Bonjour les z'humains ! Nouveau concept pour moi aujourd'hui : un crossover entre SPN et Merlin (que je viens juste de finir de regarder)… j'espère que je n'ai pas fait d'erreur. Enfin, c'est juste pour le fun et ça ne va pas être très long, donc bon XD

Bonne lecture !


The Once and Future Son of a B-

- Evidemment, il fallait qu'on emménage dans une foutue bibliothèque, râla Dean avant de se mettre à tousser en saisissant un épais volume couvert de poussières.

- T'es bien content de l'avoir quand on a besoin d'infos pour buter un monstre, répondit rêveusement Sam en caressant le dos d'un livre qu'il brûlait de lire pour satisfaire sa propre curiosité.

- Mouais, grogna le grand blond en reposant rageusement le gros bouquin, soulevant de ce fait un deuxième nuage gris. Ah putain ! s'écria-t-il en éternuant à quatre reprises.

Son frère cadet leva les yeux au ciel. Ils étaient depuis quoi… dix minutes ? dans la réserve du bunker des Hommes de Lettres et Dean n'arrêtait pas de se plaindre. Sam savait bien que son aîné avait une sainte horreur des livres, mais quand même, il abusait là.

Le jeune homme posa délicatement un livre sur une table pour le récupérer plus tard et retourna à ses recherches sous l'œil dégoûté de Dean, qui s'appuya nonchalamment contre une étagère pour reprendre son souffle. Ce faisant, son coude heurta un livre encore plus bizarre que les autres qui bascula en arrière sans davantage de sollicitations. Dean, interloqué, voulut le remettre en place, mais un bruit feutré dans son dos lui fit totalement oublier le volume mal rangé.

Le chasseur tourna les talons, prêt à attaquer ou du moins insulter copieusement l'origine du bruit et se retrouva face au mur du fond de la réserve, ce qui était… tout à fait normal, quand il y pensait. Ce qui était moins habituel, par contre, c'est que le mur pivotait sur lui-même, révélant une pièce secrète plongée dans la pénombre. Dean se pencha précautionneusement pour inspecter les ténèbres, puis se redressa avec un sourire de gamin pour montrer sa trouvaille à son frère.

- Hé, Sammy ! Regarde ce que j'ai trouvé !

Le grand brun lui fit face, la bouche déjà ouverte pour lui rappeler de bosser un peu, mais elle se referma bien vite quand il aperçut la porte dérobée.

- Qu'est-ce que… ? Comment est-ce possible ? Cette pièce ne figure même pas sur les plans !

- Normal, c'est une pièce secrète, souligna Dean, trop excité pour charrier son frère.

Il tira son téléphone de sa poche et en alluma la lampe-torche. Sam, derrière lui, opta pour son revolver, qu'il tint le long du corps, prêt à faire feu en cas de danger.

Peu à peu, la lumière révéla un genre de cagibi assez petit et encombré de toiles d'araignées. Un tas de caisses à moitié décomposées traînaient dans un coin et une forme rectangulaire se découpait sous une bâche en toile. Sam s'apprêtait à dire à son frère de faire attention où il mettait les pieds quand ce dernier souleva la toile d'un seul geste fluide qui leur envoya au moins dix ans de poussière dans la tronche. Les yeux plein de larmes, Sam se demanda ce qu'il avait fait à Dieu pour avoir un frère pareil.

Dean, qui hoquetait toujours comme un dingue, arborait encore l'expression d'un môme le matin de Noël et trépignait sur place en attendant que la crasse retombe. Lorsqu'ils purent à nouveau voir à un mètre, ils découvrirent une caisse en bois sombre de la taille d'un cercueil. Bizarrement, le bois n'avait pas l'air d'avoir souffert de l'usure et était couvert de symboles ésotériques dont la plupart leur étaient inconnus. Autre détail relativement effrayant : la caisse était prisonnière d'une chaîne en fer dont les maillons faisaient au moins un centimètre d'épaisseur. Il n'y avait pourtant aucun cadenas en vue, à croire que la chaîne se refermait sur elle-même.

Inquiet, Sam tapota le dessus de la caisse avec la crosse de son arme, mais rien ne bougea, aucune créature pleine de dents ne lui sauta dessus et aucune lueur magique n'éclaira la pièce, ce qui était une nette amélioration par rapport aux découvertes qu'ils avaient tendance à faire en général. Le géant releva la tête et croisa le regard vert de son frère, qui pétillait dans la semi-pénombre.

- On la met dans la réserve ? proposa Dean avec un air innocent qui en disait long sur ses intentions.

Sam fit la grimace, mais lui aussi était curieux d'en apprendre plus sur cet étrange artefact. D'un commun accord, les deux frères soulevèrent la caisse, surpris par son poids, et la posèrent vaille que vaille sur le sol de la réserve, où l'éclairage électrique leur permit de voir les symboles dans leur entièreté.

- Je vais chercher une pince pour retirer ce truc, déclara Dean d'un ton dégagé en pointant la chaîne du doigt.

- Attends, j'aimerais d'abord savoir ce qui se trouve là-dedans. Si c'est un monstre et que les Hommes de Lettres ont jugé nécessaire de l'enfermer ici, c'est qu'ils avaient leurs raisons.

Dean considéra la question, puis finit par hocher la tête.

- En tout cas, j'ai jamais vu ce genre de symboles de protection, commenta-t-il en fronçant les sourcils.

- Moi non plus, admit Sam, mais ceux-ci me font penser à de la magie celtique. Tu sais ce que ça veut dire…

Ce fut au tour de Dean de lever les yeux au plafond, les bras croisés sur sa poitrine.

- Oh non, pas elle…


- J'espère que c'est important, baragouina Rowena au téléphone sans laisser le temps à Sam d'articuler ne serait-ce que des salutations. Je suis en plein milieu d'une affaire délicate, Samuel.

La sorcière blonde avec laquelle elle parlait sorts de démangeaisons juste avant l'appel haussa un sourcil sceptique et Rowena lui renvoya une œillade menaçante, la défiant de la contredire. La petite rousse planta son poing dans sa hanche menue et roula les yeux.

- Oui, Samuel, je sais que tu ne m'appelles jamais si ce n'est pas une question de vie ou de mort, chasseurs arrogants que vous êtes, lança-t-elle peu après dans le combiné. Il y a intérêt que ce soit au moins la fin du monde ! Ou que quelqu'un soit mort, au moins. Dis-moi, est-ce que Dean est mourant ? Non. Bon, le joli petit ange alors ? Non plus ? Pourquoi me déranges-tu alors ? Vous avez trouvé un grimoire ultra-rare ? Non ? Très bien, alors bonne journée, Samuel.

La sorcière raccrocha sans plus de cérémonies et retourna s'asseoir face à son interlocutrice précédente.

- Alors, Rosalind, où en étions-nous ? demanda l'écossaise comme si elle n'avait jamais été interrompue.

Le smartphone vibra sur la table et Rowena le fixa avec lassitude avant de s'en saisir pour voir le message que Sam venait de lui envoyer. Il s'agissait d'une photo et…

Rosalind regarda, fascinée, les yeux verts de sa comparse s'agrandir comiquement et sa bouche s'ouvrir dans un "Oh" muet alors qu'elle observait de plus près la photo de Sam

- Laisse-moi deviner, lança Rosalind. Les humains se sont enfin rendus compte que Trump a vendu son âme pour devenir Président et c'est la panique partout ?

- Ne dis pas de sottises, ils ne sont pas assez intelligents pour ça, répondit distraitement la rouquine sans lever les yeux de son téléphone. Bon, désolée Rose, mais il faut que j'y aille.

- Quoi ? Mais, et notre sort ?! s'insurgea la blonde alors que sa consœur se levait d'un bond pour rappeler le chasseur.

- Allo, Samuel ? Surtout, ne touchez à rien, j'arrive ! Laissez la boîte là où elle est, d'accord ?! s'exclama Rowena sans plus faire attention à l'autre sorcière indignée.

L'écossaise quitta la maison de Rosalind comme si ses cheveux avaient pris feu, laissant une magicienne perplexe et vexée derrière elle.


Le lendemain matin, quelqu'un manqua de défoncer la porte du bunker à force de lui taper dessus. Dean alla ouvrir et grimaça de bon cœur quand son regard tomba sur la petite sorcière quatre fois centenaire qui lui souriait aimablement, son sac de voyage à la main.

- Rowena, grogna-t-il en guise de salutations.

- Dean, fit la rousse sur le même ton en le dépassant pour entrer dans le bunker comme si elle y était chez elle.

Le chasseur la vit fouiller les lieux du regard et sentit le doute l'envahir. Si une vieille sorcière vicelarde comme Rowena voulait cette boîte, son contenu ne pouvait être que dangereux. Tout le monde savait que seul le pouvoir intéressait la sorcière (jusque récemment du moins), alors quoi que cette boîte puisse contenir, elle ne devait surtout pas mettre la main dessus.

Tout à ses soupçons, Dean conduisit la sorcière jusqu'à la réserve, où Sam étudiait chaque symbole en s'aidant de tous les bouquins rasoirs qu'il aimait compulser pendant son temps libre. Si Rowena avait un plan derrière la tête, ils sauraient la vaincre, comme d'habitude.

- Bonjour Samuel, chantonna l'écossaise avec un sourire presque sincère à l'adresse du plus érudit des Winchester. Alors, qu'avons-nous là ?

- Ah, oui, bonjour, fit le chasseur hésitant avec un rictus accueillant. Je n'ai pas réussi à décrypter tous ces signes, mais ceux-là servent à garder la boîte fermée quoi qu'il arrive. Je bloque sur ce plus gros symbole, là, je ne l'ai jamais vu et je n'arrive pas à le trouver dans mes livres…

- C'est normal, ce n'est pas un symbole magique mais un mot écrit dans une langue ancienne, lui apprit Rowena en s'agenouillant à côté de la caisse pour l'effleurer de la main avec… déférence ?

- Et ça veut dire quoi, en clair ? s'impatienta Dean.

Rowena releva son regard perçant sur lui et esquissa un petit sourire énigmatique avant de répondre :

- Cela signifie "l'Immortel" ou "l'Eternel".

- Waaaaaah, et ça veut dire quoi ? fit le blond, blasé.

- He bien ça veut dire "personne qui ne peut pas mourir", ironisa la sorcière en levant un sourcil goguenard dans sa direction.

- Je pense que ce que Dean veut dire, c'est "qu'est-ce qu'il y a dans cette boîte ?", clarifia Sam, parfaitement conscient de la tension entre la sorcière et le chasseur. Parce que vous savez de quoi il s'agit, n'est-ce pas ?

- Bien sûr, se rengorgea l'écossaise en enlevant son long manteau pour le poser sur le dossier d'une chaise. Bon, et si on l'ouvrait ?

- Wowowoh, une seconde, Braveheart ! se récria Dean. On n'ouvre pas ce truc tant qu'on ne sait pas ce que c'est !

Rowena, qui sortait déjà des plantes séchées de son sac, lui adressa un œil torve qui en disait long sur ce qu'elle pensait de lui.

- Faites-moi un peu confiance, les garçons ! Ça fait combien de temps que nous travaillons ensemble, hm ? Trois ans ? Quatre ?

- La plupart du temps, c'est contraints et forcés, argua Sam à voix basse.

- Parle pour toi, tu n'as pas été enchaîné comme un chien pendant des semaines, asséna la sorcière en plaçant un bol à sorts sur la table, son accent plus prononcé que jamais.

Le grand brun eut le bon sens de paraître désolé, mais il quitta pas son expression suspicieuse pour autant.

- Rowena. Vous savez quel… passif nous avons avec les entités maléfiques et les boîtes à ne surtout pas ouvrir, vous ne pouvez pas nous demander de déverrouiller ce truc sans savoir de quoi il s'agit, plaida-t-il avec tact.

Les gestes exercés de la sorcière ralentirent alors qu'elle prenait en compte les paroles de l'homme qu'elle considérait presque comme son élève.

- Disons qu'il s'agit d'une personne, daigna-t-elle révéler en pesant ses mots. Une personne très puissante.

- Puissante comment ? demanda Dean au moment où Sam lançait :

- Quel genre de personne ?

Rowena pinça les lèvres, réfléchissant à un moyen de formuler sa réponse sans ruiner la surprise. Car oui, elle voulait faire la surprise aux Winchester.

- Puissant comme… un archange, je dirais. C'est un peu comme un second Lucifer pour toutes les sorcières du monde - mais en moins violent, ajouta-t-elle rapidement en voyant Sam pâlir dangereusement.

- Donc c'est un gars puissant que les sorcières admirent et qui a probablement survécu à des années d'emprisonnement dans cette boîte… qui vote pour le remettre là où il était et oublier son existence ? plaisanta Dean, pince-sans-rire.

Rowena lui renvoya une mine insultée et continua ses préparatifs sans plus faire attention à lui.

- Et vous êtes absolument sûre qu'on peut le libérer sans danger ? insista Sam, tendu comme un arc.

La sorcière posa son couteau de cérémonie et regarda le géant droit dans les yeux.

- Je jure qu'il a de bonnes intentions, Samuel. Ai-je déjà menti sur un sujet aussi important ?

- Heu, ouais, asséna Dean.

La rouquine haussa les épaules, les lèvres pincées.

- Très bien. Je jure sur la magie que ce qui se trouve là-dedans n'a rien à voir avec Lucifer ou tout autre ennemi que vous avez combattu par le passé.

Dean interrogea son frère des yeux :

- C'est un serment valide, ça ?

- Ce n'est pas contraignant mais vu l'importance qu'a la magie pour Rowena… je pense qu'on peut l'écouter. De toute façon, elle sait que si on libère un énième mégalomane par sa faute, on lui tannera les fesses, pas vrai Rowena ?

La petite femme lui adressa une grimace dégoûtée et commença à mélanger énergiquement ses ingrédients dans le bol à sorts.

- Le problème, c'est les verrous que les Hommes de Lettres ont mis en place sur la boîte, exposa-t-elle après un moment de silence. Ce sont des verrous multiples qui se superposent autour du coffre et il faut les ouvrir en même temps si on veut éviter un retour de flammes.

- Quel genre de retour de flammes ? s'inquiéta Dean en s'écartant d'un pas.

Rowena leva les sourcils dans sa direction, l'air de dire "tu ne veux pas que je te le dise" et lui remit une poignée de branches pourvues de feuilles séchées qui craquèrent entre les doigts du jeune homme. La sorcière mit le feu aux végétaux et souffla pour éteindre la flamme et ne laisser qu'un filet de fumée qui se dégagea en continu du bouquet.

- Tourne autour du coffre en répétant "Statim aperire", lui intima la sorcière avant de se tourner vers son établi sans attendre pour voir s'il lui obéissait.

Dean lui fit les gros yeux, fixa son bouquet fumant et haussa les épaules avant de s'exécuter avec une apparente mauvaise volonté et une prononciation déplorable.

- Samuel, nous allons nous occuper ensemble du plus gros morceau, reprit Rowena. Un sort de dispersion devrait affaiblir la puissance du verrou pendant que le mien tâchera de le détruire. Tu sais comment faire ?

Le chasseur acquiesça et s'empara d'un bassin et plusieurs herbes de la sorcière pour préparer son sort. Moins d'une minute plus tard, les deux sorts étaient prêts et un voile de magie transparent était apparu autour de la boîte, encouragé par les incantations de Dean.

- J'ai besoin de sang d'Homme de Lettres ici, signala la rouquine à son élève, qui hocha la tête et lui remit son sort de dispersion tandis qu'elle lui passait le sien.

Le géant s'ouvrit la main avec le couteau de cérémonie et laissa quelques gouttes de son sang atterrir dans la vasque, qui dégagea une lumière rouge qui lui fit plisser les yeux. Au même moment, Rowena activa le sort de dispersion et Dean mit un peu plus de conviction dans ses paroles, motivé par l'idée terrifiante de ce "retour de flammes" mentionné plus tôt.

Plusieurs choses se passèrent alors simultanément. Tout d'abord, les iris verts de Rowena passèrent au violet profond, puis le voile révélé par Dean éclata, activant la deuxième ligne de défense de la boîte. Les symboles s'illuminèrent de vert et la sorcière prononça une formule latine destinée à faire agir son sort, qui entra en résonnance avec celui de Sam. La puissance des deux charmes s'additionna et se jeta contre la barrière verte formée par les gravures, qui gémirent avant d'émettre un claquement sec. La lumière s'estompa d'un coup, avalée par celle de la sorcière, puis la chaîne miroita avant de disparaître purement et simplement.

Un silence de mort tomba sur la réserve et les trois compères se regardèrent, soufflés par l'expérience.

- J'espère vraiment que vous n'avez pas menti, Rowena, menaça Dean sans quitter l'artefact des yeux.

Ils eurent beau le fixer, rien ne bougea. Aucune main momifiée n'apparut sur le couvercle, aucun monstre pourvu de cornes ne fit son apparition en ricanant et personne ne se mit à convulser sans raison sur le sol. Rowena finit par prendre son courage à deux mains et s'avança vers la boîte pour en ôter le couvercle, révélant son contenu.

Dumbledore, pensa Sam alors que Dean le surnommait déjà Chuck Noland en son for intérieur.

- Et dire qu'on a fait toute une histoire, rigola Dean. C'est rien d'autre qu'un vieux type qui devrait être décomposé depuis longtemps !

- C'est bizarre, admit Sam en détaillant l'homme endormi.

Il semblait très vieux et avait de longs cheveux blancs et une barbe immaculée. Il portait des vêtements en totale contradiction avec son look de vieux sorcier, c'est-à-dire un uniforme militaire élimé et des bottes en cuir.

- Est-ce qu'il est mort ? demanda le jeune homme à voix basse.

- Non, il dort. On l'a endormi magiquement j'ai l'impression, lui apprit Rowena.

Elle murmura un mot et claqua des doigts sous le nez du vieillard, qui ne bougea pas d'un pouce. Déçue, la sorcière se laissa retomber sur ses talons, agenouillée comme elle l'était au chevet de son soi-disant gentil Lucifer. Plusieurs minutes passèrent sans que quoi que ce soit n'arrive et la petite femme, abattue, se releva lentement, le visage sombre.

- Ça n'a pas marché, murmura-t-elle plus pour elle-même que pour les garçons.

- C'est peut-être mieux comme ça, dédramatisa Dean tandis que Sam plaçait une main réconfortante sur l'épaule de leur alliée.

- Et si on remontait ? proposa le géant. Je vais vous faire du thé, d'accord ?

La rousse acquiesça, un air malheureux sur le visage, et suivit les deux hommes vers la porte de sortie.

- Par les poils de nez de Kilgharrah, qu'est-ce que je fais ici ?! grinça soudain une voix dans leur dos.

Les trois alliés sursautèrent et se tournèrent vers le vieil homme, qui était désormais assis dans son cercueil et s'époussetait énergiquement avec une grimace irritée. Sam et Dean sortirent leurs armes, prudents, et Rowena s'élança vers le vieux pour effectuer un genre de courbette qui les étonna tous. La sorcière n'était après tout pas du genre à s'incliner devant qui que ce soit, sauf si c'était pour emmerder quelqu'un.

- Maître, je pensais que vous étiez mort ! s'exclama-t-elle avec un sourire ravi en aidant le vieux à se lever et à sortir de sa boîte.

- J'aurais préféré l'être, râla le vioque. Mes articulations me font un mal de chien !

- "Maître" ? répéta Sam, de plus en plus inquiet.

- Tu es une druidesse ? s'enquit le vieux en considérant Rowena d'un œil nouveau.

- Juste une sorcière à votre service, Maître Emrys, roucoula la rouquine sans aucune honte.

- Ok, là j'ai peur, commenta Dean en hésitant à tourner les talons pour aller chercher de plus gros flingues.

- Une seconde, fit Sam. Emrys ? J'ai déjà entendu ce nom, mais où… ?

Le vieux reporta son attention sur eux et détailla leurs visages et leurs habits modernes. Il eut un mouvement de recul qui n'échappa à personne et leva une main dans leur direction.

- Ah ! Vous êtes des Hommes de Lettres, n'est-ce pas ?! Vous êtes les barbares qui m'ont enfermé !

Il commença à articuler des mots dans une langue que les chasseurs n'avaient jamais entendue et ses yeux bleus prirent une lueur dorée, mais Rowena s'interposa, inquiète malgré tout pour ses deux idiots d'alliés.

- Ce sont des chasseurs, Maître ! Leur grand-père était effectivement un Homme de Lettres, mais ils n'ont rien à voir avec ceux qui vous ont enfermé !

- Sam ? Si tu connais ce vioque, dépêche-toi de te souvenir de tous les détails parce que j'ai l'impression qu'il s'apprête à nous tuer, là, pressa Dean.

- J'essaie, figure-toi, s'énerva le cadet, les traits tendus par la concentration.

De l'autre côté de la pièce, le vieux Emrys semblait plus ou moins convaincu par les paroles de Rowena. Quelque part, si ces deux abrutis ignoraient qui il était, ils n'auraient jamais pu le piéger, pas vrai ? Il baissa la main et contempla en silence les deux chasseurs en train de paniquer.

- Bah, vous êtes si ignorants que ce ne serait même pas drôle de vous changer en chèvres, grinça-t-il.

- Il ne peut pas réellement faire ça, hein ? demanda Dean à Rowena, mais la sorcière n'avait d'yeux que pour le vieillard.

- On parie ? s'esclaffa le petit vieux, sardonique.

- Rowenaaaaaa ?

L'écossaise finit par réaliser que la situation s'envenimait et s'arracha à sa rêverie pour éviter un bain de sang.

- Bon, tout le monde va se calmer, d'accord ? On va tous rejoindre la cuisine, je vais faire du thé et on va parler calmement de ce qui vient de se passer, ok ?


Dix minutes plus tard, les deux humains faisaient face au vieil homme, qui leur souriait de toutes ses dents rien que pour les faire flipper. Rowena amena du café et du thé pour tout le monde et poussa le vice jusqu'à offrir les biscuits des Winchester à leur intrus.

- Bon, vous allez nous dire qui vous êtes et ce que vous foutiez dans la réserve, Dumbledore ? fit Dean avec un aplomb de façade.

- Je suis qui j'ai toujours été, qui je suis aujourd'hui et qui je serai toujours, répondit Emrys juste pour les embourber un peu plus.

Sam lui adressa une bitchface agacée, puis se tourna vers Rowena.

- Rowena, qui est ce type, pour l'amour du ciel ?

Malheureusement pour eux, la sorcière s'était prise au jeu et haussa les épaules avec un sourire en coin, signifiant par là qu'elle ne dirait rien et que la situation l'amusait beaucoup.

Emrys sirota son thé et retourna un toast et un sourire sadique à ses hôtes involontaires.

- Que vous est-il arrivé, Maître ? finit par demander la rouquine avec curiosité.

Le vieux retrouva son sérieux et se pencha vers la table, noyant son regard dans son thé.

- He bien, j'étais en train d'essayer de quitter le pays pendant la guerre quand j'ai eu l'idée de me faire passer pour un soldat. L'organisation de Thullé me cherchait, voyez-vous, et il devenait urgent pour moi de leur échapper. Le souci, c'est que les Hommes de Lettres ont entendu parler de moi et ont jugé qu'il était trop dangereux pour le monde de me laisser courir en liberté.

- Thullé ? répéta Rowena.

- Des nécromanciens nazis fanas du surnaturel, expliqua Dean sans quitter Emrys des yeux.

- He bien, au moins elles connaissent un minimum leur sujet, ces deux têtes de pioches, s'esclaffa le vieux.

Dean serra les poings, mais Sam posa une main apaisante sur son bras pour l'empêcher de tabasser l'immortel.

- Mais les Hommes de Lettres britanniques étaient opposés aux Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, objecta Rowena. Pourquoi se seraient-ils retournés contre vous ?

- Ils ne voulaient pas courir le risque de voir ce type tomber entre les mains des Allemands, devina Sam. Je suppose que vous devez être puissant, comme monstre, sinon Thullé n'aurait pas cherché à vous attraper.

- "Monstre" ? s'insurgea Emrys.

- Bref, continuez, éluda Rowena, nerveuse.

Le vieux jeta un regard noir à Sam, qui déglutit de travers, et daigna enfin terminer son histoire :

- Les Hommes de Lettres ont réussi à me piéger en se servant d'une rumeur et ils m'ont… hé bien, on peut dire qu'ils m'ont scellé dans cette boîte. Et maintenant je suis coincé avec deux idiots sans cervelle qui sentent la friture et qui parlent comme des cow-boys. Combien de temps ai-je été enfermé, au juste ?

- Environ 70 ans, on peut dire que vous avez fait votre crise d'ado dans un cercueil, mon gars, répondit Dean avec sadisme, s'attendant à ce que le vieux s'effondre en apprenant la nouvelle.

Il fut très déçu quand Emrys se contenta de soupirer longuement, nullement surpris par la nouvelle.

- Comment ça, ils vous ont piégé avec une rumeur ? répéta Sam, qui aimait mettre le doigt sur des détails bizarres.

- Hrm, he bien, à ce temps-là, je cherchais des ingrédients très spéciaux pour un sort particulier qui me permettrait de ramener quelqu'un à la vie. Ils ont fait en sorte que je pense trouver le dernier ingrédient près de leur base, et même si c'était bien le cas, il s'agissait d'un piège.

Il plongea ses mains dans ses poches et les ressortit vides, atterré.

- Ils vous ont confisqué vos ingrédient, comprit Rowena, compatissante.

- Mais… si je peux me permettre, qui essayiez-vous de ramener d'entre les morts ? s'enquit Sam, de plus en plus fasciné par cette histoire, même si le personnage principal lui tapait pour l'instant sur les nerfs.

Emrys le regarda comme s'il était un crétin fini avant de répondre d'une voix lente, limite insultante :

- Arthur Pendragon, bien sûr. Le Roi qui fut et qui sera, l'homme destiné à unifier Albion et à sauver le monde.

Sam en resta comme deux ronds de flan tandis que Dean s'esclaffait.

- Le… Le Roi Arthur ? Le gamin maigrelet du dessin animé, là ? Vous pensez que ce gringalet va sauver le monde ? Je vais vous dire, mon vieux, Sam et moi on fait son boulot depuis des années et on s'en tire très bien ! Et puis c'est quoi, Albion ?

- C'est un terme qui désignait autrefois la Grande-Bretagne, l'informa Rowena tout en le fusillant du regard pour le faire taire. Bien qu'il soit impoli, Dean n'a pas tort, Maître. A moins qu'un péril que seul le Roi Arthur peut vaincre n'apparaisse, le monde est entre de bonnes mains avec ces deux-là…

- A l'époque, je pensais que le retour d'Arthur empêcherait ces guerres incessantes d'avoir lieu, expliqua Emrys. J'ai cru que ce dernier ingrédient était le signe qu'il était temps de le ramener, mais il s'agissait d'une ruse. Malgré tout, je pense que mon réveil à cette époque signifie qu'Arthur doit revenir quoi qu'il en coûte, alors je vais me mettre à la recherche de ce que les Hommes de Lettres m'ont volé et je vais ressusciter Arthur, un point c'est tout. C'est mon meilleur ami, après tout.

- Votre… meilleur ami ? Mais il a vécu au début du Moyen-âge ! s'exclama Sam, incrédule. Je conçois que vous soyez capable de survivre à un enfermement aussi long, mais pour avoir connu Arthur, il faudrait que vous ayez… plus de mille ans !

- Quel âge crois-tu que j'aie, au juste ? asséna le vieil homme en le regardant droit dans les yeux.

- Emrys veut littéralement dire "Immortel", Samuel, intervint Rowena. C'est comme ça que je l'ai reconnu avant même d'ouvrir la boîte. Son surnom était gravé au milieu des symboles de protection.

- Son surnom ? Mais vous êtes qui, à la fin ? lança Dean, qui ne tenait plus en place.

- Moi ? Je m'appelle Merlin.

à suivre…


Question que je me suis posée en écrivant ce chapitre : est-ce que les dragons ont des poils de nez ? Quelqu'un a un tuyau là-dessus ?

Un petit commentaire ? :)