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Chapitre 11
Le futur à portée de main
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« Il n'y a pas de nous, » ajouta alors le pyromane, envoyant un regard menaçant à l'autre homme bien qu'il savait que ce genre de tactique ne fonctionnait jamais beaucoup sur lui.
« Oh ça y est on est reparti dans le déni, » soupira le blond, lever d'yeux au ciel presque comique.
« C'est pas du déni, c'est de la putain de survie. »
« C'est clairement la même chose ! Et puis, tu crois vraiment qu'à foutre encore des barrières ça nous aide à quoi que ce soit. Quoi qu'on fasse, on revient toujours l'un vers l'autre, c'est comme ça. »
À ses propos, Dabi fut pris d'un temps d'arrêt, ne pouvant retenir ses yeux de s'arrondirent légèrement. Hawks avait donc lui aussi accepté clairement et simplement qu'il ressentait bien quelque chose pour lui. Que tous les deux semblaient s'attirer par l'intermédiaire d'un aimant invisible ?
Hawks venait de l'assumer tout haut, oui. Et le cœur de Dabi s'était accéléré, partagé entre trouble, euphorie, et surtout, peur.
« Tu reviens vers moi, » répliqua soudain Dabi, tout de suite sur la défensive.
« Dixit le type qui a fait la moitié de la ville en courant juste à cause d'un SMS qu'il a mal compris, » ironisa Hawks sans joie, fourrant ses mains dans les poches de sa veste de héros.
L'envie d'étrangler le petit homme devant lui devint soudain très forte. Et alors qu'il faisait un pas vers lui afin de lui dire une bonne fois pour toutes ce qui clochait dans toute cette histoire, une vive bourrasque de vent l'arrêta dans son avancée.
Si vive bourrasque que les deux hommes furent obligés de lever leurs bras et rentrer la tête dans les épaules pour se protéger du vent et des résidus de branches et de terre qui voletaient tout autour d'eux. Une vive lumière vint éclater, éphémère, rapide et aveuglante avant que les détritus volatils ne vinrent retomber au sol après que le vent se soit calmé.
Doucement, Hawks et Dabi abaissèrent leurs bras pour chercher à comprendre ce qui venait de se produire et là, les deux hommes furent pris de court, choqués par ce qu'ils voyaient là. Il y avait un homme qui se tenait au centre du cercle carbonisé, habillé tout de noir, sac à dos sur l'épaule, long cheveux sombre attachés dans un rapide chignon, expression parfaitement blasée placardée sur le visage.
Hawks écarquilla les yeux, la gorge sèche alors que Dabi reculait d'un pas, une flamme bleutée se nichant sans attendre dans le creux de sa main.
« Vous deux… » lâcha le nouvel arrivant, œil critique passant de Hawks à Dabi, et de Dabi à Hawks.
« Aizawa… ! » s'exclama Hawks totalement atterré, clignant plusieurs fois des yeux. « Tu viens… D'utiliser le passage ? »
Mais Dabi était loin de chercher à comprendre comment le professeur de U.A. était arrivé ici, sa venue ne valait rien qui vaille. Il était un héros, après tout, et Dabi, un vilain de rang A.
« Je ne suis pas là pour me battre, » reprit alors Aizawa en plantant son regard dans les yeux de Dabi qui le soutenait sombrement. « Cette mission n'est pas à moi. »
Malgré cela, par pure précaution surement, le professeur avait ordonné à ses bandeaux blancs d'être à l'affut, et voletaient derrière lui au cas où Dabi aurait souhaité lui asséner un bon vent enflammé en pleine figure. Hawks quant à lui, paraissait hésiter à venir se positionner entre les deux hommes pour médiatiser le conflit marinant et les empêcher de se taper dessus.
Cependant, ni Dabi ni Aizawa ne bougèrent alors, les flammes bleues mourant dans l'air glacial de du bois, les bandes blanches se réinstallant doucement autour du cou de son propriétaire. Après un dernier regard appuyé vers Dabi, Aizawa tourna son attention vers le héros qui n'osait piper mots.
« Où est l'enfant aux ailes rouges ? » demanda le professeur.
« Hikari… ? Tu es donc le Aizawa du futur ? » répondit le concerné dont les yeux s'ouvrir alors en grand, comme réalisant soudain ce qui se passait ici. « Waouh, cette histoire devient de plus en plus démente. »
« Pourquoi j'ai l'impression que ça t'enchante ? » marmonna Dabi à son encontre.
« C'est juste incroyable que deux temps puissent communiquer ainsi, » répliqua Hawks en soutenant alors le regard du brun.
Certes, Dabi trouvait cela aussi incroyable, voire totalement improbable, mais ses réactions différaient complétement des réactions du héros. Malgré les similarités que Dabi pouvait remarquer par-ci par-là, ils restaient bien différents.
« Et c'est aussi extrêmement déraisonnable, » coupa Aizawa d'une voix plus forte, comme cherchant à récupérer l'attention des deux hommes qui lui faisaient face. « C'est pour cela que je suis à la recherche de Hikari afin de la ramener d'où elle vient. »
En un simple coup d'œil vers le professeur, Dabi aurait pu jurer qu'il n'avait pas l'air très heureux de voir que lui et Hawks étaient au courant pour Hikari et surtout, qu'ils faisaient face à une curieuse histoire mélangeant divers espace-temps. Le brun ignora totalement les craintes de l'homme plus âgé, et, plantant ses mains dans les poches afin d'exprimer le plus d'impassibilité possible malgré ses futurs propos, s'élança :
« Si tu viens du futur, tu sais tout ce qui se passe. »
Les yeux incroyablement froids du professeur vinrent se planter sur Dabi qui se serait menti s'il disait n'avoir pas ressenti un subtil petit soupçon de crainte. Oui, cet homme avait toujours dégagé une aura un peu effrayante, une aura que Dabi n'avait jamais trop aimé, ne sachant jamais trop comment lire en lui. Difficile à croire que dans le futur, il était le père de deux gamines.
« Je vois que le pyromane n'a pas le cerveau cramé malgré son Alter, » finit par répondre Aizawa de façon sarcastique, gardant son regard hautement suspicieux dirigé vers Dabi.
Après tout, son scepticisme était tout à fait légitime. Arriver dans le passé et voir nul autre que le numéro 2 du Japon aux côtés d'un vilain de rang A, les deux parties ne se sautant pas à la gorge pour en finir avec l'autre. Surement trouvait-il cette situation des plus étranges. Pourtant, ce que parvenait à lire le brun chez le professeur de U.A., ce n'était pas de la surprise, loin de là. Mais plutôt une défiance, une aura de menace tout droit diriger vers lui-même.
Comme si la situation ne le surprenait pas plus que ça. Hum…Mais Dabi se promit d'y réfléchir plus tard, ayant une conversation plus importante à poursuivre.
« Qu'est-il arrivé aux parents de la gamine pour que vous ayez à l'adopter ? » interrogea-t-il tout en soutenant les yeux du professeur.
Il sentit Hawks retenir son souffle à quelques pas de lui, mais ignora sa présence. Il était parfaitement concentré sur le héros du futur et personne d'autre. Héros du futur qui sourcilla légèrement aux propos du vilain.
« Très bien, je vois que des informations ont fuités… » soupira alors Aizawa en allant se gratter l'arrière de la nuque.
Étrangement, Dabi eut l'impression que Aizawa alias Eraser Head s'apaisa légèrement face à eux. Encore une fois, c'était subtil, surtout venant d'une personne aux allures aussi impassibles que ce type, mais bien présent chez Dabi, bon observateur. Hawks l'avait peut-être remarqué lui aussi, après tout, le pro-héros avait l'œil aiguisé.
N'obtenant pas de réponse de la part de l'homme du futur, Dabi resta patient et attendit, ses mains dans les poches de son manteau habituel se serrant en deux poings fermes. Les yeux de Hawks allaient et venaient entre Aizawa et Dabi, le seul bruit audible au sein de la forêt étant les gouttes d'eau qui claquaient contre les rares feuilles avant de rejoindre le vaste tapis de végétation humidifiée.
« Et en quoi ceci t'intéresse-t-il tant ? » finit par lui demanda Aizawa, expression suspicieuse à nouveau présente sur son visage plus ridé par les dix ans écoulés. « Si je me rappelle bien, à cette époque, tu es un criminel de rang A, pas le genre à faire ami-ami avec des gosses. »
Pas faux. Déclaration qu'évita soigneusement Dabi.
« Et à votre époque ? J'deviens quoi ? » relança-t-il en conséquence. « Calciné par mon propre Alter ? À la tête de la Ligue ? Ou bien enchainé à vie à Tartarus ? »
« Je ne peux pas dévoiler ce genre de chose. »
Inconsciemment, Dabi jeta un bref regard vers Hawks qui avait les lèvres pressées fermement l'une contre l'autre, comme n'osant intervenir. C'était si rare de sa part, ce mutisme. Il chercha quelque chose dans le regard de Hawks, la moindre émotion qui pourrait lui en apprendre plus sur les pensées qui filait actuellement dans son esprit.
Trouvant simplement une certaine indécision dans son regard, Dabi reporta un regard blasé vers Aizawa.
« Très bien, c'est pas comme si ça m'intéressait des masses, » fit-il en haussant les épaules. « Qui est le réel père d'Hikari ? »
L'expression soudain partiellement surprise que lui offrit Aizawa le fit sourire sournoisement. Près de lui, il entendit une vive inspiration de la part du héros qui semblait ne pas s'attendre à cette question larguée sans préambule.
« On ne peut pas demander ce genre de chose-là ! On pourrait modifier tout l'espace-temps ! » s'exclama alors Hawks en s'approchant de Dabi, et se planter près de lui pour frapper son épaule d'un revers de la main.
« Au moins on sera fixé, » répliqua Dabi qui bougea à peine sous le coup peu intense porté.
Hawks sembla vouloir dire quelque chose, mais clôt fermement sa mâchoire dans un « tchak » audible de la position de Dabi. Et finalement, Hawks suivit le regard de Dabi, lui aussi scrutant le professeur de ses yeux ambrés intenses et anxieux.
Peut-être la curiosité avait eu raison de lui ?
« C'est Hawks, n'est-ce pas ? » insista alors Dabi, cherchant à ne rater aucune marque expressive que leur offrirait le héros du futur. « C'est bon on a cramé l'histoire. Du coup, on aimerait savoir comment il crève. Et c'est dans votre intérêt, je doute que votre société de héros soit heureuse de perdre leur numéro 2. »
À nouveau, Aizawa parut étonné par les propos du vilain, yeux s'étant légèrement arrondis pour finalement reprendre une expression plus neutre, plus sombre. Il resta debout, droit, poings se serrant, face aux deux hommes de son passé. Et ce silence leur fut l'équivalent d'une réponse claire.
« Je suis le père de Hikari… ? » lâcha soudain Hawks, reculant alors d'un pas sous le choc.
Malgré le fait que Dabi s'en était extrêmement douté, cette information n'épargna pas son cœur qui se serra, assaillit par des centaines d'aiguilles invisibles. Mâchoire compressée, poings serrés dans les poches de son manteau, Dabi se retint de se retourner vers Hawks et lui asséner une violente droite en pleine figure.
Mais c'était ridicule. Hawks n'était pas à lui. Rien ne les liait, seulement cette attirance silencieuse. C'était éphémère et fragile. Le héros pouvait aller voir qui il voulait, Dabi ne pouvait pas le retenir. Il ne pouvait pas. Il ne devait pas.
« Je suis donc destiné à mourir… Bientôt, n'est-ce pas ? » reprit Hawks d'une voix soudain blanche.
Dabi ne se retourna pas, mais imagina qu'il avait perdu toute couleur et que la nouvelle devait être difficile à avaler. Puis, Aizawa poussa un long soupir tout en plaquant une main contre ses yeux cernés de noirs.
« Je sens que je vais le regretter… » marmonna Aizawa.
Le cœur de Dabi s'agita soudain.
« Très bien, je vais vous révéler une chose, » céda finalement le professeur en abaissa sa main, ses yeux s'attardant sur Hawks. « Car je considère cette information comme plus personnelle. Et que je regrette aussi ce qui est arrivé. Surtout pour toi Hawks. »
« Quoi ? » laissa échapper le concerné d'une voix presque aiguë.
Dabi m'aimait pas ça. Il sentait que quelque chose d'extrêmement perfide se cachait derrière tout cela.
« Ton destin, Hawks. Je l'ai appris il y a peu, » ajouta Aizawa, aux éclairs subtils d'une certaine pitié dans le creux de ses yeux que Dabi parvint aisément à capter. « Ça m'a rendu malade d'apprendre ce qui se tramait sous nos yeux depuis des années. »
« Je suis plus si sûr de vouloir savoir, » répliqua alors le blond.
Se retournant brusquement vers lui, Dabi lui agrippa le bras sans douceur et le poussa en avant afin qu'il se tienne au même niveau que lui devant le professeur.
« Fais pas ton bébé et accepte cette putain d'opportunité, » lui fit Dabi sèchement, sa main serrant plus fermement le biceps de Hawks qui grimaça sous la poigne.
Il eut l'impression que Aizawa analysait scrupuleusement de ses yeux calculateurs ce qui se passait entre eux, et ainsi, avant que Hawks ne se plaigne de cette prise douloureuse, Dabi le lâcha prestement.
« Ton destin, j'en ai pas grand-chose à faire, » ajouta ensuite Aizawa, ses yeux cette fois-ci dans ceux de Dabi. « Mais plus tard, je pense que tu me remercieras et tu ne seras pas le seul. »
Génial, il allait en savoir plus sur son propre destin aussi ? Dabi n'était pas réellement sûr d'aimer le savoir.
« Si c'est encore une histoire casse-tête, j'abandonne, j'veux rien savoir, » riposta Dabi avec nonchalance habituelle.
« À toi de voir. »
« Si, je veux savoir ce qui arrive à Dabi aussi, » objecta Hawks fermement.
Quelque peu surpris par cette prise de parole, Dabi jeta un regard en biais au héros qui pourtant resta concentré sur le professeur. Très bien, si telle était ce que leur présent leur offrait, l'opportunité de changer les choses, Dabi se sentit prêt à la saisir.
Aizawa pris une plus ample inspiration, et fit un pas en avant, hors du cercle d'herbe calciné puis, leur offrir la vérité :
« Tous les deux. Vous allez être prochainement exécuté par la Commission. »
Quoi ? Le sang de Dabi ne fit qu'un tour alors que ses yeux s'écarquillèrent soudain, et pourtant, Aizawa n'avait pas l'air d'avoir envie de plaisanter. Depuis quand la Commission des Héros de la Sécurité Publique exécutait-elle les gens ? C'était de la pure démence ! D'accord, Dabi n'aurait pas été étonné de se savoir exécuté pour ses crimes, mais pas venant de ce groupe et surtout… Hawks aussi ?
« Sachez que la Commission des Héros de la Sécurité Publique n'est pas ce qu'elle prétend être. Ou du moins, a recours à des méthodes qui ne font pas l'unanimité, » ajouta Aizawa plus lentement, ses yeux se reposant sur Hawks.
Dabi osa alors un regard vers Hawks dont le visage était extrêmement pâle. C'était bien la première fois qu'il le voyait si mal contenir ses émotions, c'était bien pire que lorsqu'ils couchaient ensemble et que le volatil se laissait aller. Cependant, à aujourd'hui, Hawks paraissait juste… vulnérable et démuni, ses lèvres s'entrouvrant et tremblant dangereusement.
« Qu'est-… Qu'est-ce que vous racontez là ? » lâcha Hawks d'une voix craquelée. « Je ne peux pas me faire… exécuter par eux… ! Ils m'ont élevé, je bosse pour eux et-… »
Il se tut soudain, jetant un rapide regard troublé vers Dabi. Peut-être craignait-il de vendre le fait qu'il était un espion, mais Dabi le savait déjà fermement, inutile de feindre plus longtemps.
Cependant, derrière la soudaine satisfaction que Dabi vint à avoir en réalisant qu'une exécution ne voulait dire probablement qu'une chose, que Hawks avait trahi la Commission, quelque chose d'autre vint enflammer ses tripes.
Ces types allaient buter Hawks. Tel un coup de poignard dans le dos après tous les services qu'il leur avait rendus. Cette fichue Commission était comme ces faux héros. Corrompu jusqu'à la moelle.
« Je suis désolé de t'apprendre ça si abruptement, » ajouta Aizawa, honnête expression navrée sur son visage. « Durant dix ans, le monde et moi-même avons cru que tu avais perdu la vie en pleine mission, dans le cadre de tes fonctions. J'ai lu et étudié récemment les charges qui étaient contre toi. Ton exécution était injuste, » puis Aizawa se concentra sur Dabi. « La tienne, sincèrement, je n'en sais rien. Je ne suis pas la bonne personne pour juger. »
Super. Génial. Ça puait la sombre affaire, Dabi le sentait d'ici. Malgré lui, son corps s'échauffa et des bouffées de vapeur vinrent s'échapper au niveau de ses épaules.
« Dix ans… Ça veut dire que je vais passer l'année, c'est ça ? » lâcha soudain Hawks, livide.
À ce rapide calcul, Dabi fit tomber tout masque et laissa parler ses pulsions. Il agrippa fermement l'épaule de Hawks pour le faire reculer en arrière comme pour le protéger de Aizawa et ses propos annonçant un futur terrible pour le héros numéro 2.
« Quelle est la date exacte de l'exécution ? » s'emporta Dabi.
Étudiant un instant Dabi du regard alors que Hawks resta donc en retrait visiblement trop choqué pour dire quoi que ce soit, Aizawa concéda que cette information leur était probablement nécessaire.
« Trois mars 2021. Pour vous deux, » avoua-t-il.
« Qu-… Ensemble ? Le même jour ? »
Dabi ne pouvait pas le croire. Malgré les pièces du puzzle qui abondaient actuellement, rien ne semblait correct. Il sentait que Aizawa le ne leur disait pas tout. Il aurait tant aimé l'attraper par le col et cramer chaque partie de son corps jusqu'à ce qu'il crache le morceau. Cependant, il savait très bien que Hawks ne le laisserait pas faire et que ce n'était probablement pas la situation appropriée pour avoir ce genre de bataille.
« J'en ai trop dit, il y a des choses que je suis obligé de garder dissimuler, où les conséquences pourraient bien trop changer l'histoire, » ajouta le professeur après quelques secondes qu'il leur avait cédées pour qu'ils puissent digérer la nouvelle.
Oui, Aizawa en savait des choses. Des choses cruciales. Choses qu'il n'apprendra certainement jamais, il fallait qu'il l'accepte.
« J'ai une putain de réunion avec eux ce soir… » souffla soudain Hawks derrière lui.
Dabi se retourna brutalement vers lui, des petites touches de fumée s'échappant à nouveau de ses épaules et de son cou.
« Oublie ça, la seule fois où tu t'approcheras à nouveau d'eux, ça sera pour les exterminer, » lui siffla Dabi à son encontre.
Dieu que Hawks était pâle. Ses cheveux blonds paraissaient être extrêmement foncés à côté de sa peau si blanche, presque maladive. Ces informations avaient touché Hawks d'une manière que Dabi ne se doutait surement pas.
« Je ne peux clairement pas passer à côté de ce rendez-vous, justement à ne pas y aller ils vont trouver ça ultra louche, » répliqua Hawks en fronçant les sourcils.
« Je te conseille de toujours avoir sur toi un traqueur que tu pourrais activer en cas de problème, » proposa alors Aizawa, peut-être poussé par la pitié. « Lié à une personne de confiance qui pourrait savoir où tu te trouves en cas de problème. »
Aussitôt, les yeux de Hawks vinrent se planter dans ceux de Dabi qui sentit un petit frisson venir parcourir son échine, et apaiser la colère acide qui avait germé contre la Commission de Hawks.
« Qui n'est évidemment pas le type avec qui tu vas te faire exécuter, » précisa Aizawa, l'air de rien.
Hawks offrit alors un regard ironique à l'égard de Aizawa, et Dabi fut presque soulagé de revoir le réel Hawks.
« Je pourrais… enquêter un peu de mon côté, » compléta ensuite le blond d'une voix plus ferme. « Essayer de comprendre ce que vous vouliez dire par le fait que la Commission n'était pas ce qu'elle prétendait être. »
Dabi ne le dit pas tout haut, mais doutait aimer savoir Hawks si proche de ses futurs bourreaux à la recherche d'informations. Certes il avait remarqué que le héros s'embarquait toujours dans des situations suicidaires, mais ce niveau dépassait l'entendement.
« Maintenant que j'ai gentiment pu vous offrir tout ce que vous souhaitiez savoir sur votre futur, auriez-vous l'amabilité de me conduire à Hikari ? » demanda finalement Aizawa en croisant les bras.
C'était légitime de sa part en effet, bien que Dabi restait clairement sur sa faim. Hawks fut le premier à répondre :
« Si tu veux tout savoir, c'est plutôt elle qui nous trouve, pas l'inverse. On sait qu'elle crèche dans la cabane juste-là, » il montra du bout de l'index une partie de la cabane qui émanait des arbres. « Mais elle passe son temps à me suivre en cachette et à m'éviter. »
Aizawa ne parut pas réellement surpris par la nouvelle, et hocha lentement la tête tout en hissant plus fermement son sac sur le dos.
« Très bien, je vais partir à sa recherche et la ramener par la peau des fesses s'il le faut. Et toi… » Aizawa attarda ses yeux sur Dabi qui plissa aussitôt les siens dans l'anticipation. « Je vais faire comme si je ne t'avais jamais croisé. »
Logique. Héros. Vilain. Surement la première et la dernière fois que lui et Dabi avait une conversation aussi pacifiste. Ou une conversation tout court.
« Si aimable de votre part, » lâcha Dabi, d'une voix on ne peut plus lasse.
Puis, Aizawa bougea, quittant définitivement le cercle d'herbe abimé, et une fois près de Hawks, déposa une main sur son épaule.
« Si un jour ton cœur te conseille de fuir le pays, » lui fit Aizawa avant de le lâcher, et continuer sa marche. « Fais-le et fuis. »
De sa position, malgré le ton abaissé du professeur, Dabi avait été capable d'entendre ce qui avait été dit, et fronça les sourcils. Hawks quant à lui, resta comme deux ronds de flan à suivre des yeux Aizawa qui s'enfonçait dans la forêt.
Puis, le silence total se fit. Comme si cette longue et cruciale conversation ne s'était jamais produite. Comme si Shota Aizawa alias Eraser Head n'était jamais apparu devant eux, provenant du futur.
« Hawks. »
La voix de Dabi était rauque, mais teintée d'une certaine réserve qui ne lui était pas habituelle.
« Je dois y aller. J'ai du taff', » répliqua Hawks en se retournant vers lui pour lui offrir un petit sourire désolé.
Petit sourire qui irrita Dabi au plus haut point. Et soudain, Hawks déploya ses ailes et plia ses genoux, prêt à prendre son envol.
« Ne profite pas de ton Alter pour fuir la conversation… ! » s'exclama aussitôt Dabi en s'avançant vers lui.
Mais trop tard, le héros avait déjà décollé comme Hikari un peu avant, brassant le vent frais contre le corps de Dabi qui s'arrêta net, cheveux et manteaux agités par le souffle.
« Hawks ! Je vais te buter ! »
O
13 janvier 2021 – 19h25
Lorsque Hawks avait passé le pas de la porte de la Commission, il avait remarqué avec horreur que la main qu'il avait tendue pour faire contrôler sa carte et passer le portillon de sécurité s'était mise à trembler. Bon sang, où était passé les fruits de ses entrainements intenses à leurs côtés ?
Quand il s'était assis à la table ronde habituelle de la salle de réunion, parfaitement propre et éclairé par le soleil traversant les immenses baies vitrées s'ouvrant sur la ville et ses plus beaux quartiers alentours, Hawks avait commencé à se calmer, concédant que ce n'était probablement pas aujourd'hui que la Commission se douterait de quelque chose, selon Aizawa il avait encore du temps. Simplement, par pure précaution, Hawks avait suivi le conseil du professeur du futur, et avait précieusement installé dans la doublure de sa veste, un traqueur qui s'activerait à l'aide d'une simple pression spécifique contre les trois côtés de l'appareil.
C'était probablement ridicule puisque la Commission ne laisserait entrer aucun inconnu ici, mais cette petite machine miniature qu'il pouvait activer à tout moment était un soulagement. C'était idiot, il le savait. Très enfantin. Mais suite à sa liste de problèmes qui ne faisait que de s'allonger, Hawks acceptait tout moyens pour relâcher un peu la pression.
En observant la directrice de la Commission échanger avec le groupe durant la réunion concernant l'infiltration de l'Alliance des Super-Vilains, Hawks commença à se demander pourquoi il avait été si surpris que ça ? Pourquoi apprendre que la Commission était capable de l'exécuter l'avait totalement désemparé ? Il aurait dû se douter des conséquences. Il le savait. Il avait été prévenu.
Probablement avait-il fermé les yeux là-dessus quand les choses avec Dabi avaient commencé à être sérieuses. Ou peut-être ne les croyait-il pas capables de faire une telle chose, à l'un de leur agent les plus prestigieux, les plus doués, qu'ils avaient pratiquement élevé.
Non, la vérité était claire. Dans quelques mois, la directrice annoncerait le verdict : sa mort. Il allait se faire buter suite son implication avec la Ligue, n'est-ce pas ? Suite à son rôle d'espion. Parce qu'il allait retourner sa veste pour Dabi ? C'était si simple que ça ? Non… Shota Aizawa avait lu son dossier, il n'aurait jamais cautionné une telle chose.
Et pourtant, tout semblait converger vers cette explication. La trahison de Hawks.
C'est dans cet état d'esprit là que Hawks avait fait son compte rendu habituel de la situation, n'offrant que peu d'informations concernant le groupe. Il eut l'impression de creuser sa propre tombe, encore et encore. Il rapporta tout ce qui impliquait Shigaraki, c'est-à-dire, pas grand-chose. La détection des rayons gammas ? Il garda tout ça confiné au plus profond de sa gorge. Le fait que Dabi savait à présent son prénom et où il habitait ? Ceci resta verrouillé quelque part dans son cœur. Le fait qu'il était suivi H24 par une gamine venant du futur et qui pourrait compromettre sa mission ? Oh lala, non, il n'avait pas intérêt à vendre la mèche.
« Quand est-il du premier informant, Dabi, » reprit alors la directrice après une bonne vingtaine de minutes. « Du nouveau à son propos ? Sur son identité ? »
Hawks se maudit pour ne pas avoir mentionné Dabi une seule fois dans son rapport oral. Par crainte, il s'était interdit de mentionner son nom, souhaitant garder son intégrité, mais cela était surement une erreur. Dabi était la première personne avec qui il avait eu contact après tout. La personne qu'il avait été forcé à suivre pour intégrer le groupe. Au dernier rendez-vous avec la Commission, Hawks avait rapporté que le vilain préférait surement la gent masculine, ce qui avait rebondi sur une nouvelle opportunité.
On lui avait ordonné de gagner sa confiance par n'importe quel moyen. Implicitement dit, mais sans aucune réelle subtilité.
« Dabi garde une forte emprise sur son identité, je n'ai rien pu apprendre à son propos, » leur fit alors Hawks, ce qui n'était pas réellement un mensonge.
Son identité lui était toujours inconnue. Il avait cherché à en apprendre plus, à le faire parler, mais Dabi avait toujours été sur la défensive. La seule chose qu'il avait appris sur lui, c'était sa marque de cigarette favorite. Mais pas sûr que la Commission soit rassasiée avec ce genre d'informations.
« Avez-vous tenté tous les rapprochements possibles ? » demanda alors l'un des hommes de la pièce, moustache blanche sous le nez, sans lever les yeux de la feuille qu'il remplissait d'écriture.
« J'ai franchi les barrières, comme vous me l'avez conseillé. Mais Dabi n'est pas un grand bavard. »
« Même après un jeu de séduction ? » insista la directrice.
Jeu de séduction. Oui, il avait séduit Dabi, et Dabi en avait fait de même. Cette fichue mission était un couteau à double tranchant. Pour toute réponse, Hawks secoua la tête, ses poings se serrant contre ses cuisses.
« Vous devez le faire parler, » ajouta alors la femme sévère. « Faire en sorte de l'avoir entre vos griffes. Le rendre dépendant. Pouvoir le faire prendre votre partie. Il vous en apprendra plus sur Shigaraki que Shigaraki lui-même. »
Hawks ricana intérieurement à cela. Il avait comme l'impression que cette part de la mission était déjà rempli. Il savait que Dabi s'était accroché, surement trop pour son propre bien. Il vivait dans le déni, comme l'avait vu Hawks en début de journée, mais les faits étaient là. Il pouvait mener Dabi par le bout de la baguette s'il était astucieux.
Bien sûr, il ne dit rien de tout cela, et resta silencieux.
« Avez-vous procédé à plusieurs rapports sexuels ? » demanda alors l'homme à la moustache en levant les yeux de son rapport pour les planter scrupuleusement dans ceux du blond.
« Ce n'est pas seulement le sexe qui forge des liens, vous savez, » lâcha Hawks quelque peu exaspéré. « Et oui, je vous ai dit avoir tout essayé. »
« Souhaitez-vous le moindre suivi psychologique afin de gérer ces rapports sexuels non consentis, » l'interrogea la directive en joignant les mains contre son menton.
Toujours si brusque, sèche, professionnelle. Un frisson désagréable traversa tout le corps de Hawks.
Non, quelques jours après le High End, toutes les interactions qu'il avait eues avec Dabi, les touchers, les plaisirs offerts, les coucheries… Tout avait été consentant. Et jamais Hawks n'avait été dégouté, bien au contraire. C'était les rares fois où il se sentait vivre. Où il était quelqu'un d'autre derrière ce masque de héros. Qu'il était tout simplement lui-même, Keigo.
« Ce ne sera pas nécessaire, » leur garantit Hawks en tentant un sourire assuré.
Si jamais la Commission venait un jour à fouiller dans son esprit, il était fini.
Quand il quitta le bâtiment après cela, il laissa son dos rencontrer le mur blanc de l'entrée derrière lui, et poussa un long soupir, buée s'échappant de ses lèvres sèches. Le temps était glacial, la ville plongée dans un froid sec et le noir de la nuit. Il se frotta énergiquement les mains, tenta de repousser la nausée qui le gagnait, et jeta sa tête en arrière pour contempler la lune haut dans le ciel.
Il ne pouvait pas s'empêcher de rembobiner en boucle la conversation qu'ils avaient eue avec Aizawa un peu plus tôt dans la journée. Et surtout, cette date précise qu'il leur avait indiquée. Lui est Dabi allaient se faire exécuter bon sang. Exécuter. Le même jour. Surement à la même heure.
Allait-il l'amener avec lui dans sa chute ?
Il pressa vivement ses lèvres, et ferma les yeux sous la soudaine émotion de tristesse, de pitié et de culpabilité qui vint le frapper violemment.
Sad, sad, sad, je sais. Mais il faut toujours un peu d'effort avant le réconfort ;)
