Psychologie de comptoir
Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de Hiromu Arakawa :3
Base : FMA (manga)
Rating : M (Les jeunes, je vous vois è.é)
Genre : Romance – Humor – OS – Shônen-ai (Edvy)
Résumé : Être en couple, ce n'est jamais de tout repos ! Envy en sait quelque chose… Hélas pour Greed, c'est à lui que notre palmier favori a choisi de confier ses peines de cœur. Sale soirée en perspective…
Musiques : Beastar theme, Louis – the beastar, Bite me!, Juno is in love, Carnivores, Are you the predator?, Hope of this world (Beastars, OST)
Note : Ce qui est rigolo, avec ce recueil, c'est que je l'alimente tous les deux ans, sans même y penser. Ça me vient toujours comme ça, d'un coup. À l'approche d'Halloween, je me dis naturellement : « Tiens ? Et si j'écrivais un petit truc, dans ce recueil-ci ? » Et finalement, sur cette simple impulsion, je finis par avoir une idée, qui termine sur vos écrans. Bon, par contre, contrairement à la dernière fic, cette fois-ci, on part sur quelque chose de plus léger qui me donnera moins de taf. Faut pas déconner, je vais pas vous pondre des histoires de quarante pages à chaque fois (même si je sais que certains d'entre vous ne diraient pas non :p). Ça fait long, tout de même ! Et puis, je pense à ma pauvre correctrice, qui doit s'enfiler tout ça avant la deadline… Remarque, cette fois-ci, je suis sympa, je ne m'y prends pas à la dernière minute xD Bref ! J'espère que cette petite histoire rigolote vous plaira ~
« Salut, les filles ! »
Greed referma la porte derrière lui, s'arrachant à la morsure du froid qui régnait en maître dans les rues de Central en cette nuit glacée d'octobre. Le brun frissonna de plaisir à la sensation de l'atmosphère accueillante du bar, agréablement chauffé par une belle cheminée, où crépitait un feu vif. Non pas que l'Avide eût réellement à s'inquiéter de la température – merci papa –, mais tout homonculus fût-il, il préférait comme beaucoup le confort d'un intérieur à l'hostilité du dehors en cette saison particulièrement pluvieuse.
La faute à ce satané prince xinois. Depuis qu'ils partageaient ce corps, Greed le sentait, il était devenu anormalement sensible à ce genre de choses. Émotionnellement, aussi, la transformation avait été de taille. Cette cohabitation l'avait changé en véritable éponge. Il avait l'impression de s'être comme… ramolli. Une petite voix dans sa tête – on se demande bien qui – nia en bloc toute responsabilité là-dedans, mais l'Avide choisit de l'ignorer.
De toute façon, il avait mieux à penser ; la gnôle qu'il allait descendre, par exemple, après cette journée éreintante à arpenter Central en long, en large et en travers. Tout ça pour des prunes, en plus ! En même temps, on l'avait chargé de retrouver une aiguille dans une botte de foin, tu parles d'un cadeau… Vraiment, il n'avait qu'une envie, c'était de faire la bringue toute la nuit en bonne compagnie dans son bobinard préféré. Ça… ça, ça allait le requinquer, et comme il fallait.
« Greed… »
Une fois de plus, une petite voix dans sa tête s'offusqua, mais…
« Greed ! »
Ah non, elle n'était pas dans sa tête, cette voix-là.
L'interpellé, qui avait entrepris de se défaire de son manteau détrempé et de son écharpe, arrêta son geste et leva les yeux. Il croisa ceux d'une jolie brune d'une vingtaine d'années, vêtue d'une belle robe en mousseline violette mettant diablement en valeur son corps sculptural.
Avec Ling qui me hèle constamment en arrière-plan, je m'y perds, à force.
Après avoir mis en sourdine son colocataire et louché un instant sur le décolleté plongeant de la nouvelle venue, l'homonculus se réintéressa au visage de celle-ci. Elle paraissait soucieuse.
Il fronça les sourcils.
« Qu'est-ce qui se passe, cocotte ? Me dis pas qu'un gars t'a encore emmerdée ? »
L'hôtesse secoua vivement la tête. Elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille et jeta un coup d'œil nerveux par-dessus son épaule. Le temps pour l'homonculus d'aviser la chair de poule sur cette dernière, qui était dénudée.
« Non. C'est juste que… ton… ton frère est là. »
Elle aurait pu lui mettre une claque que Greed aurait tiré la même tête. Il cilla plusieurs fois, puis soupira longuement, se dégonflant progressivement tel un ballon de baudruche. Avec ce soupir s'échappa une partie de sa joie de vivre. Avant de rendre définitivement l'âme qu'il n'avait pas, le brun prit tout de même le soin de se renseigner :
« Lequel ? Le borgne, le gros lard, la montagne de muscles ou le travesti ? »
La jeune femme regarda de nouveau derrière elle, plissa les yeux, puis se risqua à préciser :
« Le bizarre.
— Ça m'aide pas trop, tu sais. Ils sont tous bizarres. Va falloir que tu sois plus précise.
— Le plus bizarre, alors. Ça fait un moment qu'il traîne au bar sans rien consommer et qu'il dévisage nos clients. Il en a déjà fait fuir plusieurs, comme ça. »
D'aaaccord, je vois le genre. Comme si la soirée était pas assez merdique comme ça… Bordel, on peut jamais avoir la paix, avec cette famille…
« Greed ? Tout va bien ?
— Rien ne va, mais merci de m'avoir prévenu, ma belle », répondit-il enfin en confiant finalement son manteau à la fille de joie d'une main et en lui caressant la tête de l'autre, tandis qu'il la contournait.
L'homonculus jura dans sa barbe une dernière fois, se massa les tempes et quitta le vestibule pour s'engager dans la salle. Celle-ci était pleine à craquer. Au milieu de la fumée de cigarette et des parfums capiteux de ces dames ripaillaient de nombreux hommes de toutes extractions. L'ensemble des tables était occupé, tout comme les tabourets du comptoir, à l'exception d'un endroit précis au milieu de celui-ci. Curieusement, les deux sièges laissés libres encadraient une silhouette familière.
Greed la repéra rapidement. En même temps, avec son impair délavé passé sur des vêtements inadaptés à la saison et ses cheveux en salsifis, on ne pouvait pas dire qu'Envy passât franchement inaperçu. L'Avide fut cependant surpris d'être tout de suite remarqué par son cadet. Celui-ci, accoudé au bar, semblait en effet scruter les clients, et arrêta son regard sur lui à l'instant même où il entra.
Sitôt que leurs regards se croisèrent, l'androgyne fronça les sourcils, leva les yeux au ciel d'une façon théâtrale et reporta son attention sur son verre à moitié vide. Bougon, il enfonça son poing droit dans sa joue à l'instar d'un enfant contrarié.
Oh, je sens que l'accueil va être à la hauteur de ce premier contact…, présagea Greed en se faufilant parmi les tables pour rejoindre la tête de nœud qui lui servait de petit frère.
Lorsqu'il fut au comptoir, l'Avide salua la barmaid, qui ne manqua pas de lui adresser un regard en biais pour le moins explicite. Greed hocha subrepticement la tête pour signifier qu'il avait compris le message. Visiblement, Envy avait réussi à décrocher en un temps record le titre de persona non grata au sein de l'établissement. La faute, sans doute, à son air morose et à sa façon de fusiller du regard toutes les personnes qui avaient le malheur de s'approcher de lui à moins de trois mètres.
Rien d'étonnant à ce que la plupart préférassent aller voir ailleurs. Mauvais pour les affaires, ça.
« Hey », lança Greed en guise de salutations.
Pour toute réponse, le polymorphe haussa un sourcil. Après un silence suffisamment long pour devenir gênant, le cadet des deux frères commença à faire tourner sa liqueur dans son verre sans grande conviction. Là encore, le message était limpide : « Cause toujours, tu m'intéresses. »
Sentant que le dialogue allait être compliqué, son aîné tenta une première approche :
« Tu sais que tu pourras jamais vraiment te saouler avec ça, hein ?
— Rien m'empêche d'essayer.
— Ça dépend. Tu paies pour ce que tu consommes, ou pas ? Selon la réponse, je devrai peut-être te reprendre cette boisson.
— Si t'es venu pour me faire chier, tu peux tout aussi bien repartir. Je serai chic, j't'en voudrai pas.
— Oh, je t'en prie ! On sait tous les deux pourquoi t'es là. En plus, t'es pas chié, toi. C'est mon bar. J'ai encore le droit d'y être, je pense. »
Envy pouffa.
« Un "bar", ouais. Avec toutes ces nanas qui traînent et qui racolent dehors… tu parles. J'suis pas sûr que ce soit l'alcool qui coule à flots, ici.
— Quoi, t'es jaloux ? »
L'androgyne tourna vivement la tête vers son frère, les yeux plissés comme un serpent prêt à mordre.
Premier avertissement.
« Ça va, ça va. Pardon, j'ai poussé le bouchon trop loin, j'avoue », concéda Greed, les mains levées en signe de reddition. « Mais c'est même pas drôle ! On peut plus te taquiner sans que tu prennes la mouche ! Faut te décoincer, un peu. Si y a que ça, tu me dis, je te prête une nénette pour la nuit et on en reparle demain. Tu sais, elles sont toutes sympas, et… et pas trop regardantes, si on y met le prix. Je suis sûr que je peux t'en dégoter une qui te trouverait pas trop mal, même avec la tête de déterré que tu te tapes, ces derniers temps. J'te ferai une ristourne, pour la peine.
— Trop aimable.
— Hey, c'est toi qu'es venu là, hein. On a les conseils qu'on peut, mon gars », répliqua Greed tout en faisant signe à la barmaid de lui servir un verre pour ne pas laisser son compagnon de beuverie tout seul.
Enfin, il eût été sans doute plus juste de dire qu'il voulait surtout être suffisamment imbibé pour ne pas relever toutes les âneries que son « compagnon » n'allait pas tarder à lui débiter. Expérience oblige, il voyait venir la chose gros comme une maison…
En attendant que lui fût versé son habituel whisky on the rocks, le patron des lieux reporta son attention sur son invité. Mine rembrunie, mâchoire serrée, doigts crispés sur son verre… Envy criait son agacement à tous les étages. Toutefois, orgueilleux comme il l'était, Greed le savait, il ne lui en confesserait pas la cause sans un petit coup de pouce.
Une fois sa liqueur en main – et après en avoir bu une bonne gorgée pour se donner du baume au cœur –, l'Avide se décida à faire le premier pas :
« Alors ? Pourquoi t'es là, ce soir ? Toujours le même problème, j'imagine ?
— Parce que t'es devin, en plus d'être proxénète, maintenant ?
— Yep. C'est gratuit pour la famille. Allez, mon vieux ! Fais pas ta mauvaise tête, je vois bien que t'es tracassé. Te fais pas prier, c'est pas tous les jours que t'auras une oreille aussi attentive que la mienne ! »
Envy enfonça plus rageusement encore son poing dans sa joue et détourna la tête. Greed eut le temps de finir son premier verre et d'en commander un deuxième avant que son petit frère ne daignât lui ouvrir son cœur.
« Qu'est-ce que je peux faire, à ton avis ? »
L'Envieux tourna à nouveau la tête vers son aîné, l'air radouci ; presque contrit.
« Tu les connais, les humains, depuis le temps… Tu sais comment ils fonctionnent, toi. T'en héberges même un », rappela Envy en désignant d'un geste vague le corps de Greed.
« Techniquement, c'est plutôt l'inverse.
— C'pareil. Tu dois bien avoir un ou deux tuyaux à me donner.
— Je sais plus quoi te dire, Envy… Je t'ai déjà dit quoi faire. Mais tu veux pas. Tu t'obstines.
— En même temps, si tu me proposes que des plans foireux, de quoi tu t'étonnes ?
— Il est pas "foireux", mon plan ! Tu devrais y réfléchir. Ça t'épargnerait bien des soucis. Tu sais, c'est pas si mal… d'être sur un "pied d'égalité", disons.
— Tu déconnes ? On a une chance sur deux de le perdre, et donc de perdre un sacrifice. Père me tuera, si ça arrive. Sinon, tu sais quoi ? On n'a qu'à aller lui demander ce qu'il en pense, lui. Je suis à peu près sûr qu'on partagera le même avis sur la question.
— Sans moi.
— Et puis, franchement, c'est trop risqué, pour Ed. Qui sait ce qui lui arrivera ? Nan… Je peux pas faire ça. Tu m'en demandes trop. »
Envy repoussa vivement son verre de rhum, comme si la simple suggestion de Greed lui donnait la nausée. Face à tant d'entêtement, l'Avide railla :
« Alors, quoi ? Tu vas continuer à venir te lamenter dans mon pub toutes les semaines, comme tu le fais déjà depuis six mois, simplement parce que tu préfères tourner autour du pot que de te confronter à la réalité ? »
Les doigts de la main droite d'Envy se couvrirent brusquement d'écailles. Un crissement terrible retentit lorsque l'homonculus enfonça de véritables griffes dans le bois tendre du comptoir, sous les yeux médusés d'une barmaid incrédule. Les convives alentour, alertées par le bruit, dévisagèrent le duo d'un air interloqué, interrompant leurs conversations qui allaient pourtant bon train jusque-là.
Greed blêmit et balança son écharpe sur la main du polymorphe, tout en faisant signe à son employée que les explications viendraient en temps voulu et que pour l'instant, le mieux était qu'elle décampât. La jeune femme ne se fit pas prier. Elle s'empressa de partir à l'autre bout du bar pour continuer son service, non sans surveiller les deux homonculi du coin de l'œil.
« Mais t'es pas bien ?! » s'alarma Greed à l'adresse de son frère inconscient. « Devant des humains, en plus ! T'as perdu la tête, ou quoi ?! Je te préviens, je veux pas de ça chez moi ! Sinon, tu vas aller te calmer dehors !
— C'est de faute, tu m'as provoqué », gronda Envy d'une voix sourde.
Il fit retrouver une forme normale à sa main et rendit son écharpe à Greed dans un geste d'humeur. Ce dernier la récupéra au vol juste à temps pour s'éviter de se la prendre en pleine face.
Deuxième avertissement.
« Tu sais que c'est un sujet sensible.
— Il le serait peut-être moins si t'arrêtais de faire ta tête de mule et que t'appliquais mes conseils. Je fais ce que je peux pour t'aider, moi ! », s'indigna le plus âgé. « Mais de ton côté aussi, va falloir voir à faire quelque chose. Tu peux pas continuer comme ça, à péter un câble au moindre prétexte. Sérieux, depuis que t'es avec ce môme, tu pars au quart de tour, c'est insupportable !
— Normal, je fais que m'en prendre plein la gueule tous les jours à cause de ça. Même Lust s'y est mise. »
Cet aveu à peine audible au milieu du jazz bondissant qui se jouait en fond aurait pu serrer le cœur de n'importe qui. Dans les traits du plus jeune homonculus se lisaient la peine, la rancœur et, pire, la déception. Les mains accrochées à son verre, il fixait sa boisson sans conviction, laissant son regard se noyer dedans. Pour un peu, on eût dit qu'il aurait aimé s'y noyer tout court.
« D'habitude, elle me soutient », renchérit l'éphèbe d'un ton amer. « Pas cette fois.
— Normal, tu t'es entiché d'un humain. Elle a beau être tolérante, elle a sa fierté aussi, tu sais.
— Mal placée, alors. Je vois pas en quoi mes choix la regardent. En plus, tu racontes que des conneries. Je me suis pas "entiché" de ce nabot.
— À d'autres. Je vois bien comment tu mates les couples depuis que je suis arrivé. Et je suis sûr que t'es venu ici juste pour ça. Pour les "étudier", comme tu dis souvent. Tu les zyeutes du coin de l'œil, là, l'air de rien… »
Greed lui décocha un sourire en coin.
« Tu les envies, hein ? »
Envy haussa les épaules, mais le silence qui précéda était de trop. Greed avait sa réponse. Il croisa les bras et revint à la charge :
« Tu sais, il faudrait pourtant pas grand-chose pour que ça se passe bien, avec ton blondinet.
— Ouais, je sais. Si seulement, il pouvait… Ah ! Tiens, j'ai une idée ! » Envy claqua des doigts et retrouva le sourire. « Et si tu me laissais discuter un peu avec le petit prince, là ? C'est son pote, non ? Il doit bien savoir quelques trucs sur lui dont je pourrais me servir pour redorer mon blason ! » le pressa-t-il, plein d'espoir.
Face à tant d'entrain, Greed ne put s'empêcher de reculer sur son tabouret.
Merde.
« Euh… C'est-à-dire que… »
L'androgyne perdit peu à peu son sourire. L'Avide sentit des sueurs froides couler le long de son dos. Il se racla la gorge, puis essaya d'expliquer :
« Je suis pas sûr qu'il te sera d'une grande aide, sur ce coup. Il est pas trop dans son assiette, en ce moment… Tu comprends…
— Te fatigue pas, va. J'ai pigé. Lui non plus, il cautionne pas, hein ?
— Ben… »
Greed soupira et se gratta l'arrière du crâne d'un air embêté.
« Fallait t'y attendre, Envy. Y a pas grand-monde qui peut te suivre, sur ce coup. Mais moi, je suis là ! Je peux t'aider. Et si tu me disais ce qui va pas, cette fois-ci, concrètement ? », invita son aîné, qui peinait lui-même à croire à ses propres mots.
Voilà qu'il se montrait prévenant, maintenant ! Une première, en deux cents ans.
Pourtant, passé la colère de se voir jugé, son interlocuteur sembla considérer sérieusement la proposition. Il réfléchit quelques instants, but une gorgée de rhum et se jeta à l'eau :
« "Concrètement" ? Plein de choses, en fait. Je sais même pas par où commencer ! Dès que je lui propose de faire un truc ensemble, c'est compliqué, il finit toujours par essayer de se débiner d'une manière ou d'une autre, du coup, on s'engueule tout le temps pour un rien, et après, il pinaille sur le moindre mot que j'ai pu sortir, comme si c'était de ma faute… bref. Il fait la gueule à tout propos, me snobe même quand il est fâché, et son frère… ah ! son frère ! Alors, lui, par contre, j'en entends parler TOUS. LES. JOURS. Ed trouve systématiquement le moyen de remettre cette boîte de conserve sur le tapis, et quand c'est parti, c'est le festival ! Il s'arrête plus de m'en rebattre les oreilles. "Al" par-ci, "Al" par-là… Y a des jours, ça me donne envie de le faire passer par la fenêtre, cet empêcheur de tourner en rond… Rah ! Si seulement il pouvait s'occuper de ses oignons… Mais non ! Il a besoin de s'immiscer dans notre vie, quand il se mêle pas carrément de notre vite intime. J'te jure. Cette armure, c'est une plaie. Il a… Il a une façon de me faire sentir qu'il peut pas me piffer… C'est insidieux, tu vois ? Une remarque par-ci, un geste par-là, un regard, un mot… Il a l'art et la manière de sous-entendre des trucs complètement faux avec un air de sainte-nitouche, et pourtant, ça empêche pas Ed de le porter en odeur de sainteté. Loin de là. »
Manifestement, l'alcool lui avait délié la langue. Après cette tirade longue comme le bras au cours de laquelle Greed avait commencé à se demander si Envy prendrait un jour le temps de respirer, ce dernier adopta une expression songeuse un instant, puis asséna d'un coup, comme frappé d'une épiphanie :
« En fait, j'crois que le problème, c'est son frère. »
Devant cette énormité, Greed ouvrit les yeux grands comme des soucoupes.
« T'es sûr ? Non, parce que si je puis me perm…
— Mais oui ! Bon sang, mais oui ! » s'exclama Envy en s'envoyant une facepalm. « Mais comment j'ai pu être aussi con ? C'est lui, le problème ! Évidemment ! »
Il éclusa son verre d'un trait et le reposa brutalement sur le comptoir.
« Et moi qui me prends la tête depuis des mois pour démêler ce sac de nœuds et comprendre ce qui va pas entre nous, alors que la solution, elle était sous mon nez ! Pourquoi j'y ai pas pensé plus tôt ?!
— Woh, woh, woh… tu m'inquiètes, là, Envy. Qu'est-ce que tu comptes faire, au juste ? »
L'éphèbe porta le verre vide à hauteur de ses yeux et regarda avec fascination les gouttes ambrées qui roulaient en son fond, prisonnières des parois. Il se tourna vers son frère et lui adressa un large sourire.
« "Régler" le problème. »
À la vue de cette rangée de dents aussi éclatante qu'une guillotine en plein soleil, Greed sentit presque sa pierre se fissurer en lui. Alors que la salle était immense et qu'il mesurait une tête de plus que l'androgyne, ce simple sourire suffit à lui donner l'impression que les murs autour de lui s'étaient dangereusement rapprochés et menaçaient de l'écraser.
Son corps réagit plus vite que sa pensée. Il agrippa l'épaule de son cadet pour capter son attention.
« A… Attends. Tu crois pas que si tu fais ça, le petit risque de t'en vouloir, au moins un peu ? Sans parler de Père… T'as pensé, à Père ? Cette armure te tape sur le système, d'accord, mais ça reste un sacrifice important, quand même, ha ha ! Ha ha… »
Le cœur battant, l'Avide ne lâcha pas des yeux l'Envieux tant qu'il n'eut pas la certitude de s'être fait comprendre. Il ne s'autorisa à respirer que lorsque son vis-à-vis eut rendu son verdict :
« Pas faux. »
Envy fit la moue. On ne pouvait pas dire qu'il eût l'air très convaincu. Face à ce constat, Greed décida d'enfoncer le clou. Il entendit Ling lui crier de se taire.
Trop tard.
« P… Peut-être que si tu m'emmenais voir Ed, on pourrait en discuter tous ensemble et réfléchir posément à comment le sortir des jupons de son frère. Ou mieux ! Et si je laissais la place à Ling ? Hein ? Tu l'as dit toi-même, ils sont super potes, tous les deux. Je suis sûr qu'il saurait quoi dire à ton blondinet pour arranger les choses. C'est une bonne idée, non ? Qu'est-ce que t'en dis ? »
Le visage de l'Envieux se referma comme une trappe. Son verre éclata dans sa main. Tessons et gouttes carmines explosèrent dans un bruit cristallin sur le comptoir déjà bien amoché par toutes ses années de service. Le sang s'infiltra dans les rainures du bois sous le regard effaré de la barmaid et des autres clients installés autour d'eux et suffisamment sobres pour s'en soucier.
L'éphèbe ne s'intéressa pas à son public ni même à sa blessure, qui eut tôt fait de cicatriser. Il fixa intensément la main de Greed posée sur lui, puis laissa son regard remonter le long de son bras tremblant, jusqu'à son visage figé en une grimace de malaise.
L'Envieux inclina lentement la tête sur le côté, renifla plusieurs fois la main de son frère, puis plongea ses yeux aux pupilles contractées dans les siens.
« Je vais t'apprendre un truc, Greed ; un truc utile, qui te servira certainement de leçon pour plus tard. »
Il décrocha un à un les doigts de l'Avide de son imperméable avec un dégoût ostensible et lui fit écarter sa main d'un geste vif.
« Tu ne peux pas tromper le flair d'un polymorphe, sale traître. »
Il secoua sa propre main afin d'en extraire les derniers éclats de verre, sauta au bas du tabouret avec une force qui fit tressauter celui de son interlocuteur, puis prit le chemin de la sortie. Lorsqu'il arriva à hauteur de son frère cependant, il marqua un arrêt, se pencha et lui chuchota à l'oreille :
« Tant que t'empesteras à des kilomètres à la ronde l'odeur gerbante de ce colonel de mes deux, tu peux faire une croix sur ta visite de courtoisie. Moi vivant, toi et ta jolie petite équipe de chieurs ne foutrez pas le moindre pied dans ma piaule. »
Il se recula, adressa un sourire dégoulinant d'hypocrisie à son aîné, puis disparut dans le vestibule, et enfin dans la nuit.
Greed resta une longue minute à fixer le siège désormais vide à ses côtés. Envy parti, le bar retrouva rapidement sa bonne ambiance habituelle. Les esprits étaient trop enivrés pour se préoccuper d'une querelle de plus, de toute façon. Les oreilles de l'Avide, en revanche, bourdonnaient. Le jazz paresseux en toile de fond se mêlait à la voix criarde de Ling, qui fulminait en xinois dans un recoin de son esprit ; probablement des récriminations à l'égard de son hôte, dont patience et subtilité n'étaient pas les vertus premières et qui venait de voir filer sous son nez une opportunité de plus à cause de son empressement.
« Greed ? »
La douce voix de tantôt ramena de nouveau sur terre l'homonculus. Il sursauta et remarqua enfin que la brune qui l'avait accueilli l'avait rejoint. Elle avait probablement assisté à son échange houleux avec l'Envieux. Quoiqu'elle s'efforçât de l'inviter à la confidence en posant sa main sur son bras, Greed rompit aussitôt le contact et, dos à la fille de joie, s'attrapa la tête.
« Sois sympa, appelle le colonel pour moi. Dis-lui que j'ai foiré mon coup. Encore.
— Greed…
— Et sers-moi un verre, tu seras gentille. »
L'hôtesse le détailla longuement, hésita à ajouter quelque chose, mais comprit à l'expression de son patron que seul le temps saurait panser ses plaies. Elle hocha plusieurs fois la tête afin d'accuser réception des directives, resservit l'homonculus et s'isola dans la pièce adjacente pour faire son rapport.
Greed, quant à lui, resta seul et désemparé au comptoir. Il humecta ses lèvres dans le nouveau whisky qui lui avait été versé, avant de se raviser et de murmurer :
« Je te laisse la place, petit prince. Fais-moi plaisir, torche-toi la gueule jusqu'à n'en plus pouvoir. J'ai besoin d'une pause. J'ai plus la force, là. »
Toute colère évanouie à l'écoute de cette supplique, Ling acquiesça silencieusement et prit les commandes de leur corps à tous deux. Il regarda le verre, soupira, et entreprit d'offrir à son hôte la gueule de bois qu'il méritait après toutes ses pérégrinations de la journée à la recherche de son ami disparu.
Ce n'était pas la première fois qu'ils échouaient. Pas la dernière non plus, sans doute.
Fort des informations qu'il avait pu glaner dans les souvenirs de Greed, Ling voulait y croire. Malgré ses dires et son hostilité, son frère reviendrait forcément ici, comme il l'avait fait ces derniers mois, inlassablement, à l'instar de la houle sur la plage.
Perdu comme il l'était, Envy n'y manquerait pas. C'était certain.
Restait à espérer que, la prochaine fois, ce ne serait pas pour leur demander comment annoncer à leur père qu'il avait trucidé un sacrifice dans un accès de colère.
Hélas, pour cela, ils ne pouvaient que croiser les doigts.
FIN
Drôle de fic que celle-ci ! Pour tout vous dire, je l'ai aussitôt pensée comme une suite du quatrième OS de ce recueil, Un matin comme les autres. Du coup, ce ne sont plus vraiment des OS, en fait xD Quand j'y songe, j'en ai tellement qui se répondent ou se suivent carrément entre mes recueils que j'aurais pu faire plusieurs fics x3 Mais ça demanderait plus de boulot, et en toute honnêteté, j'ai la flemme ._.
Bref ! Aviez-vous senti que quelque chose clochait avant la fin ? J'ai fait de mon mieux pour brouiller les pistes (y compris dans la note au début de l'histoire, fourbe que je suis) ~ Par contre, les plus observateurs d'entre vous se seront sans doute intéressés aux musiques utilisées qui, elles, donnaient un indice sur le véritable ton du récit (indiqué comme « humor » et « romance » en disclaimer, quelle arnaque) ! L'idée était d'instaurer une atmosphère assez étrange avec une touche de sarcasme (« l'humour », qu'est-ce qu'on se marre !), puis de rendre l'échange entre les deux frères de plus en plus oppressant, jusqu'au point d'orgue de la chute. Pas aussi flippant que La Traque, j'en conviens, mais j'avais quand même envie d'essayer de jouer sur l'ambiance pour vous donner quelques frissons en cette soirée particulière ~
J'espère, en tout cas, que ça vous aura plu ! Sur ce, je repars (encore) sur ma grosse fic du moment :D À une prochaine !
Des bisouX à tous (et ne mangez pas trop de bonbons !)
Rédaction et édition : White Assassin
Correction : Couw-Chan
