L'Okussa, épave du vaisseau d'exploration des colons…

Brusquement, la paroi qu'il découpait au chalumeau depuis tant de jours qu'il en avait perdu le compte, tomba, manquant lui écraser les pieds. Il avait espéré que l'action se laisse un peu admirer, que l'énorme morceau de blindage bascule lentement de façon à ce qu'il puisse profiter de l'événement avec satisfaction. Malheureusement, tout se passa si vite qu'il ne réalisa pas immédiatement qu'il avait réussi, que ce sur quoi il s'échinait sous cette chaleur suffocante depuis bien trop longtemps avait enfin rendu les armes.

Le trou noir, large et béant qui s'ouvrait à présent devant lui, charriant un air vicié, n'était à ce point pas rassurant qu'il ne ressentît même pas cette fierté accompagnant la joie d'un travail accompli lorsqu'il se rendit enfin compte que c'était terminé.

— Ça schlingue ! s'exclama-t-il en mettant sa main gantée devant son visage.

— Qu'est-ce qu'il se passe ? lui demanda Algol dans son oreillette.

— Porte découpée. Cette salope est enfin tombée.

Il entendit des exclamations à environ dix mètres au-dessus de sa tête. Une goutte de sueur acide lui coula soudainement dans l'œil droit qu'il se frotta avant de pousser un juron. Ses gants isothermes protégeaient ses mains de la chaleur du chalumeau mais ils étaient eux-mêmes brûlants. La douleur lui vrilla la tête.

— Tout va bien, lieutenant ? lui demanda cette fois Dante.

— Ouais, répondit Shura avant de retirer rageusement ses protections. Ça va.

— Vous vous rendez compte que personne n'est entré dans cette navette depuis trois cents ans ?

— Mmh…

Si vraiment l'homme y trouvait un tel honneur, Shura était bien tenté de lui proposer sa place. L'entrée qu'il venait de découper dans l'épave ouvrait sur des ténèbres impénétrables et un silence qui faisait froid dans le dos. Qu'allait-il découvrir, à l'intérieur ?

— Vous voulez l'explorer maintenant ? lui demanda encore Algol. Ça fait déjà trois heures que vous êtes là-dessous.

— Ça me ferait chier de remonter sans y entrer après y avoir passé autant de temps, répondit Shura en détachant sa lampe torche de sa ceinture.

Il détacha la corde de rappel lui permettant d'être tracté vers la surface, entrouvrit la bouche, prit une grande inspiration et avança. L'obscurité se referma immédiatement sur lui.

Dans un premier temps, ils avaient creusé à l'avant de la navette car Dohko, après en avoir étudié les plans puis vérifié sur le Scorpio les dégâts que l'entrée dans l'atmosphère avait causé, en avait déduit que le nez de l'appareil avec le plus souffert. Malheureusement, en parvenant à l'endroit indiqué grâce aux relevés effectués avec les sphères de triangulation ; après avoir creusé plus de cinquante heures, il s'était heurté à un véritable mur infranchissable.

À l'avant de chacune des navettes de ce modèle, il était possible de renforcer le cockpit avec ce que les concepteurs avaient nommé des panneaux déflecteurs. Il s'agissait en réalité de boucliers de titane placés aux endroits les plus vulnérables – comme les correcteurs de trajectoires par exemple, ou encore les canons, dont la base fragilisait la résistance générale. Celui du poste de pilotage était rétractable, un peu comme un volet ou le store d'un velux résistance un million.

Et celui de l'épave avait été sorti. Évidemment, il était impossible de percer ce genre de blindage, même avec le puissant chalumeau du mécanicien de l'équipe embarqué à bord du Scorpio. Ils avaient donc dû revoir leur plan et il avait été décidé qu'ils perceraient au seul endroit de la navette disposant d'une vulnérabilité impossible à renforcer de panneaux déflecteurs : le sas d'entrée.

Ils avaient donc dû creuser à nouveau. Mais cette fois, cela leur avait pris près du double du temps car la terre avait eu le temps de sécher et les robots excavateurs avaient peiné. Ensuite, ils avaient passé près de cent-vingt heures à percer en se relayant.

Shura alluma sa lampe torche mais la lumière peina à percer les ténèbres dans lesquelles il s'enfonçait. L'air sentait la rouille, la terre et l'humidité, mais il y avait aussi une vague senteur de décomposition, comme s'il se promenait dans une forêt au début de l'automne.

— La disposition des secteurs est la même que sur le Scorpio ? demanda-t-il en levant sa lampe vers le plafond.

Sa voix résonnait puissamment dans ce vide qui sentait la mort, les parois la renvoyant vers lui en un écho désagréable. La réponse affirmative d'Algol lui parvint avec quelques interférences. Au-dessus de sa tête se trouvait près de dix mètres de métal plus quelques mètres de terre aussi dure que le ciment.

Il prit à droite immédiatement. Toutes les portes étant grandes ouvertes, il pénétra sans difficulté dans la salle d'embarquement. Encore une fois, il balaya les murs, du sol au plafond, avec sa lampe torche. Tout était parfaitement préservé, rien ne s'était décomposé, rien n'avait rouillé. À croire que cette navette se trouvait ici depuis quelques heures seulement, et non pas trois cent ans.

Il fit quelques pas prudents supplémentaires avant de s'arrêter à nouveau. À moins qu'il ne se trompe, il y avait quelque chose sur l'un des sièges. Il les contourna tous rapidement et eut un petit sursaut en découvrant, affalé dans une position à moitié assise à moitié allongée, un squelette recouvert de lambeaux de vêtements qu'il devina être une combinaison thermique.

Un petit objet renvoya un reflet de la lumière de sa lampe et il se pencha davantage. Il s'agissait de l'épingle de poitrine sur laquelle les noms des membres de l'équipage étaient gravés. Il le lut silencieusement puis ses yeux glissèrent plus bas et là, il découvrit qu'il manquait quelque chose au squelette. Littéralement, la personne qu'il observait à cet instant n'avait qu'un bras.

— Milo ? appela-t-il. Est-ce qu'il y avait un manchot parmi les colons ?

— Non, hésita l'I.A dans son oreillette, apparemment surpris de la question. Pas que je sache.

Les sourcils froncés, Shura se redressa, silencieux. Le fait que cet homme ou cette femme, écroulé dans un siège face à lui, porte la combinaison thermique signifiait qu'il ou elle était venue trouver refuge dans la navette durant la nuit. Mais pour quelle raison ? Et pourquoi les panneaux déflecteurs du cockpit avaient-ils été abaissé ?

Il reprit son exploration et passa dans le poste de pilotage. Assis aux commandes, il trouva un second squelette. Celui-ci, le dos droit, les mains croisées sur le ventre et la tête reposant sur le côté, semblait plus serein que le précédent. Il s'en approcha également et, comme avec le premier, lut le nom gravé sur l'épingle de poitrine. Silencieusement d'abord puis à voix haute.

— Kim… Son Mi…

Cela lui évoquait quelque chose.

— Kim Son Mi, répéta-t-il encore.

Ses yeux s'ouvrirent en grand lorsqu'il comprit. À moins qu'il ne se trompe, il se trouvait devant la véritable Sonmi. Ou, tout du moins, celle qui était à l'origine de la déité vénérée par les habitants de cette planète.

— Milo, appela-t-il à nouveau. Qui était Kim Son Mi parmi les colons ?

— L'un des médecins de bord. Le dernier message capté par la base lunaire était d'elle, c'est par elle qu'on a su qu'il y avait eu énormément de pertes et que les survivants voulaient partir.

— Le nom ne te dit rien ?

— Euh…

Milo garda le silence un instant. Shura pouvait presque l'entendre réfléchir.

— Ah ! s'exclama enfin l'I.A. Sonmi ? La Déesse ?

— Apparemment, confirma Shura en se détournant du squelette pour explorer davantage la pièce. Ce nom est enregistré dans ta tête depuis le début et pas une seule fois tu n'as fait le rapprochement ?

— Je n'ai pas réellement de tête, je te rappelle.

— Ça s'appelle de la bêtise, mon grand. Tu deviens un peu trop humain, arrête de toujours traîner avec Aiolia et Dohko.

— Gnagnagna…

Shura se pencha au-dessus des commandes. Là aussi, tout semblait intact.

— On peut le rallumer, tu crois ? demanda-t-il en activant une manette au hasard.

— Pour ça il faudrait atteindre le réacteur, répondit Milo. S'il n'y a plus du tout de courant, c'est qu'ils l'ont coupé.

— Pourquoi est-ce qu'ils auraient fait ça ?

— Comment veux-tu que je sache.

— Bon. Et où se trouve ce bouton ?

— Dans l'atelier mécanique. Normalement, c'est derrière un panneau renforcé avec un boîtier de sécurité sur lequel il faut entrer un code.

— Sauf que ce code, on ne l'a pas.

— Exact.

— Facile à percer ?

— Ça ne devrait pas être plus compliqué que le blindage de la navette.

— OK. Alors je ressors. Dante va me remplacer pour ce truc, j'étouffe ici. Tu peux informer l'équipe d'Aioros de ce qu'on a trouvé ici, je vais en parler à Aldébaran.

— Avec plaisir, chef.

Shura refit le chemin en sens inverse. Il avait presque atteint la sortie lorsqu'il se rendit compte de quelque chose.

— Hey, lança-t-il en tournant sa lampe torche vers le sas opposé à celui par lequel il venait d'émerger et qui, normalement, menait à l'atelier. Et ce boîtier, il se trouve au même endroit sur le Scorpio ?

— Oui. Pourquoi ?

— Ça veut dire que Dohko y a accès tous les jours ? Que le bouton marche-arrêt du réacteur de la seule navette capable de nous rapatrier sur l'Antarès côtoie ce débile profond absolument tous, les, jours ?!

Il entendit un gloussement terriblement humain dans son oreillette avant que Milo ne réponde :

— Si ça peut te rassurer, le seul qui connaisse le code de sécurité, c'est l'Intelligence Artificielle de bord. C'est-à-dire moi.

— Désolé, mais ça ne me rassure absolument pas !

Près d'une heure plus tard, enfin remonté à la surface, Shura, assis par terre à l'ombre d'un drap qu'ils avaient étendu pour se fabriquer un camp de fortune – copiant ainsi les emmas – était en pleine discussion avec Aldébaran lorsqu'ils entendirent tous deux la voix d'Algol jaillir de leurs oreillettes.

— Le bouton est déjà sur « on », déclarait le soldat avec un soupir fatigué.

— Comment ça ? répliqua le capitaine en fronçant les sourcils.

— Votre bouton d'allumage du réacteur, il est déjà sur « on » !

Dépassé, Aldébaran ne sut que répondre. Shura ne comprenait pas davantage. Il regarda l'horizon, scrutant la cime des arbres comme pour y trouver une réponse. Il avait l'impression de peiner à réfléchir à cause de cette foutue chaleur qui lui ramollissait le cerveau.

— C'est impossible, dit-il finalement. Tout est éteint dans cette navette !

— Je le vois bien, répliqua Algol. Mais je vous assure, techniquement le réacteur est en position d'allumage.

— Il a peut-être eu un problème technique, ce qui explique pourquoi les colons n'ont pas pu quitter la planète, déclara la grosse voix grave d'Aldébaran.

— C'est possible, oui… Milo ? appela Shura, demandant ainsi tacitement une confirmation.

— Ça se pourrait bien, répondit l'I.A avant d'enchaîner immédiatement après : mais c'est fort improbable avec ce genre de technologie, sauf en cas de dommage physique immédiat, et d'après les images qu'on reçoit grâce aux sphères de triangulation…

— … cette foutue navette est intacte, ouais, termina Shura avec un soupir. Donc, t'expliques ça comment ?

— Les navettes d'exploration de ce genre peuvent être totalement contrôlées à distance par le vaisseau mère. Dans le cas du Scorpio par exemple, quelqu'un de l'Antarès disposant du grade nécessaire pourrait tout à fait commander l'arrêt du réacteur.

— Dans ce cas, les colons restés à bord du Sanctuary ont éteint à distance, empêchant ceux au sol de redécoller et de rentrer à bon port ?

— C'est une supposition.

— Mais pourquoi ? demanda Aldébaran avec un peu de colère dans la voix. Ils les ont condamnés !

Shura soupira à nouveau et baissa les yeux sur son terminal éteint. Il avait l'impression que plus le temps passait et plus les choses se compliquaient.

— Shaka a peut-être la réponse à ça, déclara gravement Milo. Il vient de faire une découverte intéressante… vous devriez le contacter.

...

L'Okussa, an 2582, 75ème jour d'exploration au sol…

Hyôga prit une grande inspiration et, lentement, parcourut les derniers mètres le séparant du kemma. Celui-ci, installé sur un tas d'herbe piétiné sous un drap rapidement étendu pour le protéger lui et ses deux comparses des puissants rayons de lumière, terminait un bol de soupe et de poisson. Depuis qu'il avait rejoint la Horde, il ne cessait de manger. Il aidait évidemment les kemmas présents à la préparation des repas – il était d'ailleurs très doué pour ça – et passait ensuite le reste de son temps à se nourrir et se reposer. Nul doute qu'il avait besoin de reprendre des forces.

À ses côtés, celui aux longs cheveux noirs et l'emma aux cheveux blonds dormaient à poings fermés, allongés par terre.

Il n'avait plus que quelques pas à faire lorsque sa cible releva la tête et braqua sur lui ses yeux d'émeraude tournoyants.

— Salut, le salua-t-il avec un pauvre sourire. Comment vas-tu ?

Shun ne répondit pas, se contentant de mâcher ce qu'il avait dans la bouche.

— Je peux m'assoir ? lui demanda doucement Hyôga.

L'autre acquiesça simplement et porta à nouveau son bol à ses lèvres. Un léger silence s'installa, pas dérangeant, simplement reposant et doux. Discrètement, Hyôga détailla le kemma des pieds à la tête. Il était très maigre et quelques bleus et griffures, qu'il avait récoltées en courant dans la forêt, ornaient ses jambes et ses bras, mais à part cela il semblait aller bien. Et maintenant qu'il pouvait manger à sa guise, il allait rapidement reprendre des forces.

— Désolé d'être parti sans t'aider davantage, déclara finalement Hyôga.

Shun le regarda à nouveau, mais d'un air étonné cette fois, et avala avant de sourire. D'un calme et d'une douceur absolue, il répondit :

— Vous avez une mission à accomplir face aux démons de Naga. Je comprends que ça passe avant tout le reste.

Gêné, Hyôga engouffra ses mains entre ses genoux et détourna le regard. Effectivement, ils avaient une mission, mais plus ils découvraient de choses et plus il lui paraissait évident qu'ils avaient échoué. Non seulement il était impossible de trouver un remède contre l'UBT ici mais en plus, même si cette planète était habitable malgré les difficultés et les dangers qu'une telle migration représentait, Marine avait raison. Comment réussir à installer sur une si petite île des milliards d'êtres humains ?

Les prélèvements effectués quelques jours plus tôt sur les cadavres des sygmas fous qui les avaient attaqués avaient révélé la possible existence d'une épidémie parmi les humanoïdes. Une supposition renforcée par ce que l'équipe dirigée par Shura travaillant sur l'épave avec trouvé : si ceux à bord du Sanctuary avec coupé le réacteur de la navette d'exploration à distance, était-ce parce que les colons avaient été infectés ? Énormément de squelettes avaient été retrouvés dans l'infirmerie. À certains d'entre eux, il manquait un bras ou une jambe.

Évidemment, Shaka s'était empressé de faire des prélèvements sanguins sur l'équipage et de les analyser avec le petit moniteur. Fort heureusement, il n'avait rien décelé, mais cela ne voulait pas dire qu'ils n'étaient pas touchés eux aussi. Les molécules de ce virus alien pouvaient tout à fait être indétectables avec ce genre d'appareil programmé par des humains sur la base des connaissances humaines. Le mystère demeurait donc, et l'inquiétude avec lui.

Par précaution, et en accord avec le reste de l'équipage, Aldébaran avait décidé de ne pas en informer l'équipage à bord de l'Antarès. Certainement de peur que ce qui était arrivé aux colons se reproduise.

— Je peux vous poser une question ? demanda brusquement Shun en posant doucement son bol au sol.

— Bien sûr ! Avec plaisir.

— Comment allez-vous battre les démons de Naga ? Vous allez les dompter, comme celui que vous avez chevauché pour venir jusqu'ici ?

Hyôga comprit rapidement que le kemma lui parlait du Scorpio. Il réfléchit quelques instants avant de répondre prudemment :

— Tu as déjà vu ces démons ?

— Non, répondit Shun avec un bref haussement d'épaules. Ils envahissent l'Okussa à la Longue Nuit.

— Et… je suppose que sous l'Œil de Sonmi, ils vivent dans la forêt, c'est ça ?

— Non, pas du tout. Ils craignent les arbres.

— Où se cachent-ils, alors, en attendant qu'il fasse nuit ?

Shun détourna légèrement le regard, fronça les sourcils. Soit il ne s'était jamais réellement posé la question, soit il estimait que c'était un secret impossible à partager.

— Je l'ignore, répondit-il finalement avec une innocence et une sincérité qui rassura Hyôga. Ce sont des démons, ils n'apparaissent que la nuit. C'est Naga qui leur donne vie.

Hyôga acquiesça aussi sincèrement que possible, l'air convaincu, mais en réalité il venait de comprendre qu'il n'y avait rien à craindre de ces démons. Il ne s'agissait que de figures effrayantes sans aucun doute créées par les emmas pour convaincre les kemmas qu'il était préférable qu'ils ne quittent pas les Tours. Finalement, ces « démons » avaient fini par devenir un morceau à part entière de leur religion, mais il ne s'agissait apparemment que de mystification.

Des pas légers se rapprochèrent d'eux et Hyôga tourna la tête pour voir venir dans leur direction, d'une démarche incroyablement légère malgré son état, le kemma enceinte.

— Tu devrais dormir, déclara-t-il à l'adresse de Shun. Nous repartons bientôt.

— Je vais nettoyer d'abord, répondit le plus jeune.

— Pas la peine, Mime va s'en occuper. Dors.

— D'accord. Merci, Mû.

Ce dernier sourit en réponse, adressa un regard doux à Hyôga, qui en profita pour enregistrer son prénom dans un coin de son esprit, et s'en fut comme il était venu, doucement et sereinement. La question surgit alors si soudainement dans son esprit qu'il la posa un peu brusquement, imprudemment :

— Et si le petit qui naît est une emma ?

Shun se tourna vers lui et le regarda en clignant des yeux, apparemment surpris.

— C'est impossible, répondit-il d'une voix un peu hésitante.

— Comment ça ?

— Les kemmas ne peuvent donner naissances qu'à des sygmys…

Hyôga entendit la fin qu'il ne prononça pas : « tout le monde sait ça ». Mais pas eux. Gêné, il tenta un sourire amusé pour lui faire croire qu'il le menait en bateau mais Shun le regardait si intensément qu'il lui semblait qu'il tentait de lire dans son esprit. Commençait-il à douter de leur légitimité en tant que Messagers ?

Cependant, il commençait à présent à comprendre, grâce à cette nouvelle information, comment cette espèce se reproduisait. Non pas comme une sorte de ménage à trois, mais plutôt comme une trinité parfaite. En s'accouplant avec les sygmas, les emmas donnaient naissance à des kemmys ou des emmys ; puis, en s'accouplant avec les sygmas, les kemmas donnaient naissance à des sygmys. Si un genre disparaissait, c'était toute la race qui s'éteignait.

— C'est pour bientôt, tu crois ? chuchota-t-il faussement excité en réalisant que Shun ne l'avait pas quitté des yeux.

— Je ne sais pas, je n'y connais rien, avoua ce dernier en baissant la tête, honteux. Les emmas ne m'ont pas élevé pour ça…

La tristesse que Hyôga lut dans ce regard si pur et confiant encore malgré toutes les épreuves qu'il avait traversé lui serra le cœur. Toutefois, c'est une toute autre émotion qui l'ébranla lorsqu'il vit le kemma se lécher inintentionnellement les lèvres, y déposant une légère couche brillante de salive. Perturbé, il prit une grande inspiration qu'il retint quelques instants. Il avait toujours été sûr de sa sexualité, avait eu beaucoup de petites copines depuis qu'il était adolescent et aimait profondément sa fiancée, il n'avait même jamais envisagé d'être attiré par un homme. Mais Shun n'était pas vraiment un homme… enfin, pas tel qu'un humain pouvait le concevoir.

Une chaleur frissonnante l'envahit lorsqu'il regarda le kemma à nouveau. Sans vraiment le décider, obéissant à une pulsion qui le surpris lui-même, il se pencha simplement et l'embrassa.

La surprise empêcha d'abord Shun de réagir mais il s'écarta évidemment brusquement, les yeux écarquillés. C'est avec la fraîcheur de sa salive sur les lèvres que Hyôga réalisa rapidement ce qu'il venait de faire. Il était tout prêt de s'excuser lorsqu'une violente douleur le prit à la poitrine. Il ne lui fallut pas plus de quelques battements de cœur pour comprendre qu'il était paralysé et incapable de respirer.

Ce fut l'alarme qui réveilla Shaka en sursaut alors qu'il avait enfin réussi à s'endormir malgré la chaleur. Groggy, il se redressa et papillonna des yeux, ne se rendant que brièvement compte du départ hâtif d'Aioros disparaissant dans un coin de son champ de vision.

Il attrapa son terminal, se redressa, perdit l'équilibre et se rattrapa de justesse avant de se mettre enfin debout. Il avait l'esprit vaseux et l'impression que les membres gourds de son corps ne lui obéissaient pas totalement. Il avait à peine remis son oreillette en place qu'il entendit Milo lui dire avec empressement :

— C'est Hyôga, Doc, il est en détresse respiratoire !

Une localisation apparut tout à coup sur l'écran transparent de son terminal avec, clignotant dans le coin en haut à droite, un point rouge signifiant que l'un des membres de l'équipe était en danger de mort. Dans le même temps, Dohko arriva près de lui et l'attrapa par le bras tout en lui intimant, d'une voix autoritaire dans laquelle se faisait clairement entendre l'urgence, de se bouger le cul, ni plus ni moins. Il attrapa son sac à la volée et le suivit.

Ils n'eurent besoin de courir que sur quelques mètres seulement avant de trouver leur compagnon. Ce dernier, étendu par terre, les yeux révulsés, semblait chercher son air comme un poisson en train de s'asphyxier. À la vue de ses lèvres gonflées qui bleuissaient déjà, Shaka pensa deviner ce qu'il s'était passé.

Tandis qu'Aioros et Dohko mettaient en joux les deux kemmas et l'emma qui se réveillaient à peine, il se laissa tomber à genoux à ses côtés et lui hurla plus qu'il ne lui demanda :

— Qu'est-ce que t'as mangé ?!

Hyôga tenta vainement de remuer les lèvres et sa tête bougea en signe de dénégation. Tout en sortant un appareil de son sac, Shaka passa sa main sur sa gorge, puis descendit sur son torse en tâtonnant. Chaque muscle semblait crispé à leur maximum. Il promena un petit écran très près de sa peau, passant son corps au rayon X, pour découvrir une paralysie totale.

— Milo, affiches-moi ses pulsations, ordonna-t-il avec urgence. Je vais faire un prélèvement sanguin, préviens-moi s'il est en arrêt.

— OK, Doc, confirma l'I.A.

Il utilisa son analyseur portatif pour réaliser une petite prise de sang. Les premiers résultats s'affichaient encore les uns après les autres en une liste complexe de données lorsque la voix de Milo se fit à nouveau entendre :

— Arrêt cardiaque !

— J'ai besoin de l'un de vous deux ! s'écria aussitôt Shaka en direction des deux soldats braquant toujours leurs armes sur Shun et ses deux compagnons apeurés. Maintenant !

— Et merde ! marmonna Dohko en abaissant son pistolet à impulsion pour aussitôt s'agenouiller près du médecin pour commencer un massage cardiaque sur leur camarade qui semblait fixer le ciel sans le voir.

Quelques terribles et longues secondes s'écoulèrent ainsi. Shaka fixait l'écran de son analyseur, une bile amère dans la gorge. Les battements de son cœur étaient si violents que sa tête tournait. Lorsqu'enfin il eut toutes les données et comprit les résultats, il extirpa une énorme trousse de son sac et fourragea dedans. Il en sortit une grosse seringue dont il planta sans attendre l'extrémité dans la cuisse de Hyôga.

— Stop ! ordonna-t-il à Dohko en lui saisissant le bras.

Ce dernier arrêta aussitôt le massage cardiaque mais ne s'éloigna pas pour autant, les deux bras figés comme s'il n'attendait qu'un contrordre pour continuer. Le temps qui s'écoula lui parut durer des heures jusqu'à ce que, tout à coup, Hyôga ne se mette à tousser avant de prendre une grande et profonde inspiration.

— Putain, soupira Dohko, à la fois effrayé et impressionné. Il s'est passé quoi ?!

— Arrêtez de bouffer des trucs avant que je les aie analysés ! cria Shaka sur son patient.

Ce dernier secoua à nouveau la tête de droite à gauche. Il peinait encore à respirer et devait manifestement faire un effort pour que l'air entre dans ses poumons mais au moins était-il en vie.

— J'ai rien… mangé, parvint-il à articuler avant de laisser échapper une toux apparemment douloureuse. Je l'ai juste… juste embrassé !

Shaka ne trouva dans un premier temps rien à répondre, avant de finalement demander prudemment :

— Quoi ?

À ses côtés, Dohko semblait plus perdu que lui. Il laissa tomber ses deux bras sur ses cuisses d'un air étonnamment dépité. Des bruits de pas se firent entendre et ils tournèrent tous la tête pour voir apparaître l'un des deux Daley. Il tenait son arc mais ne le brandissait pas. Une flèche y était toutefois encochée. Il fronça les sourcils lorsqu'il vit qu'Aioros pointait son arme sur Shun, Shiryu et June. Et à l'expression tendue qu'il arbora, cela ne lui plaisait guère.

Lentement, Aioros abaissa son pistolet à impulsion puis se tourna vers Shaka. Celui-ci demanda à Hyôga un peu durement :

— Tu as embrassé qui exactement ? Un kemma ?

L'autre prit une difficile inspiration, luttant comme si quelque chose comprimait encore sa poitrine, tout en acquiesçant d'un signe de tête. Shaka soupira puis se frotta les paupières. Ses yeux le brûlaient encore et il avait l'impression d'avoir la tête terriblement lourde. À tout le moins cela avait-il eu le mérite de le réveiller.

Il tourna son regard vers les deux kemmas et l'emma toujours effrayés. À moitié allongés, ils les regardaient comme s'ils s'attendaient à parer une attaque à n'importe quel moment. Ils avaient visiblement peurs mais étaient aussi prêt à riposter courageusement si nécessaire. Et ce même si le Daley s'était placé à leurs côtés.

Aiolia et Seiya les rejoignirent, armes en main. Le plus jeune promena son regard sur la scène avant de demander innocemment :

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Shaka étendit ses jambes pour s'assoir plus confortablement tout en poussant un soupir.

— J'en sais rien, répondit-il en s'essuyant le front. J'en sais foutre rien.

Près d'une heure plus tard, il avait été rejoint par Marine. Assis tous deux près de Hyôga, ils tentaient encore de comprendre ce qu'il s'était produit.

— Cet enchaînement de molécules me dit quelque chose, marmonna la jeune femme, penchée sur le terminal de son collègue.

— Ça ressemble à la composition des opioïdes, répondit Shaka en débouchant sa gourde.

— Ce serait comme une sorte de drogue, alors ? lui demanda le jeune homme, en appuis sur ses coudes.

— J'ai pris le pari de t'injecter l'anti-toxine en cas de surdose. Apparemment ça marche, mais cette toxine est éliminée beaucoup moins vite que l'antidote par ton organisme alors tu vas avoir besoin de plusieurs injections jusqu'à ce que tu parviennes à l'éliminer complètement. Si tu y parviens, évidemment.

— Et si ce n'est pas le cas ?

— Injections à vie. Mais je n'ai pas assez de doses sur moi. Si dans une dizaine d'heures ça ne s'améliore pas, on devra contacter l'Antarès et demander à ce que tu sois rapatrié.

— Quelle merde ! s'écria Marine. Pourquoi est-ce qu'il a fallu que tu l'embrasses, imbécile !

Pour une raison inconnue, elle semblait en colère. Shaka but une gorgée d'eau tout en fixant un point derrière elle tandis que Hyôga pinçait les lèvres, vexé.

La vie semblait avoir repris son cours dans la Horde après ce léger incident. Même si les trois nouveaux venus s'étaient joints à eux sans que les Daley les aient choisis, ces derniers mettaient tout de même un point d'honneur à les protéger. Ils auraient pu refuser, leur ordonner de retourner à la Tour, or ils n'en n'avaient rien fait et les avaient très naturellement intégrés. Pourtant, Shaka avait cru comprendre qu'ils n'avaient pas énormément de matériel et parvenaient tout juste à trouver suffisamment de nourriture pour eux tous. Allaient-ils y parvenir avec trois bouches supplémentaires ? Sans oublier que le kemma enceinte n'allait peut-être pas tarder à accoucher.

Justement, ce dernier se trouvait avec Shun et Shiryu. Ensemble, ils étaient en train de tresser de longues herbes sèches pour en faire des cordes. Le calme et la simplicité de cette scène l'aida à retrouver un peu de sérénité.

Il comprenait pourquoi Aldébaran avait choisi de ne pas informer l'Antarès de ce qu'ils avaient découvert et supposaient à présent, concernant la présence d'une possible épidémie ici, toutefois, en tant que médecin, il ne pouvait évidemment pas s'empêcher de s'y opposer. Le danger sanitaire que cela représentait pour l'équipage était bien trop grand.

Son regard fut attiré par une tache virevoltante d'une éclatante couleur rouge et il suivit des yeux un kemma aux vifs cheveux roux rejoignant le sygma avec lequel il avait eu un face à face inquiétant quelques jours auparavant. Ils se parlèrent brièvement avant que celui-ci ne tente d'embrasser l'autre qui le repoussa, agacé, les bras encombrés d'un tas de cordes. Shaka fronça les sourcils.

— Et si ce n'était pas une drogue ? hasarda-t-il.

— De quoi ? répliqua Marine, perdue.

— Et si ce n'était pas une maladie, mais une dégénérescence !

La jeune femme cligna des paupières puis laissa retomber ses mains qui tenaient toujours le terminal sur ses genoux.

— Je ne te suis plus, admit-elle.

— Il me faut un échantillon de salive, décréta très sérieusement Shaka.

Fort heureusement, quatre heures plus tard une nouvelle prise de sang indiqua que la toxine avait été éliminée, en grande partie grâce aux injections, et Hyôga s'en retrouva rétabli, ne gardant pour bref effet secondaire qu'une légère insensibilité des lèvres.

...

— Aucun de vous deux n'était destiné à quitter l'Osha, n'est-ce pas ? demanda doucement Mû.

Shun releva la tête et, le rouge aux joues, nia d'un signe bref. Plus calme, Shiryu se contenta de braquer sur lui son profond regard serein.

— C'est très courageux ce que vous avez fait, reprit Mû avec un sourire. Pas seulement votre évasion, mais aussi avec les Sans-Hordes.

Shun baissa les yeux sur les herbes qu'il était en train de tresser, extrêmement gêné.

— Vous allez avoir beaucoup de choses à apprendre, continua Mû d'un ton plus autoritaire. Tous les membres d'une Horde doivent participer, s'entraider. Tout le monde cueille, cuisine, fabrique, surveille. La survie de tout le groupe en dépend.

— Même toi ? lui demanda tout à coup Shun.

Son visage était tellement rouge qu'il semblait sur le point de prendre feu.

— Surtout moi, renchérit Mû avec un sourire. Je suis l'un des kemmas des Daley. Moi et Aphrodite devons donner l'exemple. Nous devons donner envie aux kemmas de nous suivre en leur faisant comprendre qu'ils peuvent nous faire confiance. Un Daley violent ne gagne le respect que par la peur et leurs kemmas qui en profitent par le mépris. Ce n'est pas durable. Toutes les Hordes vivant sur ce schéma disparaissent vite.

Il se rendit compte tout à coup que Shiryu ne l'écoutait plus vraiment. Immobile, il fixait quelque chose derrière lui avec une certaine inquiétude dans les yeux. Mû se retourna. Kanon se tenait accroupi devant un pot rempli d'eau à quelques mètres d'eux, occupé à peler un fruit. Il regarda à nouveau le jeune kemma qui, voyant qu'il l'avait remarqué, baissa légèrement la tête.

— Moi aussi je ressentais certaines craintes lorsque j'ai quitté mon Osha pour vivre avec eux, lui dit-il doucement. Ta situation n'est évidemment pas la même que la mienne, je ne peux sans doute pas comprendre ce que tu ressens, mais je t'assure que tu n'as pas de raison d'avoir peur.

— Il veut de moi comme kemma, déclara Shiryu avec un sérieux déstabilisant.

Mû prit lentement une grande inspiration. Il déposa la corde à moitié tressée qu'il tenait sur ses genoux et déplia ses jambes avec une grimace, gêné par son ventre.

— Oui, affirma-t-il alors simplement. Mais uniquement si tu es d'accord. Il ne te forcera pas si tu ne veux pas.

— C'est un Daley, souffla l'autre.

— Ça ne veut pas dire que tu n'as pas le droit de refuser. Ni lui ni Saga ne s'impose par la force. Ils n'utilisent la violence qu'avec leurs rivaux.

Shiryu ne répondit pas mais jeta un bref coup d'œil à la silhouette de Kanon avant de se concentrer à nouveau sur son travail. Mû l'observa quelques instants en silence, puis Shun, à qui il demanda prudemment :

— Il n'y a que toi qui te sois ouvert, n'est-ce pas ?

Plus rouge que jamais, le plus jeune acquiesça. Les larmes lui montèrent soudainement aux yeux.

— Je suis désolé, dit-il, penaud. Les Sans-Hordes m'ont certainement senti… c'est pour ça qu'ils sont arrivés jusqu'ici, c'est de ma faute.

— Allons, sourit Mû, un peu moqueur. Tu as tenté de te sacrifier deux fois. Pour me sauver, puis pour ton ami. Tu crois que nous ne l'avions pas remarqué ? Pourquoi crois-tu que Saga et Kanon vous autorisent à rester ?

Shun resta sans voix.

— Rassures-toi, reprit Mû. Ces Sans-Hordes ont probablement été attiré par toutes nos odeurs combinées. Tu n'y es sans doute pour rien. Mais si vous restez dans la Horde… vous allez peut-être devoir prendre un sygma. Vous n'êtes évidemment pas obligés mais cela peut faire toute la différence pour votre survie. Bien sûr, nous nous protégeons tous, mais un sygma protègera en priorité ceux qui partagent son ikoya.

Shiryu et Shun échangèrent un bref regard.

— Je n'y ai jamais réfléchi, révéla le premier avec son calme coutumier. Cela me paraît improbable, même encore maintenant.

— Pourquoi ? lui demanda Mû en penchant légèrement la tête sur le côté.

— J'ai les cheveux noirs…

L'autre rit brièvement.

— Celui qui a donné la vie à Saga et Kanon avait les cheveux noirs, déclara-t-il avec un demi-sourire un peu canaille. Et d'après ce que j'ai compris, tu lui ressembles beaucoup.

— C'est pour ça qu'il m'a remarqué ?

— Je crois, oui. Kanon se sent responsable de sa mort. Il est entré dans Mehwa seul, alors que la cueillette était terminée, parce qu'il avait déjà des envies de liberté. Mais il était trop jeune. Il a croisé un Sans-Horde qui l'aurait tué sans l'intervention de celui qui les a mis au monde. Il a pris un coup mortel à sa place. Je pense que prendre soin de toi serait comme une façon de se faire pardonner.

Shiryu ouvrit la bouche mais la referma très vite sans répondre, les sourcils froncés, et baissa les yeux sur son ouvrage. Shun, quant à lui, avait les oreilles qui bourdonnaient. À l'inverse de son ami, il y avait déjà pensé à de nombreuses reprises. Et la perspective que ce souhait se réalise lui faisait presque tourner la tête. Lorsqu'il croisa le regard de Mû, il devina qu'il avait compris que l'idée d'avoir un sygma ne le rebutait pas.

— Il y a des choses qu'il faut que vous sachiez, reprit ce dernier en bougeant encore légèrement les jambes. Des choses que les emmas n'apprennent pas à ceux qui n'ont pas besoin de savoir. À propos de notre lien avec les sygmas.

Les deux plus jeunes le fixaient, extrêmement attentifs.

— Sans nous, ils sont tous condamnés, révéla alors Mû. Il y a quelque chose en nous qui les maintiens en vie. Un don de Sonmi. Lorsqu'un sygma n'a pas reçu ça d'un kemma depuis trop longtemps, il devient fou. C'est pour ça que les Sans-Hordes sont ainsi. Et c'est ce qui arrive à Kagaho. C'est plus lent pour lui car il n'a jamais eu de kemma, mais un sygma qui cesse d'en recevoir peut rapidement devenir méconnaissable.

À l'entente de ce nom, Shun se retourna malgré lui. Pas très loin d'eux mais légèrement à l'écart du reste de la Horde, Kagaho s'essuyait le nez. Ses cheveux brillaient de reflets violets intenses sous la lumière. Et le sang était clairement visible sur son visage.

Cet examen n'échappa pas à Mû, qui sourit. Peut-être venait-il de trouver celui qui accepterait de le sauver, finalement.

Soudain, il y eut de l'agitation parmi les sygmas qui montaient la garde. Mû tenta de dresser l'oreille pour savoir ce qu'il se passait mais les voix étaient trop lointaines. Il était prêt à demander à Shiryu de l'aider à se lever lorsqu'Aphrodite apparut, Arki dans les bras.

— Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda-t-il.

— Une Horde approche, répondit l'autre en déposant précautionneusement le sygmy au sol. Gigantesque.

— Ils savent de quel Daley il s'agit ?

— À première vue, du Masque de Mort.

Shun ouvrit la bouche de surprise. Il avait déjà entendu tant et tant d'histoires au sujet de ce sygma. Toutes effrayantes, évidemment, mais qui s'accordaient à l'unanimité pour dire qu'il s'agissait sans doute de l'un des plus puissants actuellement vivant.


Alors, à votre avis, ça va chier ou pas ? :P

Si vous voulez voir schématiquement comment se passe la reproduction entre emma/sygma/kemma, j'ai fait un "dessin", dispo sur ma page auteure ;)

Vous vous y attendiez, à ce baiser entre Hyôga et Shun ? :D

Prochain chapitre : ... un autre baiser XD Mais entre qui et qui, cette fois ?

Je vous dis au 10 juin ^^