Naruto
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« Bonjour Naruto-kun, comment vas-tu ? » demanda le Sandaime en pénétrant dans la petite infirmerie de l'orphelinat.
Un enfant était allongé sur le lit le plus éloigné de l'entrée, dos à son aîné, il ne prit pas la peine de lui répondre. Pourtant ils savaient tous deux qu'il était parfaitement éveillé. Ne voulant pas le brusquer, Hiruzen s'avança d'un pas lent jusqu'à pouvoir s'installer sur la petite chaise qui lui faisait face. Voilà bien plusieurs mois qu'il n'avait pas eu à rendre visite au garçon dans cette pièce qui sentait trop fort l'antiseptique.
Etonnement aucun cri ne fut entendu de la part de ce garçon auparavant si énergique. Profitant de ce moment de calme bien trop rare dans son quotidien selon lui, l'Hokage prit le temps de dévisager le garçon. Comme toujours, ses cheveux blonds brillaient sous les rayons du soleil doux d'automne et trois petites moustaches barraient ses joues, cependant ce jour-là des bandages et pansements recouvraient son corps frêle et son visage enfantin. Mais le plus dur à regarder pour le Sandaime restait ce regard azur qui était autrefois si pétillant de vie, mais depuis quelques semaines, ce dernier se ternissait et se perdait de plus en plus dans le vide.
Peut-être que cela n'avait pas été une si bonne idée que d'inscrire Naruto à l'Académie. Peut-être que l'école civile de l'orphelinat aurait largement suffit pour l'instant. Cependant Sarutobi ne pouvait pas imaginer que des enfants de six ans puissent à ce point être cruel envers l'un de leur camarade, tout cela à cause de la méfiance de leurs parents.
Il était si las. Qu'allait-il bien pouvoir faire de ce gamin ?
« Je suis venu ce matin pour te souhaiter un joyeux anniversaire Naruto-kun, bien que je sois d'un jour en retard. » Toujours aucune réponse. « Je veux que tu saches que si tu as envie de parler ou de me demander quelque chose, peu importe ce que c'est, tu peux venir me déranger à n'importe quel moment. J'aurai toujours du temps pour toi Naruto-kun. »
Au fil des paroles du vieil homme, Naruto releva peu à peu les yeux vers lui. Bientôt, leurs regards savoir, le comprendre. L'enfant sembla avoir trouvé ce qu'il cherchait en lui puisqu'il se redressa soudainement se croisèrent, mais Sarutobi ne faiblit pas, le garçon pouvait lui faire confiance et il devait le savoir, le comprendre. L'enfant sembla avoir trouvé ce qu'il cherchait en lui puisqu'il se redressa soudainement sur son matelas afin de pouvoir s'asseoir en tailleur. Sarutobi fut cependant attristé de remarquer que malgré la vie qui semblait regagner son corps, le regard de l'enfant était toujours aussi terne.
« Je suis Kyubi, n'est-ce pas Hokage-sama ? » La voix était rocailleuse à cause de son mutisme prolongé, cependant ce n'est pas ce sur quoi Hiruzen se pencha.
Comment le garçon avait-il bien pu avoir connaissance de cela ? Et surtout à quel point allait-il mal pour ne même plus avoir l'insolence de se montrer irrespectueux envers lui ?
« Pourquoi dis-tu cela Naruto ?
- Les villageois me l'on dit.
- Quels villageois ? » Gronda l'Hokage, agacé à l'idée que des civils aient outrepassé la loi pour nuire à cet enfant.
« Alors c'est vrai. Vous ne le niez pas, je suis un monstre. » s'affaissa Naruto de désespoir.
« Je vais te raconter une histoire Naruto-kun. Il était une fois un couple de jeune marié qui vivait paisiblement au sein du village caché de la feuille. Ils avaient tout pour être heureux, ils étaient éperdument amoureux l'un de l'autre, avaient de nombreux amis, une belle maison et surtout, ils attendaient un enfant, leur enfant. Alors que la jeune femme arrivait au terme de sa grossesse, le village fut attaqué par un démon. Le mari de la jeune femme étant un shinobi, il n'eut d'autre choix que de partir au combat afin de protéger sa famille. Malheureusement les deux époux disparurent le 10 octobre il y six ans de cela, laissant derrière eux un enfant.
Plus loin, le combat faisait rage et opposait notamment le Yondaime Hokage au démon Kyubi. Sachant pertinemment qu'il n'existe qu'une seule façon de vaincre un démon de chakra sans le détruire, le Yondaime n'eût d'autre choix que d'enfermer le chakra du démon au sein de la personne le plus proche alors qu'il était lui-même transpercé de part en part par les griffes de la bête. Et cette personne au chakra suffisamment puissant pour recueillir un démon à queues, c'est toi Naruto Uzumaki. Tu n'es pas Kyubi, mais son réceptacle qui a permis de tous nous sauver cette nuit-là. »
Une fois son histoire achevée, Sarutobi laissa le temps au garçon d'assimiler tout ce qu'il venait de lui révéler. Désormais le vieux ninja ne pourrait plus rien pour l'enfant si ce n'est de croire en lui. Ce serait à lui de décider s'il veut devenir le monstre dont les villageois craignent l'existence ou bien le ninja qui les protègera peu importe ce qu'ils pensaient de lui. L'avenir de ce garçon reposait désormais entre ses propres mains, celles d'un enfant de six ans.
« Mes parents ? » Put finalement articuler Naruto après plusieurs longues minutes de mutisme. Cependant il n'eut aucune réponse, lui faisait comprendre que peu importe à quel point il était au fond du gouffre, cela ne valait pas la peine de lui révéler l'identité de deux cadavres.
Ce n'était pas grave, il avait l'habitude que le Hokage évite ce sujet en sa compagnie. Il ne voulait plus voir personne aujourd'hui, ni demain et encore moins les jours qui suivraient. Il voulait rester seul, blottis au fond de ses couverture et ressasser cela encore et encore. Il voulait que le Sandaime disparaisse de sa vue. Il voulait pouvoir rencontrer le Yondaime et lui demander pourquoi l'avoir condamné lui plutôt qu'un autre. Il voulait demander à ses parents pourquoi ils étaient allés au combat plutôt que de rester à ses côtés.
Il voulait être seul, pour toujours.
Naruto revenait pour la première fois à l'école depuis plus de trois semaines. C'est que soigner sa jambe cassée suite à sa chute d'un toit avait mis pas mal de temps à guérir, surtout si on ajoutait à cela les quelques blessures qu'il possédait déjà au moment de son accident. Heureusement pour lui il possédait le Kyubi, sinon cela aurait pu mettre plusieurs longs mois pour se remettre en place.
Depuis la visite du Sandaime, le lendemain de son hospitalisation, Naruto avait eu le temps de ressasser encore et encore ses paroles. Désormais, il pensait plutôt bien accepter la nouvelle, même s'il haïssait toujours autant le monstre qui habitait en lui, les villageois pour le blâmer de quelque chose qu'il n'avait pas choisi et ses camarades pour suivre bêtement les traces de leurs parents. Mais surtout, il se haïssait lui-même pour être aussi faible face aux autres, à leur jugement et à leur discrimination.
Mais désormais, Naruto allait changer. Il se l'était promis.
Tout d'abord il n'avait pas cherché à attirer l'attention sur lui ce matin-là, il ne voulait plus voir la moquerie dans le regard de ses camarades, il voulait juste pouvoir ruminer tranquillement dans son coin. Apparemment il y avait au moins une personne qui était satisfaite de ses nouvelles résolutions : son professeur.
En effet, Naruto ne s'était pas contenté de se reposer pendant ses trois semaines de convalescence, il avait aussi travaillé grâce au cadeau d'anniversaire du Sandaime. Grâce à lui il avait pu s'entraîner à lire des livres pour enfants ainsi que s'entraîner à écrire plus lisiblement. Désormais il était au même niveau que ses camarades dans sa scolarité. Il était d'ailleurs plutôt content de constater qu'il faisait partie de ces personnes qui pouvaient facilement obtenir de bon résultat rien qu'en travaillant un peu plus sérieusement.
La matinée se déroula tranquillement pour Naruto. Maintenant qu'il comprenait de quoi son instituteur parlait, ses leçons semblaient bien plus intéressantes. Cependant la réelle première épreuve qu'il devait affronter était la récréation. Bien sûr, les élèves n'avaient pas le droit de rester tout seul dans la classe, il serait donc obligé de se joindre à ses camarades dans la cour de l'école.
A reculons, Naruto suivit le reste de sa classe et tenta de s'éclipser le plus discrètement possible jusqu'à sa balançoire où il passait le plus clair de ses pauses. Cependant son répit fut de courte durée puisque déjà, Hibachi et sa bande arrivait vers lui. Il le savait, cela ne servait à rien de fuir, ils étaient de deux ans son aîné et donc bien plus grand et rapide que lui. Fuir ne les mettrait qu'en colère. Et dire qu'il avait voulut faire parti de leur bande il y a seulement deux mois.
Rapidement, les moqueries fusèrent, des insultes furent crachés et même un coup de poing fut donné. Heureusement, pour le blondinet, les instituteurs sifflèrent bientôt la fin de la pause et les étudiants durent rejoindre leur classe.
C'était décidé, dès ce soir, Naruto allait s'entraîner à la course, ainsi il n'aurait plus jamais besoin subir le sale caractère de ses camarades malintentionnés.
Naruto était installé depuis bientôt une heure dans le bureau de son directeur d'orphelinat. L'homme ne faisait que lui crier dessus et lui donnait de temps en temps une baffe lorsqu'il s'apercevait que l'enfant ne l'écoutait plus vraiment.
Soudain, la porte du petit bureau s'ouvrir en grand sur l'Hokage accompagné de deux Anbus.
« Que ce passe-t-il ici ? » demanda-t-il d'une voix calme mais ferme.
« Hokage-sama, ce petit vaurien a dépassé les limites cette fois-ci. Ne pas respecter le couvre-feu, chaparder dans nos réserves ou encore s'enfuir pendant des nuits entières, je peux fermer les yeux. Mais lorsqu'il s'agit de la sécurité de mes pensionnaires, je ne peux que le mettre dehors ! » S'exclama le directeur de l'orphelinat.
« Pardon ?
- Hokage-sama, je suis désolé mais je vais devoir rompre ma promesse, je ne peux plus garder cet enfant dans mon établissement. Il… il a envoyé trois de ses camarades à l'hôpital. »
A ces mots, l'expression du chef de village s'assombrit. Alors c'était enfin arrivé, le moment où le garçon réalise que ses capacités étaient bien supérieures à celles de simples civils. Il avait espéré que cela ne se fasse pas avant plusieurs longues années ou au moins que cela attende son . Peu importe, il fallait désormais agir et non rechigner.
Sans un regard pour l'enfant, Sarutobi le saisit par l'épaule et le guida jusqu'à la sortie de l'orphelinat, ses gardes toujours à ses côtés. D'un geste de la main, le vieil homme leur fit signe de s'éloigner quelque peu afin de leur laisser un minimum d'intimidité, à lui et à celui qu'il considérait comme son petit-fils.
« Vous n'avez même pas écoutez ce qu'il s'était passé. » Accusa sèchement Naruto.
« C'est parce que je veux connaître ta version avant celle de quiconque. Je suis sûr que tu n'as pas fait cela par méchanceté ou haine, du moins c'est ce que j'espère.
- Bien sûr que non je n'ai pas fait exprès ! » S'enflamma l'enfant. « C'est juste que je voulais juste qu'ils me lâchent et tout d'un coup, je … j'ai vu où je devais frapper pour qu'il me laisse partir et … et puis je ne maîtrisais plus ma force, c'est comme si ce n'était plus mon corps. Qu'est-ce qu'il m'arrive Jiji-sama ? » Le ton était faible, incertain et il était évident que le garçon était sur le point de craquer psychologiquement.
« Kyubi est en toi Naruto et il semblerait qu'il réponde à tes émotions. Tu vas devoir apprendre à le contrôler, mais en attendant tu seras surveillé par l'un de mes Anbu. C'est pour ton bien et celui de nos concitoyens, je suis désolé. »
Bien que la trahison brillait dans son regard, Naruto ne pipa mot. Il était un danger et ça, il était assez grand pour le comprendre seul. Cela ne mènerait donc à rien de s'énerver contre l'Hokage à part lui apporter davantage de problèmes. Las de tous ses problèmes, il ne sursauta même pas lorsqu'un homme tout de noir et de métal vêtu apparu devant lui.
« Hebi voilà ta mission jusqu'à ce que ta blessure se remette, tu devras surveiller le jeune Uzumaki et veiller à ce qu'il ne perde plus le contrôle de ses émotions. Maintenant emmène le jusqu'à son nouvel appartement. »
L'Anbu au masque de serpent se contenta de hocher de la tête, bien que le regard noir qu'il posa sur Naruto lorsque l'Hokage fut parti démontrait parfaitement qu'il aurait préféré passer son mois de convalescence à faire autre chose que de s'occuper d'un mioche. Sans un mot, Hebi se détourna de l'enfant et le guida d'un pas rapide à travers les rues de Konoha. Rapidement ils arrivèrent devant un immeuble en bordure de ville et qui restait tout à fait habitable bien qu'un peu vieillot ou délabré par endroit.
« Appartement 26, tes affaires t'y attendent déjà. » l'informa l'Anbu tout en lui tendant une clé. Une fois sûr que l'enfant avait mémorisé ses instructions, il disparut dans un « pouf » sonore, laissant Naruto seul devant le grand immeuble.
D'un pas lent et morne, il se dirigea vers le second étage et pénétra dans son nouvel appartement. C'était petit. Il n'y avait que deux pièces dans son nouveau lieu de vie, dans l'une d'elles se trouvait une douche et des toilettes tandis que la seconde était encombrée par une table à manger, un lit dont le matelas semblait tout sauf confortable, une armoire déjà occupée par les affaires qu'il avait accumulées à l'orphelinat et une petite cuisine dont les rangements et le frigo étaient déjà bien remplis. Mais bien que la petite pièce soit déjà aménagée, elle lui paressait pourtant bien vide. Il allait devoir y ajouter un peu de sa touche personnelle afin que l'appartement ne lui semble plus si triste.
Désormais Naruto vivrait ici, seul. C'est ce qu'il souhaitait depuis si longtemps, ne plus avoir à supporter les moqueries des autres enfants de l'orphelinat car on ignorait qui étaient ses parents contrairement aux autres, car il avait des cicatrices en forment de moustaches, car il était né le jour de l'attaque du démon à neuf queues, car même le personnel de l'établissement le haïssait.
Il était enfin loin de tout cela. Pourtant il se sentait à nouveau rejeté de tous. Parce que c'était lui, cela n'était pas grave qu'un enfant de sept ans vive seul. Les adultes de ce village lui semblaient de plus en plus irresponsable. Las de se morfondre, Naruto releva le regard et décida que cela avait assez duré. Il deviendrait fort, maîtriserait le monstre en lui et alors, il pourrait redevenir un garçon normal. Bientôt il n'aurait plus besoin de se morfondre.
Sûr de ses nouvelles résolutions, il se décida pour prendre une douche avant de se faire quelque chose à manger pour son dîner. Ce fut seulement en se dirigeant vers la salle de bain que Naruto remarqua qu'il n'avait plus mal à ses côtes, curieux il fonça vers le miroir de la salle de bain et retira avec hâte sa veste et son T-shirt orange. C'est alors qu'il découvrit que les bleus que ses camarades lui avaient donnés plus tôt avait entièrement disparu. Ce n'était pas normal ça. Bien qu'il eût toujours pu guérir rapidement, jamais cela n'avait été aussi efficace, une demi-journée pour une côte fêlée, cela était inimaginable même pour lui.
« Je suis vraiment un monstre alors ? »
Haïssant ce qu'il voyait dans le miroir Naruto le frappa de toutes ses forces, ne laissant que des débris derrière lui alors qu'il pénétrait dans la douche. Il ramasserait tout cela plus tard. Pour l'instant il était trop occupé à observer les coupures sur son poing se refermer, ne laissant que de fines cicatrices presque invisibles à l'œil nu sur sa peau. Même son chakra n'était pas normal, alors qu'il devait être bleu, le sien était orange.
Il en avait marre de se faire rappeler qu'il était l'hôte du démon renard peu importe ce qu'il faisait.
Une fois propre, Naruto se dirigea vers la cuisine et fut satisfait de constater que l'Hokage avait pensé à acheter des plats tout fait, ainsi il n'aurait pas besoin d'apprendre à cuisiner avant un petit moment. Il y avait au moins un peu de positif dans cette journée finalement.
Comme toujours, Naruto était assis sur sa balançoire au fond de la cour de récréation et regardait ses camarades jouer entre eux. Si un an auparavant il s'était promis de bien travailler à l'école et de devenir fort pour pouvoir maîtriser Kyubi, cela faisait maintenant plusieurs semaines que cela l'ennuyait. Il était loin d'être un élève assidu et presque n'importe quoi pouvait le déconcentrer de son travail scolaire. Peu importe ses efforts, il n'arrivait jamais à finir ses devoirs et finissait toujours par regarder le ciel en cours. S'en était presque désolant.
De toute façon, si ce n'avait pas été à cause de sa difficulté à apprendre, Naruto aurait dans tous les cas rapidement abandonné ses efforts scolaires. Si auparavant il lui semblait logique d'obtenir de zéro à tous ses contrôles, il était maintenant évident pour lui que son instituteur ne corrigeait même pas ses copies. Apparemment certaine personne ne voulait pas que quelqu'un comme lui ne devienne shinobi.
Mais cela n'était pas un problème, temps qu'il parvenait à réussir les examens finaux, ce qui se passait durant sa scolarité n'aurait pas d'importance.
« Dite Anbu-san, est-ce que vous aviez de bonnes notes à l'école ? Vous avez quel âge au fait ? Si ça se trouve vous êtes un vieux pervers qui aime m'observer toute la journée. » Rigola Naruto tout seul.
« J'ai que trente ans le mioche alors un peu de respect. » s'agaça le ninja qui était sorti des ombres pour pouvoir lui parler.
« Vieux ! » s'exclama Naruto comme réponse.
Cependant le blond était content, c'était la première fois que son gardien répondait à l'une de ses questions.
Voilà une dizaine de minute que Naruto hésitait à aller parler à l'Anbu qu'il savait être posté sur un toit en face de chez lui. Bien qu'il ne neige pas souvent à Konoha, il se sentait tout de même coupable de devoir laisser l'homme par se froid de canard. De plus était aujourd'hui le jour de Noël et déjà qu'il gâchait les jours de repos de l'Anbu, maintenant il gâchait aussi son réveillon. Ayant mare de réfléchir, Naruto prit son courage à deux mains et ouvrir en grand sa fenêtre. Après tout, dans le pire des cas le ninja refuserait simplement.
« Anbu-san, vous ne voulez pas venir manger avec moi ? J'ai fait trop de ramen. »
Un silence s'installa quelques instants. Bien que Naruto ne puisse voir l'homme, il savait que l'autre devait certainement le dévisager. Après plusieurs minutes de silence pendant lequel Naruto avait à plusieurs reprises pensé que l'Anbu préférait l'ignorer que lui répondre, il lui répondit enfin en apparaissant devant lui sur son rebord de fenêtre.
« T'as bien dit des ramens le mioche ?
- Oui. Il y a aussi du gâteau pour le dessert.
- Ok alors je veux bien venir te tenir compagnie.
- Super ! » S'exclama Naruto, servant déjà un bol de nouilles à son invité.
Habituellement, ses repas étaient principalement constitués de nouilles instantanées, mais il avait décidé de faire un effort pour ce jour un peu spécial. Le repas se passa calmement, chacun savourant son bol et se perdant dans ses pensées.
« Anbu-san ?
- Appelle-moi Hebi le mioche.
- Hebi-san, vous n'avez personne avec qui fêter Noël. Si vous voulez les rejoindre je peux vous promettre de ne pas quitter l'appartement.
- Ce ne sera pas nécessaire, je n'ai pas de femme ou de famille et mes amis sont en mission.
- Et vos parents ? Vous devez leur manquer, ils ne vous voient jamais à cause de moi. » Un silence de quelques secondes s'installa entre eux.
« Ils sont morts pendant l'attaque du Kyubi. »
Naruto se tut. Il n'avait pas voulu lui rappeler de mauvais souvenir. Cela devait être dur pour cet homme de devoir le protéger alors qu'il avait en lui l'assassin de ses parents. Il devait le haïr.
« Ce n'est pas de ta faute, il est inutile de te morfondre gamin, ça fait longtemps que j'ai fait mon deuil. Maintenant mange avant que ça ne refroidisse. » ordonna le shinobi afin de changer de sujet.
Par la suite, Naruto tenta d'oublier qu'il avait en lui le chakra d'un démon à queues en parlant de tout et de rien à son interlocuteur. Il avait découvert avec le temps que si Hebi n'était pas un grand bavard, cela ne le dérangeait pas de l'écouter déblatérer. Ainsi, l'adulte était devenu ce qui se rapprochait le plus d'un ami pour Naruto.
Désormais il n'était plus seul.
Pour Noël, Naruto avait reçu une vingtaine de kunaïs de la part de l'Hokage. Ainsi il avait décidé de les essayer dès le lendemain matin sur l'un des arbres de la forêt bordant Konoha. Cependant il avait beau s'entraîner encore et encore depuis des mois, ses lancers étaient toujours aussi mauvais. Seul deux kunaïs avait atteint la cible qu'il avait peint sur l'écorce.
Découragé, le garçon se laissa tomber au sol, ses vêtements chauds l'isolent de l'humidité de l'herbe et du froid.
« Tu es vraiment mauvais à cela gamin. Tu t'y prends comme un pied. »
Agacé, Naruto ne prit même pas la peine de répondre à son aîné. Si c'était pour lui dire ça, il aurait très bien pu se taire. Il savait qu'il n'était pas doué pour le lancer de kunaïs et encore moins pour celui de shurikens. Il était nul pour détecter et annuler des genjutsu, se faisait souvent battre au taijutsu parce qu'il n'osait plus vraiment frapper ses camarades et ne parlons même pas de son épouvantable niveau de ninjutsu. De toute façon Naruto savait très bien qu'il ne réussirait jamais l'examen pour devenir genin et que si un jour il devenait un ninja, ce serait uniquement parce que l'hôte de Kyubi devait devenir une arme pour le village. Normalement, un élève avec son niveau scolaire devrait déjà avoir été renvoyé de l'académie depuis longtemps.
« Cela ne sert à rien de broyer du noir gamin. Tu es nul et ce n'est pas comme ça que ça va changer. » Toujours aucune réponse. « Tu me fais un peu de la peine alors je vais te donner des conseils.
- C'est vrai ? » S'exclama Naruto en se redressant d'un bon.
« Stupide mioche. Alors tout d'abord, tu t'y prends vraiment mal. Ça ne sert à rien de lancer tous tes kunaïs en même temps, entraîne-toi déjà avec un seul. Puis lorsque tu arriveras à atteindre le centre de ta cible à chaque lancer, tu essayeras ensuite en en ayant un dans chaque main. Puis tu en rajouteras à chaque fois un de plus dans chaque main jusqu'à pouvoir réussir parfaitement tes lancers avec un entre chaque doigt, donc huit au total. A partir de ce moment-là seulement, tu pourras t'entraîner à lancer un ou plusieurs kunaïs en sautant dans les airs ou bien en étant à forte distance de ta cible. »
Décidé à écouter les conseils de son aîné, Naruto rangea ses kunaïs dans sa sacoche et n'en garda qu'un seul dans sa main droite. Ayant déjà quelques bases dans le domaine, il ne lui fut pas difficile d'atteindre la cible à chaque lancer. Cependant la tâche se compliqua bien vite lorsqu'il dut lancer deux kunaïs en même temps, ses mains refusant de se synchroniser.
« Ta respiration est vraiment mauvaise, tu n'as aucun tempo. Il ne faut pas retenir ton souffle, simplement le réguler, sinon tu risques d'être trop rapidement essouffler pendant un combat où tu devras bouger et lancer en continu. Tu devrais prendre un livre à ce sujet à l'Académie. Respire avec ton ventre et non ton thorax et sans à-coups de préférence. Ce sera déjà un bon début. »
Encore une fois, Naruto ne pipa mot. Il avait maintenant l'habitude du franc parler de Hebi et si au début, son ton sec l'avait parfois blessé, il avait désormais conscience que l'homme ne savait juste pas parler différemment.
Après sa respiration, ce fut sa gestuelle qui fut critiquée, puis son manque de technique et même ses muscles encore trop mous pour un ninja, alors qu'ils savaient tous deux que Naruto faisait régulièrement du sport dans sa chambre.
Ce fut seulement plusieurs heures d'entraînement intense plus tard que Hebi jugea que Naruto en avait assez fait pour aujourd'hui et le laissa rentrer chez lui, le suivant de loin. Si quelques mois auparavant, il avait jugé cette mission comme étant une corvée, il commençait désormais à l'apprécier. Le gamin avait quelque chose d'attachant, une joie de vivre incomparable. Il ne se laissait jamais abattre, ne se plaignait pas, acceptait tout ce qui lui arrivait avec le sourire et redoublait d'effort pour surmonter chaque épreuve qui s'imposait à lui.
Il avait l'impression d'avoir un petit frère et ce n'était pas bon. Dans une semaine, il redeviendrait un Anbu comme un autre et ne le reverrait certainement plus jamais. Dans une semaine il serait à nouveau en danger de mort à chaque fois qu'il sortirait de l'enceinte du village. Un Anbu ne devait pas avoir d'attache, cela finissait toujours mal. Il n'y aurait pas d'exception pour lui, il le savait. Il devrait couper les ponts avec le gamin.
Mais avant cela, il avait encore sept jours pour lui faire ses adieux.
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Encore une fois, Naruto était seul. Hebi avait reçu une mission le matin même et était parti moins d'une heure plus tard. Le lâche, il n'était même pas venu lui dire au revoir. Il n'avait été mis au courant qu'au moment où il avait remarqué que ce n'était pas Hebi qui se tenait sur le toit en face de son immeuble mais un tout autre Anbu.
Pendant plusieurs semaines à partir de là, il fut surveillé par plusieurs personnes puisque cette tâche revenait à un Anbu étant en congé ou au repos. Ce ne fut qu'au mois de février qu'il revit Hebi, ce dernier rentrant enfin de sa mission. Rapidement, leur routine redevint ce qu'elle avait été.
Naruto commençait sa journée par trente minutes de footing, puis Hebi le rejoignait pour chacun de ses repas et veillait à ce qu'il mange de façon équilibrée et non des ramens à chacun de ses repas. Puis Naruto allait à l'Académie pendant le reste de la journée et le soir, au lieu de faire ses devoirs ou de réviser ses leçons, il allait dans la forêt et commençait son entraînement. Puis venait les critiques habituelles de son sensei qui trouvait toujours autant de défauts à sa technique de lancer et de taijutsu, bien qu'il reconnaisse qu'il avait fait des efforts. Finalement, le seul domaine où Naruto n'arrivait pas à progresser était le ninjutsu et le genjutsu, soit dans les domaines qui nécessitaient la manipulation du chakra. Cependant Naruto ne s'inquiétait pas de cela car Hebi lui disait qu'il arrivait que certain ninja mette du temps à contrôler leur chakra, bien que ça soit rare.
Ainsi les mois défilèrent, Naruto goutant pour la première fois de sa vie au bonheur et Hebi retrouvant peu à peu celui qu'il avait perdu sept ans plus tôt.
Et puis un jour, Hiruzen décida que Naruto n'avait plus besoin d'un Anbu à ses côtés. Mais cela ne changea rien à leur relation si ce n'est que Hebi n'avait plus besoin de suivre son cadet peu importe où il allait que ce soit de l'Académie au supermarché. Cette décision avait été prise par l'Hokage puisque de base, si Naruto avait besoin d'un Anbu à ses côtés, s'était uniquement pour éviter que des civils soient à nouveau blessés s'il venait à perdre le contrôle de son bijû. Cependant cela faisait maintenant plus d'un an que ce n'était pas arrivé, cette surveillance intensive coûteuse en ninja de qualité n'avait donc plus lieu d'être.
Mais la nouvelle s'était rapidement répandue dans les ombres, Naruto Uzumaki était à bouveau sans défense. Et puis un jour, il ne rentra jamais à l'appartement.
Des recherches furent entreprises aussi bien dans le village qu'à l'extérieur de son enceinte. Ces heures de recherches devinrent rapidement des jours, puis des semaines. Si bien que petit à petit, l'espoir de retrouver l'enfant démon ne devint rapidement plus qu'un doux rêve. Hebi se souvint alors pourquoi est-ce qu'il y a de cela sept ans, il s'était promis de ne plus jamais fonder de famille : la douleur de sa perte était trop douloureuse.
Puis plus de trois mois plus tard, alors que tout espoir était perdu, un espion du village caché de la feuille pénétra dans le bureau du Hokage alors qu'il était en rendez-vous avec Hebi :
« Il devrait avoir neuf ans dans deux jours. C'est étonnant de constater à quel point les hommes s'attache aux autres si rapidement.
- Naruto a toujours eu quelque chose d'attractif pour les gens comme nous, Hebi-san.
- J'avais oublié à quel point cela pouvait faire mal. Est-ce que vous pensez qu'il reste un espoir, Sandaime-sama ? »
Le ton était sérieux. Hebi ne voulait pas du réconfort, mais une réponse franche. Il voulait savoir s'il devait continuer si douloureusement d'espérer ou bien devait-il abandonner et faire son deuil. L'Hokage prit plusieurs minutes afin de formuler sa réponse, comprenant l'impact qu'aurait cette dernière sur le mental de son shinobi. Cependant il n'eut pas le temps de répondre qu'un de ses Anbus apparut dans la pièce.
« Hokage-sama, nous avons retrouvé la trace des kidnappeurs de Naruto Uzumaki. Leur base est située aux abords de la frontière avec le Pays du Son, dans un ancien bunker utilisé par notre armée pendant les Deuxième et Troisième Grande Guerre Shinobis mais qui était aujourd'hui désaffecté. La frontière étant très surveillée dans cette zone-là, les shinobis ennemis n'ont très certainement pas pu passer dans le pays voisin. »
Dès que l'Hokage eut connaissance de ces informations, il monta une équipe de secours dont Hebi fit partie suite à sa forte insistance auprès du Sandaime. S'il y avait bien une personne qui devait aller sauver le jeune Uzumaki, c'était lui.
Après une journée de déplacements, l'équipe de quatre Anbus arrivèrent finalement à proximité de la base où le Jinchûriki était emprisonné. Les shinobis de Konoha attendirent la tombée de la nuit avant de se mettre en action, observant minutieusement les déplacements et rondes de leurs ennemis. Une fois la lune haute dans le ciel, les Anbus se mirent en action.
Cependant le plan ne se déroula pas comme prévu. Là où l'informateur avait annoncé qu'il n'y aurait que trois gardes et deux médic-nin, il y avait plus d'une quinzaine de ninjas d'élites. Apparemment le Sandaime n'était pas le seul à avoir un bon réseau d'information, ses opposants n'étaient pas à prendre à la légère. Cependant lorsqu'ils le réalisèrent, ils étaient déjà perdus dans le dédale de couloirs du bâtiment, appeler ou attendre des renforts étaient donc inenvisageable.
Bien que la tâche fût ardue, les shinobis adverses semblant résolus à les débusqués, les quatre ninjas de la feuille parvinrent à rejoindre le laboratoire où l'Uzumaki était emprisonné. Bien que dans un état physique, et certainement mental, pitoyable, le médic-nin de l'équipe parvint facilement à remettre le garçon à peu près sur pied, ou en tout cas dans d'assez bonnes conditions physiques pour qu'il puisse marcher par lui-même si besoin. Là où Hebi avait connu un enfant plein de joie, énergique et possédant encore un peu de sa graisse juvénile malgré ses nombreuses heures de sports, il ne voyait désormais plus qu'un garçon à la peau sur les os et à l'air perdu.
Sans faire le moindre bruit, il brisa les chaînes qui le maintenait prisonnier, remarquant au passage que ces dernières empêchaient le garçon d'utiliser son chakra pour tenter de s'enfuir. Une fois ces entraves brisées, il ne fallut que quelques minutes à Naruto pour récupérer un peu de son chakra et de sa forme. Pourtant Hebi préféra tout de même créer un clone afin de porter Naruto dans ses bras tout en tentant tant bien que mal de ne pas appuyer sur ses plaies.
Le chemin dans le sens inverse fut bien plus ardu qu'à l'allée. En effet, les quatre Anbus étaient ralentis par la présence de l'enfant qui bien que connaissant les bases du camouflage grâce aux leçons de Hebi, n'arrivait que peu à réguler sa respiration ou encore effacer sa présence à cause de son état de choc. De plus, une alarme retentit bientôt dans tout le bâtiment, indiquant que les shinobis de la base avait remarqué l'absence de leur otage dans sa cellule.
Le temps n'étant plus à la discrétion, les quatre Anbus accélérèrent le pas afin d'atteindre aussi vite que possible l'extérieur, là où ils pourront fuir dans plusieurs directions et se cacher dans la forêt. Sur leur route, ils croisèrent plusieurs ninjas, heureusement pour eux ce n'était pas les plus expérimentés de leurs ennemis et ils purent s'en débarrasser sans attirer l'attention. Ce fut seulement une vingtaine de mètres avant la sortie que les shinobis de la feuille furent repérés. Suivant les instructions de leur chef d'équipe, Hebi et ses camarades ne se retournèrent pas et coururent jusqu'à atteindre l'extérieur du bâtiment où les attendaient une vingtaine de shinobis du pays du Son.
Protéger son clone et Naruto tout en se défendant ne fut pas chose aisée, heureusement pour Hebi, ses camarades s'arrangeaient pour intervenir rapidement entre lui et ses opposants afin de lui faciliter la fuite. Cependant éviter le combat ne fut rapidement plus une solution pour lui.
Les minutes devinrent des heures et les combats ne cessèrent qu'au petit matin. Lasser de tout cela, Hebi put finalement rejoindre Naruto qui avait entre temps pu récupérer des forces grâce aux provisions et médicaments qu'ils avaient planqué un peu plus loin avant de pénétrer dans la base. De plus, l'absence des chaînes régulant son chakra lui retirait une bonne partie de sa fatigue. Ce fut donc épuisé mais sans blessure que Hebi pu le rejoindre.
Mais au moment où Naruto se retournait vers lui pour se jeter dans ses bras, un shinobi ennemi alors caché derrière un arbre en attente du moment propice, se jeta sur l'enfant, un kunaï à la main. Hebi, suivant ses instincts, se jeta devant celui qu'il considérait comme son petit-frère, le protégeant de son corps.
L'arme le transperça en pleine poitrine, laissant une traîner de sang s'écouler sur le sol. Réunissant toutes ses forces en une seule action, Hebi se retourna face à son ennemi et utilisa son katana pour lui trancher la tête avant de s'écrouler sur le sol, la vie le quittant peu à peu.
Bien que sous le choc, il ne fallut qu'une fraction de seconde à Naruto pour se retrouver au côté de son aîné et le prit dans ses bras. Hebi remonta sa main jusqu'à on visage et retira le masque qui le recouvrait. Il voulait pouvoir voir au moins une fois Naruto à travers ses yeux et non à travers deux trous de bois.
« Joyeux anniversaire Otōto. » chuchota Hebi tout en lui glissant un paquet dans la main.
« Merci Hebi-ni-san
- Hirō … Hirō Taishi. » Réussit à murmurer Hebi entre deux souffles erratiques.
« Merci, Hirō-ni-san. » Pleura Naruto en serrant dans sa main son cadeau d'anniversaire, son tout premier cadeau de la part de son grand-frère, l'accompagnant dans ses derniers instants.
Plus loin, il entendait les camarades de Hebi, non de Hirō, qui poursuivaient leur combat, inconscient de la perte d'un camarade, d'un ami. Ces monstres du village d'Oto l'avait torturé, soumis à diverses expériences et détruit psychologiquement. Mais Naruto comprenait l'intérêt car aux yeux des différentes Nations, il n'était qu'une arme politique. Cependant il ne pouvait accepter la mort de sa personne la plus chère aussi facilement. Il les haïssait tellement,
Est-ce que tu veux te venger ?
Est-ce qu'il voulait se venger ? Oui il le voulait. Il voulait tous les détruire. Il voulait qu'ils souffrent autant que lui souffrait. Il allait les tuer.
Doucement, un chakra indomptable inonda son corps, le recouvrant d'une couche de puissance et lui conférent la force qui lui manquait tant. Aussi vif que l'éclair, Naruto se jeta sur le champ de batail, réduisant ses ennemis à l'état de cadavre, ne se calmant que lorsque sa haine envers ces hommes fut remplacée par une profonde tristesse. Peu à peu, la couche de chakra orangé qui le recouvrait se dissipa, le laissant sans aucune force. La dernière chose qu'il vit avant de s'évanouir fut trois masques d'animaux, un de loup, un d'écureuil et un de chat.
Lorsque Naruto reprit connaissance, il se fit tout d'abord face à un plafond blanc immaculé. Puis lorsqu'il tourna son regard à droite et à gauche, il constata que les murs, le sol et même ses draps étaient de la même couleur. Il était à l'hôpital.
C'est seulement en réalisant cela que les souvenirs de sa séquestration et de son sauvetage lui revinrent en mémoire. Les expériences, la douleur, la peur, la joie, la mort de Hebi ou plutôt Hirō Taishi, la haine, la puissance, la peur de soi-même, les morts. Il se souvenait de chaque détail. Il était un monstre, il avait tué plusieurs hommes sans même une once d'hésitation.
Pourtant, c'était le travail des shinobis et plus particulièrement des Anbus, que de tuer les ennemis du village. Alors dans tous les cas, il aurait dû se salir les mains un jour ou l'autre. Pourtant, il avait beau tenté de rationnaliser, le dégoût qu'il ressentait envers lui-même ne faisait que s'accroitre. A ce moment-là, il avait parfaitement le contrôle de son corps, pas comme la première fois où il avait utilisé le chakra de Kyubi à l'orphelinat. Cette fois-ci, il aurait pu s'arrêter à n'importe quel moment. Seulement c'est qu'il ne l'avait pas voulu.
Soudain, la porte de sa chambre s'ouvrit, le faisant quitter brusquement ses sombres pensées.
« Bonjour Naruto-kun, comment te sens-tu ? » demanda le Sandaime tout en déposant une corbeille de fruit sur le chevet de Naruto, portant l'attention de ce dernier sur la petite boîte orange qui y avait été déposé. C'était le cadeau que lui avait fait Hirō.
Se souvenant à quel point son grand-frère de substitution avait toujours été gentil et avenant envers lui, Naruto ne put empêcher une vague de profonde tristesse de s'emparer de son esprit. Quelques secondes plus tard, il se retrouvait à sangloter contre le torse de l'Hokage.
« Naruto, ce n'est pas ta faute ce qu'il s'est passé ce jour-là. Je savais pertinemment que lui donner cette mission allait le mettre en danger et pourtant, j'ai tout de même accédé à sa requête car je savais que pour un shinobi, la plus belle des morts est de tomber au combat en protégeant les êtres aimés. Tu n'as pas à avoir honte de toi ou de lui, vous avez chacun agis l'un dans l'intérêt de l'autre. Lui t'a protégé d'une attaque mortelle et toi tu as vengé son honneur de shinobi. Il peut désormais reposer en paix et être fier de toi Naruto-kun. »
Cependant Naruto ne répondit pas. Il refusait de penser que le Sandaime avait raison. Il ne pouvait imaginer qu'il était fier de lui, de là où Hebi-sensei reposait. De plus, qu'est-ce qu'il en avait à faire que la mort de Hirō avait été belle, lui ce qu'il aurait aimé c'est qu'il ne meurt pas du tout, qu'ils vivent vieux ensembles et puissent vivre à tout jamais côté à côté. Mais désormais, il ne restait plus que lui. Lui et sa faiblesse.
« Tiens, ce sont les bijoux que Hebi portait constamment sur lui. Je sais de source sûre que ces deux bagues étaient des cadeaux de sa mère, mais aussi que s'il venait à lui arriver quelque chose, c'est à toi qu'elles devaient revenir. »
Emu, Naruto ne put que serrer les deux anneaux, l'un en or et l'autre en argent contre son torse. Il était si profondément perdu dans ses pensées qu'il ne sursauta même pas lorsqu'un Anbu apparut à leurs côtés. Le ninja chuchota quelques mots à l'oreille de l'Hokage et ce dernier s'excusa auprès de l'enfant qu'il considérait comme son petit-fils de devoir le quitter si rapidement.
« Je repasserai demain matin, Naruto-kun. » Lui promit le vieux shinobi en se levant.
Une fois le Sandaime partit, Naruto posa son regard sur la petite boîte qui était posé sur sa table de nuit et qu'il avait aperçu un peu plus tôt. Il tendit vers celle-ci une main fébrile et hésitante. Aussi délicatement que possible, il déchira le papier orange qui l'entourait. Juste avant de l'ouvrir, il prit une profonde inspiration afin de se donner un peu de courage, il refusait de pleurer alors qu'il ouvrait le cadeau que lui avait fait Hirō. Lorsque le couvercle fut retiré, Naruto découvrit à l'intérieur un anneau aussi sombre que l'ébène. A l'intérieur de celui-ci était gravée une inscription en or blanc « Pour mon précieux foyer ».
Se souvenant de l'évènement auquel Hebi faisait référence, Naruto ne put retenir les larmes de couler sur ces joues. Ils avaient eu cette discussion seulement quelques semaines avant son enlèvement.
« Est-ce que tu as déjà eu un chez toi, Hebi-sensei ?
- Bien sûr, comme tout le monde. Est-ce que tu me demandes ça parce que je mange tous les jours dans ton salon ? » Se vexa l'Anbu.
« Non je veux dire, quelque part où tu sais que tu pourras toujours rentrer.
- Eh bien, dès le moment où quelqu'un pense à toi quelque part, cet endroit devient ton foyer. Alors je suppose que oui, j'ai déjà eu des chez moi, que ce soit mes parents ou des amis… Je ne me suis jamais vraiment posé la question. Mais je suppose que je n'en ai plus vraiment depuis que mon meilleur ami est décédé en mission.
- Tu as de la chance d'en avoir eu un au moins, moi je ne sais pas ce que ça fait de savoir qu'on est attendu quelque part »
Sentant que le moment n'était pas à la plaisanterie, Hebi se redressa sur sa chaise et posa ses couverts afin de pouvoir regarder Naruto droit dans les yeux.
« Alors je deviendrai ton foyer. Et toi, veux-tu bien être le mien Naruto-kun ?
- Oui, je t'attendrai toujours. » répondit finalement Naruto d'une voix tremblante d'émotions contenues. Il avait enfin quelqu'un sur qui se reposer.
« Parfait ! Maintenant finis tes légumes ! » ordonna Hebi d'un air faussement réprobateur.
Hebi-sensei lui manquait déjà tellement. Il avait l'impression que sa poitrine allait se briser d'un moment à l'autre tant la douleur était insoutenable.
Naruto dû par la suite rester un mois entier à l'hôpital afin de vérifier que les ninjas d'Oto n'est pu altérer la nature de son sceau qui scellait Kyubi en lui. La découverte de la présence d'un sceau sur son ventre fut d'ailleurs une surprise pour Naruto puisqu'auparavant, ce dernier n'était jamais apparu. Selon des experts en fûinjutsu, l'apparition de l'encre était dû à sa récente utilisation du chakra du démon afin de participer au combat. Cependant, s'il ne l'utilisait pas pendant une période suffisamment longue, l'encre disparaîtrait à nouveau.
Rapidement, les médic-nin se rendirent comte que le but du Pays du Son n'avait pas été de contrôler Naruto ou d'en faire une arme à leur service grâce à un lavage de cerveau, mais bien de trouver un moyen de retirer le Bijû sans pour autant avoir besoin de le matérialiser. Ainsi, ils auraient simplement pu faire passer le démon d'un hôte à un autre de leur souhait sans pour autant prendre le risque de devoir le combattre. Heureusement pour Konoha, il n'avait pas trouvé cette solution miracle apparemment.
De son côté, Naruto ne faisait rien pour aider les ninjas, refusant obstinément de parler à quiconque. Si ce comportement était compréhensible, le gamin avait tout de même été très certainement torturé, fut un cobaye et avait tué plusieurs ninjas expérimentés en plus d'avoir vu la personne la plus chère à son cœur mourir dans ses bras et tout cela à un jeune âge, les médecins n'en étaient pas moins agacés. Ils avaient à tout prix besoin de son témoignage afin de prendre connaissance de ce qu'avait découvert ou non les shinobis du Son.
Pour Naruto, les jours s'écoulaient de plus en plus lentement et semblaient tous être plus ennuyeux que le précédent. Il fut donc heureux de pouvoir enfin sortir de cette pièce sentant l'antiseptique, même si cela signifiait devoir supporter le bavardage incessant de l'Hokage jusqu'à son petit appartement. Une fois sur le porche, Naruto fut plus que surpris de voir le vieil homme s'inviter chez lui sans même lui demander l'autorisation.
« J'ai pris soin de remplir ton frigo pour ta sortie de l'hôpital. Allez installe-toi Naruto-kun, je vais faire du thé. J'aimerai que l'on aborde quelques sujets tous le deux. »
Nerveux, le blondinet s'assit droit comme la justice sur une chaise et attendit que l'Hokage le rejoigne.
« Pas besoin d'être si nerveux Naruto-kun. Je voulais juste te parler de l'école. Avec ton professeur et Iruka-san, nous avons pensé à te faire redoubler une année, ainsi tu pourras refaire ta troisième année dans de meilleures conditions. De plus je dois t'avouer qu'au vu de tes résultats académique plutôt faibles, cette possibilité avait déjà été envisagée car comme tu t'en doutes, il nous ait impossible de te renvoyer de l'Académie. Ce redoublement te permettra de pouvoir faire quelques révisions et te demandera de fournir moins de travail que si tu intègres ta quatrième année alors que la moitié de l'année scolaire est bientôt terminée. Tu reprendras l'école dans une semaine, le 18 Novembre, dans la classe de Iruka Umino, si tout cela te convient. »
Naruto se contenta d'hocher de la tête pour donner son assentiment au plan du vieil homme. Cela ne lui semblait pas être une mauvaise idée que de tout recommencer à zéro avec un nouveau professeur et de nouveaux camarades. Cette fois-ci il essayerait de ne pas se mettre tout le monde à dos, bien que nouer de fortes amitiés ne soient pas non plus dans son programme.
« Bien, maintenant que tout cela est réglé, y a-t-il un sujet dont tu voudrais me parler Naruto-kun ? » demanda ouvertement l'Hokage, sans pour autant exiger une réponse de son interlocuteur. Il laissait Naruto choisir si cette discussion devait se poursuivre.
Après un temps d'hésitation, le garçon prit finalement la parole.
« J'aimerai apprendre à contrôler Kyubi. » Sa voix était rauque, mais démontrait son assurance. « A ce moment-là, je n'avais pas perdu le contrôle, c'est … c'est moi qui voulais leur faire du mal, pas Kyubi. » Chuchot-il plus bas par peur de la réaction de son aîné.
« Cela est d'autant plus impressionnant Naruto. Si cela avait été moi au même âge, je pense que j'aurai fait bien pire à mes ennemis si j'avais eu la même puissance à portée de main. Naruto, comprends-tu que si un jour, tu deviens l'un de mes shinobis, l'assassinat fera partie de tes missions.
- Oui je le sais, mais ce n'est pas pareil. Ce sont des ordres.
- Et bien j'avais ordonné aux Anbus qui sont venus te chercher de tuer quiconque s'opposerait à eux. En agissant comme tu l'as fait tu as permis à ces ninjas de réussir leur mission. Je suis conscient de t'en demander beaucoup, peut-être même de trop, mais ne laisse pas cet évènement définir si tu es bon ou mauvais et encore moins quel devra être ton futur.
- Bien Hokage-sama. » abdiqua finalement Naruto.
« Pour ce qui est de contrôler le démon renard à neuf queues, j'ignore comment cela peut se faire et je crains que ce ne sois une activité qu'un enfant devrait faire seul. J'attends de toi que jamais tu ne tentes de prendre délibérément contact avec ce chakra qui sommeil en toi. C'est un ordre de ton Hokage. » Naruto se contenta d'acquiescer.
Le Sandaime ne le quitta qu'une dizaine de minutes plus tard après s'être assuré que le garçon ne manquait de rien dans son petit appartement et qu'il avait bien compris qu'il reprendrait l'Académie une semaine plus tard.
Ce fut seulement lorsque le vieil homme fut parti que Naruto se permit de s'écrouler en sanglot contre sa porte. Tout dans cet appartement lui rappelait Hirō-sensei, que ce soit son pull qui traînait sur son lit, sa brosse à dents dans la salle de bain, sa tasse moche dans le placard et même quelques-uns de ses kunaïs et rouleaux qui gisaient dans un coin de la pièce. Apparemment, même après son enlèvement, son grand-frère avait continué d'habiter leur petit « foyer », peut-être dans l'espoir que s'il pensait suffisamment à lui, Naruto reviendrait. Sa main se porta par automatisme à son cou où était accroché les deux anneaux de Hirō autour d'une chainette en argent.
De l'autre côté du pan de porte, Hiruzen écoutait les pleurs de cet enfant qui avait été si fragilisé par les épreuves que la vie lui avait imposées, qu'il n'arrivait même plus à s'ouvrir à celui qu'il appelait autrefois « Grand-père ». Lentement, il leva le regard vers la sculpture du Yondaime Hokage et se dit que de là-haut, il devait bien prendre soin de Hirō Taishi après tout ce que cet homme avait fait pour son fils.
Pourquoi la vie d'un ninja devait-elle si dure ?
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Naruto attendait nerveusement derrière le pan de bois qui le séparait de sa nouvelle classe. De là où il était, il pouvait parfaitement entendre Iruka-sensei entrain d'annoncer à sa classe qu'ils allaient accueillir un nouvel élève.
« Bien Naruto, tu peux entrer. » C'était le signal.
Le blond prit une profonde inspiration et ouvrit la porte coulissante en grand tout en tentant d'afficher le sourire qu'il s'entraînait à faire depuis plusieurs jours maintenant. Il devait avoir l'air si niais.
« Bonjour tout le monde, je suis Naruto Uzumaki et j'espère qu'on s'entendra tous bien ! » Se présenta-t-il d'un air qu'il espérait enjoué.
Une fois présenté, Iruka lui désigna une place au deuxième rang entre un enfant qui semblait plutôt banal, certainement un fils de civil et un autre garçon portant une grande veste cachant toute la partie basse de son visage ainsi qu'une paire de lunette de soleil ronde et. S'il avait été un peu plus vieux, il aurait pu ressembler à un type louche. Ne voulant pas se faire remarquer, Naruto s'installa rapidement à la place qui lui était assignée et plaça ses cahiers devant lui, prêt à suivre ses cours.
Tout le long de la leçon, il sentit les regards de ses camarades pesés sur son dos. Tous le dévisageaient comme si cela allait résoudre le mystère qui entourait le nouvel élève. Naruto haïssait cela, il voulait pouvoir se fondre dans la masse, être un élève banal que personne ne remarque, devenir le garçon sympa mais que l'on n'invite pas à jouer car trop ennuyeux. Il ne voulait surtout pas devenir la nouvelle attraction de cette classe, que ce soit dans le rôle du martyr ou dans celui du nouveau mystérieux.
Il avait oublié à quel point l'école avait été un calvaire pour lui avant qu'il ne rencontre Hebi. Qu'est-ce qu'il avait hâte de pouvoir retourner dans son coin de forêt pour s'entraîner au lancer de kunaïs. Tentant d'oublier les regards des autres, Naruto s'affaira à prendre en note le long monologue de leur professeur sur la géographie de leur beau pays. Que cela pouvait être ennuyeux.
Naruto releva le nez de son cahier seulement deux heures plus tard lorsque leur professeur les autorisa à aller en récréation. Oh non, Naruto avait complètement oublié que pendant les récréations, il pourrait revoir ses anciens camarades. Cependant il n'eut pas à subir une quelconque altercation puisque les enfants de sa nouvelle classe lui foncèrent dessus dès qu'il fut hors de la salle de classe.
« Tu t'appelles Naruto c'est ça ? » Il n'eut que le temps de hocher de la tête que la fille surexcitée lui posa une nouvelle question. « Tu habites où dans le village ?
- Tu as des frères et sœurs ?
- Tu veux manger avec nous dans le parc ce midi ? M'a mère m'a fait un bento. »
Trop de questions et pas le temps de répondre. Pourquoi ne les rembarrait-il pas simplement ? Ce serait si simple de les repousser, mais il ne voulait pas à nouveau être le bouc émissaire de la classe.
« Pourquoi tu ne rentres que maintenant à l'Académie ? »
Cette fois-ci, le silence se fit, preuve que tous désiraient avoir la réponse à cette question-là. Mais Naruto savait ce qu'il devait répondre, le Sandaime avait prévu ce genre de questionnement.
« Et bien j'ai eu quelque problème de santé et j'ai loupé trop de cours pour retourner dans ma classe d'avant, alors j'ai redoublé. » Rigola-t-il en se grattant le crâne, signe qu'il était plutôt gêné d'attirer ainsi l'attention. « Et puis, je suis un peu nul en classe alors j'imagine que ce n'est pas gênant que je fasse des révisions. » Rajouta-t-il pour échapper au regard plein de pitié de ses nouveaux camarades.
Il ne voulait pas de leur pitié, d'autant plus qu'il leur mentait. Son sauveur fut étrangement le garçon qui avait été le plus bruyant lorsqu'il s'était agis de lui poser des questions.
