Coucou! J'essaie très fort de compléter cette histoire ce mois-ci. Du coup, ça me laisse peu de temps, alors vous pouvez vous attendre à plusieurs chapitres très rapprochés.

Bonne lecture!


Chapitre 16. Turbulences I

Elle ne savait pas combien ils étaient.

Quatre, cinq?

Leurs mains étaient partout.

Leurs corps envahissaient son espace, les taches écarlates de leurs habits de prisonniers lui brûlaient les rétines. La saccade de sa propre respiration lui emplissait les oreilles.

Elle avait peur de mourir.

- Allons, allons, qu'est-ce qui se passe ici? On a rapporté un trophée?

La voix calme mais assurée qui s'était fait entendre par-dessus la pagaille était celle de quelqu'un qui a l'habitude de commander. Hermione ne fut pas surprise de voir émerger la tête blonde de Lucius Malefoy. Un sorcier de son rang social savait se faire écouter sans y mettre trop d'effort, même si, dans les faits, Hermione doutait qu'il eût vraiment une quelconque autorité sur tous les autres prisonniers.

Il y eut un silence.

Quelques mains la lâchèrent, quelques rires rauques cessèrent.

Malefoy avança vers elle.

Trop.

Tellement près qu'elle put contempler les nuances de brume dans ses yeux gris.

Dans ce bref moment d'immobilité, elle eut soudain conscience que quelque chose de chaud coulait le long de sa joue.

Elle tressaillit quand les doigts de Malefoy vinrent tracer un chemin le long de son cou, cessa de respirer quand il empoigna son sein et le pressa doucement, comme un aristocrate aurait soupesé un bijou pour en jauger la valeur.

- De qui est-elle la geôlière?

Pourquoi posait-il cette question? Il savait bien la réponse.

- On s'en fiche! répliqua quelqu'un à droite. On peut partager.

Les tripes d'Hermione se révulsèrent. Elle eut une furieuse envie de vomir, mais il ne se passa rien.

- Tiens donc, la voilà.

C'était une autre voix qui avait parlé, plus grave, plus veloutée. Une voix dont Hermione avait appris à croire chaque mot.

Mais en ce moment, elle n'était plus sûre de rien. Elle n'était plus sûre que ce visage placide, froid, était vraiment celui d'un homme qui ne lui voulait aucun mal.

- Depuis quand t'intéresses-tu aux prisonnières, mon cher?

- Depuis que je tolère celle-ci depuis des semaines, répliqua Rogue à Malefoy.

Le brun poussa le blond d'un geste ferme du coude, prit le menton d'Hermione d'une main, sans douceur, la força à rencontrer ses prunelles insondables.

Comment avait-elle pu décoder la moindre chaleur dans ces puits sans fond? Grands dieux, elle s'était illusionnée.

- Y a pas de raison pour que tu la gardes pour toi seul! protesta un autre prisonnier.

- Si tu penses que je ne vais pas lui donner sa leçon avant de te laisser en profiter, tu te fourres le doigts dans l'œil, Carrow.

- Ne l'abîmez pas, intervint Malefoy. Nous allons demander une rançon au Ministère. Il nous faut un moyen de négocier.

Les lèvres de Rogue s'étirèrent dans un semblant de sourire qui rappela à Hermione ses pires moments à Poudlard.

- Qui a parlé de l'abîmer?

Si cette phrase aurait pu la rassurer, le ton sardonique lui donna plutôt des sueurs froides.

Il ferma le poing sur le col trop grand du t-shirt écarlate qu'elle portait et il la tira à sa suite.

Ils fendirent le groupe. Elle s'empêtra les pieds mais il la maintint debout sans ménagement. Ils débouchèrent dans une pièce exiguë qui sentait le moisi et la poussière – où pouvaient-ils bien se trouver? Avait-elle la moindre issue?

Mais le fracas de la porte dans son dos ne lui laissa pas le loisir de poursuivre l'enquête.

La brutalité du geste ne pouvait pas mentir : Rogue avait fermement l'intention de ne pas être dérangé.

- S'il vous plaît.

La voix d'Hermione n'était plus qu'un amas de tremblements, mais il ne semblait plus l'entendre. Il ne croisa plus son regard.

Elle ne pouvait pas y croire. Elle ne le voulait pas.

Pourquoi ressentait-elle encore ce sentiment insupportable de trahison?

Comment avait-elle pu se laisser encore et encore enjôler par ces yeux noirs impénétrables, ce calme placide, cette voix de basse?

Elle laissa échapper un glapissement lorsqu'il la plaqua contre la porte. Il se pencha pour camper un avant-bras sous son genou tremblotant, la souleva pratiquement de terre. Elle voulut se débattre, mais elle n'avait plus de forces.

- S'il vous plaît, Sev-…

Bang.

Le premier coup de bassin fut le plus déconcertant.

Bang.

Bang.

Bang.

L'oxygène désertait les poumons d'Hermione à chaque choc, la laissant haletante.

Tous ses vêtements étaient encore en place, ceux de Rogue aussi, mais elle n'arrivait pas à réaliser vraiment que c'était juste une mise en scène. Elle n'arrivait plus à penser, elle n'arrivait même plus à respirer.

Quand tout se termina enfin, elle s'écroula à genoux, vomit tout ce qu'il y avait à vomir, puis se laissa envelopper par la noirceur.


Elle avait la nausée.

Un tiraillement lui perçait le front, comme une aiguille chauffée à blanc.

Et surtout, une douleur diffuse, inconfortable, circulait dans tout son corps fourbu. Elle n'en avait pas eu conscience plus tôt, à travers la panique, mais maintenant cette sensation désagréable réclamait toute son attention.

Elle avait chaud, froid. Elle frissonnait.

Le sort perdu qui l'avait frappée pendant l'évasion de Garverdel revint à sa mémoire. Elle ne savait pas ce que c'était. Elle n'avait pas entendu. Il y avait trop de bruits, trop de mouvements.

Lorsque, soudain, tout se mit à tanguer, elle sursauta, eut le réflexe de s'accrocher, mais il faisait noir. Elle ne voyait rien, il n'y avait rien.

- Ne bougez pas.

Seulement à ce moment, Hermione comprit où elle se trouvait – ou plutôt avec qui. Cette sensation de chaleur, c'était la poitrine de son prisonnier. Cette pression sur son front, c'était une grande main d'homme.

Elle ouvrit finalement les yeux, mais les referma vite, éblouie par la lumière terne de la pièce.

Revenir à elle dans les bras de Severus Rogue n'était pas exactement ce qu'on pouvait qualifier de bonne nouvelle, mais Hermione allait s'en contenter, faute de mieux.

Le souvenir indistinct de l'évasion était maintenant remonté à la surface de sa conscience. Le brouhaha. Les mains voraces. L'effroi. Rogue. Puis cette mascarade terrifiante à laquelle il s'était prêté.

Oui, tout ça n'avait été qu'une mascarade.

Elle essaya de parler, mais seulement un gémissement inaudible franchit ses lèvres.

- Vous vous êtes blessé le front dans le corridor de Garverdel. La plaie saigne considérablement.

Sa voix était calme. Tout était silencieux, figé. Les autres évadés ne semblaient pas à proximité.

Elle décida de rester comme ça, immobile. Elle n'avait pas la force de faire autrement. Le corps de Rogue était chaud. Elle avait froid.

- Vous avez été touchée par un maléfice Bloque-Magie.

Oh, Merlin.

Une autre vague de nausée la traversa. Elle se contenta de respirer, le temps que le malaise ne la quitte.

Qu'allait-elle devenir? Même si, par quelque coup de pouce du destin, elle arrivait à s'emparer d'une baguette, elle n'arriverait pas à transplaner.

- Ce qui signifie que recevoir le moindre charme ou sortilège vous mettrait en danger, expliqua inutilement Rogue. Et ce, tant que vous n'aurez pas avalé un antidote. Je ne peux pas soigner votre blessure avec la magie.

Elle comprit pourquoi il lui comprimait le front de la sorte, lui enfonçant la nuque au creux de sa propre poitrine. Il tentait de ralentir l'hémorragie. Mais pourquoi se donnait-il cette peine? Et allait-elle se vider de son sang?

- Hermione?

Elle croassa une monosyllabe en guise de réponse.

- Je vous en prie, dites quelque chose.

Pour la première fois, elle perçut la note d'inquiétude dans le velours de sa voix.

- Ça fait mal.

- J'appuie trop fort?

- Non. Je… Le maléfice.

- Je sais.

Le silence retomba. Il n'y eut pas de parole inutile pour la réconforter. Il n'y avait rien à dire. Ils étaient des évadés en fuite, elle était maintenant leur prisonnière.

Au bout d'un long, très long moment, il parla à nouveau, la voix grave vibrant contre son dos.

- Je sais que vous avez toutes les raisons d'être effrayée. Je regrette de vous avoir brutalisée comme je l'ai fait.

Elle s'accrocha à l'espoir que lui procuraient ces mots.

Elle n'avait rien d'autre.


Il y avait une voix. Non, des voix.

Elle en capta seulement des bribes, à mi-chemin entre le rêve et l'éveil.

- Ça ne sert à rien.

- Nous gagnons du temps.

- Quelques heures, tout au plus.

- Je sais bien.

- C'est une employée de Garverdel, ils saisiront le prétexte pour l'accuser de haute-trahison. Les aurors seront à nos trousses à tous avant l'aube.

- Ça, je n'en doute pas.

- Il faudra se décider rapidement. Quand ils sauront qu'elle ne pourra pas servir de monnaie d'échange…

- Nous ne pourrons pas les contenir.

- Il le faudra.

- On leur dira quoi? Ils ne sont pas complètement cons. Mais qu'est-ce que tu avais en tête, nom d'une couille de dragon?

- Je ne sais pas. J'aurais dû… C'était imprudent de ma part.

- Parle-lui demain sans faute. Elle doit être au courant, on n'a pas besoin d'un boulet.

- Et si elle refuse?

- Bon sang, je ne te parle pas de la demander en mariage, juste de la sortir d'ici. Si elle a le moindre instinct de survie, elle te suivra.

Elle n'essaya pas d'ouvrir les yeux.

La réalité pouvait attendre.