- Kanafinwë-

- Silence atar, siffla Maglor.

- Kano ! s'indigna Curufin.

- Il a très bien pu nous tourner le dos comme tant d'autre. Ce ne serait pas nouveau, intervint Caranthir dans l'espoir de faire voir la raison à son frère.

- J'ai dit : silence !

Ce dernier mot, ponctué de volonté et de pouvoir tua la parole de leur petit groupe.

Tous les quatre chevauchaient à grande vitesse dans les pleines de Valinor. La veille au soir, Elrond devait assister à un dîner à la table de Fëanor dans la ville de Formenos. Mais le peredhel n'était jamais arrivé. Le matin, Maglor avait fait seller son cheval, partant pour la maison de son fils adoptif à une demi-journée de route.

Très vite, son père et deux de ses frères l'avaient rejoint. Le premier pour convaincre Maglor de faire demi-tour, les autres pour faire tampons et tempérer la situation. Ils étaient tous trois en échec face aux émotions du deuxième fils de Fëanor.

Rares furent les fois où Maglor ressembla autant à son père qu'en cet instant. Le regard flamboyant, ses émotions s'élevant comme un brasier infernal, ses mouvements brusques, précis, sans leurs fioritures habituelles. Il était un père mort d'inquiétude.

- Elrond n'est pas comme ça. Il lui est arrivé quelque chose, marmonna Maglor.

- C'est Valinor, souligna Curifin.

- Comme s'il ne pouvait rien arriver ici, ironisa Caranthir.

Le soleil de midi tapait fort sur leur tête lorsqu'ils arrivèrent chez le demi elfe. Étrangement, il n'y avait personne mais les fenêtres et la porte étaient grandes ouvertes.

- Elrond ! cria Maglor, appelant son fils.

Aucune réponse.

Sur le côté de la maison attendait un cheval, la selle et les sacs d'équitation posés sur une clôture, prêt à l'emploi.

Maglor contourna la petite maison isolée, laissant son père et ses frères à l'entrée.

Derrière, son mauvais pressentiment, présent depuis l'avant-veille se mua en horreur lorsqu'il découvrit que la terre de la cours arrière s'était effondrée. Il s'avança prudemment jusqu'au trou où aurait dû être le puits.

Là, au fond, sous les gravats de pierres, de terres et de bois, à moitié submergé, des robes bleues crasseuses, une auréole de cheveux noires et sales et un visage pale, à peine moins pâle qu'un mort.

- ELROND ! ATAR A L'AIDE !

Le crie de Maglor résonna fort, mortellement inquiet.

Fëanor arrivait en courant, inquiet de ce qui aurait pu mettre tellement de détresse et de peur dans la voix de son fils. Son visage blanchit, ainsi que celui de ses deux fils avec lui, lorsqu'ils découvrirent la catastrophe. Maglor était déjà les pieds dans l'eau, vérifiant pour tout signe de vie chez son enfant.

Cela était douloureux de voir Elrond les yeux cerclés de noirs, enfoncés dans leur orbites, ses lèvres bleues de froids, sa peau d'une pâleur cadavérique et fraîche. Le seul soulagement provenant de la respiration, certes lente, mais bien présente.

oooOoOooo

Il avait mal. Si mal. Ses jambes étaient douloureuses. Il ne sentait plus l'un de ses bras. Tout était noir, quelques étoiles lointaines brillaient au-dessus de lui. Il pouvait sentir l'eau l'entourer, baignant son dos et l'arrière de son crâne.

Il cria, appelant à l'aide mais il savait au plus profond de lui que personne ne viendrait.

Elrond avait choisit de s'installer vers le nord de Valinor, proche de Formenos mais assez loin pour que les personnes se sentent à l'aise de venir le voir sans risquer de croiser un Fëanorien à tout les coups. Il n'y avait personne à moins d'une demi-journée à cheval, il était complètement isolé.

Celebrian n'habitait pas avec lui. Ils s'aimaient toujours autant mais elle préférait les bois de son père aux plaines venteuses du nord. Il pouvait le comprendre. Pour sa part, il ne voulait pas vivre avec des elfes qui ne voulaient pas comprendre ses sentiments. Cela, Celebrian le comprenait aussi.

La prochaine chose qu'il savait, Elrond cuisait sous le soleil de plomb de la journée, un mal de crâne palpitant dans ses tempes. Il commença à avoir froid dans les rayons de l'après-midi, grelottant avec chaque muscles pouvant bouger jusqu'à ce que le soleil se couche et qu'il ne s'immobilise doucement au rythme de la montée de la lune. Il avait trop chaud et trop froid. Il savait que les tâches dansant dans sa vision n'étaient pas des étoiles.

Quelque part au loin, il crut entendre son père. C'est vraie, il doit aller dîner chez lui demain soir. Maglor voulait qu'il rencontre son père et ses frères, il voulait leur présenter son fils. Maedhros ne serait pas là, il le savait déjà. Son oncle était passé quelques jours plutôt, descendant vers Tirion… A moins que ce ne soit ce soir ou hier qu'il est attendu ? Cela devenait compliqué de réfléchir avec toutes les voix qui s'immiscaient dans ses oreilles. Il accueillit le noir avec félicité.

C'est une voix désagréablement aiguë qui le tira de l'abîme. Il voulait seulement retourner dans la noirceur paisible, loin du raffut vrillant ses oreilles. Son corps ne le faisait plus souffrir si ce n'était pour sa tête, il ne sentait rien d'autre. Peut être devrait-il s'en inquiéter. Il n'en avait pas la force. Il ne voulait même pas lutter contre le froid l'envahissant à nouveau ou contre la présence noire et triste s'installant à ses côté.

- Il est à moi, c'est mon fils. Il doit venir avec moi, piailla la petite voix.

Malgré la brume, Elrond reconnaîtrait cette voix de cauchemars n'importe où. Elle les avait hanté, lui et Elros, durant des siècles, seulement contrebalancée par la voix aimante de leur Atya. Cette voix, la femme à la petite voix aigrelette avait fait de leur existence un calvaire. Il s'en souvenait parfaitement bien. Des heures de solitudes, coincé dans un lit à barreau trop petit pour lui et son frère, des heures sans manger, oublié dans un coin, sans avoir le droit d'émettre un son. La seule fois où il persévéra, elle lui avait crié dessus plus que jamais auparavant, le tenant au dessus du vide, à la merci des rochers déchiquetés bordant la mer du Sirion.

Une femme horrible qui ne les nomma pas, qui les oublia. Qui ne se souvenait d'eux qu'au moment de jouer à la poupée, eux étant les poupée. Une enfant sinistre à qui on en demandait trop mais qui refusait aussi toute l'aide offerte. Une fillette cruelle synonyme de faim, de froid, de fatigue et de tristesse.

Plus jamais il ne voulait retourner entre ses griffes. Plutôt mourir.

oooOoOooo

- Non ! Non, Elrond, s'alarma Maglor alors que la main qu'il tenait devait molle et froide.

Tous les elfes présent dans la pièce pouvaient sentir la vie quitter l'elfe alité sans pouvoir faire quoi que ce soit. Ils ne purent qu'assister avec une horreur croissante au désespoir du deuxième fils de Fëanor.

- Vous ! Vous l'avez tué, siffla Elwing au pied du lit.

Maglor ne dit rien, accroché à son fils fraîchement parti.

- Regardez-moi, tueur ! Regardez toutes les horreurs que vous nous avez faites ! Vous ne devriez même pas être ici. Il est mon fils.

- Lady Elwing, essaya de tempérer le roi Finarfin en voyant le visage de Fëanor et de ses fils s'assombrir avec la douleur croissante d'un des leurs.

- Et vous - !

Personne ne sut ce qu'Elwing cracherait au Haut Roi des Noldor en Aman car un être encapuchonné de noir, transportant avec lui un linceul de tristesse se matérialisa à côté du mort. Sans accorder un regard aux vivants, il leva le mort, tenant la main de l'âme avec beaucoup de douceur.

- Elrond Peredhel, ton destin n'était pas de mourir ici et maintenant. Pourquoi vouloir venir dans mes couloirs ?

- Tout, tout sauf retourner entre les griffes de la Dame Lumière. Elle fait mal. Elle est méchante. Elle me crie dessus et elle nous donne jamais à manger. Et… Et qu'on a pas de nom avec elle et que on a peur. Et qu'elle fait froid et qu'elle est pas gentille. Et-et je veux atya. Atya est gentil et qu'il ne m'a pas rendu muet et que il ne me jette pas à la mer pour me dire de faire du silence.

A mesure qu'Elrond parlait il rajeunissait, rétrécissant de plus en plus vite. Bientôt il se tint devant Námo un elfling maigrichon et négligé.

- Elurín Aerendillion, nommé d'après un oncle disparu.

- Elerondo Makalaurion, corrigea l'enfant avec toute la conviction qu'il possédait.

- Elerondo Makalaurion, accepta le vala. Dans deux jours ton père viendra à mes portes et tu pourras lui revenir. Pour le moment, toi et moi avons à faire.

Le vala des morts ramassa l'enfant Elrond et disparut avec lui, laissant les elfes dans le chaos.

oooOooOooo

Maglor se tenait devant les portes de Mandos, impatient et anxieux. Son fils n'aurait pas dû mourir. Cela n'aurait jamais dû arriver. Pourtant il se tenait aujourd'hui à l'entrée du royaume des morts pour réceptionner son enfant.

Une fois n'était pas coutume, Arafinwë avait fait dépêcher plusieurs gardes qui se mêlaient aux soldats fëanorien pour empêcher toute intrusion. Les paroles de Lady Elwing n'étaient pas tombées dans les oreilles d'un sourd, tous sachant qu'elle serait parfaitement capable de venir kidnapper l'enfant que même les valar avaient reconnu être de Maglor.

Il ne faisait aucune doute qu'elle avait parlé de tout cela aux Sindar pourtant rien ne venait d'eux si ce n'est quelques individus venu pleurer la perte d'un de leur prince.

- L'idée d'un prince, persifla Fëanor. Si Elerondo est la moitié de ce que tu nous dis, mon fils, il est un noldor et un prince pour nous. Mon petit-fils, pas moins.

Maintenant, tous attendait l'heure, Fëanor, Nerdanel et leurs fils attendant un peu en retrait derrière Maglor. Maedhros était le seul à être avec son frère, une main en soutient du son épaule. Ils étaient juste eux neuf. Arafinwë avait choisi de rester avec sa petite-fille Celebrian et sa fille Galadriel pour épauler la première dans son deuil en temps que veuve. La maison de Fingolfin n'avait aucun intérêt à se mêler des affaires de leurs cousins sauf pour leur envoyer des mots positif et encourageant. La plus grande surprise venant de Turgon s'excusant pour le comportement d'Earendil et de son épouse, formant un couple perché d'après lui. Il était sincèrement désolé pour son arrière-petit-fils pour lequel il avoue n'avoir jamais de relation ni de sentiment bien qu'il aurait agit s'il avait connu toute l'histoire des jumeaux Peredhil. Il était content qu'Elrond trouve le bonheur d'une famille, même si c'était avec ses cousins à demi-détestés.

Finalement, les portes s'ouvrirent, coupant le souffle de Maglor. Devant lui ce tint un maya, portant un nourrisson dans chaque bras enveloppés en rouge et bleu.

- Elerondo… Elerossë…


Une idée qui m'a traversé l'esprit et charmé au point que je l'écrive. Elrond ne devait pas mourir, puis au moment d'écrire la phrase " Plutôt mourir.", j'ai décidé de tuer Elrond. Dans l'idée première, il se suicidait pour ne par retomber dans les griffes d'Elwing. Je crois que je vais garder cette idée sous le coude. Pour le passif d'Elrond avec Elwing vous pouvez vous référer au récit n°2 "Algues Vertes".

Plus le temps passe, plus les histoires sont tordues dans ce recueille. Si quelqu'un aime l'une d'entre elle au point de vouloir en faire une fanfiction, libre à lui de le faire. Juste me prévenir en amont serait sympa.

Je m'excuse platement pour les erreurs se promenant dans le texte.

N'oubliez pas, une review ne mange pas de pain et fait toujours plaisir ! ;3

Bonne soirée,
Triple A.