Shun était très jeune la dernière fois qu'il avait vu la Horde du Masque de Mort. Il n'avait pas été autorisé à quitter l'Osha mais avait pu observer depuis une fenêtre et avait été impressionné par le nombre de sygmas et de kemmas. Seul un Daley exceptionnellement fort pouvait parvenir à nourrir et protéger autant de monde.
Toutefois, à cette époque il n'avait fait que l'entrapercevoir, aussi fut-il particulièrement impressionné de le rencontrer enfin pour de vrai. Il découvrit alors que ce qu'il entendait à son sujet était vrai : la moitié d'un crâne lui couvrait le visage de la racine des cheveux jusqu'à la base de sa lèvre inférieure. Derrière l'un des orbites vide, son œil était d'un blanc laiteux effrayant, mais l'autre, bleu sombre, brillait à la fois de détermination, de calme et d'intelligence. Tout son corps irradiait à la fois la force et la confiance en soi.
D'après l'histoire qu'il avait entendue, ce crâne était celui d'un Daley ennemi l'ayant attaqué alors qu'il fondait tout juste sa propre Horde. Dans la bagarre, le kemma et le sygmy à naître du Masque de Mort avaient perdu la vie. Ce dernier avait alors réduit son adversaire en bouilli, ivre de colère, ne récoltant en tout et pour tout qu'un œil crevé et une terrible cicatrice sur la partie supérieure du visage. Depuis, il portait, en guise de souvenir macabre mais aussi de mise en garde, le crâne de celui qu'il avait vaincu. Dès lors, il s'était vu affublé du surnom de Masque de Mort. Loin de s'en offusquer, il l'avait au contraire gardé – sans doute parce qu'il le trouvait suffisamment effrayant – et ne répondait désormais plus qu'à ce titre. Plus personne ne se souvenait de son nom véritable.
Une rumeur disait que suite à cet accident, il était devenu si protecteur avec ses kemmas et sa progéniture que quiconque osait ne serait-ce que s'en approcher subissait le même sort que ce Daley dont il portait à présent le crâne.
Néanmoins, alors que Shun s'attendait à rencontrer un sygma extrêmement agressif, il eut la surprise de constater qu'il était tout le contraire. Il le vit engager la conversation avec Saga et Kanon le plus naturellement qui soi. Apparemment, ces trois-là se connaissaient déjà et semblaient même s'apprécier. Il entendait tellement d'histoire à propos des combats entre Daley et des puissants exterminant les plus faibles qu'il ne lui était jamais venu à l'esprit que certains pouvaient tout simplement être amis.
— Je ne vous ai pas vu au Rassemblement ! s'exclama le Masque de Mort en plantant fermement sa lance dans le sol.
— Tu aurais dû regarder en haut, loin de la plage, répliqua Kanon d'un air taquin. Là où il y a plus de pierre que de terre.
L'autre éclata d'un rire grave avant de reprendre :
— Justement, on s'en retourne vers les Grandes Eaux se faire une réserve de poissons avant la Longue Nuit.
— Nous aussi, répondit Saga.
C'est alors qu'un petit grognement mécontent s'éleva dans son dos et lui et son frère se retournèrent. Dans les bras d'Aphrodite, Arki, les pupilles dilatées par la peur, montrait les crocs. Lorsqu'il se rendit compte que le regard du Masque de Mort était sur lui, il enfouit son visage contre le cou du kemma, non sans cesser de gronder. C'était sans doute la première fois qu'il rencontrait un Daley aussi fort et de sentir son odeur le rendait apparemment très nerveux.
Encore une fois, le Masque de Mort rigola.
— En voilà un qui fera votre fierté ! déclara-t-il, amusé. La dernière fois que je l'ai vu, il venait à peine de naître, et si je me souviens bien, il m'avait accueilli de la même façon.
— Exact, acquiesça fièrement Kanon.
Shun vit alors les yeux dérangeant du visiteur glisser d'Aphrodite vers Mû, qu'il détailla des pieds à la tête. Il en ressentit un certain malaise et vit Saga se raidir mais le kemma, quant à lui, ne semblait pas particulièrement inquiet et eut même l'audace de sourire.
— Celui-ci n'est toujours pas né ? demanda le Masque de Mort. Cela fait combien de Longues Nuits, maintenant ?
— Deux, répondit Saga un peu sèchement. Il viendra sans aucun doute à la prochaine.
— C'est bien. Plus ils restent longtemps et plus ils sont forts une fois arrivés. Celui-ci sera sur ses jambes à mordre et à griffer avant d'avoir pris son premier souffle, c'est certain !
Il rit encore et les jumeaux se détendirent quelque peu. Shun comprit alors pourquoi le Masque de Mort n'avait aucune raison de se montrer agressif ou d'exterminer une autre Horde sous prétexte qu'elle pourrait, en grandissant, devenir un danger : car il n'y avait pas plus puissante que la sienne. Elle était tellement grande que certains sygmas et kemmas continuaient d'arriver alors que leur Daley s'était arrêté depuis un petit moment.
Il retint son souffle lorsque celui-ci le regarda brièvement avant que ses yeux ne passent sur Shiryu pour s'y arrêter. Il fit alors quelques pas en arrière et détacha sa lance du sol.
— Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-il, plus du tout amusé.
— Un nouveau kemma, répondit Kanon, non sans une certaine note de défi dans la voix.
Lorsque le Masque de Mort recula encore, Shun devina qu'il avait sans doute remarqué la présence des Messagers, ou alors de Kagaho. Si ce n'est des deux.
— Alors c'était vrai, l'entendit-il dire, hésitant. J'ai entendu une histoire étrange à l'Osha où je me suis arrêté… à propos des Messagers tombés du ciel sur le dos d'un immense démon de Naga. Je comprends pourquoi vous n'avez pas de raison de craindre un kemma aux cheveux noirs, mais c'est dangereux avec un sygmy à naître. La malédiction peut toujours le toucher.
— On lui fait confiance pour lui mettre un coup de griffe si jamais elle tente de s'en prendre à lui, répliqua Kanon.
L'autre Daley sourit enfin, mais plus prudemment cette fois. Ses yeux semblèrent ensuite s'arrêter sur un point précis et il laissa retomber sa lance dont l'extrémité se planta dans le sol avec un bruit sec. Il sembla tout à coup plonger dans ses pensées.
— Ça ne doit pas plaire à tout le monde, je suppose, dit-il lentement.
— Non, effectivement, déclara Saga, prudent lui aussi. Camus préfèrerait rejoindre une autre Horde. C'est un bon sygma.
— Je le sais. J'ai perdu cinq des miens lors de la dernière Longue Nuit. J'ai quelques kemmas qui sont sans sygma, maintenant.
Tous les trois se regardèrent et Shun devina que le marchandage venait de s'engager.
— J'accepte de prendre Camus, reprit le Masque de Mort avec une voix dure. Seulement si je peux également emmener ce kemma avec moi.
Il pointa quelqu'un du doigt. Kanon se retourna pour voir qui il désignait, mais pas Saga, qui avait manifestement deviné. Shun, quant à lui, bougea légèrement la tête pour tenter de voir.
...
Shaka avait comme la désagréable impression que ce doigt le regardait directement dans les yeux. Ce qui était quelque peu dérangeant.
Il n'avait évidemment rien compris à la conversation que les Daley venaient d'avoir mais n'avait pas spécialement besoin que quelqu'un lui traduise.
— Ça commence à m'agacer, grommela-t-il.
— Nan, renchérit Aiolia, à sa droite. Cette fois, ne compte pas sur moi pour te défendre, trouves-toi un autre sygma.
Shaka lui lança un regard assassin. Quelque part derrière lui, il entendit Dohko glousser et dire :
— J'ai bien envie de savoir à combien il t'estime !
— Arrêtez, merde ! s'écria le médecin, agacé.
De son côté, Marine tentait de suivre la conversation des sygmas grâce au traducteur mais les lignes qui défilaient sur son terminal la laissait perplexe. Les mots étaient bien traduits mais les phrases n'étaient pas construites et cela donnait un résultat totalement incompréhensible. Apparemment, le traducteur n'avait absolument pas intégré les règles grammaticales que Hyôga avait enregistré.
Si ses compagnons s'amusaient de la situation, elle, elle était inquiète. Car si les jumeaux refusaient, l'autre Daley risquait de se vexer et elle ne doutait pas que sa Horde pouvait aisément exterminer la leur. Il s'écoula quelques minutes durant lesquels les Daley continuèrent de marchander jusqu'à ce que l'un des frères – elle était incapable de dire duquel il s'agissait car ne savait absolument pas les reconnaître et ne connaissait pas leurs noms de surcroit – sorte son couteau laser.
L'autre cessa dès lors de s'intéresser à Shaka. Ses yeux ne quittèrent plus l'arme à la lame brillante et crépitante dès lors qu'ils se posèrent dessus et la jeune femme sut que c'était dans la poche.
Elle regarda l'un de leurs sygmas rejoindre la Horde gigantesque puis un peu de matériel leur fut apporté en échange du couteau. Il y avait principalement des couvertures et des vêtements, mais aussi quelques pots fermés exhalant une odeur particulièrement sucrée, des lances, deux arcs et un nombre impressionnant de flèches.
Les Daley discutèrent encore un moment avant que finalement l'autre ne parte, emportant avec lui ses quelques trente sygmas et leurs kemmas, accompagnés de nombreux sygmys de différents âges. Il y en avait tellement de tout petits, trottinant aux côtés des plus grands, qu'elle en eut le cœur serré.
...
L'Okussa, épave du vaisseau d'exploration des colons…
Poussant un soupir agacé, Shura fit tourner la toute petite clef qu'il tenait dans sa main.
— J'aime pas trop cette idée, grommela-t-il en balayant le pupitre de commande d'un rai de lumière.
Au creux de sa paume en sueur, le manche de sa lampe torche glissait sans arrêt. Il s'essuya le front sur sa manche et cligna des yeux. Il n'en pouvait plus d'avoir chaud tout le temps.
— Moi non plus, déclara la grosse voix d'Aldébaran dans son oreillette. Mais le commandant l'a ordonné.
— Qu'est-ce qu'il en a à foutre, lui, de Milo ! renchérit agressivement Shura. Il n'a jamais blairé les I.A !
— Arrêtes de t'en faire comme ça et branche cette clef.
Soupirant encore une fois, Shura braqua sa lampe torche sur le petit objet qu'il tenait dans la main. Les codes sources de Milo se trouvaient là.
— T'es sûr de toi, camarade ? demanda-t-il néanmoins.
— En théorie ? répondit Milo sans attendre. Oui. En pratique, non. Mais on a qu'un seul moyen de le savoir.
— Et comment on peut être sûrs que cette Athéna n'est plus là ?
— Dès le moment où le Sanctuary a ordonné l'arrêt du réacteur, elle n'a plus eu accès à cette navette. Ce serait pareil pour moi, si le Scorpio venait à être éteint je ne pourrais plus y accéder… enfin, pas dans le sens où un humain l'entend.
— C'est-à-dire ?
— Je pourrais toujours me promener dans les fichiers qu'il contient mais c'est tout, je ne pourrais pas directement agir dessus, comme mettre les recycleurs d'air en route ou des conneries de ce genre. Le réseau n'est pas palpable.
— Donc si on rallume, elle pourrait se manifester à nouveau, elle pourrait tout à fait se trouver encore dans cette navette ?
— En théorie ?
— Ça va, vous ne voulez pas du thé et des gâteaux ? les coupa Aldébaran, grognon. Il fait chaud là-haut et je suis crevé. Branches cette foutue clef !
Shura marmonna une réponse inintelligible puis promena à nouveau le faisceau de lumière sur le pupitre, à la recherche de l'embout adéquat. Il s'approcha, chercha encore plusieurs secondes avant de le localiser.
— OK, je l'ai, déclara-t-il en approchant la clef. Prêts ?
— Oui, confirma Milo sans attendre.
— Vas-y, répondit Aldébaran au même moment.
Il retint son souffle tout en enfonçant la clef, qui s'emboîta parfaitement, et resta immobile sans respirer, simplement à l'écoute. D'abord, il ne se passa rien.
— Milo, t'es toujours avec nous ? demanda-t-il finalement.
Seul le silence lui répondit.
— Milo ?! appela-t-il encore en se redressant.
— Milo ! s'écria Aldébaran dans son oreillette, sa panique faisant écho à la sienne.
Dans le silence de ce huis-clos souterrain, Shura avait l'impression de manquer d'air. Il n'y avait rien dans cette épave si ce n'est des squelettes, la mort, l'obscurité et le silence.
— Milo, putain ! rugit Aldébaran à nouveau.
Un rire amusé s'éleva alors et ils entendirent la voix pas tout à fait humaine de l'I.A leur dire :
— Je vous ai fait peur, hein ?
— Petit con ! s'écria Shura, le cœur au bord des lèvres.
— Combien de fois il va falloir que je te dise de ne pas faire ça ! rugit Aldébaran à son tour. Si c'était possible, je t'ordonnerai de faire des pompes et des tours de terrain jusqu'à ce que t'en gerbes !
— Désolé, rigola encore Milo. C'était trop tentant.
Soudain, il y eut un déclic étrange et Shura sursauta. Les lumières s'allumèrent si soudainement tout autour de lui qu'il dut fermer les yeux, ébloui. Un vrombissement résonna, comme le souffle profond d'un animal endormi, et un frisson le parcourut. Quels secrets se cachaient dans les circuits longtemps endormis qu'ils venaient de réveiller ?
— Comment ça se passe pour toi ? demanda Aldébaran. Tu détectes une présence hostile ?
— Non, capitaine, répondit Milo avec une certaine tristesse. Je suis le seul maître à bord.
— C'est plutôt une bonne nouvelle, non ?
Shura fut quelque peu surpris lorsque Milo mit quelques secondes à répondre par l'affirmative. Puis il comprit que, bien qu'il soit très proche d'eux au point que, parfois, il en oubliait lui-même qu'il n'était pas humain, il avait sans doute espéré rencontrer quelqu'un qui soit comme lui. Quelqu'un qui évolue dans le même monde que lui, quelqu'un susceptible de le comprendre bien mieux qu'eux-mêmes ne le pourraient jamais.
— Le fait qu'Athéna ne soit plus du tout là, tu l'expliques comment ? demanda-t-il avec une gentillesse non préméditée.
— Soit le Sanctuary est beaucoup trop loin pour qu'elle puisse encore avoir accès à cette navette, répondit Milo d'un air songeur, soit… il a été détruit. Et elle avec.
Un silence penseur accueillit ses paroles. Shura en profita pour détailler le pupitre de commande. Comme il n'avait jamais pénétré dans la capsule de pilotage du Scorpio, il était bien incapable de dire si les deux étaient similaires. Tous les écrans, tous les boutons et toutes les manettes étaient illuminés d'un doux bleu pâle auquel ses yeux s'habitèrent très vite. Il vit alors, à l'extrémité droite, une petite lumière rouge. Il s'approcha.
Plantées à la verticale, il y avait deux petites plaques d'acier de la taille de la paume d'une main qui lui évoquèrent son terminal, hormis que ce dernier était transparent. La lumière rouge indiquait simplement qu'apparemment, une plaque manquait.
— Tu sais ce que c'est, ces trucs ? demanda-t-il à la volée.
— Quels trucs ? répliqua Milo.
— Je te transmets un visuel ?
— Dis-moi plutôt s'il n'y a pas quelque chose d'écrit, une numérotation par exemple.
Shura se pencha sur le pupitre. Il dut utiliser sa propre lampe torche pour être sûr de lire correctement les quelques lettres qu'il trouva gravées sous les plaques.
— M.P.H trois, lut-il avant d'arquer un sourcil. Ça t'évoque quelque chose ?
— Je vais chercher dans les fichiers de maintenance.
Il en profita pour faire le tour de la capsule de pilotage en attendant, et tout à coup il trouva cette épave beaucoup moins étouffante ainsi éclairée.
S'ils avaient pris la décision de rallumer le réacteur, c'était pour tenter de savoir ce qui était arrivé exactement à l'équipage. L'équipement d'analyse du Scorpio avait daté les ossements trouvés dans le siège de pilotage quelques jours plus tôt et estimé l'âge de la victime – le médecin de bord Kim Son Mi en l'occurrence – à environ trente ans. L'âge qu'elle avait au début de cette mission. Elle n'était donc pas morte de vieillesse.
— La première chose à faire, c'est de vérifier les réserves de nourriture et d'eau, déclara Aldébaran dans son oreillette. Algol, Dante et Capella, je vous laisse gérer ça.
Les trois soldats répondirent par l'affirmative. Milo revint quelques secondes plus tard et annonça :
— Messager Projector Holographic, version trois. À lire avec un accent british, of course.
— Tu m'ôtes les mots de la bouche, répliqua Shura en se laissant tomber dans le siège de pilotage. Et ça signifie quoi, en gros ?
— C'était un gadget sympa, créé quand les concepteurs ont commencé à travailler les holographes. En gros, c'est l'ancêtre de la technologie qui anime la salle d'entraînement sur l'Antarès. Tu t'enregistres devant une caméra et le M.P.H diffuse ton message en créant un petit holographe de toi.
— C'est tout ?
— Oui. Un truc de riche.
Shura gloussa. Puis il se souvint qu'un cadavre avait été retrouvé là où il venait de s'assoir et il se releva comme si quelque chose l'avait piqué.
— Il en manque un, constata Milo soudainement.
— C'est pour ça que je te demandais ce que c'était, renchérit le lieutenant. Je crois qu'il y en avait trois, j'ai un emplacement vide signalé par une lumière rouge.
— C'est la plaque d'émission, elle est manquante.
— Ça veut dire qu'elle a été déposée quelque part ?
— Je ne sais pas. Peut-être.
— Tu n'as pas de moyens de la localiser ?
— Non.
— Pourquoi il en manquerait une ?
— Un message a été enregistré. La plaque sert à le diffuser.
Shura fronça les sourcils. Lui qui pensait trouver des réponses, voilà qu'en réalité de nouvelles questions venaient s'ajouter aux anciennes.
S'il comprenait bien, quelqu'un, peut-être Kim Son Mi, avait enregistré un message holographique puis envoyé le M.P.H quelque part pour le transmettre. Mais où ?
— Ce message, dit-il doucement, il a été sauvegardé ?
— Oui, répondit simplement Milo. Je peux le lire si tu veux.
Le lieutenant pris un moment pour réfléchir. Et si cela ne faisait qu'un problème de plus ?
— J'en ai marre, grommela-t-il.
— Lances-le, ordonna Aldébaran, sa grosse voix autoritaire résonnant dans son oreillette.
Un grésillement léger s'éleva des haut-parleurs avant qu'une voix d'outre-tombe entrecoupée ne se fasse entendre. Elle disait :
« Ici… Son Mi. Le Sanct… a… donné. Le Messager… survivants. Avons découverts… hosti… venus du ciel. Nous… démon… sur ordre du ca… Naga… … ne laisserons pas gagner… »
...
L'Okussa, an 2582, 82ème jour d'exploration au sol…
Tout en tentant de se faire le plus discret possible, Shaka s'installa derrière quelques herbes compactes afin d'observer. À quelques mètres de lui, Mû se reposait, allongé aux côtés de l'un des Daley qui tressait à son tour, reprenant la même corde sur laquelle l'autre travaillait depuis un moment déjà. Il les regarda quelques minutes, ne bougeant que pour cligner des yeux.
— Mode espion activé ? lui demanda une voix dans son dos.
Il sursauta et se redressa. Le surplombant, les bras croisés sur le torse, Aiolia lui adressa un sourire moqueur. À ses côtés, Aioros eut une moue d'excuse.
— Tu m'as fait peur, gros débile ! s'énerva Shaka.
— Hey, je ne suis pas gros ! répliqua l'autre d'une voix grondante.
— Fermes-la et baissez-vous, ils vont nous voir.
Les deux soldats obéirent et s'assirent à ses côtés.
— Et donc, pourquoi tu les espionnes exactement ? lui demanda Aiolia en attrapant une herbe qu'il plia pour en attraper l'extrémité.
— Ça fait presque vingt jours qu'on est avec eux et je n'ai pas vu un seul couple se… enfin, avoir…
Les joues de Shaka se colorèrent tout à coup d'un joli rose et, souriant, Aiolia mit dans sa bouche les graines qu'il venait de cueillir puis se pencha pour lui dire tout bas :
— Tu ne les as pas vu faire des trucs interdits au moins de seize ans ?
Shaka lui adressa un regard à la fois vexé et énervé qui lui arracha un rire. Installé à côté de son cadet, Aioros leva les yeux au ciel et sortit son terminal d'une poche de sa ceinture.
— C'est malin, grommela le médecin.
— Ils sont peut-être pudiques, répliqua Aiolia en mâchonnant.
— Pudeur ne rime absolument pas avec vie nomade.
— Non. Effectivement. Tu ferais un poète à chier.
Shaka soupira. Parfois, cela lui manquait de ne pas avoir de conversation intelligente avec quelqu'un.
Lorsqu'il vit le soldat cueillir à nouveau quelques graines, il lui attrapa les poignets, énervé, et dit :
— Arrêtes de bouffer ces trucs-là, c'est pas mûr je te l'ai déjà dit, tu risques une diarrhée, lâches !
Pendant que ces deux-là se chamaillaient, l'un tentant de récupérer ses mains pendant que l'autre s'évertuait à lui faire lâcher ce qu'elles tenaient, Aioros éclata de rire. Terriblement gêné, Shaka abandonna tout en déclarant :
— Après tout fais ce que tu veux, si ça t'amuse.
Heureux comme un enfant venant de subtiliser des bonbons au nez et à la barbe de ses parents, Aiolia mit les quelques graines dans sa bouche et les croqua. Cela avait un goût légèrement acidulé et il aimait beaucoup.
Les trois hommes gardèrent le silence quelques minutes. Shaka, qui avait repris son observation, vit Mû se redresser lorsqu'une silhouette approcha de lui.
— Hyôga a pu leur poser quelques questions, ou pas ? lui demanda Aioros.
— Pas encore. Il ne sait pas trop comment aborder le sujet.
— Quel sujet ? demanda Aiolia en s'allongeant.
— Celui du M.P.H manquant.
Évidemment, l'équipe restée près du Scorpio leur avait transmis les dernières paroles de Kim Son Mi enregistrées dans les archives de l'épave. En toute logique, ce fichier n'aurait jamais dû être autant détérioré, même après trois cent ans d'après Milo. Une seule explication : quelqu'un avait tenté de l'effacer.
Marine et Shaka étaient rapidement arrivés à la conclusion que la plaque manquante, le Messager Projector Holographic, se trouvait dans l'une des cinq Tours. Voilà comment ce message avait fait pour passer d'une génération à l'autre parmi la population de l'Île : il était lu par les emmas, transmis aux kemmas qui eux-mêmes, en rejoignant une Horde, le transmettaient à leurs sygmys. Mais il ne s'agissait que d'une théorie et ils avaient besoin d'en être sûrs. Sans compter qu'il était fort probable qu'ils récupèrent le message dans son entièreté si la plaque était remise en place sur le pupitre de la navette.
Avec ce que Kim Son Mi y disait, il n'était pas étonnant que les autochtones aient inventé une légende à propos de Messagers venus du ciel pour combattre Naga et ses démons. Quant à ce nom à moitié inaudible, il désignait en réalité le commandant de bord du Sanctuary : Hikaru Nagatomi.
— Et quoi ? lança Aiolia. Il ne suffit pas de leur poser la question ?
— Ils nous acceptent dans la Horde parce qu'ils sont persuadés que nous sommes les Messagers et que nous combattrons ces fameux démons, répondit Shaka en regardant Mû donner quelque chose à Shun. Si on pose trop de questions ils vont finir par se rendre compte que nous sommes des imposteurs, et je ne suis pas vraiment sûr qu'ils le prennent bien.
Aiolia acquiesça d'un signe de tête. Appuyé sur les coudes, il ressemblait à un vacancier venu profité d'un moment de détente au bord de la mer avec ses lunettes de soleil sur le nez. Shaka regarda Shun partir en serrant précautionneusement contre lui ce que l'autre kemma lui avait remis. Il fronça les sourcils lorsqu'il le vit s'accroupir près du sygma aux cheveux foncés, celui qui ne cessait de saigner du nez.
Ce qui se passa ensuite lui fit écarquiller les yeux et il se pencha davantage tout en écartant quelques herbes devant lui pour mieux voir. Puis il dit simplement :
— Oh !
...
Shun n'avait plus osé reparler à Hyôga après l'incident. Il n'avait compris ce qu'il s'était passé qu'après ce que Mû leur avait révélé. Il n'était pas étonnant que ce don que Sonmi leur avait fait soit dangereux sur un kemma, puisqu'il était destiné à calmer les sygmas, bien plus costauds.
Évidemment, cela lui avait fait très peur. Non seulement parce qu'un Messager avait braqué sur lui une arme qui avait tué un Sans-Horde d'un seul coup, mais aussi parce que Hyôga avait failli en mourir. Et Shun aimait sa compagnie, de même que sa douceur et toutes les choses dont il lui avait parlé.
C'était la première fois qu'il voyait un kemma blond aussi fort. Ses muscles n'étaient pas aussi impressionnants que ceux d'un sygma mais il paraissait évident qu'il savait se défendre. Ce qui expliquait qu'il attire moins l'attention que l'autre blond de leur groupe, plus grand et plus délicat en apparence. Mais outre son physique, Hyôga avait su lui redonner courage et confiance simplement en lui parlant. Il lui avait révélé que, s'il était là aujourd'hui, prêt à combattre Naga, c'était parce qu'il l'avait choisi. Sa détermination était telle que les sygmas l'avaient emmené avec lui, alors qu'eux-mêmes étaient déjà extraordinairement puissants avec leurs couteaux à la lame scintillante et leurs armes étranges au pouvoir impressionnant.
Et pourtant, Shun l'avait presque tué malgré sa propre faiblesse. Le don que Sonmi leur avait offert était-il à ce point fort ?
Il voulait savoir. Il voulait voir à quel point il pouvait l'être.
— Ta blessure s'infecte, dit-il doucement lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques pas.
Kagaho se retourna brusquement et braqua derechef son regard sombre dans le sien, un grognement d'avertissement roulant déjà dans sa poitrine. Shun retint son souffle. Le sygma saignait encore du nez et ses yeux étaient fiévreux. La flèche qu'il avait reçu de Saga lui avait laissé deux blessures : celle se trouvant juste sous sa clavicule cicatrisait déjà mais l'autre dans son dos au-dessus de l'omoplate gauche, par où le trait était ressorti, n'était pas belle du tout. Quant à son combat avec le Sans-Horde, à qui il avait fait face pour le sauver, il lui avait laissé une vilaine trace de griffure sur le flanc.
— Mû m'a donné ce baume, reprit le kemma en présentant le pot qu'il tenait dans ses mains. Il m'a demandé de t'aider à l'appliquer.
— Va-t'en, gronda Kagaho en réponse avant de se détourner.
Se mordant la lèvre, Shun hésita un instant. Il avait évidemment peur. Il était rare que les sygmas s'en prennent aux kemmas mais dans l'état où se trouvait celui-ci, n'importe quoi pouvait arriver. Il regarda en arrière et vit que Mû l'observait.
Il prit une grande inspiration et redressa les épaules pour se donner du courage. Il ne voulait pas seulement se prouver à lui-même de quoi il était capable ; dans un élan d'orgueil, il voulait aussi le prouver à Mû et, par extension, aux Daley.
Il s'installa doucement à côté de Kagaho qui fit immédiatement un écart pour s'éloigner tout en lui adressant un regard très agressif. Mais Shun, le cœur battant si fort qu'il le sentait cogner dans sa gorge, le défia ouvertement et fronça les sourcils.
— Ne bouge pas, ordonna-t-il en posant doucement le pot par terre. Mû m'a demandé de t'aider, il veut que tu te soignes correctement.
Kagaho grogna encore un peu lorsqu'il le vit prendre, au creux de sa main, un peu de la pâte verte qui se trouvait dans le récipient, mais détourna finalement la tête, le dos voûté. Comme s'il abandonnait.
Shun se redressa, appuyé sur les genoux, et le surplomba quelque peu tout en approchant doucement ses doigts de la blessure infectée. Lorsqu'il toucha la peau, il en sentit la trop grande chaleur et ne put s'empêcher de détailler davantage le sygma qu'il entendit siffler de douleur. Il tremblait légèrement de façon incontrôlable et une fine couche de sueur recouvrait sa peau.
Il étala le baume aussi bien que possible, prenant soin de recouvrir toute la plaie comme le lui avait conseillé Mû, quitte à remettre un peu de pâte. Kagaho ne fit pas un seul mouvement. Shun l'entendait respirer fort et laborieusement. Il avait l'air très malade mais avait malgré tout gardé toute sa force. Il le revoyait encore percuter ce Sans-Horde et le projeter contre un arbre. La façon dont il l'avait tué était particulièrement horrible et Shun avait été incapable de regarder, mais s'il parvenait à le soigner cela l'aiderait peut-être à contrôler toute cette violence qu'il avait en lui.
Indéniablement, il fut attiré par l'étonnante couleur des cheveux du sygma. Le violet ne se rencontrait normalement que chez les kemmas et dans les tons le plus souvent clairs, mais les nuances dans la chevelure de Kagaho variaient du bleu au violet très foncés dès qu'il se mouvait. De fait, à force de l'observer, il fut incapable de définir laquelle de ces deux nuances prédominaient. Sans s'en rendre compte, il tendit son autre main et, lentement, glissa ses doigts entre quelques mèches.
Le sygma eut un sursaut et se baissa, comme si quelque chose l'avait piqué. Un grognement agressif passa immédiatement la barrière de ses lèvres et ses yeux lancèrent des éclairs de colère. Shun retint son souffle. Ainsi levé vers lui, noyé sous la lumière, le regard du sygma étincelait de cette couleur étonnante.
— Tes cheveux ne sont pas noirs en fait, déclara-t-il en sentant un long frisson le parcourir des pieds à la tête.
Kagaho répondit en montrant les dents.
— Je trouve ça beau, souffla Shun sans réfléchir.
Le grognement cessa aussitôt. Les yeux ronds, Kagaho le regardait comme s'il ne croyait pas à ce qu'il venait d'entendre. Sa respiration était plus courte, plus erratique, et ses tremblements semblaient plus forts.
Lentement, Shun baissa son visage vers le sien. L'autre ne bougea pas, ne tenta ni de s'éloigner ni de le repousser, le laissant simplement s'approcher avec de la peur dans le regard. Puis leurs lèvres se touchèrent enfin.
Kagaho eut un léger recul, plus par réflexe qu'autre chose, mais Shun accompagna le mouvement et se redressa encore, une main poser sur l'épaule solide du sygma pour garder son équilibre. À mesure qu'il sentait ce dernier s'effrayer, il gagnait en confiance. Il s'éloigna brièvement, passa la langue sur ses lèvres, puis l'embrassa à nouveau.
Soudain, Kagaho le repoussa brutalement. Projeté sur le côté, Shun heurta douloureusement le sol mais se releva immédiatement, prêt à s'enfuir, lorsqu'il vit le sygma, le souffle apparemment coupé, tomber lentement en arrière, comme s'il n'avait plus aucune force.
Le cœur battant à tout rompre, il hésita un moment. Puis s'approcha très lentement.
Kagaho avait les pupilles tellement dilatées que ses yeux paraissaient, pour le coup, réellement noirs. Shun s'agenouilla à nouveau près de lui et attendit qu'il reprenne sa respiration. Lentement, le sygma sembla revenir à lui. Il prit appui sur ses coudes pour se redresser, les yeux écarquillés, et tenta à nouveau de reculer lorsque le kemma s'approcha.
Il l'embrassa encore. Cette fois, Kagaho finit par fermer les yeux et poussa un soupir de soulagement avant de s'écrouler une seconde fois. IL n'avait plus mal à la tête. Ses tremblements avaient cessé. Il semblait paisible. Un grognement roula dans sa poitrine lorsqu'il prit une grande inspiration, profonde et calme.
Shun sentit sa poitrine se gonfler de fierté. Mû avait dit vrai. Il avait cette force en lui. Le don de Sonmi était puissant. Il décida de profiter que le sygma soit somnolent pour continuer ses soins. Il se leva, récupéra le pot puis contourna Kagaho pour s'accroupir derrière lui. Tout doucement, il tenta de l'inciter à rouler sur le côté. L'autre redressa la tête et entrouvrit les paupières pour lui adresser un regard brumeux.
— Laisses-moi te soigner, lui dit Shun d'une voix aussi douce que possible.
...
— J'y crois pas ! s'écria Hyôga, les yeux rivés sur le terminal que Shaka venait de lui tendre. Moi ça a failli me tuer en une seconde et lui ça l'a à peine ralenti !
Dohko, qui regardait lui aussi la vidéo de cet échange entre Shun et Kagaho qu'Aiolia avait filmé grâce à la caméra intégrée de ses lunettes, laissa échapper un rire. Marine arracha le terminal des mains de son collègue pour mieux voir.
— Tu avais raison ! déclara-t-elle avec un peu d'excitation dans la voix. Ce n'est pas une maladie… c'est effectivement une sorte de dégénérescence.
— Doucement, on ne sera sûrs de rien tant que je n'aurais pas fait d'autres analyses, renchérit Shaka.
— Comment t'as fait pour penser à un truc pareil ? lui demanda Hyôga en s'asseyant – il était hors de danger mais avait encore parfois quelques pertes d'équilibre.
— J'ai pensé aux hommes de Neandertal. Ils se sont lentement éteints sur Terre mais des recherches génomiques ont prouvé qu'il y avait eu hybridation entre eux et homo sapiens. Leur disparition aurait pu être causé par beaucoup de choses, dont des maladies génétiques, entre autres. Ce qui m'a mis la puce à l'oreille, c'est qu'il n'y a aucune trace de l'espèce avec laquelle les colons se sont reproduits. Pas de vestige, hormis les Tours, et pas de survivants non plus. Impossible pour une race de s'éteindre totalement en seulement trois cents ans, sauf bien sûr en cas de graves problèmes de santé. Et j'ai supposé que ledit problème s'était peut-être transmis à la nouvelle espèce.
Il se tut lorsqu'il se rendit compte que tous les autres le fixaient intensément et en silence. Aiolia, un sourcil arqué, semblait le prendre pour un extraterrestre et Dohko, la bouche entrouverte, s'était comme mis sur pause. Ce fut Seiya qui reprit le premier la parole :
— Des fois je me dis que ma vie serait nettement plus compliquée si j'avais un cerveau comme le sien.
— T'as pas de cerveau, lui répliqua Aiolia avant de demander brusquement : donc en fait, il n'y a pas d'épidémie ?
— Il semblerait que non, lui répondit Shaka. Mais encore une fois, je préfère ne rien affirmer tant que…
— Ouais, ouais. Merci pour la frousse, hein.
— Tu m'écoutes ou pas !
Son terminal, que Marine tenait toujours, émit un bip sonore. Cela ne se produisait que si un message leur était envoyé directement depuis l'Antarès. La jeune femme prit une minute pour le lire, l'expression de plus en plus sombre. Shaka sut, avant qu'elle ne parle, que les nouvelles n'étaient pas bonnes.
— Le commandant nous retransmet les dernières nouvelles reçues de la Terre, dit-elle gravement. Une nouvelle forme de l'UBT ferait apparemment des ravages, et les conflits ont repris…
Le silence fut tout ce qu'elle obtint comme réponse. Elle soupira, les bras le long du corps, et dit :
— On ferait peut-être mieux de rentrer, d'abandonner la mission.
Aiolia se tourna vivement vers elle, l'air un peu ahuri.
— Quoi ?! lança Hyôga.
— Il n'y a rien ici ! renchérit-elle vivement. On perd notre temps !
Shaka s'approcha lentement d'elle et, tout en la fixant très intensément dans les yeux, lui dit :
— Cette découverte qu'on vient de faire peut tout changer. Il faut que je fasse de nouvelles analyses. Peu importe quel problème touche les sygmas, quelque chose dans la salive des kemmas ralenti le processus, ça pourrait peut-être nous aider.
Marine soupira. Elle leva le bras et regarda à nouveau l'écran du terminal. La vidéo tournait en boucle, lui montrant Kagaho qui, lentement, tombait en arrière après le premier baiser.
— Et de toute façon, c'est un peu tard pour retourner sur Terre, non ? lança Dohko. Ça va nous prendre huit ans pour rentrer, il sera peut-être trop tard d'ici là. Et quelle aide on pourrait bien apporter, de toute façon. Autant qu'on aille au bout de la mission.
Aioros lui lança un regard courroucé auquel l'autre répondit d'un haussement d'épaules.
— Bravo, soupira Aiolia. T'as le chic pour remonter le moral des troupes.
— Je suis mécano, répliqua son compagnon d'armes, agacé. Mon boulot c'est pas de faire des discours, c'est de visser et dévisser. Et j'en ai marre de vous entendre dire que cette mission est foirée. On a abandonné notre planète, on a dormi des années, on a laissé derrière nous des gens qui meurent par milliers, alors arrêtez de dire qu'on a échoué. Pas tant que cette mission n'est pas terminée.
Cette fois, ce fut lui que les autres regardèrent comme si une deuxième tête venait de lui pousser.
— Et après c'est moi qui démoralise tout le monde ? continua-t-il sur le même ton. Écoutez-vous d'abord, on en reparle après !
Il se tut, soupira par le nez comme un taureau furieux et conclut en disant :
— J'ai chaud, j'ai soif, j'en ai marre de bouffer des fruits et des racines, et je peux savoir pourquoi Hyôga a embrassé un putain de kemma et pas moi ?!
...
Avec un sourire en coin, Mû récupéra le pot que Shun lui tendait en rougissant.
— Merci, lui dit-il. Je suis sûr qu'il ira mieux maintenant.
Kanon attendit que le plus jeune se soit éloigné avant de dire à son kemma :
— Tu peux être vicieux, parfois.
— Et en plus de ça, j'obtiens toujours ce que je veux ! rétorqua Mû avant de poser le récipient.
Il s'étendit et poussa un soupir tout en regardant le sygma tresser la corde sur laquelle lui-même travaillait depuis un moment.
— Ça ne t'ennuie pas trop que Camus soit parti ? lui demanda-t-il après un moment de silence.
— Bien sûr que si, répondit immédiatement Kanon. C'était un bon sygma.
Il leva brièvement les yeux pour fixer quelque chose, ouvrit la bouche mais la referma sans dire ce qu'il avait manifestement envie de dire. Mû sourit. Il n'eut pas besoin de se relever pour voir ce que le sygma avait regarder ainsi, il savait qu'il s'agissait de Shiryu.
Bien sûr, Kanon prenait soin de lui et d'Aphrodite de la même façon que Saga, il était doux et les protégeait sans doute plus rageusement, mais Mû avait toujours senti que son attachement pour eux lui était davantage dicté par une sorte d'honneur. En d'autres termes, les sentiments de Saga semblaient plus réels.
Jamais il n'avait vu Kanon éprouver une telle attirance pour personne. Il laissait très rarement parler ses émotions. Toutefois, face à Shiryu, il semblait être quelqu'un d'autre. Il avait préféré sacrifier un sygma pour le garder.
Cependant, grâce à un joli retournement de situation, il avait dans le même temps gagné un autre sygma. Évidemment, Kagaho n'était pas totalement tiré d'affaire, car son état était grave et un seul bref échange avec un kemma ne le guérirait que pour un temps très court. Bientôt, il allait en avoir besoin à nouveau. Mais Mû ne s'en inquiétait pas. Les choses démarraient très bien et il avait eu raison de supposer que Shun, très curieux et incroyablement peu craintif, pouvait être celui qui l'aiderait.
Alors, ce deuxième bisous vous a plu ? :P
Qu'est-ce que vous pensez de ce message ?
Dans le prochain chapitre : zut, la nuit tombe !
À dans 10 jours :D
