Bonjour tout le monde !
Et oui, cela fait une éternité. J'ai perdu l'envie d'écrire en perdant ce que j'avais écrit après avoir noyé mon portable, il y a trois ans. J'avais sélectionné cet épisode, mais il m'ennuie fermement, et vous le verrez, c'est aussi le cas d'Amaryllis.
J'espère retrouver quelques lecteurs ici. Voici la première partie de l'épisode 6 de la première saison: LDSK ! Ou "l'Homme à l'affût" comme l'indique Disney+
Oui, j'ai pris un abonnement et c'est grâce à ça que j'ai retrouvé ma passion pour cette série. J'adore cette fanfiction et Amaryllis m'avait manqué.
Dates de publication: Mon horaire est chargé, mais j'aimerais pouvoir poster un chapitre tous les mois.
Je vais également commencer des études en psychologie en septembre, j'espère donc pouvoir être plus précise et cohérente pour les futurs enquêtes.
Merci pour votre lecture,
Dream-E
Amaryllis, 2005, Virginie
L'absurdité d'une chose n'est pas une raison contre son existence, c'en est plutôt une condition.
Nietzche
Cela fait une semaine. Sept jours depuis que nous avons sauvé Tricia, sept jours depuis que Gideon m'a fait voir la réalité. J'ai repris trois kilos, mes bras semblent un peu plus humains, mon teint s'est ravivé, et, comme aujourd'hui, il m'arrive d'avoir du rose aux joues.
J'ai pensé à aborder le sujet avec Garcia, mais je sais qu'elle serait toujours sur mes talons pour vérifier que je mange bien, et je veux y aller à mon rythme. C'est une inquiétude qu'elle n'a pas besoin de porter, je cois qu'elle a déjà bien assez avec son travail.
Je dois m'installer chez Ellie aujourd'hui, après le travail. J'ai empaqueté mes affaires dans un grand sac de sport, passe la porte du BAU d'un pas énergique. Je salue Evelyn, elle bosse à l'étage du dessous, arrive devant un bureau vide, sur lequel repose un badge. Je prends une longue inspiration, pose mon sac à terre. C'est officiel, je travaille avec le FBI.
- Bonjour Princesse, tu es déjà installée, me salue Morgan, son éternel sourire charmeur sur les lèvres.
- Je dois avouer que ça me fait un peu bizarre, je ne traîne plus en plein milieu du chemin.
- Tu nous as tous convaincus sur le terrain, et puis, on s'est tous attachés à toi, tu fais partie de l'équipe.
- Je veux le rester. J'ai décidé de commencer mes études en psychologie et criminologie au prochain trimestre.
- Les deux en même temps ? Tu vas devoir nous quitter alors ?
- Il se trouve que, puisque je suis active ici, j'ai obtenu un autorisation spéciale de l'université, pour faire un cursus accéléré, dont ma présence au cours n'est pas requise.
- Incroyable ! C'est Reid qui doit être content.
- C'est surtout grâce à lui que tout est possible, je le soupçonne de vouloir booster mes résultats.
Il est connu des meilleures universités, et son soutient m'a été plus que nécessaire. Je souris à mon collègue, observe distraitement le bureau de Gideon, il est allumé. Je dois aller le voir.
Morgan saisit le badge sur mon bureau, soulève un pend de mon pull, l'accroche à mon pantalon.
- Salut, lance Ellie, tout juste arrivée. Vous savez que c'est le jour d'examen de tir de Reid ?
Morgan fait un grimace, hausse les sourcils. Au même moment, Gideon passe à côté de nous, un tasse à la main. Il semblerait que le jus de chaussette soit déjà épuisé.
- Et c'est quoi le problème avec ça ? je demande
- Il a foiré sa qualification, répond-elle, comme si c'était évident.
- Vous parlez de Reid, on va éviter de lui en parler, lâche Gideon.
Donc Reid est vraiment mauvais en tir, c'est bon à noter.
Je me lève d'un bond, pars à la suite du profiler. Il marche si vite qu'il me faut presque courir pour le rattraper. Heureusement, il n'y a personne près de la machine à café, c'est un vrai miracle.
- Gideon, vous avez une minute ?
- Tu ne m'en laisses pas le choix.
- Je vous remercie, dis-je, avant de me retourner.
Pas la peine de m'attarder, je n'ai pas envie d'entendre une autre de ses remarques cinglantes. Je ne lui laisse pas le choix, comme si je l'avais ligoté à une chaise pour le forcer à écouter ! Il ne peut pas être agréable de temps à autres ?
Je me laisse rageusement tomber sur ma chaise, m'assieds en tailleur. Reid est là, il n'a vraiment pas l'air content. C'est vrai que nous sommes aux Etats-Unis, avoir une arme est la fierté de tout américain.
Je laisse échapper un rire, en imaginant Spencer, avec une grosse moustache, des bottes et un chapeau de cow-boy. Le concerné relève la tête, intrigué.
- Rassure-moi, je lui demande, tu ne viens pas du Texas ?
- De Chicago, pourquoi ?
- Je te vois mal dans le cliché du Texan. Je rêve où tu as un sifflet ?
Je fronce les sourcils, m'apprête à rajouter quelque chose, quand J.J arrive avec une pile de dossiers. J'en attrape un, me plonge à l'intérieur. C'est un tueur en série, une sorte de snipeur, qui ne tire que dans le ventre. Il a frappé pour la dernière fois à Franklin Park, à Des Plaines. Il y a eu trois fusillades en deux semaines, avec seulement six victimes, dont l'une a succombé.
- Le FBI n'a pas eu des résultats mirifiques avec les snipeurs, on n'emploie pas ce terme, déclare notre agent de liaison.
- Les snipeurs sont des tireurs d'élites, ces tueurs n'en sont pas, on les appelle TSLD, intervient Hotch.
Nos regards se dirigent vers Reid, pour un traduction plus simpliste. « Tueur en Série Longue Distance », ça semble clair. D'après les chiffres, la police n'a pas su arrêter un seul de ce type de criminel grâce à un profil.
Nous nous dirigeons vers la salle de conférence, le nez dans les papiers. Hotch nous fais défiler une photo des victimes et des scènes de crime sur l'écran, tandis qu'il énonce ce que l'on sait.
- On a une correspondance balistique ? demande Morgan
- Ce sont des ogives à fragments à trous, la comparaison est donc impossible, répond notre chef.
- Les victimes qui sont encore ne vie n'ont rien vu. Cela dit, l'un des patients a encore une balle intacte logée dans la colonne vertébrale. L'équipe médicale a un différent quant aux risques de l'extraction de cette balle, intervient J.J
On part pour Des Plaines.
Ce sont des hommes avec une expérience militaire, ils veulent un contact avec la ou les victimes en l'occurrence. Je suppose que le tueur connaît un minimum le système de la police. Il faudrait vérifier l'heure à laquelle il a commencé la fusillade, avec l'horaire des flics sur place.
- Notre homme n'a encore contacté personne, dit Morgan.
- Ni la police, ni les médias, il doit donc forcément revenir sur la scène de crime, à moins qu'il attende qu'on parle de lui ? Les tueries, ça ne passe pas inaperçu. Une certaine attente peut être jouissive, c'est un peu comme la veille d'un anniversaire, vous me suivez ?
- Il le fera, quoi qu'il arrive, répond Hotch.
- Et s'il ne le fait pas ? On attend une autre fusillade ?
- Quelque fois, ce n'est pas ce que fait le tueur qui révèle son profil, ce qu'il ne fait pas est plus révélateur, me répond Gideon.
Il ne tue pas. Reid me précède, énonce à voix haute mes pensées. Hotch doute quant à la précision de notre tireur, l'estomac est un endroit facile à atteindre, mais aussi l'un des seuls qui permet de garder la victime en vie. Peut-être qu'il n'ose simplement pas les tuer, ou il n'en est pas capable.
Gideon a raison, il faut réfléchir à ce qu'il ne fait pas, on va bientôt arriver, je vais aller voir la scène du crime. L'inspectrice Clavin nous y attend. Je ne suis pas très inspirée par cette affaire, le tueur me semble un peu fade.
Il n'y a pas que lui, c'est juste tout ça. La femme discute avec Hotch, Morgan et Reid, je n'y tends qu'un oreille, observe l'étude verte devant moi. Près de chez moi, ce genre de parc n'existe pas. La nature est libre, des bois qui s'étendent sur des kilomètres à en assombrir les maisons, aux champs qui accompagne le conducteur sur le long de la route. Puis-je seulement appeler ça une route ? Tout juste une couche de goudron pour s'en sortir lors des fortes pluies.
C'est ma journée, je ne parviens pas à fixer mon esprit sur ce tueur. Morgan nous propose l'hypothèse du sadique. Pourquoi pas, cela pourrait déterminer dans un premier temps qu'il choisit de toucher l'abdomen, et ensuite d'expliquer pourquoi cet endroit.
Quelque chose ne me plaît pas. Si loin, c'est gâcher son plaisir. Est-ce que voir les gens tomber comme des dominos lui suffit ? Non, ce n'est pas assez, l'ultime jouissance, c'est de participer à la douleur de sa victime.
- Des infirmières ? Du personnel médical !
- Les autres sont en route. Gideon est avec eux, il verra s'il y a la moindre chose suspecte.
- Très peu pour moi les hôpitaux en ce moment. Je vais faire un tour de mon côté. T'inquiète pas Morgan, pas besoin de sifflet, je crie.
Je tourne les talons, sans être amusée par ma propre blague. J'ai le cerveau qui tourne en rond autour de l'hôpital. Je m'éloigne doucement du parc, préfère la sûreté du parking. C'est relativement grand, mais je suis aux Etats-Unis, tout est grand. Mais tout n'est pas censé être bleu. En Belgique, ce serait une place handicapée, mais je ne vois pas pourquoi ils l'auraient foutue aussi loin de l'entrée. Il est temps d'apprendre de nouvelles-
- C'est bien une place handicapé.
Est-ce que ça vaut la peine que je le fasse remarquer ? Je ne suis pas au meilleur de ma forme aujourd'hui.
Je secoue la tête, hurle « sifflet » avec un petit coucou de la main en direction de mes collègues. Cette fois, je me trouve très drôle.
Je pointe du doigt ma trouvaille, en haussant les sourcils. D'abord sceptiques, Hotch hoche la tête, les mains sur les hanches.
- Cette place handicapée est trop loin de l'entrée du bâtiment, bien joué Amaryllis. Et d'ici on a une vue parfaite sur les drapeaux.
- A quoi vous pensez ? demande Morgan
- A cette distance, notre homme devait tenir compte de la vitesse et de la direction du vent pour son tir. Il devait se disposer là où il disposait d'un large champs d'action.
- Bien sûr, le drapeau va l'aider à avoir ces informations ! C'est une technique archaïque utilisée depuis des siècles lors des combats. Mais lui avait déjà un drapeau à disposition…
- Il est venu ici avant la fusillade, il a choisi sa place, et s'est assuré qu'elle serait libre quand il reviendrait.
- Alors quoi, il a tiré de sa voiture ? Comment ? Avec une fenêtre ouverte ?
- Il voulait partir le plus vite possible, son but n'était pas de faire souffrir ses victimes.
Morgan réfute son hypothèse précédente, avec un peu de déception. Retour à la case départ, on n'a pas de profil type.
- On ne trouvera rien de plus ici, rentrons au commissariat, faire le tour des informations que les autres ont dénichées.
J'étouffe un bâillement, saute la tête la première dans la voiture. Voiture, c'est vite dit, je dois littéralement sauter pour grimper dans ce truc. Et dans les films, le FBI s'étonne de se faire cramer par les criminels. Ecrire « nous sommes les gentils qui bottent les fesses des méchants » sur le capot, c'est pareil.
Je devrais peut-être apprendre à tirer, moi aussi. Ou du moins me renseigner sur la théorie, ça m'aurait été utile pour cette affaire. Je n'ai jamais tenu une arme à feu en main, quant à des armes plus évoluées, j'en ai jamais eu qu'un bref aperçu dans des fictions.
Après, si Reid n'a pas réussi son examen, je ne suis pas certaine d'avoir ne serait-ce qu'un quart de cette chance.
Les autres ne sont pas encore revenus, ça, ça veut dire allô Garcia.
- Le tueur a une parfaite connaissance des procédures judiciaires, annonce Hotch.
- Détective Calvin, à quelle distance de votre juridiction s'est déroulé la fusillade numéro deux ?
- Environ dix kilomètres, pourquoi ?
- S'il connaît les horaires de la police, il doit connaître ses soucis en interne. L'organisation entre chaque district doit être foireuse. Alors il choisit des endroits différents, pour obliger à la coopération. Garcia m'a appris les ragots de base de la police américaine.
- Vous voulez dire qu'il est de la police ?
- C'est une possibilité. Il choisit-
- C'est assez typique, je coupe Hotch, presque mécanique, comme s'il suivait une recette.
- On peut supposer qu'il était dans l'armée, demande Calvin.
- Il devait être dans les marins, les rangers, ou dans une unité spécialisée du genre. Garcia a dit que la balle est du 2-23, tirée d'un M4 variante du M16.
Et c'est là que j'ai besoin d'une traduction. Ma prochaine visite à la bibliothèque va se résumer par une encyclopédie de M-machins. Les ricains et leurs armes à feu, sans rire…
J'apprends donc que toutes les branches de l'armée utilisent le M4, mais que globalement il n'est pas pratique, donc qu'il faut avoir été spécialement entraîné.
- Tout ce qu'il fait est délibéré.
Oui mais quoi ? Cette histoire de militaire flic me semble bizarre. Le principe de ces métiers, c'est servir et protéger. Ce sont les héros du pays ! Alors comment est-ce que son esprit divergent a pu détourner cette fonction de la sorte. Des tueries de masse, c'est bien à l'opposé de ses boulots de prédilection, lui, il doit sauver ces gens.
Nous nous arrêtons là pour la journée, le soleil commence à se coucher, et malheureusement, nous attendons une prochaine tuerie pour s'avancer davantage, en espérant pouvoir avancer sur le profil demain. Nous rejoignons notre hôtel le pas lourd, épuisés par le voyage, personne ne discute vraiment, si ce n'est une blague échangée entre Morgan et Ellie.
Mon ventre me fait affreusement mal, je ne comprends pas trop ce qui m'arrive. J'ai la nausée, et j'ai vraiment envie d'aller me coucher.
Je sors de la voiture, me crispe lorsque je déplie mon corps, putain qu'est-ce que j'ai mal ! Je salue très brièvement tout le monde, m'empresse d'aller dans ma chambre, m'effondre dans la petite salle de bain. J'ouvre la cuvette, prête à vomir, mais rien ne vient. Qu'est-ce que j'ai mangé ce matin ? Des crêpes, notre rituel avec Pénélope, et un espèce de sandwich donné au commissariat. Rien de bien extravagant.
De toute façon, ce n'est pas mon estomac qui me fait mal. J'ai l'impression que ma blessure de cette nuit-là s'est réouverte. Je soulève mon t-shirt, regarde la cicatrice. Elle n'a pas bougé, toujours d'un rose vif, je pose mes doigts dessus, la même rugosité, je ne sens pas non plus de chaleur. Je crois que j'ai besoin de repos, tout simplement.
Je me déshabille entièrement, pose un pied après l'autre dans la douche. L'eau est tiède, et ça me va parfaitement. Je reste accroupie dans la douche, savonne rapidement mes cheveux. Je saisis le petit flacon de bain douche fourni par l'établissement, l'ouvre et l'agite en dessous de mes narines. Une odeur sucrée de coco me fait rapidement bouger le produit, l'étale sur mon corps de manière assez superficielle. Je me déplie à nouveau, laissant cette fois une grimace sur mon visage. Je prends plusieurs longues minutes pour rincer le savon, sors finalement de la douche, observe rapidement mon reflet dans le miroir soigneusement placé au-dessus d'un lavabo bleu ciel. La buée ne m'offre qu'une version floue de moi-même, et une nouvelle crampe me force à me plier en deux.
Cette affaire me fait chier, et je suis obligée d'avoir mon ventre qui se déchire en deux ? Je suis en bien meilleure santé qu'en Belgique, c'est n'importe quoi !
Mes yeux tombent sur la tache sombre au milieu de la serviette. J'arrête immédiatement mon séchage. Je saigne ?
Je jette un nouveau coup d'œil à ma plaie, baisse le regard vers mes cuisses. Oh merde. Je crois que j'ai mes règles.
Une vague de panique me submerge, je me sèche en dix secondes, continue de faire des aller-retour entre mon entre-jambe et le tissu. Je m'assieds sur le wc, tente de m'essuyer avec un morceau de papier.
J'ai mes règles, ok, il faut que je me calme, ça arrive à tout le monde. C'est tout à fait naturel. Mais je fais quoi moi maintenant ? Je me sens honteuse et ridicule.
Deux coups forts secouent ma porte, et je manque de me cogner en sursautant. Je passe la tête par l'embrasure de la porte de la salle de bain, fais un pas prudent dans la chambre. Peut-être que c'est quelqu'un qui s'est trompé ?
- Amaryllis ? Est-ce que je peux entrer ? C'est Ellie.
Ok, c'est Ellie. Qu'est-ce que je fais ? Elle ne va pas me manger enfin, puis j'ai besoin de quelqu'un…
Je m'approche, ouvre doucement la porte. Elle m'observe de la tête aux pieds.
- Excuse-moi ! Si j'avais su je serais passée plus tard, je vais te laisser t'hab-
- Entre, s'il te plaît.
Je lui saisi le bras, ferme la porte à toute vitesse. Elle est confuse, et moi je ne sais pas comment lui dire. Ca y est, elle a vu les taches sur la serviette nouée autour de ma poitrine.
- Tu es blessée ? s'écrie-t-elle en se ruant vers moi.
- Non-non je-
- Alors qu'est-ce que c'est ?
- Je- j'ai- je crois que j'ai eu mes règles, je balbutie en évitant son regard.
Elle ne répond rien, semble réaliser la situation. Elle me mène doucement vers le lit, me sourit avec toute la bienveillance du monde.
- Ce sont tes premières règles, c'est ça ?
- Oui… Je viens de m'en rendre compte. J'ai eu des crampes toute l'après-midi, et puis j'ai juste commencé à saigner en sortant de la douche. J'ai repris du poids, et je suppose que mon corps a juste… Tu sais.
- Tu étais trop en sous-poids pour qu'il puisse produire quoi que ce soit plus tôt. Est-ce que tu sais ce que ça veut dire ?
- Ouais, ne t'inquiète pas je n'ai pas besoin de la fameuse discussion, je rigole.
Nous hochons toutes deux la têtes, au moins ça c'est fait, ce serait vraiment gênant si elle devait commencer à m'expliquer comment maman et papa font des bébés.
- D'accord. Je vais aller voir dehors, te chercher des tampons, et des médicaments pour les crampes aussi, les premières peuvent être infernales. Est-ce que tu as des questions ? Ta maman, avant- avant l'accident, t'avait parlé de ça ?
- Ellie… Ma famille était ce qu'on peut dire « abusive ». Je ne sais pas trop quoi faire, ce qui est normal, et honnêtement, j'étais un peu anxieuse quand tu as frappé à ma porte.
- Bon… Je t'avoue que c'est très étrange comme situation. On va voir comme ça évolue dans les prochains jours, mais d'ici une semaine, tu devrais être tranquille. Par contre, tu devrais prendre un rendez-vous chez une gynécologue, pour prendre une pilule, ce genre de choses.
- Merci, je sais que c'est bête à mon âge.
- Il n'y a pas d'âge, et tu avais, ton corps compris, d'autres choses à te soucier avant. Si tu les as, c'est une bonne chose, c'est que tu te sens plutôt bien, pas vrai ?
J'acquiesce, lui souris. Elle quitte ma chambre pour aller au magasin, tandis que je commence à m'habiller. J'ai mis plusieurs couches de papier toilette dans mon short en attendant Ellie. J'ai l'impression de me promener en Pampers.
Je reste assise en tailleur sur mon lit, soupire. C'est dingue, j'ai mes règles. A quelques semaines de mes dix-huit ans, j'ai enfin mes règles ? Elle a raison, je les ai parce que mon corps reçoit assez de ressources, parce que je commence à aller mieux.
Je pince mes lèvres, sentant des larmes monter à mes yeux. Mon téléphone sonne, je décroche sur une Garcia… Disons qu'elle essaie de gérer sa panique.
- Allys ? Comment tu vas chaton ? Tout va bien ? Tu es malade ? Reid m'a appelée, il dit que tu étais toute pale et que-
- P. Du calme, ça va, Ellie me donne un coup de main. J'ai eu mes premières règles… Il y a dix minutes, exactement.
- Oh ! Je n'avais pas pensé à ça… Comment tu te sens ? Les douleurs, ça va ? Tu n'as pas eu trop peur j'espère ! Heureusement que Ellie est là, avec cette équipe de bourrins-
- Je vais bien. Promis, elle est partie me chercher des trucs, là. Mais oui, j'ai eu peur. Disons que elle et moi venons de briser la glace…
- D'accord. N'hésite pas, si tu as besoin de quelque chose, et repose-toi surtout !
- Promis ! A plus tard Déesse.
Je souris, lève la tête à la vue de la porte qui s'ouvre faiblement. La petite tête blonde de JJ fait une moue désolée, s'approche de mon lit.
- Hey, elle commence, je sais qu'on ne se connaît pas vraiment et n'en veux pas à Ellie de m'en avoir parlé… Je voulais voir comment ça allait.
Je reste bouche bée, croise les bras. Je me sens menacée. C'est idiot, elles ne me veulent pas de mal. Ce n'est pas une fausse gentillesse, je suis en sécurité. Ellie lui a dit parce que c'est aussi une femme et qu'elle pourra sûrement me rassurer, c'est tout.
J'essaie de lui sourire, sans succès. Elle est mal à l'aise, danse sur ses pieds.
- Jennifer, je suis désolée… Ce n'est pas toi, c'est moi. J'ai du mal à accepter l'attention des autres.
- Pas de soucis, fais comme tu le sens, je ne veux pas te forcer à parler. Je me suis juste rappelée à quel point c'était terrifiant quand je les ai eue à mes neuf ans.
- Neuf ans ? Mais c'est super tôt ! On t'en avait déjà parlé ?
- Non… C'était une expérience particulière, sourit-elle. Ma famille m'a entendu crier dans toute la maison, et quand mon père est arrivé et a compris… Disons qu'il a envoyé les autres femmes de la maison.
- Aie, j'imagine la scène ! Heureusement, à mon âge, je savais quand même ce que ça signifie. Imagine si j'avais crié dans l'hôtel…
- Je vois Morgan défoncer la porte… Hotch pointant son arme.
- Gideon dans le rôle de ton père. Est-ce que ce n'est pas…
- Horrible ?
- Horrible !
Nous éclatons de rire, et je me sens bien mieux. Les crampes sont toujours présentes, mais je suis plus détendue. Ellie nous rejoint une quinzaine de minutes plus tard, deux sachets plastiques au bras. Une odeur forte se répand dans la pièce, mon ventre gargouille. J'ai une furieuse envie de dévorer la table.
Je suis toujours mineure, et avec mon statut diplomatique, j'ai besoin d'une autorisation spéciale avant de prendre un quelconque médicament.
Elle m'a ramené un paquet de tampons, les plus petits qu'il y avait, ainsi qu'un autre de serviettes, en fonction de ce que je préférais. Je me dirige vers les toilettes, et opte pour la serviette, une version optimisée du Pampers, en quelques sortes.
L'autre sachet signe le début de notre soirée filles. Posée sur le lit, nous trouvons un programme un peu idiot à la télévision, savourons les succulents plats thaï ramenés par notre collègue.
Note d'auteur
Surprise ? Oui, j'ai abordé le sujet des règles. C'était assez inopiné, mais ça m'a semblé tellement logique. Lorsque notre corps n'a plus de ressources, les règles s'arrêtent chez les jeunes filles anorexiques.
J'ai trouvé le sujet intéressant à aborder, et surtout c'est une preuve incontestable des changements qui arrivent dans la tête et le corps de la jeune femme.
