Une chemise à carreau sur un lit où le matelas garde encore les empreintes de deux corps, un carnet de voyage sur le vêtement et des draps froissés sont les seuls traces de vie dans la chambre. Des rideaux qui se balancent devant la fenêtre ouverte, des vêtements et objets qui s'entassent dans une malle en cuir posée sur le tapis crème au pied du lit complète le tableau d'une pièce figée sous l'impact d'un événement impromptue. Le temps semble s'être arrêté sous la violence de l'imprévu qui a frappé la scène.
Le lit défait, la couette jetée à bas du lit, les vêtements éparpillés à côté de la malle brunie, le battant brisé d'un volet qui claque laisse à redouter le pire. Où sont partis les gens qui dormaient dans ce lit il y a encore peu de temps ? Qu'a t'il dont bien put se passer pour en arriver à rendre l'atmosphère pesante à ce point ?
Ce matin le petit jour se levait sur une journée comme une autre. Le soleil filtrait à travers les volets de bois en jouant au clair obscur avec les occupants de la chambre. Lovés l'un contre l'autre ils profitaient d'un matin sans réveil pour prendre leur temps. Quelques minutes avant que le temps emporte tout sur son passage. Quelques secondes avant que tout se fracasse sous la violence de l'orage qui s'annonce. Quelques mots qui une fois prononcés viendront défaire la digue qui avait été patiemment crée entre eux et le monde extérieur.
Pour l'instant ces mots n'ont pas encore franchis la bouche du jeune homme. Mais ses pensées sont là, prêtes à éclore sur ses lèvres elles tournent en boucle dans ses pensées ce matin.
Il doit partir, quitter ce cocon dans lequel il commence à asphyxier. Il doit ouvrir une brèche dans la barrière qui l'empêche de sortir du monde qu'elle lui a crée.
Emu il contemple une dernière fois son visage, il effleure de ses longs doigts sa bouche pulpeuse avant de se perdre dans sa longue chevelure noire. Si noire, trop noire, tellement différente de la chevelure de celle qui hante ses nuits. Fermant les yeux il tente de résister une nouvelle fois à l'appel de la nymphe qui peuple ses rêves pour se concentrer sur le visage de Gemma Farley.
Las il passe sa main sur le visage pour se rafraichir les idées. Il ne peut plus continuer comme ça. Il doit partir et laisser derrière elle la femme qui dors dans le lit.
Il ne peut plus continuer comme ça. Il n'en peut plus de cette sensation de vivre qu'a moitié sa vie. Il doit arrêter d'ériger des barrières entre lui et le monde extérieur. Il ne peut plus laisser Gemma l'enfermer dans leur bulle pour le protéger des autres. Il doit réapprendre à vivre. Il faut qu'il quitte cet enfer et laisser derrière lui Gemma et sa possessivité, Gemma et ses colères, Gemma et son envie de le sauver de lui même et la guerre en le coupant de tout.
Il doit lui dire adieu à elle et ses cheveux noirs, ses yeux trop grands et son sourire mutin qui si souvent le blesse.
Il veut découvrir le monde, voyager, partir pour quelques contrées exotiques en espérant oublier la guerre, les gens qui lui font payer son passé et surtout enlever de sa tête Daphné Greengrass, ses cheveux longs et ses yeux bleues qui le rendent heureux à chaque instant. Il ne peut pas être avec elle, il ne doit pas. Elle n'était que pureté là ou lui n'est que souillure.
Il doit quitter cette chambre et fuir loin du monde qui veut sa peau pour la seul raison qu'il s'appelle Blaise Zabini.
