3 Septembre.
Nous aurions eu 22 ans ensemble.
Elle avait souhaité être la pluie, pour réussir à unir deux univers éternellement distants. Pour lui, elle avait été l'Océan, cette étendue éternelle et généreuse. Quand il avait été irrésistiblement happé par l'envie de l'entreprendre, il s'était perdu entre la rive et ses profondeurs, entre ce qu'il savait et croyait savoir.
Il pensait qu'il était comparable à la Lune, changeant, multiple, à cause de Zangetsu, du Hollow, du Quincy. Pour elle, il avait été le Soleil, le Dieu de son ciel, autour duquel elle avait gravité mais qu'elle n'avait jamais approché, par crainte de se consumer. De ne pas être à sa hauteur aussi.
Elle se sent multiple. Elle a vécu plusieurs vies en une seule. Elle avait goûté toutes les saveurs de beignets de chez Mister Donut, et s'était goinfrée de toutes sortes d'aliments, parfois même dans des mélanges plus que hasardeux. Elle est orpheline, sœur, guérisseuse et Shinigami. Mais la constante de toutes ces vies est qu'elle était toujours amoureuse de la même personne.
Il a enfin fait la paix avec tout ceux qu'il a été. Le temps l'a réunifié. Le monstre schizophrène s'était tu depuis que toutes les facettes de son être, l'homme, le Shinigami, le Hollow, le Quincy, avaient compris, pas toutes en même temps hélas ! combien toutes pourtant, elles l'aimaient. Oui, le temps et l'amour l'ont réunifié. Et cet amour, même s'il évoque rarement par pudeur, a durablement chassé les orages de son monde intérieur.
Il y a les missions, parfois. Les corvées, la plupart du temps. Les railleries, toujours. Où qu'elle soit, où qu'elle aille, quoiqu'elle dise ou fasse. Comme le Néant l'habite, il lui serait facile de disparaître. Cette impression de ne plus appartenir à aucun monde, cette vanité, l'épuise. Incapable de rester mais réticente à partir. Le squelette qui la maintient debout est ce passé qui l'a forgée par les blessures, dans les larmes et le sang. Mais aussi par les météores de bonheur qui l'ont traversé : D'avoir eu ce frère meilleur qu'un père. De l'avoir eue comme amie et comme sœur. D'avoir marché près de lui sur un petit bout de chemin. D'avoir nié le Néant pendant cet instant infinitésimal où avec lui, elle avait touché l'éternité.
Vivre n'a pas de sens. Combattre n'a pas de sens. Je veux gagner ! Je veux aimer ! Je veux te retrouver.
Il ne ressentait jamais autant sa présence que deux nuits dans l'année. Le 17 Juillet et le 22 Décembre. Il avait mis deux années à comprendre que cela n'était pas un hasard. Il avait toujours été très long à comprendre ce qu'elle disait par ses silences, par ses regards et par ses gestes. Dans ses sourires et dans ses larmes. Tous les jours, il lui parle, mais ces deux nuits-là, alors qu'il la sent si proche, il lui adresse ses plus ferventes prières, les plus sensuelles supplications aussi, persuadé qu'elle l'entend.
Reviens. Reviens-moi. Laisse-moi te faire l'amour. Laisse-moi te protéger. Essayons de... Laisse-moi essayer...
Sa petite sœur l'appelle pour le dîner, son vieux fait une remarque sur la cuisson du riz.
Dans la banalité de son quotidien, dans la douceur du soir, et de l'objet de ses pensées, son visage est apaisé. Ils se reverront ce soir ou dans mille ans. Ils se reverront et il s'enivrera d'elle jusqu'à en oublier son nom. Il lui dira ce qu'il ne lui a jamais dit.
Orihime.
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The lack of that, the loss of you
