Et non, vous ne rêvez pas... L'infernale Athéa Malefoy et l'irrésistible Regulus Black sont de retour sur vos écrans après cinq mois d'absence ! (Ci-joindre des applaudissements de la foule en délire)

Bonne lecture :D

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Les jours défilèrent sans que je ne trépasse.

La reprise des cours ne fut pas violente après les vacances de Noël, contrairement aux entraînements de Quidditch qui étaient de plus en plus exigeants. Nous affrontions Gryffondor à la fin du mois de janvier et la défaite n'était même pas envisageable. (Par contre le meurtre à l'entraînement… Il s'agissait d'un autre débat.)

Heureusement pour moi, Regulus abandonna très vite son idée (fort débile selon moi) d'aller rendre visite aux centaures. Aucun de nous n'avait besoin de se faire prédire son avenir par des illuminés qui regardaient les astres à longueur de journée. Et puis c'était dangereux de se rendre dans la forêt interdite, ça l'avait toujours été même à mon époque, mais ici alors que des Mangemorts furetaient de partout avec des intentions tout sauf angéliques, cela relevait carrément de l'inconscience. J'avais déjà énormément de chance que Rosier soit avide et égoïste au point de ne parler de moi à personne en dehors du château, inutile de me balader comme un trophée devant des dingues qui ne rêveraient que de m'apporter à leur Maître quand ils comprendraient ce que je représentais pour lui…

Mais que représentais-je pour Voldemort exactement ? Ahahah… la question à dix milles Gallions.

— Un moyen de modifier ses erreurs futures avant même qu'il ne les commette, avait clamé Regulus d'une voix lugubre, un soir où nous en parlions.

Autant dire que la réponse m'avait laissé un arrière-goût aigre-amer dans la bouche. J'aurais préféré rester dans l'obscurité. Après tout, ce que l'on ignorait ne pouvait pas nous faire souffrir… ou nous faire flipper atrocement en l'occurrence.

J'avais toujours pensé que Voldemort avait la tête tellement enflée qu'il ne prévoyait pas l'échec, persuadé qu'il était de son infaillibilité. Mais il avait bien pris en compte un potentiel échec. Coup dur pour Athéa Malefoy, l'imbécile qui constituait sa garantie. Aka moi-même.

La nuit j'en faisais parfois des cauchemars, en imaginant ce que Le Seigneur des Ténèbres me ferait si jamais il m'attrapait. Si jamais il avait connaissance que son piège avec le Retourneur de Temps avait fonctionné. Si jamais Rosier l'en informait, en définitive. Je tremblais comme une feuille pendant quelques minutes, quelques heures peut-être, puis me rendormais en ne fermant qu'un œil. Il était absolument hors de question que je quitte un jour l'enceinte de Poudlard, quitte à pleurer et supplier Dumbledore et devoir jouer l'elfe de maison dans les cuisines.

C'était fini les sorties illégales à Pré-Au-Lard avec les Maraudeurs. Terminé. Kaput. Trop dangereux. Plus jamais, je le jurais sur la tête de mon frère.

Mais sinon, mis à part mes terreurs nocturnes où j'angoissais très légèrement, j'étais déterminée à rester une femme forte et courageuse. Et être une adolescente de seize ans tout à fait normale.

— Il y a une sortie à Pré-Au-Lard prévue la semaine prochaine, me dit Alycia, un matin où la neige tombait si fort qu'il était impossible d'apercevoir quelque chose à travers les fenêtres du château.

— Ah... Ah bon ?

— Je crois que les garçons veulent en profiter pour faire un tour au Chemin de Traverse, murmura-t-elle en agitant sa baguette pour faire son lit. Evan m'a chargée de te transmettre le message, ajouta-t-elle, et sa voix venait de prendre une intonation polaire.

Je blêmis. Au temps pour mes envies de ne plus jamais quitter le château. Et au temps pour la tête d'Arès.

— On verra, marmonnai-je d'un ton distant en terminant de me préparer rapidement.

Alycia se contenta d'hocher poliment la tête dans ma direction avant de filer telle une ombre vers la sortie, sans aucun doute pour aller prendre son petit-déjeuner. Seule, comme toujours ces derniers temps. En même temps, vu la tête de zombie qu'elle tirait en permanence, je n'avais pas vraiment envie de lui parler.

Chacun des coups d'œil que m'accordait son fiancé me faisaient doublement frissonner : d'une part parce que savoir que Rosier m'observait était flippant, d'autre part parce qu'Alycia me lançait inévitablement un lourd regard de reproches par la suite. A croire que je lui volais son mec. Loin de moi cette idée ! Si elle voulait le garder pour elle toute seule en l'enfermant dans une salle vide, je l'y aiderais bien volontiers, j'étais même prête à pousser le zèle jusqu'à proposer de jeter la clé dans un endroit où personne ne la retrouverait jamais.

N'étais-je pas une amie formidable ?

En tout cas, je n'avais absolument aucune envie d'accompagner les garçons au Chemin de Traverse. Cela ne sentait pas mauvais, cela sentait très mauvais. Mon radar à problèmes s'affolait dans tous les sens. Et il avait été si peu performant auparavant que cela m'inquiétait encore plus.

La matinée de cours se déroula comme dans un rêve. Plus le temps passait, et plus j'avais du mal à m'ancrer dans la réalité de façon durable… Disons que cela me demandait plus de concentration que d'habitude. Sûrement un effet indésirable du Retourneur de Temps trafiqué… Forcément. Se faire régulièrement violer l'esprit ne devait pas être indiqué pour quiconque souhaitant garder une santé mentale à peu près stable. Encore que personne n'avait tenté de s'infiltrer dans ma tête depuis la tentative ratée d'Evelynn.

— Miss Malefoy, grinça la voix de McGonagall me ramenant à l'instant présent. Êtes-vous parmi nous ou dois-je exiger que vous sortiez de ma salle de cours ? Je n'ai que faire des élèves dissipés.

— Je croyais que c'était si nous faisions du chahut que nous étions renvoyés… arguai-je, fière d'avoir retenu son discours de début d'année.

Il y eut quelques ricanements étouffés dans la salle, mais McGonagall ne rit pas du tout. Au contraire. Ses yeux clairs me transpercèrent aussi sûrement qu'un sabre laser.

— Vous resterez à la fin du cours Malefoy, dit-elle sèchement avant de reprendre son propos là où elle s'était précédemment arrêtée.

Je rentrai la tête dans mes épaules, baissant le regard. Je ne savais pas ce qui m'avait pris de répondre à un professeur plutôt que de m'excuser, alors que j'étais clairement en tort. L'état de fatigue constant dans lequel je me trouvais ne m'aidait pas à garder les idées claires. Que même la directrice – future directrice, me repris-je mentalement – le remarque, cela me minait bien plus que je ne voulais l'admettre.

La fin du cours arriva bien trop vite. Je traînai des pieds jusqu'au bureau de McGonagall, anticipant la montagne de devoirs supplémentaire dont j'allais écoper. C'était un cercle vicieux : je tombais de fatigue, j'étais moins attentive en cours, les Professeurs le remarquaient et me donnaient du travail en plus, puis à la fin je me tuais à la tâche. Si seulement je pouvais m'endormir et ne pas me réveiller avant au moins cent ans… Non, si je pouvais me réveiller en 2042, ce serait l'idéal.

— Professeur, je… commençai-je, prête à m'excuser.

— Inutile d'avoir l'air si inquiète, m'interrompit McGonagall en fronçant les sourcils. Je voulais simplement vous parler de vos légers soucis d'attention. Je suppose que ce n'est pas uniquement pendant mes cours.

Je la regardai avec les yeux ronds, surprise de ne pas me faire davantage réprimander.

— Euh oui… Je, hum, j'ai quelques soucis à trouver le sommeil ces derniers temps… Le stress, vous comprenez…

— Le stress, répéta-t-elle en hochant la tête d'un air entendu. Naturellement, votre situation est on ne peut plus stressante. Si vous avez besoin de potions de sommeil, vous pouvez aller en demander à l'infirmerie, Miss Malefoy. Je vous y encourage vivement.

Hors de question que je prenne des potions de sommeil, cela me rendrait beaucoup trop vulnérable. Ce serait littéralement comme agiter son bonbon préféré devant un enfant de trois ans et lui demander de ne pas y toucher. Evelynn – ou pire Rosier – allait obligatoirement en profiter pour me vampiriser les souvenirs.

Je battis des paupières en affichant un air ravi.

— Excellente idée Professeur ! Je vais de ce pas descendre à l'infirmerie. J'en profiterai également pour emprunter des potions contre les maux de tête…

Les mensonges passaient toujours mieux quand ils étaient assortis d'un soupçon de vérité. J'avais réellement mal au crâne.

— Très bien Malefoy. Si je peux vous être utile d'une quelconque manière, n'hésitez surtout pas à venir me voir. Et si qui que soit découvre votre secret, vous m'en informez immédiatement, ordonna McGonagall d'un ton plus sec.

Je ris jaune. Oh, absolument personne n'avait découvert que je venais du futur… seulement Regulus, Evan et Evelynn… Peut-être même Lestrange ou Rogue avec ma chance négative – le premier parce que mis au courant par Rosier, le deuxième parce qu'il était ami avec Regulus et loin d'être idiot.

— Bien entendu. Si quelqu'un découvrait le pot-aux-roses j'accourrai dans votre bureau, marmonnai-je, légèrement moins sûre de moi.

— Tant mieux, approuva-t-elle. Il vaudrait cependant mieux pour vous que cela n'arrive pas…

Sinon quoi ? aurais-je voulu demander. Que diable elle et Dumbledore seraient-ils capables me faire s'ils se rendaient compte que la moitié des Serpentards de mon année étaient au courant ? Je choisis sagement de pas poser la question et pris congé.

En sortant de la salle de classe je remarquai que Regulus m'attendait, adossé au mur d'en face, les bras croisés sur la poitrine. Il se redressa aussitôt que je posai un pied dans le couloir. Je n'eus même pas le temps d'articuler le moindre mot.

Sa main se referma sur mon bras et il m'entraîna à vive allure dans une direction inconnue.

— Ne traînons pas.

Ça commençait à bien faire cette habitude qu'il avait de m'embarquer derrière lui sans me demander la permission. Je freinai des quatre fers, me dégageant de son emprise.

— Stop ! Tu m'expliques ? sifflai-je en lui lançant un regard agacé.

J'eus énormément de mal à ne pas baisser les yeux face à ses orbes métalliques. Les non-dits qui brûlaient entre nous me rendaient mal à l'aise.

Deux semaines étaient passées depuis le… presque-dérapage-du-canapé (j'appelais ça comme je le voulais !), les cours avaient certes repris, notre relation était similaire à celle que nous entretenions… avant, mais nous n'en avions jamais reparlé. Je n'avais clairement pas le courage d'aborder le sujet, lui ne l'avait pas fait non plus. Faire l'autruche en tentant plus ou moins de le repousser mais-pas-trop-quand-même-parce-que-j'avais-besoin-de-lui me paraissait être l'option la plus sage. Ce qui ne m'empêchait pas d'être mortellement gênée quand nous nous retrouvions seuls, encore plus quand Regulus me regardait comme il le faisait présentement.

Nos lèvres s'étaient tout de même effleurées. Ce n'était pas rien ! Mais, bordel, il avait soixante-cinq ans de plus que moi. Soixante-cinq. Je n'avais clairement pas le temps pour gérer ça.

— Entraînement de Quidditch, répondit le garçon en roulant des yeux.

— J'ai pas besoin que tu me serves d'escorte, dis-je sèchement.

— Ah non ? fit-il d'un ton mordant en me désignant du pouce Evelynn, qui attendait non loin de nous en me jetant de brefs coups d'œil angoissés.

…Bon. Peut-être que j'avais besoin de son aide pour éviter l'ennemi.

— Humpf, marmonnai-je avant de consentir à lui emboîter le pas.

— Merci Regulus, dit ironiquement le brun en imitant une voix aigüe. De rien Théa, ça me fait tellement plaisir de t'aider quand je vois à quel point tu es reconnaissante, se répondit-il ensuite.

Je lui lançai un regard noir. Quel idiot, je n'avais pas une voix aussi ridicule, il exagérait.

Nous fîmes un crochet par l'infirmerie pour que je puisse récupérer ma potion, avant de nous diriger vers le terrain de Quidditch. Cela me déprimait. J'adorais le Quidditch, vraiment, et rien ne pouvait me faire plus plaisir qu'une écrasante victoire contre Gryffondor… Mais bon sang, ce n'était pas un entraînement que nous subissions depuis une semaine, c'était de la torture. Voire des tentatives de meurtre, ce qui n'était pas impossible à imaginer lorsqu'on savait que c'était Rosier qui élaborait le programme de chaque séance. Ce pauvre sadique se retrouvant coincé à Poudlard sans moldus pour s'amuser, il se vengeait sur nous autres. J'étais persuadée qu'il exhumait sa frustration sur nous.

Ou alors gagner contre Gryffondor était tout bêtement une question de fierté pour Serpentard…

Mais je préférais la version incriminant Evan. Ça me faisait davantage de bien et m'offrait une raison de pester contre lui à voix haute sans paraître louche. Avery et Mulciber partageaient mon point de vue, aussi nous passions toutes les soirées suivant un entraînement à insulter notre capitaine de toutes les façons possibles et imaginables. C'était clairement le meilleur moment de la journée.

Ce jour-ci ne fut pas différent de d'habitude, mis à part qu'Evan tenta une approche pour venir me parler une fois l'entraînement fini. Je pris la fuite sans demander mon reste. Tant pis pour la douche.

— Bonne nuit, dit Evelynn lorsque vint le moment du coucher.

Alycia répondit par un marmonnement inintelligible, quant à moi je ne lui fis même pas l'aumône d'un regard. Evelynn n'insista pas davantage et se coucha la tête basse, comme tous les soirs. Pas de pitié pour les traîtresses.

Depuis le début du mois, mes relations avec les deux filles en restaient au point mort. Ce qui n'était pas plus mal, cela me faisait un soucis de moins à penser, et au vu la montagne que je devais escalader tous les matins ce n'était pas pour me déplaire. Cette situation me rappelait surtout pourquoi je n'avais pratiquement pas d'amis à mon époque, et encore moins des filles. Les petites embrouilles étaient blasantes, je préférais nettement une entente cordiale sans affinité aux silences glacés de non-dits qui planaient entre Evelynn, Alycia et moi.

Même si en l'occurrence ce n'était pas de « petites embrouilles » les problèmes entre nous. Je ne me voyais pas pardonner à la première ce qu'elle avait fait, et la seconde ne parvenait pas à accepter que je sois plus proche qu'elle de son psychopathe de fiancé dont elle était secrètement amoureuse. Quand à leurs soucis entre elles, ça ne m'intéressait pas. Je supposais que c'était un peu un mixte de tout.

Je passai une aussi mauvaise nuit que d'habitude.

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— Je suis navré Athéa, mais ce cher Albus n'est toujours pas rentré, me répondit Slughorn pour la énième fois. Vous comprenez, le ministère de la Magie a certainement plus besoin de lui en cette période que notre école… Pas qu'il ne soit pas nécessaire au bon fonctionnement de Poudlard, bien sûr ! ajouta-t-il précipitamment. Ha ! Que deviendrait Poudlard sans ce cher Albus…

J'acquiesçai mollement, déçue comme toujours par sa réponse. Dumbledore s'était absenté peu après le repas de Noël, suite à la réception d'une lettre urgente apportée par un hibou du ministère. Il était demandé pour des affaires sensibles, traitant sans doute de l'épineux problème « Voldemort ». Évidemment, Dumbledore avait mieux à faire que de s'occuper de mon cas. J'étais quasiment certaine qu'il envisageait de m'oublietter si je ne trouvais pas très rapidement une solution pour rentrer chez moi, dans l'objectif de me recréer complètement une vie ici à partir de faux-souvenirs.

Pour faciliter les choses. Pour me rendre l'existence moins pénible. Pour ne pas que je modifie le cours du Temps. Pour éviter que je ne devienne un problème. Parce que l'enfer était pavé de bonnes intentions.

Cela me filait la frousse.

Il n'était absolument pas envisageable que j'oublie ma vie. Qu'elle fasse partie de mon passé ou de mon futur, peu importait. Il ne s'agissait pas juste d'un mot. Une vie, ce n'était pas quelque chose que l'on résumait en un claquement de doigt. Il s'agissait de ma famille, mes amis, mes victoires, mes défaites, mes réussites, mes échecs, mes joies, mes douleurs, mes peines, mon histoire… Tout ce qui avait fait de moi la personne que j'étais. Jamais je ne renierai quoi que ce soit, même pas la plus sombre des mes pensées. Mes souvenirs m'étaient précieux. Plutôt mourir que de regarder une inconnue dans le miroir.

Ce fut donc sur ces pensées peu réjouissantes que je quittai le cours de Potions. Les idées noires ne cessaient de s'accumuler et malgré toutes les recherches effectuées à la Bibliothèque, je n'avais toujours pas trouvé de solution. Je commençais à croire que Macnair avait raison, la fois où Dumbledore m'avait montré un de ses souvenirs grâce à sa pensine, qu'il n'y avait absolument aucun moyen de retourner d'où je venais. La lueur d'espoir qui m'animait encore jusqu'ici s'affaiblissait de jour en jour.

Dire que cela me minait le moral aurait été un honteux euphémisme.

— Théa.

La voix de Regulus perça les ténèbres qui entouraient mes pensées.

Je relevai la tête. Il était là. Il m'attendait, le visage impassible bien qu'une lueur d'impatience brillait dans ses yeux.

— Oui ? Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je d'une voix atone.

— Tu viens avec moi à la Bibliothèque ? s'enquit-il d'un ton égal. Nous avons des recherches à faire en Arithmancie…

Ce devoir d'Artihmancie m'indifférait au plus haut point. Je n'avais qu'une envie, c'était de m'effondrer sur un canapé de notre salle commune et de ne plus en revenir. Pourtant, profiter le compagnie du garçon, même silencieuse, était une perspective tentante… C'était bien la seule raison pour laquelle je n'étais pas encore devenue folle, à vrai dire. Sa présence.

Regulus lança un coup d'œil à sa montre, l'air de dire de me dépêcher de choisir.

— Je viens, décidai-je finalement.

Il était bien le seul à qui je faisais confiance dans cette époque remplie de maboules, hormis Dumbledore et McGonagall. La différence, c'était que je sentais que Regulus avait sincèrement envie de m'aider, contrairement aux adultes qui préféraient ne pas perdre leur temps avec une cause perdue.

Nous nous rendîmes donc jusqu'au quatrième étage, en échangeant quelques idées à propos du cours d'Arithmanie et plus précisément des calculs spécifiques que nous avions à travailler. La discussion finit par dériver sur un sujet légèrement plus passionnant lorsque nous fûmes assis, des livres extrêmement barbants face à nous. Nous travaillâmes calmement pendant quelques minutes, ou plutôt mon vis-à-vis travailla et moi je m'efforçai de ne pas piquer du nez.

Puis soudain :

— Il faut qu'on parle, déclara brutalement Regulus en refermant un volume si épais que le son résonna dans la Bibliothèque.

Je me sentis pâlir. Depuis deux semaines, j'avais tout fait – absolument tout – pour éviter toute discussion gênante au sujet de ce demi-baisser avorté. Je n'avais aucune envie d'aborder le sujet, parce que cela signifierait évoquer toutes les complications auxquelles je ne voulais surtout pas réfléchir.

Les complications du genre « On ne vient pas du même monde », « Je veux rentrer chez moi », « L'amour n'a pas d'âge, mais soixante-cinq tout de même ça mérite réflexion ».

Et la pire d'entre toutes : « Tu vas mourir ».

Je ne pouvais décemment pas lui dire ce genre de chose. Et je pouvais encore moins entamer une relation avec lui et le lui cacher. C'était au-dessus de mes forces.

— Ah, oui ? De quoi ? demandai-je en prenant un air dégagé. Ce devoir d'Arithmancie ne mérite tout de même pas tant de considération…

Je ne fuyais jamais devant un combat. J'effectuais un repli stratégique, cela n'avait strictement rien à voir.

Regulus m'attrapa la main au vol et serra mes doigts entre les siens. Son regard me transperça, d'une intensité à couper le souffle. Je me raidis, anticipant sa question sur la seule chose dont je n'avais pas envie de parler.

— Athéa, dit-il d'une voix assurée et je sentis mon cœur s'arrêter. Je ne suis pas aveugle, je vois bien qu'il y a un problème depuis deux semaines. Tu es fatiguée en permanence, tu es si pâle qu'on dirait que tu as la dragoncelle et je ne parle même pas de l'état de déprime constant dans lequel tu te trouves. Pourquoi tu ne m'en parles pas ? Je croyais qu'on se faisait confiance.

Le cœur repartit de plus belle. Ouf, fausse alerte. Il s'inquiétait simplement de traîner un cadavre ambulant dans son sillage… Sauf que ça non plus, ce n'était pas un sujet que je voulais aborder. Je me mordis la langue avant de décider de lui sortir une demi-vérité :

— Ça fait cinq mois que je suis ici Regulus. Cinq mois.

Je n'eus même pas à simuler l'abattement que mon visage exprima, il était réel. Le garçon fronça les sourcils.

— Dumbledore a découvert que tu étais coincée ici il y a un moment… lâcha-t-il en serrant ma main un peu plus fort, comme pour me retenir. Tu as eu le temps de te faire à l'idée, non ?

Sa voix venait de prendre un accent enfantin, telle une question que poserait un petit garçon pour demander à son grand-frère s'il allait réellement partir et l'abandonner. Cela me brisa le cœur. Je ne répondis rien, mon regard désolé le faisait pour moi.

— Tu n'as toujours pas abandonné l'idée de rentrer chez toi, constata Regulus, un air chagriné obscurcissant son visage. Je vois.

Il lâcha ma main et je tentai de la rattraper, ce qu'il ne me laissa pas faire. Il serrait les dents et refusait de tourner la tête dans ma direction.

— Reg…

— Quoi ? m'agressa-t-il alors que je restais là à contempler les manuels entassés entre nous. Tu réfléchis au mensonge que tu vas me sortir pour te justifier ?

— Non, mentis-je avant de pousser un long soupir.

Je me massai les tempes pour essayer de me remettre les idées en place. L'épuisement qui me grignotait depuis des jours était anormal, j'en étais parfaitement consciente, mais cela ne m'aidait pas à passer outre. C'était si difficile de réfléchir dans ces conditions… Le soulagement, que j'avais cru si puissant tout à l'heure, avait totalement disparu. Il ne restait plus que le vide, mes mensonges et les espoirs balayés du garçon face à moi.

— Je crois que le sablier est entrain d'aspirer mon énergie vitale, finis-je par admettre, parce que la vérité était encore ce qui demandait le moins d'effort et que Regulus la méritait.

Il tourna si vite la tête dans ma direction que j'eus l'impression d'entendre les os de sa nuque craquer. Le chagrin et la colère semblaient avoir disparu, son regard était de nouveau alerte.

— Quoi ? Et ça dure depuis quand ?

Depuis qu'on s'est presque embrassés, espèce de vampire ! me retins-je de rétorquer dans un élan sarcastique. Mais j'avais longuement eu le temps d'y réfléchir et ça ne collait pas, il ne s'était rien passé de notable ce jour-ci qui expliquerait le phénomène. Par contre…

— Tu te souviens du… hum, du jour où tu as voulu m'entraîner ans la Forêt Interdite pour voir les centaures ?

Regulus se crispa et acquiesça en hochant lentement la tête, une question silencieuse dans son regard. Je sentais qu'il pensait exactement à la même chose que moi : à ce qui avait failli se passer sur ce canapé (sur lequel je n'avais plus jamais osé reposer mes fesses, par ailleurs) ce fameux jour. Mais ce n'était pas là où je voulais en venir :

— Je t'ai parlé de ce qu'Evelynn avait tenté de me faire le soir du nouvel an, repris-je en me grattant la nuque. Elle a voulu entrer dans ma tête, mais je l'ai repoussée et c'est l'inverse qui s'est produit. Nos volontés ont dû se confronter l'une à l'autre, ou en tout cas il a dû se passer quelque chose dans ce goût là, et j'ai gagné. Je me suis infiltrée à l'intérieur de ses souvenirs sans le vouloir et c'est à partir de ce moment que j'ai commencé à comater sans but dans la salle commune… (Je soupirai en repensant à la première semaine où je me croyais simplement déprimée.) Au début ça ne m'a pas inquiétée plus que ça, je pensais que j'étais simplement flippée et que c'était le contre-coup du choc de la trahison, tu vois… Mais depuis, ça va de pire en pire. J'ai l'impression d'être enfermée dans une spirale de négativité et de fatigue qui ne cesse de m'attirer au bord d'un précipice, ajoutai-je plus bas.

Il y eut un long silence.

Un long et terrible silence.

Je gardai les mains jointes face à moi, les yeux fixés sur la table. Regulus se racla la gorge.

— Tu… tenta-t-il d'une voix rauque, avant de se reprendre : Mais pourquoi diable n'as-tu pas jugé bon de m'en parler avant ?

Il paraissait éberlué.

— Parce que ce sont mes problèmes. Et puis je n'en suis pas non plus certaine, peut-être que je me plante complètement et qu'il s'agit juste d'une immense vague de fatigue passagère… hasardai-je.

— Donc en résumé, tu t'es dit que sentir toute ton énergie disparaître un peu plus chaque jour n'était absolument pas anormal ? Que ce n'était qu'une espèce de déprime qui finirait par se résorber d'elle-même ? fit remarquer Regulus sans pouvoir cacher son scepticisme.

L'inflexion de sa voix avait viré au lourd sarcasme. A cet instant, je me sentis effroyablement bête. Enfin, plus que d'habitude, cela s'entend.

— …oui.

— C'est vraiment ce que tu penses ? insista-t-il, consterné.

— Je pense que nous avons peut-être sous-estimé ce Retourneur de Temps, marmonnai-je. Il est encore plus vicieux que prévu…

— Noon, tu crois ? Un sablier bourré de magie noire qui te ramène plus d'un demi-siècle dans le passé sans possibilité de retour, et tu oses dire que tu l'as peut-être sous-estimé ? C'est une évidence qui crève les yeux, dit Regulus d'un ton implacable où perçait l'agacement.

Il semblait vraiment énervé contre moi et me regardait sans dire un mot, dans l'attente d'un commentaire de ma part. Je n'en avais aucun à lui offrir ; si ce n'était admettre que je me sentais toujours terriblement seule au monde, perdue dans cette époque inconnue, lorsque le problème venait de mon sablier. J'aurais vraiment aimé que mon père soit là pour me rassurer comme quand j'avais huit ans après l'incident Lucius.

Mais tu es seule, scandait une petite voix qui se targuait d'être ma conscience.

Non ! Regulus est là et veut t'aider, s'égosillait alors une autre voix, mais pas suffisamment fort pour surpasser la première.

Ma langue pesait une tonne dans ma bouche tant j'avais du mal à me décider sur ce que j'allais pouvoir répondre… Je ne voyais vraiment aucune réponse satisfaisante à apporter.

Ce fut à ce moment qu'un craquement sinistre résonna dans la Bibliothèque, annonciateur d'une grande catastrophe en approche.

Je me recroquevillai d'instinct.

— C'était quoi ?

Regulus ne parut absolument pas concerné par ce bruit de fin du monde, au pire légèrement ennuyé, et préféra continuer son sermon :

— Tu aurais dû m'avertir dès le début, que j'essaie de me renseigner auprès de certaines personnes pour savoir comment gérer le problème…

Je ne trouvai rien à redire à cette affirmation pleine de bon sens. Certes il aurait pu m'aider, il disposait de connaissances sur la magie noire qui m'étaient clairement inaccessibles. Mais difficile de me convaincre d'aller quémander assistance auprès de Regulus alors que j'avais l'impression que le monde entier était contre moi ces derniers temps, littéralement.

CRAC.

Cette fois je bondis de ma chaise, paniquée.

— T'inquiète, c'est rien, dit Regulus qui n'avait pas bougé.

— Comment tu peux le savoir ?

— Parce que je connais mon frère, souffla-t-il d'un ton mêlant lassitude et écœurement.

Un nouveau bruit sinistre me fit sursauter.

Le garçon eut un vague haussement d'épaules, comme pour dire qu'il n'y était pour rien.

Et effectivement, quelques instants plus tard je vis une étagère de la Bibliothèque tanguer dangereusement en émettant un chuintement désagréable. Dans un fracas terrible, elle termina face contre le sol. Quelqu'un hurla et Mrs Pince ne tarda pas à en faire de même, un peu plus loin. Je ne pus m'empêcher de grimacer.

Je me précipitai vers l'endroit où le drame venait d'avoir lieu. L'étagère n'était plus qu'un souvenir, les livres étaient étalés sur le sol au milieu des morceaux de bois qui n'avaient pas résisté au choc. Le somptueux lustre qui se trouvait juste à côté avait également été emporté dans la chute et se résumait désormais à des milliers d'éclats coupants éparpillés sur le sol, tel un tapis scintillant de milles feux. Si les morceaux de cristaux semblaient très beaux au premier abord, dans les faits ils devaient davantage s'approcher du tapis de fakir que d'un ornement à installer dans son luxueux hall. Je ne risquerais pas un orteil là-dessus.

Une fille se trouvait au milieu des décombres, les yeux exorbités. Sa bouche grande ouverte devait être la source du cri strident survenu un peu plus tôt.

— Que s'est-il passé ? lui demandai-je immédiatement.

— L'étagère est tombée… Sur ma table, bafouilla-t-elle, l'air hagard. Mon dieu, et le lustre s'est détaché… Tout est tombé juste à côté de moi…

— Ce n'est rien. Le plus important, c'est que tu ne sois pas blessée !

Je reconnaissais cette fille, il s'agissait d'une Serpentard de cinquième année. Elle était très gentille, sûrement trop, et passait souvent du temps avec Rogue à la Bibliothèque. Je ne pouvais pas croire que cette action venait des Maraudeurs, comme l'avait affirmé Regulus juste avant. Il s'agissait d'un accident. James et Sirius ne feraient jamais un truc aussi bête et dangereux, sur une fille innocente qui n'avait rien demandé…

Une fille proche de leur pire ennemie tout de même, contra ma conscience. Non. Ils n'étaient pas si rancuniers, tentai-je de m'auto-persuader.

Lorsque Mrs Pince déboula à son tour, l'examen de ce désastre ne fut pas aussi rassurant. Elle manqua de s'arracher des cheveux, à moitié hystérique, en criant qu'il s'agissait là d'un travail d'orfèvre qui venait de partir en fumée. Impossible de savoir si elle parlait de son étagère ou du lustre foutu. Voire du parquet qui avait sûrement dû prendre un sacré coup.

— Ce ne sont que des dommages matériels, arguai-je pour la calmer. Personne n'a rien.

Cela eut tout l'effet inverse.

— Que des dommages matériels ? Que des dommages matériels ? scanda Mrs Pince d'une voix aiguë. Mais c'est absolument horrible ! Comment vais-je faire ? Et mes livres, oh, mes pauvres petits livres… Il est absolument impossible que ma Bibliothèque ne reçoive des élèves alors qu'elle est dans un état pareil.

— Je doute que les dommages soient très longs à réparer, intervint calmement Regulus qui venait de me rejoindre.

— Et le plafond, je ne peux pas le laisser avec un tel vide ! Tous les lustres sont à distance équivalente les uns des autres, on ne remarque que ça… se lamenta la bibliothécaire, aussi levai-je le nez en l'air pour vérifier mais je ne remarquai rien. Sans parler des livres abimés qu'il va falloir remplacer, ce qui ne sera pas une mince affaire… Oh, mon dieu.

Je soufflai par le nez, légèrement exaspérée par son numéro de caliméro. A l'entendre, on avait vraiment l'impression qu'une horrible catastrophe venait d'avoir lieu, alors qu'il ne s'était rien passé d'irrattrapable. La fille semblait toujours en état de choc, aussi décidai-je de me pencher pour ramasser son sac qui avait par miracle survécu au désastre pour le lui rapporter.

— Aïe !

Une légère grimace déforma mes traits lorsque je me relevai. Je venais de me couper la paume de la main sur un bout de cristal que je n'avais pas vu, c'était bien ma veine… Je compressai ma main en poing pour ne pas que le saignement prenne trop d'ampleur.

— Tiens, marmonnai-je en lui rendant son bien.

Elle me remercia et finit par partir en direction de la sortie, d'une démarche légèrement hésitante. Affichant une moue contrariée de façade, Regulus écoutait d'une oreille peu attentive Mrs Pince qui décrivait à grands renforts de moulinets de bras à quel point la situation était catastrophique, affreuse, désastreuse, inadmissible.

Personne n'était blessé mis à part quelques livres et un lustre qui avait plus de trois siècles, c'était vrai que rien n'aurait pu être pire après tout…

— Bon, nous allons vous laissez vous occuper de réparer les dégâts, marmonna Regulus en me lançant un regard insistant qui devait signifier « Partons vite d'ici, elle est complètement chtarbée ».

J'acquiesçai vivement, pressée de quitter cette ambiance étouffante. Des élèves curieux s'étaient rassemblés tout autour de nous pour comprendre ce qu'il s'était passé et la présence d'autant de monde et de chuchotements commençaient à me filer des bouffées de chaleur.

Une fois dans le couloir, je pus enfin souffler et observer ma blessure de guerre.

— Regulus ! m'écriai-je complètement paniquée.

— Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a encore ? souffla-t-il en s'approchant un peu plus de moi.

— Regarde…

Je lui tendis la paume de ma main et il s'en saisit précautionneusement. Ses orbes métalliques se figèrent, sa mâchoire se crispa violemment. Un seul mot s'échappa de ses lèvres serrées :

— Putain.

L'expression me paraissait relativement bien choisi. Mon sang, loin d'être de la couleur pourpre habituel, était d'un rosé extrêmement pâle, pratiquement translucide. Façon sirop de grenadine vraiment très dilué dans l'eau.

Ce qui était tout, sauf normal.

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La Bibliothèque fut interdite d'accès les jours qui suivirent, au grand dam de Regulus qui ne cessait de tourner en rond en marmonnant tout seul. Il en était venu à la conclusion que si nous ne faisions rien, j'allais finir par disparaître lentement. Comme si je me transformais en fantôme mais progressivement.

Ce garçon était toujours super rassurant.

Ce énième problème avait au moins eu le mérite de désamorcer toute tension entre nous, comme -au hasard- la colère qu'il ressentait à mon sujet à cause ce que je lui avais volontairement dissimulé. Ne subsistait qu'une espèce d'inquiétude qui faisait se retourner des avalanches de papillons dans mon estomac. Je fondais à chaque fois que Regulus me demandait si ça allait, à chacun de ses regards scrutateurs, à chacune des potions énergisantes qu'il m'apportait, à chacune des rides sur son front quand il s'enfermait dans ses pensées pour réfléchir à une solution. Regulus n'était pas du genre à me dire clairement qu'il s'inquiétait pour moi, à me susurrer des mots doux ou que sais-je encore, mais il me prouvait qu'il tenait à moi par des gestes et par tout ce qu'il faisait au quotidien.

Et au fond, n'était-ce pas ça le plus important ? On pouvait vous dire qu'on vous aimait, et pourtant vous mentir et vous trahir. Ou alors, on pouvait ne jamais mettre de mots sur ce qu'on ressentait mais être toujours présent pour vous. Regulus n'était pas particulièrement chaleureux ou aimant, pas vraiment doux, mais il était gentil avec moi et je sentais au plus profond de mon cœur qu'il accourrait toujours si j'avais besoin de lui.

Envers et contre tout, je l'aimais. Je l'aimais vraiment, je crois. Peu importait l'époque, peu importait la situation dramatique… Et peu importait qu'il allait mourir, j'étais en bonne voie pour le trépas également.

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— Tu es prête Malefoy ? s'enquit Avery lorsque je m'effondrai sur un canapé avec lui et Mulciber. Demain, c'est le grand jour !

— Tu parles du match ? raillai-je avec un rictus fatigué. Je suis on ne peut plus déterminée à mettre une raclée aux Gryffondor.

— C'est clair qu'on va leur mettre une bonne déculottée à ces imbéciles.

— Oui, renchérit Mulciber. On n'a pas subi tous ces entraînements pour rien…

— Entraînements de psychopathe tu veux dire, rectifia son comparse.

Je hochai la tête, assez d'accord avec eux. Nous continuâmes à critiquer allègrement le capitaine qui nous en avait fait voir de toutes les couleurs ces derniers temps. Aujourd'hui encore, Evan avait été aussi intransigeant et sadique, voire davantage, qu'à l'accoutumée depuis le début du mois. Le Quidditch rendait vraiment les hommes complètement fous.

D'ailleurs en parlant du grand méchant loup, il venait d'entrer dans la salle commune…

Je détestais ce frisson de peur qui se baladait dans mes veines pire qu'un électrochoc lorsque Rosier se trouvait dans la même pièce que moi. Ce dérangé commençait à me faire plus d'effet que Regulus, mais dans le mauvais sens du terme. Ce qui n'était pas spécialement positif. Je ne supportais plus ses regards lourds de sens, ses demi-sourires en coin et son air faussement nonchalant.

— Salut, dit Evan en se plantant devant nous, les yeux fixés sur moi.

— Capitaine ! se redressa immédiatement Alaric. Nous étions justement entrain d'évoquer la future victoire mémorable de demain face aux lionceaux !

— Victoire qui se produira grâce à tes entraînements très… complets, l'encensa difficilement Mulciber.

— Exactement, ajoutai-je pour faire bonne mesure.

Le châtain nous dévisagea ironiquement, pas dupe pour un sou.

— Vous m'en voyez ravi. Mais je ne suis pas certain que ce soit l'exacte formulation que vous ayez employé précédemment…

— Bien sûr que si…

— Mais si !

— C'était encore plus élogieux, assura Mulciber.

Nous avions prononcé nos trois phrases en même temps, dans un sursaut de panique. Plus coupables, tu meurs. Je manquai de me frapper le front en regardant mes deux compagnons de crime.

Avery eut l'excellente idée de changer de sujet en prenant un ton dégagé :

— D'ailleurs Evan, je te rappelle que le plan que nous avons mis en place avec Ygor sera effectif juste après notre victoire. Les Gryffondor seront désœuvrés et dégoûtés, ils vont se disperser et c'est au moment où ils seront les plus vulnérables qu'il faudra frapper.

— Oui, la Sang-de-bourbe de Potter va en prendre pour son grade. Ils vont regretter leur attaque au nouvel an…

Les deux garçons eurent un sourire qui me fit froid dans le dos et Rosier hocha la tête d'un air satisfait. Merde. Cette guérilla contre Lily Evans m'était totalement sortie de la tête… Pour ma défense, j'avais autre chose à penser. Je n'avais par conséquent toujours pas prévenu James des ennuis qui s'apprêtaient à tomber violemment sur sa copine, il fallait absolument que je le voie dans les plus brefs délais. Ça commençait à urger.

Evan se détendit en les entendant exposer leur plan de dérangés mentaux (ou de Mangemorts, tout simplement) et je dus me faire violence pour conserver un visage impassible. Se figer d'horreur n'était certainement pas une bonne idée quand on était infiltrée chez l'ennemi. Mais tout de même… la choper au détour d'un couloir et lui lancer immédiatement un sortilège de confusion pour qu'elle ne se rende compte de rien, puis la traîner dans un placard à balai pour lui jeter toutes sortes de sortilèges affreux, et enchaîner en la laissant seule et agonisante… C'était un peu plus que je ne pouvais en supporter.

— Et à ce moment, susurra Avery en se penchant légèrement pour prendre un ton conspirateur, on va pouvoir lui faire absolument tout ce qu'on veut. Tout. Il ne faut surtout pas la tuer, ce sera nettement plus amusant si Potter récupère sa petite chose toute cassée…

Malgré moi, je me sentis devenir verdâtre.

— Il faut que j'aille… aux toilettes, lâchai-je en forçant sur mes jambes tremblantes pour me lever. Les haricots rouges de ce midi sont mal passés je crois…

Ils me lancèrent tous les trois un regard surpris, l'air abasourdi que je puisse sortir une phrase pareille en plein milieu de leur plan démoniaque et cruel. Je leur fis un petit sourire d'excuse avant de filer à l'anglaise. Courage, fuyons !

Je dévalai les escaliers pour sortir dehors, histoire de prendre un grand bol d'air frais pour me laver les oreilles des atrocités précédentes. Par Merlin, je passais vraiment mon temps avec des psychopathes qui n'avaient aucune limite. Finalement, peut-être que les deux filles me manquaient… Au moins un petit peu.

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Le soir venu, je passai tout mon temps collée contre Regulus dans un canapé, à somnoler sur son épaule. J'avais tellement besoin de lui ; de sa présence rassurante, de sa chaleur réconfortante, de son odeur familière. Je me faisais l'effet d'un gros bébé ayant besoin d'être rassurée, mais je vivais tout de même des évènements traumatisants en ce moment. J'avais le droit de me comporter comme une enfant !

— Mmmh ! protesta Regulus en penchant la tête de l'autre côté lorsque je posai mon nez froid dans son cou.

Je pouffai de rire devant sa réaction tellement… naturelle. Ça faisait du bien un peu de normalité. Je recommençai, juste pour le plaisir de le voir râler.

— Théa !

— Oui ? Un problème ? demandai-je d'une voix angélique en redressant la tête.

Regulus me lança un regard noir mais ne dit rien de plus. Il se contenta de me pincer le nez et je grimaçai, sous son air satisfait.

— Sadique, marmonnai-je en reprenant ma position initiale.

— Je ne fais que servir mes intérêts, rétorqua-t-il d'un ton hautain.

— Tu es insupportable.

— Et c'est toi qui dit ça ?

— Parfaitement, monsieur, répondis-je narquoisement.

Regulus soupira.

— Tais-toi, grommela-t-il. Tu me distrais et je suis occupé à lire un livre dans l'objectif de te sauver la peau des fesses, donc tu seras bien aimable de ne pas me déranger davantage.

Que pouvais-je répondre à ça ? Heureusement, un bâillement me sauva la mise, m'évitant d'avoir à réfléchir à une autre réplique cinglante.

Mes paupières se faisaient de plus en plus lourdes. Je finis par m'endormir quelques instants plus tard, et nous passâmes toute la nuit sur ce canapé. Regulus ne me réveilla pas et me laissa dormir la tête sur ses genoux, en veillant sur mon sommeil. Pour la première fois depuis un long mois, je fis une nuit complète de huit heures qui me permit de me restaurer un peu. Ce n'était toujours pas la grande forme, évidemment, mais le lendemain cela allait tout de même mieux. Ça, plus une potion énergisante que me fit avaler le garçon qui hantait mes rêves, m'aida à me sentir dans un état presque normal pour le match en approche.

La matinée de déroula à vitesse grand V. Le petit-déjeuner fut expéditif, puis le branle-bas de combat commença dès dix heures. La stratégie mise en place contre Gryffondor me fut répétée au moins vingt fois par un Evan survolté (en plus de la cinquantaine dont il nous avait déjà abrutis lors des entraînements précédents), j'en avais les oreilles qui sifflaient à la fin. Mon cerveau était rempli de phrases impératives me disant comment réagir dans telle situation, comment récupérer le Souafle à Potter en l'assommant discrètement au passage, comment réagir si je voyais un Cognard – de préférence en utilisant un Gryffondor en tant que bouclier...

Heureusement, malgré notre mésentente actuelle, Evelynn ne m'avait pas réclamée de récupérer le balai prêté en début d'année. Ce qui me rassurait, parce que je me voyais mal demander à McGonagall de me trouver un balai de toute urgence. Ou pire, monter sur les trucs antiques que l'école proposait.

— Vous savez ce que vous avez à faire, nous dit sèchement Rosier pour unique encouragement lorsque vint le moment de décoller sur le terrain.

Face à nous, les Gryffondor menés par James.

Je tentai d'accrocher le regard de ce dernier, pour lui faire comprendre que j'avais impérativement besoin de lui parler avant la fin du match, mais il semblait concentré sur son équipe et plus occupé à motiver ses troupes qu'à regarder ses adversaires. Une espèce d'angoisse sourde commença à monter en moi lorsque j'avisai les mines extatiques d'Avery et Mulciber. Ils regardaient James avec un sourire qui leur montait jusqu'aux oreilles, c'était effroyablement terrifiant.

— Concentre-toi, me souffla Regulus à l'oreille avant de décoller.

Il avait dû remarquer que j'étais perturbée.

— Plus facile à dire qu'à faire, marmonnai-je pour moi-même.

Je poussai sur mes pieds pour m'envoler, allant d'instinct prendre ma position de Poursuiveuse. L'arbitre siffla le début du match sous les hurlements enthousiastes des spectateurs, et la partie démarra. Je passai en mode pilote automatique, comme à chaque fois que je jouais au Quidditch. Chaque geste me semblait parfaitement naturel : le balais n'était qu'un prolongement de mes jambes, le Souafle une main qui semblait m'être greffée avant chaque début de match, et le vent qu'un vieil ami dont je connaissais les habitudes par cœur.

Après une pirouette et une esquive des Batteurs adverses relativement bien effectuée, Mulciber me fit une passe. Je marquai sans trop d'effort et les premières huées côté Gryffondor commencèrent. Je tirai la langue en brandissant un poing vainqueur devant la tribune des Serpentard qui hurlaient à s'en arracher la gorge. Je n'eus cependant pas le temps de réaliser d'autres prouesses.

— ET BLACK ATTRAPE LE VIF D'OR ! MESDAMES ET MESSIEURS, C'EST DU JAMAIS VU ! EN A PEINE 8 MINUTES DE MATCH LA RENCONTRE EST DÉJÀ TERMINÉE ! VICTOIRE ÉCRASANTE DE SERPENTARD CONTRE GRYFFONDOR, 160 à 0 !

— Quoi ? m'écriai-je en cherchant Regulus des yeux.

— VICTOIRE ATOMISANTE, renchérit le commentateur qui devait être de Serpentard. POTTER N'A PLUS QUE SES YEUX POUR PLEURER DEVANT UNE TELLE DÉFAITE.

— C'est une blague ? s'étouffa Avery, non loin de moi. Tout cette souffrance inutile pour que Reg ne règle le problème en cinq minutes ?

Je finis par remarquer mon brun préféré, un sourire hautement satisfait au lèvres, qui faisait le tour du stade en brandissant le vif d'or. Il l'avait réellement attrapé en huit minutes. C'était le match le plus expéditif de ma vie.

Et pourtant, c'était aussi celui pour lequel j'avais le plus bossé. Toute l'attente, toute la pression que nous avions subis depuis un mois, tous ces entraînements intensifs qui me transformaient en loque humaine. Mon dieu, toute cette putain de stratégie dont Rosier nous avait rebattus les oreilles… Tout ça pour… rien.

J'étais effondrée.

— Quel enfer, marmonnai-je en redescendant.

Mis à part Regulus qui rayonnait, fier comme un coq, nous étions tous au bout du rouleau. Affreusement frustrés. Et je n'évoque même pas les tronches des Gryffondor qui culminaient au stade ultime de la dépression. Les pauvres ne cessaient de s'échanger des paroles du style : « Mais qu'est-ce qu'il vient de se passer ? J'ai pas compris... ».

— On croit vraiment halluciner, grommela Alaric en me rejoignant. Je vais porter plainte contre mauvais traitements à Rosier, moi…

Oui et Lily allait pouvoir porter plainte pour futurs bons traitements, hein.

— Le plus important, c'est qu'on a gagné, commenta placidement Evan dans une tentative d'apaisement.

Nous lui lançâmes tous un regard noir. J'avais dû faire plus de pompes, de tours de terrain et d'abdominaux en un mois que durant toute ma vie. La victoire expéditive n'était clairement pas suffisante pour me satisfaire, j'avais souffert pour ce match, bordel ! Je voulais une victoire écrasante, haletante, après des heures harassantes de match. Une victoire méritée, en somme.

— Hé bien quoi ? s'exclama Regulus qui semblait toujours sur son petit nuage de félicité. Vous n'êtes pas contents ?

Les regards pivotèrent dans sa direction. Pour une fois, Lestrange ouvrit la bouche :

— La ferme, Black. La ferme.

Je n'aurais pas trouvé mieux.

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Blpblp, et voilà le nouveau chapitre ! Je suis sincèrement désolée pour ma longue absence, comme pour la majorité des étudiants le troisième semestre en distanciel a été difficile... je sais que je n'ai pas beaucoup répondu aux mps ou aux commentaires, mais ce n'est pas du tout parce que je m'en fichais, simplement que ça m'angoisse de répondre un 'non, désolée, je ne suis toujours pas en état d'écrire' :/ Mais merci énormément pour tous vos mots adorables, ça m'a fait vraiment plaisir de voir que certains attendaient autant le retour de cette histoire ! J'espère que ce chapitre ne vous aura pas déçu, même s'il n'est pas bien gai.

En tout cas je reprends le rythme hebdomadaire, un chapitre tous les lundis ! Cette histoire devrait à priori compter une trentaine de chapitres ;)
PS : si je vous ai affreusement manqués (tousse) sachez que j'ai posté un nouveau truc avec Rosier et Marlene McKinnon en vedettes !

Bref, à lundi ! Tchuss :D

PPS : je suis siii heureuse de poster un nouveau chapitre, c'est grave mdr