Grief and pain
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- Que voulez-vous dire, Urahara-san ?
- J'ai ressenti des perturbations dans votre reiatsu. J'en saurai plus quand j'aurais analysé les données recueillies par le pulsateur. Il y a fort à parier que cela va vous demander certaines... adaptations, mais je suis sûr que cela n'affectera que très peu votre quotidien. S'il vous plaît, essayez de ne pas vous inquiéter, au moins ce soir.
Il avait été plutôt fier de son mensonge. Et plutôt convainquant, à en croire le sourire confiant qu'avait la jeune fille en quittant la chambre de la petite Shinigami endormie.
C'était la dernière soirée dont elle profiterait dans sa paisible ignorance. Au moins, elle ne la passerait pas à se ronger les sangs alors qu'il en savait si peu pour le moment.
... ... ... ...
Il était plus de 19 heures quand ils sortirent de la boutique d'Urahara. Les quatre adolescents firent une partie du chemin ensemble, puis Ishida d'abord, et Sado ensuite s'en allèrent chacun de leur côté pour rejoindre leur foyer.
Ichigo avait tenu à honorer la promesse, certes implicite, qu'il avait faite à Tatsuki de ramener Orihime chez elle. Mais ce soir-là, promesse ou pas, personne n'aurait pu l'empêcher de s'assurer qu'Inoue rentrerait saine et sauve chez elle, et surtout, surtout, avec l'esprit tranquille.
Rukia n'étant pas encore réveillée, il avait été impossible de savoir si le traitement de la guérisseuse avait été efficace, mais Urahara avait affirmé que le nécessaire avait été fait. La seule chose qu'on pouvait faire maintenant, c'était attendre et voir s'il y avait de l'amélioration. Inoue était soudainement devenue très pâle, il avait craint qu'elle ne tombe carrément dans les pommes. Une amie malade et une guerre en préparation étaient bien assez d'émotions pour la journée alors plus prestement que Chad ou Ishida, il lui avait attrapé les bras pour la soutenir.
Encore une fois, elle l'avait regardé comme ça. Urahara avait fait une remarque déplacée, il aurait cru entendre son vieux, et il l'avait lâchée.
Elle avait bafouillé n'avoir rien fait du tout, mais ça, c'était toute la modestie d'Inoue. Urahara avait répondu qu'elle en avait fait plus qu'assez, et que ça ne dépendait plus d'elle, à présent. Ichigo voulait s'assurer qu'elle ne commence pas à se faire des films à cent à l'heure au sujet de l'éventuelle guérison de Rukia. Après tout, l'amnésie causée par ce truc inconnu était une « maladie » que sa camarade de classe n'avait jamais eu à réparer, elle ne devait pas se sentir coupable si son traitement n'avait pas le résultat espéré, elle n'y était pour rien. Elle avait déjà eu le mérite d'être venue et d'avoir essayé bien qu'elle soit elle-même en convalescence. Une grippe, hein ? Il était sûr qu'elle lui avait raconté des craques pour ne pas l'inquiéter. Sacrée Inoue...
- Merci encore Inoue pour ce que tu as fait pour Rukia.
Comment aurait-il pu savoir que c'était la dernière chose à dire pour apaiser la jeune fille en cet instant ?
- S'il te plait... Kurosaki-kun, ne me remercie pas. J'aurais voulu faire plus, mais...
- Je voulais juste que te dire que je vous remerciais tous d'avoir répondu présent quand je vous ai appelés. J'ai pas envie de vous mêler à tout ça... Je ne veux pas vous mettre en danger...
Ça sonnait presque comme des excuses. Elle en aurait pleuré. Il était vraiment en train de s'excuser alors que c'était elle qui avait failli à soigner Kuchiki-san ?
Il n'était pas bien sûr de la direction que prenait la conversation, alors il préféra changer de sujet. Assez abruptement.
- Au fait, ta grippe devait être très costaud pour t'envoyer à l'hosto...
Là, ça sonnait comme s'il lui demandait de se justifier.
La somme de tous ses péchés de la journée lui revenait violemment en pleine tête. Lancée par celui qu'elle aimait. Douloureux.
Mais qui aurait pu dire au jeune homme que sa tentative de discussion amicale était subie comme une exécution martiale ? Car lui expliquer qu'elle était allée à l'hôpital pour une plaie infectée et une perte de connaissance et non à cause d'une grippe, c'était reconnaître qu'elle avait un problème avec ses pouvoirs, qu'elle les avait par conséquent tous trompés, et qu'elle avait été incapable d'aider Kuchiki-san.
Elle se souvint tout à coup de la sensation délicieuse de la main du jeune homme serrant la sienne, un peu plus tôt dans l'après-midi, ses mains puissantes qui avaient saisi ses bras, son regard chocolat plongé dans le sien. S'il découvrait son mensonge, s'il voyait combien elle avait été inutile aujourd'hui, les jours d'avant aussi, il regretterait certainement de l'avoir appelée son amie.
Ne pas mentir. Ne surtout pas mentir. Elle n'avait aucune raison de le faire, n'est-ce pas ? Elle ne s'était pas soignée non plus après l'attaque de Yami. C'était-elle déjà soignée d'abord, pour une grippe ou une fracture ? Son esprit s'emballait, plus rien n'avait de sens. Elle ne s'était jamais sentie aussi agitée. Les sensations qu'il ne manquait pas de provoquer chez elle, qu'il la regarde ou qu'il lui parle, étaient uniques, incomparables. Mais elles avaient atteint une intensité encore jamais égalée quand il l'avait touchée. Sa peau s'était consumée à son contact puis avait gelé quand il l'avait lâchée. Elle était étourdie par ses sensations enivrantes, inédites. Peut-être parce qu'ils ne s'étaient jamais retrouvés seuls. Qu'ils n'avaient jamais vraiment parlé. Qu'aucun garçon ne l'avait jamais touchée. Mais était-ce l'unique raison de son agitation ?
- Oi, Inoue, ça va ?
- Hum ?
Elle ne s'était pas rendue compte qu'elle s'était brusquement arrêtée de marcher. Son camarade de classe posa sur elle un œil inquiet. Elle paraissait chancelante sur ses jambes. Peut-être les soins prodigués à Rukia l'avaient-ils fatiguée ?
Elle leva sur lui des yeux enfiévrés par son désir mais il s'était mépris sur les raisons de son trouble. Aussi se méprit-il sur la solution à y apporter.
- On n'est plus très loin, mais monte sur mon dos, si tu te sens pas de marcher.
La proposition était des plus innocentes mais la jeune fille frôla la syncope. Statue vivante, elle n'eut aucune réaction, mis à part encore, celle de se mordre la lèvre inférieure.
Il fut troublé par ce qu'il voyait, ne sachant comment l'interpréter. Il y eut un moment de flottement où il n'arriva pas à détacher ses yeux de sa bouche, petite baie rose et offerte. Une douce chaleur commença à prendre naissance dans son bas-ventre et à remonter lentement en lui. Il détourna précipitamment les yeux de surprise et de honte.
La jeune fille embarrassée fut la première à se remettre de ses émotions, bafouilla des excuses.
- Hein ? Mais non, enfin, hé hé hé... On... on est tout proche.
Ils se remirent en route sans un mot et après quelques minutes, ils arrivèrent en bas de son immeuble. La jeune fille, encore mortifiée par la bouffée de désir qui avait éclaté en elle, le salua sans s'attarder et grimpa en vitesse les escaliers qui menaient à son appartement. Ichigo resta plusieurs seconde à fixer la porte qui s'était refermée sur elle et puis prit pensivement le chemin de sa maison.
Orihime n'eut pas le temps de se remettre de ses émotions, qu'elle fut surprise d'être accueillie par Tatsuki qui l'attendait en préparant le repas. Elle lui avait fait des courses et un curry qui sentait délicieusement bon était en train de mijoter. Elle n'aurait pu se sentir plus reconnaissante, après cette journée intense. Il lui avait semblé que ces douze dernières heures avaient duré une semaine : le matin, elle était sortie de l'hôpital, puis elle avait déjeuner avec Arisawa-san, il y avait eu l'épisode avec ses pouvoirs, et enfin, Kurosaki-kun qui était venu la chercher et toute cette agitation chez Urahara.
Elles se mirent à table, et la karatéka ne manqua pas de lui tirer les vers du nez concernant son « tête à tête » avec le rouquin. Orihime lui raconta donc dans les détails, mais non pas sans rougir ou bafouiller, toutes les avancées réelles ou espérées de sa relation avec celui qui faisait battre son cœur.
A l'écoute de ce récit, Tatsuki ne peut que se féliciter de les avoir laisser tous les deux et se réjouit de la si bonne humeur de sa délicate amie. Pourtant, il y avait quelque chose qui chiffonnait le garçon manqué, le sentiment que peut-être, la rousse ne lui disait pas tout. Mais Tatsuki respecta que son amie ait aussi son jardin secret, elle était certaine qu'elle lui parlerait si cela devenait trop pesant. Pour l'heure, elle voulait simplement profiter de leur soirée entres filles, être des jeunes filles normales de 17 ans.
... ... ... ...
Le lendemain matin, les deux amies se réveillèrent de bonne heure pour avoir bien le temps de se préparer pour le lycée. Orihime avait refait son pansement, la plaie était en très bonne voie de guérison : il n'y avait plus aucun signe d'infection et il n'y paraîtrait plus rien quand elle aurait le feu vert pour réutiliser ses pouvoirs.
Elle relut ses cours pendant que Tatsuki prenait sa douche puis elles s'attablèrent ensemble pour le petit-déjeuner. Enfin, l'heure de partir au lycée arriva.
La journée n'aurait pu mieux commencer, accompagnée de sa meilleure amie. Ichigo était revenu en un seul morceau. Rukia... se remettrait probablement très vite. Il y avait la menace diffuses des Hollows, mais elle ne voulait pas s'en inquiéter tant qu'ils n'y étaient pas confrontés. Elle ne pensait plus aux mystérieuses révélations que devait lui faire Urahara... il avait été tellement rassurant! Par un si beau matin, elle n'imaginait rien qui puisse gâcher cette journée et son enthousiasme renouvelé.
La nuit qu'elle avait passé, dans la sécurité de son appartement auprès sa meilleure amie et après ces longs moments seul à seul avec Ichigo l'avait reposée comme jamais. Les rêves qu'elle avait faits, bien qu'oubliés au matin, lui avaient été doux. Il restait la persistance assez tenace qu'une présence avait veillée sur son sommeil. Elle sourit. Sora...
En chemin, elles furent rejointes par leurs amis Ryo Kunieda, ainsi que Sado et Kurosaki. Décidément, la journée commençait vraiment très bien !
En passant le portail du lycée, le même cirque autour d'Ichigo : Keigo et ses bruyantes salutations violemment stoppées par un roux à qui on ne la faisait pas. Une Chizuru excitée et entreprenante fut également calmée par une Tatsuki vigilante.
Mais alors que le joyeux petit groupe s'apprêtait à entrer dans leur classe, Daisuke Kinomoto, 1ère B, l'enfant chéri du lycée, assez bon élève, star de l'équipe de baseball osa demander un entretien privé à la princesse des terminales avant le début des cours. Les yeux de Tatsuki s'exorbitèrent. Il avait plus de cran que les autres celui-là. Alors qu'elle s'apprêtait à l'envoyer paître, Orihime la prit de cours et accéda aimablement à la requête du jeune homme. Ils s'éloignèrent tous les deux en direction de la salle d'étude, probablement vide avant 8 heures du matin.
Tous savaient très bien ce que ce genre d'entretien signifiait, la situation ne manqua pas de susciter discussions, ragots et même paris des plus absurdes.
- Pas question que notre princesse perde sa pureté dans les bras de ce bellâtre, pleura Chizuru.
- Faudra pourtant bien que ça arrive... Autant que ce soit avec un beau garçon comme Kinomoto. Répondit Michiru, philosophe.
- Nan, y'a aucune chance qu'elle accepte de sortir avec lui. De combien d'honnêtes hommes Inoue-san a-t-elle déjà repoussé les honnêtes propositions ? Se lamenta Asano.
- Honnête proposition comme la vôtre, Monsieur Asano ? Rétorqua moqueur Mizuiro.
Ledit désigné alla bouder dans un coin.
- De combien de propositions honnêtes elle a besoin ? Y'a au moins la moitié des mecs du lycée qui lui ont demandé de sortir... Soupira Mahana, un brin de jalousie dans la voix.
- Il serait amusant de créer un graphique représentant la totalité des garçons du lycée, mettant en évidence ceux qui se sont déclarés, ceux qui s'apprêtent à le faire, ceux qui n'osent pas et ceux qui ne le veulent pas.
- Ça n'amuserait que toi, Kunieda-san, conclut Ishida en remontant ses lunettes.
Tatsuki était sûr qu'Ichigo avait entendu tout l'échange, mais elle ne l'avait pas vu réagir. Il était pourtant de l'autre côté du couloir, à deux mètres, en train de parler avec Sado.
Le cœur de la brune se serra. Le matin même, elle avait préparé dans sa tête un plan spécial « Hime se déclare à cet abruti », qu'elle avait hâte de lui exposer. Mais l'épisode l'amenait peu à peu à se rendre à l'évidence : la non-réaction du roux concernant la vie amoureuse d'Orihime n'était pas de l'aveuglement, à ce stade, ça ressemblait fortement à de l'indifférence. Tout le monde allait de son commentaire, même Asano, qui bien qu'intéressé par les formes alléchantes d'Orihime, n'avait pas développé de sentiments sérieux pour sa belle camarade.
Bien sûr, Ichigo se préoccupait du bien-être d'Inoue. Il appréciait cette amie douce, gentille et positive et il aurait tout donné pour la protéger de dangers qui la menaçaient ou d'individus mal-attentionnés. Mais n'aurait-il pas fait la même chose pour elle, son amie d'enfance ? N'aurait-il pas fait la même chose pour tous ses amis ? Elle comprenait la réticence d'Orihime à se confesser dans de pareilles conditions, si elle avait été à sa place, elle n'aurait pas non plus été pressée de se faire éconduire...
Pour la soutenir au mieux, Tatsuki devait clairement changer de tactique. Au lieu d'inciter sa délicate amie à avouer ses sentiments à ce crétin qui ne savait certainement pas ce qu'il perdait, elle devait plutôt l'encourager à vivre sa vie parallèlement à lui, se trouver d'autres occupations passionnantes, se faire de nouveaux amis, et pourquoi pas, tomber amoureuse d'un homme, un vrai, qui saurait la rendre heureuse et faire d'elle sa priorité. Combien elle le méritait !
Daisuke Kinomoto repassa devant eux, la mine déconfite. Ses amis l'attendaient devant sa salle de classe avec des « Alors ? » impatients. La réponse se lisait sur son visage. On l'entendit pourtant distinctement expliquer en des termes amers et des plus surprenants :
- Inoue-senpai... a l'air gentil mais elle est incapable d'aimer qui que ce soit.
Ichigo se crispa. Sado avait bien fait le lien entre la réaction de son ami et ce que tous avaient entendu, mais ne fit évidemment aucun commentaire. La première sonnerie retentit, signalant aux élèves de rejoindre leur place dans la salle de classe. Orihime arriva à son tour et s'installa en silence à son bureau, près de la fenêtre.
A la pause déjeuner, les garçons avaient été squatter le toit, mais Ichigo alerté par son badge avait abandonné la classe quelques minutes avant la fin du dernier cours pour s'occuper d'un Hollow.
Les filles elles, s'étaient comme d'habitude installées sous leur arbre préféré, dans la cour.
La journée se déroulait semblable à des dizaines d'autres. Cependant, Orihime n'arrivait pas à se réjouir de ces moments passés ensemble, même si elle se rendait bien compte que ces moments-là étaient précieux et ne se reproduiraient plus. C'était les derniers jours de beau temps, avant les pluies de l'automne et les jours glacés de l'hiver. Et surtout, c'était les dernières pauses déjeuners ensemble.
Pourquoi l'insouciance qui l'avait bercée jusqu'à il y a peu, les petits bonheurs simples du quotidiens devaient-ils être dépréciés par un contrôle surprise ou le daikon de son déjeuner qui avait tourné, ou par la déclaration embarrassante de Kinomaru (ou peu importait son nom d'ailleurs). Par son départ précipité ... Pourquoi fallait-il qu'il s'éloigne d'elle ? Elle mangea en silence sans apprécier sa nourriture et ne commentant que rarement la discussion de ses amies.
De l'autre côté de la ville, Ichigo terminait de purifier un Hollow coriace. Trois rien que ce matin, tous au moins de niveau Menos. Heureusement, ceux-là disparaissait purifié quand il les tranchait.
Il ne pouvait pas nier que ces combats étaient franchement bien tombés. Ce qu'il avait entendu ce matin l'avait franchement énervé et il avait du faire un effort surhumain pour rester à son bureau et écouter le cours d'Ochi-sensei. Qui était ce type, ce sale rat pour oser interpeller Inoue comme il l'avait fait ? Mais il n'aurait su dire pourquoi la constatation dudit rat l'avait autant mis en rage. Juste parce qu'il ne la connaissait pas ? Ou parce que t'as peur qu'il ait raison ? Il trancha avec plus de rage. La vie de son amie ne le regardait pas, après tout. Mais pourquoi alors ça lui tenait tant à cœur ? Parce qu'il avait promis de la protéger ? Ou parce que t'as envie de la serrer ?
De surprise, il lâcha son zanpakuto et le monstre en profita pour l'envoyer s'éclater contre la façade d'un immeuble, il essaya de se reconcentrer sur le combat. Pour reprendre ses esprits et récupérer son arme, il feinta l'ennemi, qui heureusement, tout biscornu qu'il était, avait du mal à se mouvoir rapidement. Il glissa entre ses jambes, saisi son sabre, et dans un volte-face, déchira l'aberration qui disparut en hurlant. L'exercice l'avait laissé pantois. Ou bien était-ce cette voix, sa voix ? Sa voix mais qui n'était pas la sienne... C'était à devenir fou.
Cette nuit déjà, il avait eu du mal à dormir, assailli par le souvenirs des regards voilés qu'elle avait posés sur lui. Il s'était battu contre le sommeil pour en découvrir le sens, mais dès qu'il commençait à lui apparaître, la fatigue reprenait le dessus et sa conscience sombrait, les éléments de la réponse avec elle. Deux ou trois fois, il s'était réveillé en sursaut. Ne pas oublier, ne pas oublier. Et puis, il avait fini par tomber de fatigue et à s'endormir pour de bon. Mais là encore, même les rêves ne le laissaient pas tranquille. Encore, toujours, ce regard.
Mais dans ses rêves, ce regard l'embrasait et il le laissait faire.
Quand enfin il eut fini sa besogne et revint au lycée, la pause déjeuner n'était pas encore terminée. Il rejoignit les gars sur le toit et en profita pour avaler rapidement un sandwich.
La déclaration tonitruante de Kinomachin s'était répandue comme un incendie, et tout le monde ne parlait que de ça. Les propos exacts de la douce Inoue étaient à présent connus et analysés par tous : elle avait assuré à Daisuke qu'elle était déjà amoureuse mais qu'elle n'arriverait jamais à atteindre celui qu'elle aimait. Cependant, incapable d'en aimer un autre, elle ne pouvait répondre aux sentiments de son kohai. La rumeur qui courait était donc que leur belle et inaccessible camarade était probablement éprise d'un professeur, ou au moins d'un senpai.
Kinomoto, qui semblait parfaitement se remettre de ce prévisible râteau, en tirait même beaucoup de gloire : loin de se sentir diminuer, il distribuait des conseils à ses camarades et même à quelques senpai, car après tout, les garçons qui s'étaient confessés à la princesse n'avait pas tous eu l'honneur d'un entretien en privé. Il avait donc obtenu le titre de « spécialiste d'Inoue » et son avis semblait avoir beaucoup de valeur parmi les garçons qui, loin d'avoir été dégoûtés par sa mésaventure, avaient vu leur désir d'être l'amoureux secret de la belle exacerbé. Quant aux filles, l'idée de remplacer la magnifique Orihime Inoue dans les pensées du garçon n'étaient pas pour leur déplaire, et elles se découvraient l'âme d'une infirmière et le souhait d'être celle qui panserait le cœur blessé de ce pauvre Daisuke.
Bref, si c'était devenu l'événement de l'année avant même l'intercours de l'après-midi, l'incident avait pris des proportions carrément grotesques lors de la dernière heure.
Tatsuki avait essayé de calmer le jeu, mais devant la foule d'adolescents aux hormones en délire, avait jeté l'éponge. En tout cas, elle n'avait pas réussi à comprendre pourquoi son amie s'était montrée si ouverte sur ses sentiments envers un garçon qu'elle connaissait à peine et comme elles n'avaient pas été seules deux minutes, cela avait été compliqué d'en parler avec elle. Orihime ne semblait pas avoir conscience de tout ce qui se jouait autour d'elle. Ou alors, elle n'en avait cure, mais c'était difficile à dire.
En fait, les pensées de la jeune fille était loin, à des années lumières de ce qui s'était passé ce matin. Pour elle, cette conversation n'avait été qu'un détail qui appartenait au passé. Au fil de la journée et des heures qui passaient, elle avait pensé à ce que lui apprendrait ce soir l'homme au bob. Elle avait réussi à dompter l'inquiétude ce matin, alors que le soleil se levait, plein de promesse, signe d'un renouveau bienvenu, l'heure de ces révélations encore lointaine. Mais elle ne pouvait plus faire l'impasse sur ce qu'elle redoutait et qui avait petit à petit rongé son esprit.
Déjà ce matin à bien y penser, face à Kinoshita, elle s'était sentie bizarre, comme prisonnière d'entraves invisibles qui l'avaient empêchée d'être et de ressentir pleinement. Ainsi, et paradoxalement, elle avait dit des choses sans retenue car elle n'avait que faiblement ressenti les limites des ses propres émotions. Cela avait été déconcertant. Et puis, encore, il était parti. Pas loin, mais toujours ailleurs, loin d'elle. Et plus les heures passaient, plus elles la rapprochaient du rendez-vous chez d'Urahara et l'éloignaient de la sérénité.
Enfin, la cloche notifiant la fin des cours retentit, suivie d'un sonore soupir collectif. Tous rangeaient leurs affaires, et chahutaient en sortant de la salle.
Comme d'habitude, le petit groupe fit la route ensemble et au fur et à mesure des rues et des intersections, se séparèrent pour rentrer chacun chez soi.
Orihime passa d'abord par chez elle pour poser ses affaires de cours, manger un morceau, même si l'angoisse lui coupait quelque peu l'appétit. Puis, elle se mit en route vers la boutique.
Ichigo avait été des plus taciturnes depuis son retour en début d'après-midi. Sado ne l'avait pas questionné, mais il se doutait que ce qui contrariait son meilleur ami, ce n'était pas juste un combat contre quelques Hollows. Ce qui inquiétait le géant, ce n'était pas tant son silence mais davantage le conflit intérieur qui se lisait dans ses yeux. Plusieurs fois, il avait surpris des veinures rouge sang dans ses iris brunes. Au moins trois fois, rien qu'aujourd'hui.
Alors qu'ils marchaient silencieusement, le badge de supplément se mit à brailler. Ce devait être un sacré Hollow pour faire un tel barouf. Ichigo se tourna vers Sado qui acquiesça silencieusement : il le rejoindrait dès qu'il aura mis son corps en sécurité.
Mais parler de « sacré Hollow » n'aurait été qu'un euphémisme. Une brèche directement ouverte du Hueco Mundo était ouverte au dessus du gymnase de la ville et vomissait des vagues de créatures plus monstrueuses les unes que les autres. Ichigo se jetta directement dans la bataille, bientôt rejoint par ses amis, Sado et Ishida qui avait senti la présence de ces nombreux ennemis.
Orihime avait la boutique en vue quand elle ressentit toutes ses vibrations négatives émises par les Hollows ainsi que le reiatsu erratique d'Ichigo. Elle ne réfléchit pas une seconde et se précipita en directement en direction de la source de ces troubles et tant pis pour les révélations d'Urahara.
Quand elle arriva sur place, ses trois amis étaient déjà à bout de souffle, mais aucun ne semblait blessé. Mais le plus choquant n'était pas de voir ses amis se battre courageusement au mépris de leur vie. C'était les Hollows qui arrivaient toujours plus nombreux depuis la brèche, les plus terrifiantes créatures qu'il lui avait été donné de voir. Des monstres à quatre jambe, sans corps mais surmonté d'une tête difforme, deux troncs collés bout à bout qui se déplaçaient en rampant, des membres, des cornes, des queues accolés à des dos, sur des têtes, sous des bras... Visions d'horreurs de Jérôme Bosch.
Sans pouvoirs, elle était à la merci de ces aberrations de la nature, qui en voudraient sûrement à son âme.
- Inoue ! Hurla Kurosaki pour la prévenir d'un danger.
La jeune fille se retourna et leva son bouclier de défense par réflexe. Le monstre fonça droit sur elle, elle ferma les yeux, certaine qu'elle prenait sa dernière inspiration. Elle entendit le monstre se fracasser contre le bouclier et à sa plus grande surprise, elle respirait encore l'instant d'après. Elle ouvrit un œil. Le monstre semblait s'être désagrégé. Un Getsuga Tensho l'avait probablement sauvée in extremis. Kurosaki se matérialisa auprès d'elle.
- Tu vas bien ? Comment t'as fait ça ? Dit il dos à elle, en continuant à parer les attaques.
- Fait... Quoi ? Demanda-t-elle incertaine.
Dans son angle mort, elle vit le mouvement ophidien d'une queue, pourvue de larges épines. Elle leva le bouclier. Ichigo n'eut que le temps de se retourner pour voir la créature être pulvérisée au contact de la protection érigée par la jeune fille.
- Ça, Inoue. Répondit-il.
Pour le coup, elle était surprise. Aux dernières nouvelles, son bouclier n'était pas plus solide que la croûte d'une crème brûlée mais n'avait jamais été capable de tuer quoi que ce soit, même au sommet de sa forme. Comment était-il devenu aussi puissant ? Était-ce que Urahara avait voulu lui dire par « certaines adaptations, mais rien qui ne perturberait son quotidien » ? Voilà qui lui semblaient être des perspectives tout à fait réjouissantes.
Mais il ne fallait pas relâcher sa vigilance, ils étaient toujours en plein combat, au beau milieu de Karakura. Sado devait veiller à ne pas endommager les bâtiments avec ses poings destructeurs et Ishida, à ne pas se faire voir flottant dans le ciel effectuant des mouvements d'archer avec un arc et des flèches que des yeux humains n'auraient pu voir. Le reiatsu toujours crépitant d'Ichigo n'était pas à ignorer mais pour l'instant, il semblait en garder la maîtrise, concentré qu'il était entre parer et attaquer. Alors que le combat commençait à durer, ils furent rejoints par quelques alliées, Hirako, Hisagi le lieutenant de la Neuvième Division, ainsi que par quelques uns de leurs subordonnés et tout à coup, la tension diminua. La victoire leur semblait acquise.
- C'est maintenant que vous vous pointez, alors qu'on a fait tout le boulot ?
- Tu t'es occupé du menu fretin petit, laisse les professionnels gérer les vrais gros méchants.
- Shinji, sois pas étonné qu'un de mes Getsuga Tensho se perde et pulvérise ta grande gueule.
Ils avaient clairement l'avantage, peu à peu, le nombre de Hollows diminua et la brèche se referma. Ils vinrent facilement à bout des quelques monstres survivants et puis commença ensuite le travail de quelques membres de la Treizième Division appelés pour réparer les inévitables dégâts.
- Sérieusement, on n'avait pas besoin de vous. Renchérit Ichigo qui prenait son souffle, allongé par terre.
- Oi Kurosaki, nous sommes des Shinigamis, on n'a pas besoin de ta permission pour venir casser du Hollow.
- On a senti une énergie inconnue, on craignait que vous ne perdiez le contrôle mais de toute évidence, ça ne venait pas de vous, Kurosaki. Expliqua Hisagi.
Il regarda discrètement en direction d'Orihime, mais ne fit pas plus de commentaire. La jeune fille avait capté ce regard sur elle et se sentit... A vrai dire, mal à l'aise n'était pas le mot. Le regard de cet homme, qu'elle avait déjà soigné dans les quartiers de la Yonbantai après la guerre contre Aizen était doux et bienveillant, même si son visage disait « souffrance, culpabilité ». Frustration aussi, mais Orihime était bien trop ingénue pour le comprendre. Non pas mal à l'aise mais elle aurait préféré être invisible en cet instant. C'était sans compter sur Shinji Hirako pied dans le plat-kun.
- Si douce Orihime... Aïe aïe aïe, tu vois comme je suis blessé à mort, j'ai besoin de ton bouclier si moelleux et si chaud et...
- Temae, n'en profite pas ! Et puis c'est quoi ces conneries, c'est une égratignure ton truc! s'emporta le suppléant.
- On retourne au QG pour le debriefing, vous venez ? Proposa le lieutenant, beaucoup plus diplomate que l'exubérant capitaine de la Cinquième et pour couper court à la dispute.
- Navré, je passe mon tour. Mes sœurs et mon père m'attendent, il est déjà tard. Souffla Ichigo, avec humeur.
Comprenant que leur présence n'était pas des plus requises, Ishida et Sado refusèrent également l'offre et rentrèrent. Orihime, qui ne tenait pas tellement à assister à une réunion de ce genre sans ses amis et où du reste, elle sentait qu'elle n'avait rien à faire, déclina à son tour.
- Cependant chère Orihime, on ne peut pas te laisser rentrer seule, les rues sont dangereuses pour une jeune fille, tu pourrais faire tout un tas de mauvaises rencontres. Hisagi-fukutaicho, tu raccompagnes la jeune fille ?
Malaise certain dans les rangs. Shinji prenait-il des cours avec Urahara ? Orihime commença à protester, mais ce fût Ichigo qui fit le plus de bruit.
- Nan mais vous avez votre débrief, on va pas vous retenir hein... tenta-t-il.
Le sinueux Vizard coupa court instantanément.
- Oui mais toi, tu es attendu alors que je suis sûr que Shuuei sera ravi de rendre service !
- Hirako-taicho, je vous remercierais de ne pas parler à ma place.
Le silencieux lieutenant s'inclina devant Orihime, comme on le faisait certainement du temps où il était vivant et lui proposa son bras pour l'accompagner. Ichigo frôla l'implosion. La jeune fille pensa qu'il aurait été impoli de refuser une proposition si gentille et ne voulut pas éconduire cet homme si chevaleresque. Et puis elle était finalement moins embarrassée d'être raccompagnée par le taciturne lieutenant de la Kyuubantai que par Ichigo. Au moins, elle ne risquait pas de conversation gênante. Elle posa donc la main sur le bras que lui offrait le ténébreux officier, et ils se mirent en route.
Ichigo les regardait s'éloigner quand Shinji enfonça le clou.
- Ah, j'ai fait un heureux... J'suis sûr qu'il la kiffe. En même temps, faudrait être sacrément difficile, rajouta le blond en se curant l'oreille.
... ... ... ...
Kurosaki rentra chez lui, où sa famille l'attendait pour le dîner, mais c'est à peine s'il entendit les élucubrations de son père. Très vite, il monta dans sa chambre.
Les nouveaux pouvoirs de son amie semblait l'avoir surprise autant qu'il l'avait été. Mais à bien y réfléchir, ce n'était pas inédit, Sado avait lui aussi vu ses pouvoirs évoluer, après tout. En tout cas, ces nouvelles facultés le rassuraient beaucoup pour son amie, car tout ennemi semblait réduit en cendre en cognant contre son bouclier. De l'offensif passif, ça allait plutôt bien à Inoue.
Mais ce qui le tourmentaient plus que le level-up de ses pouvoirs étaient les paroles du Vizard. Des questions plus étranges les unes que les autres remontaient à sa conscience. Comment cet imbécile de Shinji pouvait être sûr de savoir si une personne plaisait à une autre ? C'était quoi, ces signes qui semblaient si évidents pour tout le monde ? Pourquoi à chaque fois qu'il se faisait ce genre de réflexion, une certaine camarade de classe était impliquée ? Et puis, il semblait que parmi humains et Shinigamis, il y eût un consensus pour reconnaître qu'Orihime Inoue était belle. Pire que ça, elle était désirable. Son esprit se figea. Il s'interdit de penser davantage. Il découvrit que ce fait l'énervait. Il lui semblait malhonnête de qualifier Inoue d'amie et de penser à autre chose qu'aux qualités qui faisaient d'elle cette belle personne qu'il aimait côtoyer. Cela était même malsain de se mettre à imaginer... Ses courbes vertigineuses sous son uniforme... Ou sa petite bouche charnue qui appelait à... Il secoua la tête. C'était déloyal de voir Inoue autrement que comme il l'avait toujours fait. Il devait penser à elle comme il pensait à Rukia. Comme il pensait à ses sœurs. Oui, Inoue était comme une sœur, pas moyen qu'il se laisse aller à penser à des trucs pervers. De toute façon, s'il devait y avoir une liste de ses prétendants, il n'arriverait que tout en bas de la dernière page, à en croire ce qu'il avait entendu aujourd'hui... Arf, ça recommençait ! Pas moyen, pas moyen, pas moyen ! La nuit promettait d'être très agitée.
... ... ... ...
Le lendemain matin, au lycée, il remarqua que tous se tenaient à distance. Enfin, encore plus à distance de lui que d'habitude. Michiru Ogawa sursauta carrément quand elle le vit et LE signe qui ne lui permit plus aucun doute sur la mine qu'il devait afficher fut Keigo Asano, qui freina de lui même son enthousiasme à le saluer. Sado ne fit pas de commentaire, mais Ishida ne se priva de lui faire remarquer que la nuit était faite pour dormir. Il l'aurait volontiers cogné. Et puis, elles étaient arrivées, toutes les deux, comme d'habitude et elle avait salué la classe par un vigoureux « Ohayo ».
La journée se déroula normalement, aussi normalement que s'il n'avait pas été investi de pouvoirs de Shinigami remplaçant puisque étrangement alors qu'on attendait des combats, le badge resta muet toute la journée.
A la fin de la journée, un type de l'autre classe de terminale attendait devant leur salle. Shotaro peut-être ? Ichigo ne se souvenait pas de son nom mais pour s'être déjà battu avec lui, savait que c'était un vaurien fauteur de troubles. Il avait deux ans de plus qu'eux, parce qu'il n'avait pas été fichu de valider ses semestres en même temps que sa promo. Le skinhead intercepta assez cavalièrement Inoue, persuadé qu'il avait de par son âge une bonne chance d'être celui dont rêvait la belle.
- Hey, Orihime ! Ça te dirait qu'on rentre ensemble, askip on habite pas loin, ça serait sympa ?
C'était qui, ce clown qui se permettait d'être aussi familier avec Inoue ?! Orihime, hein ? Abruti...
S'il devait tirer leçon de ce qui c'était passé hier, c'était qu'il fallait agir vite.
- Ca va aller, mon grand, Orihime a déjà une escorte.
Grillé. Par Tatsuki.
- Oh mais si ça vous fait plaisir, je vous prends toutes les deux... Sous ma protection.
Le chien. Son reiatsu explosa. Il s'était approché si promptement que personne ne l'avait vu bouger et avait violemment soulevé le débris humain par le col de son uniforme. Il allait le fracasser, le faire disparaître de la surface de la terre. Son sang brûlait ses veines comme de l'acide, et l'odeur de la peur chez ce moins que rien l'excita comme un animal sauvage devant une proie ensanglantée.
- T'as pas capté et t'as besoin que j't'explique ? Sa voix sonna étrangement rauque. C'était sa voix.
Les pieds du type battait l'air et son visage prenait une inquiétante couleur violacée.
Sado intervint pour lui demander doucement de se calmer et de le libérer. Mais même s'il l'avait entendue, la voix de son ami lui semblait lointaine et il fut incapable d'obéir. Il n'était que colère, violence, instinct. La voix qui le contrôlait à ce moment-là lui disait de pulvériser cette sous-merde. Tatsuki tenta aussi de lui faire lâcher sa prise en lui saisissant le bras mais il se dégagea avec une telle brutalité que la karatéka s'en épouvanta.
Il entendit également Ishida lui dire qu'il effrayait ses camarades, qu'il devait sortir et se calmer. La voix du binoclard était étrangement inquiète. Il y avait aussi des cris indistincts de filles hystériques, ceux des mecs qui commençaient à prendre les paris. Tout n'était que chaos, en dehors et au dedans de lui.
Et puis, il sentit une main dans son dos. Il savait que c'était sa main. Une voix douce dénuée de peur mais dans laquelle il entendit des sanglots. Elle lui murmurait des mots qu'il ne comprenait plus, mais qui l'apaisèrent. Il libéra sa prise sur le déchet humain, sans toutefois le lâcher complètement. Il sentit qu'elle avait entouré ses bras fins autour de sa taille et la chaleur bienfaisante de sa poitrine collée à son dos termina de le calmer. Il lâcha Shotaro qui s'enfuit sans demander son reste, non sans l'avoir traité de cinglé.
Elle se détacha de lui, et Sado prit le relais, pour l'accompagner dehors et le laisser reprendre ses esprits.
La belle les regarda partir, des larmes plein les yeux, son petit poing serré contre son cœur. S'était-il rendu compte d'à quel point il avait perdu le contrôle ? Quelle avait été la cause profonde de ce dérapage ? Comment expliquer à leurs camarades que les yeux du roux aient changé de couleur, que sa voix ait pris ces accents si inquiétants ? Mais surtout, pourrait-il s'en remettre ? Garderait-il le contrôle pour continuer sa vie normalement ? Elle espérait aussi qu'il n'aurait pas de problème avec la vie scolaire, et qu'il pourrait échapper aux sanctions disciplinaires. Toutes ces questions inquiétaient beaucoup Inoue, mais voyant que Sado avait les choses en main, elle devait pour l'heure aller travailler puis se rendre à un rendez-vous qu'elle n'avait que trop différer.
Sur le toit, Ichigo respira à plein poumon une goulée d'air frais, accompagné par un Sado silencieux, soucieux. Il prit conscience de la frayeur qu'il avait probablement causée à ses amis.
Les yeux du suppléant contenait encore ces veinures rougeâtres caractéristiques mais sa voix avait repris son timbre habituel.
- Rah bordel, qu'est-ce qui m'arrive ? Je comprends pas comment cet enfoiré a réussi à me monter en l'air comme ça !
- Est-ce que ça a quelque chose à voir avec Inoue ?
Ichigo regarda Sado comme s'il lui était soudainement apparu un troisième œil en plein milieu du front.
- C'est notre amie, Chad, ça me soûle qu'on lui manque de respect comme ça ! Tenta de justifier le roux.
- Arisawa gérait le problème. Répondit calmement le mexicain.
- Aaarf mais tu vas pas t'y mettre ! Je pouvais pas rester les bras croisés quand même ! S'emporta le suppléant.
- La situation n'est pourtant pas nouvelle. Constata Sado.
- Quoi ? Inoue harcelée par des obsédés ? Rétorqua ironiquement Ichigo.
Le géant s'empourpra mais ne répondit rien. Ichigo fulminait toujours mais son niveau de rage avait rejoint un seuil acceptable. Il n'avait pas interprété la légère coloration sur les joues de son discret ami.
Sa rage maîtrisée, Ichigo prit la décision de servir d'escorte à Inoue quand Tatsuki ne le pourrait pas. Il en allait de sa santé mentale, après tout. Il avait juré de la protéger, et il se rendait compte que ça ne devait pas forcément être que des Hollows. Cette résolution prise, il lui sembla être soulagé d'un poids et ayant retrouvé sa sérénité, il rentra chez lui.
... ... ...
Le soir même après son service à la boulangerie, Inoue se présenta à la boutique d'Urahara. Elle fut accueillie aimablement par Tessai qui l'installa dans le petit salon de l'arrière-boutique et elle fut rejointe après quelques minutes par Urahara.
Il lui proposa à boire, mais elle savait qu'elle ne pourrait rien avaler.
- Inoue-san... Hirako-san et Hisagi-san m'ont parlé de... Vos capacités. Vous aviez dit les avoir perdues pourtant ?
- Et bien, je le croyais. Quand j'ai essayé de guérir une blessure que je me suis faite, ça n'a pas fonctionné. Et mon bouclier de protection était fragile comme du cristal.
- C'est intéressant. Et votre pouvoir offensif ?
- Tsubaki... N'est pas facile. Je n'ai pas osé faire appel à lui.
- Je vois. Pourtant j'ai le plaisir de vous dire que votre bouclier de soins est parfaitement opérationnel. Kuchiki-san s'est réveillée en parfaite possession de tous ses souvenirs.
- Vraiment ? Mais... N'est-ce pas votre machine qui l'a soignée ? Mon bouclier de soin n'a été actif que quelques secondes...
- Le pulsateur n'a pas le pouvoir de soigner, ou de remettre les choses en état. Son utilité est... Différente.
- Pourquoi donc l'aviez-vous mis en marche dans ce cas ?
- C'est principalement l'objet de votre visite ici, ma chère. J'imagine que si ce n'était pas une égratignure si vous aviez eu le besoin de vous soigner.
- C'était une plaie... Elle s'est infectée, très vite... Toute seule.
- Hum... d'autres symptômes ?
La princesse s'était arrêtée de parler. En quoi cela était important ? Pourquoi un homme aussi intelligent qu'Urahara Kisuke semblait s'inquiéter autant pour ses pouvoirs ? Est-ce que cela pouvait avoir un lien de près ou de loin avec Aizen ? En tout cas, cela devait être sérieux pour qu'il lui accorde ainsi de son temps. Elle lui raconta donc par le menu toutes les sensations qu'elle avait expérimentées ces derniers jours, sans tri, sans filtre, ne sachant pas quelle était l'information essentielle dont il pourrait avoir besoin. La perte d'appétit, le goût de cendres dans sa bouche, ce froid glacial, la perte de mémoire, de connaissance, des rêves étranges... Puis elle conclut :
- Et puis j'ai parfois l'impression de... une présence vide, des pensées qui ne sont pas les miennes... Je vous demande pardon... Ce que je dis n'a aucun sens...
- Des pensées qui ne sont pas les vôtres... Je crois au contraire que tout s'éclaire. Ce que je m'apprête à vous dire n'est pas facile, mais je voudrais que vous essayez de... ne pas paniquer.
Le fait qu'il lui demande de ne pas paniquer n'avait au contraire rien de rassurant. Pourtant, elle hocha doucement la tête en signe d'assentiment. Elle voulait savoir. Elle devait savoir.
- Le « mouvement » indéterminé, comment vous avez su qu'il venait du Hueco Mundo ? Commença-t-il doucement.
- Je... je ne sais pas.
- Je crois que si. Insista-t-il, sans la brusquer.
- Parce que... Je... Ne voulais pas y retourner.
La réponse était déconcertante, mais plus ou moins celle attendue par Urahara. Les larmes de la jeune fille s'étaient mises à couler. Comme s'en était douté le scientifique. Elle commençait à comprendre.
- Ce « mouvement » est vide. Il est donc probablement froid. Il est indescriptible, néant. Mais il a une volonté propre. Cette volonté, il l'a accomplie. En vous retrouvant. Votre reiatsu … C'était encore très léger avant hier, à peine perceptible. Mais le pulsateur me l'a confirmé, je l'ai réglé pour qu'il repère le « Mouvement » et annihile ses effets. Je pense qu'il a altéré vos pouvoirs, ce qui explique que votre bouclier ait changé de couleur. Mais une chose est sûre... Le « Mouvement » est en vous, logé au plus profond de votre âme.
- Mais... Pourquoi moi ? Que veut-il ?
- Vous avez passé plus de temps que n'importe qui au palais de Las Noches. Vous devez avoir une meilleure idée de ce que cela pourrait être ? De son dessein ?
Elle secoua la tête. Elle refusait d'assimiler ce qu'il était en train de lui expliquer. Elle aurait voulu nier cette réalité. D'ailleurs, ne le pouvait-elle pas ?
- Ce n'est pas possible... Non. Je vais... Sôten Kesshun !
Prestement il lui attrapa le bras et arrêta son geste, un air triste et compatissant sur le visage.
- Vous ne pouvez pas nier une partie de vous-même.
- Il ne fait pas parti de moi ! Il... ne fait pas … partie de moi. Hoqueta-t-elle.
- Qui est IL, Inoue-san ?
D'une voix éteinte, elle murmura dans un sanglot :
- Ulquiorra.
