Merci d'être encore avec moi pour la suite de cette histoire, même après un chapitre difficile à lire. Je comprends vos réactions même si j'ai tendance à les sous-estimer. Quand on a une scène en tête depuis des mois, sa charge dramatique finit par s'effriter. Cela dit, je sais que nos deux protagonistes sont à un endroit très sombre et je ne veux pas patauger dans tout ça trop longtemps. Les choses vont bouger assez vite à partir de maintenant. D'ailleurs, il reste seulement 5 ou 6 chapitres avant la fin. Bonne lecture!
Chapitre 15. Écrasement
Elle ne le regarda plus.
Ne pénétra plus dans la même pièce que lui.
Après un tel désastre, il ne semblait pas y avoir de retour en arrière possible.
Elle se contentait de déverrouiller sa porte le matin, puis patientait dans le corridor jusqu'à ce qu'il la rejoigne. Elle l'accompagnait au laboratoire, repartait à sa propre chambre, revenait le soir pour refaire cette chorégraphie en sens inverse.
Le répertoire de mots qu'elle lui adressait devint étrangement limité.
Allons-y.
C'est l'heure.
C'est terminé.
Elle fixait le plancher. Marchait derrière son prisonnier à distance prudente.
Et surtout, elle passait le plus clair de ses journées allongée sur son lit ou assise en tailleur sur le sol de sa chambre, le cerveau mijotant dans une espèce de compote épaisse qui l'empêchait de réfléchir de façon cohérente.
L'écoulement des heures, des jours devint de plus en plus flou. Il n'y avait plus début ni fin, seulement une suite ininterrompue de moments identiques, silencieux, mille fois répétés.
Parcourir les corridors.
Déverrouiller les portes.
Fixer le plafond.
Toute son existence était devenue comme un long sommeil éveillé auquel elle n'entrevoyait plus aucune issue.
Jusqu'au jour où tout changea, complètement.
Un matin pareil à tous les autres, Hermione appliqua la paume de sa main sur la porte de la cellule numéro 3, puis l'ouvrit et patienta en fixant le vide.
Un frisson courut le long de sa colonne vertébrale. Quelle date pouvait-il être? La mi-décembre? Il faisait de plus en plus froid dans les sous-sols de Garverdel.
Maintenant qu'elle n'accompagnait plus Rogue dans son laboratoire et que sa magie ne risquait donc plus d'interagir avec des matériaux dangereux, elle lançait un sort de réchauffement sur son mince uniforme de toile, mais ça ne suffisait pas à chasser l'humidité ambiante. Qu'aurait-elle donné pour avoir un pull-over sous la main?
Hermione en était là dans ses réflexions, toute seule dans le corridor sombre, quand elle remarqua que son prisonnier mettait beaucoup trop de temps à émerger de sa cellule.
Première fausse note dans une routine usée à la corde.
Elle s'approcha, risqua un coup d'œil à l'intérieur, en veillant à ne pas franchir le pas de la porte d'un seul millimètre.
Il était là, immobile, au fond de la grande pièce blafarde avec son plafond trop bas.
Sa grande silhouette écarlate lui tournait le dos, postée près de ce semblant de fenêtre qui servait de moyen de communication avec les autres cellules.
Le cœur d'Hermione se serra.
Que faisait-il donc?
- C'est l'heure, hasarda-t-elle, dans l'espoir d'une réaction qui ne vint pas.
Pourquoi l'ignorait-il, tout à coup?
Était-elle donc de retour à la case de départ? Avec un prisonnier revêche qui ne voulait pas travailler?
Merlin…
- Il faut partir, insista-t-elle.
Severus Rogue était devenu sourd, semblait-il.
Elle resta plantée là, à l'entrée, aux prises avec une anxiété grandissante.
L'instant d'après, elle comprit qu'aujourd'hui ne serait résolument pas un jour sans histoire.
Il y eut des détonations.
Non, des explosions.
Quelque part dans les entrailles de Garverdel, assez fortes pour faire trembler le sol sous ses pieds.
Puis des cris.
Plusieurs.
Seulement à ce moment, Rogue pivota sur lui-même, trop lentement pour que ce fût naturel.
Ses yeux étaient comme deux puits sans fond, son visage d'albâtre semblait plus pâle que d'habitude, si c'était possible.
Elle ne l'avait pas regardé en face depuis… depuis…
- Vous feriez mieux d'entrer, Hermione.
Sa voix était calme, lisse, et Hermione, dans les circonstances, y trouva un étrange réconfort.
Dans sa vision périphérique, plusieurs silhouettes écarlates avait apparu, envahissant l'extrémité du couloir.
Hermione ne se questionna plus. Elle se réfugia dans la cellule et claqua la porte dans son dos, terrifiée. À bien y penser, elle préférait passer une fois de plus dans le lit de son prisonnier qu'affronter tout un groupe de malfaiteurs assoiffés de vengeance. Au moins, Severus Rogue la touchait comme s'il avait craint de la casser en morceaux, ce qui était plus rassurant que la perspective de se faire défigurer à coups de pieds comme Colin Crivey.
Rogue, à l'autre extrémité de la pièce, ne bougeait toujours pas.
À l'extérieur, le brouhaha montait crescendo.
Hermione sentit son front se couvrir de sueurs froides.
- Qu'est-ce qui se passe? bredouilla-t-elle.
- Une mutinerie, répondit-il. Vous êtes en sécurité tant que vous restez à l'intérieur.
Elle le croyait.
Elle voulait tellement le croire.
Peut-être était-ce son imagination, mais elle avait l'impression que les yeux noirs s'étaient adoucis devant sa panique grandissante.
Rien ne pouvait la préparer à ce qui allait suivre.
Quelqu'un toqua brusquement à la porte, faisant sursauter la geôlière déjà éprouvée.
L'événement aurait pu être banal si Hermione n'avait pas été à Garverdel, là où personne n'avait essayé d'entrer en communication avec elle depuis près de deux mois.
Était-ce un autre prisonnier qui voulait libérer Rogue?
Un geôlier en difficulté?
Hermione fixait la porte close, le pouls en furie, sans savoir quoi faire.
Et finalement, elle comprit. Elle comprit quand 80 kilos de muscles et de chair se jetèrent sur elle. Elle comprit quand Severus Rogue lui arracha sa baguette des mains, quand il la coinça contre lui comme dans un étau.
Elle comprit qu'elle s'était gourée, royalement.
Le sentiment de trahison fut insupportable.
- Severus! S'il vous…
Il s'empara de sa main droite, l'approcha inexorablement de la porte pour en déverrouiller les entraves magiques.
Elle se débattit, haleta, mais il était bien plus fort qu'elle. Voilà à quoi servaient tous ces exercices physiques, toutes ces tractions.
- Non! NON!
Rien n'y fit.
L'instant d'après, Lucius Malefoy s'engouffrait dans la cellule, avec un air royal qui tranchait avec son uniforme de prisonnier.
- Bien le bonjour.
- Où est Lovegood? répliqua Rogue en guise de salutation, sa voix de basse vibrant contre le dos d'Hermione.
- Elle a réussi à partir. Les protections ont sauté plus facilement que prévu.
En entendant cette réponse, Hermione cessa de remuer et assista à la suite de l'échange, sous le choc.
- On a combien de temps? demanda Rogue.
- Peu.
Les yeux gris de Malefoy se posèrent sur elle.
- Et elle?
Hermione eut un mouvement de recul, mais elle était déjà coincée contre le corps de Rogue. Les deux grands bras avaient desserré leur prise autour d'elle, si bien qu'elle ne savait plus exactement si elle était captive ou protégée.
- Elle vient, répondit Rogue.
Le blond sourcilla d'un air ironique.
- Tu ne lui as pas envoyé l'invitation, on dirait.
- Plus tard, trancha la voix grave.
Malefoy passa un index pensif sur ses lèvres.
- Je crois que du rouge nous faciliterait la tâche.
Rogue eut l'air d'hésiter, puis se rallia à son complice :
- Entendu.
La prise se relâcha complètement autour d'Hermione, qui eut soudain froid. Il y eut un froissement de vêtements derrière elle, et lorsqu'elle fit volte-face, ce fut pour se retrouver devant des pectoraux pâles où courait un chemin de poils très sombres.
Elle leva les yeux. Les prunelles noires dardèrent les siennes.
- Tourne-toi.
Hermione comprit que Rogue ne s'adressait pas à elle quand Malefoy répondit :
- Relaxe, je ne vais pas te piquer ta geôlière.
-Tourne-toi! répéta Rogue, sans réplique.
Il claqua des doigts et Hermione sentit son mince pull de geôlière s'agrandir brusquement. Quand il se pencha sur elle pour en soulever les pans, elle tenta de l'arrêter. Il ne dit rien, mais ses yeux incendiaires la mirent au défi de s'opposer à lui.
Elle n'avait aucune chance. Ils étaient deux, ils étaient armés.
Alors elle céda, toute molle, laissant Rogue retirer son haut, exposer son ventre aux courants d'air glaciaux, dévoiler le soutien-gorge bleu qui protégeait trop peu sa poitrine.
Il la força à enfiler le t-shirt rouge bien trop grand pour elle et il revêtit lui-même l'uniforme des geôliers. Le changement de garde-robe ne dura que quelques secondes, mais laissa Hermione tremblante et nauséeuse.
Une grande main chaude lui prit le menton, l'obligeant à renverser la tête pour soutenir le regard pénétrant de son prisonnier :
- Restez près de moi.
Une pagaille indescriptible régnait dans le corridor exigu. Les jets de lumière fusaient, les cris transperçaient les tympans, la fumée faisait larmoyer les yeux.
Ils coururent.
Elle ne savait pas où ils allaient ainsi, mais la vue d'un geôlier recroquevillé à terre sous l'assaut des doloris la convainquit que s'attarder n'était pas une option. Alors elle courut, elle aussi, à en avoir les poumons en feu.
Elle savait que l'uniforme rouge de Rogue jouait en sa faveur, qu'elle avait de bonnes chances de passer inaperçue dans tout ce bordel, mais ce vêtement ne la protégeait malheureusement pas des sorts perdus.
Impossible de dire si c'était un geôlier ou un prisonnier qui l'avait visée, ni même si c'était intentionnel ou accidentel.
Au moment où elle s'écroulait, on la percuta de plein fouet, la cueillit par la taille. Elle savait que c'était Rogue. C'était lui qui fermait la marche et il la talonnait de près.
Mais une autre main se referma aussi sur son poignet.
Et quand Hermione fut aspirée dans le néant caractéristique du transplanage, elle ne sentait plus la chaleur de Severus Rogue contre elle.
Une chute comme je les aime. ^^
À bientôt.
