Ethan écoutait les crépitements du feu dans la cheminée et essayait d'y trouver un moyen qui l'aiderait à dormir.
Étendu par terre, il était resté ainsi pendant ce qui lui semblait être des heures.
À chaque mouvement qu'il faisait, les chaînes se secouaient, ce qui provoquait des bruits de cliquetis insupportables.
Il sentait des cernes se former sous ses yeux, il était épuisé mais impossible de trouver le sommeil, en plus de l'inconfort et du bruit, Dimitrescu se trouvait toujours dans la pièce.
Il n'était pas effrayé par la femme gigantesque en elle-même mais par le fait qu'elle profite de son état inoffensif pour lui causer du tort sans qu'il ne le sache.
Il savait pertinemment qu'elle était capable de faire ce genre de choses.
Alors qu'elle observait son reflet qu'elle trouvait flatteur dans le miroir, Alcina se rendit compte que Ethan ne parvenait pas à s'endormir.
Elle gloussa en comprenant ce pourquoi Ethan ne pouvait trouver pas le repos.
- Encore réveillé, Ethan Winters ? Je pensais que tu étais épuisé après tout ce qui t'est arrivé. La journée n'a pas été de tout repos, non ? Se moqua Dimitrescu
Ethan préféra ne rien dire, il se contenta d'agiter ses chaînes qui serraient douloureusement ses poignets, il avait encore mal à ses mains suite aux blessures qu'elles avaient subies.
- Oh, je vois, ce sont ces chaînes qui te dérangent ? Pauvre petite chose... Malheureusement, tu vas devoir t'y habituer et jusqu'à la fin de tes jours. Compatit Alcina faussement
- Eh bien, vous allez alors devoir supporter ce bruit insupportable et jusqu'à la fin de vos jours. Répliqua Ethan à son tour
Dimitrescu se leva d'un geste brusque de sa chaise pour se diriger vers Ethan avec fureur.
Ethan eut un mouvement de recul face aux gestes vifs de cette dernière, il sentit son dos heurter le mur.
- Tu penses pouvoir utiliser un moyen de pression contre moi ?! Combien de fois vais-je devoir te punir pour que tu apprennes où est ta place ?! Tempêta Dimitrescu en serrant les dents rageusement
- Je disais ça comme ça, c'est tout...Lâcha Ethan
- Tu disais ça comme ça ? Ne continue pas à me pousser à bout, il se pourrait que quelque chose t'arrive quand tu fermeras les yeux. Cette menace te suffit-elle ou faut-il que je t'en dise d'autres ? Persifla-t-elle
- Si vous pensez me faire peur...Grommela Ethan
- Me mettrais-tu au défi ?! S'indigna Dimitrescu
- À votre avis ! S'écria-t-il
- Tu vas le regretter, et pas uniquement après que ça soit fini. Promit Dimitrescu d'une voix dangereuse
Elle soupira lourdement, réellement lasse de l'entêtement du jeune père.
- Ce que tu m'obliges à faire est dégoûtant...Grimaça Dimitrescu répugnée
- De...De quoi parlez-vous ? Balbutia Ethan
Dimitrescu se mit à la hauteur d'Ethan, son ombre imposante le recouvrit pratiquement.
Un sourire mauvais étira ses lèvres rouges, son souffle froid fit frissonner Ethan, elle saisit brusquement son menton et lui susurra :
- Es-tu un homme aussi fidèle que tu cherches à le faire croire ?
- Quoi ? Haleta Ethan en craignant le pire de sa part
- Ta fille n'est pas en âge de comprendre mais si elle le pouvait...tu crois qu'elle pardonnerait l'infidélité de son père ? Divulgua-t-elle
- Mais qu'est-ce que vous racontez à la fin ?! Jamais je n'oserais trahir ma femme et ma fille ! Se déchaîna Ethan
Elle eut un rictus en sentant Ethan faillir.
- Les hommes sont tous les mêmes, incapables de résister au charme envoûtant d'une femme qui n'est pas la leur. Continua Dimitrescu avec sadisme
- Je vous interdis de m'accuser d'être déloyal ! Ce n'est pas ce que je suis ! Cria Ethan en perdant peu à peu son sang-froid
Dimitrescu éclata d'un rire provocateur, elle frotta avec son pouce la joue d'Ethan.
- Dis-moi que tu ne peux t'empêcher de me regarder, après tout, je suis une femme d'une grande beauté. Tu ne peux pas mentir.
- Vous êtes surtout une grande malade ! Cracha Ethan furieux
- Admet-le avant que je n'aille plus loin. Menaça Dimitrescu
- Espèce de folle, vous n'êtes qu'une...
Ethan ne put finir la phrase, il crut qu'il nageait en plein cauchemar, Dimitrescu avait plongé sa main sous sa chemise.
- Tu vois, tu devrais avoir honte de toi. Et tu oses te prétendre fidèle ? Le blâma-t-elle avec sadisme
Elle lui sourit méchamment et embrassa le cou d'Ethan d'un geste malsain.
Les joues cuisantes, il gémit absolument embarrassé en sentant ses lèvres qui ne cessaient de toucher sa peau.
- Arrêtez ! Supplia Ethan la voix tremblante
Il se sentait terriblement honteux, comment pouvait-elle en plus bafouiller son honneur ? En l'entendant supplier, Dimitrescu ne put s'empêcher de sourire de satisfaction.
- Dis-moi que tu ne veux pas que je m'arrête. Souffla-t-elle contre son cou
- Mia, pardonne-moi, pardonne-moi...Implora Ethan désespéré
- Que dirait-elle en voyant son tendre époux succomber aussi facilement ? Se moqua Dimitrescu ouvertement
- Mia...
- Je ne t'ai pas entendu. Insista-t-elle
- Ne...ne vous arrêtez pas...Céda Ethan à contrecœur
Le sourire qu'elle afficha rendit Ethan encore plus malade et nauséeux.
- Quel homme répugnant que tu es, te toucher me fait horreur. Mais rien que le fait de te voir dans cet état ne me fais pas regretter ce que j'ai dû malheureusement faire.
- Vous n'êtes...qu'un monstre...Prononça Ethan avec mépris
- Tes paroles me vont droites au cœur. Ironisa Dimitrescu
- Je vous préviens, vous allez le regretter de m'avoir fait toutes ces atrocités, je vais vous les faire payer, une par une. Cracha-t-il
- Ton assurance m'amuse beaucoup, Ethan. Tu es à moi et tant que je ne l'aurais pas décidé, tu ne partiras jamais.
- Ne croyez pas que vous allez vous en tirer à si bon compte...Reprit Ethan
- Crois ce que tu veux, c'est inutile, ça n'arrivera jamais. Et s'il le faut, je recommencerai encore et encore jusqu'à que tu perdes la raison. Reposes-toi bien, mon cher, je te laisse.
Son rire cruel rendit Ethan encore plus mal qu'il ne l'était, cette femme était infâme, monstrueuse.
Il la regarda quitter la pièce, l'air satisfait.
Ethan se recroquevilla sur lui-même, il se sentit sale, souillé, dépouillé de tout honneur.
Il ne put retenir plus longtemps des larmes d'amertume.
Dimitrescu souriait, fière de l'humiliation qu'elle avait fait subir à Ethan. Elle avait l'image gravée du désespoir qu'éprouvait son cher ennemi.
Il n'y avait rien de plus agréable de voir celui-ci aussi pitoyable.
Sa bonne humeur ne tarda pas à s'évaporer à l'entente de quelqu'un qui fredonnait d'un air distrait.
Elle reconnut sans peine qui c'était.
- Ce misérable, il se croit tout permis, ma parole. Grommela Dimitrescu
La maîtresse des lieux se hâta de montrer que personne n'osait défier son autorité sans en subir les conséquences.
Elle entra dans la pièce où le Duc prenait du bon temps en train de feuilleter distraitement un ouvrage.
- Dame Dimitrescu, toujours aussi resplendissante de beauté. Salua le Duc
Elle eut un rire sans joie et dédaigneux.
- Inutile de me le dire, je le sais déjà. Se vanta-t-elle
- Quelle joie de vous voir, j'ai justement des articles qui pourraient vous plaire, rassurez-vous ils ne rivalisent pas avec votre charme sans pareil. Signala le Duc
- Cessez vos petits jeux de flatterie. Si je suis ici, c'est pour une toute autre raison. Détrompa Dimitrescu
- Je vous écoute. Dit le Duc avec un grand sourire
- Dans la mesure où j'ai toléré votre présence nuisible dans mon château, vous me devez une faveur. Mais je dirais plutôt que je ne vous laisse pas le choix. Annonça Dimitrescu
Loin d'être vexé, le Duc s'enquit, au contraire, de ce que souhaitait Dimitrescu de lui.
- Quelle est-elle, ma chère ? Questionna ce dernier
- Je savais que vous ne pouvez rien me refuser. Se moqua Dimitrescu
- Évidemment, comment vous résister ? Approuva le Duc
Dimitrescu lui offrit un petit sourire en coin, elle s'approcha un peu plus du marchant pour être certaine qu'il l'entende distinctement.
- Vous allez me dire ce que vous savez à propos d'Ethan Winters. Je ne suis pas dupe, je sais qu'il a usé de vos services. Exigea Dimitrescu
- Ma chère, vous savez que je ne donne jamais des informations sur mes autres clients, je ne traite qu'avec vous et uniquement avec vous en ce moment. Veuillez bien vouloir m'excuser. Répondit le Duc d'une voix navrée
- Dites-moi ce que vous savez ou bien Mère Miranda risque d'être informée de votre présence indésirable dans les parages.
- Vous savez pourtant que je ne crains pas particulièrement Mère Miranda, vos menaces me laissent de glace, ma dame. Et puis, je ne suis qu'un étranger...
- Étranger ou non, Mère Miranda a le pouvoir sur toute chose. Répondez à ce que je vous ai demandé.
- S'il vous plaît, n'insistez pas, je fais au mieux pour satisfaire ma clientèle, sachant que vous êtes l'une de mes plus fidèles, j'aimerais que nous parlons affaire. Tenta le Duc
- Il est hors de question que je débourse quoi que ce soit pour une misérable information qui pourrait s'avérer fausse. S'indigna Dimitrescu
- À vous de voir, je ne vous dirais que ce que vous aimeriez entendre. Insinua le Duc
- Assez, j'ai perdu mon temps avec un misérable tel que vous. Vous n'êtes d'aucune utilité. Dit-elle méchamment
- Vos servantes tenaient un autre langage lorsqu'elles venaient s'adresser à moi, elles me rapportaient que vous étiez extrêmement satisfaite par les services que je vous apportais. Fit observer le Duc
Dimitrescu haussa un sourcil amusée par la répartie du Duc.
- C'est ce que vous aimeriez croire, très cher, sauf que ce ne sont pas mes paroles mot à mot, elles n'ont dit ceci que pour vous complaire. Répliqua Dimitrescu aussitôt
- Si vous le dites, je ne cherche pas à vous contredire comme vous le savez le client est roi, dans votre cas, vous êtes la reine, dites-moi tout.
- Impertinent, vous savez pourtant qu'aucun homme n'arrive à m'attendrir.
- Je sais quelle femme insaisissable vous êtes, Dame Dimitrescu, sachez que je vous connais depuis toujours, bien avant que vous soyez au service de Mère Miranda.
- Qu'est-ce que vous êtes ? Interrogea Dimitrescu
- Moi-même, je l'ignore, cela fait très longtemps que j'ai perdu toute notion du temps. Je ne saurais le dire, j'ai peut-être simplement changer d'identité sans m'en rendre compte...Difficile à déterminer...
- Vous êtes bien curieux...Fit remarquer Dimitrescu
- Je le suis sans aucun doute, après tout je sors de l'ordinaire un peu comme vous l'êtes. Et vous Dame Dimitrescu, êtes-vous certaine d'être restée vous-même après tous ces siècles ?
- Évidemment que je le suis, quelle question.
- Je n'en suis pas aussi sûr que vous. Vous rappelez-vous de votre vie avant ce village ?
- Je me moque du passé pour moi il n'a plus d'importance, seul l'instant présent compte et Mère Miranda, bien entendu. Elle seule, est mon avenir.
- Si vous pensez qu'il s'agit de la bonne voie, je vous souhaite de la poursuivre jusqu'au bout.
- J'en ai assez entendu, je ne me répèterai pas, faites-vous discret ou je vous renverrai de mon château !
- Je vous souhaite une excellente journée, Dame Dimitrescu. Au plaisir de vous revoir.
Celle-ci se contenta de lui lancer un regard courroucé et de tourner les talons.
Une fois hors de sa vue, Dimitrescu se retrouva dans le salon, assise face à la cheminée à boire un verre de vin.
La chaleur du château ne lui convenait guère, elle préférait de loin le froid glacial mais c'était en partie à cause de ses filles qu'elle avait fait en sorte que la température soit plus que raisonnable.
Et la pénombre, Dimitrescu l'aimait, les rideaux tirés, n'était pas quelque chose qui la dérangeait.
La lumière n'était pas pour elle...
Alcina arbora alors une expression pensive, sa conversation avec le Duc ne l'avait pas laissée aussi indifférente qu'elle cherchait à le faire croire.
- Moi qui m'étais jurée de tout oublier...S'accablat-elle
De toutes ces longues années, c'était bien la première fois qu'elle se questionnait à propos de la vie qu'elle menait.
Vivait-elle uniquement dans le seul but de servir Miranda ? Et une fois qu'elle aura atteint son objectif, est-ce qu'elle allait être oubliée et abandonnée ?
Cette enfant, Rose, elle la méprisait avec une haine profonde, d'une part parce qu'elle était la fille d'Ethan Winters et d'une autre parce qu'elle accaparait toute l'attention de Miranda.
Elle n'aimait pas être mise de côté, elle devait être le centre de l'attention, ce fut pour cette raison qu'elle méprisait Heisenberg, parce qu'il possédait un peu plus de capacités qu'elle avec le Cadou, il était ainsi le préféré de Mère.
Mais Alcina refusait de l'accepter ou même de l'admettre, c'était la favorite, elle avait toutes les qualités qui plaisaient à Miranda, enfin c'était ce qu'elle s'imaginait.
Personne ne lui prendrait sa place, elle était irremplaçable, elle en était sûre et certaine.
Non, n'importe qui pouvait dire ce qu'il voulait, Mère Miranda était celle qui l'avait sauvée et lui avait fait don d'un cadeau merveilleux.
Elle était immortelle, belle pour l'éternité, et elle était plus libre qu'elle ne l'avait jamais été auparavant.
Pourtant, elle avait gardé une trace de qui elle était autrefois.
Pour quelle raison, elle ne saurait le dire...
La solitude l'avait rongée dans une autre vie, tous l'avaient abandonnés à cause de sa maladie héréditaire, elle était vue comme un démon parce que très peu de personnes pouvaient la contracter.
Elle en avait voulu à tous, pourquoi étaient-ils si lâches, si peu compréhensifs, si idiots ?!
Sa famille, qui était aussi porteur de cette maladie, avait succombé.
Seule, elle s'était retrouvée, la rumeur de ce qu'elle avait, s'était répandue comme une trainée de poudre et plus personne n'osait l'approcher, ni homme, ni femme même en dépit de son rang aristocratique.
Elle était désespérée, sa maladie allait bientôt la tuer et elle regrettait de n'avoir jamais pu avoir la chance de mettre au monde des enfants.
Mais Mère Miranda était apparue comme une lueur d'espoir dans sa vie, elle l'avait guérie et lui avait donné des filles obéissantes jusqu'à qu'Ethan Winters vienne les tuer...
Les siècles qui étaient passés durcir son cœur et le rendit aussi froid que de la pierre, en perdant son humanité, elle n'avait plus besoin de compagnie et la solitude lui convenait.
Son mépris pour les hommes n'avait fait que accroître, beaucoup plus que la haine qu'elle avait envers les femmes.
Ethan n'avait pas cessé de pleurer, il s'en voulait pour tout, le corps secoué de soubresauts, il se sentit au plus mal.
- Tout est de ma faute, tout est de ma faute...Pleura-t-il
- Pauvre petit, tu as de la peine ? Laisse-moi te remonter le morale, d'accord ? Gloussa une voix que trop familière
- Non, laisse-moi ! Cria Ethan
Daniela apparut devant lui, elle se rapprocha de lui dangereusement.
Ethan agita désespérément ses entraves, il ne voulait pas qu'elle le touche ou l'approche.
- Mère n'est pas là, je vais pouvoir m'amuser autant que je le souhaite avec toi. S'amusa Daniela
- Va-t'en ! Laisse-moi ! Ordonna Ethan
- Ne crie pas, même si j'aime ta jolie voix...Je vais devoir te bâillonner si tu continues, il ne faut pas que Mère découvre que je lui ai désobéi. Tu vois ce que je risque pour toi ?
