Voici la suite!

Sans blague, j'ai l'impression que vous avez réfléchi plus que moi aux rouages de cette intrigue. XD L'écriture n'est pas finie, mais j'ai pondu le scénario en un temps record et je me suis attardée bien plus à l'atmosphère qu'au pourquoi du comment. Il y a beaucoup de détails qui demeureront esquissés. Les amateurs d'histoires bien ficelées seront peut-être déçus. ;)

Rappel du contexte : Hermione est geôlière à Garverdel depuis quelques semaines. Elle commence à ressentir de l'attirance pour son prisonnier et à constater qu'il semble moins dangereux que ce qu'elle croyait. Neville (décédé par suicide), puis Colin (dans le coma) ont été les geôliers de Severus avant elle. Luna travaille aussi à Garverdel. Harry et Ron sont morts pendant la guerre. On est aux deux-tiers de l'histoire environ.

(Ce qui s'en vient sera assez sinistre.)

((Rappelez-vous que j'aime les happy endings.))


Chapitre 13. Embrasement II

À partir de ce jour, beaucoup de choses changèrent, pour le meilleur et pour le pire.

Hermione n'osa pratiquement plus regarder son prisonnier en face, comme pour ne pas alimenter cette espèce d'élan inexplicable envers lui.

Mais cette distance toute contrôlée ne fit qu'attiser le feu qui voulait lui réchauffer les tripes. Plus elle se faisait violence pour ne pas penser à lui, plus il hantait ses pensées, et le fait de devoir le surveiller pendant de longues heures n'aidait en rien.

Ironiquement, même si Hermione tentait de garder une distance prudente, elle n'avait jamais permis une telle proximité entre eux. C'était comme si elle avait soudain arrêté de se méfier des faits et gestes de Rogue.

Il passait parfois dans son dos au laboratoire, s'approchait d'elle pour prendre des bocaux. Par moments, Hermione laissait même sa baguette rangée à sa ceinture pendant qu'elle griffonnait ses équations de façon obsessive sur le mur vide du laboratoire. Elle savait qu'il ne lèverait pas la main contre elle.

Il avait, envers et contre tout, réussi à gagner sa confiance.

Hermione savait que cette usure de ses défenses aurait dû l'alerter – ce n'était pas ce qu'elle craignait depuis le début, après tout? Que Severus Rogue la manipule comme il avait manipulé Neville et Colin?

Mais cette étrange familiarité était devenue trop confortable pour qu'Hermione eût réellement le courage d'y mettre fin.


Un matin, Hermione fit un détour par le hall avant d'aller s'enfoncer dans les multiples sous-sols de Garverdel.

Elle toqua à la porte du bureau et attendit que le gardien vienne lui ouvrir. Revoir ce visage revêche lui fit un curieux effet. Elle réalisa que beaucoup d'eau avait coulé sous les ponts depuis que l'employé lui avait ouvert les portes de l'établissement, quelques semaines plus tôt.

- Bonjour, dit-elle, même si son interlocuteur ne semblait pas particulièrement se soucier des marques de politesse. Je me demandais si je pouvais devancer ma sortie mensuelle.

Le gardien fronça les sourcils et s'éloigna de quelque pas pour éplucher un rouleau de parchemin sur son bureau.

- Votre sortie habituelle, c'est le…

- La dernière fin de semaine du mois.

- Ah oui. Et votre dernière sortie a été annulée pour…

- Pour une raison sans importance, coupa Hermione. Ça fait deux semaines, à présent. Est-ce que c'est possible de déplacer ma sortie samedi matin?

- Oh, ce samedi, non. C'est impossible.

Il déposa son parchemin.

- Et pourquoi? demanda-elle.

- C'est moi qui suis en sortie, samedi prochain.

- Et alors?

- Personne n'est autorisé à entrer ni sortir quand je ne suis pas à Garverdel.

Hermione le contempla fixement.

- D'accord, s'entendit-elle répondre.

Elle s'éloigna.


Elle arriva trop tôt à la cellule de Severus Rogue, n'ayant pas prévu que sa conversation avec le gardien se terminerait si rapidement.

Elle prit soin de cogner à la porte, mais son prisonnier était à nouveau occupé à faire ses maudites tractions quand elle entra. Elle resta figée, comme hypnotisée par ce grand corps qui se mouvait avec vigueur et agilité. Le rythme des bras qui se soulevaient, le tracé du bassin dans l'air, le souffle brusque qui ponctuait chaque effort. C'était comme une chorégraphie répétée à la perfection.

Rogue se laissa retomber sur ses pieds et posa les yeux sur elle avant qu'elle n'ait le temps de détourner les siens.

- Vous allez me faire rougir. Avoir su que vous vous viendriez aussi tôt, j'aurais préservé mon intimité.

Son épiderme resta d'albâtre, ce fut celui d'Hermione qui devint écarlate. Elle regarda à terre.

- J'ai cogné.

- Vous ne m'avez pas laissé le temps de terminer.

- Je ne voulais pas vous surprendre.

- Qu'importe. Je suis prêt. Allons-y.

Elle rouvrit la porte et se recula pour laisser Rogue la précéder dans le corridor.


En général, Hermione avait une bonne capacité à ignorer les distractions pour se concentrer sur les choses importantes, par exemple tracer ses innombrables calculs sur les murs du laboratoire plutôt qu'observer son prisonnier dans les plus menus détails.

Mais elle n'avait pas le contrôle de son cerveau cent pourcents du temps.

Une nuit, elle rêva de lui.

D'eux.

Ensemble.

Le long corps fin de Severus Rogue se mouvait vigoureusement-dessus du sien. Il était nu. Elle aussi.

La libido d'Hermione était profondément endormie depuis des mois, résultat d'une solitude extrême, mais dans son rêve, le contact avec l'épiderme de Rogue était grisant et leurs sexes se moulaient à la perfection.

Elle en voulait plus.

Les yeux noirs l'observaient pendant qu'elle haletait et s'agrippait à ses épaules.

- Vous êtes ma préférée, lui soufflait-il.

Hermione maudit les sifflements du vent pour la tirer du sommeil à cet instant précis. Elle avait encore au creux des tripes cette sensation étourdissante de chaleur.

Il faisait encore nuit noire. Elle rabattit sa couverture par-dessus sa tête, comme pour se couper du reste du monde et, pendant un instant, elle voulut céder à l'envie impérieuse de se toucher, de goûter à un moment de grâce, même s'il ne relevait que du fantasme.

Mais elle savait que se donner du plaisir en pensant à Severus Rogue se ferait qu'alimenter son malaise.

Alors elle repoussa ses draps d'un geste brusque, dans l'espoir que la fraîcheur de la chambre lui refroidirait les idées, et se leva, un peu chancelante, pour aller se poster à la fenêtre quadrillée de barreaux qui lui servait de contact avec l'extérieur.

Elle respira de tous ses poumons, et son souffle fit un nuage de buée sur la vitre, bloquant sa vue de la cour en proie aux mauvaises herbes, lesquelles ressemblaient à des sculptures de sel sous la lueur de la lune.

Elle avait besoin de sortir de cette bâtisse de cinglés.

De mettre de la distance entre elle et Severus Rogue.