Urahara, rentré la veille, où il avait eu le soulagement d'apprendre que son amie avait été retrouvé saine et sauve. Sa joie avait été de courte durée quand, alors qu'il avait voulu savoir comment elle avait atterri dans le monde réel, elle lui avait demandé s'ils avaient « l'honneur de se connaître ».
Sado avait été très rassuré de recevoir l'appel d'Ichigo pendant l'intercours, après deux semaines sans nouvelle, mais très vite, c'était devenu confus. Il avait discrètement tiré Ishida à l'écart pour lui permettre d'écouter l'update de son ami, en fait une logorrhée entrecoupée de cris et d'imprécations. La chose importante qui ressortait de son discours était qu'il fallait impérativement qu'ils se retrouvent tous, lui, Ishida et Inoue, dès que possible, à la boutique d'Urahara.
Sado avait acquiescé, avait brièvement mentionné qu' Inoue n'était pas avec eux et Ishida avait attrapé le portable avant qu'il ne raccroche pour obtenir quelques détails de plus auprès de Kurosaki : Rukia vivante mais bizarre, des combats bientôt, le plan d'Urahara. Puis le roux avait coupé la communication. Comme ça. Le Quincy le soupçonnait de lui avoir raccroché au nez exprès, mais le temps n'était pas à la rancune.
De son côté, Kisuke avait taché de comprendre l'origine de cette pagaille et dans le même temps, mettait son sous-sol transformé en quartier général à la disposition de la Cinquième et Neuvième Divisions, chargées de retrouver les disparus du Gotei 13, de les requinquer et de les renvoyer à la Soul Society. C'était d'ailleurs le très souriant Capitaine Shinji Hirako qui avait trouvé Rukia, confuse et amnésique au bord de la rivière, sa formation de Vizard l'ayant rendu très sensible aux variations de reiatsu. Hirako et les autres continuaient donc de rechercher avec opiniâtreté leurs camarades Shinigamis, même s'il fallait parfois n'en retrouver que des morceaux...
Le Kototsu du Dangai était un organisme implacable et aveugle.
Parmi ces Shinigamis envoyés dans le monde réel pour la surveillance des Hollows et la recherche des disparus, l'hypothèse implicite que par superstition, ils ne se risquaient pas à formuler à voix haute, mais qui rongeait tous les esprits était que si certains Shinigamis avaient survécus, certains Hollows avaient probablement bien fait de même. La tension était donc palpable, on n'éviterait pas les combats dans le monde réel.
Le mystérieux ex-capitaine banni de la Juunibantai avait « emprunté » un des pulsateurs à particules spirituelles mis au point par Mayuri Kurotsuchi et depuis son retour, avait travailler à modifier la fréquence de cet outil pour qu'il puisse désolidariser le « mouvement » des particules qu'il attirait, et par conséquent des Hollows dans son sillage. Cela le rendrait pour le coup complètement inoffensif et bénin. Les Hollows, privés de leur source de régénération se désagrégeraient probablement d'eux-même, ou en tout cas, ne seraient plus que des Hollows ordinaires, faciles à purifier.
En théorie.
Mais il y avait encore de nombreuses incertitudes dans ce plan.
Où était passé ce « mouvement », maintenant qu'il était dans le monde réel ? Comment le repérer ? Il avait initialement été tracé à la Soul Society qui était certes vaste, mais bien moins que le monde réel, et surtout nettement mieux surveillée. Il pouvait bien être n'importe où sur Terre. Et puis, ce « mouvement » portait bien son nom... Alors allait-on exiger des lieutenants des treize Divisions de courir à tour de rôle après ce truc, le pulsateur à particules spirituelles allumé en permanence à la main ? La solution envisagée n'avait rien de viable, même si certains auraient donné leur salaire du mois pour voir courir Rangiku Matsumoto. Pour mettre définitivement un terme à la menace que ce « mouvement » pouvait représenter, le neutraliser définitivement, il fallait l'immobiliser et le soumettre au pulsateur de particules modifié sans aucune interruption. Sans cela, il recommencerait à attirer à lui les particules de toutes sortes, dont les Hollows, et à leur permettre cette régénération quasi infinie.
Urahara savait qu'il n'avait pas pris une décision facile en ouvrant le Dangai vers le monde réel. Certains diraient qu'il n'avait pas la légitimité de prendre cette décision, et peut-être qu'ils auraient raison. Mais Urahara Kisuke portait déjà la responsabilité de tellement de crimes, qu'il estimait justement qu'il était de son devoir de ne pas charger d'autres épaules que les siennes.
Quand d'abord, il avait essayé d'expulser ce phénomène là où il causerait le moins de dégâts, c'est à dire au Hueco Mundo, le « mouvement » ne s'était pas dirigé vers cette porte ouverte sur ces grands espaces désertiques et désolés, et avait continué à causer ravages et désolation aux habitants de la Soul Society, et notamment aux plus vulnérables habitants du Rukongai.
Alors, le scientifique avait pris la décision qui s'imposait : essayer de le faire sortir vers le monde réel par le Dangai, dont le Kototsu, l'espérait-il, limiterait suffisamment les dégâts pour ne pas causer la ruine de l'Univers. Et même si le tribut était tout de même lourd à payer, il semblerait que cela avait été des maux le moindre. Les humains ne s'étaient rendus compte de rien, le Kototsu avait joué son rôle de nettoyeur officiel et le Gotei 13, même s'il avait été rudement touché, tenait toujours son debout. L'Univers était sauf, sa conscience aussi. Les treize Divisions se réorganiseraient peu à peu et on reconstruirait les murailles et les bâtiments détruits, comme après chaque bataille.
Ainsi donc étaient les pensées qui traversaient le cerveau sous le bob, accompagnées de centaines de milliers d'autres, alors qu'il buvait une gorgée de son thé.
Urahara s'éclaircit la voix pour commencer un semblant d'explication.
- Pour synthétiser, le Sereitei a été attaqué par des Hollows. Afin d'éviter de se faire déborder, un passage a été ouvert vers le monde réel. La plupart des Hollows ont péri dans le Dangai, mais certains vont probablement très vite se manifester et causer des problèmes.
- Vous pouvez développer Urahara-san ? Inoue-san, Sado et moi n'étions pas à la Soul Society, nous n'avons aucune idée de ce que vous avez affronté.
Patiemment, l'homme en vert regarda chacun des membres de son auditoire et commença par le menu le récit des événements des trois dernières semaines, qui avaient conduit à cette situation de crise.
- J'ai remarqué il y a 20 jours sur mes appareils de mesures des mouvements de particules assez inhabituel, et cela a suffisamment piqué ma curiosité pour avoir envie de pirater le système de surveillance de la Douzième Division, qui avait enregistré les mêmes mouvements.
- C'était quel genre de particules ? Interrompit le roux.
- Voilà qui aurait pu être une question tout à fait pertinente, jeune Kurosaki. Eh bien, il s'agissait d'un peu tout et n'importe quoi, comme le vent peut charrier des poussières de toutes sortes. Mais ce ne sont pas tant les particules qui m'ont interpellé, mais plutôt le mouvement en lui-même.
- Qu'est-ce qu'il avait de si remarquable, ce mouvement ? Reprit le shinigami suppléant. Moi, tout ce que j'ai vu, c'est des super Hollows increvables !
- Kurosaki, tu veux bien cesser d'interrompre Urahara-san toutes les deux phrases ? Souffla le Quincy.
- Je l'interromps pas, je pose des questions ! Répliqua Ichigo.
- Les enfants... du calme ! Je vais vous répondre. On ne s'attend pas à ce que le vent réagisse à des stimuli extérieurs, et pourtant, mes expériences ont prouvé que ce mouvement était doué d'une volonté propre.
- Comment vous pouvez en être si sûr ? Réagit le sanguin rouquin, qui arqua un sourcil soupçonneux.
- Ça suffit avec tes questions stupides ! S'exaspéra cette fois-ci Uryuu.
- Qui est-ce que tu traites de stupide ? Explosa Ichigo.
- J'ai dit que tes questions étaient stupides, mais si tu te reconnais dans le qualificatif, je ne vais pas te contredire... soupira le brun.
- Ishida, enfoiré... Je vais vraiment te …
- Ce mouvement qui a la singularité d'attirer, d'agglomérer et de régénérer des particules de toutes sortes, a provoqué cette masse de Hollows indestructible contre lequel le Gotei 13, et Kurosaki-san ont dû lutter. Le plus étrange est qu'il venait...
- Du Hueco Mundo, termina dans un murmure absent la voix d'Orihime.
Les quatre hommes tournèrent la tête vers elle, stupéfaits. La jeune fille avait la tête baissée, les mains jointes serrées contre sa poitrine. Quand l'ancien capitaine avait parlé, elle avait eu froid comme au Hueco Mundo, elle s'était sentie seule et inutile, comme au Hueco Mundo. Elle savait qu'elle était à Karakura, entourée de ses amis pourtant l'espace d'un instant, elle avait été ramenée là-bas.
Ishida et Sado affichait une mine perplexe. Urahara, lui, semblait voir à travers elle.
- Oi, Inoue, comment tu peux affirmer un truc pareil ? Le roux fixait la jeune fille avec des yeux ronds comme des billes.
- Oh, je suis désolée, c'est sorti comme ça... Parfois, je dis des choses sans réfléchir, hahaha, rit la belle vraiment très gênée de sa sortie.
Un énigmatique mais bref sourire passa sur le visage de Kisuke, qui reprit une gorgée de thé et attrapa un biscuit qu'il enfourna dans sa bouche. Il mâcha longuement puis repris.
- En effet, l'hypothèse la plus probable est que ce mouvement a eu pour départ le Hueco Mundo. J'y avais d'abord ouvert un passage mais le « mouvement » n'a pas daigné s'y intéresser, ce qui est logique s'il ne voulait pas retourner de là où il venait. La Douzième Division est parvenue à la même conclusion que moi, mais là où nos avis divergent, c'est que pour Kurotsuchi Mayuri, le « mouvement » n'a pas de volonté propre, c'est une arme lancée contre nous aveuglément par un ennemi encore indéterminé. Pour moi, le « mouvement » possède un libre-arbitre.
- Que cherche-t-il ? Demanda le Quincy.
- Ah ça... répondit évasivement le scientifique.
Ichigo émit un petit son dédaigneux. Il avait suffisamment fait les frais de « la volonté propre » du « mouvement » et se moquait bien de connaître la nature exacte de ce truc, de savoir si ça voulait juste jouer à la marelle ou devenir le maître du Monde, pourvu qu'on l'arrête définitivement avant qu'il n'y ait plus de dégâts.
Sado, le menton appuyé sur ses coudes, les mains jointes comme en prière, réfléchissait aux batailles à venir. Serait-il assez fort pour s'opposer à ce qu'ils allaient devoir affronter ? Son envie de protéger ce monde lui donnera-t-il la motivation nécessaire et la puissance suffisante pour faire la différence ?
Ishida remonta ses lunettes. Les flèches de Quincy faisaient disparaître définitivement les âmes qui composaient les Hollows, il ne doutait pas qu'il viendrait à bout de ces monstruosités mais comment atteindre ce... Mouvement ?
Orihime gardait la tête baissé. De bien étranges pensées l'assaillaient soudainement. Comme ce devait être triste de ne pas avoir de corps... Pas de cœur qui battait pour ceux qu'on aime, pas de bras pour les étreindre. Ce devait être bien terrible d'avoir « une volonté propre» mais aucun moyen de l'exercer autre qu'en se déplaçant.
Une prison de néant. L'idée avait quelque chose de familier mais la mettait mal à l'aise.
Encore une fois, elle sentit un doigt glacé se déplacer le long de sa colonne et elle frissonna. Elle releva la tête alors, cherchant celui qui toujours, avait le don de la réchauffer, de la réconforter, de l'apaiser. Ses yeux humides trouvèrent presque immédiatement ceux d'Ichigo. Le jeune homme au visage soucieux capta le regard de la belle et ses sourcils se défroncèrent. Il lui adressa un petit sourire qui se voulait rassurant.
Elle aurait souhaité en cet instant se perdre dans ses yeux. Ne plus jamais n'en connaître d'autres... La voix de Tatsuki s'imposa en elle « Joue pas à ça, dis-lui maintenant » et la jeune fille se sentit cette fois-ci devenir brûlante. Oh mon Dieu...
Brièvement, Ichigo avait encore cru surprendre cet étrange regard chez son amie, mais elle avait si vite baissé la tête quand il l'avait capté qu'il n'avait pas été certain de ce qu'il avait vu.
Et puis, l'urgence de la situation s'était de nouveau imposée et il avait soupiré.
- Bon... Et qu'est-ce qu'on fait pour Rukia ? Inoue, tu peux faire quelque chose ?
- N'y penses pas Kurosaki ! Inoue-san sort à peine de l'hôpital ! S'écria immédiatement Ishida.
Ichigo, surpris, chercha un assentiment discret auprès de Chad, qui confirma par un hochement de tête.
Urahara eut encore une fois un énigmatique sourire, et ses yeux qu'on ne voyait pas se fixèrent sur la jeune fille un instant. Puis il but le fond de sa tasse.
Orihime, rouge pivoine, le joues brûlantes et secoua les mains devant elle.
- Non, ça va, je vous assure héhé... C'était... Ce n'était pas grave, je vais vraiment mieux ! Les rassura-t-elle.
- Hum... dans ce cas Inoue-san, suivez-moi, on pourrait essayer quelque chose. Vous les garçons s'il vous plaît, profitez du goûter...
Le message ne pouvait pas être plus clair, pourtant, évidemment, Ichigo protesta. Le vendeur lui tapa amicalement entre les omoplates en lui assurant qu'il ne leur arriverait rien, à l'une comme à l'autre. Le roux trouva alors fascinant le fond de sa tasse de thé.
Orihime se leva donc, et suivit le vendeur, qui lui expliqua son plan une fois arrivés dans la chambre de Rukia. La petite Shinigami dormait près d'une machine, qui ressemblait au tunnel d'une IRM. Il mettrait en route le pulsateur à particules spirituelles modifié pendant qu'Orihime devrait « rejeter » la perte de mémoire de Rukia. Il avait bon espoir que les deux actions combinées rendent sa mémoire au lieutenant de la Treizième Division.
Hum... Tout à fait ce que la rousse craignait...
La petite main décharnée et putride de la jalousie avait agrippé son cœur pour le malaxer comme une boule de slime. Le nœud qui serrait sa gorge, entre la honte de ressentir cette jalousie visqueuse envers son amie et le dégoût que lui inspirait pareil sentiment en général, n'était pas prêt de se défaire.
Ses mains se mirent à trembler, ses yeux se firent plus humides. Fichues larmes. Ne coulez pas...
- Il y a un problème, Inoue-san ? Demanda doucement l'homme au bob. Il avait souri.
- Euh... Je... J'ai eu quelques euh ... Non, il n'y a aucun problème, Urahara-san. Dites-moi quand je dois commencer.
Le visage du scientifique se para de ce sourire indéchiffrable et agaçant, et il pencha la tête sur le côté, attendant peut-être qu'elle ajoute quelque chose. Mais comme Orihime resta déterminée, il alluma la machine qui émit un tout petit ronronnement et émit une bienfaisante lumière dorée, comme celle de la fin d'un après-midi d'une belle journée d'automne. Puis la lumière blanchit, quelques bips mélodieux retentirent, et Urahara s'avança vers l'écran de contrôle avec une moue dubitative. Il pianota un moment sur le clavier, l'air étrangement soucieux.
Puis quand près une petite hésitation, il lui fit signe de commencer, elle acquiesça de la tête. Soupir de l'homme.
- Concentrez-vous sur l'idée de rejeter la perte de mémoire de Kuchiki-san. Imaginez que sa mémoire est un membre qu'on lui aurait sectionné.
- Compris, dit-elle, concentrée. Ayame, Shun'o... Sôten Kesshun. Je rejette.
Elle avait l'estomac tordu par la crainte que rien ne se produise, que le bouclier n'apparaisse pas, de passer pour une idiote incapable, inutile et faible.
Mais contre toute attente, le bouclier apparut. Il se déploya au dessus de la petite Shinigami endormie en un dôme argenté comme la lumière de la lune. C'était inédit. Orihime, surprise, se déconcentra, et le bouclier se rétracta.
Et si elle faisait plus de mal que de bien ? Il était encore temps de tout arrêter, avant de causer un drame de plus.
Elle n'avait pas pleuré en voyant ses pouvoirs l'abandonner, ni à la pensée de décevoir profondément celui dont elle était amoureuse, et ses amis. Elle n'avait pas pleuré quand, étreinte par la jalousie et l'angoisse, elle avait découvert cette parcelle tellement noire de son âme.
Mais c'en était trop. Elle ne put retenir plus longuement les larmes qu'elle avait su garder toute journée. Elle ne pouvait pas, par orgueil, risquer la vie de Rukia.
Elle renifla. Après tout, elle avait songé à parler de ce problème à Urahara, plus tôt dans l'après-midi.
- Quelque chose ne va pas, Inoue-san ? Demanda encore le scientifique. Mais cela ressemblait davantage à une invitation à se confier qu'à une véritable question.
- Je ne veux pas vous ennuyer avec mes problèmes...La situation est tellement plus grave... Mais puisque vous me demander d'utiliser mes pouvoirs, je dois vous dire la vérité.
- Qui est... L'encouragea-t-il avec une bienveillance circonspecte.
- J'ai constaté qu'ils ne fonctionnaient pas très bien... Je... J'ai peur de faire du mal à Kuchiki-san, dans ces conditions.
On n'aurait su dire s'il était fâché, déçu, surpris ou s'il se rappelait mentalement devoir racheter des croquettes à Yoruichi. Mais comme il n'avait toujours aucune réaction après plusieurs minutes, la jeune fille douta un instant avoir formulé la cause de son trouble à voix haute. Elle commença à se tordre les mains, puis à passer le poids de son corps sur une jambe puis sur l'autre.
Ses yeux papillonnèrent partout, évitant soigneusement de regarder l'homme en face d'elle.
Enfin, il poussa un long soupir.
- Il faut s'appeler Ichigo Kurosaki pour ne pas constater que vous êtes un livre ouvert, Mademoiselle Inoue.
Qu'est-ce que Kurosaki venait faire là-dedans ?
Elle sentit ses joues prendre feu.
L'ambiguïté de son assertion l'aurait fait ricaner s'il avait eu le cœur à plaisanter.
Le scientifique regarda l'humaine, cette fois, sans chercher à voir au delà d'elle. Il éprouva à son égard un sentiment lointain, presque oublié. C'était ce qu'on avait l'habitude d'appeler de la peine, mais sans la tenante pathétique que le mot suggérait. De la compassion.
Elle attendait qu'il poursuive, et n'osait pas réagir d'une façon ou d'une autre, elle avait bien trop peur de se compromettre davantage. De son côté, il était perdu dans des pensées où nul ne semblait pouvoir le rejoindre. Nouveau soupir. Ce qu'il cherchait à lui dire n'était pas une vérité facile à entendre, et il devait lui annoncer sans l'alarmer mais sans atténuer la difficulté de la situation. Par compassion. Ou au moins pour éviter les foudres de Yoruichi. La colère de Kurosaki. Les pleurs d'Inoue-san.
Non... Il n'éviterait pas les larmes.
- Votre reiatsu vous trahit.
- Heeeeeeeeeeeeee ?
Ah... Peut-être trop direct.
De quoi parlait-il ? Est-ce que son énergie spirituelle prouvait sans aucune contestation possible qu'elle était éprise du Shinigami roux ? Mais dans ce cas, toute la Soul Society était au courant...
La princesse médusée ne pouvait pas aligner trois mots. Quoiqu'elle dise, cela sonnerait comme une confirmation.
- Inoue-san... Vous avez expérimenté des phénomènes étranges, au cours de ces dernières 24 heures, n'est-ce pas ? En plus du... dysfonctionnement de vos pouvoirs.
Ce n'était même pas une question. Si la princesse n'avait pas saisi le sens des paroles d'Urahara manifestement, lui avait tout compris. Elle confirma d'un hochement de la tête.
- J'aimerais que nous n'en parlions pas maintenant... Venez seule, demain après vos cours. Ce sera plus discret, et puis... Vous ne souhaitez pas inquiéter vos amis, je suppose.
Cette phrase, prononcée par un vendeur de bonbons à une jeune fille comme Orihime Inoue, ne devait absolument pas être sortie de son contexte, mais Urahara, pour qui la gênance était une seconde nature, n'en était plus à un double sens près.
Il fit un mouvement en direction de la sortie, elle l'interpella.
- Urahara-san... C'est... grave ?
- Je crois que ce sera à vous de le dire.
