Chapitre 47

Les quatre sorciers arrivèrent rapidement à la cabane hurlante, après avoir emprunté le passage sous le saule Cogneur, ils se dirigèrent à pas de loup à l'intérieur de la maison. Des voix se firent entendre un peu plus loin, étant donné l'état précaire de la maison et le risque de faire du bruit en marchant sur le bois grinçant, ils décidèrent de se cacher à quelques mètres de la discussion.

- Vous avez accompli une magie extraordinaire avec cette baguette maître, et en si peu de temps ...

- Non... non... Je suis extraordinaire ... Mais la baguette me résiste.

Rose coula un regard en direction de son frère. Voldemort était arrivé et parlait avec Rogue. Le cœur de la rousse battait la chamade, Tom n'était plus qu'à quelques mètres ...

- Il n'y a pas de baguette plus puissante ... Ollivander lui-même la dit. Cette nuit quand le garçon viendra elle ne vous décevra pas, je puis vous l'assurer. C'est à vous qu'elle obéis ... Et seulement à vous.

- Ah oui ? Demanda Voldemort de manière rhétorique.

- Maître ?

Profitant d'une fine fêlure dans le mur de bois qui les séparait, la sorcière aux yeux verts se risqua de lancer un regard à la scène. Nagini était au sol et dévisageait le maître des potions qui se tenait bien droit face au mage noir. Tom quant à lui, ses cheveux étaient décoiffés, ses yeux étaient noirs et sa peau blanchâtre. Il avait de gros cernes sous les yeux et son visage paraissait creusé et terne ... Il semblait malade et cette vision mis les larmes aux yeux à la rousse.

Derrière lui, Harry attrapa la main de sa sœur pour la serrer, sachant très bien que c'était un moment difficile pour elle. Elle avait besoin de son grand frère.

- La baguette m'obéis-t-elle pleinement ? Tu es un homme intelligent Severus, tu dois savoir ... Envers qui est-elle véritablement loyale ?

- Envers vous ... Bien sûr maître. Répondit le sorcier.

- La baguette du sureau ne peut m'obéir tel qu'il se doit car je ne suis pas son vrai maître ... Annonça Tom. La baguette de sureau appartient à celui qui a tué son dernier propriétaire.

A cet instant, le directeur de Poudlard savait très exactement ce que voulait le mage noir. Il savait pourquoi il l'avait fait venir ici, seul dans cette vieille maison et pourquoi il avait pris la peine de le faire alors que c'était littéralement la guerre dehors. Toutefois, fidèle à lui-même il garda une expression impassible et le regarda en fermant toujours son esprit.

- Tu as tué Dumbledore Severus ... Tant que tu vivras, la baguette ne pourra m'obéir totalement. Tu as été un bon et loyal serviteur Sévère ... Mais j'ai encore des choses à accomplir, je dois récupérer ma femme et je dois tuer Harry Potter ... Moi seul peut vivre ... A jamais.

- Maître ?

- Nagini ! Tue !

Tout se passa extrêmement vite. Le serpent se jeta au cou de Severus en mordant sa carotide. Son corps heurta à plusieurs reprises le fin mur en bois derrière lui, là où se trouvait les quatre sorciers. Rose plaça sa main devant sa bouche pour éviter de laisser échapper un sanglot, et Harry la prit dans ses bras, faisant reposer sa tête contre son torse. Il la berça doucement tandis qu'ils entendirent à répétition le bruit morbide des crocs déchiquetant la chair du pauvre mangemort.

Une dizaine de secondes plus tard, un « POP » caractéristique du transplannage se fit entendre. Harry regard brièvement par un interstice et constata que Voldemort était parti avec Nagini, laissant le professeur à l'agonie.

Rose se releva suivit de son frère et ses amis, ils se dirigèrent lentement vers le corps de Rogue. Ce dernier était allongé et observa les nouveaux venus sans réelle surprise. Sans attendre, la rousse se jeta contre lui et plaça ses deux mains sur sa carotide pour tenter d'atténuer l'hémorragie. Son jumeau la regarda un instant, lui faisant comprendre d'un simple regard que c'était trop tard mais celle-ci ne voulait rien savoir.

Severus déposa sa main droite sur celles de la jeune fille face à lui et laissa quelques larmes couler.

- Potter ... Prenez les ... Prenez les ! Fit-il en désignant les gouttes perlant le long de ses joues.

- Donne-moi quelque chose ! Demanda Harry en regardant Hermione. N'importe quoi, un flacon, vite !

Cette dernière sortit fébrilement une fiole de son sac pour la tendre au brun qui s'approcha rapidement de son ancien professeur pour récolter les larmes.

- Mettez-les dans la pensine ...

A la suite de ses mots, il regarda un instant Harry qui était le triste portrait de son paternel mais possédant les yeux de sa mère. Il plongea dans son regard un instant avant de dévisager sa sœur qui tenait toujours fermement son cou. Si la douleur ne crispait pas autant son visage, il aurait émis un sourire à la vue de la jeune fille qui tentait de le sauver envers et contre tout, malgré tout ce qu'il avait fait. Elle avait la bonté de sa mère.

Il ne pouvait détacher ses yeux du regard émeraude de la jeune femme face à lui, tout en elle lui rappelait sa Lily, la douce Lily ... Elle lui ressemblait tellement, et à cause du venin dans ses veines et des larmes dans ses yeux, il ne voyait à présent plus que son ancienne amie face à lui. Il l'avait blessé il y a longtemps et n'avait jamais pu s'excuser et cela lui avait porté sur le cœur pendant des années. Cependant, maintenant qu'il la voyait devant lui, il ne put s'empêcher de vouloir soulager sa conscience ...

- Lily regarde-moi ... Je suis désolé ...

L'esprit léger d'avoir enfin pu s'excuser, il maintenait son regard sans ciller, voulait à tout prix emporter avec lui dans la mort la douce image d'une jolie rousse aux yeux verts ...

Le regard du maître de potion devint rapidement vitreux et sa main posée sur celle de la jeune Potter tomba mollement le long de son corps.

Severus Rogue était mort ...

Harry prit sa jumelle dans ses bras qui commença à sangloter bruyamment puis tout d'un coup, ils entendirent de nouveau la voix de Lord Voldemort retentir.

- Vous avez combattu vaillamment ... Mais en vain ... Je ne souhaite pas cela, chaque goutte versé d'un sang de sorcier est un terrible gâchis ... J'ordonne à mes forces de se retirer immédiatement, en leur absence occupez-vous de vos morts avec dignité. Harry Potter c'est à toi que je m'adresse maintenant : cette nuit tu as laissé des amis mourir à ta place, au lieu de m'affronter toi-même, il n'y a pas de plus grand déshonneur. Tu connais pourtant la finalité de toute cela ... Rejoins-moi dans la forêt interdite et fais face à toi destin ... Je veux que tu viennes avec ce que tu m'as pris ... Je veux que tu amènes Rose avec toi, nous savons tous deux très bien que sa place est à mes côtés ... Si vous ne venez pas, je tuerais jusqu'au dernier homme, jusqu'à la dernière femme, jusqu'au dernier enfant qui aura essayé de vous cacher de moi ...

Les sanglots de Rose ne s'atténua pas, au contraire. La voix de son époux était effrayante, il était vraiment déterminé à mettre la main sur les jumeaux. Tous deux pensèrent la même chose, ils ne voulaient plus être responsable de la mort de quiconque, tout cela devait cesser. Ce soir.

Le petit groupe d'amis se dirigèrent vers la grande salle, d'un pas peu assuré. Ils ne croisèrent personne en chemin à leur plus grand étonnement mais une fois arrivé à destinations, ils comprirent que c'était ici le lieu de rassemblement. Des camps de fortunes étaient installés un peu partout, il y avait des centaines de blessés et les corps inanimés au sol prouvaient la présence de nombreux morts. On entendait aucune conversation, uniquement des cris de douleurs, de peine et des sanglots résonnaient dans la salle habituellement festive.

Rose se sentait encore une inconnue face à la foule, elle resta à l'entrée de la pièce et regardant d'un air absent son frère s'avancer parmi les victimes.

Ce dernier revint vers elle quelques secondes après, ne pouvant supporter la vision des morts et la culpabilité qui l'étreignait douloureusement. Ses yeux ne reflétaient que du vide, du désespoir ... Il en était persuadé : la vision des corps de Rémus, Tonks et Fred allait le hanter éternellement.

Les jumeaux n'avaient pas besoin de se parler, ensemble ils avancèrent en direction de bureau de Dumbledore où reposait la seule pensine à leur disposition, pour pouvoir visualiser les souvenirs de Rogue.

Sur le chemin, aucun des deux ne prononça le moindre mot. Rose pensait douloureusement à Tom, à tout le mal que leur amour avait causé et allait encore faire. A la finalité de toute cette histoire, qui allait gagner ? Y aura-t-il vraiment un gagnant ? La rousse était persuadé que tout le monde sera perdant ... Harry se ressassait sans cesse les pleurs et les cris déchirants de la famille Weasley à la vue du cadavre de Fred et il pensait à Ted, le fils de Lupin et Tonks qui venait de naître et qui était déjà orphelin ... Tout était de sa faute.

Une fois arrivé dans le grand et vaste bureau, ils sortirent la pensine en éprouvant un triste sentiment de nostalgie et de tristesse. Harry déversa le contenu de la fiole dans l'eau stagnante face à lui et après un regard prolongé à sa sœur, ils plongèrent ensemble dans les souvenirs de leur ancien professeur de potions.

C'était l'heure des révélations.