Essai Swalène

Une voix chaude et musicale raisonnait dans le salon du commissaire. Il venait de se servir un verre quand on sonna à la porte.

Il hésita, posa le verre sur le bord du comptoir et alla voir qui venait le déranger.

« Marlène ? »

Sa secrétaire se tenait sur le seuil de la porte, son sac à main serré contre sa poitrine, les yeux plein de larmes à peine retenues. Chagrin d'amour, certainement, pensa-t-il un instant. Avec un soupir, il la fit entrer et la débarrassa de son manteau, pendant que la jeune femme luttait visiblement pour ne pas éclater en sanglots.

« Tenez. » Il lui tendit le verre qu'il s'était servit plus tôt et elle l'accepta avec un sourire tremblant.

Il sortit un second verre pour lui et observa la jeune femme pendant qu'elle sirotait le breuvage. Marlène était une très belle femme, il était le premier à le reconnaître. Malheureusement, son grand cœur et sa naïveté lui jouait souvent des tours, notamment en amour... Elle essuya une larme d'un geste rapide et discret et il sentit une bouffée de colère l'envahir. S'il croisait le responsable de ce chagrin... Sûrement un autre bellâtre qui ne voyait en elle que ses formes avantageuses, ses manières irréprochables et qui n'avait cure de ses émotions. Marlène était pourtant tellement plus. Elle voyait le bon partout, même là où il n'y en avait pas et si elle n'était pas la plus perspicace, son dévouement était sans faille.

Combien de fois avait-il lui-même abuser de sa confiance aveugle ? Combien de fois l'avait-il utiliser à son avantage, pour les bienfaits d'une enquête ou plus simplement pour brosser son égo ? Il ne valait finalement pas plus que ces autres soi-disant bonhommes qui la reluquaient ouvertement. Il avala une gorgée et savoura la brûlure du liquide dans sa gorge. Lui savait. Contrairement aux autres, il savait qui elle était. Il savait la solitude sourde cachée derrière le sourire radieux, Il savait que derrière le vernis et les talons hauts, elle était capable d'aller très loin pour protéger ceux qu'elle aimait. Marlène n'était pas seulement belle, elle était courageuse, mais jamais personne ne semblait lui laisser une chance d'exprimer ce qu'elle était au plus profond d'elle-même.

A présent songeur, il suivit le mouvement du verre qu'elle portait à ses lèvres et sentit une décharge traverser ses entrailles quand elle déglutit. Il détourna rapidement les yeux. Non, il ne valait pas mieux que les autres.

« Merci, Commissaire.

-C'est normal, Marlène. C'est à ça que servent les amis, n'est-ce pas. » Mais sa voix manquait d'assurance, et il se racla la gorge.

« Oui. Les amis... » Le ton de sa voix était empli de tant de tristesse qu'il eut un pincement au cœur. Marlène posa son verre sur la surface poli du comptoir, inspira profondément et esquissa un sourire. « Je vais vous laisser, Commissaire. Désolée de vous avoir dérangé. »

Elle se dirigeait vers la porte quand Laurence réalisa qu'elle ne s'était même pas assise. Il ne lui avait pas proposé, bien sûr, mais il savait qu'au fond d'elle-même, Marlène ne pensait pas être la bienvenue. Elle était venue chercher un peu de réconfort mais repartait rapidement, de peur de croiser une autre femme, ou peut-être de peur qu'il ne lui dise un mot blessant.

Pas ce soir.

« Marlène, attendez ! » Il la vit hésiter, la main déjà posée sur la poignet de la porte. « J'allais... J'allais regarder un peu la télé... »

S'il avait eu moins de dignité, il se serait mis une claque tant son excuse sonnait faux. Mais Marlène, douce Marlène, compris l'invitation malhabile de son patron. Elle sembla réfléchir un peu, pourtant, elle ne retira pas sa main.

Et pour la première fois depuis qu'il la connaissait, il eut peur de la perdre. Il savait qu'elle était amoureuse de lui. Elle ne s'en cachait pas vraiment. Mais lui l'avait toujours considéré comme un acquis et poursuivait sa vie comme si rien n'allait jamais changer. Pourtant, les choses changent, les gens viennent et vont, et les cœurs qui languissent ont leurs limites...

Avait-il trop attendu ? Il l'imagina soudain refermant la porte de son appartement. Il vit une lettre de démission où tristesse et fautes d'orthographes se mêlaient, lui expliquant maladroitement qu'elle partait vivre ailleurs, qu'elle le quittait.

Il s'approcha rapidement et lui prit les mains, les enveloppant dans les siennes. Leurs regards se trouvèrent et il fut frappé par l'amour qui y brillait. L'avait-elle toujours regardé ainsi ?

« Restez avec moi, Marlène. »

Il avait murmuré ces quelques mots, mais la jeune femme le regarda comme s'il avait crié. Il pouvait voir son combat intérieur, combien elle rêvait de s'abandonner à lui et la peur d'être rejeté encore une fois. Un livre ouvert, sa Marlène...

« Ce ne serait pas raisonnable, Commissaire... »

Il aurait dû lui dire qu'elle avait raison. Que ce n'était pas raisonnable. Qu'il valait mieux qu'elle rentre chez elle, qu'elle boive un verre et le lendemain, tout redeviendrait comme avant. Mais il était égoïste de nature et la voir partir ce soir était la dernière chose dont il avait envie. Il approcha une main de son visage, hésita, effleura une mèche de cheveux, sentit la respiration de Marlène se bloquer.

Au diable les princes charmants et les rêves d'hommes parfaits. Si un homme devait l'aimer et lui briser le cœur ensuite, alors ce serait lui.

« Arrêtez-moi... » Souffla-t-il, tout en approchant son visage.

Sa main délaissa la mèche blonde pour glisser derrière la nuque de sa secrétaire. Elle ne fit aucun mouvement pour l'en empêcher.

« Commissaire... » Murmura la jeune femme, alors que leurs bouches se frôlaient.

« Swan. » Corrigea-t-il juste avant de sceller leurs lèvres.

Fin.

Note : C'est mon 1er essai de Swalène, et mon 1er test de fic plus romantique... N'hésitez pas à me dire si c'est trop ou pas assez, parce que ce n'est pas facile de juger et de doser xD Merci de m'avoir lu !