La suite, la suite!
Bonne lecture.
Je ne tardais pas à comprendre les règles ici. Quand Giratina était de bonne humeur, il me foutait la paix, mais lorsqu'il s'emmerdait profondément et/ou qu'il était en rogne (très, voir trop souvent les deux à la fois), il détruisait tout ce qui lui tombait sous les tentacules. Je le savais à ses cris rauques de rage, et trouvait la parade pour ne pas me faire dézinguer : je me cachais dans le cimetière d'objets, le seul coin épargné par le légendaire. J'avais eu raison d'assumer que Giratina était un gros sentimental. Il tenait à ses affaires.
Certains jours, Palkia ou Dialga, voir les deux, passaient (je le voyais via ses bulles) et Giratina tentait de leur faire la misère. Il ouvrait un grand vortex et il disparaissait pendant plusieurs heures. Quand il revenait, il était tellement claqué qu'il filait aussitôt dormir dans la grotte après avoir dégommé les bulles montrant les deux autres légendaires. S'il acceptait que je promène le duvet un peu partout (et encore!), il refusait catégoriquement qu'autre chose puisse sortir du coin à objets. Je m'étais aménagé une partie dodo dans son 'cimetière' à son grand désespoir (je me sentais pas mentalement capable de toujours dormir dans son trou), et j'avais l'impression de me retrouver à la douane quand il se mettait à vérifier si j'avais pas piqué un objet ou deux.
J'eus la chance -si on peut appeler ça comme ça- de le voir revenir avec un objet un jour, c'était un micro-onde. Il le posa sur le sol et chercha pendant un bon moment l'utilité de ce truc inconnu. Quant à moi, je réfléchissais. Impossible de sortir de ce monde, quand il ouvrait des vortex hors de portée du sol, je n'osais pas sauter dans le vide pour vérifier si j'allais atterrir dans le portail ou tomber tout court, et s'il en ouvrait un où j'aurais pu passer dedans, Giratina tournait autour le temps qu'il se referme.
Ou alors, il ouvrait un portail, se tirait, attendait que j'arrive et… BOOOOOOM ! Et une Aurasphère dans la tronche, une ! 100 points si tu touches la tête, 50 le buste et… Mouais, vous avez compris le topo…
Je me voyais pas aller vers lui en lui disant : 'Salut mon pote ! J'vois que t'as ouvert un vortex ! Allez, Tchao !'
Quoique… Attendez… Il serait peut-être trop sur le cul pour réagir… Qui sait ?
[Une élipse de 10 minutes plus tard.
Bon, oubliez, ça n'a pas marché !]
De plus, comme je ne m'éloignais pas du coin où il dormait puisque les plateformes étaient super éloignées les unes des autres avec des gouffres immenses entres, et que la plupart des morceaux de sol flottaient dans le vide justement, j'étais pas vraiment avancée. Et Giratina faisait toujours aussi flipper par ses réactions imprévisibles quoi... Une chose de bien par contre, c'est que le Monde Inversé est un espace hors du temps. Donc, je n'avais pas faim, seulement soif pour la forme.
Ma réflexion fut interrompue par un bruit insolite dans le coin. Insolite car habituellement, hormis Giratina ou moi, y a que le silence que l'on peut entendre. Un 'Plop' se fit entendre, suivit d'un petit bruit de chute.
Le légendaire arriva et un objet me tomba dessus. Un ballon de volley. J'eus le réflexe de tendre les bras et de le saisir au vol, puisqu'il arrivait droit vers ma tête. 'ASSVB' lus-je (Association Sportive de Sinnoh de Volley Ball). Je le fis rebondir distraitement sur le sol. Une fois, deux fois, trois fois... Avant de remarquer la présence de Giratina en face de moi.
Il était loin, mais il m'angoissait toujours. J'en lâchais le ballon qui rebondit une nouvelle fois et je le réceptionnais de nouveau dans mes mains par pur réflexe. La tête de Giratina suivit le mouvement de la balle.
- Hum ?
Je fronçais légèrement les sourcils et répétais l'opération. La tête du légendaire s'abaissa de nouveau et remonta aussi rapidement que le ballon. La lueur rouge de ses yeux reflétait de l'étonnement et de la curiosité, ainsi qu'un peu d'incompréhension.
- Gira ?!
Le cri me fit sursauter (habituellement, ça annonce une course-poursuite), et je fis rebondir de nouveau le ballon sur le sol. Le légendaire suivait toujours son mouvement. J'hésitais et me mis ensuite à dribbler. Giratina dû trouver ça intéressant car il se rapprocha. Il s'immobilisa comme je reculais. J'alternais les passes main droite, main gauche, et le légendaire se montra amusé.
Sérieux ? Bon, en même temps, il doit pas rire tous les jours..., pensais-je, surprise.
Je projetais le ballon contre le mur, et le récupérais à son rebond. Il s'agitait comme un spectateur lors d'un match de tennis. Je fis un service tennis (frapper la balle du plat de la main comme un service haut en tennis, mais au volley) et le ballon frappa le mur d'un 'POUM!' qui fit reculer le légendaire. Je fis une tête et eus la mauvaise idée de lui faire la passe avec le pied.
Je me rappelais au dernier moment que ce pokémon connaissait qu'une seule loi : attaquer ou être attaqué. Et effectivement, il prit ça pour une attaque de ma part, et répliqua par une Balle Ombre qui m'envoya au tapis et dans les vapes.
- Mais Att –
BZAP !
Aïïïïïïïeuuuuuh !
Boing ! Boing !
Hum ? C'est quoi ce bruit ?
Boing !
J'ouvris une paupière et vis le ballon de volley rebondir devant ma tête. L'objet roula un peu plus loin et tomba dans le vide. Une grande ombre passa vers moi, et ramena le ballon.
Boing !
Ah ? Giratina aurait-il compris que le ballon de volley est un objet inoffensif et que ça n'était pas avec ça que j'allais conquérir son monde ?
Il m'avait fait mal ce con avec son attaque ! Excédée, je frappais le ballon du poing et l'envoyais dans le vide avec un grognement. Giratina lança un cri rauque perçant et me ramena la balle au moment où je me remettais difficilement debout. Il la lâcha au-dessus de ma tête et j'y flanquais un gros coup de pied à la place, énervée. Elle partit rebondir contre le mur et sur la tête du légendaire, qui fit un demi-tour. Il n'alla pas loin et bougea le ballon avec un de ses tentacules.
L'objet rond revint vers moi, et je haussais les épaules, mon expression indéchiffrable. Je shootais dedans. Giratina fila me ramassera la balle et me la jeta une nouvelle fois.
Je l'attrapais, et marmonnais « nan, mais tu déconnes… », avant de soupirer d'un air las. Je fis un service de volley haut pour frapper le mur. Giratina attendit que l'objet eût ricoché contre le mur et me rendit le ballon. Il désigna ensuite une colonne avec sa tête.
- Tu veux que je relance le ballon ? Contre le pan de glace ?
Le renégat hocha vigoureusement la tête.
On était en plein délire !
- Ma foi, le volley ball est toujours mieux que les aurasphères dans la tête, dis-je avec un petit sourire, plus pour moi-même que pour lui. O.K, je lance la balle et tu la frappe après ? Quelque chose de ce genre ?
- Giraaaaa !
Je pris ça pour un 'oui', et lançais le ballon contre la colonne. Giratina attendit qu'il revienne, dribbla avec la balle pour qu'elle rebondisse bien assez haut et fouetta l'air de son tentacule pour la percuter afin de toucher la glace.
En au moins trente fois plus fort que ce que j'avais fait.
Vous voyez les boulets de canon ? Et bien c'est exactement ce que je me suis mangée à ce moment-là dans le ventre. Enfin, non, vous ne pouvez pas voir parce que vous seriez un peu trop morts si vous vous étiez vraiment mangé un boulet en fait…
Je partis valdinguer dans le cimetière à objets et une bonne vingtaine de casseroles me tombèrent sur le crâne. Le contact du ballon me coupa violemment le souffle, donc je sentis même pas la douleur infligée par les divers ustensiles de cuisine.
J'aurais avalé dix litres de pur Malt que j'aurais eu la même réaction. Ma tête tournait dans tous les sens, et si Giratina ne m'avait pas empêchée de tomber, je finissais trente mètres plus bas. Je me ramassais sur les fesses et passait la soirée à m'appliquer une serviette d'eau fraîche sur le côté gauche de ma tête et à me masser le ventre, tout en jetant des regards haineux à un Giratina qui prit soin de regarder ailleurs et de me laisser récupérer.
But you can tell by the way I move….
La musique me fit sursauter. Giratina avait amené un nouvel objet et c'était une radio à piles. Le légendaire la posa vers ma cachette et s'éloigna, le temps que je me décidasse à me montrer.
Oui, décidasse.
C'est de l'imparfait du subjonctif.
Et quand je suis frustrée, je me mets à parler à l'imparfait du subjonctif, comme un certain youtubeur sur les jeux de la Famille Adams.
Enfin, depuis l'épisode 'service-de-volley-que-trop-réussi', je décidasse de ne plus m'approcher à moins de vingt mètres de Giratina, quarante s'il avait un objet dans ses griffes, et soixante s'il était occupé à charger une attaque.
Je profitasse aussi du fait qu'il puisse pas vraiment m'atteindre pour l'arroser copieusement d'insultes, ce à quoi il n'avait pas trop été vexé bizarrement. Je pense que des millénaires de bannissement vous habituent à être appelé par divers noms d'oiseaux.
Enfin, quand il m'amenât l'objet, je tournasse la tête à gauche et à droites plusieurs fois de suite, afin de vérifier qu'il était très loin et saisit le transistor. En fait, un CD était en train de tourner sur la quinzième chanson. Je l'ôtasse et lu 'Bee Gees, Les plus grands titres'. Je décidasse de mettre une radio à la place, mais seules des ondes brouillées me répondirent. En même temps, pourquoi y aurait-il eu une antenne pour les ondes radios dans le Monde Inversé ?
Je décrétasse mentalement qu'il pouvait reprendre l'objet. La musique était en marche via le CD après un moment sur le premier titre et je repoussasse donc l'objet à l'entrée de ma tanière. Giratina s'approchasse et se posasse le temps d'écouter la musique. Visiblement, You Should be dancing lui plaisait vraiment.
[Bon, après vérif, l'imparfait du subjonctif, c'est trop compliqué. Ça me « dégoûtasse »].
Sauf que comme je vous le disais, c'est un transistor à piles. L'objet crachota quelques bribes de paroles puis ce fut le silence complet. Le légendaire me lança un cri rauque, et comme je ne répondais pas (j'étais toujours frustrée par le ballon dans le ventre), il me tira hors de ma cachette avec un de ses tentacules, ce qui manqua de me faire frôler l'arrêt cardiaque.
J'eus pas le temps de crier qu'il me flanquait devant le poste, et je compris qu'il voulait du son. Je soupirais en prenant l'objet. Comment lui faire comprendre qu'il faut de l'électricité ? Est-ce qu'il connait le concept au moins ?
Une idée me vint en tête.
- J'ai besoin d'un pokémon de type Electrik, expliquais-je. Tu peux m'en ramener un ?
Giratina a incliné la tête sur le côté. Je dus me faire violence pour ne pas reculer comme son œil rouge sang me scrutait de beaucoup trop près.
- N'importe lequel, continuais-je rapidement pour qu'il arrête de me stalker. Tiens, pourquoi pas un Pichu ?!
Le légendaire a rugit, avant de filer ouvrir un portail. Je le regardais disparaître en soupirant.
- Hareta et mon oncle me manquent, soupirais-je tristement en fixant le sol de la plateforme où je me tenais.
Giratina comprit-il ? Toutefois fut-il qu'il ouvrit un portail et revint deux minutes plus tard avec un Pichu crevé ! Il me le déposa sur mes genoux, et comme je suis incapable de toucher un pokémon mort, je me redressais d'un bond en arrière, dégoûtée en lâchant un « GYAHEUHQWASA ?! » à mi-chemin entre une question et une protestation.
Le légendaire me lança un cri d'interrogation (je pense que j'aurais fait de même, parce que je doute que vous ne puissiez y identifier un mot là-dedans) et je lui fis comprendre en secouant la tête que ça n'était pas ce que j'avais dit, tellement j'eusses été choquée par le cadavre. Si Giratina aurait pu hausser les épaules, il l'aurait fait. Il saisit le Pichu et l'engloutit en deux bouchées, avec des bruits de succions.
Super ! Si je meure ici, j'aurais au moins la satisfaction de finir 'acidérée' dans son ventre !
- Espèce de gros débile ! Lâchais-je sous le coup du dégoût. Il me le faut vivant ! Vivant ! T'as compris ?!
J'ai dit la dernière partie de la phrase en hurlant. Giratina s'est brusquement avancé et a rugit en projetant de la bave au passage. J'en suis tombée sur le cul et j'ai rajouté un timide « s'il te plait ? ».
Giratina a soupiré et est reparti de nouveau après avoir hoché la tête. Il revint avec un Pichu si terrorisé que la première chose qu'il fit dans le monde du renégat fut de m'électriser.
Après dix minutes (dont cinq où je repris mes esprits), je fis comprendre à Pichu d'envoyer un coup de jus sur le transistor. Le pokémon s'exécuta et ce fut un Giratina joyeux qui nous tourna autour pendant que la musique s'élevait de nouveau.
