Hey !

Et d'un OS de plus, rédigé sur le thème Grenat pendant la nuit du FoF. Encore un truc un peu tortueux avec Sasuke. Et cette fois, c'est du canon ! Je me suis bien amusé en l'écrivant, j'espère qu'il vous plaira !

Merci à Oohfemmeluxieuse pour sa review sous le chapitre précédent !


Résumé : Encore une fois, Sasuke s'en va.
Rating : K plus.
Genre : Romance/Drama.
Univers : Canon (période Boruto)


Ces yeux dans le miroir

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Grenat, ces yeux dans le miroir. Ce rouge sombre à peine rosé que la lumière transperce. Illumine. Sur ses iris noirs, un voile qui s'anime, déchiré par les dessins ancestraux tournés vers sa pupille.

Grenat. Ce n'est pas sa couleur habituelle et, pourtant, elle est là.

Sasuke soupire.

Il entend Sakura qui s'active au salon et il pense que, ce soir, il s'en va. Il part en mission - encore. Il abandonne Konoha. C'est une vieille habitude, maintenant. Presque une blague. La même histoire qui se répète, si ce n'est que cette fois, il filera rouleau en main sur l'ordre du Hokage.

Le Hokage. Naruto. Dans sa tête, ces deux mots refusent de s'assembler.

Il part. Mais Naruto, cette fois, ne le rejoindra pas à la Vallée de la fin.

Grenat, c'est la couleur de ses yeux. Du sang qu'ils ont versé là-bas, dilué dans l'eau.

C'est aussi le reste rougit sous les yeux de Sakura, la première fois qu'il est parti. Elle pleurait, il se souvient. Les mains jointes, à lui débiter les discours les plus sincères qui soit. Des mots comme on en dit quand on ne comprend pas encore les promesses qu'on est prêt à faire. Quand on perd ce qu'on croit avoir de plus précieux.

Aujourd'hui, Sakura sermonne leur fille dans le salon. Et ce soir il s'en va.

Est-ce qu'elle pleurera encore ? Il se demande, à chaque fois, si ses départs lui font la même douleur. Sans doute pas. Aujourd'hui, elle a l'espoir de le voir revenir. Aujourd'hui, elle a compris qu'elle n'avait pas que lui, qu'elle ne pouvait pas résumer sa vie sur cette histoire d'amour. Elle a grandi.

Naruto aussi. Eternel gamin, il n'en fait pas moins un bon chef pour ce village.

Alors, de leur trio, Sasuke est le seul qui n'a pas su avancer.

Il regarde dans le miroir, son visage durci par le temps. Ses cheveux alourdis qui l'encadrent. Grenat, c'est la couleur de ses yeux.

Des yeux d'Itachi.

Ce soir, il abandonne encore le village qui a pris son frère, sa famille, au nom d'un bien plus grand que leur pauvre communauté. Ce soir, il s'en va obéir à la mission que lui confie ce même village. Est-ce qu'il trahit les siens en agissant de la sorte ? Est-ce qu'il ne devrait pas refuser, et rester ? Ou partir pour ne jamais revenir ?

Des années qu'il y pense, et il n'a toujours pas trouvé la réponse à cette question. Peut-être qu'il n'y en a pas. Sasuke est un traître, un traître au sien, à son clan, à son village. Ces yeux, là, ce sont des yeux de traître. Les iris d'une famille de traître qu'un traître a éliminée avant que n'éclate le coup d'État.

C'est dans ses gênes, sans doute. Comme le Sharingan.

Alors ce soir il part, encore. Il part pour obéir et il trahit les siens par ce même geste.

La journée passe comme autant d'autres. Et quand vient l'heure de dire au revoir, Sasuke ne le dit pas. Il sort par la porte arrière, dans le jardin. Il se retourne sur les fleurs écarlates plantées devant la clôture, se demande qui de Sakura ou de leur fille les a plantées là. Peut-être que ce n'est pas elles, non, peut-être que c'est un ami qui a aidé. Un voisin. Kiba ? Hinata ? Il ne sait même pas.

Il se retourne, et il se demande si, un jour, il pourra rester. S'il pourra revenir à Konoha sans éprouver cet incessant besoin de s'éloigner, s'éloigner sans attendre le jour où il reviendra.

Il y a tellement de fantômes, ici.

Il s'avance aux portes du village, et chaque pas qu'il fait le renvoie à son premier départ. Chaque pas sur cette allée lui rappelle Itachi, disparu avant lui. Itachi qui a lui aussi passé l'entrée de Konoha. Qui n'y reviendra plus jamais. S'en aller, est-ce une manière de suivre ses traces ? A-t-il le droit de quitter un village que son aîné a défendu jusqu'au bout ? De servir un pays qui l'aura mené à sa perte ?

Un bruit derrière lui. Un mouvement bref.

– Tu oublies quelque chose.

Sasuke sourit presque. Non, il n'oublie pas. De toutes les voix qui ont cherché à le retenir, il n'oubliera jamais celle-là.

Bleu, les yeux de Naruto. Grenat, son sang qu'il a vu. Qu'il a fait couler. Il se souvient de l'odeur de fer rouillé qui flottait autour d'eux.

Rouge, le ruban qui retient le rouleau qu'on lui tend. Est-ce qu'il doit y voir un signe ? Sans doute pas, non. Naruto ne verse pas dans la subtilité. Ce qu'il veut dire il le dit, il le dit devant les autres, même.

– Tiens.

Sasuke tend la main. Pour attraper le rouleau. Pour effleurer ses doigts. Ses doigts fermes que les heures passées dans son bureau de Hokage ont tachés d'encre.

Il pourrait partir, là, sans le message. Sans la mission. Partir sans emporter avec lui l'excuse qui l'invitera à revenir. Il pourrait abaisser son bras, dire non, se retourner. Est-ce que Naruto l'affronterait ? Est-ce qu'il chercherait à le retenir ?

Est-ce qu'il veut qu'on le retienne ?

Il regarde son chef, l'objet enroulé dans sa paume. Et il pense que c'est déjà le cas. Lui donner ces quelques mots, ce secret à transmettre, c'est une invitation à revenir. A rester. Sans le dire, il lui dit reviens, parce qu'après tout ça, le blondin veut encore de lui.

Sasuke s'est trompé. Naruto est bien plus subtile qu'il n'y paraît. L'homme devant lui n'est plus le gamin qui l'a poursuivi des années auparavant. Il a grandi, plus qu'il ne pensait.

Il a compris comment le ramener au village, encore et encore. Puisque l'Uchiwa n'a pas bougé, parce qu'il s'obstine à le quitter. Parce qu'il n'arrive pas, lui, à grandir.

S'il attrapait sa main, il n'aurait peut-être plus besoin de se raccrocher à la haine. Mais rien n'est moins sûr, et la haine au moins, Sasuke la connaît. Plus que le bonheur. La simplicité l'effraie, il ne sait pas quoi en faire. Ces miasmes de pensées tortueuses le rassurent. Dans la douleur, dans le regret, dans la colère qui hurle, il y a la familiarité.

– Reviens vite.

L'affection sous-jacente lui fait peur - et pourtant, ce n'est pas faute de la désirer.

Ils s'observent. Est-ce que Naruto espère, là, qu'il va refuser ? Rejeter le parchemin pour revenir vers lui, le prendre dans ses bras ? Et ce qu'il prie, chaque fois qu'il l'envoie loin, pour que Sasuke refuse de partir ?

Il ne peut pas le lire sur son visage. Ses iris grenat décortiquent les mouvements, mais ils ne peuvent rien face aux émotions des gens. Déjà qu'il ne comprend pas les siennes.

Le ninja ramène le rouleau dans sa sacoche. D'un même mouvement, il accepte la mission et sépare ses doigts de ceux de Naruto.

Il ne lui dit pas au revoir, à bientôt ou adieu. Il ne se penche pas vers lui comme il l'a fait la première fois qu'il est parti, à se répéter qu'il s'avançait pour éliminer définitivement celui qui entravait sa route. Avant de se reculer, convaincu qu'il ne pouvait pas l'embrasser comme ça. Que c'était trop tard pour eux, pour tout.

Il se retourne, simplement. Laisse la nuit l'avaler.

Il caresse le rouleau dans sa poche en songeant qu'au fond, rien ne l'oblige à suivre la mission qu'il vient d'accepter.


Et voilà. Ma première lecture du manga remonte et je suis encore en train de tout me refaire, donc j'espère que je n'ai pas laissé d'énormes incohérences.
J'espère que ça vous aura plu ?