Bonsoir ! Voilà le fameux chapitre du diner, légèrement pimenté comme vous le verrez. J'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire, et j'espère qu'il vous plaira !
(Oui, je sais, on est lundi soir, j'ai du retard dans mes publications, mais je vous explique tout à la fin du chapitre hihi)
Bonne lecture !
Ginny était aux anges : tout le monde avait accepté avec plaisir son invitation. J'étais arrivée plus tôt pour l'aider à préparer le dîner. A vrai dire, je n'étais d'absolument aucune aide, puisque contrairement à mon amie, je n'avais aucune notion de cuisine. Je me contentai de me tenir à côté d'elle, près du plan de travail, où elle était occupée à couper des tomates, et je l'écoutai babiller comme une enfant, s'arrêtant seulement pour caresser son ventre. Elle me parlait de son mariage, d'Harry, de son bébé. Elle semblait en pleine forme et cela faisait plaisir à voir.
« Nous venons d'apprendre que c'est un garçon ! (Une fois de plus, j'étais épatée de la vitesse à laquelle les médecins du monde magique pouvaient deviner le sexe d'un bébé), Harry ne voulait pas le connaitre, il préférait avoir la surprise, mais moi je voulais tellement savoir ! Alors Harry a craqué, et ça y est, on sait que ce sera un garçon ! Non, n'essaye pas de savoir le prénom du bébé, je ne te dirais rien, dit-elle en riant. De toute façon, à deux mois de grossesse, nous ne sommes pas encore fixés. Nous avons encore beaucoup de temps devant nous. »
« J'ai quand même hâte que les nausées diminuent, ça devient pénible. Je suis assez fatiguée en ce moment, mais heureusement, depuis quelques jours, mon bébé semble m'accorder un peu de répit. Cela tombe bien parce qu'Harry est submergé par le boulot en ce moment, il n'a pas beaucoup de temps à accorder à sa future femme. D'ailleurs, je risque d'avoir besoin de ton aide. Déjà pour m'aider à choisir les fleurs qui décoreront la salle, mais surtout pour choisir ma robe de mariée. Je me vois bien avec une robe simple, presque champêtre, serrée à la taille, qu'en penses-tu ? »
« Padma est invitée ce soir ? » demandais-je. Ginny hocha la tête en signe d'accord, et continua de couper des légumes. « Tu pourrais lui parler des fleurs ce soir, elle pourrait te conseiller je pense. Si tu veux je t'accompagnerais avec plaisir faire des essayages de robe. Je ne suis pas sûre d'être de bon conseil, mais c'est vrai que quelque chose de champêtre serait pas mal. Simple et efficace, tu seras très belle. Avec des petites fleurs blanches dans les cheveux ! »
« Ça c'est une super idée, déclara Ginny. Il faut aussi que nous décidions avec Ella, Amber et toi des robes que vous porterez. Je ne te tiens pas à vous imposer une robe immonde, même si ce serait tentant de vous habiller dans des robes meringues rose bonbon, dit-elle en riant »
« Fais attention à ce que tu vas faire Ginny, n'oublie pas qui va préparer ton enterrement de vie de jeune fille. Si tu veux être en vie le jour de ton mariage, je te déconseille de choisir des robes de ce genre, plaisantais-je ».
Il était 18h. Les invités étaient attendus à 19h30 et Ginny, absorbée par ses préparatifs, ne semblait pas du tout appréhender le diner, contrairement à moi. Pour l'heure, je ne connaissais pas encore le nombre de convives, mais je savais que le pari était risqué. Rien qu'en invitant Ella, Amber et Opale en même temps, je sentais que des tensions feraient jour. Ella n'avait jamais vraiment apprécié Opale quand nous étions plus jeunes, à l'époque où elle était pour nous une fille populaire que nous admirions, mais qui nous impressionnait. En première année, Opale et elle avaient été amies, mais cette amitié se transforma assez rapidement en inimitié après qu'Opale eut appris qu'Ella se moquait d'elle en secret. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu Ella. Elle travaillait beaucoup, au Ministère de la Magie elle aussi. Forte de son rôle pendant la guerre, elle avait pris les rênes de l'ancienne Commission d'enregistrement des Nés-moldus, qui était devenue une organisation visant à rétablir une égalité juridique et civique entre les Nés-moldus et les autres sorciers. Ella travaillait beaucoup et n'avait donc pas beaucoup de temps pour nous voir, et j'étais heureuse de la revoir à ce diner, tout en sachant pertinemment que son côté frondeur et contestataire ne plairait certainement pas à Opale.
« Je suis contente qu'Ella ait accepté mon invitation, me dit Ginny. Tu la connais, elle a failli annuler à la dernière minute, comme d'habitude. C'est dommage qu'elle s'éloigne de nous ainsi. Elle ne parle presque plus à Amber, va savoir pourquoi. J'imagine que c'est parce qu'elle n'aime pas Zabini. Tu te rappelles, cela avait déjà posé problème en sixième année, quand ils ont commencé à sortir ensemble. »
« Tu as invité Blaise ? » demandais-je, soudainement soucieuse, en repensant à la liste des personnes que Ginny avait nommées la dernière fois que je l'avais vu.
« Oui, bien sûr que j'ai invité Blaise. Ce sera peut-être une occasion pour Amber de lui mettre enfin le grapin dessus, et de l'arracher à Daphné une bonne fois pour toute. Je n'ai jamais pu la voir, la Greengrass, je me demande comment Amber peut supporter de devoir partager Blaise avec elle ».
Je me rembrunis en pensant à Daphné. Je ne pouvais pas encore dire qu'elle faisait partie de mes amies, mais j'avais maintenant suffisamment d'estime pour elle, pour ne plus l'appeler La Greengrass.
« Oh tu sais, connaissant Blaise, Amber ne le partage pas qu'avec Daphné. Presque la moitié des filles de Londres sont passées dans son lit. » répondis-je d'un air blasé.
Sans que je ne sache pourquoi, l'idée qu' Amber mette le grapin sur Zabini, pour reprendre l'expression de Ginny, ne me plaisait pas plus que ça. Leur histoire durait depuis la sixième année, certes, mais j'avais l'intime conviction qu'ils ne pouvaient pas être ensemble. Amber était timide, mine de rien, et je la voyais mal sous les feux des projecteurs, si jamais sa relation avec Blaise venait à être confirmée. En réalité, je ne voyais personne à qui ce rôle pouvait aller, et ce n'était pas l'unique raison pour laquelle je ne voyais pas Amber et Blaise ensemble. Cela faisait quelques jours que j'étais habitée par des flashbacks qui me renvoyaient à l'époque où Blaise sortait avec Opale et la simplicité de leur relation m'apparaissait comme une évidence. Parmi toutes les conquêtes de Blaise, il n'y en avait aucune qui savaient vraiment qui il était. La seule à avoir réussi à le percer à jour était aussi la seule dont il n'avait pas vraiment fait la conquête. Pour la première fois dans sa carrière de coureur de jupon, Blaise avait rencontré une jeune femme qui ne tombait pas immédiatement sous son charme. Cela avait l'air de lui plaire, mais je pensais être la seule à m'en rendre compte. Autour de moi, tout le monde ne parlait que de Blaise et Daphné, ou Blaise et Amber, ou Blaise avec n'importe quelle autre fille, sans que l'évidence de la relation entre Blaise et Opale apparaisse au grand jour. Daphné avait conscience qu'elle n'était pas aimée, et je me demandais s'il en était de même pour Amber. Je ne savais même pas si elle voyait quelqu'un d'autre que Zabini.
« Alors tu as invité Blaise dans l'espoir de la rapprocher d'Amber ? » demandais-je à mon amie.
Celle-ci me répondit avec une simplicité déconcertante.
« Evidemment. J'ai même fait exprès de les mettre à côté en faisant mon plan de table. Mais je l'ai invité aussi parce que c'était quand même un ami, quand nous étions à Poudlard, même de loin. Du coup j'ai aussi invité Nott, son meilleur ami. Je pensais que ça pourrait vous faire plaisir, à toi et à Opale. »
Je restai interdite pendant quelques minutes. Ce diner ne pouvait pas plus mal tourner que cela. Ginny avait raison : cela me faisait plaisir de voir Nott dans un sens, même si je ne pouvais pas promettre que notre rencontre ne crée pas de dissensions. En revanche, Nott était, depuis sa nomination à la tête du Département de la coopération magique internationale, comme je l'avais déjà dit, ardemment critiqué. Je n'étais pas la seule à penser qu'il ne devait son poste qu'à du piston, et j'avais peur que cela ne devienne un sujet de désaccord pendant le diner.
« Tu n'es pas contente de voir Théodore ? dis Ginny d'un air légèrement peiné. Je pensais que cela te ferait plaisir, je me rappelle comme vous étiez proche en sixième année. Opale m'avait écrit que vous aviez retissé des liens. Il était très amoureux de toi à cette époque, tu t'en souviens ? »
« Oui, soupirais-je, je m'en souviens »
« Peut-être que tu pourrais tenter de nouveau ta chance avec lui. Tu sais, faire comme tout le monde, rattraper le temps perdu. Et puis tu n'as personne dans ta vie, alors pourquoi pas hein ? »
« J'ai déjà Drago dans ma vie, et cela me cause assez de soucis comme cela, pas la peine de me mettre un deuxième Mangemort dans les pattes, dis-je en souriant »
« Malheureusement, contrairement à Nott, Malefoy a déjà quelqu'un dans sa vie lui aussi, et il n'est pas prêt de la lâcher. Il est fou amoureux d'Astoria. Je t'avais dit qu'ils projetaient de se marier ? Quoi ? J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas dire ? » me demanda Ginny.
A la mention du nom d'Astoria, je m'assombris directement. Jusqu'à cet instant, je ne connaissais pas le nom de la copine de Malefoy et je ne désirais pas le connaitre. Cela me permettait de faire comme si cette fameuse copine n'existait pas, comme si j'étais la seule à pouvoir profiter des baisers et des caresses de Malefoy. Je mettais enfin un nom sur ce qui n'était jusqu'à maintenant qu'une sorte d'idée abstraite. Je me rappelai la fois où j'avais interrogé Astoria, qui n'avait que deux ans de moins que sa sœur, et qui lui ressemblait tant. En repensant à Daphné, je compris que si Astoria avait aussi hérité du caractère de sa sœur, alors je ne pouvais pas avoir de plus belle concurrente. Ainsi je compris pourquoi elle m'avait dit qu'elle n'arrivait pas à dormir, le soir, quand elle était seule. Elle ne dormait pas parce que Drago n'était pas rentré ces soirs-là, qu'il était resté se reposer sur un autre oreiller que le sien. J'eus soudain pitié d'elle, presque autant que j'avais pitié de moi. Obligées de se partager un homme en garde alternée, alors que nous aurions voulu l'avoir pour nous toutes seules. Dans mon malheur, je voyais le reflet de celui d'Astoria, comme dans un miroir.
Je fis comprendre à Ginny que j'ignorais, jusqu'à ce qu'elle ne m'en parle, le prénom de la copine de Drago. Cela semblait si peu probable, tout le monde le savait autour de moi depuis deux ans déjà, et malgré tout, personne ne m'en avait encore parlé. Je me demandais si Astoria savait qui était la maitresse de son futur mari, et si elle le savait le jour où je l'avais interrogée. Ginny ne se confondit pas en excuses « Il fallait bien que tu l'apprennes un jour ou l'autre », me dit-elle. Elle avait raison.
« Tu sais, je n'ai pas invité Théodore seulement pour te caser avec lui. De toute façon, tu as besoin de temps avant de t'impliquer de nouveau dans une relation. Je l'ai aussi invité parce qu'Harry le connait bien et l'estime beaucoup ».
Devant mon regard interloqué, Ginny s'arrêta un instant pour finir de couper ses carottes, afin de faire monter le suspens, et reprit.
« Harry a eu souvent l'occasion de travailler avec lui. Nott s'occupe de manager des tonnes d'équipes dans le but de maintenir l'Ordre du Secret. Il travaille en collaboration avec des Aurors comme Harry et Ron, et apparemment, il est très bon dans son boulot. Voldemort n'a pas fait dans la dentelle, et c'est un travail monstre que de rétablir l'Ordre du secret. Harry aime Nott pour sa franchise et son humilité. C'est un très bon directeur ».
Je me contentai de hocher la tête. Je savais que Nott travaillait au Ministère, mais je n'avais pas poussé l'enquête jusqu'à savoir ce qu'il faisait. L'idée qu'Harry puisse aimer travailler sous ses ordres ne m'étonnait pas tant que ça, j'avais conscience des qualités de leadership de Nott, et il me paraissait plutôt normal qu'il soit bon dans ce qu'il faisait. Il avait toujours tout réussi avec facilité quand nous étions à Poudlard, jusqu'à devenir un des meilleurs élèves de la maison Serpentard. En revanche, l'idée qu'Harry puisse apprécier les qualités humaines de Nott me surprenait quelque peu. Il me semblait que l'usage du nom « humilité » ne pouvait pas franchement décrire le caractère de Théodore. Enfin, en dehors de ce que pouvaient dire Opale et Blaise, c'était la première fois que quelqu'un me parlait en bien de lui, sans mentionner son passé, ni la façon dont il avait obtenu le poste. Je pensais que si Nott avait effectivement, comme la rumeur le disait, obtenu son poste par piston, il avait bien employé ce fameux favoritisme.
« Tu viens m'aider à mettre la table », me demanda Ginny, alors que j'étais perdue dans mes pensées.
En mettant sur la table les assiettes, je découvris que sur chacune d'elle était marqué un nom en lettres dorées, et mon amie les disposa d'un coup de baguette magique.
« Alors, qu'est-ce que tu penses de mon plan de table ? J'ai pris du temps à tout élaborer. Je suis au bout de la table pour pouvoir aller chercher plus facilement les plats. Il y a Ella à ma droite, Amber à ma gauche, Blaise à côté d'elle. Toi Mary tu es entre Ella et Opale, donc en face de Blaise. Opale est en face de Nott, qui est donc en diagonale de toi. Ensuite, j'ai mis Justin et Padma en face parce qu'ils s'entendent bien et que je n'ai pas perdu l'espoir qu'ils se remettent ensemble un jour. On a à côté d'eux Hannah et Neville, bien entendu puis Ron et Hermione et Harry en bout de table. Le golden trio, comme on les appelle, n'a pas souvent le temps de se retrouver, alors j'ai préféré les mettre ensemble en bout de table. »
« Ça me semble très bien Ginny ! C'est du bon boulot, tu es prête à faire le plan de table de ton mariage », dis-je en riant.
C'était vraiment un bon plan de table. J'étais contente d'être à côté d'Ella que je n'avais pas vu depuis longtemps. Je me disais qu'en effet, Hermine, Harry et Ron seraient contents de se retrouver, et que Padma aurait l'occasion de discuter herbologie avec Neville. Je serais entourée par Opale, Blaise et Nott, ce qui nous permettrait une nouvelle fois de nous réunir tous, comme au bon vieux temps comme disait Blaise. Je pensais néanmoins qu'Opale et Nott se retrouveraient au milieu de la table, encerclés par d'autres amis, tous membres de l'AD. De nous tous, c'étaient les seuls à ne pas avoir résisté, ce qui créerait évidemment des tensions. Mais malgré tout, Ginny avait fait du beau travail. Elle avait réussi grâce à son plan de table, à mettre quelque peu de cohérence entre ces convives si disparates. J'espérais que Padma et Justin ne seraient pas gênés de voir qu'ils étaient en face l'un de l'autre, comme si Ginny gérait une agence matrimoniale.
Je respirai un bon coup. J'avais décidé de faire en sorte que ce diner soit une réussite, déjà parce que je le devais à Ginny, qui s'était donné beaucoup de mal pour tout organiser, avec les meilleures intentions du monde. Ensuite, parce que j'avais déjà enduré beaucoup trop de disputes à mon goût. Il fallait rechercher l'apaisement, comme Opale. De temps en temps, l'image d'Astoria me revenait en tête. Malgré moi, je n'arrivais pas à arrêter de penser à Drago. Je savais maintenant que ce que j'appelais « mes chances de survie en tant que maitresse » étaient limitées, et je ne supportais pas l'idée de devoir perdre Drago. Mais en voyant le sourire de Ginny, qui buvait comme d'habitude son fameux jus de cornichon, je me promis de faire en sorte de ne pas y penser, au moins ce soir. Les larmes viendraient après.
Il était presque 19h30. Les invités n'allaient pas tarder à arriver. J'étais assez impatiente de nous voir tous réunis après si longtemps. J'avais finalement réussi, en partie grâce à mon idée d'interview, à rassembler tous mes amis, et il me semblait que j'avais attendu ce moment toute ma vie. Depuis que nous avions quitté Poudlard et que tout le monde était rentré dans la vie active, les occasions de se revoir étaient rares. Même si je croisais par exemple souvent Hannah à la boulangerie, ou alors que j'avais l'opportunité de revoir Harry chez Ginny, un tel diner m'avait toujours paru presque irréalisable. Et je pensais que ce serait la première fois pour Opale et Nott, de se raccrocher à ce qu'ils avaient connu de Poudlard. J'espérais qu'ils sauraient apprécier cette chance autant que moi. Et puis nous étions quatorze à table, le chiffre parfait. Alors petit à petit, mon angoisse diminuait. Ne restait que le plaisir de revoir enfin mes amis, tous ensemble autour d'une belle table.
Quelqu'un sonna à la porte, un peu avant 19h30. C'était Opale, qui devait se charger du dessert. Je me dépêchais de prendre le gigantesque gâteau avant qu'une petite boule de bonheur rousse ne lui saute dans les bras. Je riais en pensant qu'Opale détestait les embrassades de ce genre. Elle se contentai de donner des petites tapes amicales dans le dos de Ginny en hurlant « Ginny je déteste quand tu fais ça ! ». Visiblement, Ginny ne semblait pas en vouloir le moins du monde à Opale. Elle était comme ça, pas rancunière pour un sou, et leur amitié semblait être restée inchangée. Pendant que je m'occupai de déposer le gâteau dans la cuisine, elles s'installèrent toutes les deux dans le salon et commencèrent à discuter tranquillement, comme si de rien n'était, autour d'un jus de cornichon et d'une Bière au Beurre.
Je pris le temps d'admirer le gâteau. Il était énorme, mais surtout somptueux. C'était une énorme pièce montée faites de choux débordants de crème, avec une ganache et un glaçage à faire tourner la tête. Sur le haut du gâteaux, quatorze petits personnages se tenaient la main et tenaient une banderole sur laquelle il était écrit « Nous tous ici, enfin ». Je reconnus aisément tous les personnages de la pièce montée et je compris qu'Opale était venue dans la même optique que moi : renouer avec ses anciens amis, avec une banderole de l'apaisement. Harry me rejoint à ce moment-là dans la cuisine et ne put s'empêcher de pousser une exclamation d'admiration, avant d'aller ouvrir aux autres invités. Hannah et Neville arrivèrent en même temps, ainsi que Hermione et Ron, avec une bouteille de champagne moldu, offerte par la mère d'Hermione. Je souris en ouvrant ensuite la porte à Ella qui me sauta dans les bras, bientôt suivie par Amber qui visiblement ne m'en voulais plus. Ginny ouvrit la porte à Padma et Justin qui arrivèrent ensemble, leur adressa un sourire taquin, ce qui fit rougir les joues de Padma. Nott rentra dans l'appartement en dernier, juste après Blaise qui embrassa Ginny et lui fit cadeau d'un joli collier. Je restai seule dans l'embrasure de la porte, juste devant Nott qui semblait hésiter à rentrer. Il s'approcha de moi, visiblement pour me faire la bise, tout en ayant l'air de tergiverser. Je lui tendis la joue directement pour lui éviter de prendre une décision, et il s'avança, visiblement soulagé, dans l'appartement, où il fut accueilli par un Harry apparemment très content de le revoir.
L'apéritif se passa très bien. Je n'aurais pas pu rêver mieux. Ron, Harry et Théodore discutaient visiblement de boulot, Hannah et Ginny comparaient la taille de leur ventre, Neville discutait d'herbologie avec Padma et Justin, comme prévu. Quant à moi je discutais avec Ella et Amber du mariage de Ginny, et surtout de son enterrement de vie de jeune fille. Ella voulait que nous venions tous déguisés et cela nous avait paru être une bonne idée. Restait à choisir le déguisement, ce qui n'était pas une tâche aisée, puisque les avis différaient. Personnellement, j'aurais voulu me déguiser en animal, et cette idée un peu bête avait surement été provoquée par l'alcool. Blaise se joignit à nous en saisissant Amber par la taille et c'était définitivement lui qui avait les pires idées. Opale discutait avec Hermione. Elle était assez loin de moi, et je n'entendais pas ce qu'elles se disaient, mais je me souvenais qu'elles s'étaient toujours appréciées. Il faut dire qu'Opale et moi avions toujours beaucoup admiré Hermione, et qu'elle avait toujours été agréable avec nous.
En somme, tout se passait très bien et j'étais ravie par la tournure qu'avaient pris les choses. Seule Opale semblait légèrement mal à l'aise, ce qui ne m'étonnait guères. Elle avait un peu de mal à se comporter face à tant de monde, et je remarquais qu'elle se tenait les bras croisés. Blaise comme d'habitude essayait d'épater la galerie et Ginny suivait en riant l'histoire de ses pérégrinations amoureuses, tout en jetant un œil à Amber de temps à autre. Blaise la serrait toujours contre lui, mais il semblait plus intéressé par toutes les jeunes filles autour de lui, qu'elles soient accompagnées ou non, que par Amber, tel un coq dans une basse-cour.
Je perdais le fil de ma discussion avec Ella. Depuis quelques minutes, j'observai Nott, qui avait troqué son habituelle chemise blanche contre un polo en coton. Il discutait paisiblement avec Harry et Ron, et semblait plutôt à l'aise. Quand il s'aperçut que je le regardais, il m'adressa un franc sourire. Je détournai le regard, et il s'excusa auprès de ses compagnons, pour s'approcher de moi. Après une ou deux bières, il était quelque peu désinhibé et passa son bras derrière mon dos pendant quelques secondes. J'accueillis cette marque d'affection sans surprise.
« C'était une bonne idée, cette réunion » me dit Nott.
« Oh, tu sais, je ne suis pas à l'initiative de tout ça. C'est Ginny qu'il faut remercier. »
« Je pense que tu as joué un rôle bien plus important que tu ne veux l'admettre. Cette enquête, c'était ton idée. Et je pense qu'on est tous là grâce à ça. »
« Cela te fait plaisir ? » demandais-je
Théodore ne répondit rien et se contenta de sourire, tout en attrapant un petit four que Ginny faisait passer parmi les convives. Je renouvelai ma question.
« Bien sûr que ça me fait plaisir. Tant que tu ne me traites pas de Mangemort, en tout cas »
« Je n'en ai pas l'intention, mais ne me donne pas de bonnes idées », répondis-je en souriant.
Notre discussion fut interrompue par Ginny qui avait eu une nouvelle idée pour pimenter la soirée. « Et si nous dansions un peu avant de nous mettre à table ? La pièce est grande, on pourrait bien s'amuser ! Ce sera un excellent entrainement avant mon mariage ! ». La plupart des convives applaudirent des deux mains à cette idée. Je priais pour que Ginny passe du rock et non pas une valse, que je ne savais pas bien danser, et mon souhait fut exhaussé. Mon amie ouvrit le bal avec Harry, suivie de Ron et Hermione, Hannah et Neville, qui visiblement n'était pas à l'aise avec la danse. Blaise entraina Amber dans la danse, Nott invita Padma, et Justin invita Ella. Je restai sur le côté avec Opale, puisqu'il n'y avait pas assez de cavalier, et nous commentions l'allure des couples. Blaise surplombait tous les hommes mais Amber avait du mal à le suivre. Nous avions l'impression que Ginny et Harry avaient dansé ainsi toute leur vie, à les voir, si heureux, se trémousser sur la piste. Puis Blaise vint saisir la main d'Opale, laissant Amber toute seule avec moi. Leur prestation était impressionnante. Je me rappelai qu'ils avaient souvent eu l'occasion de danser ensemble en sixième année, quand Opale essayait de m'apprendre à danser. Blaise et Opale enchainaient les passes avec une aisance rare et beaucoup de fluidité, et Blaise semblait irradier toute la pièce de son bonheur. Opale avait oublié sa timidité et se faisait sexy, dans sa robe noire moulante et pendant un bon moment, ils éclipsèrent tous les autres couples. Je ne pouvais pas cesser de les regarder. Je fus cependant interrompue par une remarque d'Amber, qui, posément et sans animosité aucune, me dit « Blaise a toujours très bien dansé. Mais je ne l'ai jamais vu danser aussi bien avant de le voir avec Opale dans les bras ». Elle s'arrêta là, mais nous voyions toutes les deux ce qu'elle voulait dire par là. Pour la première fois de sa vie, probablement, Blaise était amoureux, et il était amoureux d'une fille qui ne le voyait même pas.
Théodore vint m'inviter à danser. Je lui pris la main, en essayant de cacher ma timidité. Je n'avais pas dansé avec lui depuis si longtemps, et la dernière fois, cela avait été une catastrophe. Je me souvenais de ma danse de canard boiteux au bal de sixième année, et je priais pour qu'il ne s'en rappelle pas aussi bien que moi. « J'espère que tu t'es améliorée depuis notre dernière danse » me lança-t-il d'un air espiègle. Je lui répondis sur le même ton « Eh bien oui, mais il faut le voir pour le croire ! ». Nott fit exprès de m'imposer des passes difficiles, et j'étais heureuse de voir que j'étais à la hauteur. Il dansait très bien, et me gratifia d'un grand sourire à chaque passe réussie. J'éprouvais un sentiment étrange. J'avais souvent dansé avec Blaise, qui était un très bon cavalier parmi d'autres, mais jamais je n'avais ressenti une telle alchimie en dansant le rock. Nott devait lui aussi passer un agréable moment, puisqu'il ne me quitta plus, et continua à danser avec moi jusqu'à ce que tout le monde s'écroule de fatigue.
Ginny nous proposa alors de passer à table. Elle avait préparé des lasagnes maison qui semblaient délicieuses, et nous avions tous très faim, après nous être autant amusés et dépensés. J'attendais avec impatience que tout le monde découvre le plan de table.
Padma sembla légèrement gênée en découvrant qu'elle était assise en face de Justin, mais globalement, le plan de table fut loué par tout le monde. Mon amie rousse fit un clin d'œil à Amber, qui lui répondit en haussant les épaules d'un air las. Ginny ouvrit le champagne, qui coula à flot dans les coupes, sauf pour Hannah et elle, bien évidemment. La première partie du repas se passa sans encombre. Tout le monde discutait gaiment. Blaise faisait la cour aux jeunes femmes qui étaient les plus proches de lui, à savoir Ella, Amber, Opale et même Ginny, pendant qu'Harry, de l'autre côté de la table, observait Blaise avec un léger agacement. Opale ne disait pas grand-chose, et se contentait de répondre aux tentatives de drague de Blaise avec humour, sans jamais imaginer une seule seconde qu'il puisse être sérieux, ce qui me désespérait. Ron, Hermione et Harry discutaient tous les trois avec animation, et j'entendis Harry demander à Ron « Alors, vous vous mariez quand ? Mes deux meilleurs amis ensemble, je ne pouvais pas rêver mieux ! ». Hermione répondit tranquillement qu'elle avait trop de travail en ce moment, mais l'idée ne semblait pas lui déplaire.
J'observai Nott, assis en diagonale de moi, qui mangeait avec appétit. Il semblait ne pas prêter attention aux enfantillages de Blaise, et restait, comme Opale, en dehors de toute discussion. Il se tenait droit, regardait tout le monde avec attention, mais ne disait rien, plus guindé que jamais. Loin de Ron et Harry qui semblait avoir réussi à le mettre à l'aise, il avait repris ses habitudes de Sang-Pur, comme je les appelais, et drapé, soit dans son orgueil, soit dans sa timidité, il se taisait pour observer. Je l'observai moi aussi tout en faisant mine d'être absorbée dans une discussion avec Ella et Opale. Il était très beau ce soir-là et pour une fois, je n'étais pas agacée par son attitude. Je pouvais tout-à-fait comprendre qu'il puisse être mal à l'aise. Comme je l'avais déjà dit, il se retrouvait seul, avec Opale, à ne pas avoir fait partie de l'AD, mais se trouvait aussi le seul à n'avoir pas combattu à nos côtés. Peut-être s'interrogeait-il sur sa légitimité, à être là, assis avec nous.
Je commençai à aimer ses silences, à aimer les réponses concises, mais efficaces, qu'il donnait. Je repensais subitement à ce que m'avait dit Ginny. Il était vrai que je n'avais personne dans ma vie, sauf un Serpentard infidèle et surtout en couple. Il y avait bien d'autres hommes de passage, mais rien de très sérieux. En examinant le beau visage anguleux de Nott, ses fossettes quand il se mettait à rire de temps à autres, et ses yeux si bleus, je me surpris à me demander s'il avait quelqu'un dans sa vie. A ma connaissance, il était célibataire, mais comment pouvait-il l'être avec de si beaux yeux ? Perdant totalement le fil de la conversation que je menais avec Ella, je me demandais ce que ce serait, de sortir avec Nott. Pas être avec lui, mais quelque chose comme aller boire un verre en tête à tête. Ginny avait raison, il avait été très amoureux de moi plus jeune. Qu'en était-il maintenant ?
Je réfléchissais, en évaluant ce que j'avais à perdre, si je lui proposais de sortir boire un verre avec moi. Après tout, Nott n'était pas encore un ami, et si cela tournait mal, j'aurais juste de nouveau perdu une connaissance, que j'avais déjà perdue une fois de surcroit. Ses manières de Sang-Pur et de Serpentard avaient le don de m'agacer profondément, et pourtant, ce soir, j'avais l'impression de commencer à le comprendre. Nott était si guindé parce qu'il était terriblement timide et ses réactions semblaient être motivées en premier lieu par sa pudeur, et non pas par son orgueil. Le médecin m'avait demandé de renouer avec mes anciens amis…et puis Ginny m'avait dit que j'avais peut-être une chance avec lui…pourquoi ne pas la saisir, après tout ? Faire comme s'il ne m'avait pas abandonné en sixième année, et oublier qu'il était un ancien Mangemort. Faire le deuil du passé, en quelque sorte, pour recommencer sur de nouvelles bases. Peut-être que je proposerais à Nott de venir prendre un verre avec moi.
A ce moment de ma réflexion, je croisais les yeux de Nott. Il me sourit avec douceur, et je vis dans ce sourire la réponse à mes questions, comme s'il avait lu dans mes pensées. Ses deux fossettes illuminèrent son visage, et je lui souris en retour. Ce fut un échange intense et bref, un moment volé au milieu de cette table bondée. Puis Ella reprit ses bavardages, m'entrainant dans une conversation sur le mariage de Ginny, et Théodore replongea son regard dans son assiette, avant de discuter du Nid Douillet avec Opale.
« Vous avez vu les dernières nouvelles ? Le premier ministre, Shacklebolt a décidé de ne plus utiliser les Détraqueurs pour garder les détenus à Azkaban » lança subitement Ella.
Plusieurs des invités plongèrent la tête dans leur assiette, moi y compris. Je n'avais pas du tout envie de parler du gouvernement à un diner qui était censé être un diner de retrouvailles. J'aurais préféré que nous continuions à discuter de ce que nous étions tous devenus, ou à parler de nos souvenirs respectifs à Poudlard. Mais Ella était passionnée par la politique et cela outrepassait souvent le cadre de son travail. Je vis qu'Harry et Ron, dans leur qualité d'Auror, étaient prêts à répliquer, mais Hermione les devança.
« Je pense que c'est une bonne idée. On ne peut pas continuer à traiter les détenus de manière si cruelle et inhumaine. Et puis cela embellira notre vie, de savoir que de tels monstres ne rodent plus autour de nous ».
« Le nouveau gouvernement ne veut pas reproduire les erreurs du passé » continua Harry en baissant la voix. « Si jamais d'autres erreurs terriblement regrettables venaient à être commises, les conséquences seront moins lourdes ». Il devait certainement penser à son défunt parrain.
« Mais enfin, reprit Ella, les prisonniers d'Azkaban sont tous d'anciens Mangemorts. Je ne vois pas pourquoi on devrait leur faire des fleurs. Traitons les comme ils nous ont traités ! »
A ce moment-là, tout le monde s'arrêta de parler et se concentra sur la conversation en cours. Il y avait des enjeux plus importants à traiter que des histoires de mariages, d'amours ou de carrières. Ce fut Neville qui prit ensuite la parole, fermement, comme il avait appris à le faire.
« Je suis bien d'accord avec Ella. Les Lestrange méritent de payer pour ce qu'ils ont fait à mes parents, et à tant d'autres victimes ».
Il y eut un murmure d'approbation, mais Hermione, Ron et Harry s'étaient rembrunis. Ginny ne disait rien et Opale avait croisé les bras de nouveau.
« Mais enfin Ella, continua Hermione en s'énervant quelque peu, ce n'est pas en agissant de façon atroce que nous ferons payer les criminels. Ayons un peu d'humanité, s'il nous en reste après cette guerre ! »
C'est à ce moment-là que je compris que la suite du diner ne se passerait pas aussi bien que le début. Ella était frondeuse, et détestait qu'on ne soit pas d'accord avec elle. Elle continuerait le débat jusqu'à obtenir la certitude qu'elle avait raison. Malheureusement pour elle, Hermione avait sensiblement le même caractère (et d'ailleurs elles ne s'étaient guère aimées quand elles partageaient la même salle commune), et le débat pourrait être long.
« Comment est-ce que tu oses parler d'humanité quand on voit ce que les Mangemorts ont fait à Amber par exemple ? Amber, dit-lui, toi, à Granger, que tu as failli mourir ! »
Amber bredouilla quelque chose, mais Ella continuait à argumenter face à une Hermione de plus en plus furieuse.
« Nous tous ici avons perdu quelque chose pendant la guerre, Amber n'est pas la seule à avoir failli mourir », répondit Hermione avec hargne.
J'observai discrètement Théodore, qui ne disait rien, mais semblait s'être tendu légèrement. Quant à Opale, je pensais qu'elle aurait voulu disparaitre, mais je ne la voyais pas. Elle était à ma gauche, et elle regardait Hermione.
« Là-dessus, tu as tort Hermione » dit subitement Neville.
Tous les regards se braquèrent sur lui. Harry et Ginny se regardèrent de manière presque affolée, Théodore se redressa subitement et dévisagea Opale avec une expression qui était tout sauf de la crainte. Une lueur de défi s'était allumée dans ses yeux.
« Alors personnellement j'étais là pendant la bagarre avec les loups-garous » lança Blaise avec un rire forcé.
Sa remarque tomba à l'eau rapidement.
« Ce n'est pas de toi dont on parle », lança Hannah avec détermination « On faisait tous partie de l'AD ici. Enfin presque. »
« Opale et moi n'étions plus là, au moment de la reformation de l'AD », se crut obligé de dire Nott, le regard dur.
« C'est bien ça le problème » signifia Ella
« Ecoute, tu n'as aucune idée de ce qu'il s'est passé pour nous deux avant et pendant la guerre, alors épargne-moi tes réflexions » répondit Nott, agacé.
« Tu n'es pas sans savoir que je travaille à l'ancienne Commission d'enregistrement des Nés-moldus. Une organisation que toi et tes petits amis avez fabriqués de toutes pièces, pour ensuite vous retrouver au gouvernement ».
« Je n'ai rien à voir avec cette horrible Commission » répliqua Nott
« Ah oui ? Et quand tu me traitais de Sang-de-bourbe à longueur de journée à Poudlard, en troisième année, tu n'avais rien à voir avec ces saloperies de Mangemorts Sang-Pur ? » riposta Ella.
« Il a changé, Ella. Il n'a rien à voir avec tout ça. Théodore n'est pas un Mangemort ».
On aurait pu croire que cette remarque venait d'Opale, attristée de voir son ami ainsi acculé, mais il n'en était rien. Opale restait muette, blanche comme un linge, n'osant pas répliquer contre une Ella qu'elle n'avait jamais vraiment aimée. Cette remarque était sortie de ma bouche, sans que je m'en rende vraiment compte. Je n'avais pas la ferme intention de défendre Théo, et pourtant je venais de le faire, presque malgré moi. J'en avais assez de toutes ces insinuations contre Nott, alors que finalement, personne ne savait vraiment comment il avait obtenu son poste, ni ce qu'il avait fait pendant la guerre. Je pensais que nous pouvions au moins lui accorder le bénéfice du doute.
Puis très rapidement, j'ai cessé d'écouter la conversation. J'étais totalement absorbée par les yeux de Théodore qui se voilaient tantôt de tristesse, tantôt d'une lueur de bravade, et je n'écoutais déjà plus les réactions qui suivirent ma déclaration. Je me souviens vaguement qu'Opale avait ensuite pris la défense de Théo, que Neville avait pris la défense d'Ella, qu'Hermione débattait sur des questions de justice, que Blaise essayait sans cesse de détendre l'atmosphère. Amber parlait de la menace qui régnait sur Théo et Opale, Harry et Ron tentaient de donner des justifications à Nott en expliquant qu'il était très bon dans son travail. Mais moi je ne regardais que les yeux de Théo.
Je remarquai vaguement que Ginny s'était levée pour aller chercher le gâteau d'Opale, peut-être dans une ultime tentative de restaurer la bonne humeur. Je la vis le poser entre Ella et elle, et quand Ella, furieuse, se leva en trombe, faisant tomber la gâteau par terre dans le même mouvement, peut-être délibérément, je ne voyais que les yeux de Théo, fixés sur la petite banderole « Nous tous ensemble, enfin ». Hannah et Neville se levèrent derrière Ella, en fixant un œil mauvais sur Théo. Ils furent rejoints par une Hermione furieuse, qui claqua la porte derrière Ron, qui nous lança un petit sourire d'excuse.
Pendant un moment après le claquement de la porte, personne n'osa ouvrir la bouche. Le diner s'était clôturé sur un désastre et Opale contemplait avec tristesse la belle pièce montée qui gisait sur le plancher. Seuls restaient Ginny, Harry, Opale, Amber, Blaise et moi. Justin et Padma s'étaient levés, en proie à une agitation certaine, et semblaient hésiter entre partir et rester. Je m'approchais des restes du gâteau, tout comme Amber et Padma, et Ginny passa son bras autour de l'épaule d'Opale pour la réconforter. L'écho de la porte claquée résonnait encore quand Harry se décida à briser le silence.
« Nott, Opale, je suis désolé de la tournure qu'ont pris les évènements. Vous aviez votre place ici, peu importe l'endroit où vous étiez pendant la guerre. »
« Il faut excuser Ella. Son travail lui monte à la tête en ce moment, elle ne sait plus très bien ce qu'elle dit. Et puis, elle avait aussi un peu trop bu, je pense qu'elle regrettera tout ce qu'elle vous a dit demain matin. Quant à Neville et Hannah, ils ont été sérieusement secoués par la guerre. Neville s'est quelque peu radicalisé ces derniers temps. Oh vraiment, je suis bien désolée que ce repas ait fini aussi mal. » continua Ginny, épaulant son compagnon.
Opale ne disait rien et continuait à fixer le gâteau sans rien dire. Elle semblait plus attristée par la dégradation de sa pièce montée, que par la tournure qu'avait pris le diner. Nott respirait bruyamment, mais l'on sentait que petit à petit, sa colère le quittait. La lueur de courroux dans son regard diminuait.
« J'avais tout préparé pour que tout soit parfait, je suis tellement désolée ! Et ce plan de table dont j'étais si fière avant que le désastre ne se produise ! » se lamentait Ginny.
« Ne t'en fais pas Ginny, tout était vraiment parfait, tu as fait du mieux que tu as pu. Ce n'est pas de ta faute si le diner a mal tourné » répondit calmement Blaise, qui faisait office d'homme de la situation.
Amber et moi hochâmes la tête en silence, pour aller dans le sens de Blaise. Cependant, nous savions que des excuses de notre part ne servaient à rien. Ella, Neville et Hannah étant partis, nous attendions avec anxiété une réaction de la part de Nott ou d'Opale. A nouveau, personne ne parla, et Théodore semblait trop blessé dans son orgueil pour dire quoi que ce soit. Ce fut Opale qui brisa la glace. Cessant de regarder la pâtisserie qui gisait sur le plancher, elle se mit tout à coup à sourire et déclara : « Si personne n'y voit d'objections, nous pourrions aller au Nid Douillet. J'ai toujours des pâtisseries en réserve. Si vous voulez finir la soirée sur une bonne note, ça pourrait être une idée. »
Ginny tapa dans ses mains en riant de nouveau.
« Depuis le temps que j'attends de venir voir le Nid Douillet, c'est avec plaisir ! Tu te souviens Mary, tu m'avais proposé d'y aller quand je n'aurais plus de nausées, ce sera chose faite ! »
Je souris devant la joie de Ginny et observait mes compagnons. Padma et Justin se concertaient du regard, et Harry affirma que c'était une bonne idée. Blaise se rangea comme d'habitude du côté d'Opale avec enthousiasme, et personnellement, je n'y voyais pas d'inconvénient. J'observais Nott de côté et comprit que tout le monde attendait son approbation.
« Si l'on décide collectivement de ne pas parler de politique, je vous suivrais avec plaisir » déclara-t-il.
Je vis soudainement une lueur de soulagement éclairer tous les visages. En acceptant l'invitation d'Opale, Théodore venait de prouver qu'il n'était plus fâché, en tout cas contre les personnes présentes actuellement. Nous commençâmes à débarrasser la table joyeusement, en reprenant nos discussions habituelles pour essayer d'oublier l'incident et le départ de nos amis. Je croisai le regard de Nott, qui me murmura quelque chose qui ressemblait à un « merci ». Je n'en attendais pas plus de sa part.
C'est en transplanant au Nid Douillet que nous comprîmes que l'incident de la pièce montée ne représentait que le début de nos peines. Nous avions atterri dans une rue adjacente au salon de thé d'Opale et la rue était bien trop calme. Les pubs où s'agglutinaient d'habitude des dizaines d'étudiants étaient tous vides, et les lampadaires étaient éteints.
« Lumos » prononça Harry en sortant sa baguette.
La faible lueur éclaira une partie du mur de la rue du Nid Douillet. Quelque chose était inscrit en lettres capitales, rouges. Opale se mit à courir en direction de son salon de thé, et nous la suivîmes dans son élan. On pouvait maintenant bien distinguer ce qui était écrit sur le mur. Des individus avaient tracé les mots « A bas les inactifs », en lettres écarlates. Je saisis instantanément, en même temps que mes camarades, ce qu'il s'était passé, et nous eûmes la confirmation du carnage en arrivant devant le Nid Douillet. La vitrine était brisée, et des bouts de verre tapissaient le sol. Les individus avaient dû rentrer dans le salon de thé. Le Nid Douillet était dévasté. Des livres déchirés jonchaient le sol, comme si les casseurs s'étaient amusés à les pulvériser par terre. Ils avaient probablement fait subir le même sort aux plantes et à la vaisselle. Nous éclairions ce carnage de la faible lueur de nos baguettes, et nous devions faire attention à l'endroit où nous posions nos pieds. Les fauteuils étaient lacérés, les chaises renversées et cassées par endroit. Le salon de thé était entièrement détruit. Seule restait l'architecture du lieu, même si le papier peint des murs était déchiré.
Encore une fois, personne ne parla. Nous semblions tous attendre une réaction d'Opale, et même Blaise, pourtant si habitué à détendre l'atmosphère, se taisait. La dispute du diner n'était plus qu'un vague souvenir. J'entendis derrière moi un gémissement de douleur. Quelqu'un avait dû se planter un bout de verre dans les pieds. Après avoir inspecté tout ce qu'il restait du Nid Douillet, nous sortîmes de la pièce pour nous rendre à l'évidence : rien ne restait du salon de thé d'Opale. Même avec l'aide d'une baguette magique, ce qui n'est pas toujours évident à comprendre pour des enfants nés-moldus comme Ella, les réparations prendraient quelques semaines. Le squelette du lieu était conservé, mais il fallait absolument refaire la décoration du salon de thé, pour qu'il redevienne le lieu hospitalier et chaleureux qu'il était jusqu'alors.
« Bon, eh bien je pense qu'on peut dire qu'après ça, notre dispute chez Ginny était bien modique » finit par lâcher Opale.
« Qui a fait ça ? » demanda timidement Ginny
« Pas compliqué à deviner, dit gravement Nott. Il n'y a qu'à voir ce qui est écrit sur le mur. Des casseurs d'une sorte de groupuscule qui ont décidé de faire payer les « inactifs » »
« Il vaudrait mieux appeler la police, continua Harry. On a peut-être une chance de les attraper. Ça fait des semaines qu'on les recherche. Ce n'est pas la première fois qu'ils vandalisent une maison ou un magasin comme celui-ci ».
Ginny, Amber et moi tâchions de réconforter Opale pendant que les autres appelaient les forces de l'ordre pour faire un constat. Je me souvenais de la conversation que j'avais eu avec Opale, puis avec Daphné. Je connaissais les risques qu'encouraient mes amis, mais je n'aurais jamais pensé qu'Opale se retrouverait au cœur d'une telle polémique. Les risques étaient bien plus importants que je ne l'imaginais alors et je me mis alors à considérer la menace qui pouvait peser sur mes amis. J'observai Théodore, qui se mordait les lèvres d'un air inquiet. Il pensait peut-être à sa propre demeure, puisqu'il pouvait très bien être le prochain sur la liste.
Je me tournai vers Opale qui regardait sa maison comme si elle était partie en fumée, ce qui aurait très bien pu être le cas. Elle ne pleurait pas, mais il y avait dans son regard quelque chose de pire que de la tristesse, comme la certitude d'un rêve détruit par la brutalité d'une poignée de révoltés. Ginny essayait vainement de la réconforter, pendant que je me contentai de lui adresser dans mon regard quelque chose de plus vif que du réconfort. Alors je trouvai dans ma poche le caillou qu'elle m'avait un jour donné, et que j'avais fini par remettre à l'endroit où il avait toujours été. Ce soir-là, pour la première fois, il brilla d'une lumière rouge vif, comme la douleur, et je le rendis à sa propriétaire légitime. Le message coloré pouvait dire tout ce que je ne pouvais pas dire, quelque chose comme « Nous allons reconstruire ton rêve ensemble ». Alors, seulement à cet instant, le visage d'Opale s'illumina d'un vague sourire qui ressemblait à de l'espérance.
La maison d'Opale avait été détruite et les travaux de reconstruction prendraient quelques semaines. Il fallait trouver une solution pour l'héberger. J'habitais un petit studio dans lequel il m'était impossible de la loger, faute de place. Ginny et Harry allaient accueillir un bébé et Blaise se proposa avant que Nott ne le fasse. Il habitait un immeuble particulier dans le centre de Londres, grâce aux largesses de sa famille. Grace Zabini avait laissé derrière elle un immense héritage et Blaise ne pouvait pas mieux l'employer. Il fut donc décidé qu'Opale habiterait chez Blaise le temps des travaux. Il lui avait assuré qu'elle aurait sa propre chambre, histoire d'avoir « de l'intimité » comme il le disait.
Mes amis avaient fini par transplaner chez eux, en serrant une dernière fois Opale dans leur bras. Amber avait souri d'un air triste à Blaise, sans qu'il le remarque. Toute son attention était focalisée sur Opale, et l'on voyait briller deux larmes dans ses yeux noirs. Je me surpris à repenser à la dernière fois où j'avais vu ces larmes. C'était juste avant qu'il ne me prenne dans les bras, en sixième année. A cet instant seulement, je compris que les deux larmes de Blaise Zabini, qui semblaient rester figées dans ses yeux, sans vouloir couler, exprimait une immense forme de commisération envers la personne qu'il avait devant lui. Blaise n'avait jamais pleuré sur son malheur. Il pleurait sur celui d'Opale, comme il avait pleuré sur le mien. Alors j'imaginais qu'il la prendrait elle aussi dans ses bras, avec la seule tendresse dont il était capable, celle qu'il manifestait uniquement quand il faisait face à la détresse d'autrui. C'était sans doute cela qu'Opale avait vu chez lui, et que je n'avais jamais su voir. Ils transplanèrent tous les deux, et je vis, en me retournant sur leur passage, presque furtivement, qu'il tenait le visage de mon amie entre ses doigts délicats.
Je restais seule avec Nott, qui m'observait à la dérobée. J'aurais aimé lui demander s'il voulait prendre un verre avec moi, se faire de la place pour deux. Mais ce n'était sûrement pas le moment idéal pour une telle demande, et même en sondant ses yeux bleus, rien ne m'inclinait à penser qu'il oserait accepter.
« Excuse-moi Mary, juste, avant que tu partes, je sais que ce n'est pas trop le moment pour te demander ça, mais est-ce que ça te dirait qu'on aille boire un verre tous les deux, quand tu auras le temps ? Ce n'est pas un rencard, ni rien, juste histoire de se retrouver, comme au bon vieux temps, comme dit Blaise. »
Inutile de vous dire que j'acceptai tout de suite.
Alors ? Qu'en avez-vous pensé ? Je sais que le chapitre du diner était très attendu par certains d'entre vous, j'espère que je ne vous ai pas déçu…et on conclut par un rapprochement inédit entre Mary et Théo !
Sinon, je devais vous dire qu'il n'y aura sûrement pas de nouveau chapitre la semaine prochaine, pour plusieurs raisons : déjà parce que je n'ai pas trop le moral en ce moment (et donc je n'ai plus de plaisir à écrire, ce qui fait que mon écriture se dégrade), ensuite parce que j'ai beaucoup de choses à gérer dans ma vie à côté…j'essaye de m'y remettre le plus vite possible et promis, il y aura une fin. J'ai juste besoin de prendre un peu de vacances.
D'ailleurs, en parlant de vacances, je bosse les deux mois d'été 24h/24, donc malheureusement je ne pourrais pas poster, la fic s'arrêtera en juillet/août pour reprendre en septembre.
Mais d'ici là, j'espère pouvoir poster un nouveau chapitre !
Bonne soirée 😊
