Bonjour !

Je vous présente une nouvelle fois mes excuses pour ne pas avoir udapté depuis si longtemps. J'avais un bloquage sur cette fic et je me suis aperçue qu'il était causé par un élément du scénario que j'avais initialement prévu et qui ne me plaisait plus. Ce problème est maintenant résolu et j'espère bien parvenir à enfin terminer cette histoire. J'espère que ce chapitre vous plaira !

Bonne lecture !


Arya - Le goût du néant

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Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,

L'Espoir, dont l'éperon attisait ton ardeur,

Ne veut plus t'enfourcher ! Couche-toi sans pudeur,

Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle butte.

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Résigne-toi, mon cœur ; dors ton sommeil de brute.

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Esprit vaincu, fourbu ! Pour toi, vieux maraudeur,

L'amour n'a plus de goût, non plus que la dispute ;

Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte !

Plaisirs, ne tentez plus un coeur sombre et boudeur !

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« Tu t'en vas déjà ? »

Ma main se crispe sur la poignée d'Aiguille. Derrière moi, les yeux trop accusateurs de Gendry me transpercent sans merci. La légère note de supplication dans sa voix ne sera pas suffisante pour me retenir, et il le sait très bien.

Ça ne l'empêche jamais d'essayer. Je suppose que je ne peux pas lui en vouloir.

Je me retourne. Quelques rayons de lune éclairent son visage fatigué. Je peux dire que le lit lui paraît trop froid et trop vide sans ma présence.

« Oui, » je me contente de répondre.

Je suis arrivée à Accalmie i peine deux jours. Quand Gendry a refermé ses bras puissants autour de ma taille, je me suis sentie un peu moins coupable que la fois précédente.

Peut-être que je suis comme Sansa, au fond. Je me transforme lentement en statue de glace et, un jour, la culpabilité m'aura définitivement désertée.

Je ne sais pas si je redoute ce jour ou si je l'attends avec impatience.

« Tu ne veux pas au moins attendre le matin ? » reprend Gendry dans une ultime tentative de me retenir, ne serait-ce que pour quelques heures.

Essayer d'attraper la fumée à mains nues serait plus facile.

« Non. J'aime chevaucher la nuit. »

La nuit est le territoire des loups qui hurlent à la lune. Le jour ne fait que révéler à quel point ils sont malades, boiteux et désespérés.

Ma main se referme sur la poignée de la porte.

« Tu reviendras ? »

J'ai à peine conscience d'entendre cette question qu'il m'a posée des dizaines de fois.

Ma réponse n'a jamais semblé aussi froide.

« Je ne sais pas. »

Je ne peux plus supporter de rester dans cette pièce une seconde de plus.

La porte se referme sans un bruit.

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J'aimerais dire que je me souviens du moment exact où je l'ai revu, à Winterfell, au début de la guerre, mais ce serait un mensonge. C'est quelque chose qu'on retrouve dans les livres et les chansons d'amour que Sansa aimait tant, autrefois, quelque chose de romantique, quelque chose qui ne me ressemble en rien.

L'instant où nos regards se sont croisés pour la première fois depuis des années a totalement déserté ma mémoire, peut-être parce que je n'ai jamais aimé Gendry – pas vraiment. Sinon, peut-être que je n'aurais pas oublié.

Il paraît qu'on n'oublie jamais la première fois où on se noie dans les yeux d'une personne aimée. Dans ce cas, je plains Sansa et Brienne de s'être dirigées vers des lions qui se sont détournées d'elles à la première occasion.

Peut-être que Gendry se souvient, lui.

De cette époque, je garde beaucoup de souvenirs. La plupart sont trop douloureux et me laissent trop d'amertume dans la bouche et au fond du cœur pour m'apporter ne serait-ce qu'un flocon de réconfort.

« C'est avec ça que tu comptes affronter l'armée des morts ? » m'a demandé Gendry un jour en désignant Aiguille, un air moqueur sur le visage.

J'ai reniflé avec mépris.

« Je pourrais l'affronter avec n'importe quelle arme. »

Il a roulé des yeux mais n'a pas insisté. Je crois bien que c'est la première conversation que nous avons tenue.

Il y en a eu beaucoup d'autres, après ça, mais la plupart ont été ensevelies par les souvenirs de nos entraînements dans la neige et des longues heures où je l'observais forger des centaines d'armes sans savoir si cela serait suffisant pour vaincre la mort elle-même.

Je n'ai jamais eu envie de lui demander de me rafraîchir la mémoire.

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Je connais les routes de Westeros par cœur – cela fait des années que je les arpente sans but précis. Tel un animal sauvage qui n'a pas de maison, je ne reste jamais au même endroit très longtemps. Je sais très bien que je n'aurais qu'une seule phrase à dire pour qu'Accalmie devienne mon foyer, maintenant et pour l'éternité. J'imagine aussi que Brienne m'accueillerait à bras ouverts si je décidais de rester sur Torth.

Rien de tout ça n'arrivera, bien sûr.

Une maison, j'en ai déjà une. Je crois que rien ne m'apportera jamais plus de réconfort que les images fugaces de mon enfance – le regard fier de mon père, les étreintes réconfortantes de ma mère, le rire cristallin de Robb, les moqueries méprisantes de Sansa, les petites chamailleries de Bran et Rickon, et puis la sensation de la main de Jon ébouriffant mes cheveux.

Winterfell est et demeurera à jamais ma maison, et ce même si j'ai décidé il y a bien longtemps de ne plus jamais y remettre les pieds.

Je ne veux pas voir le sang invisible qui recouvre les murs et éclabousse la neige.

Je ne veux pas voir le spectre qu'est devenu ma sœur hanter les couloirs en hurlant sa douleur.

Je veux être lâche, pour une fois.

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Peu de temps s'est écoulé depuis que je suis venue rendre visite à Brienne pour la dernière fois. Ce doit être pour cela qu'elle a l'air si surprise de me voir.

« Tout va bien ? » me demande t-elle, les sourcils froncés.

« Arya ! » s'exclame la voix douloureusement familière d'Arthur alors qu'il déboule de nulle part et se jette dans mes bras.

Comme toujours, je suis frappée par sa ressemblance avec son père. Les dieux se sont montrés bien cruels avec Brienne en lui envoyant ce triste reflet de l'homme qu'elle a aimé, comme si elle n'avait pas déjà assez souffert comme ça.

« Je vais bien, » je parviens finalement à répondre.

Je croise le regard de Brienne, son regard éteint depuis que Jaime Lannister s'est enfui comme le lâche qu'il n'a jamais cessé d'être en la laissant avec un cœur brisé et un enfant à naître, son regard où brillent toujours des braises brûlantes d'espoir.

Je baisse les yeux.

Ce n'est pas aujourd'hui que j'aurai le courage de lui dire qu'il ne sert à rien d'attendre.

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Je n'ai jamais eu confiance en Jaime Lannister, et pas seulement parce que je n'ai toujours eu que de la haine et du mépris pour les lions. Je ne croyais pas à sa prétendue rédemption, à Winterfell, je ne croyais pas à son histoire d'homme honorable ayant choisi de se battre pour les vivants.

« Il n'est là que parce que Cersei ne voulait plus de lui, » ai-je dit à Gendry un matin alors que Brienne posait sur lui deux yeux remplis d'amour qu'il ne semblait même pas remarquer.

Je ne m'en suis pas mêlée. A cette époque, je n'étais pas particulièrement proche de Brienne. J'étais trop occupée à embrasser Gendry pour m'occuper des affaires des autres.

Quand Brienne et Jaime se sont mis à se promener main dans la main, j'ai grimacé. J'ai même pensé à avertir Sansa, Sansa qui était si proche de Brienne, Sansa qui a fini par la laisser tomber, mais je savais qu'elle ne m'aurait pas écoutée. Elle aussi était tombée sous le charme d'un lion.

Je suppose que j'aurais pu sourire quand Jaime est parti, fière d'avoir eu raison, mais mon sourire était comme mort sur mes lèvres. Tout le monde a tourné le dos à Brienne et son ventre trop plein, la putain du Régicide qui avait écarté les cuisses comme la dernière des catins.

J'ai eu pitié d'elle. Je l'ai empêchée de boire cette mixture qui n'aurait fait que lui coûter davantage et je l'ai emmenée là où elle ne souffrirait plus de l'indifférence glacée de Sansa.

J'ai un temps regretté de ne pas l'avoir prévenue, de ne pas avoir simplement essayé de lui faire comprendre que Jaime n'était pas un homme bon, que ce n'était qu'une illusion qu'elle s'était créée parce qu'elle était plus douce et plaisante que la réalité acérée. Je sais aujourd'hui que cela n'aurait servi à rien.

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Brienne n'a jamais été capable de faire preuve d'objectivité à propos de Jaime et je me sens bien capable de la blâmer pour cela alors que j'ignore tout de l'amour.

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J'observe Arthur combattre des ennemis qu'il est le seul à voir avec son épée en bois. Sans doute s'imagine t-il être comme son père, ce brave chevalier dont sa mère lui a tant parlé.

Rien que pour cela, il vaut mieux que Jaime reste là où il est et qu'il ne revienne jamais.

La désillusion serait trop grande.

Je ne sais pas quelle représentation de lui Arthur a en tête mais elle n'a sûrement rien à voir avec l'homme diminué aux cheveux ternes qui noie ses remords dans l'alcool et tremble trop pour parvenir à soulever son épée.

Je me demande comment réagirait Brienne si elle savait – comment Cersei et Tyrion réagiraient.

Je ne suis pas certaine d'avoir envie de le découvrir.

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C'est moi qui ai tenu la main de Brienne quand Arthur est venu au monde. De ce jour, je me souviens parfaitement – il est plus clair d'un jour d'été dans ma mémoire là où toutes les étreintes que j'ai partagées avec Gendry ne sont que des flaques de boue troubles et embrouillées.

C'est moi qui ai croisé le regard d'Arthur pour la première fois alors que je tenais cette petite chose rose et hurlante dans mes bras, ces émeraudes venues du passé que je n'avais jamais fait que haïr.

Pas une seule fois je n'ai tremblé devant ces yeux au cours des presque sept années qui ont suivi.

Je n'ai pas tremblé non plus le jour où j'ai embarqué pour Essos sans savoir exactement ce que j'avais l'intention de faire. Les autres n'avaient jamais trouvé Jaime parce qu'ils ne s'étaient pas donné la peine de chercher. Moi, j'étais différente, j'étais une Sans-Visage, une danseuse d'eau, je me déplaçais sans un bruit et je finissais toujours par mettre la main sur ce que je cherchais, que cela prenne quelques jours ou plusieurs années. Et Jaime était fait pour se battre, pas pour se cacher.

Ces foutus Lannister rayonnent comme le soleil, même quand ils n'aspirent qu'à l'obscurité la plus profonde.

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« Arya ? Je peux vous poser une question ? »

« Bien sûr. »

Nous dînons dans un silence confortable. Brienne n'a jamais été très bavarde, et moi non plus. A croire que nous étions faites pour nous entendre.

« Pourquoi n'épousez-vous pas Gendry ? »

Ma fourchette tombe sur le sol. Brienne baisse aussitôt les yeux d'un air coupable.

« Excusez-moi. C'était indélicat de ma part. Ça ne me regarde pas. »

« Non, ça ne fait rien... »

Les mots me viennent étrangement facilement.

« Je ne suis pas amoureuse de Gendry. »

Tout comme celle de Jon et Daenerys, notre histoire s'est teintée de la saveur du mensonge. Gendry m'aimait mais moi, je ne l'aimais pas. J'aimais la sensation de compter pour quelqu'un, j'aimais aussi celle d'avoir une famille, mais ces illusions n'étaient pas destiner à durer pour toujours.

Brienne inspire longuement, comme si elle rassemblait son courage.

« Arya... vous errez sur les routes depuis des années... est-ce qu'avoir une maison ne vous manque pas ? »

Ma gorge se serre douloureusement.

« Si. »

Je pense à Sansa qui n'est plus elle-même depuis ce qu'Euron lui a fait, à Jon qui se meurt à petit feu, écrasé par le poids d'une couronne dont il n'a jamais voulu, aux tristes fantômes des membres de ma famille.

« Mais je n'ai plus de maison. »

Elle se lève, s'accroupit près de moi et me prend la main.

« Alors trouvez-en une autre... je vous en prie. Vous méritez d'être heureuse. »

Je ne lui demande pas où trouver cette nouvelle maison – sans doute n'a t-elle aucune idée de son emplacement, mais nous savons toutes les deux qu'elle ne se situe certainement pas à Westeros.

Si c'était le cas, je l'aurais déjà trouvée, après tant d'années passées à errer.

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J'ai trouvé Jaime dans un bordel de Lys en à peine quelques semaines. J'ignore toujours aujourd'hui s'il avait choisi son surnom dans l'espoir qu'on le retrouve – Main d'Or.

J'ai rapidement appris qu'il n'était pas là en temps que client – je ne crois pas qu'il ait ne serait-ce que posé la main sur une fille. Le patron du bordel l'avait embauché pour qu'il mette les clients trop ivres ou trop agressifs dehors en échange d'une chambre minuscule et de quelques pièces.

Je ne l'ai reconnu que grâce à cette fameuse main d'or qui lui avait donné son nouveau nom. Le dos vouté, il n'en était visiblement pas à sa première chope de bière. Sa barbe grisonnante lui mangeait la moitié du visage. Je me suis aperçue que ses mains tremblaient légèrement.

Voilà ce qu'était devenu Jaime de la maison Lannister, le fier lion doré, l'héritier d'une glorieuse dynastie d'or et de sang. Une ombre, un écho, un fantôme.

Un sourire a étiré mes lèvres. Il souffrait comme Brienne avait souffert – comme Brienne souffrait – et, enfin, c'était quelque chose de juste.

Je l'ai regardé un moment et puis, je me suis rendu compte que je n'avais toujours pas la moindre idée de ce que j'allais faire. Je ne pouvais pas me lever, me diriger vers lui et le sommer de retourner sur Torth, de retourner vers Brienne et leur fils.

Ce n'était plus l'homme qu'elle avait aimé, et Arthur méritait bien mieux que la présence constante et inquiétante de ce déchet humain autour de lui.

J'ai songé à le tuer. Le nom de Cersei avait fait partie de ma liste, et elle répétait sans cesse qu'elle et Jaime ne faisaient qu'un – j'aurais enfin pu accomplir ma vengeance, du moins en partie. J'ai renoncé à l'instant exact où j'ai croisé son regard vide. Jaime ne méritait pas que j'abrège ses souffrances, pas après ce qu'il avait fait. J'ai de nouveau pensé à Brienne, bien sûr, mais aussi à Cersei. A ce qu'Euron Greyjoy lui avait fait subir, le même homme qui avait violé et tailladé ma sœur.

Jaime avait brisé deux femmes qui, encore aujourd'hui, attendent désespérément son retour.

Je ne pouvais pas récompenser sa lâcheté avec une douce délivrance.

Je me suis levée et je suis partie sans me retourner.

Quand j'ai retrouvé Brienne et que nos regards se sont croisés, je n'ai pas flanché.

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« Je ne reviendrai pas avant un long moment. »

Brienne acquiesce avec un petit sourire avant de m'enlacer.

« J'espère que vous trouverez ce que vous cherchez. »

J'aimerais lui dire beaucoup de choses. J'aimerais lui dire que ce n'est plus la peine d'attendre, que Jaime est perdu dans ses démons et qu'il ne reviendra pas – pas sans aide, du moins. J'aimerais lui dire qu'il n'a jamais été digne de son amour et qu'elle devrait passer à autre chose.

J'aimerais lui dire qu'elle est la meilleure amie que j'ai jamais eue et que, dans d'autres circonstances, j'aurais peut-être pu considérer Torth comme ma maison.

J'aimerais lui dire merci.

Je me détourne sans un mot supplémentaire.

Je lui mens depuis des mois – au fond, je ne vaux guère mieux que ma sœur, l'autre louve, celle qui a eu la décence de ne pas lui dissimuler le dégoût au fond de son cœur.

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Je pense à toi souvent, Sansa. Je crois bien que je te déteste un peu pour ta froideur, pour ton indifférence, mais pas autant que je me déteste pour t'avoir abandonnée quand tu avais besoin de moi. Je suis désolée de ne pas avoir pu te sauver des griffes d'Euron, tout comme je suis désolée de ne pas avoir su convaincre Jon que sa place était dans le Nord. Vous me manquez beaucoup – notre maison me manque beaucoup.

Je sais que c'est trop tard, que tu n'as plus aucune affection pour moi, et cela m'affecte plus que tu ne voudrais bien le croire. Je vais partir à la recherche de quelque chose qui n'existe sans doute même pas, mais je n'ai plus la force de rester ici et d'être écrasée par les ombres de mon propre désespoir.

Je ne sais pas si je parviendrai à remonter la pente une fois à l'ouest de Westeros ou si je continuerai de chuter indéfiniment – je suppose que ça n'a pas d'importance.

Je pars pour peut-être ne jamais revenir, et je ne ressens rien du tout.

J'espère que tu ne finiras pas comme moi.

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Le Printemps adorable a perdu son odeur !

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Et le Temps m'engloutit minute par minute,

Comme la neige immense un corps pris de roideur ;

Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur

Et je n'y cherche plus l'abri d'une cahute.

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Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute ?

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Main d'Or – Lys.

Jaime n'a plus le droit de se cacher alors que plusieurs êtres souffrent à cause de son absence.

Je n'hésite pas une seule seconde avant d'envoyer le corbeau à Port-Réal, là où se trouve son sang maudit.


Le prochain personnage sera Jaime.