Campement du Scorpio, an 2582, 116ème jour d'exploration au sol…
— Je crois que ça a été le voyage le plus long et chiant de toute ma vie, gémit Seiya en s'adossant au blindage de la navette.
— J'ai jamais été aussi heureux de le revoir, celui-là ! s'amusa Dohko en caressant affectueusement le même morceau de paroi.
— Plus tard pour les câlins, lança Aioros en se délestant de son sac. Allez tous d'abord prendre une douche, vous sentez le rat mort à des kilomètres !
— Encore une chance qu'il n'y ait pas de vautours sur cette planète.
Shura jaillit du pont d'entrée derrière Aldébaran et lança en direction du mécanicien :
— Tu tombes bien, on a une fuite dans les toilettes !
— J'ai déjà envie de repartir, bougonna Dohko en pénétrant dans le Scorpio d'un pas traînant.
— Y'a pas à dire, on se sent tout de suite chez soi ! s'exclama joyeusement Seiya avant de le suivre.
— Bienvenue au bercail, les accueillit la voix heureuse de Milo dans le sas d'embarquement.
Malgré le rythme de marche imposé, Aiolia avait réussi à récupérer depuis sa percutante rencontre avec un sygma jaloux. Il tenait debout tout seul et s'il sentait encore une légère douleur dans le torse quand il gonflait trop la poitrine, il se sentait déjà mieux. Le fabuleux bandage de micro-kevlar liquide que Shaka avait utilisé pour aider ses côtes à se ressouder y était sans doute pour beaucoup. Seul son visage gardait les stigmates de la bagarre. Son arcade sourcilière était encore tellement gonflée qu'elle lui couvrait la moitié de l'œil et arborait une jolie teinte pourpre.
— T'as jamais été aussi beau, l'accueillit Shura avec un sourire.
— Attends que je te montre mes nouvelles cicatrices ! lui répliqua Aiolia.
Ils s'étreignirent, heureux de se retrouver.
— Aioros a raison par contre, grimaça le lieutenant en s'éloignant. Vas te laver, ton odeur réveillerait un mort.
...
Deux heures plus tard, lavé de frais et exténué, Shaka pénétra dans son laboratoire. La joie de se retrouver ici fut rapidement remplacée par un certain malaise.
La pièce était bien plus minuscule que dans ses souvenirs. Il avait la désagréable impression de ne pouvoir ni se mouvoir ni respirer.
Sur la Lune, les maisons étaient très petites. Tout était calculé pour économiser le plus de place possible. Jusqu'à présent, il s'était toujours senti bien dans ce genre d'endroit, avec l'impression d'être protégé du vide extérieur, en sécurité. Mais les choses étaient différentes à présent. Car il savait que derrière cette cage, derrière les murs protecteurs de la navette, un immense champ s'étendait, n'attendant que d'être exploré. Il avait pris goût à la liberté que l'Île lui avait offerte durant ces quatre mois.
— Ça peut attendre demain, tu sais, dit une voix qu'il reconnut aisément dans son dos.
— Ouais, soupira-t-il en se laissant tomber dans son siège très confortable. Mais ce qu'il y a dans ce tube peut contenir des choses très intéressantes. Si les kemmas ont dans leur salive une substance qui aide un organisme vivant à combattre une maladie quelconque, on pourrait peut-être s'en servir. Et c'est rapide à faire.
Marine s'adossa aux placards à sa gauche et croisa les bras. La fatigue déformait les traits de son visage, néanmoins, elle avait tenu à être présente, elle aussi.
Elle regarda Shaka sortir le tube de prélèvement d'un sac thermique minuscule qui avait permis le maintien d'une bonne température afin que la salive prélevée ne sèche pas trop rapidement. Sans cela, elle aurait été trop détériorée pour être analysée.
Il sortit précautionneusement le coton-tige et le plaça dans l'analyseur. Aussitôt, le logiciel de lecture s'alluma sur l'écran de son ordinateur qui, de noir, devint blanc. L'éclat était tel que Shaka dû fermer les yeux à demi. S'il y avait bien une chose à laquelle il ne s'était pas habitué, c'était la luminosité. Impossible de garder les yeux ouverts à l'extérieur, ils avaient tous portés leurs lunettes de soleil absolument tout le temps. D'ailleurs, maintenant qu'il les avait enlevées, il se sentait un peu nu.
Les premiers résultats s'affichèrent et Shaka en resta muet d'étonnement.
— Il y a une erreur quelque part, marmonna-t-il en pianotant sur son clavier pour relancer l'analyse.
— C'est un ADN humain ! répliqua Marine au même moment, éberluée.
Pour la seconde fois, les résultats s'affichèrent, lignes de lettres et de mots scientifiques collés les uns à la suite des autres. Tous deux restèrent muets un moment. Finalement, Shaka poussa un soupir et se laissa tomber au fond de son siège.
— Bordel de putain de merde, dit-il simplement.
Marine en fut tellement étonnée qu'elle ne sut quoi dire dans un premier temps. Elle connaissait cet homme depuis des années, et c'était la première fois qu'elle l'entendait jurer.
— Milo, appela tout à coup Shaka. Tu peux faire une reconnaissance d'identité ADN sur l'échantillon s'il te plaît ?
— Ouais, Doc, acquiesça l'I.A par les haut-parleurs.
Ces derniers étaient minuscules et intégrés discrètement un peu partout dans la navette. C'était la première fois depuis plusieurs semaines qu'il l'entendait s'exprimer par ce biais et ne plus entendre sa voix directement dans son oreille était assez étrange. Comme cette impression qu'on a, tout à coup, quand on se rend compte qu'un ami très cher s'est éloigné de nous. C'était comme si Milo avait pris ses distances et il n'aimait pas vraiment ça.
Soudain, un visage apparut sur l'écran de l'ordinateur avec une fiche d'identité.
Le visage d'Aiolia.
— Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?! s'exclama Marine, perdue.
Épuisé, Shaka se frotta les yeux un long moment avant de répondre, la voix rauque :
— Le kemma avait un peu peur alors pour lui faire comprendre qu'on ne lui voulait rien de mal, Aiolia lui a fait une démo. Il a pris un tube et a prélevé un peu de sa salive. Ensuite, il a gardé le tube. Il a dû le laisser tomber quand le sygma lui a foncé dessus. C'est Hyôga qui avait le tube du kemma et il l'a lâché lui aussi. Il y avait deux tubes par terre, pas un. Ils ont ramassé le mauvais.
— Donc… l'échantillon de salive de Shun est resté là-bas, à trente jours de marche d'ici ?
— C'est ça.
— C'est quand même pas de chance, commenta Milo.
— On peut toujours aller le rechercher !
— Ça ne sert à rien, il est détérioré maintenant, répondit Shaka en se levant de son siège. Il nous faudrait un autre échantillon.
— Une chance qu'Aioros ait pensé à placer un traceur ! répliqua Marine en le suivant hors du laboratoire.
Il acquiesça en réponse, trop fatigué pour parler. Une chance, en effet. Quelques minutes seulement avant de partir, Aioros avait eu cette idée, arguant qu'il serait intéressant de suivre les mouvements de la Horde, même à distance, afin de savoir où allait les mener cette longue marche. Le petit traceur, de la taille d'une noisette, avait été inséré dans une corde tressée. À présent, ils allaient s'en servir pour la retrouver.
Quelle perte de temps !
Mais il n'avait même plus la force de s'indigner. Il se traîna jusqu'aux couchettes et se laissa tomber sur l'une d'elle avant de fermer immédiatement les yeux. Autour de lui s'élevaient plusieurs sortes de ronflement, signe que ses compagnons de voyage l'avaient devancé.
Le temps de s'endormir – c'est-à-dire à peine une minute – il se dit qu'Aldébaran n'accepterait sans doute pas de les laisser repartir. La nuit tombait et la Horde était très loin désormais. Mais il leur fallait cet échantillon.
...
Près de douze heures plus tard…
— Je ne vous félicite pas, les réprimanda Aldébaran. J'ai l'impression que cette mission n'a été que ça, une série de petites bêtises qui nous font reculer de trois pas quand on avance seulement de deux !
Plus de la moitié de l'équipage présent était à moitié réveillé. Une tasse de café à la main pour certains, ils tentaient tous de se remettre les idées en place pendant que leur capitaine leur remontait les bretelles.
Ce dernier croisa ses bras énormes sur sa poitrine massive et poussa un soupire avant de reprendre :
— Bon. Est-ce que cet échantillon est vraiment indispensable ?
— Oui, répondit Shaka après avoir étouffé un bâillement. Je pense qu'il l'est.
— Le souci c'est que ce foutu truc holographique est important, lui aussi, déclara Aioros.
— Je sais, confirma Aldébaran. Et c'est le plus rapide, puisque la Tour est juste à côté. Donc, une équipe va se rendre là-bas demander aux emmas s'il est possible d'écouter ce foutu message. Hyôga, tu es évidemment de la partie, désolé. Tu as eu le temps de te reposer ?
— J'ai dormi, confirma le jeune homme, le visage si chiffonné qu'il était presque méconnaissable.
— Tous ceux qui sont restés au campement ces dernières semaines l'accompagnent. Les autres, profitez-en pour vous reposer encore un peu. Milo ?
— Oui, chef ? répondit instantanément l'I.A.
— Regroupes les relevés et les images que la sonde a collecté pendant la nuit, avant qu'on débarque, ça nous aidera à prévoir le matériel et l'équipement qu'il nous faut. Tu verras ça avec Marine et Shaka, il faut qu'on sache en priorité si c'est sûr et jusqu'où peut descendre la température.
— OK, je fais ça tout de suite.
— Dès qu'on a pris connaissance du message, l'équipe repart chercher la Horde. Sans Aiolia, bien sûr.
— Et pourquoi ?! s'écria ce dernier, le visage encore si déformé que le simple fait de le regarder était douloureux.
— T'as vu ta tronche ? le taquina Dohko.
— Ne discutes pas, gronda le capitaine. Capella te remplacera.
Aiolia se renfrogna et plongea dans sa tasse de café.
Quelques heures plus tard, il se trouvait avec les autres dans la coquerie. Ils avaient préparé leur repas ensemble et déjeunaient tout en étudiant les relevés que Milo leur avait transmis.
Ils savaient déjà que l'obscurité devenait vraiment totale après près de cent cinquante jours de luminosité, ils n'auraient donc jamais le temps de faire l'aller-retour avant qu'il fasse totalement nuit. Ils allaient devoir s'équiper pour faire face à de basses températures.
— On a de la chance que ça ne tombe pas en dessous de zéro tout de suite, déclara Marine, concentré sur l'écran de son terminal.
— De toute façon ça ne peut pas être pire que ce qu'on a vécu en Roumanie, en plein hiver, déclara Aiolia la bouche pleine.
— Mec, j'ai cru que mes couilles s'étaient solidifiées ! l'accompagna Dohko avec un regard écarquillé d'horreur.
Les soldats éclatèrent de rire. Marine sourit et Shaka leva les yeux au ciel.
— Avec vous il y a toujours le mot « couilles » qui s'invite dans la conversation, soupira-t-il.
— Nan c'est pas vrai, des fois il y a « bite » aussi, rétorqua Seiya.
— Et pour les relevés thermiques, ça dit quoi ? demanda Shaka à la jeune femme.
— Tous les corps chauds sont regroupés dans la forêt, répondit celle-ci. Ça, on est sûr que ce sont les Hordes qui s'installent dans leurs tentes. Rien dans la plaine.
— Rien du tout ?
— Rien de rien.
— Aucun danger à marcher là, alors.
— Pourquoi est-ce qu'ils parlent sans arrêt des démons, dans ce cas ? demanda Seika avec curiosité.
— On est quasiment sûrs qu'ils n'existent pas. On a relevé aucune trace dans la plaine de leur existence, pas d'ossements, rien. Et ils en parlent de façon très évasive. On pense qu'il ne s'agit que de l'antithèse de Sonmi. Toutes les religions sont fabriquées sur le même modèle : il y a le bien d'un côté et le mal de l'autre.
— Je vais faire quoi, moi, quand vous vous serez repartis sur le terrain ? s'écria tout à coup Aiolia avec frustration.
— On te ramènera un souvenir, se moqua Dohko.
— Aldébaran nous fait désosser certaines parties de l'épave pour récupérer du matériel, dit Dante, appuyé d'un hochement de tête par Algol. Des trucs qui peuvent servir sur Terre, des composants surtout et beaucoup de métal. Il y a encore beaucoup à faire.
— Super, je vais jouer les agents de récupération, bougonna Aiolia.
— En fait non, tu ne pourras pas, le contra Shaka. Tu ne dois rien soulever de lourd avec tes côtes cassées.
— Mais je ne sens plus rien !
— C'est grâce au bandage. Tu n'as pas pu te reposer correctement alors ce n'est pas totalement ressoudé pour l'instant. Tu ne soulèves rien, point final.
Aiolia fusilla le médecin du regard.
— Et c'est pas la peine de me regarder comme ça, ça ne change rien, déclara ce dernier, pas impressionné le moins du monde.
— Il faut qu'on répertorie en détail tout ce qu'on récupère, reprit Dante avec un grand sourire moqueur. Tu t'occuperas de ça.
— Si un jour on m'avait dit que mon frère deviendrait gratte-papier, rigola Aioros.
Évidemment, ils éclatèrent tous de rire et Aiolia, vexé, tenta d'arborer une expression meurtrière absolument pas crédible avec son œil clos et son arcade sourcilière de la taille d'un œuf. Shura lui ébouriffa affectueusement les cheveux.
...
Ce n'est qu'en arrivant aux pieds de la Tour que Hyôga se rendit compte qu'il ne voulait absolument pas être là.
Après avoir découvert la sensation de liberté que la vie dans une Horde procurait, revenir ici, refaire face à toutes ces emmas et tous ces kemmas enfermés lui serraient le cœur. Bien plus qu'avant leur départ.
C'était Aiolia qui avait eu raison dès le début : ils auraient sans doute dû faire quelque chose.
Sur place, ils constatèrent tous que les tentures avaient été retirées, de même que les piquets. Des volets avaient été installés à certaines fenêtres parmi les plus hautes mais la large porte en bois de l'entrée n'était pas encore fermée. Des kemmas allaient et venaient, des paniers pleins de grains dans les bras. Des emmas surveillaient, arcs en mains.
— Tu es sûr que ces démons n'existent pas ? lui demanda tout à coup Shura.
— Presque. Pourquoi ? lui demanda Hyôga, étonné.
— Regarde comment elles sont positionnées. Elles se sont tournées vers le nord. Avant, elles surveillaient le sud et la forêt.
— Elles guettaient les Hordes.
— Oui. Mais là elles guettent quoi, à ton avis ?
Incapable de répondre, Hyôga garda le silence le temps de réfléchir.
— Ils doivent voir ça sur les relevés de la sonde, répondit-il finalement. On leur demandera en retournant au Scorpio.
Aioros acquiesça simplement et ils s'approchèrent. Lorsqu'elles les virent, les emmas ne semblèrent pas étonnées. Si elles veillaient ainsi, craignant que les démons n'apparaissent, elles devaient simplement penser qu'ils étaient revenus afin de les combattre, comme Sonmi l'annonçait.
Hyôga salua l'une d'entre elle qui vint alors vers lui. Immédiatement, il lui demanda :
— Pouvons-nous voir le message de Sonmi ?
L'autre acquiesça simplement puis appela quelqu'un et lui dit :
— Shina va vous accompagner chez les Prieuses.
Hyôga la remercia et attendit qu'une emma les rejoigne. Il se souvenait d'elle. C'était elle qui avait brutalisé Shun lorsqu'ils avaient fait sur lui le prélèvement sanguin. Il remarqua qu'à présent elle arborait une pâle cicatrice sur le visage qui partait de la tempe droite et courait sur sa peau jusqu'à sa pommette. Il se rendit alors compte qu'il n'avait pas pensé à demander à Shun comment il avait fait pour s'enfuir de l'Osha. Peut-être avait-il la réponse sous les yeux : il avait utilisé la force. Et son admiration pour le kemma s'accrut davantage.
Lui et ses camarades suivirent l'emma dans la Tour et grimpèrent les escaliers dans son sillage. Une certaine fébrilité régnait à l'intérieur, comme si des préparatifs étaient en cours.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il à Shina qui lui répondit simplement, sans se retourner :
— La Longue Nuit approche.
Il se souvint alors des photos prises par la mini sonde qu'ils avaient envoyée au sol durant la Longue Nuit précédente, tandis qu'ils étaient coincés sur l'Antarès en orbite autour de la planète. Les Tours leur étaient apparues closes, presque barricadées, et il comprit que celles et ceux vivant à l'intérieur étaient en train de stocker le maximum de nourriture.
Après plusieurs minutes éreintantes ils parvinrent enfin à destination. Les volets clos ne lui permettaient pas d'estimer à quelle hauteur ils se trouvaient exactement mais il était quasiment sûr qu'il s'agissait de l'un des derniers étages.
Shina leur ordonna d'attendre et pénétra dans la pièce obscure tout en laissant la porte entrouverte. Un court instant plus tard, elle réapparut et les invita à entrer d'un simple geste du bras.
Hyôga fut le premier à passer le seuil. À l'intérieur, il régnait une chaleur étouffante. Dehors, un léger vent s'était levé depuis que l'astre énorme avait commencé sa descente mais les volets clos ne laissaient passer aucun souffle d'air.
Tout était d'une simplicité archaïque. Les meubles étaient en bois fin, usés. Une table et quelques chaises composaient le mobilier. Les Prieuses, debout devant lui, au nombre de cinq, placées de sorte à former un demi-cercle parfait, le fixaient avec beaucoup de calme et de bienveillance. Elles étaient bien différentes des emmas dont ils avaient l'habitude. Les robes légères qu'elles portaient entouraient leurs poitrines, maintenues grâce à une corde nouée sous leurs aisselles et tombaient, droites, jusqu'à leurs chevilles. Dessous, leurs corps lourds se laissaient entrapercevoir. Leurs seins et leurs hanches larges étaient le signe qu'elles avaient sans doute eu beaucoup de petits durant leurs vies de reproductrices. Elles étaient toutes blondes et n'étaient pas armées.
— Bienvenue, dit l'une d'elle d'une voix douce.
Hyôga les salua. Ses compagnons tentèrent de faire de même et l'une de leurs hôtes eut un sourire.
— Vous venez entendre le message de Sonmi, déclara une autre.
Ce n'était pas une question mais une constatation, cependant Hyôga acquiesça tout de même. Une troisième dit alors :
— Nous étions surprises lorsque vous êtes partis la dernière fois sans avoir demandé à l'écouter.
Hyôga tenta d'ignorer la frustration qui monta en lui lorsqu'il se dit qu'ils avaient perdu un temps précieux. Si seulement il avait su poser les bonnes questions !
Soudain, d'un même mouvement parfaitement fluide, les cinq Prieuses s'écartèrent, révélant un petit objet noir et rectangulaire, très fin, posé en équilibre dans un socle sur la table. Un M.P.H 3 authentique sur son chargeur à pile combustible.
— Ce truc ne vient pas de l'épave, déclara Shura derrière lui.
— Pourquoi ? lui demanda Hyôga en se retournant.
— Il ne manque aucun chargeur dans la navette. Je le sais je les ai répertoriés moi-même. Celui-là provient sans doute du Sanctuary. Et le lecteur aussi, du coup.
Fronçant les sourcils, Hyôga prit une grande inspiration par les narines. Cela pouvait avoir du sens. Avant de disparaître, le vaisseau colonisateur avait envoyé son propre message, sans doute pour pouvoir communiquer avec les colons restés sur l'Île. Mais dans ce cas, où était parti le lecteur dans lequel Kim Son Mi avait enregistré son message ?
Que s'était-il passé sur le Sanctuary pour qu'il en arrive à abandonner sa navette d'exploration ? Et où était-il ?!
— Vas-y, lui dit Shura dans son dos.
Hyôga approcha. Une minuscule lumière bleue s'alluma et clignota à l'une des extrémités du lecteur. Il le saisit et le posa à l'horizontal, à plat dans la paume de sa main. De pulsante, la lumière devint continue et un grésillement s'éleva de l'appareil avant qu'une petite silhouette rayonnante n'en jaillisse. Ses couleurs allaient d'un bleu pâle presque blanc à un foncé quasiment noir.
La femme qu'il contemplait n'avait rien à voir avec Kim Son Mi. Ses cheveux étaient longs, comme Shun le lui avait dit, et très clairs. Elle portait une étrange couronne très sombre, une longue robe sous une cape noire et parlait doucement mais avec conviction.
Le message fut très court. À peine eut-il le temps de rassembler les mots qu'il avait compris pour tenter de former les phrases que l'holographe avait disparu. Il se tourna vers Shura.
— Tu as tout enregistré ? lui demanda-t-il.
— Oui, répondit le lieutenant, son terminal encore brandi. C'est dans la boîte. On va pouvoir décortiquer ça au Scorpio.
— OK, alors on y va.
Avant de partir, ils n'oublièrent pas d'exprimer leur gratitude aux Prieuses. C'est le cœur plus lourd que lors de leur premier départ d'ici que Hyôga laissa les kemmas derrière lui.
...
Sifflotant, Dohko parcourut le long couloir le menant à l'infirmerie. L'architecture de l'épave de la navette d'exploration des colons était exactement la même que le Scorpio aussi n'avait-il aucun mal à se déplacer.
Lorsqu'il entra dans la large pièce, le vague relent de décomposition qu'il sentit lui fit froncer le nez. Il y avait bien peu de chance pour que l'odeur ait persisté durant trois cent ans, ce n'était sans doute qu'un effet de son imagination car il savait que c'était ici que le plus de squelettes avaient été découverts, mais cela lui semblait tout de même très réel.
Évidemment, ses collègues qui avaient exploré l'endroit pendant qu'eux suivaient la Horde dans l'Okussa avaient retiré tous les cadavres. Un par un, ils les avaient fait remonter à l'air libre pour les enterrer plus loin, un kilomètre vers le nord. « Dignement », avait été le mot utilisé par Aldébaran. Néanmoins, Dohko ne pouvait s'empêcher de se sentir mal à l'aise ici. Il avait l'impression que l'endroit regorgeait de fantômes.
Il gagna le fond de la pièce pour s'arrêter devant un grand boîtier d'environ cinquante centimètres sur un mètre fixé au mur. Il posa au sol le sac qu'il avait apporté, en sortit un chalumeau et un masque antiprojections qu'il enfila aussitôt. Ainsi armé, il s'attaqua à la serrure de la boîte, faisant danser autour de lui des centaines de petites étincelles.
Il ne lui fallut qu'une minute pour en venir à bout. Une fois la porte ouverte, il eut accès à un écran qui affichait, d'une pâle couleur orange lentement clignotante, l'information écrite en anglais « CO2 reserve ». Il fronça les sourcils.
— Pourquoi ce truc est en veille ? se demanda-t-il tout haut.
Sa voix résonna autour de lui dans le silence froid et il eut la désagréable impression de se trouver tout au fond d'une crypte. Ce qui était idiot parce qu'il n'avait jamais mis les pieds dans une crypte.
En toute logique, l'écran aurait dû se rallumer totalement lorsque Shura et les autres avaient redémarrés les systèmes de la navette. Il n'avait eu aucun problème lors du contrôle de la réserve d'eau par exemple – dont le réservoir n'affichait plus que dix pourcents de capacité.
Du bout de l'index, il tapa sur l'écran. L'indication première disparut pour être remplacée par une autre lui demandant d'entrer un code.
— Merde, jura-t-il avant d'appeler d'une voix plus forte : Milo ?
— J'ai vu, répondit l'I.A avant même que l'écho de sa voix ait disparu. C'est fou ce que je suis content de vous revoir en vrai les gars ! Sans caméra je suis complètement aveugle, impossible de voir vos tronches. Je trouve que vous avez tous vachement bronzés, et les traces de vos lunettes sur vos visages, c'est vachement drôle.
— Ravi de te distraire.
— Bah on s'occupe comme on peut.
Dohko pouffa et en profita pour retirer ses gants de protection thermique en attendant, puis Milo dit :
— Quelqu'un a ordonné l'arrêt des recycleurs d'air.
— Quoi ?! rétorqua aussitôt le mécanicien.
— La réserve d'air a été clôturée, impossible pour ceux à bord de cette navette de la remettre en route.
— Ne me dis pas que…
— Le code d'arrêt est celui du Sanctuary.
— Putain.
Avant d'enterrer les ossements ils avaient tenté de les dater. Pour cela, le matériel d'analyse dans le laboratoire leur avait été d'un grand secours. Shaka avait évidemment dû les aider à distance mais ils avaient tout de même réussi à savoir grâce à ça à quel âge étaient décédés les membres de l'équipage de bord. Kim Son Mi par exemple, dont la fiche d'identité annonçait qu'elle était âgée de trente ans à son départ, avait à peine un an de plus lors de son décès. Aucun n'était mort de vieillesse.
— Tu veux dire que le commandant de bord du Sanctuary les aurait asphyxiés ?! demanda Dohko avec dans la voix une sorte d'étonnement dégoûté.
— Lui ou n'importe qui ayant accès au code de commande. Je trouvais bizarre aussi qu'ils soient tous morts alors qu'il y a encore de l'eau et de la nourriture à bord. Enfin, la date de péremption est dépassée depuis longtemps évidemment, et même ce qu'il y a dans les sachets lyophilisés c'est juste de la poussière maintenant, mais…
— Ouais, j'ai compris. Préviens Aldébaran.
— Déjà fait.
Dohko soupira et, les bras croisés, fixa l'écran plusieurs secondes. Petit à petit, la colère grimpa en lui jusqu'à ce qu'il en ressente une bouffée de chaleur.
— Ils ont été assassinés, marmonna-t-il finalement, les dents serrées.
...
« La victoire de Naga est proche. Bientôt la Longue Nuit sera éternelle et les démons envahiront l'Okussa. Et les arbres eux-mêmes ne pourront plus les arrêter. Mais les Messagers viendront du ciel. Grâce à eux notre peuple sera sauvé. »
Hyôga haussa les sourcils de surprise. La silhouette holographique qu'ils avaient filmée apparaissait en gros plan sur l'un des ordinateurs dans lequel Shura avait téléchargé la vidéo.
— Tout ça on le savait déjà, déclara Marine en stoppant la lecture avant de demander à brûle-pourpoint : c'est quoi ce message, franchement ? On dirait une vieille prophétie d'un mauvais bouquin de fantasy. Ça ne reprend rien du message de Kim Son Mi !
— Il y a un truc que je trouve bizarre, répliqua Hyôga tout en réfléchissant. Shun n'a pas arrêté de me demander comment on allait combattre les démons mais… à aucun moment ce message ne dit que les Messagers doivent se battre contre eux.
— Exact. Mais qu'est-ce que ça change ?
Hyôga tenta de prendre une grande inspiration mais bâilla très vite à la place. Ensuite, il haussa vaguement les épaules en répondant :
— Rien, sans doute.
— C'est Aldébaran qui va être content, soupira Marine, très las.
Elle avait les épaules basses et la mine sombre. Sa belle assurance avait fini par disparaître. Elle n'avait plus grand-chose à voir avec la jeune femme si sûre d'elle qui avait posé les pieds sur l'Île plus de trois mois plus tôt. La découverte de Dohko à propos des recycleurs d'air de l'épave avait sapé le moral de tout le monde. Qu'est-ce qui avait bien pu arriver au Sanctuary pour que le commandant décide d'assassiner toute une équipe ?
Tout à coup, Hyôga eut de la peine de la voir ainsi. Il posa une main rassurante sur son épaule et la serra délicatement. Elle se retourna pour lui adresser un sourire.
— Vas dormir, lui conseilla-t-il doucement. Avant qu'on reparte.
Elle acquiesça et se releva.
— J'aimerais discuter d'un truc avec Shaka d'abord, lui dit-elle avec un triste sourire qu'elle tenta de déguiser. Ensuite je vais me coucher, promis.
Elle sortit.
...
— J'ai pas mal je t'ai dit ! râla Aiolia.
— Et moi je t'ai dit que le bandage maintenait suffisamment tes côtes pour que tu ne sentes plus rien. C'est ça qui est dangereux avec ces trucs, on ne ressent plus la douleur alors on ne fait plus attention. Laisses-moi vérifier.
— Ça me saoule. Tu m'imagines, moi, avec un cahier et un stylo dans la main en train de répertorier du matériel ?
Shaka tenta de s'en empêcher mais, finalement, pouffa de rire. Aiolia se renfrogna. Sans rien ajouter, l'autre l'aida à retirer son tee-shirt puis défit le bandage. Immédiatement, il grimaça de douleur.
— Allonges-toi, lui ordonna gentiment le médecin.
Il obéit sans plus discuter, comprenant bien qu'il avait eu raison et que cette foutue bande de micro-kevlar liquide lui avait fait minimiser son état. Shaka fit une brève radio de ses côtes et déclara :
— Ça ne s'est pas aggravé au moins. Elles sont toutes en place mais pas totalement remises alors n'en fais pas trop.
— Ouais…
Il se releva. Shaka sortit un autre bandage de l'un de ses placards et le noua autour de sa poitrine. Les deux extrémités se glissant l'une dans l'autre dans son dos, il dut approcher son visage très près de lui pour manœuvrer. Aiolia sentit ses bras passant sous chacun des siens, sa peau effleura la sienne et son souffle glissa sur sa clavicule. Il frissonna.
Il se souvint tout à coup de cette scène, dans le laboratoire de l'Antarès, où lui et Aioros étaient entrés après que Milo leur ait ouvert la porte sans autorisation lorsqu'ils avaient voulu en avoir le cœur net à propos de la disparition du Sanctuary. Ils se détestaient tant à cette époque. Il l'avait attrapé par le col de sa longue blouse blanche et avait tellement voulu le frapper à ce moment-là qu'il avait eu du mal à se retenir.
— Tu te souviens du jour où on a failli se taper dessus ? ne put-il s'empêcher de lui demander en souriant.
Shaka releva les yeux. Il était si près qu'Aiolia pouvait voir le moindre trait dans ses iris d'un bleu étonnant.
— Je me souviens surtout que c'est toi qui as voulu me taper dessus, dit-il d'un ton de reproche qui sonnait très faux.
— Tu venais de me chier sur les pieds ! rétorqua immédiatement Aiolia.
— C'est pas faux.
Ce fut au tour de Shaka de sourire. Aiolia sentit son cœur accélérer. Il avait envie de…
C'est alors que quelqu'un activa l'ouverture de la porte de l'infirmerie, qui glissa dans un souffle discret. Shaka se redressa sans pour autant lâcher les deux extrémités du bandage qu'il installait toujours et Aiolia tenta de se composer un visage parfaitement indifférent. Mais dans sa tête, les idées voltaient dans tous les sens et se heurtaient de plein fouet si elles avaient le malheur de se croiser.
— Je voulais te voir concernant le départ et vérifier avec toi si on n'avait rien oublié à propos du matériel, dit Marine en avançant dans la pièce. Comment va-t-il ?
— Ça irait mieux si cette tête de pioche acceptait enfin de rester tranquille, répondit Shaka.
La jeune femme émit un rire de gorge un peu moqueur et Aiolia ressentit un petit pincement au cœur. Un temps, il avait été attiré par elle. Il était toujours attaché à elle, il le sentait, mais pas comme un prétendant. Plutôt comme un ami ou, pourquoi pas, un frère. Il la trouvait toujours très belle, il aimait sa ténacité, sa force et son intelligence, mais c'était davantage du respect aujourd'hui que de l'attirance.
Shaka termina de nouer la bande autour de sa poitrine et d'une commande sur son terminal, l'activa. Aiolia sentit le micro-kevlar courir sur sa peau comme l'aurait fait de l'eau. Une fraîcheur agréable lui arracha un frisson jusqu'à ce que tous les nano-docteurs aient trouvé leur place et se solidifient. La légère compression qu'il ressentit alors fit graduellement mais rapidement disparaître la douleur. Il poussa un soupir de soulagement.
— Ça va nettement mieux d'un coup, s'amusa-t-il, ce qui lui valut un regard mécontent de la part de son médecin. Je vous laisse en tête-à-tête !
Il quitta la pièce sans un regard en arrière, pressé de s'enfuir.
Près de vingt heures s'écoulèrent avant que l'équipe ne quitte déjà le Scorpio. Aiolia regarda ses camarades s'éloigner en direction de l'ouest, à destination de l'endroit indiqué par le traceur. Capella l'avait remplacé auprès d'Aioros, de Dohko, de Seiya, de Marine, de Hyôga et de Shaka. Il les suivit des yeux jusqu'à ce que les hautes herbes à présent jaunies de la plaine ne les engloutissent totalement. Sans se douter un instant que c'était la dernière fois qu'il voyait certains d'entre eux.
...
Vingt-huit jours plus tard…*
D'un geste rageur, Aiolia posa son stylet. Il plia et déplia ses doigts plusieurs fois de suite pour tenter de faire disparaître la douleur. Il avait l'impression d'avoir des crampes dans chacun des muscles de sa main droite. Sans compter qu'il avait mal au dos à force de rester pencher, et aux fesses à force d'être assis.
Seul point positif : sa blessure allait beaucoup mieux. Chaque fois qu'il devait changer le bandage, il était aidé de l'un de ses camarades et la dernière radio, faite par Seika, montrait que deux de ses côtes s'étaient totalement et parfaitement remises.
Il était en liaison presque constante avec son frère et Milo ne cessait de lui dire comment allait la progression du groupe que ce dernier dirigeait. Apparemment, la Horde qu'ils avaient un moment suivi s'était établie dans la forêt et n'en bougeait plus depuis l'équivalent de quatre jours terriens. Rien d'étonnant à cela, car la luminosité avait drastiquement chuté depuis près d'une semaine à tel point qu'ils n'avaient plus besoin de leurs lunettes de soleil, de même que la température, qui était passée de quarante-cinq à vingt-huit degrés en très peu de temps. L'atmosphère ressemblait à une soirée d'été rougeâtre légèrement couverte de nuages cotonneux. Le temps était encore très agréable, il est vrai, mais ils s'étaient tous tellement habitués à l'intense chaleur de cette très longue journée que lorsque cela s'était rafraîchi, certains d'entre eux avaient tout simple attrapé… un coup de froid. Dante et Ban s'étaient enrhumés. Brièvement, mais suffisamment longtemps toutefois pour que leurs camarades les taquinent sans arrêt à ce sujet.
L'équipe d'Aioros avait commencé à changer de cap. La surveillance de la sonde toujours en orbite indiquait, grâce aux relevés thermiques, que toutes les Hordes se trouvaient à présent dans la forêt, ils ne risquaient donc plus rien s'ils descendaient plus au sud pour s'en rapprocher. La plaine était vide.
Du moins, c'était ce qu'ils croyaient tous.
Par habitude, Aiolia laissait son oreillette ouverte sur le canal général. De toute façon, ils faisaient tous comme lui. Ainsi, ils étaient toujours en contact les uns avec les autres – sauf pour l'équipe d'Aioros, désormais trop loin, qui ne pouvait plus communiquer avec eux que par messages vocaux enregistrés et transmis de terminal à terminal.
Le cri qui jaillit tout à coup de son oreillette le fit sursauter. Il en lâcha le stylet qu'il venait de reprendre.
— Putain c'était quoi ?! s'écria-t-il.
Milo lui répondit quelque chose qu'il n'entendit pas car, au même moment, il reconnut la voix de Dante qui s'écriait :
— Ban ?! Ban !
Un autre cri de colère et de terreur mêlé retentit. Aiolia était déjà debout, sauf qu'il n'avait absolument pas eu conscience de se relever. Son instinct lui disait comment agir et quoi faire. Dans sa nuque, il sentit le léger picotement caractéristique, signe que sa puce militaire entrait en action. Ses pupilles se dilatèrent et il ressentait déjà absolument tout avec nettement plus d'acuité.
C'est alors qu'il entendit la voix de Shura s'écrier à son tour :
— Algol, reviens-là tout de suite ! C'est un ordre !
— Milo ?! hurla-t-il en quittant l'atelier mécanique au pas de course. Qu'est-ce qu'il se passe ?
— Une attaque ! répondit l'I.A d'une voix paniquée. Quelque chose leur a foncé dessus, ils sont hyper nombreux !
— Qu'est-ce que c'est ?!
— Aucune idée, je n'ai pas de visuel…
— Jabu, remontes tout de suite à bord ! s'écria Seika quelque part dans la navette.
Aiolia traversa le pont d'entrée tellement rapidement qu'il percuta Aldébaran en entrant dans la pièce des sièges passagers. Celui-ci ne broncha même pas alors que son caporal manqua de perdre l'équilibre. Il avait déjà enfilé les plaques les plus importantes de son armure.
— Habilles-toi et rejoints-moi, lui gronda-t-il de sa voix aussi calme que puissante malgré la situation. Milo, fais chauffer le réacteur.
— À vos ordres, chef.
En silence et aussi rapidement que possible, Aiolia s'équipa lui aussi. Tout à coup, il se rendit compte que c'était le calme plat dans son oreillette. Ses collègues se trouvant à l'épave de la navette des colons en train d'extraire le matériel qu'ils pouvaient récupérer, s'étaient tus.
— Shura ? appela-t-il tout en rejoignant son capitaine.
— La sonde n'affiche toujours rien ? demandait ce dernier, debout devant le large pupitre de commandes.
— Rien, les relevés thermiques m'indiquent toujours la même chose : c'est le calme plat ! répondit Milo.
Aiolia, qui sentait chaque battement de son cœur battre dans sa gorge, fut choqué d'entendre autant de détresse dans la voix de son ami. Il semblait tout autant qu'eux dépassé par la situation.
Un choc violent résonna tout autour d'eux et ils se figèrent, l'oreille tendue, en retenant leur souffle. C'était comme si quelqu'un avait lancé quelque chose de très lourd contre la coque externe du Scorpio. Le choc se répéta une seconde fois, il y eut encore un bref silence puis les coups se firent beaucoup plus nombreux jusqu'à se mettre à pleuvoir, comme s'ils se trouvaient subitement sous une averse de grêle.
C'est alors qu'une silhouette masqua la lumière devant la fenêtre du cockpit et les deux hommes firent plusieurs pas en arrière. La créature qui venait d'apparaître avait la taille d'un homme mais, râblée, elle était large et musculeuse. Son corps était recouvert d'écailles d'un bleu roi aux reflets iridescents et ses yeux jaunes, fendus à la verticale, ne possédaient pas de paupières. Elle ouvrit la gueule, dévoilant des crocs acérés et une langue démesurée, et poussa un rugissement aigu. Puis elle commença à cogner dans la vitre avant de donner des coups de griffes qui la rayèrent.
— Baisses les panneaux déflecteurs ! s'écria aussitôt Aldébaran.
Milo obéit promptement et les épais volets se déployèrent, protégeant la fenêtre et faisant reculer la créature qui poussa un autre cri d'une violence inouïe. Un instant, Aiolia se dit qu'ils savaient à présent ce qui avait poussé les colons à abaisser ces mêmes panneaux partout autour de leur navette.
— Je peux savoir pourquoi la sonde ne détecte rien ?! hurla le capitaine avec colère.
— Je ne sais pas, répondit Milo, dépité.
— On dirait des lézards, dit une petite voix dans leurs dos.
Ils se retournèrent. Seika, l'expression déformée par une peur immense, reprit en sanglotant :
— Sur Terre certains animaux de la famille des sauriens étaient poïkilothermes, et pour les espèces nocturnes ou fouisseuses, leur température corporelle n'excédait pas trente degrés…
— Les relevés thermiques de la sonde sont réglés sur quelle température ? demanda immédiatement Aldébaran.
— Elle détecte tout corps de trente-deux degrés ou plus, répondit Milo d'une voix coupable.
Le capitaine grommela un juron.
— Est-ce qu'elle a des capteurs de mouvements ? demanda-t-il, pragmatique.
— Oui mais à cette distance ils ne sont pas très performants…
— Affiches quand même.
Les chocs contre la navette continuaient, signe que les créatures tentaient toujours d'entrer. Seika émit un sanglot. Jabu entra dans la pièce, essoufflé, le visage en sueur et les yeux écarquillés. Il tenait son pistolet à impulsion dans sa main tremblante.
— Ils sont des centaines ! lança-t-il avec moins de peur dans la voix qu'il n'en avait dans le regard.
Le plus grand écran du pupitre s'alluma. L'Île apparut. Des milliers de points en mouvements avaient envahi le nord, depuis les montagnes jusqu'à la plaine et continuaient d'avancer, se dirigeant vers le sud et la forêt. Aiolia pensa alors à son frère, à Shaka, à Marine et tous les autres et tout son corps fut parcouru d'une vague électrique de peur et de rage impuissante.
— Combien de temps avant qu'on puisse allumer le réacteur ? demanda Aldébaran en s'asseyant devant les commandes.
— Vingt minutes, lui répondit Milo.
— OK, préviens Aioros de ce qui arrive, je lui envoie un message vocal. Que tout le monde aille s'assoir et s'attache, dès qu'on peut on décolle et on va les chercher.
Seika et Jabu obéirent immédiatement. Aiolia s'installa dans le siège du copilote et appela encore dans son oreillette :
— Shura !
— Je suis désolé, lui dit alors son capitaine d'une voix plus douce qu'à l'ordinaire.
Il releva les yeux et croisa son regard peiné. Il le vit s'écarter et relever un écran qu'il fit pivoter dans sa direction. Quatre photos d'identités étaient affichées : celle de Shura, Algol, Dante et Ban. Leurs noms respectifs étaient inscrits tout à côté et, en dessous, un mince trait rouge suivit du chiffre zéro.
Aiolia sentit son cœur se briser en mille morceaux. En à peine quelques minutes, quatre de ses compagnons étaient morts. Dont un qu'il connaissait depuis des années et qui avait toujours été, pour lui, comme un frère aîné.
...
— Aioros ! Mettez-vous à couvert ! Les démons, ils arrivent ! La sonde ne les a pas vu parce qu'ils sont trop froids !
Aioros leva les yeux au ciel. Ils marchaient tous depuis des heures, il était très fatigué et ne se sentait pas d'humeur à rire.
— Milo, soupira-t-il en rajustant la bretelle de son sac sur son épaule. Si c'est une blague elle n'est pas drôle.
— C'est pas une blague ! Trois de tes hommes sont morts, et Shura aussi !
Le lieutenant s'arrêta. Derrière lui, les autres l'imitèrent, des questions plein les yeux. Ils avaient également entendu Milo dans leurs oreillettes.
— Qu'est-ce que tu…
— Mettez-vous à l'abris ! le coupa l'I.A avec énormément d'urgence dans la voix.
Son terminal émit un signal sonore l'avertissant d'un message vocal reçu. Il le sortit. À peine eut-il activé la lecture d'une pression du doigt qu'il entendit Aldébaran dire, avec calme mais gravité :
— Lieutenant Mirinikos, hostiles en approche. Nous avons déjà de lourdes pertes. Réfugiez-vous immédiatement dans la forêt. Ils viennent sur vous.
Une image satellite grésillante s'afficha tout à coup sur l'écran transparent qu'il tenait fermement, présentant la plaine parcourut d'innombrables mouvements si serrés qu'il fut incapable de dire s'il s'agissait de points ou de traits.
— Vers la forêt ! cria-t-il tandis qu'il échangeait son terminal contre son pistolet. Courez !
Marine, Shaka et Hyôga, qui n'étaient pas soldats, n'obéirent pas immédiatement, trop surpris pour réagir. Ils commençaient à poser des questions quand Dohko, Seiya et Capella, les poussèrent d'autorité pour qu'ils avancent. Des hurlements commencèrent alors à retentir dans leur dos.
Hyôga n'avait jamais couru aussi vite de toute sa vie. Il sentait et entendait leur présence derrière lui. La peur était sur le point de lui faire éclater le cœur. Et il comprit son erreur.
Shun n'avait eu de cesse de l'avertir. Les démons existaient vraiment. Mais l'humanité avait cessé de croire depuis bien longtemps ; les religions, sur Terre ainsi que sur la Lune, étaient reléguées au rang d'invention, d'exagération. Aussi n'avait-il pas pris toutes ces mises en garde au sérieux. Il avait eu tort. Aldébaran avait raison, finalement : toute cette mission ne se résumait qu'à de mauvaises décisions.
Lorsque son regard embué de larmes de terreur se posa sur les premiers arbres qui approchaient, il forma une fervente prière dans sa tête, espérant que ce que Shun lui avait affirmé était vrai et que ce qui les pourchassait craignait bien les arbres.
Ils n'étaient plus qu'à quelques pas de la forêt lorsque le terminal d'Aioros émit un son aigu d'avertissement. Le lieutenant le prit et jeta un coup d'œil à l'écran avant de ralentir brusquement sa course pour s'arrêter tout en criant :
— Stop !
Mais trop tard. Hyôga écarquilla les yeux lorsqu'il vit un arbre se tordre et ses branches se lever et se tendre vers eux ; la terre se souleva sous leurs pieds lorsque les racines bougèrent et jaillirent pour tenter de les saisir. Fauché par l'une d'elle, il perdit l'équilibre et tomba douloureusement au sol. Un hurlement de terreur s'éleva quelque part et il crut reconnaître la voix de Capella mais, entouré par les herbes compactes, il ne vit rien.
Choqué, terrorisé, le souffle court, il se redressa sans savoir quoi faire. Tandis que résonnait le bruit caractéristique du tir d'un pistolet à impulsion, il vit Dohko venir vers lui.
— Ne restes pas là ! lui ordonna-t-il en le saisissant par le bras.
Il le tira loin des arbres. Mais, s'il était facile de s'éloigner des branches, cela l'était bien moins de s'éloigner des racines. Elles étaient longues et très vives, elles sortaient du sol dès qu'ils y posaient le pied, les déséquilibrant. Néanmoins, ils parvinrent à se regrouper et à se mettre hors de leur portée. Seiya saignait sur le bras mais les autres semblaient allés bien. Il manquait Capella.
Lorsque le premier démon se jeta sur eux, percutant Dohko de plein fouet, Marine hurla. Hyôga, que le soldat tenait toujours, tomba avec lui et vit la créature de près. La terreur lui coupa le souffla et la voix. Grommelant, Dohko sortit son couteau laser à une vitesse étonnante et en planta la lame immense et brûlante dans la gorge de son adversaire, qui déversa alors un sang bleu sombre sur sa poitrine.
Le souffle d'un pistolet à impulsion faucha un autre démon dans les airs et Hyôga tourna la tête. C'était Shaka qui avait tiré. Les yeux écarquillés, figé, ce dernier ne semblait pas croire que c'était lui qui avait fait ça. Tout en se relevant, il décida de faire comme son collègue et prit lui aussi son arme qui siffla lorsqu'il l'arma.
— Milo ! appela Aioros, son pistolet dans une main et son terminal dans l'autre. Préviens Aldébaran qu'on ne peut pas se réfugier dans la forêt, les arbres nous attaquent !
— Je les vois bouger, répondit l'I.A. Les démons arrivent, ils… d'ici quelques minutes ils seront sur vous par centaines, les quelques-uns que vous avez repoussé n'étaient que les premiers, et je ne sais pas quoi faire !
— On a besoin du Scorpio !
...
— Comment ça les arbres les attaquent ?! répliqua vivement Aiolia.
— Ils bougent, affirma Aldébaran en pointant l'un des écrans du pupitre du doigt. Regardes.
Les capteurs de la sonde n'indiquaient plus seulement des mouvements dans la plaine, mais dans la forêt aussi, qui semblait avoir pris vie. Soudain, un signal sonore s'éleva du poste portatif de surveillance et ils tournèrent la tête pour voir la photo d'identité de Capella s'ajouter à celle de leurs quatre camarades disparus. Aiolia serra les dents de colère et jura.
— Combien de temps pour le réacteur ? demanda Aldébaran.
— Douze minutes, répondit tristement Milo.
— Ils n'ont pas douze minutes ! rugit Aiolia en tapant inutilement des poings sur les accoudoirs de son siège.
Un silence terrible s'installa. Ils réfléchissaient à toute vitesse mais aucune solution ne vint à aucun d'entre eux. Aiolia réalisa alors qu'ils étaient impuissants, que son frère allait mourir et qu'il allait y assister sans rien pouvoir faire, tout comme il avait déjà perdu Shura. Et Shaka était là-bas lui aussi. Il se rappela son sourire, le regard qu'il lui avait adressé dans l'infirmerie et il sentit des larmes amères lui venir aux yeux.
— Combien il nous reste d'oxygène ? demanda une petite voix tremblante derrière eux.
Les deux hommes se retournèrent d'un même mouvement pour découvrir que Seika les avait rejoints à nouveau.
— Quatre-vingt trois pourcents, répondit immédiatement Milo.
— Et combien on peut en balancer dans le réacteur sans le faire exploser ? demanda encore la jeune femme.
— Quoi ?! lança Aiolia, perdu.
— Seize pourcents d'estimation, révéla Milo après une hésitation. Mais c'est pas sûr !
— OK, retournes t'assoir, ordonna Aldébaran à Seika qui obéit promptement, avant de lui crier : et dis à Jabu de bien s'attacher !
— Qu'est-ce que tu vas faire ? lui demanda Aiolia tout en s'harnachant.
— Milo ? Balances ces foutus seize pourcents dans le réacteur, on va le flamber !
— Ça peut le faire exploser, ce truc est nucléaire ça vous réduirait en poussière ! répondit l'I.A avec ce qui ressemblait fort à de la frayeur dans la voix.
— C'est un ordre !
— À vos ordres, mon capitaine. Décompte.
Aiolia serra fort les lanières de son siège qui lui passaient en travers de la poitrine, et ferma les yeux en entendant la voix de Milo reprendre :
— Trois. Deux. Un.
Derrière lui, il y eut alors une terrible explosion.
...
À cause de la hauteur des herbes il était impossible de voir les démons arriver, ils ne pouvaient apercevoir leur silhouette qu'à la dernière minute. Grâce à leurs pistolets, ils parvinrent encore à en repousser trois qui étaient venus vers eux de front quand tout à coup, ils se mirent à les attaquer sur les côtés.
Une masse compacte de muscles le percuta si violemment que Shaka en eut le souffle coupé et il tomba au sol, écrasé par le poids de la créature qui le recouvrait. Une affreuse douleur lui paralysa l'avant-bras droit, lui faisant lâcher son arme et il hurla. Le démon venait de refermer ses crocs sur son bras. Le sang qui jaillit était si rouge qu'il en fut étonné avant de réaliser qu'il s'agissait de son propre sang.
Le monstre se redressa alors et se mit à le traîner derrière lui pour l'éloigner des siens, lui arrachant un nouveau cri. Au même moment, un vrombissement puissant fit trembler le ciel et une vive lumière éclatante les aveugla tous. La créature ouvrit la gueule pour pousser un cri de douleur en fermant les yeux. Aioros surgit, l'envoya au sol d'un coup de pied et lui trancha la gorge dans une gerbe de liquide bleuâtre.
— Debout ! hurla-t-il à Shaka en l'attrapant par son bras valide.
Ce dernier parvint à se remettre sur ses jambes mais il avait la tête qui tournait et une terrible envie de vomir tant il avait mal. Il releva tout de même les yeux et vit que le Scorpio les avait rejoints. Des résidus de flammes léchaient la coque de protection de son réacteur arrière, tous les panneaux déflecteurs étaient baissés, tous ses projecteurs allumés au maximum et le sas d'entrée était grand ouvert.
La lumière que la navette diffusait tout autour d'elle était en train de faire reculer les démons. Voilà pourquoi ils ne sortaient que lorsque l'astre énorme commençait à se coucher : ils ne supportaient pas la lumière vive.
Soudain, il sentit le sol se mouvoir sous ses pieds. Il eut à peine le temps de réaliser ce qu'il se passait qu'Aioros le poussait hors de portée de l'énorme racine qui apparut en crevant la terre. Il tomba encore mais put clairement voir le lieutenant être pris à sa place par ce serpent de bois qui venait de se refermer sur ses jambes pour le tirer vers la forêt. Il cria. D'impuissance. De terreur. Shaka poussa un cri lui aussi, repris en écho par quelqu'un quelque part au-dessus de lui.
...
Aiolia, sur ordre de son capitaine, se tenait en équilibre dans le sas d'entrée, juste devant la porte grande ouverte. Il avait attaché un mousqueton à sa ceinture afin d'y nouer une corde de sécurité qu'il avait ensuite enroulé autour de la poignée de la porte le séparant du pont d'embarquement.
Il n'avait donc rien perdu de la scène. Il avait vu son frère se faire emmener et disparaître.
— Non ! hurla-t-il.
Sans réfléchir, il défit le nœud qui le reliait à la corde et sauta dans le vide pour atterrir plus de quatre mètres plus bas. Il sentit le choc parcourir ses jambes jusqu'à ses côtes blessées malgré son bandage et grimaça avant de se ruer en avant. Mais Dohko l'arrêta.
— N'y vas pas ! lui hurla-t-il. Les arbres vont te tailler en pièce, c'est trop tard !
Le Scorpio faisait un tel bruit au-dessus d'eux qu'il l'entendit à peine. Il se débattit, tenta de lui faire lâcher prise, le poussa brutalement. Il reçut un coup de poing en pleine joue gauche en retour et tituba sur plusieurs pas.
— Aides-les à monter ! lui hurla son camarade.
Aiolia vit alors Shaka qui peinait à se remettre sur ses jambes, le bras en sang et le visage livide. Hyôga aussi était blessé et Seiya ne tenait debout que grâce à Marine, qui le soutenait. Sa jambe droite formait un angle très étrange au niveau du genoux. Serrant les dents, Aiolia prit Shaka contre lui pour ne pas qu'il tombe.
Il savait que c'était la bonne décision. Mais il n'en n'avait pas moins envie de hurler tant son cœur lui faisait mal. Il lui était déjà arrivé d'abandonner certains de ses camarades sur le champ de bataille en plein combat. Mais là, il s'agissait de son frère. Son propre frère. Qu'il était en train de condamner.
Le Scorpio s'abaissa encore de quelques mètres jusqu'à ce que le sas d'entrée rase le sol et ils montèrent tous les uns après les autres. Malgré le bruit assourdissant du réacteur, ils pouvaient encore entendre les hurlements stridents des démons, enragés de voir leurs proies s'échapper.
La porte se referma derrière eux, les plongeant dans un silence plus insupportable que tous ces cris bestiaux terrifiants.
— Dépêchez-vous de vous attacher, leur ordonna la voix d'Aldébaran depuis les haut-parleurs. On décolle.
Aiolia soutint Shaka jusqu'à le faire assoir dans un siège. Il était en train de passer les lanières sur sa poitrine lorsqu'il l'entendit lui dire d'une voix faible :
— Je suis désolé. Il a voulu m'aider…
— Tais-toi, gronda Aiolia en tirant sur les liens pour vérifier qu'ils étaient suffisamment serrés.
Il partit s'assoir. Un coup d'œil rapide sur l'état de ses camarades autour de lui l'informa que la blessure de Hyôga semblait superficielle mais que Seiya venait de s'évanouir.
Dans le poste de pilotage, Aldébaran se tourna vers l'écran de surveillance. Aioros n'apparaissait pas aux côtés de Shura, Algol, Dante, Ban et Capella. Il était toujours en vie.
Sur le moniteur qui affichait ce que transmettaient les capteurs de mouvements de la sonde, les centaines de points mouvants étaient devenus des milliers. Et ils entouraient le Scorpio.
— Allons-y, ordonna-t-il en s'accrochant aux accoudoirs.
— Décollage, annonça Milo avec une profonde tristesse dans la voix, presque des sanglots.
Ouais, moi je suis comme ça, du genre à buter 5 personnages d'un coup dans l'avant-dernier chapitre XD
Vous vous en doutiez que les démons existaient vraiment ? :D
Prochain chapitre : encore plus d'action !
À dans 10 jours ;)
*Bravo à ceux qui ont reconnu la référence :P
