To everything we left behind

… … … … … … … … … … … … … … …

Un samedi après-midi de « révision » entre amies. 16H25 au domicile de la famille Arisawa.

- C'est super Tatsuki-chan ! La semaine prochaine à la même heure, on pourra fêter le début de ta carrière de sportive professionnelle ! Tu voudrais aller étudier où ? A Tokyo ?

- Pffff on a trop de devoirs ! Ochi-sensei me soûle...

- Nan... Mon agent pense qu'il faut que je vise une fac sport/étude reconnue, mais le palmarès de Tokyo en vale todo est pas terrible ... Il y a Sapporo, sinon.

- C'est trop loin... Et puis ça caille là-bas !

- Hey, vous avez prévu des trucs pour Noël ?

- Il est top ton bracelet, Orihime, tu l'as eu où ? C'est Kurosaki qui te l'a offert ?

- Pas moyen, ils sortent même pas ensemble !

- L'étude des fonctions ne vous intéressent déjà plus ?

- Raaah, qu'est-ce que t'es rabat-joie Ryo... Moi, je préfère quand ça parle d'amour !

- Quel amour ? Il fait toujours autant flipper, t'as vu sa tête de chien de garde avec Orihime ?

- Non, c'est... Un cadeau... d'un ami...

- Oh ! Vas-y raconte ! ça nous intéresse !

- Princesse, les hommes sont une engeance dont il faut se méfier !

- C'est de toi dont il faut se méfier, Chizuru !

- On pourrait dans ce cas passer au commentaire composé ?

- Tu me le prêtes ? J'aimerais bien voir comment il rend sur moi.

La princesse retira assez brusquement sa main de celle de Michiru, ce qui fit souffler un blizzard sur la joyeuse assemblée.

- Je suis désolée, Michiru-chan ! Je ne dois pas... J'ai promis de ne pas l'enlever. Murmura la rouquine.

- Ouais, tu sais, c'est le genre de bracelet sur lesquels tu fais un vœu, et tu ne dois pas l'enlever jusqu'à ce qu'il se réalise, vint à sa rescousse sa meilleure amie.

- Ah... Comme tu voudras... Enfin, tu me diras où on peut en trouver ! Fit Michiru, compréhensive mais un peu déçue.

- Je... je me renseignerai... proposa Orihime, très gênée.

Elles reprirent quelque temps leur révision, mais en ce jour de Décembre, la nuit tombait vite et le cœur n'y était plus, alors les filles, Mahana, Michiru, Ryo et Chizuru rentrèrent chez elles les unes après les autres. Le bilan était plutôt mitigé : toutes à leur joie de retrouver Orihime pour la première fois depuis trois semaines, dans un autre cadre que celui du lycée, elles avaient bien plus papoté que véritablement travaillé. Cependant, la guérisseuse avait été heureuse d'avoir partagé ces moments avec ses amies, libres de parler de tout et de rien, sans avoir été interrompues par la fin de l'intercours, les sonneries qui rythmaient leur emploi du temps, et leurs activités extrascolaires respectives. Elle avait craint que Tatsuki ne la questionne un peu plus loin à propos du bracelet, mais la karatéka n'y pensait même pas : c'était le droit d'Orihime de ne pas vouloir prêter ses affaires par contre, quand elles se retrouvèrent seules, la brune ne s'embarrassa pas de préambule pour aborder le sujet du moment qui avait assombri l'humeur de la voluptueuse jeune fille.

- Tout le monde a remarqué que vous vous étiez rapprochés. Commença-t-elle.

- Oui... Mais c'est parce que j'habite à la clinique, alors... Répondit Orihime pour qui cette évidence expliquait malheureusement tout.

- Je vais me faire ce type ! S'énerva Tatsuki. C'est minable de se conduire comme ça ! Soit il assume son geste, soit il s'excuse... C'est quoi cet entre-deux pourri ?

- Tatsuki-chan... Kurosaki-kun est peut-être... Aussi gêné que moi ? Il n'arrive pas à... parler de... ce qu'il ressent...

- Ou de ce qu'il ressent pas, l'enfoiré ! Pfff, quel dégonflé...

Voyant la mine déconfite et les yeux brillant d'Orihime, Tatsuki regretta immédiatement ses paroles, qui n'étaient que le plus pessimiste des scenarii à envisager, le reflet de sa colère à ce propos, mais qui avaient surtout clairement peiné sa meilleure amie. Orihime avait été tellement heureuse et épanouie les deux premières semaines où elle avait vécu à la clinique, conséquence de la proximité qu'elle partageait avec l'homme qu'elle aimait et de sa famille. La ceinture noire avait été fière et étonnée que son amie ait enfin eu le courage de se déclarer. La réaction à cet aveu, même si elle était loin de constituer la promesse d'une félicité conjugale éternelle, laissait au moins envisager une évolution dans la relation, de toute évidence plutôt positive. Merde... Après lui avoir dit qu'elle l'aimait, il l'a clairement tripotée, le pervers! Ça veut dire quelque chose ! Cela voulait dire qu'au moins, les choses bougeraient. Mais il n'en fut rien et le temps de la réflexion commençait à être très long, même pour un type comme Ichigo. La belle amoureuse montrait depuis une semaine tous les symptômes de la femme séduite puis abandonnée. Elle s'était réveillée guérie et sortie d'affaire depuis trois semaines, et depuis, cet irrécupérable abruti faisait l'autruche. Il y aurait eu tant à dire sur leur étreinte et les sentiments d'Orihime... Mais ce silence était intolérable et pour le bien de son amie, Tatsuki en était venue à souhaiter qu'il la repousse honnêtement afin qu'elle puisse enfin tourner la page de cet amour à sens unique qui l'empêchait de vivre depuis leur entrée au lycée. Elle ne supportait pas de continuer à regarder son amie dépérir, sans rien faire. Tant pis pour sa résolution de ne pas se mêler de leurs affaires, il allait entendre parler du pays.

- Je vais aller lui dire deux mots, à cet imbécile... dit-elle en faisant cogner son poing droit contre sa paume gauche.

- Non... Tatsuki-chan... S'il te plaît... Ne fais rien. Tu sais, peut-être ...

La voluptueuse adolescente retint un sanglot, en caressant son bracelet. Elle soupira et sourit tristement.

- Peut-être que c'est sa réponse... Et je n'ai pas d'autres choix que l'accepter.

- Oi... Hime... Est-ce que tu vas...

- Je vais devoir rentrer, Tatsuki-chan, il est vraiment tard et j'ai encore beaucoup de choses à faire !

Orihime s'était recomposée le masque souriant et adorable qu'elle portait toujours, mais Tatsuki ne put ignorer qu'elle avait contemplé le vrai visage de la tristesse. Elle s'était bien doutée qu'Orihime serait extrêmement affligée d'être rejetée par Ichigo, et bien sûr, elle aurait préféré que ses deux meilleurs amis vivent une belle histoire d'amour et soient heureux ensemble. Mais connaissant bien le spécimen, elle s'était aussi attendue à ce qu'Ichigo, trop occupé à protéger ce qui lui était cher pour se sauver lui-même restât aveugle à l'amour que lui vouait Orihime. Ce scénario étant des plus plausibles, elle avait aussi réfléchi à tous les moyens qu'elle pourrait utiliser pour aider son amie à guérir de la blessure du premier chagrin d'amour. Ce serait en quelque sorte la fin de l'innocence, mais il fallait que cela soit le début d'autre chose. De nouveaux bonheurs. Une nouvelle vie. Un autre amour.

Pour l'heure, elle respecta la volonté de la douce jeune fille de s'isoler un peu et ne l'accompagna que jusqu'à la porte.

Ichigo eut une sensation étrange en passant le seuil de chez lui. Tout semblait normal pourtant : son père travaillait dans son bureau, Karin venait de rentrer de son match de football. Yuzu l'avait un peu boudé, probablement parce qu'il n'avait pas remarqué sa nouvelle barrette, ou une subtilité dans le genre, mais était déjà en train de préparer le repas. Seule. Inoue n'était donc pas encore à la maison.

Mais alors qu'approchait l'heure de passer à table, son amie n'était toujours pas là, et il commença à se sentir nerveux. Cela ne ressemblait pas à sa camarade d'être en retard.

- Inoue n'est pas rentrée ? Tenta-t-il, le plus détaché possible.

Évidemment, personne ne fut dupe.

- Ce n'est pas comme si tu venais de le remarquer, Ichii-ni, soupira Karin blasée.

- Elle nous a annoncé qu'elle était prête à repartir chez elle, 20 minutes avant que tu ne rentres. Elle ne voulait pas s'imposer davantage à la maison maintenant qu'elle va mieux... C'est une jeune fille très délicate, déclara Isshin d'un ton de fin connaisseur.

- Moi, je suis sûre qu'onii-chan lui a dit quelque chose de vexant ! Accusa Yuzu, rancunière.

- Pourquoi vous l'avez pas retenue ! Explosa le fils, se levant brusquement.

- Ichigo, c'était notre invitée, pas une otage ! Rétorqua Isshin à une chaise vide.

Le jeune Shinigami n'avait même pas pris le temps d'enfiler son manteau pour affronter les températures particulièrement glaciales de ce mois de Décembre, mais les sentiments qui bouillonnaient en lui ne le laissaient pas avoir froid. Il ne prit pas la peine d'analyser tout ce qu'il ressentait. C'était particulièrement confus mais il lui avait soudainement paru intolérable qu'elle s'éloignât de lui au moment où il avait compris qu'il la voulait dans sa vie et à présent, il se dirigeait impulsivement en direction de son appartement. Il n'avait pas réfléchi à ce qu'il lui dirait quand elle ouvrirait la porte. Il commencerait probablement d'abord par évacuer sa colère, lui demanderait de s'expliquer sur les raisons qui l'avaient amenée à quitter la clinique. Sans même attendre qu'il soit présent pour le lui dire en face.

Arrivé à la porte de l'appartement 403, Ichigo tambourina avec impatience contre le panneau de bois. Après plusieurs longues secondes qui lui parurent des heures, elle lui ouvrit. Il s'apprêtait à lui demander de but en blanc de rentrer tout de suite avec lui mais ses mots se perdirent dans sa gorge à la vue de ses yeux qui avaient pleuré. Il ne put se détacher de ses yeux mouillés, semblable à un ciel capricieux et qui le voyait tout entier. Ce regard rempli de bonté, de joie malgré les larmes et... d'amour. Il sentit son cœur battre si vite, si fort qu'il craignit qu'elle ne l'entende. Il se focalisa sur elle pour ne plus penser à ce cœur qui battait maintenant dans tout son corps, mais comprit instantanément son erreur.

Elle portait un legging gris, une queue de cheval haute qui dégageait ses épaules et sa poitrine, ainsi qu'un débardeur blanc, sans soutien gorge et le froid mordant faisait pointer ses seins à travers le fin tissu en coton. Il se mordit l'intérieur de la joue, la repoussa doucement dans l'appartement et referma la porte sur eux. Toujours silencieuse, elle s'entoura de ses bras, ce qui eut pour effet de mettre davantage sa poitrine en valeur. Elle évitait soigneusement son regard mais quand elle se mordilla la lèvre inférieure, il ne se contint plus, combla la distance entre eux et posa les mains sur ses bras. Le frisson qu'il sentit sur sa peau douce l'enhardit, alors il se mit à remuer doucement les doigts le long de son bras, entre ses épaules et ses coudes. Ichigo ne put ignorer que les mouvements de sa voluptueuse poitrine s'accélérèrent à ce simple toucher et dans un mouvement doux qui lui indiquait qu'il lui laissait le choix, il l'attira à lui. Loin de protester, elle se lova contre lui et entoura son cou de ses bras fins. Elle osa plonger une main dans ses cheveux pour jouer avec ses mèches oranges et utilisa l'autre pour caresser son dos.

C'était très sage, mais très tendre et il apprécia la sensation de la tenir serrée contre lui, détendue au point qu'elle prenne cette initiative. De son côté, il prenait soin d'apprécier la délicatesse de son corps, la finesse de son ossature et de ses muscles, en plus de la générosité de ses formes. Ses mains caressaient son dos descendant de plus en plus bas, sur sa chute de reins, puis voyant qu'elle ne se dérobait pas, sur ses fesses. Au début, il les massa circulairement avec douceur puis il s'en saisit et les malaxa avec plus de fermeté. Ses seins contre lui, son souffle chaud dans son cou qui s'accélérait à mesure qu'il la palpait plus durement, augmenta son désir de la toucher encore plus intimement. Aussi n'y tenant plus, il la souleva et la plaqua contre le mur en face de l'entrée, calant ses cuisses sur ses hanches pour se positionner entre ses jambes. Ils se faisaient face et maintenant qu'elle n'esquivait plus son regard, il s'attarda encore sur son visage. Dieu qu'elle était belle. La pensée qu'elle était désirable ne le dérangeait plus puisqu'à cet instant, elle n'était pas l'objet des fantasmes d'un autre qui voulait la lui prendre. Elle était avec lui, elle était dans ses bras, appuyée sur ses épaules, sa poitrine écrasée contre son torse, leur bassin collé l'un contre l'autre. Il n'y avait que lui qui entendait ses soupirs satisfaits alors qu'il commençait un mouvement de va et vient contre sa féminité, qui le faisait durcir davantage à chaque contact.

Orihime avait eu le cœur brisé quand elle s'était rendue à l'évidence que Kurosaki ne lui retournerait jamais ses sentiments, et qu'il évitait le sujet très probablement pour ne pas lui faire de la peine. Elle avait alors décidé de quitter la clinique, pour leur faciliter les choses à tous les deux, mais son retour chez elle, dans la solitude et le silence, l'amena à de plus tristes pensées encore, loin de la philosophie de vie qu'elle s'était fixée : faire de chaque instant qui lui restait un moment qui avait de la valeur. Il aurait été tellement facile de s'abandonner à cette tristesse, donner son être à Ulquiorra parce que Kurosaki n'avait pas voulu de son cœur. Mais alors que ses sombres pensées la tourmentaient, il avait presque démoli sa porte par ses coups sans mesure. Même sans son écrasant reiatsu, elle aurait pu deviné que c'était lui. Elle avait hésité à ouvrir : que pouvait-il dire de plus, à part lui donner l'explication qu'elle ne voulait plus entendre? Mais parce qu'elle était accro à cet homme, elle n'avait pas réussi à l'ignorer. Elle avait ouvert la porte, mais sans se résoudre à le regarder. Ensuite, cela avait été comme dans un de ses rêves : il l'avait prise dans ses bras, il la caressait... Elle ne voulait pas parler ni le regarder de crainte que la magie de ce qu'elle était en train de vivre ne se rompe, que ne se brise son rêve devenu réalité, elle avait suffisamment désiré ce moment pour savoir qu'elle ne voulait pas qu'il s'arrête. Elle n'avait pas peur de la douleur de la première fois. Pas si c'était avec lui. Et ça ne pouvait être qu'avec lui. Mais quand elle l'avait de nouveau senti encore plus dur contre elle, réussissant à lui tirer des étincelles de plaisir qui venaient du plus profond de son ventre, elle eut peur. Peur de se perdre en lui et de n'être plus jamais capable de le désirer autant qu'à ce moment-là. Elle ne s'était pas rendu compte qu'elle avait arrêté de bouger. Doucement, elle s'était détachée de lui pour le regarder. Dieu, faites qu'il soit encore là. L'amour de sa vie la fixait de ses yeux brûlants, posant la question implicite de savoir s'il pouvait continuer. Ils étaient toujours face à la porte d'entrée, dans sa cuisine. Il tenait toujours ses cuisses relevées dans une position incommode mais qui lui avait déjà donné un aperçu des plus plaisants de ce que pourrait être la suite. Elle était incapable de formuler une pensée cohérente, elle se doutait que tout ce qui sortirait de sa bouche ne serait que banalité affligeante ou bêtise qui lui donnerait envie de la lâcher, aussi elle ne dit rien.

Il se demandait jusqu'où les choses pourraient aller. Il se demandait s'il serait capable de s'arrêter si elle ne souhaitait pas aller plus loin. Mais il se posa aussi la question de savoir s'il arriverait à se retenir de jouir à la seconde où il l'aurait pénétrée. Comment ne pas lui faire mal pour sa première fois, alors que c'était aussi la sienne et qu'ils avançaient certes agréablement mais en territoire inconnu ? Son érection commençait à lui faire un mal de chien et il pensa qu'aussi grande était son envie d'elle, c'était peut-être maintenant qu'il devait la lâcher, sinon, il doutait de ne plus jamais y parvenir.

Il la reposa au sol et s'écarta d'elle. Il replaça une petite mèche de cheveux derrière son oreille. Combien il aimait ce geste, qui en y repensant après coup, lui avait semblé d'un érotisme inouï, encore plus qu'un baiser... Il la regarda encore. Son corps réclamait le sien comme il n'aurait jamais cru cela possible ne serait-ce que la veille.

- Tu es... vraiment... magnifique, Inoue.

C'était une évidence qu'il avait trop longtemps fait mine d'ignorer. Entendre sa propre voix rendue rauque par le désir faire enfin la constatation de cette réalité accentua encore plus son envie d'elle. Mais il craignit d'avoir brisé cet instant en parlant car elle ne répondit rien et resta immobile.

Enfin, elle poussa un très long soupir, et avec une douceur infinie, elle s'approcha pour unir ses lèvres aux siennes. Leur premier baiser. En pleine lumière et en toute conscience. D'abord, cela avait été doux, les lèvres se découvraient doucement puis s'entrouvrirent pour permettre de mieux goûter l'autre. Et puis les langues, chaudes et sensuelles, curieuses aussi, continuèrent d'attiser le désir et la faim de l'autre qui se creusaient dans leur ventre.

Au comble de l'empressement, Ichigo souleva de nouveau la pulpeuse jeune fille pour l'emporter dans l'autre pièce où elle avait installé son futon, et l'y posa délicatement. Il en profita pour retirer son sweat et son tee-shirt, la température était clairement monté de plusieurs degrés, et puis s'allongea torse nu sur elle, se maintenant sur un bras pour ne pas l'écraser, caressant son flanc de son autre main. Il s'empara de nouveau de sa bouche. Elle avait un goût merveilleux et sentir sa petite langue qui le cherchait timidement lui donnait des frissons de plaisir. Il avait vraiment envie d'être le premier, et pour toujours le seul à caresser la peau de tout son corps, de tout connaître d'elle, et il se surprit à penser qu'il voulait que cela soit réciproque. Il passa la main sous son débardeur relativement ample et s'il fut émerveillé par la douceur de la peau de son ventre, il le fut davantage par celle de ses seins. A cette endroit-là, la peau était fine et sensible, et quand il effleura son téton un peu fort, elle ondula de plaisir. Aussi, il s'y attarda longuement. Mais se sentant un peu gêné dans ses mouvements par son haut, il lui demanda silencieusement de l'enlever. Elle s'exécuta docilement. Voir sa poitrine nue, à la lumière tamisée de la lampe de chevet lui fit quelque peu perdre ses moyens et pour la quinzième fois depuis qu'il avait passé la porte, il avait bien cru jouir. Cela devenait d'ailleurs très difficile de contenir ses gestes, de plus en plus vifs et impatients. Sa compagne semblait l'inviter à ne jamais s'arrêter par des caresses certes embarrassées mais qui exprimaient suffisamment sa volonté de continuer. Elle répétait les mêmes gestes que lui sur son torse et il voulait qu'elle ne cesse jamais plus de poser ses petites mains hésitantes sur lui.

Plus il la découvrait, plus il avait envie d'elle. Il voulait la voir tout entière allongée et offerte, et également libérer son membre turgescent trop à l'étroit dans son pantalon, alors il se redressa pour l'enlever maladroitement. Il ne retira pas son boxer, par pudeur. Et puis, il ne voulait pas lui donner l'impression de lui forcer la main. La jeune fille le regarda se rallonger près d'elle, les yeux ronds. Il avait un corps adamantin, extraordinairement bien taillé, des muscles extrêmement bien dessinés en un V qui disparaissait sous l'élastique de son sous-vêtement. Elle sentit son visage prendre feu quand ses yeux se posèrent sur cette bosse proéminente dissimulée par ce ridicule bout de tissu noir.

Pour dissimuler cette gêne qui semblait ne pas vouloir la quitter, elle attrapa vivement sa bouche et par un mouvement malencontreux, elle bascula sur lui. Électrisé par le contact de son ventre contre son sexe, il démêla ses jambes pour les positionner de part et d'autre de ses hanches, de sorte qu'elle se retrouvât à califourchon sur lui. Il avait une vue magnifique sur sa poitrine, et ses deux mains pour en profiter. Elle baissa la tête et cacha son visage dans ses mains. La position était beaucoup trop gênante, mais il lui attrapa les poignets.

- Non! ne cache pas ton visage, je... je veux te regarder. Lui dit-il en la fixant de son regard qui la faisait devenir liquide.

Il détacha aussi ses magnifiques cheveux, qui tombèrent autour d'elle : c'est ainsi qu'il les préférait, jugea-t-il. Il recommença à remuer sous elle, et elle suivit son mouvement. Il appréciait de voir onduler ses cheveux et ses seins bouger au rythme de ses coups de reins, et attrapa ses hanches pour la faire accélérer. Les soupirs de la jeune fille devinrent plus profonds, jusqu'à ce qu'un gémissement lascif passe ses lèvres. Le son l'avait exalté et il souhaitait en entendre davantage, aussi il pressa le mouvement et les gémissements se firent plus nombreux, jusqu'à ce que la belle, ne contenant plus son plaisir, ne se cambre voluptueusement. A la satisfaction du désir d'Orihime, Ichigo ne put se contenir davantage et se déversa en un bruyant soupir, les yeux fixés sur celle avec qui il venait de partager ses premiers préliminaires. Il allait être désagréable de rentrer à la maison, par ce froid, avec un caleçon mouillé. Mais putain, ça en vaut la peine.

Sentir la virilité dure et imposante de son entrejambe frotter contre sa féminité, même à travers quelques couches de coton avait été une expérience exquise mais qui lui laissait une impression d'inachevée. Encore à califourchon sur lui, elle bascula sur le côté, soudain prise d'un doute atroce. Elle regarda sa manchette, qui luisait toujours de cette lumière argentée et qui l'apaisait. Ce vide, même après avoir partagé « cette » intimité avec l'homme qu'elle aimait la terrifia. Était-ce le Néant qui l'empêchait d'être comblée par le seul qu'elle avait jamais désiré ? Dans ce cas, cela signifiait que l'objet ne fonctionnait pas. Il émettait pourtant sa luminescence habituelle, signe incontestable de son efficacité. Remarquant son trouble, et craignant de n'avoir pas vu les signes qu'elle lui aurait envoyé pour qu'il arrête, il se redressa pour lui demander avec une pointe de panique :

- Inoue, je... j'ai été trop loin ? Je voulais pas te forcer !

La jeune fille aurait à ce moment-là souhaité mourir de honte plutôt que de vieillesse mais il fallait qu'elle en ait le cœur net. Toujours allongée, elle se tortilla pour faire glisser son legging et sa culotte à ses pieds dont elle se débarrassa d'un mouvement de la cheville. Elle se retrouva par conséquent complètement nue face à un Ichigo éberlué.

Le message lui apparut pourtant suffisamment clair et il reprit l'exploration du corps de sa belle compagne. Cette fois, il caressa aussi son ventre et ses cuisses, et déposa de tous petits baisers sur la surface de sa peau qui frémissait. Il entreprit de jouer avec sa langue sur les tétons dressés et les mordilla. Il apprit qu'il adorait les sentir durcir entre ses lèvres. Orihime sentait ce vide étrange grandir en elle, d'une nature tout à fait différente de ce qu'elle craignait toutefois. C'était un vide tout aussi avide mais chaud et vivant que les caresses mêmes maladroites d'Ichigo nourrissaient agréablement. Elle se détendit. Elle sentit le point dans son ventre d'où émanait cette chaleur agréable commencer à brûler, mais là encore de façon tout à fait délicieuse et pour la première fois, depuis le début, elle osa lui demander dans un souffle à peine audible :

- Kurosaki-kun... Viens... s'il te plaît...

Le jeune homme avait cru jouir une nouvelle fois quand il avait enfin entendu la voix d'Inoue lui demander de... lui faire l'amour ? Pouvait-il y avoir un doute là-dessus ? Il essaya de rester prudent à tout signe qui pouvait lui signifier qu'il avait mal compris sa demande mais il lui était difficile de penser rationnellement. Il retira son boxer puis recommença à la caresser doucement et à l'embrasser. Le baiser devint vraiment fougueux, et il n'en pouvait plus d'attendre. Cependant, il était certain de lui faire mal, et ça le freinait quelque peu. Mais quand il sentit les mains douces et fiévreuses de sa partenaire courir sur son corps, comme pour l'encourager, il reprit ses assauts. Il s'approcha de sa zone intime et avant de la pénétrer comme elle lui avait demandé, essaya de calmer l'anxiété qu'elle ressentait sûrement. Elle était allongée sur le dos et ses jambes tremblaient. Pour dire vrai, il était également très nerveux à l'idée de... Le matin même, il aurait rejeté cette possibilité avec beaucoup de véhémence. D'une main, il pressa doucement sur sa cuisse pour l'écarter et entreprit d'explorer sa féminité humide en y glissant son majeur. Elle se détendit, s'offrant à cette caresse en écartant plus les jambes et elle poussa des soupirs de satisfaction, alors qu'il commençait des mouvements de va-et-vient. Il introduisit également son index et la sentit se contracter. Tout en douceur, il reprit ses lents mouvements, jusqu'à ce qu'un liquide chaud et onctueux nappe ses doigts, qu'il retira doucement. Il se positionna au dessus d'elle, la regarda et plongea profondément en elle. Il l'avait sentie tressaillir et se crisper quand il avait franchi cette résistance à son passage et il n'avait plus bougé, conscient qu'elle ne vivait pas son meilleur moment et aussi parce qu'il aurait immédiatement joui s'il avait fait un mouvement de plus. Quand il la sentit un peu moins serrée autour de lui, il commença de petits mouvements en elle. La sensation était incomparable à tout ce qu'il avait déjà vécu, et bien au dessous de celle décrite par les gars du lycée. Elle était chaude et accueillante, comme si elle avait été moulée pour lui. Assez vite, il eut l'envie irrépressible d'accélérer ses mouvements et après quelques coups de rein, il se répandit violemment en elle en un cri satisfait.

Elle n'avait pas joui la première fois. Ni les deux suivantes. Mais cela n'avait pas vraiment d'importance. Ils s'endormirent nus, en cuillère, Ichigo derrière elle. Jamais elle ne s'était sentie aussi bien. Ce creux au fond de son ventre, c'était la vie, le désir, l'amour. Le Néant gagnerait, mais pas avant qu'elle n'ait vécu une vie magnifique au côté de l'homme qui la tenait fermement contre lui. Quant à Ichigo, il avait eu la confirmation que sa place était dans ses bras et son sommeil fut le plus paisible que jamais.

Elle jouit pour la première fois à la lumière du froid soleil de Décembre qui les avait réveillés.

… … … … … … …

- Kurosaki-kun, tu veux manger quelque chose avant de... partir ?

La réponse qui avait traversé l'esprit du suppléant était digne de son vieux, et ça l'agaça un peu. Si être amoureux rendait débile, il fallait clairement qu'il se surveille. La princesse avait hésité avant de lui poser la question, farfouillant dans son placard à épicerie. Se séparer de lui allait être une épreuve, même si ce n'était que pour quelques heures et qu'ils se retrouveraient au lycée.

- Je n'ai pas eu le temps de faire les course en rentrant hier... Mais je pourrais courir aller acheter de quoi faire des pancakes ?

- T'en fais pas, Inoue, je mangerai chez moi. Tu es sûre que... Tu ne veux pas revenir avec moi ?

- Hum ! Il faut que la vie reprenne... son cours habituel... dit-elle en souriant.

Ichigo reçut sa dernière phrase comme une douche glacée. Si la vie avait « un cours habituel » alors ce qu'ils avaient partagé n'était qu'une parenthèse ? C'était ce qu'elle voulait dire ? Il avait acquis la certitude qu'elle l'aimait, que semblait partager Sado. Mais elle ne s'était jamais vraiment déclarée, ce qui laissait place à un doute qui maintenant il lui semblait abyssal. Il essaya de se rassurer. Cela ne ressemblait pas à son amie de se donner par jeu. Il avait suffisamment entendu au lycée ou à la clinique l'importance de la première fois, en particulier pour les filles. Et puis cette interprétation ne collait pas avec son si adorable sourire. Celui qu'elle lui adressait maintenant avec ce regard rempli d'amour et encore voilée par la passion.

- Bon alors... A demain au lycée ?

- Oui... A demain, Kurosaki-kun.

Ils se quittèrent sans un baiser. Pour Orihime, un baiser sur le pas de la porte sonnait comme un adieu. Pour Ichigo, c'était parce qu'il y en aurait forcément d'autres.

Sur le chemin du retour, son badge se mit à sonner, après des jours de silence. La distraction lui permettrait de repousser le moment où son daron lui demanderait de se justifier d'avoir découché. Et probablement les jérémiades sans fin de Kon. Il se dirigea en direction d'où se trouvait l'aberration, mais fut surpris de déjà y trouver Shinji, qui se débarrassa du monstre d'un seul coup de Sakanade.

- Oi, Shinji, je croyais que t'étais retourné à la Soul Society ! S'étonna-t-il sans passer par la case salutations.

- Nan t'a vu, je suis encore là pour faire le boulot des sous-fifres ! Qu'est-ce que t'as fait de ta nuit ma parole, on t'a coupé les jambes ou quoi ? Ça fait un quart d'heure que ce truc rôde en ville ! Râla le capitaine de la Cinquième.

- Qui t'appelle sous-fifre, enfoiré ? Et puis, c'est pas comme si j'avais traîné en venant ! Dit-il, une certaine rougeur lui montant aux joues, comme si Hirako avait pu deviner à quoi il avait passé sa nuit. Bon alors, qu'est-ce que tu fous encore ici ?

- Pffff... souffla-t-il d'abord. Ça a été plutôt la merde de démobiliser la Cinquième et la Neuvième. Hisagi et ses mecs sont partis que la semaine dernière. On a retrouvé tous les nôtres, je pense rentrer dans quelques jours... Au fait, comment va la belle Orihime ? Putain, dévier un cero, je suis impressionné, elle a... Beaucoup de qualités !

- Elle... va bien.

Il avait de nouveau senti ses joues prendre feu, il valait donc mieux être concis, afin de ne pas se trahir.

- Tu lui passeras mon bon souvenir, insista Hirako. Bon, je me tire, ta sale tronche m'a gavé.

Ichigo ne releva pas. Shinji lui avait donné un détail qu'il n'avait pas eu jusque là, ni par son paternel, ni par ses amis. Inoue avait été blessée par un cero. On lui avait dit que l'attaque avait été puissante, mais un cero ? Cela impliquait un ennemi non négligeable, au moins un Gillian. Mais vu les nouvelles capacités d'Inoue, pourquoi aurait-elle été blessée au point d'avoir frôlé la mort si cela n'avait été qu'un Gillian ? Alors quoi, un Adjuchas ? Et si les faits montraient qu'une attaque d'Arrancars n'était pas à exclure, elle aurait été très surprenante, surtout après la défaite d'Aizen. Pourquoi ni son père, ni Sado, ni Ishida n'avait mentionné ce détail ? Il décida qu'il en parlerait à son père à son retour, si ce dernier n'était pas trop lourd concernant... Shinji kisama, je vais te démonter la gueule la prochaine fois que je te croise. Les sous-entendus du Vizard au sujet d'Inoue venaient d'atteindre le cerveau fatigué du suppléant.

Inoue utilisa le reste de sa journée pour faire quelques courses afin de remplir placards et frigo, que Tatsuki avait pris soin de nettoyer, et acheta de quoi faire des pancakes. Il fallait maintenir la tradition, instituée avec Sora, de manger des pancakes quand on voulait qu'une journée soit vraiment mémorable. Elle flâna un peu dans les rues de Karakura si joliment décorées pour les fêtes de fin d'année. Elle fit aussi le ménage dans son appartement, inhabité depuis plus d'un mois. Ses draps et son oreiller portait encore légèrement l'odeur du Shinigami remplaçant, et elle ne souhaita pas les changer. Les souvenirs de l'homme qu'elle aimait allant et venant en elle, de ses baisers passionnés et fougueux lui provoquèrent toute la journée des éclairs de plaisirs se diffusant depuis le point au fond d'elle qu'il avait réveillé. Elle se demandait si le lendemain au lycée, il l'embrasserait devant leurs camarades, si au moins il lui prendrait la main, la clamant comme sienne aux yeux de tous. Imaginer qu'il le fasse vraiment l'intimida mais elle en avait aussi très envie. Elle était la sœur de Sora, la meilleur amie de Tatsuki mais souhaitait de tout cœur voir s'ajouter un nouveau qualificatif : petite-amie d'Ichigo Kurosaki.

Peu avant le dîner, son téléphone sonna, lui indiquant l'appel habituel de Tatsuki. Orihime hésita avant de répondre. Kurosaki serait-il fâché si elle le racontait à sa meilleure amie ? Elle décrocha finalement, mais décida de garder leur secret rien qu'à eux encore un peu.

Le reste de la journée se résuma pour Ichigo à finir ses devoirs, et à intervenir quand son badge sonnait. Les vacances étaient clairement terminées et les Hollows avaient repris du service. Kon, comme attendu, l'avait traité d'enfoiré sans cœur pour avoir fait fuir la déesse aux gros seins, sa seule joie de vivre dans cette intolérable existence enfermée dans un lion en peluche et soumis aux vexations humiliantes et perverses de Yuzu. Celle-ci avait d'ailleurs été tellement inquiète quand elle n'avait pas vu son frère revenir après qu'il eût quitté la table si brusquement que sa colère pour avoir poussé Hime-nee-chan à partir était retombée comme un soufflé raté. Karin l'avait encore bluffé par un détachement stoïque : son frère était un jeune homme normalement constitué de 17 ans, il avait bien le droit d'aller où bon lui semblait un samedi soir, encore que la précision de « normalement constitué » dans la bouche de sa sœur avait quelque chose d'assez gênant. Ce fut la confrontation avec le barjo qui lui servait de père qu'il appréhendait le plus : autant il voulait lui demander plus de précisions concernant l'attaque qui avait blessé Inoue, autant il s'attendait à des remarques folles et plus déplacées les unes que les autres dans la bouche d'un adulte s'adressant à un adolescent. Mais il n'était pas présent à la maison et le soir, au dîner, quand Ichigo avait essayé de prendre les devants en lançant la conversation sur ce qu'il voulait savoir, son père était parti en délire sur les obligations de l'homme, du père de famille et du médecin qu'il était, et puis avait pleuré devant le poster de sa femme en lui demandant dramatiquement si elle était fier de comment il gérait sa mission. Bref, Ichigo avait compris que ce n'était pas le moment et par ailleurs, avait été soulagé d'avoir échapper à l'interrogatoire. Et puis il avait meilleur compte de poser directement la question à Inoue le lendemain. Son amie pourrait parfaitement lui donner tous les détails qui lui manquait.

Ton amie, hein ? Après ce que tu lui as mis... Le sang du Shinigami suppléant gela dans ses veines. Son monstre intérieur trouvait encore le moyen de se manifester alors qu'il n'était ni en train de combattre, ni en danger, ni même énervé. Son intervention le prit au dépourvu mais sa réflexion si crûe fut-elle était justifiée : il ne pouvait plus qualifier Inoue d'amie. Là encore, c'était un sujet dont ils devaient discuter ensemble, et malgré leur toute nouvelle intimité, il se voyait mal, demain au lycée, lui demander de s'isoler pour en parler : c'était des commérages à n'en plus finir et qui risquaient en plus de la mettre mal à l'aise. Ne valait-il pas mieux agir comme d'habitude, et plutôt aborder le sujet quand il la raccompagnerait après les cours ? Au moins, convenir avec elle en toute discrétion d'un moment où ils pourraient se retrouver.

Orihime appréhendait beaucoup le lendemain et elle voulut s'en ouvrir à Kurosaki dans un texto. Mais elle ne voulait pas non plus passer pour une conquête collante et possessive, aussi, elle chercha comment lui dire qu'elle l'aimait sans le lui dire. Elle avait commencé à composer « je pense à toi quand je respire » mais à trop y réfléchir, elle sombra dans le sommeil, sans envoyer le message.

Cependant il ne se présenta pas au lycée de toute la journée, ce lundi-là. Il avait combattu un défilé de Hollows depuis 7 heures le matin, et quand il en eut fini avec eux, l'après-midi était déjà bien entamée pour se pointer en cours sans se faire laminer par Ochi-sensei, qui lui aurait mis une vie de colle pour cette désinvolture. Ce fut toutefois de ne pas avoir eu l'occasion de voir sa petite-amie qui le dérangea plus que de louper des cours. Il s'était résolu à entamer une formation professionnelle assez courte, persuadé qu'il ne pourrait pas, compte tenu de son activité annexe mais en fait principale de Shinigami mener à bien des études longues et exigeantes. Et oui, la nuit portant conseil, il avait décidé de qualifier Orihime Inoue comme sa copine, puisqu'aux dernières nouvelles, ils n'avaient pas passer la nuit de samedi à jouer au scrabble.

La déception du matin s'était muée en tristesse au fil de la journée pour Orihime, et Tatsuki qui savait pertinemment que cela avait un lien avec l'absence du suppléant, sentit de son côté sa colère passer un nouveau cap. Aussi, après avoir accompagné son amie jusqu'à la boulangerie qui avait rouvert, la ceinture noire prit la décision de faire ce qu'elle s'était jusque là toujours abstenue. C'était plutôt dangereux et assez puérile de mettre son nez là où on ne lui avait pas demandé. Mais Tatsuki éprouvait une réelle inquiétude pour sa trop naïve amie et l'attitude de son ami d'enfance méritait un recadrage en règle. Elle connaissait Ichigo depuis qu'ils étaient gosses. Il avait le sens de l'honneur, et il était sérieux. Mais c'était aussi un type impulsif qui avait assez clairement le complexe du sauveur, secourant les autres mais sans parvenir à combler ses propres failles. Il n'aurait jamais intentionnellement blessée Orihime mais elle l'avait été parce qu'il avait été incapable de se maîtriser. Quelqu'un devait mettre du plomb dans la cervelle de ce crétin congénital. Sans le braquer toutefois, Ichigo était aussi très soupe au lait. Impatient, râleur et têtu, mais c'était une autre histoire. S'il s'énervait, elle aurait peu de chance de lui faire entendre raison. Elle prit donc la direction du domicile des Kurosaki où elle fut accueillie par Isshin, qui bafouilla avec un grand sourire niais qu'il ne se serait jamais attendu à ça, et lui indiqua que son fils était dans sa chambre.

- Ichigo, sale type ! Commença-t-elle en ouvrant la porte à coup de pied. C'était loupé pour la délicatesse.

- Oi, Tatsuki, t'as pété les plombs ou quoi ? S'écria-t-il, surpris.

- C'est à toi que je vais péter quelque chose ! Quand est-ce que tu comptes prendre tes responsabilités ? Répondit-elle en furie.

- Mais putain de quoi tu parles ? S'énerva le suppléant. Objectif ne pas le braquer, loupé aussi.

- Fais pas l'innocent ! C'est quoi le projet avec Orihime ?

- Ah... tu... t'es au courant... Enfin de toute façon, je vois pas en quoi ça te regarde ! Dévia-t-il.

Évidemment qu'Inoue lui avait dit... Comment aurait-il pu savoir que sa réponse augmenterait davantage la colère de Tatsuki, et que leur court échange, qui avait déjà très mal commencé, ne pouvait que s'envenimer ?

- Si je suis au courant ? En quoi ça me regarde ? C'est ma meilleure amie ! Orihime est la bonté incarnée mais elle est fragile !

- Me parle pas d'elle comme si je la connaissais pas ! Il s'était brusquement levé du bureau où il était assis, les poings serrés.

- Si tu la connaissais si bien, tu saurais qu'elle a besoin de stabilité... de se sentir en sécurité. Elle a besoin d'un mec sur qui elle peut compter ! Un type comme... Sado ! Même Ishida à la limite ! Attentif à elle et à ses besoins, pas un égoïste dans ton genre !

- N'importe qui sauf moi, hein ? Putain de merde, je suis tout autant capable de la protéger ! Je laisserai jamais rien lui arriver ! Je mourrais pour elle ! Hurla-t-il au bord de l'implosion, le reiatsu bouillonnant.

Il n'aurait jamais pensé que Tatsuki puisse s'opposer à ce qu'Inoue et lui forment un couple... Il n'avait pas saisi les raisons de la virulence de son amie d'enfance contre lui. Il avait juste senti ses mots s'enfoncer sous sa peau comme autant d'aiguilles acérées pour atteindre les endroits particulièrement sensibles de son âme. C'était difficile de contenir l'émotion qu'il ressentait en imaginant une situation où il ne pourrait pas protéger... Sa copine. Et puis l'allusion à des hommes, ses amis de surcroît, qui auraient pu, qui auraient voulu l'aimer comme il ignorait encore comment le faire lui avait lacéré le cœur et le plaçait face à l'une de ces plus grandes craintes : être faible et se retrouver impuissant à sauver ceux qui lui étaient chers. La faire tuer par ses décisions inconséquentes, comme il avait provoqué la mort de sa mère.

- C'est justement ça le problème, sombre idiot ! Tu mourrais pour tout le monde, tu te mets en danger et tu vois pas combien ça la mine ! Elle a bien failli y passer sur ce toit, par ta faute ! Putain, Ichigo, t'es mon ami mais... de toutes les filles, pourquoi c'est d'Orihime dont tu te moques ? Tu... tu me déçois.

- Mais la ferme Tatsuki ! T'es pas sa mère ! Et bordel, jamais je me moquerai d'elle, je ferai jamais rien pour la blesser ! J'ai rien fait qui justifie... que tu viennes chez moi me gueuler dessus et m'accuses de...

- T'as rien fait ?! Tu veux la liste de ce qui fait de toi le plus gros des enfoirés ? Déjà quand tu te frottes comme le dernier des crevards en manque à une fille, pour finir par l'ignorer, c'est niveau compèt' dans la catégorie saloperie ! Laisse-moi te dire une chose, dit-elle tapant vivement son torse avec son index. Même si c'est toi qu'elle veut, si elle verse encore une seule larme par ta faute, t'as plutôt intérêt à aller te cacher en enfer parce que partout ailleurs, je te retrouve et je te pourris.

- Remballe tes menaces à la con et mêle-toi de ta vie ! Inoue... n'a pas besoin d'une nounou et moi, de ton avis. Et si t'es encore venue pour me dire de ne pas l'approcher et ben t'a fait le chemin pour rien, parce que personne me tiendra éloigné d'elle !

- Pfff... En agissant comme tu le fais, ce serait pourtant lui rendre service! Tu la mérites pas. Cracha-t-elle avant de partir.

- Kuso, kuso, kuso! Hurla-t-il une fois seul, écrasant son poing plusieurs fois violemment contre le mur, les yeux remplis de larmes de rage.

Après le départ de Tatsuki, Ichigo fut incapable de gentiment retourner à ses devoirs, refusa de descendre manger quand sa sœur l'avait appelé et faillit bien tuer son père qui était venu lui parler « entre hommes » de la visite d'une jeune fille, dans sa chambre. Ce n'était vraiment pas le moment de le laisser divaguer sur l'avenir du nom Kurosaki et ses futurs petits-enfants. Mais cela n'avait pas été l'intention d'Isshin. Il avait eu un très mauvais pressentiment au départ de Tatsuki. Ichigo dont l'humeur s'était assombrie tournait dans sa chambre comme un lion en cage et il n'en resterait pas là, à présent que les mots de son amie d'enfance avait très vivement rouvert des cicatrices anciennes. Le père n'y pouvait rien : son fils ne le laissait pas approcher, sa tentative s'était douloureusement soldée par une chute du premier étage et dans un moment pareil, il aurait apprécié l'aide de Rukia.

Quand Tatsuki appela Orihime ce soir-là, son intention était de remonter le moral de la douce. Malgré l'échange tout à fait désagréable qu'elle avait eu avec Ichigo, elle avait quand même réussi à lui faire sortir plusieurs choses tout à fait positives, et elle était certaine que son cerveau à deux vitesses prendraient pleinement conscience de l'amour qu'il éprouvait pour la princesse.

- Orihime, tu m'écoutes ?

- Hai, Tatsuki-chan...

- Je t'ai demandé si tu avais des nouvelles d'Ichigo depuis que tu as fini le boulot ?

- Il... tu vois, il... Non. Finit par concéder la princesse. Mais tu sais, je ne l'ai pas appelé non plus !

- Manquerait plus que ça ! T'as pas à lui courir après, déjà que tu es trop bien pour lui ! T'es un canon, et lui, c'est juste un punk mal élevé. Orihime, je crois que... j'ai de bonnes nouvelles pour toi !

- Hum ?

- J'ai été le voir tout à l'heure. Je t'épargne les détails de notre conversation polie pour passer directement à la conclusion : ce crétin t'aime ! Assura-t-elle triomphante.

Bien qu'elle ait dit le contraire, Tatsuki raconta par le menu sa visite chez les Kurosaki à son amie médusée à l'autre bout du téléphone, pour finir par conclure que les mots « je mourrai pour elle, je ne laisserai jamais rien lui arriver, et personne ne me tiendra éloigné d'elle » prouvaient de façon incontestable que les sentiments du roux étaient latents mais bel et bien présents. Orihime avait été rassurée de les entendre même indirectement par le témoignage de sa meilleure amie. Mais elle craignait aussi que les paroles dures de Tatsuki n'aient causé beaucoup de peine à l'homme qu'elle aimait. Et c'était sa faute... Si elle avait tout raconté à Tatsuki, elle ne lui serait pas tomber sur le dos.

- Oi Hime, ça va ? T'es choquée ? Remets toi ! Tu auras moins peur de lui parl..

- Tatsuki-chan... il y a une chose que... euh, tu vois... Kurosaki-kun et moi... samedi soir... on a... on...

- Quoi ? Vous avez quoi ?

- On s'est... rapproché...

- Rapproché ? Rapproché comment ? Tu veux dire, vous vous êtes embrassés ? Demanda mi-curieuse, mi-incrédule Arisawa.

- Je veux dire qu'on a... euh... oui, oui, on s'est embrassé et puis on a... euh... Enfin Tatsuki-chan... tu vois bien !

Quand Tatsuki raccrocha son portable, ses sentiments étaient partagés. D'un côté, elle était heureuse pour Orihime. D'un autre, elle n'avait pas eu besoin des détails pour que certains éléments la chiffonnent : le couple s'était formé sans véritables échanges sur ce que chacun attendait de la relation et surtout, ils étaient allés beaucoup trop vite ! Enfin, surtout lui. Orihime, amoureuse d'Ichigo depuis plusieurs années avait eu le temps de réfléchir à ce qu'elle voulait et se faire à l'idée qu'une relation amoureuse impliquait assez naturellement des relations sexuelles. Mais lui semblait se réveiller d'on ne savait trop où et avoir comme d'habitude agi avec ses tripes plutôt qu'avec sa tête. Encore qu'il ne s'agissait pas tellement des tripes dans ce cas de figure... Mais elle comprit également le sens du dialogue de sourds qu'elle avait entamé et elle regretta vivement toutes les horreurs qu'elle lui avait dites. Maudite soit encore une fois sa grande bouche ! Passé la surprise du rapprochement éclair de ses amis, les faits ne laissaient plus de place au doute : Ichigo faisait les choses à l'envers, à sa façon, mais aucunement par vice. Il faudrait qu'elle lui présente des excuses demain...

Mais il ne se montra pas en classe le lendemain non plus. Il ne répondait à aucun appel, que ce soit ceux de Sado ou ceux d'Ishida. Tatsuki n'avait même pas essayé de peur d'attiser davantage le feu de leur brouille et d'empirer la situation. Seule Orihime avait eu des réponses à ses textos, certes courtes mais qui se voulaient rassurantes. La jeune fille cependant très loin d'être rassurée, sentait les vagues de son reiatsu déferlant sur le lycée depuis la clinique.

Ichigo avait passé une nuit atroce, agitée entre cauchemars et réminiscences. Les mots de Tatsuki continuaient de le tanner et entretenaient l'écho de ses propres peurs. Il avait revécu en boucle l'attaque de sa mère par Grand Fisher et l'image de son corps inerte, sous la pluie, face contre sol ne lui avait laissé aucun repos. Et puis de tristes pensées en tristes pensées, c'était Inoue qu'il avait vu étendue, morte. A cause de lui. Tatsuki avait dit qu'elle avait failli mourir par sa faute, ce jour-là... Sa mémoire malmenée revenait par flashes violents : Inoue marchant vers lui avait d'abord dit savoir qu'il était toujours là quelque part et qu'elle le suivrait là où il irait. Elle lui avait aussi rappelé sa promesse de la raccompagner après le lycée. Et puis il se souvenait qu'elle n'avait pas eu peur de s'approcher de lui, de le prendre dans ses bras. Peur ? De quoi aurait-elle pu avoir peur ? Elle lui avait dit qu'elle l'aimait. Et une partie de lui, Ichigo, pas le Shinigami, pas le Hollow, l'avait toujours su. Une partie d'Ichigo avait toujours eu connaissance de ce fait et une autre partie de lui l'avait ardemment souhaité. Alors il lui avait rendu son étreinte, parce qu'à cet instant, c'était son corps qui avait manifesté ce qu'il était incapable de dire autrement. Son esprit avait occulté tous ces faits et leur chronologie. Pourquoi ?

Il avait ressenti un maelstrom de sentiments et d'émotions inédits qui l'avait renversé. Cette nuit où il n'avait plus été ni le fils ou le frère, ni le Shinigami, ni le Hollow, mais un homme qui avait aimé une femme. Et qui avait été aimé par la seule femme qui compterait pour lui. Oui, il s'était rendu compte en faisant l'amour avec Inoue Orihime, qu'il était passionnément amoureux d'Inoue Orihime, et cette prise de conscience-là en valait bien une autre. Mais avec elle venaient aussi les doutes, et les peurs enfouies et ramenées brutalement à la surface. Il mourrait pour la protéger, mais elle avait été gravement blessée à cause de lui... Shinji avait parlé de cero.

Sa perte de mémoire n'avait rien à voir avec le "mouvement"... Son cerveau avait occulté la bataille qui faisait rage, les sentiments qu'il n'avait pas compris et qu'il n'avait pas contenu après sa discussion avec Sado, les ennemis qui le harcelaient... Sa perte de contrôle, le rire mortifère de cet autre dans son crâne... Le traumatisme d'avoir lancé un cero... Sur la ville. Sur Orihime.

/… / … / …

Ichigo, écoute la voix qui chassera la pluie.

Je suis désolé, vieil homme... Je crois... qu'il n'arrêtera pas de pleuvoir. Pour la protéger... je dois rester loin d'elle... Parce que sinon... Je finirai par la tuer. Comme ma mère.

/ … / … / …

- Kurosaki-kun? Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu vas bien ?

C'était tout elle, s'inquiéter avec bienveillance et douceur pour lui. Comme elle sortait de son travail à la boulangerie, elle portait un chignon lâche et quelques mèches tombaient devant son visage. Il esquissa le geste mais se retint de la recoiffer.

- Je me disais qu'on pourrait marcher un peu ensemble... Et puis je te raccompagnerai comme je te l'avais promis, tu te souviens ?

Il avait un air doux, son visage était détendu mais les yeux tristes. Le cœur de la jeune fille manqua un battement quand il lui avait rappelé sa promesse.

- Je me suis inquiétée pour toi, hier et aujourd'hui... Je... voulais te voir.

- Désolé, Inoue. C'était pas mon intention ! Hum... il y a beaucoup de monde dans les rues... On pourrait... aller du côté de la rivière ?

- Si... si tu veux.

Elle ne savait pas d'où ça lui venait mais elle avait un mauvais pressentiment. Il semblait tout à fait calme, et son initiative de venir la chercher à son travail l'avait surprise et faite fondre. Mais il semblait aussi tout à fait différent de... la dernière fois qu'elle l'avait vu. Il n'avait pas pris sa main, il marchait à côté d'elle en silence, à une distance qui lui paraissait démesurée vu la proximité qu'ils avaient partager il y a peu.

La nuit était tombée. Il faisait un froid de gueux qui avait déjà commencé à agresser ses grands yeux gris mais il n'y avait pas une once de vent. Ce n'était malgré tout pas un temps pour rester dehors. Elle supposa donc qu'il serait bref dans ce qu'il allait lui dire. Mais comme il ne se décidait pas à parler, elle entama la conversation.

- Tatsuki m'a raconté votre dispute... Je me sens un peu responsable...

- Ne le sois pas ! Tatsuki tient à toi...

Et moi aussi, avait-il eu envie de hurler. Mais aucun son ne parvenait à sortir de sa gorge. Chacune de particules de son corps lui criaient de la prendre dans ses bras, mais il savait que s'il le faisait maintenant, plus jamais il ne parviendrait à la lâcher. Et il fallait qu'il la lâche. Il fallait qu'il la protège de lui, de ce qu'il était capable de lui faire. De ce qu'il lui avait déjà fait...

- Inoue... Je suis désolé. Pardonne-moi... Commença-t-il.

- Ne dis rien, Kurosaki-kun.

Son attitude et ces quelques mots avaient suffi. Cela avait de toute façon été bien trop beau pour être vrai. Une boule se forma dans sa gorge et son cœur devint une pierre qui chuta lourdement dans son estomac. La douleur lui coupa le souffle. Elle n'était pas à la hauteur d'Ichigo Kurosaki. C'était Rukia qui lui rendait le sourire, c'était Rukia qui lui redonnait confiance. L'illusion à laquelle elle avait voulu croire prenait douloureusement fin.

- Tu es... Tu es une de mes plus chères amies. Je voudrais te dire que …

- C'est inutile, Kurosaki-kun... Tu vois, j'avais déjà pris la décision... quelles que soient tes raisons, je ne voulais pas les entendre, l'avait-elle interrompu les yeux remplis de larmes, la voix brisée par les sanglots. Laisse-moi continuer de penser que tu m'aimes. Juste... que ce n'est pas assez.

Il ne démentit pas, mais il n'aurait jamais imaginé que l'entendre prononcer ces mots puisse lui infliger une blessure plus douloureuse qu'un cero en pleine poitrine. Jamais il ne pourrait lui dire qu'il avait été sincère même si toutes les apparences étaient contre lui. Qu'il s'arrachait le cœur plutôt que risquer de lui prendre la vie. Qu'il avait en l'espace de quatre jours comprit qu'il ne serait jamais heureux sans elle, mais qu'il ne pourrait pas continuer de vivre en portant la responsabilité de sa mort. Il la raccompagna, en silence et le plus lentement possible malgré le froid, pour profiter des derniers moments justifiables seul avec elle, mais trop vite, ils arrivèrent en bas de son immeuble.

- Je... Je sais de quoi ça à l'air mais... tenta-t-il.

- Hum... Dit-elle en secouant la tête. A demain, Kurosaki-kun.

Son sourire triste était magnifique et son regard n'avait pas changé. Elle aurait pu avoir plusieurs vies, mais elle n'aurait toujours qu'un seul cœur et il venait d'éclater en milliers de morceaux.

En rentrant, il avait eu envie de hurler, aussi il hurla. Face à la rivière qui recueillit toute sa frustration et sa colère. Si seulement il avait su plus tôt qu'il avait été à l'origine de ses blessures, jamais il ne l'aurait approchée, jamais il ne se serait laissé aller à partager cette intimité avec elle. Il se sentait coupable de lui avoir pris ce qu'elle ne pourrait plus partager avec un autre, parce qu'il avait été égoïste et irréfléchi. Et parce qu'on ne lui avait pas dit la vérité. La colère et le dégoût ne faisaient que sourdre en lui, alors il se dirigea, décidé à en découdre avec celui qui lui apparaissait être responsable de leur chagrin.

- Pourquoi tu m'as rien dit putain ! Hurla-t-il à son père en fracassant la porte de son bureau.

- Ichi-nii ! Tenta de le tempérer Karin.

- Onii-chan ! S'épouvanta Yuzu.

- Tout va bien, les filles, les rassura leur père. Votre frère et moi devons parler.

Une fois seuls, Isshin se massa les tempes puis assura à son fils qu'il lui dirait tout ce qu'il voulait savoir. Les iris du fils, d'abord veinées de sang avaient commencé à prendre cette teinte dorée si particulières, mais le calme de son père le stabilisa quelque peu.

- Assied toi, fils. J'imagine que tu m'en veux...

- Non, je t'en veux pas... C'est au delà de ça, j'ai envie de te buter. Avait froidement avoué Ichigo. Tu te rends compte du risque que tu lui as fait prendre ?

- Orihime-chan avait déjà pris sa décision... Constata Isshin.

- T'es en train de dire que c'est tant pis pour elle ? Demanda ironiquement son fils.

- Non, je dis simplement que rien ni personne ne l'aurait empêchée de te rejoindre sur ce toit.

- Mais moi, je l'aurais empêchée de m'approcher si j'avais su que... Tout ça parce que tu ne m'as rien dit ! Et tu as empêché mes amis de me le dire aussi ! Je... je sais pas si je pourrais vous pardonner ! Se réenflamma Ichigo.

- Tu comprendras quand tu seras père à ton tour que...

- Me sors pas ce ramassis de conneries encore une fois ! C'est pas juste le mensonge !

- Ce n'était pas un mensonge.

- Oh, pardon ! T'as dit qu'un Hollow l'avait blessée, t'as juste oublié de préciser que c'était moi le Hollow ! Je lui ai fait quelque chose d'impardonnable papa ! Tout ça parce que...

- Fils... Orihime-chan, elle t'a déjà pardonné. Elle t'aurait tout pardonné.

- Ouais ben... pas moi. Je me pardonnerai jamais de l'avoir mise directement en danger. De l'avoir...

Les épaules d'Ichigo retombèrent, tout son corps se relâcha en un soupir où il expira les restes de sa colère. Il ne lui resta alors que la tristesse et la culpabilité. Le père de famille se risqua à avancer vers lui. Le voyant sans réaction, il posa sa large main dans son dos.

- Vous vous êtes protégés ? Demanda-t-il avec toute la bienveillance d'un père qui partageait l'affliction de son fils.

Ichigo releva la tête, l'air profondément choqué.

Isshin avait compris où son fils était allé le soir où il avait découché quand il avait capté le changement à son retour. Il en avait été profondément heureux, parce qu'outre les qualités indéniables de la jeune fille, pour la première fois depuis le décès de sa mère, son fils était serein, apaisé. Cela n'avait pas duré. En voyant débarqué Tatsuki, il s'était douté qu'elle ne venait pas s'enquérir de sa santé, mais certainement prévenir Ichigo de se tenir à carreau avec sa meilleure amie. Trop tard. Il ne s'était pas attendu à ce que l'esprit déjà très vif de l'humaine soit rendu ardent par quelques maladresses de son aîné, pas connu pour sa finesse, et qu'elle lui balance son inquiétude de façon si crue. Il les avait entendu hurler depuis son bureau. Cependant, même si elle avait tenu sa langue et n'avait pas parlé du cero, Ichigo avait fini par le savoir.

- Alors, j'imagine que tu prendras tes responsabilités.

- Tu comprends rien putain, je l'ai quittée papa ! Je dois la protéger de moi... Je peux pas... être avec elle...

Isshin soupira profondément, mais ne dit plus rien. Si, il avait parfaitement compris. Son fils était en train de commettre la plus grosse erreur de sa vie.

Les jours suivants, Orihime s'était efforcée de paraître égale à elle-même. Kurosaki était aussi revenu en cours. Une tension assez palpable régnait entre les deux têtes rousses du lycée, mais chacun de leurs camarades y trouvait une explication. Les amies de la princesse pensaient qu'elle se languissait toujours d'un amour inavoué pour lui, ce qui était en partie vrai. Les camarades du jeune homme le croyaient toujours atteint d'aveuglement borné ou peut-être d'une peur exacerbée de l'engagement. Éventuellement, une dispute domestique au sujet de l'utilisation de la salle de bain ou sur la lunette des toilettes. Quoi qu'il en était, la possibilité qu'elle eût essuyé un refus semblait totalement inenvisageable. Mais même si leurs amis avaient pu avoir connaissance de ce qu'il s'était passé entre eux, ils n'auraient pu soupçonner le fiasco de leur relation éclair tant Inoue était devenue habile à donner le change. L'instabilité inquiétante du reiatsu du suppléant, noyée dans sa mauvaise humeur chronique brouillaient les pistes quant à son réel état émotionnel. En apparence, la situation semblait donc avoir évolué mais ne pas s'être dégradée. Tatsuki avait essayé d'approcher Ichigo qui l'avait rembarrée avec humeur, lui exprimant assez explicitement où elle pouvait se mettre ses excuses. Jamais, même au moment de son départ au Hueco Mundo, ils n'avaient été autant en froid. Elle prenait chaque jour davantage conscience de l'erreur monumentale qu'elle avait commise en s'immisçant dans la relation de ses amis. Elle sentait qu'elle avait fait plus de mal que ce qu'Orihime avait bien voulu lui dire, mais quand elle l'avait pressée de questions, son amie lui avait promis de tout lui expliquer dès qu'elle serait de retour de son week-end à Sapporo. Il était en effet prévu qu'elle fasse le voyage jusqu'à Hokkaido avec sa mère et son agent pour visiter la fac et commencer les préparatifs de son inscription. La semaine s'était donc terminée sur cet étrange jeu de dupes, entre mensonges, non-dits, et sentiments retenus.

Ichigo avait été soulagé de pouvoir décharger une partie de ses sentiments négatifs au cours des combats qui s'étaient engagés contre des Hollows de tout poil. Avec Ishida et Sado, ils avaient passé le week-end à courir dans toute la ville dès qu'une de ces monstruosités apparaissaient mais pour couvrir plus d'espace, ils s'étaient séparés. Même si cela ne représentait qu'une piètre soupape de sécurité dans le bouillonnement de tout ce qu'il ressentait, le Shinigami remplaçant avait au moins le soulagement de ne lui faire courir plus aucun risque. Elle était en sécurité, loin de lui et loin de la vie qu'il menait. Elle était chez elle... Peut-être triste mais en vie. Il ne s'en sentait pas le droit, mais il se surprit en plein combat à rechercher la chaleur de son reiatsu. Il n'avait jamais été bien doué pour tout ce qui nécessitait d'utiliser son énergie spirituelle avec finesse mais il eut envie de la sentir présente, quelque part, à défaut de pouvoir la sentir dans ses bras. Ne pas intégralement rompre ce lien qu'ils n'auraient plus jamais. Mais aussi fort qu'il essaya, il ne parvint pas à la localiser. Ni à son appartement, ni à la boulangerie, ni ailleurs à Karakura. L'inquiétude le déconcentra, et il n'esquiva pas le mouvement sournois d'un ennemi qui le coinça sous sa patte. Il dut son salut à la lame de... Zabimaru ?

- Renji ? Je croyais que tu avais reçu l'ordre de rester à la Soul Society ? S'étonna Ichigo, en saisissant la main que lui tendait son ami pour l'aider à se relever.

- La Douzième pense que le pire est passé, et le Sereitei est repassé en alerte minimum, les déplacements entre les mondes sont de nouveau autorisés. Lui expliqua Renji. Par contre, toi tu devrais vraiment rester à ton niveau d'attention maximum, parce que ta garde craint.

- Oi, temae, t'es venu de la Soul Society pour m'emmerder au sujet de ma garde ?

- Ouais, mais pas que... dit-il soudainement sérieux. Les Hollows se massent depuis le Hueco Mundo... On est tous chez Urahara pour nous organiser.

- Comment ça « tous » ?

- Le Capitaine-Commandant a chargé Rukia d'aller prendre la température dans le monde réel et l'a autorisée à désigner un ou deux Shinigamis pour l'accompagner. J'ai accepté de venir avec elle. Hisagi s'est porté volontaire prétextant l'expérience qu'il avait de sa précédente mission. Madarame s'est mis à gueuler qu'il serait pas non plus contre un peu d'amusement et évidemment, Ayasegawa a suivi... Entendant leur raffut, Matsumoto-san a décidé qu'elle avait besoin de se changer les idées après avoir été blessée...

- Nan mais vous vous êtes cru à un pique-nique ? Soupira Ichigo, le sourcil atteint de tics nerveux.

- Vu qu'on est quatre du même grade, et qu'en plus ceux de la Onzième n'écoutent personne, il fallait un capitaine pour mettre de l'ordre... Et comme il était pas encore rentré, c'est Hirako-taicho qui s'y colle.

- Shinji, mettre de l'ordre ? Je crois que plus c'est le bordel, plus il nage dans son élément.

En quelques shunpos, ils arrivèrent à la boutique de Kisuke et il y régnait une ambiance assez légère, malgré ce que lui avait appris Renji. Tout le monde était là, y compris Yoruichi, Sado, et Ishida.

Tous, sauf Orihime.


... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...


Bonjour à tous, et merci d'avoir lu.

Je vous partage ici toute ma hype pour le retour de Bleach : l'arc de l'Enfer s'annonce vraiment exaltant. On reverra sûrement des perso morts, peut-être Ulqui? (*sifflote*) puisque cela a déjà été le cas avec Szayel cinglé Aporro. J'ai été trop heureuse de voir aussi qu'Urahara n'était pas mort, parce que sa fin m'avait vraiment tiré des larmes. Un voile tombe : Ichigo est donc traducteur... J'apprécie qu'il fasse un boulot réaliste. Bref, je parlerais pendant des heures de tous les détails mais on n'est pas là pour ça ici. Je note cependant qu'on ne voit Orihime qu'un quart de seconde et qu'Ichigo se fait démonter par Rukia pour l'avoir laissée faire la lessive toute seule à la maison alors qu'il kiffe sa vie au restaurant de Keigo avec ses potes (Rukia qui découvre le facetime : priceless)

Je dédicace "To everything we left behind" à mon ancienne collègue Louisa. Dans ce chapitre, si les références vous intéressent : jouer au scrabble est une métaphore que j'ai entendue chez le youtubeur franco-japonais Louis-san pour désigner un rapport sexuel, et je trouvais drôle de la détourner pour justement dire le contraire. Le scrabble qui est quand même le comble de l'anti-fun... Pour la "promesse d'une félicité conjugale éternelle", les amis, c'est tiré d'un épisode de Buffy contre les vampires. Le "vous vous êtes crû à un pique-nique", c'est vraiment une réplique d'Ichigo dans l'animé, épisode 115 à toute une clique de Shinigamis qui se pointe dans le monde réel après la dérouillée contre Yami. Ichigo ne manque pas d'humour, mais je ne sais pas s'il le fait exprès. Je crois que j'ai piqué à quelqu'un le "c'était pas une otage" de Isshin, mais avec tout ce que je lis, impossible de le rendre à César. L'intertextualité est infinie, et c'est en y réfléchissant que je me rends compte que tout ce qu'on lit, ce qu'on entend peut un jour ressortir de façon inattendue.

Concernant LA scène qui fâche : quand j'ai commencé à écrire cette fic, en 2014, elle était classé T. Ecrire une scène de ce genre était un défi mais je ne voulais pas mourir sans essayer (phrase à ne pas sortir de son contexte). Je me suis d'ailleurs lancée beaucoup de défis dans cette fic, entre le poème, cette scène de humhum, le style épistolaire ou le compte-rendu scientifique (à venir...) La maturité aidant, j'ai revu la classification, et j'ai réfléchi à comment décrire cette "péripétie" qui n'existait pas dans mon scénario de base et qui a pas mal bousculé ce que je voulais faire... Quand on écrit, il faut accepter que les histoires prennent vie et fassent ce qu'elles veulent. J'espère que j'aurai réussi à bien la retranscrire.

Je suis toute disposée à justifier mon interprétation d'Ichigo. Mais pour rappel, quand Matsumoto veut le corrompre en lui montrant ses seins pour qu'il l'héberge, il fait mine de se cacher les yeux avec ses mains mais regarde quand même en écartant les doigts (ép 116). Pour Orihime, c'est plus simple : dans la vie, on ne se languit pas de quelqu'un pendant 2 ans sans avoir des pensées impures de temps en temps (ép 345) D'ailleurs, il me semble que dans ce même épisode, où elle lui demande s'il n'a pas remarqué quelqu'un en train de le suivre, il lui répond un truc du genre "tu dois plus avoir l'habitude que moi", preuve une nouvelle fois qu'il est pas aveugle le mec. En bref, ce sont des adolescents de 17 ans normalement constitués, comme dirait Karin.

Enfin, je vous informe que j'ai terminé la rédaction de cette fic, qui compte 11 préludes, 11 chapitres + un bonus final.

Promis, la prochaine fois, je ne raconte pas ma vie à la fin du chapitre.