Shun fut quelque peu choqué lorsque, tout à coup, alors qu'il aidait Aphrodite à tendre un drap, il repensa à Sage. Depuis combien de temps ne s'était-il plus remémoré le vieil éleveur ? Son visage apparaissait flou dans ses souvenirs, les traits incertains. Cela lui serra le cœur et le recouvrit d'un voile de tristesse.

Ses paroles, cependant, avaient gardé leur clarté, et son chagrin fut rapidement remplacé par un intense sentiment de fierté.

Il avait réussi. Il avait bien failli abandonner, et sans le secours de ses amis il ne serait sans doute pas là désormais, mais il y était tout de même arrivé. Il avait quitté l'Osha, intégré une Horde et… trouver un sygma, peut-être ? Ses yeux cherchèrent instinctivement Kagaho.

Avoir un sygma lui paraissait être un rêve tellement irréalisable qu'il n'avait jamais pris le temps de se demander s'il avait une préférence particulière. Bien évidemment, il s'était toujours plus ou moins imaginé en rejoindre un fort, courageux et doux, mais c'était sans doute ce que tous les kemmas désiraient.

Bien que Kagaho soit incroyable puissant – quoi qu'il ne doutât pas que cette force soit en partie dû à son extrême agressivité – il semblait en parallèle être particulièrement peureux sur certaines choses. Mû lui avait révélé qu'il n'avait jamais possédé de kemma. Comme Shun, il était donc totalement novice à ce sujet mais, contrairement à lui, craignait d'en découvrir davantage.

Lors de ce baiser qu'ils avaient échangé, lorsque Shun avait vu cette incertitude dans les yeux sombres du sygma, cette peur dans son regard, il s'était senti plus fort, plus sûr de lui. Et cela lui avait fait du bien de penser qu'il était, des deux, celui qui avait le moins de craintes.

Quand la tenture fut correctement tendue et les herbes se trouvant dessous toutes arrachées pour être mises à sécher, Shun aida ensuite à peler certains fruits. Les pépins étaient jetés, la chair mise de côté pour la préparation d'une compote et la peau suspendue à une ficelle. Une fois sèche, elle se transformait en une petite gourmandise à la fois acidulée et sucrée dont beaucoup raffolaient.

Il s'assura qu'Aphrodite et Mû n'aient plus besoin de son aide avant de s'éloigner. Il s'approcha de Kagaho, occupé à changer la corde d'un arc. Lorsqu'il l'entendit, ce dernier se retourna doucement et lui lança un regard indéchiffrable. Il paraissait bien plus calme à présent, malgré que leur échange ait été bref. Il ne saignait plus du nez, n'avait manifestement plus de fièvre et était moins prostré. Toutefois, Shun se doutait qu'il n'était pas totalement tiré d'affaire car il frissonnait encore beaucoup.

— Tu veux bien m'apprendre à m'en servir ? lui demanda-t-il en désignant l'arc.

Surpris, Kagaho haussa les sourcils. Apparemment, il ne s'attendait pas à ça. Il le fixa encore un court moment avant de simplement acquiescer.

— Tu n'y arriveras pas avec celui-là, dit-il néanmoins. La corde est très tendue, il faut beaucoup de force pour la tendre.

Shun frissonna malgré lui en entendant sa voix. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle soit si pausée et si profonde.

— Je vais t'en faire un avec une corde plus lâche, continua le sygma en s'emparant de son carquois plein de flèches. Tu ne pourras pas tirer très loin avec mais au moins tu apprendras à tendre et à viser. Ne bouge pas, je reviens.

Il partit alors vers les arbres. Vexé, Shun le regarda s'éloigner. Il avait la désagréable impression que le sygma l'évitait.

Agissait-il ainsi parce qu'il ne l'intéressait pas du tout ou n'était-ce que parce que, intimidé, il ne savait comment se comporter avec un kemma ?

Attristé, Shun baissa les yeux. Ses pieds disparaissaient dans les herbes fraîchement coupées mais pas ses jambes maigrelettes. Son pagne s'arrêtait légèrement au-dessus des genoux ; il le portait serré à la taille ce qui laissait son torse nu. Ses côtes étaient visibles sous sa peau à cause de tout le poids qu'il avait perdu.

Aucun sygma sain d'esprit ne voudrait jamais d'un kemma si mal en point. Il devait être plus fort, plus résistant, s'il voulait pouvoir donner naissance à un sygmy. Au seul sygmy qu'il n'aurait jamais.

Toutefois, s'il choisissait Kagaho, le petit hériterait de sa couleur de cheveux. Il en allait toujours ainsi. À quoi ressemblerait sa vie alors ? Craint, méprisé, fuit ou, pire, pourchassé. Ceux qui, comme lui, avaient les cheveux noirs, ne méritaient pas de subir tout cela. Ils n'étaient pas différents des autres, et sans doute étaient-ils même plus reconnaissants d'avoir une chance de pouvoir vivre. Si la vie de Kagaho était à présent en danger c'était uniquement grâce aux superstitions et aux préjugés que les autres entretenaient à son égard. Il avait été mis de côté, craint par les sygmas, ignoré par les kemmas, et il en payait le prix. Un prix qu'il n'avait pas voulu et pas mérité. Il chercha Shiryu du regard, la mine plus triste que jamais.

Son ami était assis sous la tenture qu'il avait dressé avec Aphrodite et aidait ce dernier à coudre quelques vêtements pour la Longue Nuit qui arrivait. Derrière lui, Kanon l'observait sans être vu, la mine grave.

Les Daley les acceptaient lui et Kagaho sans peur. Ils étaient vraiment différents des autres, semblaient penser autrement. Shun comprit alors que quelqu'un aux cheveux noirs ne craignait rien dans cette Horde.

Et il n'était pas près d'oublier les Messagers, venus pour combattre les Démons. S'ils parvenaient à les vaincre tous définitivement, cette soi-disant malédiction finirait par disparaître avec eux. Un sygmy aux cheveux foncés pourraient alors grandir comme n'importe quel autre.

Shun prit une profonde inspiration en redressant les épaules. Il ne tenait à présent qu'à lui de devenir assez fort pour mener la vie qu'il avait toujours voulu mener ici, dans l'Okussa.

...

L'Okussa, an 2582, 85ème jour d'exploration au sol…

— Au bout d'un moment, quand faut y aller faut y aller ! déclara Dohko en vérifiant la charge de son pistolet à impulsion.

— Doucement avec ça, le réprimanda Shaka. Il n'y a personne à impressionner.

Le soldat lui adressa un regard vexé qu'il ne vit pas, occupé qu'il était à fouiller dans son sac. Personne n'ignorait qu'il était encore jaloux du succès qu'Aiolia avait eu en stoppant l'attaque des Sans-Horde avec son arme, allant même jusqu'à en tuer un. Car ce qu'ils s'apprêtaient à faire risquait très fortement de leur attirer des ennuis.

— Profitons-en tant qu'il n'est pas là, lança Shaka en se redressant. S'il nous voit lui parler on ne sait pas comment il pourrait réagir maintenant qu'ils sont proches.

— Ils n'ont pas l'air d'être… en couple, hasarda Aiolia en haussant les épaules. En tout cas, pas comme les autres.

— Sans doute parce que ce n'est que le début, il y a peut-être des étapes à respecter.

— Pourquoi ne pas demander ça à celui qui a les cheveux noirs, si ça risque d'être si dangereux ? demanda Seiya. Il n'a personne, lui.

— Bah oui, comme ça les Daley nous tomberont sur la tronche, imbécile, le réprimanda Dohko.

Ignorant ces deux-là, Shaka se tourna vers Hyôga.

— C'est bon pour toi ? lui demanda-t-il.

— Oui, répondit son collègue avec un sourire qu'il voulait rassurant.

— Dis-le si tu ne le sens pas, c'est quand même sur toi que ça repose.

— Le connaissant il doit plus se sentir coupable qu'autre chose. Il risquera peut-être d'avoir peur, c'est tout.

— Et si t'as envie de l'embrasser tu te retiens surtout, grommela Dohko sans le regarder.

Hyôga fronça les sourcils, une légère rougeur colorant ses joues. Ils décidèrent finalement de ne pas être trop nombreux, et seuls Shaka et Aiolia le suivirent. Dohko et Seiya restèrent en retrait, gardant à l'œil la lisière de la forêt là où le sygma aux cheveux foncés était entré.

Lorsqu'ils s'approchèrent de Shun, ce dernier ne fit que quelques pas en arrière. Il était manifeste qu'il avait peur, cela se lisait à son expression, néanmoins il leur fit face. Sans cesser toutefois d'adresser des regards hésitants à Aiolia. Manifestement, il se souvenait encore parfaitement bien du moment où Aioros avait braqué une arme sur lui.

Il sourit néanmoins lorsque Hyôga s'adressa à lui et leur conversation fut cordiale à défaut d'être amicale. Ils semblaient gênés l'un comme l'autre et Aiolia s'en amusa quelque peu. Son collègue avait terriblement honte depuis l'accident du baiser et se renfrognait dès que quelqu'un le taquinait à ce sujet. Le plus surpris avait évidemment été Dohko, mais Aiolia lui-même avait été très étonné de ce qu'il s'était passé.

Pour lui, Hyôga était quelqu'un de complètement désintéressé par le contact avec les autres. Il gardait ses distances, même dans ses expressions. Jamais une accolade, jamais un regard plus insistant que de coutume. Plus simplement, c'était quelqu'un de froid à ses yeux. Alors lorsqu'il avait appris qu'il avait embrassé un kemma sans lui demander la permission, il était resté sans voix et en avait été légèrement contrarié. Car pour lui, il s'agissait ni plus ni moins d'une agression sexuelle.

Sans compter qu'il ne pensait pas possible qu'il soit attiré par le genre masculin. Après tout, Marine lui avait révélé un jour que, si elle avait abandonné un frère derrière lui, le jeune homme avait quant à lui laissé une mère et une fiancée, là-bas, sur la Lune. Une preuve supplémentaire que, parfois, la sexualité d'un être humain n'est pas véritablement sûre, et qu'elle n'est pas non plus un choix. Lui-même avait toujours été attiré par les femmes uniquement mais il n'était pas impossible qu'un jour cela change. Il ne s'était jamais vraiment posé la question et n'avait jamais vraiment pris le temps d'y réfléchir mais la réalité c'est que cette idée ne le rebutait pas outre mesure, contrairement à ce qu'il pouvait bien dire à Dohko pour avoir la paix lorsque ce dernier lui parlait de ses coups d'un soir un peu trop crument.

Automatiquement, ses yeux glissèrent vers Shaka qui se tenait à ses côtés. Lorsque ce dernier lui renvoya son regard, il l'évita en tentant de lui faire croire qu'il regardait l'horizon. Un peu choqué, il fit tout pour ignorer l'idée étrange qui venait de jaillir dans son esprit et se concentra à nouveau sur la discussion entre Hyôga et le kemma.

Il les regarda très intensément plusieurs minutes, se concentrant sur les mots comme s'il pouvait les comprendre jusqu'à ce que Hyôga se tourne vers Shaka pour lui dire :

— Donnes-en un.

Le médecin sortit alors d'une des poches de sa ceinture un tube dans lequel se trouvait ce qui ressemblait de très près à un coton-tige, et il le lui tendit. Immédiatement, Shun fit un pas en arrière, les sourcils froncés. Hyôga eut beau lui parler gentiment en lui montrant ce qu'il tenait, le kemma restait immobile, le regard un peu dur, comme en alerte. Au bout d'un moment, Aiolia s'agaça.

— Arrêtes, râla-t-il en lui arrachant l'objet des mains. Il est en train de se demander où tu veux qu'il l'enfonce, ton truc !

— Bah, je ne connais pas le mot pour « prélèvement », bougonna Hyôga, vexé. C'est pas facile à expliquer.

— Est-ce que tu sais comment se transmettent la majorité des savoirs ? Les enfants ne font qu'imiter leurs parents quand ils apprennent. Regarde et apprends.

Aiolia s'approcha davantage du kemma qui, immédiatement, fit encore quelques pas en arrière. Tout en le regardant droit dans les yeux, il lui présenta le tube qu'il tenait, le dévissa, lui montra le coton-tige et, lorsqu'il se fut assuré que l'autre avait bien les yeux rivés dessus, il ouvrit la bouche, frotta l'extrémité du petit objet sur sa langue et contre l'intérieur de sa joue, puis le remit dans le tube.

— Voilà, déclara-t-il ensuite en se tournant vers Hyôga. Dis-lui bien que c'est tout bête et demande-lui s'il a bien compris.

L'interprète s'exécuta. Shaka sentit un petit sourire naître sur son visage. Il avait tendance à oublier qu'Aiolia avait l'habitude de devoir se débrouiller avec des gens terrorisés ne parlant pas la même langue que lui. Il avait donc manifestement développé quelques techniques l'aidant à communiquer sans avoir besoin de parler.

Shun accepta finalement et prit, un peu hésitant, le deuxième tube que Shaka lui présentait. Puis il exécuta les mêmes gestes qu'Aiolia à la perfection, à présent davantage curieux qu'effrayé, avant de le leur rendre. Souriant, Hyôga tendit la main pour le récupérer et c'est à ce moment que leur parvint un rugissement de colère qui les fit tous se tourner vers la lisière de la forêt.

...

La branche craqua bruyamment lorsqu'il tira dessus d'un coup sec. Il la tordit ensuite légèrement pour en examiner la souplesse puis testa l'équilibre en la faisant tenir sur sa paume ouverte. Il soupira et la jeta au loin.

Ce qu'il s'était passé avec ce kemma la dernière fois lui avait fait un bien fou. Il n'avait plus du tout mal à la tête, ne saignait plus du nez, et se sentait lucide pour la première fois depuis longtemps. Jamais il n'aurait imaginé que l'effet puisse être aussi puissant.

Bien sûr, le sygma avec qui il avait grandi un temps, et qui avait été un Daley, lui en avait beaucoup appris sur ce don que Sonmi avait donné aux kemmas et sur son importance. Toutefois, il avait mis un moment avant de comprendre que c'était ce qui le tuait à petit feu. Cela avait commencé lorsqu'il avait rejoint cette Horde, c'était la proximité de Mû, Aphrodite et Mime qui avait tout déclenché.

S'il avait tenté de repousser Shun lorsque ce dernier était venu vers lui, c'est parce qu'il avait peur de l'effet que sa présence avait sur lui. Mais les mots du kemma l'avait tellement surpris qu'il s'en était retrouvé incapable de bouger et encore moins de penser. Sans compter qu'une partie de lui, plus instinctive, savait qu'il devait accepter ce contact. Si Shun n'avait pas fait ça, il serait peut-être mort.

Il avait un peu honte de la façon dont ça s'était passé, dont il s'était conduit. Avec le recul, il aurait aimé être plus sûr de lui, plus intimidant peut-être. Mais ce qui était le plus gênant était sans doute le fait qu'il avait aimé ça. Et maintenant, il ne savait pas comment se comporter. Shun avait-il fait ça par simple pitié ou était-il vraiment intéressé par l'idée de l'avoir comme sygma ?

Et si c'était le cas ?

Avec un grognement, il sauta et attrapa une branche à plus d'un mètre au-dessus de sa tête puis se hissa facilement dans l'arbre. Il en avait choisi un à l'écorce plus clair que les autres, par sûreté. L'Œil de Sonmi commençait à plonger vers l'horizon. Il en était encore loin, évidemment, mais Kagaho avait vécu tellement longtemps parmi les arbres qu'il n'ignorait pas que, au plus profond de Mehwa, là où la lumière peinait à pénétrer leur frondaison épaisse, certains d'entre eux dont l'écorce était vraiment très sombre s'éveillaient particulièrement tôt. Parvenu à une certaine hauteur, il s'accrocha fermement d'une main à une branche au-dessus de sa tête et s'avança vers l'extrémité. Perdu dans ses pensées, il stabilisa mal l'un de ses pieds qui dérapa. Il se rattrapa de justesse et fronça les sourcils.

Il s'était tellement bien convaincu qu'aucun kemma ne voudrait jamais de lui qu'il se trouvait à présent dépassé par la situation. De fait, il n'avait jamais regardé Shun dans cet optique. Bien sûr, il se souvenait l'avoir vu à l'Osha, et avait même été un instant impressionné par sa ténacité face à la façon dont les emmas le traitaient, mais sans s'attarder sur lui plus que nécessaire. Pas même lorsque lui et ses amis avaient rejoints la Horde.

S'il l'avait défendu face au Sans-Horde devenu incontrôlable c'était par pur instinct et pour protéger les siens. Rien d'autre.

Véritablement, rien d'autre.

Il redescendit de l'arbre lorsqu'il parvint à couper, à l'aide de son couteau à la lame de pierre acérée, une fine branche solide et souple à la fois, parfaite pour fabriquer un petit arc.

Il était déjà en train d'arracher les pousses minuscules qui se trouvaient dessus ainsi qu'un peu d'écorce lorsqu'il sortit de la forêt. Plusieurs mètres sur sa gauche, il vit deux Messagers qui lui tournaient le dos ; plusieurs mètres devant lui se trouvaient les deux kemmas blonds avec l'un des sygmas qu'il reconnut. Il s'agissait de celui qui avait tué le Sans-Horde d'un seul souffle. Tous trois se trouvaient avec Shun qui, sans hésitation apparente, leur tendait la main.

Une colère subite le submergea tout à coup, lui brûlant l'esprit et la raison. Il poussa un rugissement puissant qui jaillit de sa gorge sans qu'il le commande, comme s'il avait sa volonté propre, et s'élança droit sur le groupe à une vitesse étonnante. Un cri lui parvint d'assez loin, assourdi par la rage qui le submergeait, et il sentit un remous violent dans l'air derrière lui qui faillit lui faire perdre l'équilibre.

Face à lui, le sygma poussa brutalement les deux kemmas aux cheveux blonds pour les mettre hors de sa trajectoire et se saisissait tout juste de son arme lorsque Kagaho le percuta de plein fouet.

...

Shaka heurta douloureusement le sol avant d'avoir compris ce qu'il se passait. Il entendit clairement la percussion reconnaissable du pistolet à impulsion et releva la tête au moment où un corps massif était propulsé dans les airs sur plusieurs mètres.

Il se remit debout, chancelant, et vit le sygma aux cheveux foncés atterrir lourdement dans les herbes hautes sous le regard effaré de Shun. À l'opposé, son arme à la main, Aiolia tentait de se redresser avec une grimace de douleur. Son arcade sourcilière gauche avait littéralement explosée sous le choc, colorant une partie de son visage de rouge.

Un grondement résonna, lui arrachant un frisson. Celui qui les avait agressés se relevait déjà. Il saignait lui aussi mais cela semblait couler de son nez. Le coup qu'il avait reçu et sa chute n'y était sans doute pour rien, il semblait plus vraisemblable que ce soit dû à sa condition. Il pensait que Shun l'avait soigné, mais apparemment un seul baiser ne suffisait pas à stopper ce qu'il pensait encore être une dégénérescence.

Le sygma chargea à nouveau. Shaka ne réfléchit pas davantage et s'élança à son tour pour l'intercepter sans même entendre l'appel de Hyôga qui tenta de l'arrêter. Il se plaça devant Aiolia qui lui cria quelque chose à son tour et serra les dents, prêt à encaisser. Mais, comme il l'avait espéré, l'attaquant s'arrêta dans un dérapage qui fit jaillir des mottes de terre et de la poussière autour de lui et poussa un autre rugissement terrible en le fixant intensément. Ses yeux sombres étaient noirs de colère et Shaka sentit un frisson désagréable de peur remonter jusqu'à sa nuque. Vu d'aussi près, le sygma était incroyablement impressionnant. Ses crocs étaient plus longs qu'il le pensait.

Un étau qu'il connaissait bien commençait d'oppresser sa poitrine lorsque Shun parvint près d'eux. Il parla avec autorité, manifestement plus agacé qu'effrayé, mais le sygma lui adressa à peine un coup d'œil. Il l'attrapa alors par le bras.

L'autre se retourna si violemment en poussant un grognement semblable à un coup de tonnerre que Shaka fit un pas en arrière. Shun recula lui aussi, incertain, un peu apeuré tout à coup, prêt à prendre ses jambes à son cou.

Cela sembla ramener le sygma à la raison. Il cessa d'émettre le moindre son, ferma la bouche et cligna des paupières, comme quelqu'un se réveillant d'un mauvais rêve. Shun lui parla à nouveau, très doucement cette fois, et lorsque l'autre voulut lui répondre il toussa à la place. Le sang coula de son nez sur ses lèvres. Il l'essuya en se détournant, honteux, puis commença à s'éloigner. Shaka le suivit des yeux et le vit tout à coup, après quelques pas, se prendre la tête dans les mains et tomber à genoux. Il se rendit alors compte que les bords de sa propre vision commençaient à s'obscurcir.

Il cligna plusieurs fois des yeux et prit une grande inspiration. Mais la peur qui enserrait encore sa poitrine l'en empêcha. Ce n'était pas le moment d'avoir une nouvelle crise.

Il tenta de respirer plus lentement et profondément. Hyôga le rejoignit.

— Ça va ? lui demanda-t-il.

— Oui, s'empressa de répondre Shaka avant de se retourner.

Lorsqu'il croisa son regard, Aiolia se laissa tomber au sol. Il lâcha son arme pour se tenir le ventre, grimaçant de douleur, le visage écarlate de sang. Au moment où Shaka s'agenouillait à ses côtés en fouillant dans son sac, Dohko et Seiya apparurent, essoufflés, armés tous les deux.

— C'était ouf ! s'écria le plus jeune.

— Désolé, déclara l'autre avec une grimace. Je l'ai vu, j'ai tiré mais j'ai mal visé, je l'ai manqué. Ça va ?

— Au top, prêt pour un footing, grommela Aiolia, les dents serrées.

Shaka lui adressa un regard inquiet tout en sortant un petit appareil de son sac. Il le déplia pour faire apparaître une plaque transparente et ordonna au blessé de relever son tee-shirt.

— T'as eu de la chance, dit alors Hyôga gravement.

Sans relever la tête, Shaka lui jeta un regard agacé par en-dessous, devinant qu'il s'adressait à lui.

— Je me suis dit que, hésita-t-il avant de déglutir. Que… qu'il ne me ferait rien. Ils croient que nous sommes des kemmas, et ils ne font pas de mal aux kemmas.

— C'était vachement risqué, insista Hyôga.

— Plus risqué que d'approcher celui que le sygma le plus dangereux de la Horde protège ?!

Ils se fixèrent, l'un énervé l'autre vexé, et réalisèrent en même temps que Shun n'était plus là. Shaka se retourna, devinant où il se trouvait, et vit le sygma tomber lentement dans l'herbe, la respiration courte et rapide. Shun, accroupit à ses côtés, leur adressa un regard désolé. Il avait du sang sur les lèvres. Sans doute venaient-ils à nouveau de s'embrasser.

— J'ai prévenu Aioros, déclara tout à coup Milo sur son canal privé.

— OK, merci, répondit-il avant de se concentrer à nouveau sur Aiolia pour lui demander : tu ressens une douleur aiguë dans la poitrine quand tu respires ?

— Nan, mais j'ai envie de gerber, répondit le soldat.

— Ton estomac a dû prendre un coup.

Il se tut, hésitant à poser les autres questions. L'impact avait été tellement violent qu'il n'était pas impossible que les dégâts soient beaucoup plus importants qu'il paraissait.

— Tu peux bouger les jambes ? demanda-t-il après une grande inspiration.

Aiolia lui adressa un regard paniqué avant de doucement lever la jambe droite en tremblant. Il poussa un soupir de soulagement et Shaka lui adressa un sourire en coin. Un signal sonore s'éleva de son appareil, lui indiquant qu'il était prêt, et il le plaça juste au-dessus de la peau de son patient, au niveau du diaphragme.

Des bruits de pas et d'herbe écrasée précédèrent de peu l'arrivée d'Aioros, de Marine et de l'un des Daley à leurs côtés.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda le lieutenant en fronçant les sourcils lorsqu'il vit l'état de son petit frère.

— Ils ont joué au bowling, répondit Seiya.

Dohko rangea son arme à sa ceinture sans répondre lorsqu'il vit le regard du sygma se poser dessus. Hyôga prit le relais pour expliquer la situation à ce dernier. Ils discutèrent brièvement avant qu'il ne s'éloigne pour rejoindre Shun, toujours accroupi à côté de celui qui les avait attaqués. Shaka termina de promener l'écran sur le torse et le ventre d'Aiolia avant de dire :

— Tu as trois côtes cassées. Tes poumons ne semblent pas touchés et je n'ai pas vu d'hémorragie. Tu as eu énormément de chance.

— Youpi, ironisa Aiolia. Je jouerais bien mais je ne sais pas où acheter de ticket à gratter, ici.

— Dis-moi si tu as des douleurs dans la poitrine. Je vais bander ça.

Tout en fouillant à nouveau dans son sac, il déclara à l'intention du chef d'équipe :

— Il ne peut pas rester ici.

— De toute façon on ne laisse aucun blessé grave sur le terrain, acquiesça l'autre en réponse.

— Mon cul ! éructa Aiolia en tentant de se redresser. Même pas en rêve je me tire la queue entre les jambes !

— Ta fierté tu la mets dans ta poche et tu t'assoies dessus, gronda le médecin en l'attrapant par une épaule pour le stopper. Et arrête de bouger.

— Milo, préviens Aldébaran s'il te plaît, déclara calmement Aioros. Demandes-lui de me contacter sur mon terminal pour que je sache la marche à suivre.

— OK, chef, répliqua l'I.A.

— Comment ça ? lui demanda Dohko.

— Aiolia ne pourra pas rentrer tout seul, mais si l'un de vous va avec lui on ne sera plus assez nombreux ici pour assurer une protection efficace en cas de danger. Sans compter que je préfèrerai que Shaka l'accompagne. Et sans un médecin, personne ne reste sur place c'est le règlement.

— Ah.

— Mais, hésita Hyôga. On a encore des choses à faire ici, il faut qu'on sache pour le message holographique !

Aioros lui adressa un regard grave et autoritaire avant de répondre :

— Dans ce cas il va falloir que tu accomplisses cette mission avant qu'Aldébaran ne me confirme le retour au campement et qu'on se mette en route. Ce qui te laisse une heure, grand maximum.

Un silence gêné lui répondit.

— Vous avez eu le temps de faire les prélèvements que vous vouliez ? demanda Aioros après seulement quelques secondes.

— Oui, répondit Shaka avant de se redresser, une large bande de tissu miroitant à la main, pour demander sèchement : où est le tube ?

— Je l'ai laissé tomber ! répondit Hyôga après quelques brèves secondes d'hésitation.

— Putain, grommela Aiolia. Si vous me dites que je me suis pris une châtaigne pour rien, je vous démonte !

— Arrête de gigoter, le gronda Shaka.

Hyôga commença à s'éloigner, les yeux au sol, poussant les herbes du bout du pied.

— Dohko, aides-le à chercher, ordonna Aioros au mécanicien.

— À tes ordres, Saïd, répondit ce dernier.

— Et moi, je fais quoi ? demanda Seiya, son pistolet toujours en main.

— Viens me filer un coup de main, déclara Shaka. Mets-toi derrière lui et soutien-le pendant que je mets le bandage.

Le jeune soldat obéit promptement, rangea vivement son pistolet lorsque le médecin le lui ordonna et aida son compagnon d'armes à se redresser.

Tout en s'affairant, Shaka se rendit compte que sa crise était passée. Il avait réussi à la repousser sans avoir besoin d'injections. Et c'était bien la première fois.

...

— Je suis désolée pour ce qu'il s'est passé.

Surpris, Hyôga se retourna. Shun, un sourire hésitant aux lèvres, ne se tenait qu'à quelques pas de lui. Comme d'habitude, sa semi-nudité le gêna quelque peu. Évidemment, il comprenait pourquoi les autochtones s'habillaient si légèrement mais lui-même avait toujours été très pudique.

— Ce n'est pas de ta faute, lui assura-t-il en faisant un nœud à la lanière de son sac. Comment va-t-il ?

Le kemma jeta un bref regard derrière lui. Le sygma qui avait chargé Aiolia comme l'aurait fait un taureau furieux se tenait assez loin d'eux. Assis par terre, occupé à nouer des herbes, il ne leur accordait aucune attention. Il paraissait bien plus calme.

— Je ne sais pas trop. Je pensais pouvoir l'aider mais… comme j'ignore quoi faire exactement… je ne pourrais peut-être pas.

— Je suis sûr que si, déclara Hyôga avec une honnêteté qui le surpris lui-même.

Shun le fixa droit dans les yeux, étonné. Un léger rouge colora ses joues mais la fierté se disputait à la gêne dans ses yeux verts. Hyôga se râcla la gorge et évita son regard un instant. Il n'arrivait pas encore très bien à cerner les raisons de cette attirance qu'il avait pour lui. Il admirait sa combativité tout autant que sa douceur. Malgré les épreuves qu'il avait traversées il était resté doux et faisait toujours confiance aux autres. Il avait remis sa vie entre les mains des sygmas de cette Horde sans aucune hésitation.

— Tu es plus fort que tu ne le crois, précisa-t-il parce qu'il sentait qu'il devait dire quelque chose.

— Je ne le serai jamais autant que toi ! répliqua immédiatement le kemma.

Hyôga garda le silence un instant. Il commençait à trouver cette recherche constante de force et ce rejet de la faiblesse au sein de cette population très toxique.

Il réalisa qu'une opportunité s'offrait à lui et décida de la saisir. Le moment ne s'y prêtait pas tout à fait mais il n'avait pas le choix. Aiolia avait été blessé voilà près d'une heure déjà et, comme l'avait prédit Aioros, Aldébaran leur avait ordonné de rejoindre le campement. Le capitaine avait argué que ce qu'il s'était passé n'était pas seul en cause dans sa décision. En réalité, il préférait que l'équipage ne soit pas divisé durant la nuit qui arrivait. L'énorme astre brillait encore terriblement et la chaleur était toujours intense mais il n'en n'avait pas moins amorcé sa descente lente vers l'horizon. Dans l'air, Hyôga pouvait déjà sentir un changement. Le vent soufflait plus souvent et les odeurs elles-mêmes étaient différentes.

— Je ne suis pas un kemma, déclara-t-il après avoir profondément inspiré.

Sans répondre, Shun le détailla très rapidement des pieds à la tête et fronça légèrement les sourcils, très curieux comme d'habitude.

— Je ne suis pas tout à fait un sygma non plus, continua Hyôga en terminant de fermer son sac. Nous sommes différents de vous… c'est pour ça que j'ai eu cette réaction quand je t'ai embrassé. J'ai failli mourir. Nous ne sommes pas compatibles.

— C'est pour ça que vous partez ? répliqua le kemma.

Hyôga sourit, impressionné encore une fois par sa capacité de déduction.

— En partie, acquiesça-t-il après un instant de réflexion.

— Alors vous ne resterez pas après avoir combattu les démons ?

C'était la partie sensible qu'il redoutait d'aborder mais l'heure n'était plus à l'hésitation, aussi se lança-t-il :

— Pour être tout à fait honnête, on a besoin d'en savoir un peu plus sur ce que Sonmi attend de nous. On est pratiquement sûrs qu'elle a laissé ici un message. Mais on ne sait pas où. Un message peut-être étrange dans lequel on ne fait pas que l'entendre. On la voit, aussi. C'est une sorte de petite silhouette mouvante et…

— Bleue, termina Shun dans un souffle.

Hyôga en eut le souffle coupé. Il l'aurait parié.

— Tu l'as vue ? lui demanda-t-il en laissant tomber son sac au sol.

— Oui, répondit l'autre avec un sourire un peu rêveur. C'était il y a plusieurs Longues Nuits, quand les emmas ont commencé à m'instruire à propos des Messagers. Je me souviens… Elle était belle. Sa voix était calme malgré ce qu'elle disait.

— Est-ce que c'était ce message ?

Tout en en écoutant le jeune kemma, Hyôga avait sorti son terminal. Il lança l'enregistrement audio qu'Aldébaran leur avait à tous envoyé et attendit en retenant son souffle. Il vit Shun écouter avec extrêmement d'attention mais lorsqu'il remarqua que ses sourcils se fronçaient d'incompréhension, il comprit l'erreur qu'il avait commise. Qu'ils avaient tous commise.

— Je ne comprends pas ce que ça dit, grimaça Shun, confirmant ce à quoi il venait de penser.

— Est-ce que la silhouette faisait à peu près cette taille-là ? lui demanda-t-il sans attendre, tout en dessinant avec ses mains un espace d'environ une vingtaine de centimètres. Elle était totalement bleue et elle parlait ?

— Oui.

— Milo, appela Hyôga d'une voix pressée. Est-ce que tu as une photo de Kim Son Mi ?

— Oui, je te télécharge ça tout de suite, confirma l'I.A.

Une image apparut sur l'écran transparent de son terminal et le jeune homme la présenta à Shun. Ce dernier arbora très vite une expression grave et dit :

— Sonmi n'a pas les cheveux noirs. Et les siens sont longs.

Hyôga soupira et rangea l'appareil dans la poche de sa ceinture. C'était tellement évident, pourtant.

— Vous ne savez pas qui est réellement Sonmi, constata Shun.

La déception entendue dans sa voix lui serra le cœur mais Hyôga eut tout de même le courage de le regarder droit dans les yeux.

— On est éloignés d'elle depuis trop longtemps, dit-il en tentant de mettre dans sa voix le plus de honte possible. On a oublié beaucoup de choses la concernant. On ne se souvient même plus de ce qu'elle attend de nous exactement.

Parfois, les mensonges les plus gros sont ceux qui passent le plus facilement.

— Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir combattre les démons, osa-t-il déclarer d'une voix plaintive. Il faut qu'on trouve un moyen d'entendre le message qu'elle a laissé pour nous guider.

— Il est à l'Osha, s'empressa de révéler le jeune kemma. Les Prieuses en ont la garde.

Hyôga en resta muet d'étonnement. Il s'apprêtait à dire quelque chose lorsqu'Aioros apparut, écartant les herbes sur son passage avec beaucoup de douceur.

— Je dérange ? demanda-t-il en le regardant avec insistance.

— Non. Non c'est bon.

Comprenant que son lieutenant était venu le chercher car l'heure du départ avait sonné, Hyôga ramassa son sac et, tout en passant ses bras dans les lanières, dit à Shun :

— Je suis désolé. Je te remercie pour ton aide. Je te promets que nous allons faire notre possible face aux démons.

— La Longue Nuit approche, lui répondit Shun. Vous n'aurez peut-être pas le temps de retourner à l'Osha avant qu'ils arrivent.

— Je te promets qu'on fera notre possible. Merci encore !

Sur un simple geste de la main, Hyôga s'en fut, le cœur un peu serré. Il avait quelque fois imaginé comment se passeraient les adieux mais rien ne l'avait préparé à ce que ce soit aussi rapide. La décision avait été prise en quelques minutes seulement après la blessure d'Aiolia et même s'il savait que cela se passait souvent ainsi sur le terrain pour les soldats lorsqu'ils devaient rapidement prendre une décision face à un imprévu, cela ne l'empêchait pas de se sentir légèrement dépassé par la situation.

— Tu as appris quelque chose ? lui demanda à nouveau Aioros.

— Ouais, répondit-il d'une voix grondante. Et je crois que ça ne va pas te plaire.

— Au point où on en est.

— J'aurais tellement aimé qu'on puisse faire plus que ça ! J'ai l'impression qu'on a fait du surplace, on n'a rien appris d'utile. Tout ce qu'on a, c'est des questions. On n'a rien accompli.

— Je ne suis pas d'accord. On a réussi à aider deux kemmas et une emma à quitter leur Tour et à trouver une Horde.

Les sourcils hauts d'étonnement, Hyôga adressa au lieutenant un regard surpris.

— Voir le verre à moitié plein, c'est ta devise ? lui demanda-t-il avec un sourire. Entre toi et Aiolia qui joue toujours au héros, je ne sais pas de qui je préfère la compagnie.

— Et encore, tu ne nous as pas vu jouer au poker ! s'amusa son chef d'équipe.

Lorsqu'ils rejoignirent leurs compagnons, Hyôga constata qu'il était attendu, car ils avaient déjà tous leurs sacs sur le dos, prêts à partir.

— J'ai posé le traceur, chef, déclara Dohko en aidant Aiolia à se mettre debout.

— OK, répliqua Aioros en traversant le groupe pour se placer en tête de cortège. Seiya, tu couvres nos arrières. Hyôga, fais-nous un rapport.

— Court, de préférence, râla Aiolia. J'ai mal à la tête.

Le jeune homme acquiesça et raconta comment s'était exactement passée sa conversation avec Shun. Lorsqu'il en arriva au message que le kemma n'avait pas compris, Marine poussa un grognement exaspéré.

— Mais bien sûr ! s'écria-t-elle avec colère. Kim Son Mi était coréenne, son message était en coréen ! Le lecteur automatique de la navette l'a traduit pour nous mais ce peuple n'a aucun moyen de le comprendre, ils ne parlent pas cette langue !

— Pourtant il y a bien un message ? demanda Shaka.

— Oui, confirma Hyôga en essuyant la sueur qui coulait sur son front. Shun est formel, et il m'a donné la couleur de la silhouette du message holographique tout seul. Donc, la personne qui a enregistré ce message et qui se fait passer pour Son Mi, parle dans leur langue.

— Je ne suis pas sûr d'avoir compris, bougonna Seiya.

— T'as de la veine qu'on ne te demande pas de comprendre quoi que ce soit, répliqua Dohko en ébouriffant les cheveux du plus jeune.

Aiolia, un bras passé autour des épaules de Dohko pour garder l'équilibre, une main sur le flanc, pouffa de rire. Son visage avait été nettoyé de tout le sang mais son arcade avait déjà doublé de volume, de même que sa paupière, ce qui lui laissait l'œil clos, le tout d'un rouge très intense. Il grimaça de douleur.

— Merde, grogna-t-il, les dents serrées. Ne me faites pas rire, trous du cul !

— Économise ton souffle, le réprimanda Shaka.

— C'est pas moi, c'est eux là à dire des conneries !

— À t'entendre c'est jamais de ta faute.

Aioros leur adressa un sourire moqueur par-dessus son épaule et dit :

— J'adore entendre les couples se chamailler comme ça, ça me rappelle mes parents.

Évidemment, Dohko et Seiya éclatèrent de rire pendant qu'Aiolia se renfrognait. Shaka se contenta d'arborer un visage de marbre.

— On a besoin de savoir de qui est ce message et ce qu'il dit, déclara Marine comme si elle n'avait rien entendu.

— Ça va de soi, confirma le lieutenant.

— Pour qu'une langue évolue au point de devenir totalement unique, ça peut prendre plusieurs générations, s'enthousiasma Hyôga. Si ce message est encore compris aujourd'hui ça veut dire qu'il a été enregistré il n'y a pas si longtemps. À peine cent ans peut-être.

— Donc, ils ont continué à se servir de la navette jusqu'à ce qu'elle soit totalement ensevelie et savaient toujours se servir de la technologie du M.P.H ?

— C'est possible. Et une fois qu'elle a totalement disparue dans la boue, ils l'ont… diabolisée. Ils l'ont intégrée à leur religion et à leur peur de Naga.

— On retourne à la Tour donc si je comprends bien ? demanda Dohko.

— Je pense que ce serait intéressant de savoir ce que dit ce message.

— La priorité c'est de retourner au Scorpio, déclara Aioros d'une voix autoritaire. Je pense que le plus important se sont les analyses. Pour le reste, Aldébaran décidera quoi faire.

Près de vingt jours terriens s'étaient écoulés depuis qu'ils avaient quitté l'Osha pour suivre la Horde de Saga et Kanon. Avec Aiolia blessé, cela leur en prit dix de plus pour faire le chemin inverse et rejoindre le campement. Lorsqu'ils commencèrent à s'enfoncer davantage dans les herbes hautes en direction du nord, ils eurent la surprise de découvrir que les graines étaient mûres. Éloignées des arbres, baignées de lumière, elles étaient arrivées plus rapidement à maturité que celles se trouvant plus près de la lisière, dont la Horde ne s'éloignait pas. Elles étaient jaune pâle, ressemblaient à première vue beaucoup à du blé mais avaient un goût acidulé et une texture farineuse.

Dans le vaste ciel bleu, l'Œil de Sonmi avait continué sa lente descente vers l'horizon qui, déjà, s'assombrissait. Le vent qui soufflait à présent était plus frais, parfois au point de faire frissonner les plus frileux d'entre eux lorsqu'il caressait leur peau couverte de sueur.

Au plus profond de Mehwa, les arbres les plus sombres s'éveillaient déjà. Branches et racines bougeaient lentement, comme s'ils s'étiraient après ce long sommeil.

Très loin au nord, dans les montagnes, quelque chose d'autre bougeait.


Et d'après vous, c'est quoi qui bouge ? :P

Qu'est-ce que les analyses vont révéler d'après vous ?

Dans le prochain chapitre : des retrouvailles, une nouvelle découverte et... des démons.

À dans 10 jours :)