- Donc nous avons la raison, dit Tracey. Maintenant que faisons-nous ?
Comme à l'accoutumée, Harry et Tracey se retrouvaient dans une salle de classe inutilisée. Il était devenu évident au bout de quelques séances que la Serpentard n'avait pas autant besoin d'aide qu'elle le disait une fois qu'elle se concentrait sur la tâche en question. Pourtant, elle avait tenu à continuer ces leçons qui devenaient rapidement des discussions plus ou moins importantes. Elle lui expliquait comment elle voyait Poudlard, ce qu'elle désirait et ce qui lui faisait envie, tandis que lui ne pouvait qu'écouter et parfois subir la colère de la jeune fille.
Il avait tenté de l'inviter à une rencontre avec ses amis, mais comme elle l'avait avoué, elle ne se sentait pas encore prête à affronter d'autres Gryffondor. Comme elle l'avait admis, elle était intimidée par le courage parfois aberrant des Gryffondor, comme lui. Quand il avait demandé ce qu'elle voulait dire par là, elle avait explosé sur la manière dont Harry lui faisait juste confiance « comme ça », sans demander de raison, ni preuve, ni rien.
- Pour autant qu'on le sache, j'aurais pu t'amener ici pour te tendre une embuscade avec Malefoy et ses gorilles.
C'était ce qu'elle avait dit, et Harry n'avait pu que hausser les épaules en réponse.
C'était vrai, quand il y repensait. Il avait fait preuve d'une confiance aveugle en Tracey. Mais si cela pouvait être une réponse, il ne ressentait aucune méchanceté venant de la fille. Bien sûr, cela il l'avait tu, il savait qu'elle l'aurait regardé comme s'il était fou de ne faire confiance qu'à son instinct. Il aurait pu essayer de la convaincre que son instinct était plutôt bon, mais il savait qu'elle était plus convaincue par les actes que des sentiments aussi vagues que l'instinct.
- Ron a peur… commença Harry avant d'être interrompu
- Oui, oui, dit Tracey en écartant l'argument d'un revers de main. C'est joli tout plein mais cela ne nous aide pas des masses. Daphné est une boule de nerf à ce sujet et il n'y que le rouquin pour débloquer la situation ! Elle voulait affronter un lion et dès que le match devint sérieux le lion s'est en fait transformé en un stupide Poufsoufle qui préfère se noyer dans la foule plutôt qu'affronter la vie !
- Tu sais les Poufsoufle sont…
- D'insupportables humains trop gentils qui te donnent envie de les étrangler car leurs actions sont tellement imprévisibles et gentilles, que tu te casses la tête à trouver un semblant de plan sournois en sachant qu'il n'y en a absolument pas et qu'ils sont juste des Poufsoufle naïfs et trop gentils !
- Tu ne vas pas trop loin là ? demanda Harry en essayant de se retenir de rire.
- Mais non ! l'autre jour j'étais à la bibliothèque et j'ai cassé une plume. Un Poufsoufle que je n'ai jamais vu ni auquel je n'ai jamais parlé de ma vie, m'a juste donné sa plume sans raison ! Tu sais ce que ça fait une telle action ? Ca stresse, parce que tu ne sais pas pourquoi il a fait ça ! Et ce… ce… il était juste content ! Mais qui fait ça !
- Un Poufsoufle ? hasarda Harry avec un sourire.
Il évita tout juste le sortilège que lui envoya Tracey, mais l'unique raison était qu'il s'y attendait, mais c'était juste hilarant. Pour être honnête il la comprenait car il avait lui aussi reçu sa dose de gentillesse venant des Poufsoufle et lui-même ne comprenait pas la moitié de ce qu'il se passait dans la tête des gens de cette maison. Se redressant, il regarda Tracey qui boudait contre le mur, visiblement contrariée de ne pas comprendre les gens gentils.
- Et si c'était Daphné qui demandait un match contre Ron ? demanda-t-il en remettant la discussion sur les rails.
- Impossible, répondit Tracey. Elle est trop fière pour cela et encore plus après l'humiliation qu'elle a subi lors du match. Il faut que ça vienne de Weasley !
- Je le travaille depuis plusieurs jours, mais je ne sais pas s'il va agir. Il lui a fallu beaucoup de courage pour la défier une première fois. Là, il doit faire plus et je ne sais pas s'il y arrivera.
- Oui, eh bien, il doit le faire ou j'irai lui expliquer deux ou trois choses en personne !
- Voilà un comportement bien Gryffondor Miss Davies, dit Harry avec un sourire narquois.
- C'était petit ça, fit Tracey en plissant des yeux. Et pour cela tu vas le regretter.
Sur ces mots, un duel s'engagea entre les deux, et bien qu'ils étaient pleinement concentré et sérieux, un grand sourire traversait leurs visages.
(*_*)
Alors que le repas se déroulait dans le brouhaha quotidien, Harry vit que Ron était différent de son habitude. Là, où son ami était distant et morose depuis le cours de défense, il semblait maintenant en pleine réflexion profonde. Tout en continuant de discuter Runes avec Hermione, il surveilla son ami du coin de l'œil, persuadé au fond de lui que ce soir son ami allait agir. Discrètement, il attira l'attention d'Hermione sur Ron et comme lui, elle comprit que Ron n'était pas dans son état normal. A un autre moment, Harry aurait pu en rire, mais le signe le plus visible était que Ron n'avait pas touché un seul morceau de dessert et en regardant autour de lui, il put voir que les jumeaux et Ginny semblait s'en être rendus compte, eux aussi. Alors Harry attendit, ce n'était pas le moment de presser son ami.
- Harry ? demanda Ron, si faiblement que Harry l'entendit à peine.
- Ron ? répondit Harry en attente.
- J'ai besoin de ton aide, tu veux bien m'aider ?
- Tout ce dont tu as besoin, dis-moi ce que tu veux.
- Que tu m'empêches de fuir, fit Ron avec un sourire faible. Et te tenir à mes côtés.
- Pour cela tu n'as pas besoin de demander Ron, répondit Harry avec sérieux. C'est quand tu veux.
- Maintenant, dit Ron dans un souffle, maintenant ou jamais.
Sur ces mots, Ron se leva d'un bon, faisant par inadvertance reculer le banc avec fracas, bruit qui attira l'attention de toute la grande salle sur lui. Comme beaucoup de gens, il manqua le regard de fierté venant de ses frères et sœur, tout comme celui de McGonagall et Remus Lupin.
Harry suivit Ron à travers une grande salle silencieuse, applaudissant mentalement son ami pour le courage dont il faisait preuve d'avancer ainsi, sachant pertinemment qu'il aurait lui-même du mal à faire pareil. Plus vite qu'il ne l'aurait cru, il arriva à la table des Serpentard.
- Miss Greengrass ? demanda fortement Ron, montrant que son sang-froid n'était pas total.
- Que veux-tu Weasley ? siffla Daphné, le dos tourné à Ron. Je n'ai pas le temps à perdre avec ceux qui n'ont aucune ambition.
- Je suis venu présenter mes plus plates excuses pour ma lâcheté et demander un nouveau match selon vos propres conditions, répondit Ron sans trembler.
- Et qui te dis que j'ai envie de jouer à nouveau face à un lâche ?
Ron tressaillit mais, à la surprise de tous, ne broncha pas. La tension était palpable dans la Grande Salle alors que tout le monde avait les yeux fixé sur eux.
- Mon gage, dit Daphnée en se levant, était de tester sur toi mes compétences de Chasseuse sur le terrain de Quidditch. Alors que j'avais initialement prévu de faire ça en privé, si tu perds le match que nous allons faire, alors nous jouerons au Quidditch, mais cette fois-ci en public. Cela te convient-il ?
- O… Oui, dit Ron avec hésitation.
- Et toi Potter, dit Daphné en se tournant vers Harry. Mes conditions sont-elles acceptées ?
- Oui Miss Greengrass, répondit Harry avec le même sérieux auquel il faisait face. Dites le jour et l'heure et Ron sera face à vous.
- Aujourd'hui, Répliqua Daphnée avec un sourire sauvage. Et maintenant.
