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Chapitre 8
Tu es à moi, Keigo
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« C'était toi, Hikari, » lui avoua-t-il, un petit sourire venant s'installer sur ses lèvres. « Tu me secouais avec tes petites mains, mais tu avais mis tant de détermination à la tâche, que j'ai pu regagner ma lucidité, et sauver ma vie et la tienne avant que le bâtiment n'implose. »

« Alors… Alors tout comme toi… Je suis un peu une héroïne… ! » souffla Hikari aux grands yeux ébahis.

Aizawa rit sincèrement à cette interprétation, et hocha la tête tout en frottant le crâne de l'enfant.

« On peut dire ça, en effet. »

Après cela, il était sorti du bâtiment en feu, tenant fermement la petite fille de quatre ans contre lui, cette dernière ayant sombré dans l'inconscience suite à toute cette fumée.

« Puis, nous en avons discuté avec Hiza', » compléta-t-il. « Et nous avons décidé de t'adopter. »

Dès quatre ans, Hizari avait été très débrouillarde et douée avec son Alter très précoce. Ça n'avait pas été très facile de la contenir au début, avec son pouvoir, mais tout comme Eri, tout c'était relativement bien passé. En plus de cela, ayant aussi demandé l'avis de leur fille adoptive avant cela, Eri et Hikari s'étaient aussitôt très bien entendus.

« Et me voilà, » fit Hizari en écartant les bras pour apporter de l'énergie à ses propos.

« Et te voilà, » lui sourit Aizawa en retour.

Une fillette au bracelet portant le nom de Hikari, entrainée par la Commission pour s'en servir plus tard, à l'Alter d'une puissance dont ne s'imaginait surement pas Shota Aizawa, voilà sur quoi il était tombé ce jour-là. Hikari aux yeux ambrés et aux ailes rouges sang. Comme un certain individu…

« Le bâtiment a pris feu, tout a brûlé. On imagine que les souterrains sont toujours là, mais comme tu le sais, la zone a été placée en isolation suite aux radiations dégagées par l'un des gars de la Commission. »

Ce qui avait compliqué bien des choses. Certes, ils avaient eu assez de preuves pour prouver au public que la Commission des Héros de la Sécurité n'était pas ce qu'elle prétendait réellement être, ou du moins, qu'elle n'avait pas le même genre de morale, mais Aizawa aurait eu aimé en apprendre davantage. Sur tout ce qui avait pu se produire au fil des années dans leur dos. Et surtout, qui étaient les parents de cette gamine qu'il avait trouvée.

Nombre d'enfants trouvés là-bas ne connaissaient pas non plus leurs parents, mais quelque chose l'avait toujours intrigué à son propos.

« Et c'est pour ça que tu n'as rien trouvé sur mes réels parents ? » l'interrogea Hikari en penchant un peu la tête sur le côté.

« Pour le moment, nous n'en savons rien. J'en suis désolé. »

Soudain, la petite main de la fillette vint s'appuyer doucement contre son bras.

« Tu sais que même si je retrouve mes parents, je t'aimerais toujours autant, hein ? » lui fit-elle avec détermination dans ses yeux.

Oui, il le savait. Aizawa sourit doucement à cela, et caressa alors son crâne.

« Je le sais, je le sais… Mais, il est fort probable que… » cependant, il se coupa net, et secoua la tête. « Non, on ne devrait pas parler de ça le jour de ton anniversaire. Ne bouge pas de là, Asui m'a demandé de te remettre un petit quelque chose pour ton anniversaire. »

Mais avant qu'il ne puisse quitter le canapé et regagner son sac, sa fille sauta pratiquement sur lui pour lui agripper fermement le bras et le maintenir assis sur le canapé près d'elle.

« Je sais qu'ils sont surement morts, oui » fit-elle d'une plus petite voix. « Mais j'aurais aimé savoir… Juste savoir. Voir leurs visages. »

Bon Dieu, en rentrant ce soir, Eri allait l'étriper pour avoir eu ce genre de conversation avec la fillette de dix ans le jour de son anniversaire. Et le souhait de Hikari lui serra le cœur. Il se laissa faire et se rassit sur le canapé doucement. Que pouvait-il faire pour arranger ça ?

« Tu n'aurais pas une petite idée de leur identité ? » insista alors la rouquine soudain plus réservée.

Il aurait dû s'arrêter là. Mettre un terme à cette conversation. Mais Aizawa sentait qu'il lui devait bien ça. Hikari était grande dans sa tête. Elle avait besoin de savoir. Et Aizawa ne souhaitait en rien lui mentir. Ainsi, il poussa un léger soupir, et avoua quelque chose que seul lui et Hizashi verbalisait parfois. Et que même le monde, en cherchant bien, aurait pu supposer.

« Tes ailes sont rouges, tu portes une partie de l'Alter de l'aigle, et tes yeux sont dorés, » dit-il, le cœur soudain plus rapide. « J'ai connu un homme par le passé, porteur de cet Alter et des mêmes yeux. »

Durant de longues années, Aizawa s'était demandé si ses suppositions étaient vraies. Néanmoins, il avait comme l'impression qu'il ne le saurait jamais. Trop de pièces manquaient au puzzle.

La grande guerre contre la Commission ayant pris une grande place dans les livres d'histoire et l'esprit de la population, tout ce qui s'était produit avant cela paraissait flou et lointain. Et il était fort probable que Hikari n'ait jamais entendu parler de ce héros.

« C'était un pro-héros au nom de Hawks, » ajouta-t-il en vérifiant par l'expression de l'enfant qu'il avait eu raison –et elle hocha simplement la tête, visiblement apprenant son existence-. « Nous n'étions pas aussi proches que des amis, mais c'était une très bonne connaissance. »

Il se rappela sans soucis du sourire toujours radiant qu'il dévoilait, de ses discours osés et passionnés, teinté d'une certaine lassitude parfois, de ses convictions, de son incroyable popularité du côté des jeunes de son âge. Malgré son attitude parfois un peu agaçante pour une personne comme Aizawa qui aimait le calme, il l'avait apprécié. Plusieurs fois, ils avaient pris un café ensemble quand il se rendait sur le campus de U.A.

Il était comme un rayon de soleil. Un rayon de soleil qui avait été avalé par les nuages si rapidement. Si brusquement.

« Il bossait pour la Commission, ce qui serait coïnciderait avec le lieu où l'on t'a trouvé. »

« Et que lui est-il arrivé ? »

Et encore une fois, merde. Il devait lui avouer que l'homme qu'il supposait être son père était mort. Le jour de ses dix ans. Bravo Shota. Tu venais de cumuler toutes les bêtises combinées de la sœur et du mari.

« Il est… décédé dans le cadre de ses fonctions il y environ dix ans. Tu devais être toute jeune. »

Il se rappela lorsqu'il avait appris la nouvelle aux informations. Ça lui avait retourné l'estomac et il avait presque lâché la tasse de café qu'il s'était faite dans la salle des professeurs. Hawks était jeune, il n'avait que 23 ans. Un héros numéro 2 était mort. Comme si la retraite de All Might n'était pas assez.

« Je suis désolée de t'apprendre ça, » reprit Aizawa en passant un bras derrière les épaules de sa fille adoptive. « Mais je ne veux pas que tu sautes sur des conclusions hâtives. Ce n'est qu'une supposition, tu m'entends. Je me trompe peut-être sur toute la ligne. »

La fillette hocha lentement la tête, assimilant toutes ces informations.

« Et ma mère ? » l'interrogea-t-elle ensuite, plus doucement.

« Aucune idée de ce côté-là. »

Alors que Hikari se plongeait dans une intense réflexion, Shota Aizawa se demanda sérieusement s'il avait bien fait de lui dévoiler tout son passé.

O

Dix ans en arrière

13 janvier 2021 – 7h12

Cendrier sur pattes [06:49] – C'est quoi le problème ?

Cendrier sur pattes [06:51] – Hawks, t'es où ?

Cendrier sur pattes [06:51] – Réponds.

Appel manqué de Cendrier sur pattes

Cendrier sur pattes [06:53] – Bordel réponds

Moi [06:53] – suis chez moi

Cendrier sur pattes [06:54] – Qu'est-ce qui s'est passé ?

Cendrier sur pattes [06:54] – Hawks

Moi [06:54] – oublie, c rien

Cendrier sur pattes [06:54] – Dis-moi où tu te trouves que je te fasse cracher le morceau

Moi [06:55] – chez moi, j'ai dit

Cendrier sur pattes [06:55] – File ton adresse

Hawks blâma la situation si particulière pour lui avoir finalement offert son adresse postale sur un plateau d'argent, par SMS en plus, quel fin mouvement. Mais en réalité, depuis la découverte de la cabane, il n'avait plus trop toute sa tête, et ses pensées ébranlées claquaient son crâne, encore et encore si bien qu'un mal de tête avait pointé le bout de son nez.

Il avait peiné à rejoindre son appartement tant son corps tremblait et ses ailes allaient surement suivre le mouvement dans les airs. Mais il s'était ressaisi. Bon sang, c'était un pro-héros, le numéro 2 en plus. Il fallait qu'il arrête définitivement de perdre le contrôle comme ça. Depuis le début de sa mission d'infiltration dans l'Alliance, sa vie avait pris un tout autre tournant et il ne contrôlait plus rien.

Il avait besoin de réfléchir et une fois dans son canapé, pâle comme un linge, toujours enroulé dans sa veste chaude de héros, il avait regretté avoir envoyé un message à Dabi. Mais dans l'émotion, ça avait été la première chose que son esprit avait trouvé rationnel à faire. Rien de tout cela n'était professionnel. La Commission allait le désintégrer.

Hawks avait poussé un long soupir après avoir envoyé son adresse à Dabi, et avait jeté le téléphone sur la table basse devant lui. Son esprit était encore trop focalisé sur les révélations qui avait éclatées quelques minutes plus tôt pour se rendre compte de son erreur de débutant. Non, son erreur de pauvre naïf. Donner son adresse au super-vilain ? Mais quelle connerie.

Et il ne se rendit compte de cette connerie que lorsqu'on frappa trois coups puissants contre la porte de son appartement, le faisait automatiquement redescendre sur terre. Il sauta hors du canapé comme un chat ayant été surpris et loucha presque sur la porte close, comprenant aussitôt qu'il s'agissait de Dabi lui-même. Comment était-il arrivé jusqu'ici ?! Et la sécurité de son appart' ?

Et il fut tenté de le laisser poireauter à la porte et resta figé, le souffle coupé, scrutant avec insistante le battant. Cependant, les autres coups plus puissants qui retentirent contre la porte firent tout de suite réfléchir Hawks qui avait mieux à faire que de voir ses voisins de palier ouvrir la porte et tomber nez à nez avec un vilain, dans l'immeuble.

Ainsi, il lâcha un juron tout bas et partit déverrouiller la porte qu'il ouvrit à la volée. Dabi était en effet ici, quelque peu essoufflé, sourcils froncés, pupilles brillant férocement.

« Comment tu es parvenu à passer la porte de l'immeuble ? » s'exclama Hawks pourtant sans trop d'énergie, totalement lessivé.

« Je l'ai explosé, » fut la réponse de Dabi qui ne bougea pas du pas de la porte, plissant les yeux pour détailler l'autre homme des yeux.

« Pardon ?! »

Puis, le brun bougea, poussa Hawks en arrière dans l'appartement sans douceur tout en laissant la porte de l'appartement se refermer derrière eux, et avant que le blond n'ait pu riposter ou lâcher un commentaire outré par cette invitation forcée, Dabi continua :

« J'ai attendu qu'un groupe de crétins ouvre la porte avec leur passe, imbécile, » puis sa main toujours pressée contre la clavicule du héros l'ayant servi à le pousser en arrière vint agripper le pan de la veste jaune pour l'ouvrir sur le t-shirt noir en dessous. « Est-ce que ça va ? »

Avant que Dabi n'ait pu inspecter –ou déshabiller ?- plus en profondeur le héros, Hawks fut rapide à reculer d'un pas, coupant tout contact physique entre eux. L'attitude du brun le médusa totalement.

« Qu'est-ce qui t'arrives ? » lâcha Hawks en cligna plusieurs fois des yeux.

« Quoi ? Tu me demandes ce qui m'arrive ? » lui répondit Dabi d'une voix plus dure. « J'vérifie ton état, l'emplumé. T'es blanc comme si tu avais perdu la moitié de son sang. »

Hein ? Hawks secoua alors la tête un instant et frappa énergiquement ses propres joues pour faire affluer le sang jusqu'à sa peau. Ça suffit, il fallait qu'il se reprenne. Même Dabi pouvait voir qu'il n'allait pas si bien que ça. Puis, sous le regard très suspicieux du vilain, Hawks se figea dans ses mouvements et réalisa soudain :

« Oh. Tu t'inquiètes pour moi. »

À ces paroles, Dabi sourcilla et pris une expression agacée, attrapant sans douceur la veste de Hawks au niveau du col pour l'approcher avec menace. Sous le mouvement, Hawks leva aussitôt les mains en signe de reddition, mais ne se débattit pas.

« Tu te rappelles du SMS que tu m'as largué ? » siffla le brun avec ardeur.

Et pour illustrer ses propos, Dabi déverrouilla son téléphone et montra la conversation qu'il avait eu un peu plus tôt avec le volatil. Et en un rapide coup d'œil, Hawks dû avouer que son premier message et ses longs temps de réponses pouvaient en effet porter à confusion. L'état erratique du vilain s'expliqua alors soudain –avait-il couru jusqu'ici ?- et malgré lui, le héros sentit ses joues s'empourprer à la réalisation.

Mais pour toute réponse, il choisit de jouer dans une tout autre cour :

« Pourquoi je me nomme Le Piaf ? Tu n'avais pas plus gentil ? Ou plus original ? »

Dans un geste presque rageur, Dabi lâcha la veste de Hawks, rangea son téléphone et s'engouffra plus profondément dans le salon du héros. Voir le vilain au sein de son salon parfaitement rangé et propre était une vision que pensait ne jamais avoir le blond, et il se permit un instant d'expérimenter ce que son cœur ressentait face à ce qui se dessinait sous ses yeux.

Hawks le laissa vagabonder dans le salon, lancer des coups d'œil dubitatifs autour de lui et toucher la lampe abstraite en cristal. Dabi passa le bout de son index tout le long du haut de son écran plat télévisuel comme pour y vérifier l'état et la propreté, puis se planta au milieu du salon et ouvrit un paquet de cigarettes.

« Ne fume pas dans mon appart', » l'arrêta aussitôt le blond qui n'avait pas bougé, alors même que la clope s'installait entre les lèvres du vilain.

Dabi lui jeta un regard profondément sombre, se figeant lui aussi.

« Dabi, » insista Hawks en soutenant son regard.

« OK ! » s'énerva soudain le vilain en jetant sans considération la cigarette amorphe sur le tapis beige de la pièce. « Mais t'as intérêt à avoir une bonne raison pour m'avoir fait venir jusqu'ici ! »

« Je tiens à te préciser que c'est toi tout seul qui t'es invité ici. »

Mais Hawks n'ajouta rien de plus, refermant d'un coup sa bouche faisant claquer ses dents dans le mouvement. Dabi semblait être sur le point de lui cramer à nouveau la figure et s'il ne voulait pas perdre son nid douillet, il avait tout intérêt à ne pas commencer une guerre ici. Il prit une plus ample inspiration et avant que l'autre homme ne puisse potentiellement piquer une crise de colère, Hawks capitula :

« Quand je t'ai envoyé cet SMS, j'étais…perdu. »

Le léger manteau de fumée qui s'échappait des épaules de Dabi –souvent visible quand il était en colère et que son Alter s'agitait férocement- s'évanouit dans l'air de la pièce. Dabi se tint là, entre la table basse et la télévision, posture habituellement lâche et blasée cette fois-ci un peu plus tendue, plus raidie. Son expression avait elle aussi changé du tout au tout, passant de l'irritation acide et l'envie de frapper quelqu'un en quelque chose de plus attentif, de plus défiant.

La capuche de son hoodie était toujours contre son crâne et apportait des ombres menaçantes au-dessus de ses yeux immensément bleus, et Hawks eut l'impression que ses pupilles sondaient toute son âme. Un frisson indescriptible lui parcourut l'échine, serrant fermement ses lèvres, réfléchissant par où commencer.

Était-ce même une bonne idée de le dire à Dabi ? Au point où il en était, autant tout lui avouer. Il n'était plus à une connerie près. Et puis… il avait décidément besoin de dire tout cela à quelqu'un.

« Je sais qui est la gamine, » avoua-t-il en serrant les poings, plongeant son regard dans celui de Dabi. « Enfin, partiellement. Et c'est vraiment pas ce à quoi je m'attendais. »

Hawks vit une certaine curiosité venir piquer le regard du vilain dont les yeux se plissèrent à la mention de l'enfant. Il hocha donc finalement la tête et croisa les bras, le poussant ainsi à continuer :

« Rappelle-toi, je t'ai dit avoir placé un traqueur sur une de mes plumes qui la suivait de près. J'ai inspecté ses voyages sur une carte et j'ai pu spotter un endroit qu'elle semblait plus fréquenter que d'autres. »

La vision de la fillette emmitouflée dans le sac de couchage, dévorée par le froid serra le cœur de Hawks qui secoua rapidement la tête pour oublier cela. Dabi quant à lui, resta silencieux et patiemment, attendit la suite.

« Ça m'a conduit à l'extérieur de la ville, » ajouta finalement le héros en commençant à vagabonder dans le salon par automatiste, ses yeux rivés vers le parquet. « Une cabane, plus précisément. J'y suis entré et tout portait à croire qu'elle avait élu domicile ici, » il s'arrêta soudain et lança un regard déchiré au vilain. « Dabi, elle passe ses nuits seule, là-bas. Dans une cabane qui menace de s'écrouler. »

Il trouva chez Dabi, une subtile émotion de pitié venir filer dans ses yeux. Rapide et éphémère, mais bien là. Cependant, il ne dit rien, et Hawks continua alors, soudain plus pâle, le cœur rapide.

« J'y ai trouvé ses affaires. Un sac d'écolière. Je n'ai pas pu me résoudre à respecter sa vie privée, elle était mineure et probablement enlisée dans de lourds problèmes. J'ai donc fouillé et… Je suis tombé sur des trucs totalement… fous. »

« T'es pâle, tu fais presque flipper. Je vais finir par croire que tu es tombé sur le cadavre de ses parents, mutilé de sang-froid par la gamine. »

Cette attention sordide de chercher à faire de l'humour ne fut pas efficace aujourd'hui. Hawks déglutit et pressa fermement ses mains gantées contre le dossier du canapé, seul rempart entre lui et le vilain.

« Il y avait des bouquins, Dabi. Un tas de bouquins d'école. Et même un agenda. Et partout, je dis bien PARTOUT, était écrit une date. »

Il laissa le temps à Dabi de réfléchir, de supposer qu'il y avait quelque chose de louche avec la date qu'il avait trouvée. Ceci eu don de raidir l'expression du vilain qui arqua un sourcil dans l'anticipation.

« Cette date, » ajouta Hawks le souffle court. « Annonçait que ces livres, ce sac d'école et la gamine, ne venait pas de notre époque. »

« Qu'est-ce que tu-… Elle vient de notre passé ? »

« Du futur. 2031 pour être plus exact. »

Une expression de soudaine sidération vint s'emparer des traits anciennement tirés du brun. Hawks attendit, lui laissant le temps d'assimiler tout ce qu'il venait de lui dire, puis Dabi finit par froncer les sourcils.

« C'est un putain de canular. Une erreur de photocopie ou-… »

« Non, » le coupa Hawks de façon sèche. « J'en suis persuadé. Il y a une chose qui m'a assuré le fait qu'elle venait bien de 2031. C'était une photo. »

Au souvenir du cliché, son estomac se tordit soudain. Il ne savait fichtrement pas comment réagir, ses émotions semblaient être aussi complétement prisent au dépourvu. Joie de voir l'enfant bien entouré ? Satisfaction de voir que finalement, Aizawa avait pu adopter Eri ? Questionnement quant à l'histoire de ce cliché ou bien… appréhension au vu de ce que pouvait impliquer une famille adoptive ?

« C'était une photo de famille. Pas de sang pour sûr, » reprit Hawks qui préféra garder le prénom de Eri anonyme au cas où Dabi avait été mis au courant quant à la fillette séquestrée par Overhaul et son gang. « Il montrait une fillette qui a aujourd'hui, doit avoir environ neuf ans, que j'ai vu récemment. Et sur ce cliché, elle était au côté de Hikari et ses parents. Le cliché lui-même signé par le prénom de la fillette que je connais. Et elle c'était… Une jeune femme. »

Il espérait avoir été clair et convaincant, ne sachant comment le prouver autrement que par des mots –et il avait préféré ne pas prendre de photo des objets à conviction tout de suite, par crainte que cette information ne se diffuse-. Il retint sa respiration, lâcha le dossier du canapé pour se tenir droit, attendant le verdict.

« Tu as dit… Hikari. C'est son prénom ? » lui demanda soudainement Dabi d'une voix étrangement craquée.

« Oui. Pourquoi tu fais cette tête. »

« Je ne fais pas de tête. Juste surpris, c'est un prénom qui m'avait presque effleuré l'esprit. Quand je l'ai vu volé avec toi. »

Hawks s'humecta les lèvres par automatisme dans le silence qui se fit entre les deux.

« Tu me crois ? Où j'ai besoin de t'apporter des preuves ? »

« Je te crois. »

C'était fou, comme le temps avait pu construire une base de confiance mutuelle entre les deux hommes malgré les tissus de mensonge qui avaient prédécédés. Dabi avait à peine réfléchi avant de lui répondre, et voir cette confiance tangible provenir du vilain serra le cœur du héros qui sentait un élan de satisfaction venir secouer tout son corps.

« Ainsi donc, Hikari vient du futur… » répéta donc Dabi, à son tour commençant à marcher lentement dans le salon, perdu dans une réflexion intense. « Elle te ressemble comme deux gouttes d'eau, nous berce dans de doux mensonges… »

Soudain, il s'arrêta net et lança un regard pointu vers le héros.

« Elle est venue me voir ce matin, » ajouta Dabi comme si cette information venait tout juste de lui revenir en mémoire. « Elle est carrément venue à mon appart', la gamine sait où je me crache. »

À l'expression irritée et frustrée du vilain, Hawks retint un petit ricanement, son cœur profitant d'une petite seconde de détente. Et il avait sa petite idée, du comment Hikari avait pu retrouver Dabi. Le porte-clés, probablement. Quelque part dans ses vêtements. Mais le sourire amusé qui s'était dessiné sur les traits épuisés du visage du blond vint soudain se faner et il fronça les sourcils :

« Pourquoi est-elle venue jusqu'à toi ? Je lui ai fait promettre de t'oublier et surtout ne jamais-… »

« Maintenant c'est clair, » le coupa Dabi soudain plus blasé. « Tu es le père. Elle le sait. Elle est venue jusqu'à moi en me questionnant à propos d'une femme à un Alter spécifique. Elle cherche sa mère. Ton futur plan baise. »

Hawks sourcilla au langage mais fut trop secoué par les propos de Dabi pour le reprendre. Sa respiration devint difficile et il se concentra pour ne pas paniquer. Il était père… Il allait être père. Hikari…

« Pourquoi elle est venue te demander ça, ça n'a aucun sens, » lâcha Hawks d'une traite.

« Parce que bientôt, ne pouvant plus te passer de moi, tu vas te trouver un substitut, Hawks. La gamine recherche un second Alter spécifique, probablement qu'elle en possède deux, voilà ce que tu trouvais de bizarre chez elle. Et c'est un Alter semblable au miens qu'elle doit avoir. »

Passant de surprise en surprise, Hawks cligna plusieurs fois des yeux, totalement choqué. Substitut ? Deux Alter ? Le même que Dabi ? Il pencha plusieurs fois la tête sur le côté –fichu tic d'oiseau-, ayant besoin d'un petit temps d'adaptation. Puis il contourna le canapé en vitesse pour se planter devant l'autre homme et se retint de lui agripper le col de sa veste à capuche.

« Elle est venue te demander quoi, exactement ? » lui demanda-t-il en essayant de calmer son cœur.

« Si je connaissais un autre détendeur de mon Alter. De type féminin, » lui répondit Dabi sans bouger.

« Qu-… Quoi ? »

« Tu vas développer une vraie addiction pour les Alter à flamme, l'emplumé. »

Derrière les propos pourtant dégoulinants de lassitude du vilain, Hawks devinait sans peine des traces d'agacement, voire de colère. Dabi serait-il… jaloux ? Mais soudain, les neurones de Hawks tourbillonnèrent et changèrent de cheminement de pensées. Le blond écarquilla les yeux sous le choc, attrapant les pans du gilet de Dabi près du col dans un réflexe brusque.

« Une minute, Dabi ! Ce que tu me dis là peut absolument tout changer ! Tu es conscient que ton Alter feu bleu, est encore plus rare que le mien ? Et si c'était TOI le père ! Et que sa mère possédait simplement le même Alter que le mien ! »

« Pff, ne dis pas de connerie. »

« Je suis très sérieux ! En plus de ça, elle a exactement la même expression que toi quand quelque chose te chiffonne ! »

Cette idée était loin d'être folle. Et quelque chose au fin fond du cœur de Hawks lui disait qu'il n'avait pas complétement tort. Cependant, Dabi le regardait à présent avec un profond élan de consternation, jugeant Hawks de toute son âme. C'était comme si Hawks avait sorti une connerie plus grosse que lui.

« Impossible, » fut la réponse claire et nette de Dabi, dégageant les mains de Hawks.

« Les faits sont là, Dabi. »

« Les faits tu peux les ravaler. Aurais-tu zappé le fait que je suis gay et pas bi' comme toi ? Je n'aurais pas d'enfant de mon sang. »

« Un accident est si vite arrivé. »

Dabi laissa échapper une expression de pur dégout suite à l'insinuation et Hawks serra alors les dents.

« Pour moi aussi, ça me semble impossible, » lui fit le héros. « Elle a dix ans, et par calcul cela implique qu'elle sera bientôt conçue. Or je n'ai clairement pas le temps de sortir avec quelqu'un ou m'amuser sous la couette en ce moment ! Et j'ai surtout pas la tête à ça ! »

« C'est sûr que tous les deux, on joue au Scrabble. »

Hawks lui lança un regard lourd.

« Tu as très bien compris ce que je veux dire, » riposta le héros.

Et puis, lui, trouver une femme au même Alter que Dabi ? La coïncidence serait forte. Cependant, sachant qu'il n'obtiendrait pas de réponses précises quant au réel père, son esprit se mit à diverger tout seule vers les autres branches du problème. Il commença alors une marche nerveuse dans tout le salon, ses propres pensées se verbalisant tout haut :

« Et bon sang, quel est son objectif ? Pourquoi rechercher ses parents ? Comment est-elle arrivée jusqu'ici ? Tu crois que ça impacte son futur ? J'ai déjà vu des films traitant de paradoxe et c'est jamais très beau ce qui en découle ! Et puis, la Commission, merde… Qu'est-ce qu'elle va imaginer si elle tombe sur elle, et apprends toute cette histoire. Et Hikari ! T'imagine si l'un de nous est vraiment son père, la réaction qu'elle aura ? Et qu'est-ce-… »

« Keigo. »

Hawks se figea brutalement, son sang se glaçant au prénom lancé. Il jeta un regard abasourdi vers Dabi qui était resté planté près du canapé, l'observant de ses yeux las. Une parfaite expression de nonchalance s'était emparée à nouveau de ses traits.

« Que-… »

« Met ton esprit sur pause, » le coupa Dabi d'une voix rauque. « Juste un moment. Sinon tu vas imploser. »

« Comment tu-… »

Mais Hawks resta sans voix. Ce prénom, bon sang. Ce n'était pas réellement le fait que Dabi connaissait son prénom qui le déstabilisait le plus. Mais tout simplement, l'entendre après des années depuis qu'il avait pris le nom de Hawks, futur pro-héros, et tout droit sorti de la bouche du vilain. La voix de Dabi et son prénom. Quel drôle de combo. Quel drôle de sensation bourdonnante dans son estomac.

« Dès le premier jour où tu t'es pointé devant moi lorsque j'étais en plein recrutement, j'ai fait des recherches sur toi, » lui expliqua Dabi après un bref haussement d'épaule. « J'ai rapidement trouvé quelques trucs sur toi. Comme ton nom de famille, ta date de naissance. Mais rien de vraiment extravagant. »

Hawks déglutit et Dabi plongea à nouveau son regard profondément las dans celui du héros, puis s'avançant doucement vers lui. Une fois devant le blond, Dabi déposa une main ferme contre l'épaule de Hawks et le força à reculer d'un pas, et à s'asseoir sur le canapé. Se laissant faire, Hawks regagna le canapé sans lâcher l'autre homme des yeux qui vint s'accroupir devant lui, contact visuel en fusion.

La main de Dabi qui demeurait sur son épaule paraissait brûler sa peau et durant l'espace d'un instant, Hawks se demanda si cela était dû à sa propre réaction enflammée ou bien à l'Alter du brun.

« Relax. Ta cervelle d'oiseau va pas supporter tes questions incessantes. »

Hawks allait répliquer, mais sa voix se bloqua dans sa gorge lorsque Dabi ouvrit entièrement la veste de son costume de héros dans une douceur presque étrangère venant de lui, pour la faire lentement tomber le long de ses bras.

« Dabi, qu'est-ce que tu fais ? » lui demanda alors le blond tandis que les mains de Dabi retombaient lentement jusqu'à ses cuisses.

Le frisson qui vint passer dans tous les corps du héros à la pression des mains du vilain contre ses cuisses, étourdi son esprit durant une petite seconde, avant qu'il ne comprenne l'objectif de Dabi et secoue la tête avec résolution.

« Dabi… On n'a pas le temps pour ça, » lui fit-il.

« Rien ne presse. Une journée de plus ici pour la gamine, ça va rien changer. Range tes ailes. »

Les deux hommes se fixèrent droit dans les yeux dans le silence du petit matin, au sein de l'appartement blanc du héros. Hawks se mordit l'intérieur des joues, détaillant le visage de Dabi accroupit devant lui, aux yeux immensément bleus et au mains incroyablement chaudes contre ses cuisses.

Puis, sans un mot, les plumes des ailes de Hawks vinrent se détacher et voler dans un coin, réduisant la taille de ses membres ailés afin qu'il puisse retirer sa veste. Dabi se chargea de le faire une fois les ailes à tailles réduites, dans une incroyable lenteur et douceur. Tout était si différent des fois où ils s'étaient fait plaisir mutuellement. Tout avait été rapide, vorace, brutal…

La veste de Hawks retomba derrière son dos et contre ses hanches, le laissant en t-shirt tandis que Dabi se hissait pour atteindre le casque et les lunettes de protection orangée du héros afin de les lui retirer, toujours, doucement et calmement.

« Tu en as besoin… » lui fit Dabi en délaissant les gadgets contre le tapis à ses pieds.

Le cœur de Hawks était rapide contre sa poitrine, si bien qu'il se demanda si Dabi était capable de l'entendre. Il resta silencieux, mâchoire compressée, poings serrés contre le matelas.

Cet homme… Dabi. Il ne connaissait pas réel prénom, en savait peu sur son passé mais était au courant de certaines petites choses que Dabi avait daignées lui révéler… C'était un membre du camp adverse, un meurtrier. Et pourtant, la lumière qu'arrivait à voir Hawks chez lui était éblouissante. Il ne savait pas rationaliser son cœur, son accroche était devenue étouffante mais aussi naturelle que lorsqu'on respirait ou clignait des yeux.

Comment Hawks pouvait aller voir ailleurs ? Certes, il aurait aimé pouvoir se procurer du plaisir autre part, avec une autre personne, et oublier Dabi et tous les problèmes d'éthiques et de morales que cela engendrait. Mais il savait son cœur incapable d'agir ainsi.

Les mains de Dabi vinrent s'affairer au niveau de sa ceinture, et Hawks le laissa faire, prenant de plus longues inspirations dans l'anticipation.

« Tu es à moi, Keigo, » lui fit Dabi d'une voix rauque, ouvrant sans perdre de temps les boutons de son baggy jaune, et tirant sur l'élastique de son boxer. « Quand tu iras voir ton substitut femelle, tu te rappelleras qui t'a fait décoller. Tu te rappelleras de celui qui t'a fait tant gémir. »


Prochain début de chapitre, léger lemon, encore une fois j'indiquerais en /\ pour ceux qui souhaiterais sauter tout ça (mais ça sera court et léger).

Dabi est jalouuuuux ahaha.