19h. C'est bientôt Noël.
Il marche dans la ville, frénétique et illuminée de milliers d'étoiles à ampoules LED. Elle aurait probablement trouvé ça joli mais il n'a pas envie de remarquer tous les détails sur lesquels elle se serait extasiée, la liste serait trop longue en cette période de l'année, et puis ça l'énerve.
Non. Pas énervé. Il est en colère. Genre, tout le temps en colère. Il paraît que c'est une phase normale. Bullshit.
Ce soir, il fait trop doux pour neiger. Cette nuit, il n'y aura pas de verglas. Mais plus jamais ils ne seront réunis tous ensemble.
Il se presse pour rentrer chez lui, il doit se préparer pour aller au temple. Il n'a pas envie. Se rendre au temple, ça signifie accepter l'inacceptable.
A quoi sert d'avoir sauvé le monde si c'est pour en arriver là ?
Quand il arrive, la maison est vide. Une enveloppe est posée sur son bureau. C'est l'invitation à leur mariage. Il la déchire rageusement sans l'ouvrir. Il n'ira pas. Il n'a pas la tenue adéquate : le masque de la joie qu'on met pour ces occasions, on lui a brisé il y a deux ans. Et puis celui de Hollow ferait tâche.
Il ne devrait pas, mais il s'allonge sur son lit et il ferme les yeux. Devenir insensible, est-ce devenir plus fort ? Tu te trompes, fils. Une personne devient plus forte parce qu'avec le temps, elle a de plus en plus de choses à protéger.
La réponse de son vieux ne lui de convient pas. Il a moins à protéger maintenant qu'il y a deux ans, alors quelle conclusion en tirer ?
J'ai failli à la protéger. Si Tatsuki avait été là, elle m'aurait botté le cul. La pensée de son amie d'enfance le fait sourire faiblement.
Son esprit vagabonde et il ne peut empêcher cette chaleur d'infiltrer son cœur et l'odeur de sa peau d'envahir la pièce. Il ne sait plus s'il la sent vraiment ou s'il ne fait que souhaiter la sentir. Tout se mêle et se confond entre désir, souvenir et réalité. Ses doigts frôlent la couverture de son lit, mais à cet instant, c'est sa peau qu'il touche. La couleur d'un ciel capricieux, ce sont ses yeux qui le voient tout entier. Il en veut encore. Il veut tout d'elle. Ses cheveux magnifiques qui lui cachent le visage en tombant sur lui, comme s'il ne savait pas qu'elle rougissait ! Et puis sa bouche, pleine et généreuse qui l'embrasse timidement et à laquelle il répond avidement. Il a une telle faim d'elle qu'un trou se creuse dans son ventre, si ça continue, il va vraiment jouir.
Et puis, une odeur vient chatouiller ses narines. C'est celle de... Pancakes.
Il regarde le réveil. Il est 22 heures. Il n'a pas été au temple. Acte manqué.
Pourquoi sa sœur fait des pancakes maintenant ?
Il sort de sa chambre mais la maison est plongée dans le silence et la pénombre. Pas de pancakes. D'ailleurs, pourquoi des pancakes ?
Il est encore temps. Il n'est pas encore demain. Il met son manteau et sort, prend la direction du temple mais il n'essaie pas d'y entrer. Il va se recueillir, pas prier.
La tombe a été nettoyée, évidemment, et la nourriture et les fleurs sont fraîches, il ne pourrait en être autrement.
Et il n'a plus de doute. Elle s'est tenue là, regardant sa vie partie en morceaux.
... ... ... ... ... ... ... ...
Grief and pain
