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Chapitre 7
Les origines de Hikari
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13 janvier 2021 – 06h34
L'écran d'ordinateur de Hawks brillait dans ses yeux cernés de noir par la fatigue évidente. Poing contre son menton, assis à la table de sa cuisine, il analysait avec attention les résultats du capteur de la plume qui avait suivi la fillette trois jours durant. Selon la carte ouverte et les pointillés rouges qui désignaient les différentes directions qu'avait la rouquine durant ces trois jours, elle l'avait à nouveau pisté. Génial…
Elle avait été plus prévoyante, gardant de grandes distances de sécurité entre elle est Hawks pour qu'il ne l'ait pas senti, et parfois était allé jusqu'à son appartement, mais à un immeuble du sien. Qu'est-ce qu'elle cherchait, bon sang ? C'était une part de sa mission personnelle ? Cependant, dans la masse de données, il y avait un lieu précis où elle se rendait régulièrement. Un peu en dehors de la ville. Il espérait que ses parents logeaient ici et qu'elle ne se cachait pas seule quelque part. Mais il en doutait.
Et actuellement, selon le capteur, elle était partie en pleine ville pour il ne savait quelle raison, et bougeait lentement, signe que, soit elle marchait, soit elle pistait quelqu'un d'autre. Là était sa chance pour fouiner un petit peu du côté de la localisation ou se rendait régulièrement la fillette.
Hawks jeta un coup d'œil à son téléphone déposé sur la table blanche, mais ne vit aucun message. Pas de mission en cours, pas d'ordre de la Commission, il était tôt avant qu'il n'aille au bureau pour les éternels papiers et la lecture des CV des nouveaux stagiaires. Pas non plus de SMS de Dabi malgré l'étrange atmosphère dans laquelle il l'avait laissé trois jours plus tôt.
En se remémorant comment il avait terminé son discours pourtant clair et raisonnable, c'est-à-dire, en embrassant Dabi, Hawks eut une réelle envie d'écraser son crâne contre la table de la cuisine. Il n'en ratait pas une, hein. Heureusement que cette histoire avec Light lui prenait à présent la tête, il pouvait mettre Dabi de côté durant l'espace de quelque temps.
C'est sous ces pensées que Hawks referma son ordinateur, rangea son téléphone et enfila sa veste, décidé à faire le clair dans toute cette histoire de fillette à l'Alter louche.
Grâce à son téléphone et à la vitesse de son vol, Hawks ne fut pas très long à quitter la ville et atterrir à l'endroit indiqué. C'était une forêt reculée de tous, le sol tapissé encore un peu de neige glacée. En tournant sur lui-même pour observer les alentours, des gouttes de neige fondue tombaient lourdement sur les feuilles restantes des arbres et sur le tapis blanc qui craquait sous les pieds de Hawks.
Le silence lui permettait de s'assurer qu'il était bien seul ici. Et que Light n'était pas revenu jusqu'ici. Puis, il remarqua un petit cabanon coincé entre deux hauts arbres, aux vitres brisées mais scellées par des rideaux usés. Sa vision aiguisée pouvait même lui affirmer que le bois était loin d'être frais, voire pourri et que cette cabane aurait pu s'effondrer sur lui-même dans la seconde.
Il rangea son téléphone et vola jusqu'à pas de la porte, le bois craquant dangereusement sous ses pieds. Le souffle court, anxiété rongeant son estomac, il poussa la porte non-verrouillée de ce vieux cabanon.
« Non… Ne me dis pas que tu vis ici… Toute seule. »
O
13 janvier 2021 – 06h37
Dabi loucha presque sur le papier accroché au scotch sur la porte de son propre appartement. Il en avait presque laissé tomber son Duffel bag tant la situation était ridicule. En feutre noir était écrit sur le papier « Comptez-vous faire du mal au pro-héros Hawks ? » avec en dessous deux petites cases n'attendant qu'à être coché « oui » et « non ». D'un geste vif, Dabi arracha la feuille blanche, ayant comme l'intuition que cette machination ne pouvait venir que d'une personne.
La gamine. Oui, il le sentait à l'écriture enfantine et au geste totalement… naïf ? Dabi roula en boule le papier dans sa main libre, serrant les dents, de la fumée s'échappant soudain de ses épaules. Comment savait-elle où il logeait ? Comment ? Il délaissa son sac sur le pas de la porte close et fila au sens inverse dans le couloir, espérant pouvoir lui mettre la main dessus.
Une fois à l'extérieur au sein du quartier calme et paumé dans lequel il habituait, il tira sa capuche sur ses mèches de cheveux noirs et inspecta les alentours vivement. Hawks s'était déjà fait traquer par la gamine, il n'avait vraiment pas envie que son tour ait sonné.
Soudain, un petit bruissement d'ailes se fit entendre et il leva aussitôt la tête vers le lampadaire allumé, là où était niché une petite personne accroupie et qui le scrutait avec une certaine méfiance. Cheveux roux qui virevoltaient dans le vent de l'hiver, plumes rouge sang et allure d'une gamine de dix ans. C'était elle, aucun doute.
« Qu'est-ce que tu fiches ici ? » lâcha Dabi sans douceur, espérant pouvoir lui faire assez peur et qu'elle n'ose plus le suivre.
Il devrait même l'éliminer, merde. Elle savait où il habitait. Lui, l'un des vilains les plus recherché de la région.
« Je vous attendais, » fut la réponse claire de la fillette qui semblait à peine effrayée.
Dabi plissa les yeux dans sa direction, essayant de se rappeler des détails que lui avait donnés Hawks. Loin de lui l'envie de l'assassiner elle aussi, mais le souci était que les gosses avaient la langue bien trop pendue. Et elle ressemblait tellement à Hawks. Les yeux presque tranchants qui l'analysaient sous toutes les coutures étaient tout comme ceux de Hawks. Si bien qu'il en fut presque dérouté et sentit son cœur s'accélérer.
Si seulement il pouvait l'attraper et lui hurler à la figure de cracher tout ce qu'elle savait.
« Light, c'est ça ? Descend de là, » dit-il d'une voix plate.
« Pas tant que vous n'aurez pas répondu à la question. »
Haussant un sourcil, Dabi se rappela soudain du papier qui se trouvait roulé en boule dans sa main gauche. Bon sang, elle était donc sérieuse. Fidèle protectrice du poulet, on dirait. Dabi leva alors sa main pour lui montrer le papier déchiré, et d'un seul coup, l'une de ses flammes bleues vint dévorer la feuille.
À nouveau, les yeux de la fillette restèrent englués sur la flamme.
« Non, je ne compte pas lui faire du mal. On bosse ensemble, » fut la réponse de Dabi en abaissant la main, les cendres de la feuille allant rejoindre le sol trempé.
« Dois-je te faire confiance ? »
« T'as pas le choix, gamine. »
La fillette fronça les sourcils, analysant le vilain sous toutes les coutures, puis se redressa droite comme un « i » sur le haut du lampadaire. Durant l'espace d'un instant, Dabi eut l'impression de voir la silhouette de Hawks, ailes déployées derrière lui à contre-jour, doré par le soleil. Sauf qu'il s'agissait d'une fillette inoffensive et qu'il faisait totalement nuit.
Finalement, elle sauta et se laissa agilement tomber sur le sol à quelques pas de Dabi qui se demandait sérieusement si l'enfant savait qui il était. Une moto passa en trombe derrière eux, brisant le silence. Une fois les phares éloignés, Dabi se lança.
« Comment tu m'as trouvé ? » lui demanda-t-il en tirant plus amplement sur le bout de sa capuche, plus par réflexe que dans l'espoir que la gosse ne voit pas clairement son visage mutilé.
Il se doutait que sa vision étant probablement aussi précise que Hawks, elle avait dû déjà en voir bien assez.
« C'est un secret, » répondit-elle en pressant un index contre ses lèvres.
Dabi sourcilla à cette réponse. Ça faisait un moment qu'il n'avait pas eu affaire à des gosses, il avait perdu l'habitude. Et il ne savait pas réellement comment procéder. Surement devrait-il appeler Hawks et la lui refiler. Il ne pouvait certainement pas fuir puisqu'il n'aurait aucun coin ou se poser.
Puis, ses yeux bleus se glissèrent jusqu'aux ailes de la fillette qui frétillaient légèrement derrière elle -contrairement à Hawks qui en général, les tenaient plutôt immobiles- et vit qu'en effet, Hawks avait eu raison.
« Tu peux peut-être facilement manipuler Hawks avec le visage que t'as, mais ça ne prend pas avec moi. J'ai vu que tu t'es clairement mangé mes flammes et tu n'as aucune blessure. Comment ça se fait ? »
« Ça aussi, c'est un secret. »
Une veine vint clairement palpiter sur la tempe du vilain. OK, sa patience avait atteint sa limite. Fini de jouer.
« Crache le morceau et dit-moi c'est quoi ton problème, » grinça Dabi entre ses dents. « Hawks va finir par t'arracher les plumes et moi je me ferais un plaisir de réellement cramer tes ailes si tu n'ouvres pas la bouche. »
Il vit la fillette clairement flancher, probablement surprise par sa réaction. Eh oui, bienvenue dans le monde réel.
« Je dirais tout à Monsieur Hawks un jour, promis, » répliqua-t-elle en serrant les poings.
« Écoute, la vie n'est pas un jeu. T'as dix putains d'années, retourne voir tes vieux et oublie Hawks. C'est pas ton père, il n'a pas de temps à perdre avec toi. »
Il ignora le soudain éclair de chagrin qui traversa les yeux dorés de la fillette et continua :
« Je suis dangereux. Aux dernières nouvelles, je suis un criminel recherché. Me fais pas croire que même si t'es une gamine, tu n'as jamais vu ma gueule sur un poster. Alors dégage. »
Cette fois-ci, elle recula d'un pas et son dos vint heurter le lampadaire derrière elle. Alors que Dabi allait renchérir, sa voix mourut dans le fond de sa gorge et il referma vivement sa bouche. Et si elle avait réellement un gros problème de famille ? Et si Dabi venait de briser son cœur pour toujours ? Merde.
Merde, merde, merde. C'était quoi cette expression déchirée ? Hormis son petit frère, il n'avait jamais été touché par les moindres expressions que pouvaient exprimer les gosses. Mais là, un sentiment de culpabilité vint lui ronger le cœur. Cependant, avant qu'il ne puisse ajouter quelque chose, la fillette le devança.
« D'accord je vais vous laisser tranquille, » dit-elle d'une petite voix, yeux rivés vers ses chaussures rouges. « Mais avant… J'aurais réellement besoin de votre aide. »
Quand elle leva la tête vers lui, ses pupilles étaient brillantes de détermination. Elle était finalement loin de l'enfant apeurée qui était à deux doigts de retourner agripper la jupe de sa mère. Hawks l'avait mentionné plusieurs fois. Elle paraissait mature pour son âge.
« Très bien. Si tu me promets de ne plus trainer dans mes pattes après ça et de ne plus jamais foutre les pieds ici, tu peux tenter d'avoir mon aide, » céda Dabi d'une voix plate.
De toute façon quoi qu'il puisse arriver, il serait surement contraint de déménager par simple prudence. Pour réponse, Light hocha vivement la tête, et s'approcha de Dabi sans crainte, ses ailes s'agitant à nouveau derrière elle.
« Votre Alter… Vous utilisez des flammes bleues, » fit-elle avec ardeur, et cette fois-ci, c'était presque Dabi qui aurait aimé reculer. « Est-ce que vous connaitriez d'autres personnes similaires ? Notamment des filles ? »
Voici une autre étrange question que Hawks serait désespéré voir apparaître dans la longue liste insolite de la mystérieuse Light. Dabi cligna plusieurs fois des yeux, et répéta pour être sûr d'avoir bien compris ce qu'elle demandait.
« Quoi ? Des meufs avec mon Alter ? »
« Oui. »
« Et pour quelle raison ? »
À l'instant où il posa la question, Dabi fut assuré qu'elle allait lui lâcher un « c'est secret » et il aurait été à deux doigts de l'étriper, sérieusement. Mais la fillette sembla le comprendre et prit alors un petit air désolé tout en reculant d'un pas. OK, calme. Ce n'était qu'une gamine. Il avait eu à faire à bien pire.
« Mon Alter court pas les rues, » lui répondit alors Dabi. « Pas sûr que tu trouves ce que tu cherches ici. »
Dans sa tête c'était juste un « pourquoi, pourquoi, pourquoi ». Dans l'élan de ses questions, il fit un pas brutalement en avant, comme si son subconscient n'avait qu'une envie, attraper l'enfant et lui faire cracher de morceau. Cependant, suite à ce mouvement, Light décolla aussitôt, brassant le vent autour d'eux et repoussant la capuche de Dabi en arrière.
« Merci pour votre aide, monsieur, » fit Light à quelques mètres du sol. « Vous ne me reverrez plus, c'est promis. »
Lorsqu'elle battit un coup d'ailes pour filer dans le vent, Dabi lâcha un « merde » yeux rivés vers le ciel noir tandis que le téléphone dans sa poche se mit à vibrer.
Le piaf [06:48] – j'ai un problème
O
Quelques minutes plus tôt
13 janvier 2021 – 06h39
Hawks resta figé sur le pas de la porte ouverte. Derrière lui, le vent frappait fort, et la pièce était glacée. La petite cheminé en pierre dans le coin de la pièce était noire de suie et du bois fraichement coupé était déposé près d'elle signe qu'il y avait eu définitivement quelqu'un ici il y a peu. Près de la cheminé se trouvait un épais sac de couchage ainsi qu'un sac avec des barres chocolatés et des bouillons de pattes en sachet. Il y avait quelques plumes rouges qui était éparpillées le sol par endroits, et le cœur de Hawks se serra douloureusement.
Light vivait ici. Seule. Dans ce froid glacial. Il ne savait pas depuis combien de temps, mais cette vision lui donnait envie de vomir. Faire un pas dans la pièce était comme faire un pas de plus jusqu'à l'échafaud, mais il s'avança prudemment dans l'antre, le parquet grinça dangereusement sous lui -et pourtant, il était loin d'être très lourd même avec ses ailes-.
Il vint s'accroupir près du sac de couchage roulé en boule, et tendit une main gantée jusqu'au un sac violet semblable à un cartable d'école. Il savait qu'il n'avait pas le droit de fouiller dans les affaires d'une enfant comme cela, mais la situation avait bien trop dégringolé pour qu'il ferme les yeux. Et le sac semblait être la seule et unique chose de valeur ici.
Accroupi à même le sol, il ouvrit le sac tout en coupant sa respiration, et d'un premier coup d'œil, il eut l'impression que ce dernier n'était rempli que de livres. Il fronça les sourcils, sortant l'un des bouquins et vit qu'il avait eu raison de suspecter un cartable d'école. Il s'agissait d'un livre de mathématiques niveau CM1. Il le déposa sur le parquet et vérifia les autres bouquins mais chacun contenait une matière particulière, rien de plus. Et au vu de l'état bon des livres, ils étaient récents.
« Tu vas donc à l'école… » pensa Hawks tout haut en reprenant le livre de maths entre ses mains. « Mais tu t'es installée ici… Aurais-tu vraiment fugué ? »
Soudain, son sang se glaça et il en lâcha presque le livre sous le choc. Impossible… Impossible ! Il cligna plusieurs fois des yeux afin de vérifier qu'il ne rêvait pas, mais fut contraint d'admettre que ce qu'il voyait était la stricte vérité.
Une étiquette blanche était collée en haut du livre où était notés deux initiales « A.H. », mais aussi, deux dates précises « année scolaire 2031-2032 ».
« Deux mille… trente et un… ?! »
Il se leva d'un coup, feuilletant le livre à la va-vite afin de trouver d'autres indices. Mais le programme de mathématiques ne lui apprit rien de plus. Afin de vérifier qu'il ne s'agissait pas d'une faute d'étourderie de la part de celui ou celle qui avait écrit cela, il se pencha à nouveau sur le sac s'empara des autres bouquins scolaires. Mais tous portaient la même inscription.
Année scolaire 2031-2032.
« Qu'est-ce que c'est… que ce délire ? »
Au fond du sac qu'il croyait vide, il aperçut alors un livre plus petit et plus épais. Sans réfléchir, il plongea sa main dans le sac et récupéra ce qui était un agenda d'écolière à la couverture bleue et aux jolis petits oiseaux azuréens couvrant l'entièrement du décor. Et avec toujours cette fichue date.
Année 2031.
Vite, il ouvrit la première page, et tomba sur une écriture d'enfant ayant rempli la case centrale du prénom.
Hikari.
C'était…le nom qu'il avait eu l'idée de lui donner en ayant pris son Alter et ses yeux en compte. Prénom qui signifiait « Lumière ». Son prénom était donc Hikari.
« Hikari… » murmura-t-il pour lui-même, le souffle court.
En dessous était rajouté au feutre rouge « alias Light Phoenix », voilà probablement son fameux nom de héros et pourquoi elle avait demandé à Hawks de l'appeler Light. Mais avant qu'il ne puisse creuser la question, un papier vint glisser hors de l'agenda et rejoindre le parquet. Hawk referma le bouquin épais et récupéra le papier carré où était écrit quelque chose en feutre noir, à l'aide d'une écriture plus douce, plus mature.
Joyeux anniversaire ma chère sœur, bienvenue dans ta première dizaine ! Je rentre très vite au pays pour qu'on fête ça en famille ! – Eri
Hawks ne savait plus ou en donner de la tête. Il était pâle comme la mort et le prénom signé sur le papier avait été le coup fatal. Eri. Bon sang de bonsoir, s'agissait-il de la Eri qu'il connaissait ? De la fillette aux longs cheveux gris et à l'Alter de Retour en arrière ou le Rewind ? La fillette pour l'instant sous la protection du gouvernement ?
Lentement, il tourna le papier épais qui s'avérait être une photo, et il retint à nouveau son souffle. Et lorsqu'il put détailler le cliché coloré, ses jambes cédèrent et il se laissa tomber à genoux au milieu du chalet, ses doigts tenant la photo tremblant violemment.
Oui. Light. Hikari. Elle venait du futur. De leur futur.
La première personne qu'il avait reconnu sur la photo, c'était évidemment Hikari aux cheveux roux et courts et aux ailes rouges, souriant de toutes ses dents à la personne qui prenait la photo. À sa droite, une jeune femme avait passé un bras autour de ses épaules et souriait elle aussi. Ses cheveux était long, ondulés, et gris. La petite corne particulière pointée sur le haut de son crâne ne laissait pas de place au doute.
C'était Eri. Dans le futur, Eri était la sœur de Hikari. Pas de sang, certes, mais était de la même famille.
Et les deux parents étaient là eux-aussi, rendant soudain bien clair le discours de Hikari. Deux hommes dont un souriant de toutes ses dents et l'autre plus réservé mais tout de même joyeux, leurs mains déposées sur les épaules des deux filles. Et le pire dans tout ça, c'était que Hawks les connaissait bien.
À droite se tenait Shota Aizawa, connu sous le nom de héros Eraser Head, aux cheveux attachés et aux cernes toujours proéminents. À gauche, se trouvait son mari, lunettes aux verres teintés sur le nez, coiffure toujours improbable sur le sommet de son crâne. Les deux héros étaient parents.
Hawks pressa une main contre son visage. Mais oui, il savait en plus que Aizawa et Present Mic -connu aussi sous le nom civil de Hizashi Yamada- avaient dernièrement l'idée de prendre la petite Eri sous leurs ailes. Il l'avait appris il y a environ un mois, avant les fêtes de Noël. Tout coïncidait. Absolument tout.
Mais… comment était-elle arrivée ici, dans le passé ? Une machine à voyager dans le temps ? Non, ce n'était que de la fiction, ça, non ? Un Alter vraiment très puissant ? Une illusion du futur produit par quelqu'un ?
Et surtout. Était-elle réellement sa fille ? Un frisson parcourut son échine alors qu'il rouvrait les yeux pour détailler le visage de la fillette sur la photo. S'il était réellement le père de cet enfant et qu'elle avait réellement dix ans, alors sa conception allait être éminente. Mais avec qui, bon sang. Il n'avait clairement pas le temps de batifoler en ce moment.
Et puis…elle avait des parents adoptifs en 2031. Cette réalisation le frappa de plein fouet, et il eut soudain très froid. Que lui arrivait-il à lui, dans le futur alors ?
En vitesse et l'estomac retourné, Hawks rangea prestement les affaires de Light -non, Hikari- dans le cartable violet, et sans réfléchir, s'empara de son téléphone pour y taper un SMS.
Moi [06:48] – j'ai un problème
O
Dix ans plus loin
18 janvier 2031 – 17h22
Lorsque Shota Aizawa alias Eraser Head referma la porte d'entrée derrière lui, il ne s'attendait pas à ce qu'une tornade rousse vienne lui sauter dessus, si bien qu'il manqua de peu à retomber en arrière et se briser la nuque sur le parquet de chez lui. Quelle ironie pour un professeur de sa renommée, l'âge se faisait sentir ou quoi ?
Il tenta de protéger le sac plastique comprenant le gâteau d'anniversaire qu'il était passé récupérer après commande à la boulangerie du coin et de sa main libre, vint tapoter le crâne de la fillette qui s'était jetée sur lui.
« Hello, princesse. Encore joyeux anniversaire, » dit-il avec un petit sourire.
« Merci, merci ! » s'exclama l'enfant aux jolies ailes rouges tout en le lâchant, reculant d'un pas pour ensuite détailler avec envie le sac plastique au logo coloré. « À quel goût est mon gâteau ? »
Aizawa retira ses chaussures tout en dissimulant le sac derrière son dos, et se massa ensuite la nuque –toute une journée au lycée U.A. était de plus en plus éprouvant, et pourtant, il était encore si loin de la retraite !-.
« Tu verras ça ce soir. Hizashi ne rentreras pas trop tard, » lui répondit le héros.
« Et Eri ? »
« Elle m'a dit arriver à l'aéroport vers 17h30, elle ne va pas tarder non plus. »
La fillette trépidait d'impatience et fila comme une flèche jusqu'au salon en s'aidant de ses ailes. Aizawa rangea le gâteau au frais tout en vérifiant bien que la rouquine ne fouinait pas pour en apprendre plus sur la commande, puis regagna lui aussi le salon tout en attachant ses cheveux en arrière.
Il resta un instant planté à quelques pas du canapé, là où était assise la fillette, poings serrés autour de ses genoux repliés, qui se balançait d'avant en arrière en scrutant la télévision éteinte. Haussant un sourcil, Aizawa croisa les bras contre sa poitrine.
« Toi tu as quelque chose à l'esprit, » lui fit-il, soudain bien suspicieux.
« P'pa. Tu te rappelles de ce que tu m'as dit à mon septième anniversaire, » fut la réponse immédiate de l'enfant qui plongea son regard dans le sien.
Aizawa n'était pas très bavard, ne parlait que lorsque cela était utile, mais il s'était trouvé à s'ouvrir et à être un peu plus loquace au fil des années avec ses filles. Cependant, il n'avait fichtrement aucune idée de ce qu'il avait pu dire à la rouquine le jour de ses 7 ans. Il en avait certainement dit des choses, mais quoi ? Mystère.
« Honnêtement, je ne vois pas. Rafraichi moi un peu tout ça, veux-tu. »
L'enfant serra alors les poings avec envie et détermination et lui sourit de toutes ses dents :
« Tu m'as promis qu'à mes 10 ans, tu me raconterais l'histoire de mon adoption ! Et qui étaient mes parents. »
Un flash de mémoire vint filer dans l'esprit du professeur qui se raidit un instant. Merde. Elle avait raison. Après avoir bombardé Yamada et lui de questions à propos de ses parents de sang –jamais ils ne lui avaient cachés qu'elle n'était pas réellement leur fille -, Aizawa avait alors calmé ses ardeurs en lui promettant qu'à ses dix ans, il lui raconterait son histoire.
Après cela, elle avait simplement hoché la tête et n'avait plus jamais entamé le sujet. Jusqu'à aujourd'hui, le jour de ses dix ans, ce qui était légitime de sa part. Brave enfant d'avoir été calme jusque-là. Mais Aizawa poussa alors un long soupir, sentant que ça allait être fastidieux.
« Hikari, déjà, pour commencer, je n'ai jamais dit que je te dirais qui sont tes parents. Tu le sais, leur identité ne nous a jamais été donné, » répliqua Aizawa en venant s'asseoir près d'elle sur le canapé. « Mais comme promis, je vais te raconter un peu ton histoire. »
La fillette hocha vivement la tête, s'installant en tailleur sur le canapé, ses yeux brillant avec envie. Quand elle avait ce regard, Yamada et Eri fondaient aussitôt et cédaient à absolument tous ses caprices –et heureusement que la fillette était sage et avait un très bon caractère, auquel cas, elle aurait pu aisément manipuler sa sœur et son second père-.
« Très bien, par où commencer… » fit Aizawa en s'installant plus confortablement dans le canapé du salon, ses yeux vagabondant le long du plafond tandis qu'il réfléchissait. « Hum… Tu as déjà entendu parler de la Commission des Héros de la Sécurité ? »
Cet intitulé lui rappela de lointains souvenirs. C'était des mots qu'on ne prononçait plus beaucoup désormais et Eraser Head avait l'impression que ce nom roulait bizarrement sur sa langue.
« Oui, il s'agit de l'organisation qui a été démantelé il y a quelques années, non ? » répondit Hikari du tac au tac.
C'était ça, d'être enfant de professeur. Vos enfants en savaient long et vous épataient bien souvent. Aizawa hocha donc la tête lentement, se laissant apprécier un instant le petit élan de fierté qui avait réchauffé son cœur. Puis, il se redressa et déposa une main contre l'épaule de l'enfant.
« Hikari, ce que je vais te raconter… Il faudra que tu gardes cela pour toi. »
« Pourquoi ? »
Malgré l'avertissement, Hikari semblait particulièrement intéressée et impatiente à l'idée d'en savoir plus. Durant l'espace d'un instant, Aizawa se demanda s'il n'avait pas fait une erreur en lui promettant de lui en apprendre plus sur son passé. Mais il ne pouvait plus faire machine arrière.
« Il n'y a pas de quoi s'exciter » fit-il. « Cela pourrait t'apporter des ennuis. La Commission des Héros de la Sécurité est devenue un sujet un peu tabou après que la vérité ait éclaté. La corruption était telle qu'après la vérité déclarée, beaucoup ont perdu foi en l'humanité. »
« Je comprends… Mais, pourquoi me demander de ne rien dire ? »
« J'en viens. »
Il se permit un instant de réflexion, rassemblant ses souvenirs datant d'il y a quelques années désormais. Puis, il se lança :
« Comme tu dois le savoir, il y a six ans, il y a eu une bataille très importante ici, à Musutafu. L'une des plus grandes de ce siècle. Un groupe de héros illégaux a su faire imploser le système, montrer la corruption qui rongeait le monde. Des documents ont été dévoilés et le combat n'a pas pu être évité. »
Hikari était silencieuse, petites mains pressées contre ses pieds, en tailleurs sur le canapé à boire les paroles de son père adoptif.
« C'était il y a environ six ans, » précisa Aizawa. « Et j'ai participé à cette bataille, contre cette organisation. Je n'entre pas dans les détails, là n'est pas le point central de l'histoire que je veux te raconter. Mais sache que cette organisation, la Commission, entrainait de jeunes enfants dès leur plus jeune âge. De façon consentante, avec l'avis des parents. C'est ce que nous pensions. »
Aizawa préférait éviter de rentrer dans les détails les plus morbides, surtout pour une fillette de cet âge le jour de son anniversaire. Alors il se racla la gorge un instant, réfléchissant à comment procéder, puis tourna la tête vers sa fille et piégea son regard ambré.
« Nous avons attaqué le bâtiment central. Ce fut un chaos sans nom. Mon équipe est alors tombée sur un groupe de jeunes enfants surentrainés, et tu étais parmi eux. Tu étais la plus jeune. »
Les yeux de l'enfant s'arrondirent de surprise, mais visiblement loin d'être déroutée.
« Mes parents faisaient partis de la Commission ? »
« Rien n'est sûr. Tout ce que je sais, c'est qu'une partie des gosses là-bas étaient des orphelins non-recensés avec un Alter assez puissant. Le tien l'est aussi. Tu avais certainement été… sélectionné pour ton pouvoir rare. »
« Pouvoir que… tu me dis d'éviter de divulguer… » ajouta Hikari d'une voix pensive. « Mais j'ai envie d'utiliser mon nom de héroooos ! » ajouta-t-elle en agitant soudain ses bras.
« Plus tard, plus tard. Quand tu seras plus forte. »
Laissant son regard s'attarder sur les ailes rouges de la fillette, Aizawa réprima quelques lointains souvenirs concernant un pro-héros avec qui il avait bien sympathisé et qui, du jour au lendemain, n'avait plus donné trace de vie.
« Et ensuite ? » s'impatienta Hikari en s'approchant de son père.
« Nous avons commencé à vous évacuer, le bâtiment était en feu, et un type de la Commission utilisait des substances radioactives très dangereuses. »
Il se rappela de la brutalité de cette bataille, des vies perdues, de la fumée partout, des alertes incessantes dans son oreillette, de la peur au ventre qu'il avait ressenti en apprenant que peut-être il ne pourrait pas rentrer à la maison ce soir, serrer Eri dans ses bras avant qu'elle ne se couche. Il était aussi effrayé de perdre certains de ses anciens élèves qui étaient venus combattre eux aussi.
Izuku Midoriya et certains de ses anciens camarades avaient participés à ce chaos.
« J'ai bien cru mourir, ce jour-là, » ajouta Aizawa d'une voix plus lente, faisant face à des souvenirs qu'il pensait ne plus jamais avoir à revivre mentalement. « Je me suis pris une attaque perdue, combiné au gaz et à la radiation, j'ai été mis au sol. Mais avant que le plafond ne s'effondre sur moi, j'ai senti quelque chose me secouer. »
Il reporta son regard vers Hikari qui retenait sa respiration. Surement n'avait-elle aucun souvenir de ce moment-là, ni même de sa vie à la Commission. Après tout, elle n'avait que quatre ans à cette époque.
« C'était toi, Hikari, » lui avoua-t-il, un petit sourire venant s'installer sur ses lèvres. « Tu me secouais avec tes petites mains, mais tu avais mis tant de détermination à la tâche, que j'ai pu regagner ma lucidité, et sauver ma vie et la tienne avant que le bâtiment n'implose. »
J'aime beaucoup Eri, j'espère que vous allez apprécier ce petit détail qui stipule qu'elle est la sœur adoptive de Hikari dans dix ans ahah
La dernière partie de ce chapitre se déroule dix ans plus loin dans le futur, le 18 janvier, l'anniversaire de Hikari. Et donc, si vous avez remarquez, même date que le tout premier chapitre de cette fic lors de l'apparition du bébé ;)
Plus d'explication dans le chapitre suivant, ça fait beaucoup à emmagasiner j'espère que ce n'est pas trop complexe ! A très vite kiss
