Avant-avant-avant-dernier chapitre. Ou quelque chose comme ça. Bonne lecture!
Chapitre 18. Turbulences III
Son corps se ballotait dans une espèce de danse saccadée sur laquelle elle n'avait aucun contrôle.
Clac, clac, clac.
Des pas sous elle, rapides. On la portait. Elle comprit qu'elle s'était évanouie.
Une douleur ténue lui parcourait les membres, comme des courants d'air, signe que le maléfique Bloque-Magie était toujours actif. L'usage du Portoloin n'avait pas été des plus agréables. Voilà qu'elle se sentait à nouveau faible et nauséeuse.
Les pas s'arrêtèrent net. Elle eut le réflexe de s'accrocher, ses doigts frôlant un tissu sans y trouver de prise. Puis une porte claqua, tout près.
- Elle est réveillée, dit une voix.
Une voix de femme, éthérée. Une voix qu'Hermione connaissait très bien.
Luna.
Que faisait-elle donc ici?
Où se trouvaient-elles, pour commencer?
Hermione tenta de redresser la tête, et son porteur comprit le signal : elle sentit tout son corps basculer, puis elle retomba sur ses pieds incertains. Des étoiles filantes traversèrent son champ de vision, et enfin les deux têtes blondes de Luna et Lucius Malefoy lui apparurent clairement. Rogue n'était pas en vue. Elle réalisa, au bout d'une seconde, qu'elle était appuyée contre son flanc.
Elle essaya de reprendre son équilibre, en proie à des vagues de nausée.
- Il faut faire vite, les pressa Malefoy.
Son visage était placide, mais la sueur perlait sur son front et sa lèvre supérieure, trahissant une agitation contenue avec soin. Sous la lueur bleutée des torches illuminant le couloir, son teint laiteux semblait livide.
Merlin, ces torches. Ces torches bleues.
Impossible de s'y méprendre. Ils étaient… ils étaient…
Mais comme pour appuyer les dires de Malefoy, des éclats de voix se firent entendre de l'autre côté de la porte.
- Par là! indiqua Luna.
Le bras de Rogue entoura la taille d'Hermione et la tira en avant. Elle calqua leur rythme tant bien que mal alors qu'ils parcouraient le couloir, sans savoir où ils allaient ainsi.
Derrière eux, des pas de course se répercutèrent contre les murs de pierre, signe qu'on les suivait de près.
Quand ils s'engouffrèrent dans une salle, leurs respirations haletantes furent étrangement amplifiées. Hermione plissa les yeux pour distinguer les hauts gradins circulaires baignant dans une lumière fantomatique.
Mais…
Non, c'était impossible.
N'est-ce pas?
- Tenez vos baguettes prêtes.
Ils dévalèrent les marches vers le centre de la salle, l'écho de leur course emplissant le silence de l'endroit.
- Dépêchez-vous.
- Vite, vite.
Elle avait de la difficulté à coordonner ses mouvements. Ses jambes semblaient engourdies, ses poumons en feu, son cerveau hors d'activité. Rogue lui tira vigoureusement le bras lorsqu'elle rata une marche.
Devant elle, Malefoy et Luna s'étaient mis à courir, tout droit vers cet infâme portail qui trônait sur son socle, au centre de la salle.
Ce fut à ce moment qu'Hermione cessa complètement d'avancer.
Mais pourquoi?
Pourquoi avaient-ils trouvé refuge dans la Salle de la Mort?
Pourquoi ce maudit endroit n'était-il pas condamné? Tant de gens y avaient été tués lorsque Voldemort avait pris le contrôle du Ministère. Même Neville s'était suicidé ici, à peine quelques mois plus tôt.
À ce stade, elle ne pouvait pas croire que Malefoy et Rogue allaient les jeter toutes les deux à travers le portail. L'idée en soi n'avait rien d'invraisemblable, puisqu'ils étaient des mangemorts. Et pourtant. Luna ne semblait pas craindre pour sa vie. Et Rogue avait encore cette étrange façon de tenir Hermione comme s'il avait craint qu'elle se casse la figure.
Non, elle ne pouvait pas croire qu'ils allaient les tuer, pas maintenant, plus maintenant.
Mais elle ne pouvait pas non plus croire que Malefoy et Luna avaient maintenant grimpé sur le socle, d'un pas déterminé, s'approchant dangereusement du voile noir.
Il y eut un bruit d'explosion quelque part à leur droite, mais elle n'eut pas le temps de voir quoi que ce soit, car Rogue la projeta au sol d'une brusque poussée dans le dos.
Des cris.
Des jets de lumière.
Une odeur de fumée.
Quand elle parvint à redresser la tête, désorientée, la lèvre en sang, un grand dôme de lumière jaune les séparait des aurors qui avaient fait irruption dans la salle.
- Mais qu'est-ce que vous foutez?! hurla un des employés, du haut des estrades, sa baguette pointée sur le dôme pour en affaiblir la magie. Vous êtes devenus cinglés ou quoi?
Hermione tourna les yeux vers les deux têtes blondes qui se découpaient dramatiquement du voile noir d'encre drapant l'arcade.
Non.
Non, c'était impossible.
- Vous ne pouvez pas faire ça! cria un autre auror.
- Nous pouvons faire n'importe quoi, lança l'ancienne fiancée de Neville, d'une voix claire mais calme. Nous sommes libres, maintenant.
Grands dieux.
Luna et Lucius se tournèrent l'un vers l'autre, s'approchèrent, s'unirent dans le baiser le plus tragique qu'Hermione avait eu l'occasion de voir dans sa courte vie – et ce n'est pas parce que les drames avaient manqué. Ainsi donc, elle ne s'était pas trompée : la geôlière avait craqué pour son prisonnier.
Mais pourquoi Malefoy, pourquoi renoncer à tout, pourquoi, pourquoi. Hermione n'avait pas d'explication logique, pas de voix, pas même de mouvement. Elle les contemplait, sidérée, immobile sur le sol froid.
Leurs visages se séparèrent. Leurs corps basculèrent vers le voile sombre. Et tout à coup, on ne les vit plus. Aussi bêtement, aussi rapidement qu'un clignement d'œil.
C'était fini.
Luna Lovegood et Lucius Malefoy avaient quitté la partie.
Un silence sans fin pesa sur le lieu, signe de l'hébétude générale.
Hermione fut brutalement ramenée au moment présent lorsqu'une poigne de fer l'arracha du sol. Elle vacilla, mais Rogue la tira en avant, tout droit vers le portail où leurs compagnons d'infortune s'étaient volatilisés.
- Stop! protesta-t-elle.
- Nom d'une couille de dragon, Rogue! Laisse la fille derrière!
Lorsque Rogue répondit, c'était avec ce ton sardonique qu'Hermione avant entendu mille fois. C'était le Severus Rogue qu'elle avait connu, côtoyé et détesté à l'époque de Poudlard.
- C'est ironique, considérant que le Ministère vient de rejeter la demande de rançon qui la visait. Vous arriverez très bien à vous passer d'elle, semble-t-il.
- Non, NON! cria Hermione. Vous ne pouvez pas faire ça!
- Laisse-la, Rogue. Lâche-la. Tu n'as rien à gagner qu'elle vive ou qu'elle meure. Tu n'as pas besoin de faire ça.
On percevait la fatigue dans les voix des employés du Ministère, et pourtant le dôme de lumière jaune ne faiblissait pas. Et Rogue traînait inexorablement Hermione vers l'arcade.
Il était fou.
Ils étaient tous fous.
Elle voulait vivre – vraiment?
Un doute terrible s'insinua en elle. Est-ce que ça en valait réellement la peine? N'était-ce pas la porte de sortie dont elle aurait pu rêver? Après tout, qu'est-ce qui la retenait vraiment à cette existence misérable?
Mais même dans la noirceur la plus opaque, l'instinct de survie tenait le coup, mince ficelle retenant Hermione au-dessus du gouffre.
Oui, elle voulait vivre, bien sûr. Furieusement.
Elle s'arc-bouta avec le peu de force qui lui restait, parvint à échapper à Rogue, s'apprêta à bondir au bas du socle.
Mais une main lui captura le poignet in extremis, et Hermione revint s'échouer contre la poitrine de son prisonnier. Deux bras l'encerclèrent, ne lui laissant plus aucune issue.
Elle avait perdu.
- Accrochez-vous, crut-elle entendre à son oreille, alors qu'ils basculaient dans un monde de ténèbres et de bourrasques furieuses.
Mais c'était sûrement son imagination.
La suite dans... très bientôt, probablement.
