Bonsoir ! Voilà un nouveau chapitre qui explore un peu plus les tréfonds de l'âme de Mary, et qui j'espère, éclaire un peu plus la relation entre Blaise/Opale/Daphné et Amber. J' ai beaucoup aimé écrire ce chapitre, même s'il me semble un peu douloureux, j'espère que vous l'aimerez autant que moi. Je sais que vous attendez le chapitre du diner, mais ce sera pour la prochaine fois 😊
« Mary, Mary, réveille-toi ! »
Je sortis de mon sommeil en hurlant quelque chose d'incompréhensible, réveillée par les cris de Drago. Une énorme bouffée d'angoisse m'envahit. Drago me serrait dans ses bras, et malgré tout, j'étais inondée par une très désagréable sensation d'insécurité. J'avais rêvé une fois de plus de la guerre, en proie comme souvent à ces terribles terreurs nocturnes. Je repoussai violemment Drago. Je pleurais à chaudes larmes et dans mon délire paranoïaque, le visage de Drago prenait la forme de celui de Bellatrix Lestrange. J'avais beau savoir que c'était bien lui, mon esprit refusait d'admettre que la personne en face de moi était bien Drago. Je le suppliai de ne pas bouger, pour laisser le temps à mon esprit de remettre les visages en place. Il effectua un geste vers moi, tentant de me reprendre dans ses bras pour me rassurer, mais j'étais terrifiée par le visage de Bellatrix et je poussai un hurlement en le voyant se rapprocher. J'avais de plus en plus de mal à contrôler ma respiration. Je haletai en quête d'air, au plus fort de ma crise d'angoisse. Les images de la guerre se superposaient à celle de ma chambre, je revoyais Amber hurler de douleur, la mort de Fred, la terreur qui nous avait tous envahis. Les scènes se rejouaient dans ma tête, je revoyais tout, et je me recroquevillai pour ne pas laisser Bellatrix se rapprocher. Les traits de Drago se tordaient, ses cheveux blonds se changeaient en une masse informe d'épais cheveux bruns, ses yeux prenaient une lueur démoniaque. Mon esprit oscillait entre deux idées : je ne savais plus si j'avais Drago devant moi, ou Bellatrix. Quand cette figure à deux têtes me supplia de me calmer, je me remis à pleurer de plus belle en entendant une voix éraillée qui n'était pas celle de Drago. Il s'empressa d'aller allumer la lumière et pendant quelques instants encore, ce Cerbère maléfique continuait à me rendre folle.
« Mary tout va bien, nous sommes en 2002, la guerre est finie, tu m'entends ? C'est fini. Il n'y a plus de quoi avoir peur. Je suis là, viens dans mes bras.
Alors seulement maintenant, je compris que ce que je venais de vivre n'était qu'un cauchemar de plus, et que j'étais bien en présence de Drago. La guerre était finie. Je n'arrivais pas à arrêter de pleurer, en proie à une terreur insoutenable. Drago m'entourait de ses bras. Il aurait fallu que je lui raconte, que dans mon rêve, je combattais contre Lestrange, et que Ginny mourait sous mes yeux. Je comprenais que j'allais être la prochaine à y passer avant que Molly ne vienne nous secourir. Mais un visage voilé, dont le bras portait la marque des Ténèbres, venait achever Molly avant qu'elle ne me vienne en aide. Je savais que sous ce visage voilé se tenait toujours celui de Théodore Nott, et cela me terrifiait. Je n'avais en vérité aucune preuve que Nott s'était rallié à Voldemort, et pourtant, il venait toujours hanter mes pires cauchemars.
Je me calmais petit à petit et continuais à sangloter dans les bras réconfortants de Drago. Il ne disait rien et se contentai de passer sa main dans mes cheveux pour me calmer. Il avait l'habitude de ces crises. Je lui en avais parlé quelques temps après notre première rencontre, et il avait déjà assisté plusieurs fois à mes crises d'angoisse. Après d'innombrables rendez-vous avec les médecins de Sainte Mangouste, dans l'antenne spécialisée en psychiatrie, il avait été établi que je souffrais de dépression chronique. Les crises d'angoisse avaient commencé après l'attaque de Mangemorts en sixième année, et rien n'avait pu les calmer. C'était un syndrome d'anxiété généralisée dû à un choc post-traumatique. Les médecins avaient d'abord pensé que j'avais été profondément choquée par la guerre, mais en poussant un peu plus loin l'analyse, il s'était avéré que le véritable choc avait été le départ d'Opale, et dans une moindre de mesure, celui de Nott. Quant à ces hallucinations, qui devenaient de plus en plus fréquentes, les médecins avaient les avaient qualifiées d'hallucinations psychotiques, qui devaient leur origine à ce même choc émotionnel. J'étais en plus de tout cela hypersensible. Disons qu'il y avait un paquet de choses à régler dans mon psychisme. J'avais été diagnostiquée un an après avoir quitté Poudlard, et je me souviens avoir été contente que l'on puisse enfin mettre un mot sur mes souffrances. Pour traiter la dépression et toutes ces crises, je prenais un traitement, des quantités incroyables de potions tous les soirs, aux propriétés anxiolytiques. Je n'échappai pas non plus aux potions somnifères.
J'ai déjà dit qu'on me trouvait un air de tristesse dans les yeux. Ainsi, les gens qui me connaissaient bien n'étaient pas sans ignorer mes difficultés psychologiques. Je crois dans une certaine mesure, que c'est ce qui avait plu à Drago en premier. Cette impression de partager un quotidien empli de détresse. C'est cette approche du spleen qui nous avait liés. La plupart du temps, quand j'étais toute seule chez moi, je tombais dans une espèce de torpeur maussade et grisâtre, sans savoir quoi faire pour sortir de cette langueur. Voilà pourquoi je faisais en sorte de ne jamais être trop longtemps seule, ce qui expliquait la présence de tous ces hommes autour de moi. Peut-être que Blaise n'avait jamais compris, finalement, la véritable raison de ce qu'il appelait ma « collection ». Le plus dur, dans la dépression chronique, c'est qu'à y bien regarder, il n'y avait rien, fondamentalement dans ma vie présente, qui puisse me rendre triste. A vrai dire, je ne comprenais pas très bien pourquoi je n'arrivais pas à être heureuse. Je me sentais parfois un peu comme Emma Bovary. Il m'arrivait de passer des jours au fond de mon lit, sans rien faire, si ce n'est contempler ma tristesse avec passion. Parce que ce qui était aberrant dans la dépression, c'est qu'une fois qu'on était installé dedans, on s'y sentait bien. Cela me rappelait une musique moldue, Lovely, de Billie Eilish. Cette chanson parle de cette maladie, mais elle s'appelle Lovely pour décrire le phénomène dont je venais de parler : une fois qu'on était en pleine déprime, cela en devenait « lovely ».
En y réfléchissant bien, même si j'aimais profondément Drago, je sentais qu'il y avait quelque chose de malsain dans notre relation. Nous avions aménagé ensemble un petit coin moelleux pour y déposer notre tristesse, et il me semblait y voir une forme de complaisance dans le malheur. J'avais lu quantité de livres dans ma vie, et j'avais développé une forme de syndrome de l'artiste maudit, comme si ma maladie m'apportait quelque chose en plus, une sensibilité particulière. J'avais fini par voir mon trouble comme une sorte de petit miracle, alors qu'en réalité, il n'y avait que de la souffrance derrière. Je repensai alors à la théorie de l'apaisement d'Opale. Cela consistait principalement à ne plus valoriser la tristesse et à chercher un chemin vers une vie plus douce, sans remous, comme un long fleuve tranquille et paisible. J'en étais encore bien loin.
En société, j'étais toujours agréable et souriante, parce que cela me plaisait. J'aimais boire des verres avec Zabini, premièrement parce que j'avais un penchant indéniable pour l'alcool, mais aussi parce que ses discussions superficielles me permettaient d'oublier la guerre et les difficultés de la vie. Mais même quand j'étais avec lui, ou avec Opale, l'ombre de la dépression planait toujours de façon menaçante. Il était encore trop tôt pour que je me sente en sécurité avec Opale. La seule qui parvenait à me sortir de ma torpeur, c'était Ginny. Sa bonne humeur était si contagieuse qu'elle emportait toute la tristesse sur son passage, comme un raz-de-marée de gaité. La maison des Weasley était devenue au fil des années un repère, le seul endroit où je me sentais parfaitement à l'aise. Molly disait que j'avais trouvé mon chez-moi, et ma mère, quand elle me voyait revenir d'une journée avec Ginny, me disait toujours « Tu n'as jamais l'air autant heureuse que quand tu es avec elle ». C'était vrai.
J'avais eu rendez-vous avec un médecin du pôle psychiatrie la semaine dernière. J'y allais environ une fois par mois. Comme d'habitude, je lui avais raconté ma vie sans détours, et sans rien lui cacher. Je lui avais dit que j'avais retrouvé Opale, et Nott. Je lui avais expliqué comment s'étaient passées les rencontres. Je me souviens qu'il avait parlé d'une sorte de « nœud », je n'ai plus le mot exact, post-traumatique. Je tenais, à son avis, la chance de sortir du cercle vicieux de la maladie. Si le motif traumatique remontait au départ de mes amis, alors j'avais tout intérêt à renouer avec eux, et à régler mes comptes en quelque sorte. Il m'avait fait comprendre que je tenais là une sorte de clé, qu'il me serait possible de reprendre le contrôle de ma vie si je parvenais à obtenir des explications. Il fallait que je renoue une relation apaisée avec eux. Je ne savais plus s'il avait utilisé ce terme exact, ou s'il s'agissait d'une déformation de ma part. Toujours est-il qu'il m'encourageait à les revoir fréquemment pour essayer de repartir sur des bases saines, même si je risquais d'y laisser quelques plumes. J'imaginais qu'il avait raison. Mais il connaissait aussi les tendances d'Opale à ne jamais donner d'explications claires, et il me demandait de la confronter, ce qui me semblait particulièrement difficile voire totalement désagréable. En ce qui concernait Nott, j'avais conscience que je ne pouvais pas continuer à nourrir constamment de haine notre relation.
J'expliquai au médecin que j'étais en colère contre Opale et Théodore. Il secoua la tête de bas en haut d'un air absent en m'expliquant que c'était tout à fait compréhensible. Mon hypersensibilité n'avait pas tenu le coup face au choc de leur départ, et il était parfaitement normal que je leur en veuille. « Cependant, mademoiselle, vous n'êtes pas sans savoir que pour aller de l'avant, il faut faire le deuil du passé. Vous tenez là une occasion exceptionnelle d'enfouir pour toujours vos terreurs nocturnes notamment. Vous pouvez guérir votre peur de l'abandon en y donnant du sens. En espérant que vos amis soient capables de vous donner des explications valables, peut-être que vous arriverez enfin à faire une croix sur ce qui vous tourmente depuis des années. Vous êtes une jeune fille intelligente, vous savez donc tout comme moi que, plus que la guerre, c'est le départ de vos amis qui vous a véritablement traumatisée. Vous étiez adolescente, à une période charnière de la construction de votre personnalité, et vous aviez besoin de repères à ce moment-là. Vos parents étaient en train de divorcer, vous aviez donc créé de nouveaux repères, Opale, Théodore et Blaise. Et quand ils sont partis, vos repères se sont effondrés, créant une nouvelle personnalité quelque peu bancale, si vous me le permettez ».
J'étais tout-à-fait d'accord avec le médecin, même si cela me coûtait de l'admettre. Il fallait que je parvienne à une relation pacifiée avec Opale et Théodore. C'était pour cela que j'avais essayé de bien accueillir Nott quand il s'était présenté dans mon bureau. Avec les mêmes intentions en tête, j'allais souvent au Nid Douillet, presque tous les jours, pour bavarder un peu avec Opale et continuer à mettre au propre mon enquête. Elle commençait à prendre forme mais il me restait encore beaucoup de travail, et d'autres personnes à interroger. Souvent, Opale me parlait de ses clients, surtout de ses favoris dont elle était plus ou moins éprise. Elle rougissait toujours quand elle parlait d'Edward, mais j'ignorais complètement la nature de leur relation. Elle restait toujours relativement discrète sur ce genre de sujet. De mon côté, je lui parlais de mon enquête et nous parlions de Blaise ensemble. Opale m'avait expliqué qu'ils avaient mis en place un jeu : Blaise devait ramener toutes ses conquêtes au Nid Douillet, Opale devait les observer et leur attribuer ensuite une note selon des critères qu'ils avaient définis ensemble. Cela faisait beaucoup rire Opale, qui adorait observer les gens. Daphné et Amber détenaient les meilleures notes, et Emma, la blonde que j'avais vu l'autre jour, avait écopé d'un cinq sur dix. Trop hautaine, d'après Op'. « Tu sais Mary, m'avait dit un jour Opale, je ne pense pas que Blaise soit aussi superficiel que l'on puisse le croire. Il a peur, donc il se cache. C'est un leurre pour qu'on ne s'approche pas de ce qu'il y a en-dessous de sa coquille ». Elle avait sûrement raison, mais je ne voyais pas ce qui pouvait se cacher derrière cette coquille. Blaise aimait s'amuser et profiter de sa position, il n'y avait rien à chercher de plus. Mais Opale semblait avoir toute une théorie sur le sujet, alors je la laissais m'en parler. On aurait pu avoir l'impression qu'il lui plaisait vaguement, mais avec la nouvelle Opale, beaucoup plus timide et moins « extra » qu'avant, il était difficile de savoir ce qu'il en était réellement.
Deux jours après ma crise d'angoisse, et avant le repas prévu chez Ginny, j'avais rendez-vous avec Blaise et Opale au Nid Douillet. Op' m'avait prévenue que Daphné serait présente mais je n'y voyais pas d'inconvénients. Je me souvenais de l'interview que j'avais menée avec elle, et j'avais gardé en tête l'image de cette fille de mon âge aux cheveux courts et au visage tailladé. J'avais aimé son cran et sa timidité, et j'étais presque impatiente de la revoir dans un contexte autre. Je comprenais maintenant pourquoi Opale était devenue amie avec elle, et je m'en voulais d'avoir été à ce point aveugle pour ne pas penser que Daphné aussi, avait pu changer.
J'arrivai au Nid Douillet après Blaise et Daphné, qui m'adressa un timide sourire. Elle tenait le bras de Blaise, qui semblait ne pas y accorder d'importance, tout occupé qu'il était à parler de son prochain film. Opale le fixait d'un air narquois et lui demanda comment se portait le cinq sur dix, faisant ainsi implicitement référence à Emma. Je jetai un coup d'œil vers Daphné pour guetter sa réaction, mais elle ne s'en offusqua pas. Je fis remarquer à Opale que sa remarque n'était pas très fine, en visant explicitement Daphné, ce à quoi Blaise répondit,
« Oh tu sais, elle a l'habitude, nous ne sommes pas mariés après tout. On passe du bon temps ensemble, mais rien de plus. D'ailleurs Daphné apprécie bien Amber, alors qu'elles sont toutes les deux dans mon lit, pas vrai ? »
Daphné se mit à rire franchement.
« Tout ce qu'on peut espérer avec Blaise, c'est être hissée au rang de favorite, rien de plus. D'ailleurs, heureusement qu'on n'est pas mariés, parce que je pense que j'aurais du mal à te supporter plus de trois fois par semaine. »
« Mais la prochaine fois, évite de choisir une cinq sur dix », dit-elle en riant.
J'avais du mal à y croire, mais Daphné semblait totalement sincère. Comme Amber. Elles se contentaient de n'être, comme elle le disait, que les favorites.
« Eh oui, c'est la rançon de la gloire pour sortir avec le grand mannequin international, j'ai nommé Monsieur Blaise Zabini ici présent, grand prince, qui fait tomber toutes les dames » ajouta Opale en riant comme ses deux amis.
« Comment avance ton enquête Mary ? » me demanda discrètement Daphné.
« Plutôt bien, j'ai déjà interrogé une bonne centaine de personnes. C'est un travail de fou, il faut ensuite tout remettre au propre, tout arranger, citer ce qu'il faut citer, faire des résumés…C'est encore loin d'être prêt, mais ça avance plutôt bien. Merci pour ton aide d'ailleurs. J'ai essayé d'interroger des Serpentards et d'anciens Mangemorts, pour essayer d'être plus nuancée que d'habitude. Je sais que ce n'est pas trop mon fort, mais cette fois je veux vraiment faire les choses bien ».
« Je trouve que tu te débrouilles plutôt pas mal. J'ai eu Pansy au téléphone, elle m'a raconté votre entretien. Elle était contente que cela se déroule sans animosité ni aigreur. C'est bien de ta part de ne pas lui avoir rappelé ses erreurs de jeunesse », continua Daphné.
Opale tapa, faussement discrètement, dans la main de Blaise en signe de contentement. Ils ressemblaient vraiment à deux larrons en foire. Je souris à Daphné en guise de remerciement.
« Disons que j'essaye de mieux faire mon travail. Blaise sait comme ma façon de diviser m'a été reprochée, par Amber notamment, alors cette fois je tente une nouvelle approche plus mature ».
Blaise plaisanta en disant que je ne l'avais toujours pas interrogé.
« Tu es le prochain sur ma liste », lui dis-je, ce qui était vrai.
Enfin, si on ne tenait pas compte d'Opale et de quelques autres Serpentards ou Serdaigles relativement discrets.
« Daphné m'a fait prendre conscience du danger de diviser le monde sorcier, comme personne ne l'avait fait auparavant »
Opale se retourna vers Daphné avec un mouvement presque craintif. Elle s'adressa à elle en aparté, et Blaise me gratifia d'un sourire gêné.
« Oui, Opale, je lui ai parlé des lettres que l'on reçoit ».
Je me retournai d'un air interloqué vers Opale. Elle soupira et semblait réticente à ouvrir la bouche.
« Maintenant que tu es au courant, je peux t'en parler. Je n'avais pas eu le courage de le faire plus tôt, mais je suis moi aussi dans une position délicate. On reçoit toutes les deux des lettres d'injures et de menaces, et j'ai peur que cela ne commence à devenir sérieux. On nous reproche notre inaction pendant la guerre. Nous ne sommes pas les seules, mais Théodore est, je pense que l'on peut le dire, en danger ».
« J'imagine qu'on lui reproche d'avoir collaboré et d'avoir ensuite obtenu son poste au Ministère par piston ? », dis-je, tout à fait consciente que cela faisait partie aussi des choses que je lui reprochais.
« Exactement, continua Opale. Et Théo n'est pas en mesure de répliquer pour le moment. Les conditions dans lesquelles il a eu son poste sont strictement confidentielles. Mais la rumeur grandit et le peuple gronde, j'ai bien peur que cela commence à devenir dangereux pour lui ».
Daphné et Blaise prirent un air grave, et moi aussi, je commençai à m'inquiéter pour lui.
« Le ministère va prendre toutes les précautions possibles pour assurer sa sécurité, mais il est sérieusement ébranlé par toutes les lettres d'intimidations qu'il reçoit. D'ailleurs, même son père lui a tourné le dos. Ils étaient déjà en rupture familiale, mais maintenant, depuis que Théo a obtenu ce fameux poste au Ministère, son père le désavoue complètement».
J'étais dans le même état qu'après l'interview de Daphné. Encore une fois, je n'avais pas imaginé que la position de quelqu'un comme Nott puisse être si délicate. Le monde magique courait à sa perte en restant si morcelé et irréconciliable. J'avais de plus l'amère conscience que mes articles avaient pu concourir à la dispersion d'une telle haine et je m'en voulais de n'avoir pas vu plus tôt les dégâts potentiels qu'ils avaient pu créer. Nous nous fixions tous les quatre d'un air grave, en attendant que quelqu'un détende l'atmosphère.
« J'imagine que Nott n'est plus à ça près. Mary lui reproche d'être un Mangemort depuis notre sixième année, alors plus rien ne doit effrayer notre ami », blagua Blaise.
« Blaise, tu te souviens comme elle l'envoyait balader ! » reprit Opale
Mes amies rirent en se souvenant des disputes qui avaient ponctué ma relation houleuse avec Nott. Je ris aussi de mon côté, tout en ayant conscience que ces qualifications n'avaient pas dû aider Nott, quand bien même elles me semblaient justifiées. Nous discutâmes encore de choses et d'autres, avant que Blaise ne regarde sa montre. Il était 14h.
« Très chères, je dois filer, vous allez devoir continuer votre réunion sans mon agréable présence, mais je dois partir travailler, enfin tourner. »
« Tu salueras ta blonde préférée de ma part », s'exclama Opale en souriant, faisant indubitablement référence à la fameuse Emma.
Blaise avait déjà tourné les talons, mais il se retourna pour crier dans le salon de thé :
« C'est toi ma blonde préférée ! D'ailleurs, elle portait bien des sous-vêtements rouges, continua-t-il en baissant légèrement la voix »
A ce moment-là, j'aurais juré qu'Opale avait rougi, de manière presque imperceptible. Elle se mit à rire, mais différemment, comme si elle ne savait pas si elle devait badiner ou non. Il fallait dire que Blaise était rarement sérieux, et que l'on avait toujours du mal à deviner s'il plaisantait ou non. Mais je me plaisais à croire qu'il était sérieux, cette fois-ci. J'avais remarqué que devant Opale, Blaise avait tendance à être bien plus grave qu'il ne pouvait le laisser croire. Je repensais à ce que m'avait dit Opale à propos de la « coquille » de notre ami commun. Il me semble que je voyais ce qu'elle voulait dire. L'intimité et la confiance qu'ils avaient créées, le respect mutuel dont ils s'entouraient formaient des conditions favorables à l'explosion de cette coquille. Une fois encore, le souvenir du couple qu'ils avaient formé me revins et je me rappelai avec quelle évidence ce couple s'était formé. Comme si elle lisait dans mes pensées, Daphné, qui avait observé la réaction d'Opale, prit la parole.
« Je crois que tu lui plais »
« Qui ça ? Mary plairait à Blaise ? » demanda la blonde d'un air interloqué.
Je souris à cette réponse. Opale semblait ne pas pouvoir envisager l'éventualité même de plaire au grand Blaise Zabini. Dans un certain sens, je comprenais cette réaction. Après tout, Blaise, à de rares exceptions près, se comportait comme son meilleur ami, et surtout lui ramenait toutes ses conquêtes pour qu'elle puisse les noter. Il y avait mieux comme technique d'approche. Même lors de ses rares tentatives de drague, comme ce qui venait de se passer sous nos yeux, Opale n'était pas réceptive. De son côté, elle devait commencer par réapprendre à interagir normalement. Par cela, je voulais dire que mon amie était beaucoup plus renfermée qu'auparavant. A part avec ses amis proches, comme Blaise, Théo ou Daphné, et peut-être moi dans une certaine mesure, elle avait du mal à se comporter en société, comme si elle avait été à deux doigts de quitter la civilisation. Quand je lui avais parlé du PC (Prince Charmant), elle m'avait fait comprendre que depuis Blaise en sixième année, elle n'avait vécu aucune histoire d'amour. J'avais remarqué qu'elle se comportait toujours de manière étrange devant les clients avec qui elle nourrissait des amourettes. A chaque fois, elle parlait peu, se contentant de sourire d'un air gêné, et réagissait souvent de manière inappropriée, riant là où il fallait être sérieuse, ou le contraire. Alors de ce point de vue, il me semblait tout à fait normal qu'Opale ne se rende pas compte qu'elle plaisait réellement à Blaise, ce dont j'étais de plus en plus sûre. La remarque de Daphné ne fit que confirmer cette impression.
« Mais non Opale, c'est de toi dont je parle, reprit Daphné. Je pense que Blaise est attiré par toi ».
« N'importe quoi » répondit-elle en haussant les épaules. De toute façon Blaise est attiré par la moitié de la population de cette terre ».
Je ne pus m'empêcher de rire à cette remarque, mais je sentais qu'Opale était sur le point de se livrer un peu plus. Elle paraissait émue, presque bouleversée.
« De toute façon, je ne suis pas prête pour une quelconque amourette, et je n'ai pas envie de faire partie des filles qu'il met dans son lit. Excuse-moi Daphné, je ne dis pas cela pour te blesser, mais j'ai l'impression que Blaise se perd un peu en ce moment. Toutes ces filles et ces conversations superficielles, c'est une protection, une coquille. C'est comme s'il cherchait désespérément à se faire aimer ».
« Il vient souvent discuter avec moi, le soir, quand il n'y a plus personne. On parle toujours de ses conquêtes. Il a l'air rempli par un énorme vide, je ne sais pas pourquoi. Il a peur de se dévoiler. On ne construit pas une relation saine sur ces bases-là. Et puis de toute façon, Blaise est le meilleur ami que je n'ai jamais eu, et j'aimerais que notre relation reste telle qu'elle est », continua-t-elle.
« Blaise est perdu depuis tellement longtemps. Notre aventure a commencé en sixième année, et n'a pas cessé. Mais on ne peut pas dire que Blaise m'aime. Je pense qu'il ne m'aimera jamais, comme il n'aimera jamais Amber ni aucune des autres filles qu'il te présente. Nous le savons toutes, et moi, ça fait longtemps que cela ne me fait plus souffrir. » reprit Daphné avec douceur.
Elle semblait apeurée de se livrer ainsi, mais on avait l'impression qu'un énorme poids la quittait. Nous savions toutes qu'elle avait raison. Blaise ne l'aimait pas et je me demandais s'il était capable d'aimer qui que ce soit.
« Blaise a peur d'être honnête, et il a peur de l'engagement, reprit Opale, c'est pour cela qu'il collectionne. Il m'a parlé un jour de sa mère, Grace. Elle était relativement absente, et il est hanté par le spectre de sa réputation. Quant à son père, il ne le connait pas ou du moins, il ne sait pas qui c'est, et n'est même pas sûr que sa mère le sache de son côté. Comment voulez-vous qu'il puisse construire une relation stable en partant sur de telles bases ? » reprit Opale
Daphné et moi hochions la tête en silence. Nous connaissions toutes les trois les difficultés de Blaise, même s'il avait cherché à les cacher coute que coute. Cependant, personne n'avait su mettre des mots sur cette souffrance mieux qu'Opale. Il était certain qu'elle le comprenait mieux que quiconque.
« Finalement, peut-être que tout ce dont a besoin Blaise, c'est d'une relation apaisée », dis-je tranquillement, tout en sachant pertinemment qu'Opale se sentirait visée par la simple mention du mot « apaisement ».
« Je ne sais pas si c'est ce qu'il cherche, et s'il y parviendra un jour, mais je lui souhaite », répondit-elle
Daphné ne comprenait pas ce que nous venions de dire, notamment parce qu'elle n'avait pas lu le traité d'Opale sur l'apaisement, rédigé avec soin en cinquième année. Opale sourit en lui expliquant.
« Pour Mary et moi, il y a deux façon d'aimer. Mary cherche l'amour fou et moi je cherche l'apaisement. En gros, cela veut dire que Mary cherche la passion, les papillons dans le ventre, les joies intenses et presque excessives, et les peines qui vont avec. La relation d'amour apaisée, c'est tout le contraire. C'est vivre et aimer sans joies ni peines démesurées, c'est un amour simple et tranquille qui se contente des petites choses de la vie, c'est vieillir aux côtés de l'autre en faisant du tricot. Tu comprends ? C'est tout l'inverse de la passion. D'ailleurs dans le mot « passion », il y a « souffrir », « patior » en latin. Dans l'apaisement, on ne souffre pas, on vit juste paisiblement. »
C'était exactement cela, l'amour fou contre l'apaisement. En cinquième année, je m'étais opposée violemment contre les idéaux d'Opale et contre sa présentation dénigrante de la passion. Mais maintenant, avec le recul que nous donnait l'âge, je repensais à cette notion et me rendais compte à quel point la conception de l'amour que présentait Opale semblait belle. Cela fit réfléchir Daphné pendant quelques temps, avant qu'elle n'ajoute « C'est vrai que je suis loin d'avoir atteint une relation apaisée avec Blaise ». Petit à petit, je vis que de grosses larmes roulaient sur ses joues. Elle ne les essuya pas et les laissa couler sous nos yeux.
« Pour arriver à une relation apaisée, il faut commencer par atteindre nous-mêmes l'apaisement, j'imagine », dit-elle d'une voix timide.
Je hochai la tête. Jamais je ne me sentis aussi proche de Daphné que lors de cette constatation. Ni elle ni moi n'avions atteint ce stade, et nous savions que nos relations amoureuses étaient vaines. Il fallait commencer par faire la paix avec soi, ce dont nous étions toutes deux encore incapables de faire. Je la pris dans mes bras en faisant ce constat, et elle cacha une fois de plus sa cicatrice derrière ses cheveux châtains.
« Ce sera long Daphné, je sais que c'est difficile. Mais toi aussi tu vaincras.
Opale était sortie dans l'arrière-cuisine et nous apporta des gâteaux. Daphné prit un chou à la crème, et moi une Cigogne Envolée. C'était délicieux. C'était ainsi que nous devions panser nos plaies : parler, et encore parler, s'écouter, se réconforter, se donner du baume au cœur et manger de délicieuses pâtisseries. Le Nid Douillet portait bien son nom : c'était devenu un nid confortable à l'intérieur duquel chacun pouvait déposer ses peines de cœur et sa personnalité bancale, et où l'on était sûr de trouver une consolation. J'avais la tête appuyée sur l'épaule de Daphné qui pleurait silencieusement, sans trop que l'on sache pourquoi. Peut-être qu'elle pleurait sur les blessures physiques et psychologiques que lui avaient laissé la guerre, ou alors, parce qu'elle avait finalement pris conscience qu'elle nourrissait pour Blaise une forme d'amour totalement illusoire. Peut-être qu'elle pleurait simplement parce qu'il était bon, de temps en temps, d'ouvrir les vannes devant des gens qui pouvaient se comprendre. Opale avait quant à elle prit place dans son rocking-chair, pendant que son assistante servait les clients. Elle nous observait toutes les deux avec le regard vague d'une mère consolatrice.
« La guerre n'a pas épargné les vivants » dis-je à Daphné, en me rappelant d'une phrase d'Hannah Abbott pendant mon enquête. Elle me fit un maigre sourire, et nous restâmes quelques temps comme ça, à panser nos plaies.
Nous étions mercredi. Le diner de Ginny était prévu au samedi, celui qui arrivait. J'avais passé une partie de mon après-midi au Nid Douillet, travaillant sur mon enquête. J'avais à côté de moi L'Ecume des jours, et quand j'en avais assez de transcrire des interviews, je prenais des notes pour un autre article, à destination d'un public passionné de littérature. J'étais restée jusqu'à la fermeture, et j'étais en train d'aider Opale, dans l'arrière-cuisine, à ranger des gâteaux. Nous avions rarement l'occasion de nous retrouver toutes les deux seules à seules et j'avais tenté pendant une bonne partie de l'après-midi d'obtenir des réponses à mes questions. Mais Opale était bien trop maligne pour ne pas voir que mes questions apparemment innocente l'obligeraient à me donner des explications. Elle se contentait donc de changer de sujet à chaque fois que je tentais la moindre approche.
Cela faisait bientôt un mois que j'avais renoué avec Opale, et petit à petit, nous réapprenions à nous connaitre et à vivre ensemble. Je ne pourrais cependant pas écrire que tout était rose. Au-delà des conversations passionnées que nous avions, des rendez-vous avec Daphné, Blaise, Opale ou encore Nott, des souvenirs que nous échangions souvent, il restait de mon côté une rancœur tenance et la peur d'être une nouvelle fois abandonnée. Je ne savais pas ce que pensait Opale, mais il me semblait qu'il persistait toujours une certaine gêne entre nous, comblée par la présence de nos amis respectifs. Mais une fois que nous étions seules, notre conversation devenait totalement badine, comme si nous nous connaissions à peine, et Opale se mettait à croiser les bras, le gauche au-dessus du droit, ce qui trahissait son embarras. C'était comme si, par pudeur, nous n'avions subitement plus rien à nous dire, alors qu'il restait encore tant de choses à révéler. Les non-dits pesaient sur notre amitié, et pourtant, celle-ci reposait sur un équilibre tellement fragile que j'avais peur que la parole ne ruine ce que nous avions déjà gagné.
Alors pendant un mois, je m'étais contentée, comme Opale par ailleurs, de faire comme si de rien n'était. J'appréciais toujours autant les marques d'amitié saugrenues que m'offrait mon ami. Ainsi, j'avais recommencé à transporter le caillou, qui se mettait parfois à briller d'une lumière forte, je mangeais des Cigogne Envolée et j'avais accroché sur le mur de mon studio, un immense tableau représentant des pingouins, peint bien évidemment par Opale. Nous regardions ensemble quelques photographies animées de notre adolescence, dont une qui m'avait tout de suite plu. On y voyait Blaise accoudée sur Opale dans la position caricaturale du charmeur, et Nott derrière moi, les mains sur mes épaules. Les mains d'Opale et les miennes formaient un cœur enfantin. C'était juste avant le bal, nous étions en tenue de soirée. J'avais ma fameuse robe rouge, et on devinait au loin, Rusard en tutu avec Miss Teigne en guise de chapeau. Sur toutes les photos, on voyait Opale et moi en train de faire toutes sortes de grimace, d'autres avec les oreillers, que nous nous envoyions dans la figure, voler dans la pièce.
Une de ces photos était accrochée au mur de l'arrière-cuisine et je la contemplais tout en pensant à ce que cela aurait pu être, de vivre ma septième année à Poudlard en compagnie d'Opale et Nott. Je me demandais aussi quel tournant aurait pu prendre la vie de mon amie si elle avait été à mes côtés en train de résister. Peut-être qu'elle serait devenue Auror finalement. Je pensais comme Baricco, un de mes auteurs italiens préférés, que c'était « une sensation étrange, d'être nostalgique de quelque chose que l'on ne vivra jamais ». Opale était en train de ranger la dernière fournée de ses gâteaux, s'essuya les mains sur son tablier parme, et se retourna vers la photo. Elle me fixa un instant, puis détourna son regard pour observer d'un air rêveur, la photo animée étendue devant elle. Elle sourit tout en tout pointant du doigt, et sans savoir qu'elle lisait dans mes pensées, elle me demanda calmement :
« Tu penses que ça aurait été comment, vivre à Poudlard ensemble en septième année ? »
« Je ne sais pas trop, mais je pense que ça aurait été formidable, tu ne penses pas ? On avait notre lot de tristesse, mais tu aurais adoré camper dans la Salle sur Demande. Et puis tu aurais pu résister avec moi. On aurait combattu main dans la main avec deux Patronus pingouin, et on aurait fêté la Victoire ensemble ».
Je me rembrunis presque instantanément. Peut-être qu'Opale aurait pu faire partie des victimes de la guerre, et cette fois-ci, elle serait partie pour de bon. Mais Opale n'avait pas participé à la guerre, elle n'était pas là, et j'avais lancé mon patronus toute seule. Alors je pensais soudain que le temps des explications était venu. Il me semblait qu'Opale en avait décidé ainsi, consciemment, en me posant cette première question. Elle avait croisé les bras, et faisait une petite moue, mais elle semblait prête à me parler. Les questions tourbillonnaient dans ma tête, elles me brûlaient les lèvres, et sans pouvoir m'en empêcher, je demandais à mon amie.
« Pourquoi tu es partie Op' ? Pourquoi tu m'as laissée affronter ça toute seule ? Ça aurait été formidable de vivre cette septième année ensemble.
« Je suis partie parce que je n'avais pas le choix, Mary. »
« Oui, tu me l'as déjà dit. Mais tu sais, on a toujours le choix. Tu aurais pu rester, tu aurais pu m'envoyer des lettres, tu aurais pu résister. Tu le savais déjà, quand tu m'écrivais pendant les vacances, que tu ne reviendrais pas, pas vrai ? Tu le savais déjà. »
« Oui, je le savais, enfin je le pressentais, tu as raison. Mais non, je n'avais pas le choix comme tu dis. Mes parents m'ont retirée de Poudlard, je n'avais aucun moyen décent pour y retourner et surtout je n'avais pas le droit de t'écrire, de vous écrire, à vous tous qui avez eu la chance de pouvoir retourner à Poudlard. Parce que oui, c'était une chance. Tu n'as aucune idée de ce que c'était, vivre la guerre en spectateur. Moi aussi, j'aurais bien aimé faire partie de l'AD. Seulement voilà, mes parents m'avaient retiré de Poudlard ».
« Mais tu aurais pu faire quelque chose pour t'enfuir, je ne sais pas moi, n'importe quoi ! »
« Mary, nous n'étions que des enfants, nous avions à peine seize ans ! A seize ans, quand brusquement tes parents te retirent de l'école, pour préserver ta sécurité soi-disant, que veux-tu faire contre un adulte ? Me sauver ? Mais pour aller où ? Résister ? Mais comment ? J'ai passé un an et demi enfermée dans un manoir, sans pouvoir faire quoi que ce soit. Mes parents m'avaient pris ma chouette, et je n'avais absolument aucun moyen de communiquer. »
« Mais tu aurais pu essayer ! »
« J'ai essayé, enfin, nous avons essayé, avec Théodore. On a tenté de t'écrire une lettre. En fait, on a écrit des tonnes de lettres pour Blaise et toi, mais on n'a jamais pu les envoyer. Le jour où Nott a tenté de le faire, son père l'a surpris et il est devenu fou de rage. D'ailleurs, Nott s'est opposé de nombreuses fois à son père cette année-là. »
« Comment ça ? » repris-je
« Parce que le père de Théo est un Mangemort, et Théo ne l'est pas, ce que tu es incapable de remarquer. Depuis le début de la septième année, Théo s'était battu contre un père Mangemort et absent. Ils ne se parlent plus maintenant. De toute façon le père de Théo a perdu les pédales et a plus ou moins sombré dans la folie, après être resté enfermé dans son déni ».
« Alors Théo n'a jamais pu envoyer de lettres ? »
« Non, plus jamais. Il avait ce jour-là trouvé la clé de la cage de sa chouette. Son père l'a ensuite jetée à l'eau, dans l'étang de sa propriété. Nous n'avons jamais pu vous contacter. Et nous n'avons pas pu agir non plus. C'est comme ça. Désolée de te décevoir, mais je ne suis pas une héroïne de la guerre comme toi.
Elle avait dit cela sans animosité aucune et avec un fond de chagrin dans la voix. Elle décroisa les bras et me dit avec un triste sourire : « Voilà, tu sais tout maintenant. Deux enfants qui se sont heurtés à la cruauté du monde des adultes, rien de plus. Des pions dans un échiquier bien huilé. Nous aussi, nous avons beaucoup pleuré sur notre impuissance. Tu m'as manquée Mary. Maintenant, je suis là, on va essayer de rattraper le temps perdu. »
Opale se mit à farfouiller dans un tiroir et en sortit un paquet de lettres abîmées, dont l'encre commençait déjà à se faner. « C'est pour toi, Théo aussi voulait que tu les aies. Ce sont toutes les lettres que nous t'avons écrites pendant notre septième année. Disons que la livraison a eu un peu de retard. »
Je serrais Opale dans mes bras, prit le paquet de lettres et rentrai chez moi, chamboulée par les explications que m'avait donné mon amie. Moi aussi, je n'étais qu'une enfant quand j'avais combattu. Mais je n'étais pas seule enfermée dans un manoir avec cinq frères et sœurs en bas âge et des parents inactifs. J'étais étonnée de ne pas ressentir de rancune dans mon esprit. Si Opale m'avait donné ces explications un mois plus tôt, je ne les aurais pas comprises et acceptées comme telles. Mais ce mois-ci, ma vision des choses s'était agrandie et je ressentais toute la détresse que mon amie avait dû éprouver elle aussi, avec comme seul appui, son correspondant, qui n'était autre que Théodore. Opale avait été dans un sens, une victime de la guerre, une victime du monde adulte qui ne comprend pas que tout ce qui compte dans la vie d'un adolescent, est de pouvoir éprouver des joies et des peines simples, loin de la guerre, et loin d'une prétendue sécurité.
Ce soir-là, j'ouvris le paquet de lettres. Elles étaient toutes datées et s'échelonnaient jusqu'à la fin de la septième année. Il y en avait une par semaine, écrite soit par Opale, soit par Théodore, soit en assemblant des morceaux de leur deux lettres respectives. Je passai la nuit complète à les lire. Certaines étaient drôles, d'autres parlaient de la guerre et des attaques, d'autres de la vie de famille d'Opale. Elles se finissaient toutes de la même façon : Opale dessinait une petite cigogne, et Théodore signait de sa belle écriture. A la fin de chaque lettre, ils avaient écrit « Tu me manques » ou « Vous nous manquez », quand elles étaient aussi écrites pour Blaise. Il avait très certainement déjà dû lire celles qui lui étaient destinées. Opale et Théodore signalaient leur inquiétude, ou exprimait leur détresse, ou leur isolement. Il me semblait lire des lettres écrites par des prisonniers. Tour à tour, je riais, ou je pleurais, selon l'humeur de mes amis.
Une dernière lettre était glissée à la fin de la pile. Elle ne portait aucune date, et elle était de Théodore, destinée à Opale.
Théo écrivait « On ne tombe pas amoureux de quelqu'un de normal. On tombe amoureux des gens exceptionnels, ceux qui peuvent nous faire vibrer avec un seul regard, un seul sourire, les gens qui ont une telle attractivité qu'ils pourraient décrocher la lune avec un seul mouvement de sourcil, les gens sur qui les gens normaux fantasment, les gens incroyables, beaux, gentils, simples et complexes, les gens exceptionnels, les gens comme Mary »
Opale avait glissé un post-scriptum derrière la lettre, « Regarde comme il t'aimait »
Je restais totalement pantoise devant la beauté de ce que Nott avait pu écrire. Même si l'on percevait encore la plume d'un adolescent, je ne pouvais rester que bouché bée face à l'amour que Théo avait pu me porter. Jamais je n'aurais imaginé qu'il avait pu être si amoureux.
Je pensais cruellement au destin qui avait fait s'éloigner de moi la personne qui m'avait probablement porté l'amour le plus pur. Avant que j'aie pu dire « Tu es aimé comme tu aimes », il était parti.
Voilà ! Comme je vous l'avais annoncé, le chapitre se termine sur une note un peu cruelle mais qui résume bien l'ancienne relation Théo/Mary. J'espère que vous êtes fan comme moi de la relation Blaise/Opale, ou si vous préféreriez le voir avec quelqu'un d'autre…tout peut arriver. On se retrouve la semaine prochaine avec le chapitre du diner qui va être pimenté !
