Coucou! Je n'ai pas terminé de répondre à vos commentaires, mais merci! La suite arrivera très vite.
Chapitre 17. Turbulences II
La noirceur opaque lui indiqua qu'il faisait nuit.
Elle tenta de détailler le plafond, d'observer l'endroit dans lequel elle se trouvait, mais il n'y avait pas grand-chose à voir.
Son corps lui faisait mal, la sensation de nausée était toujours bien installée au creux de son estomac et, surtout, elle était tellement frigorifiée qu'elle s'étonnait d'avoir dormi si longtemps. Tous ses membres étaient agités de tremblements incessants et elle devait serrer la mâchoire pour s'empêcher de grelotter.
Elle était allongée à même le sol. Ses hanches, ses épaules étaient ankylosées.
Maintenant pleinement éveillée, elle réalisa qu'elle n'était pas seule. Il y avait quelqu'un d'autre, là, tout près.
Elle tourna la tête, très lentement, comme de peur de se faire surprendre, et distingua une grande silhouette, des cheveux sombres, un grand nez dont le propriétaire ne faisait aucun doute.
Severus Rogue était étendu à trente centimètres d'elle, les yeux clos, un bras replié derrière la tête, l'autre posé sur son abdomen.
Elle l'observa à la dérobée. Il était immobile, mais quelque chose dans le rythme silencieux de sa respiration finit par lui faire comprendre qu'il ne dormait pas, lui non plus.
Elle détourna les yeux.
Au bout d'un long, très long moment, elle chuchota :
- J'ai froid.
Elle perçut qu'il avait, à son tour, tourné la tête vers elle pour la scruter.
- Je sais, répondit-il sur le même ton. Je ne peux pas vous réchauffer avec la magie.
- Qu'est-ce qui va se passer?
La question était large. Hermione choisit de ne pas la préciser, et Rogue, de ne pas répondre.
- Nous parlerons demain. Vous avez besoin de repos.
Il était impossible qu'elle réussisse à se rendormir dans ces conditions. Elle se recroquevilla néanmoins autant qu'elle le pouvait, elle serra les dents, elle pensa à ces moments heureux et calmes à la campagne dans son enfance.
Rien n'y fit.
Elle n'en pouvait plus.
Elle avait faim, elle avait mal au cœur, elle voulait disparaître d'ici.
À sa gauche, un soupir se fit entendre. Rogue non plus n'arrivait pas à trouver le sommeil.
- Vous pouvez vous tenir contre moi.
Ce n'était pas une question, et Hermione eut l'impression que Rogue avait choisi cette formulation avec soin. Elle hésita.
Qu'avait-elle réellement à perdre?
Elle était à la merci des prisonniers évadés de Garverdel. Si Rogue avait voulu lui faire du mal, il n'aurait pas patienté jusque-là. Et surtout, il n'aurait pas été allongé ici avec elle sur ce dallage glacial.
Alors, avec toutes les précautions dont elle était capable, elle se hissa jusqu'à lui et plaça ses avant-bras de façon à ce qu'ils fassent écran entre elle et ce long flanc chaud.
Ce simple déplacement lui donna le tournis. Elle respira lentement jusqu'à ce que la nausée s'amenuise, des effluves masculins lui taquinant les narines. Rogue, quant à lui, demeura immobile.
La proximité d'une autre personne était sans contredit un soulagement, mais ce n'était pas suffisant pour calmer les tremblements d'Hermione – lesquels allaient de surcroît garder éveillé son compagnon d'infortune.
Elle se fit violence pour stopper les tressaillements qui lui agitaient le corps.
Rogue soupira à nouveau. Elle sentit ses côtes se regonfler, signe qu'il s'apprêtait à parler, mais il demeura silencieux un moment, comme s'il hésitait.
- Souhaitez-vous que je me rapproche de vous?
Elle considéra la proposition.
- Oui.
Sa réponse avait été à peine audible, mais il avait très bien entendu.
- Tournez-vous.
Elle s'exécuta, il en fit de même.
Le temps sembla se dilater tandis qu'elle attendait le contact de leurs corps. Il l'avait déjà touchée, même de façon très intime, mais cette fois, c'était différent.
La poitrine de son prisonnier vint s'appuyer contre son dos, ses jambes se camper derrière les siennes sans vraiment les toucher. Seul un grand bras entoura l'épaule d'Hermione et vint se déposer franchement le long du sien, qui était glacé.
Plusieurs secondes passèrent, puis Hermione s'autorisa à respirer à nouveau.
Elle aurait dû être inconfortable dans cette proximité forcée avec son prisonnier, mais étrangement, ce fut seulement dans cette étreinte lâche qu'elle parvint à retrouver le sommeil.
Lorsqu'Hermione se réveilla à nouveau, les premières lueurs faiblardes de l'aube s'infiltraient dans la pièce.
Les malaises provoqués par le Bloque-Magie se rappelèrent à elle dès qu'elle ouvrit les yeux.
La deuxième chose dont elle eut immédiatement conscience fut l'absence du grand corps chaud qui avait abrité le sien pendant la nuit.
Elle se tourna difficilement sur le dos, en proie à la nausée, et promena les yeux sur la pièce vide où elle avait dormi.
Enfin, elle remarqua la silhouette d'homme postée à la fenêtre.
Elle eut le réflexe de se redresser sur un coude. Ce mouvement brusque lui arracha un glapissement de douleur.
Lucius Malefoy lui parla sans se retourner.
- Du calme. Il me lancerait un maléfice de castration si je vous touchais encore comme je l'ai fait hier.
Ainsi, Malefoy ne semblait pas spécialement disposé à s'en prendre à elle, mais elle resta néanmoins aux aguets, à demi-redressée, luttant contre le vertige et les tremblements.
À quel point Rogue et lui étaient-ils donc liés avec les autres prisonniers?
Elle n'eut pas le loisir de pousser ses réflexions plus loin : Rogue fit irruption dans la pièce, d'un pas si silencieux qu'Hermione sut qu'il souhaitait ne pas être entendu.
Malefoy se tourna à cet instant.
- Le Ministère ne donnera pas suite à la demande de rançon, annonça le blond, à mi-voix.
Rogue eut un hochement de tête.
- Je ne peux pas prétendre être surpris.
- Nous ferions mieux de procéder rapidement avant que les autres ne l'apprennent.
Hermione n'eut pas besoin de demander à qui ce ils faisait référence. Le pouls en vrille, elle essaya de remettre en ordre les morceaux épars de conversation qu'elle avait entendus durant la nuit. Mais plus elle essayait de se rappeler, plus les souvenirs fuyaient.
- Combien de temps reste-t-il? demanda Rogue.
Malefoy consulta sa montre.
- Le Portoloin est réglé dans six minutes. Je reviens dans un instant, ajouta-t-il en s'éclipsant à son tour.
Quand le silence retomba, Rogue s'approcha finalement d'Hermione. Elle remarqua le verre qu'il tenait à la main.
- C'est pour vous, dit-il en le lui tendant. De l'eau et du sucre.
Elle le prit et observa le liquide, incertaine.
Pouvait-elle placer en lui sa confiance, encore?
La tension avait été palpable entre les deux hommes. Le fait qu'ils planifient fausser compagnie aux autres évadés n'effaçait pas leurs crimes. Bon sang, c'étaient des mangemorts en cavale. Que comptaient-ils donc faire d'elle?
Rogue mit un genou à terre pour se tenir à sa hauteur. Les prunelles noires capturèrent les siennes. Il avait les traits tirés, les yeux cernés, le teint encore plus pâlot que d'habitude. La nuit n'avait été reposante pour personne.
- Hermione. À ce rythme, vous allez encore tomber dans les pommes.
Elle consentit à tremper les lèvres dans le breuvage, en se disant que Rogue n'avait pas besoin de l'empoisonner pour faire quoi que ce soit d'elle – elle tenait à peine debout. Sa langue déshydratée accueillit le rafraîchissement avec joie, et Hermione ne but s'empêcher de le boire en quelques lampées.
Lorsqu'elle posa le verre à terre, Rogue observait la plaie sur son front.
- Ça semble tenir, commenta-t-il à mi-voix. Contre toute attente.
Elle se prépara au contact de ses doigts sur son visage, mais il ne la toucha pas.
Leurs regards se croisèrent à nouveau.
Elle se résolut à aborder le sujet que Rogue ne semblait pas savoir comment introduire lui-même. C'était l'hippogriffe dans la pièce.
- Où partez-vous?
Il ne détourna pas les yeux, mais elle sentit qu'il hésitait.
- Il n'y a rien que je puisse vous dire pour rassurer complètement vos appréhensions et ne pas susciter chez vous une interminable succession de questions. Nous n'avons pas le temps pour cela.
- Nous?
- Croyez-vous vraiment que je vais vous laisser ici?
Une nouvelle vague de nausée la happa, mais cette fois, c'était l'anxiété bien plus que le maléfice Bloque-Magie qui en était la cause.
-Alors dites-moi où nous irons, souffla-t-elle.
Les yeux noirs fouillèrent les siens. Elle retint sa respiration.
- Je vous ai dit qu'un jour, vous connaîtriez votre chance d'être tombée sur moi. Vous souvenez-vous de ce moment?
Elle le dévisagea, immobile, le cœur battant. Évidemment qu'elle se rappelait ce moment. Comment aurait-elle pu oublier des paroles aussi incongrues?
- Eh bien, ce jour est arrivé.
Il marqua une pause.
- Il est parfaitement normal que vous soyez sur vos gardes. Mais je vous rappelle que je n'ai jamais souhaité expressément vous faire du mal. Contrairement à ces idiots, ajouta-t-il, en désignant la porte close d'un mouvement de la tête.
Un silence tendu prit ses aises.
- Je vous expliquerai tout ce que vous voulez entendre, mais seulement quand vous aurez pris un antidote pour le maléfice qui vous affecte. Dans l'immédiat, vous êtes dans un sale état, et nous avons plus urgent à faire.
Elle déglutit pour chasser le nœud qui s'était logé dans sa gorge.
Elle aurait voulu croire à ces paroles réconfortantes, mais qu'y avait-il donc à croire? Le bon sens lui hurlait de sauver sa propre peau. Seulement, il aurait fallu qu'elle ait un moyen de se défendre et de s'enfuir.
Lucius Malefoy revint dans la pièce d'un pas aussi léger que celui de Rogue, un moment plus tôt.
- 1 minute et 45 secondes, annonça-t-il d'une voix calme qui tranchait avec la tension de son visage.
D'un accord silencieux, les deux hommes pointèrent leurs baguettes sur la porte pour la verrouiller avec beaucoup de précautions, à ce qu'Hermione pouvait juger.
Puis Malefoy s'approcha d'eux, sortit un mouchoir immaculé de la poche de son uniforme écarlate, le déplia d'un geste souple du poignet et le tendit devant lui. Rogue, qui était toujours à genoux près d'Hermione, allongea le bras pour saisir un pan du tissu.
Enfin, un silence figé s'installa.
C'était l'instant de vérité.
Hermione contempla les initiales brodées sur le mouchoir, son pouls furieux lui pulsant dans les oreilles. Que devait-elle donc faire, par Merlin? L'immobilité rendait cette attente encore plus insoutenable.
La main libre de Rogue vint se poser son épaule et la pressa légèrement.
- Vous ne restez pas ici, dit-il, à mi-voix, comme s'ils avaient été seuls ensemble.
Elle le regarda et comprit que, cette fois, il ne tenterait pas de la forcer. Elle savait que c'était cinglé, mais il y avait dans ces prunelles noires un calme inexplicable. Comme si la protéger avait été une évidence, depuis son premier jour à Garverdel.
- 17 secondes, dit la voix de Malefoy, ramenant Hermione à la réalité.
Elle souleva des doigts tremblants et saisit le mouchoir à son tour.
Et si c'était une erreur monumentale?
Avait-elle un meilleur choix?
Elle décida, avec une sagesse assez étonnante en pareilles circonstances, qu'elle ferait encore une fois le pari fou de faire confiance à Severus Rogue.
La grande main tiède resta posée là, sur son épaule, la recouvrant sans la contraindre.
Hermione ferma les yeux et se concentra sur cette sensation.
Ils disparurent.
