Il faisait beau et chaud aujourd'hui. Il y avait quelques nuages qui cachaient partiellement le soleil et une douce brise faisait balancer ses boucles d'oreilles. Certes les oiseaux ne chantaient pas comme il le faisait dans sa ville natale, toutefois il s'attendait à pire venant de Tokyo. La mégalopole était bruyante et lumineuse mais il savait que cela ne le gênerait pas. Les bâtiments étaient immenses et il avait rarement vu autant de personnes rassemblées en un même endroit. Ils ressemblaient à une fourmilière à échelle humaine, la partie collective en moins.

« -Monsieur, nous sommes arrivés.
Kakyoin revint sur terre quand il entendit la voix du chauffeur de taxi. C'était un homme aux cheveux grisonnants et à la voix grave qui lui avait raconté quelques faits sur la ville durant le trajet.

-Oh ! Merci beaucoup. »

Il sortit ses valises du coffre et paya le taximan qui lui proposa de monter ses affaires, mais il refusa poliment. Il voulait entrer seul, comme pour marquer se tournant dans sa vie. Puis il se tourna vers son appartement. Son nouveau chez- lui. Ce dernier détonnait un peu parmi les buildings d'acier avec son style de l'époque victorienne. Les murs étaient rouges briques et lui rappelaient son séjour à Londres. Ils possédaient tous un petit balcon et il espérait égoïstement en avoir un. Cependant quelque chose le dérangeait. Il avait demandé à ses parents de prendre quelque chose de simple, qu'un étudiant lambda pourrait se payer. Et il était sûr qu'un appartement pareil ne faisait pas partie de ses critères. Il souriait malgré tout et entra dans l'appartement. Le hall, étonnement simple, tranchait avec le luxe de l'extérieur. Il soupira de soulagement en voyant l'ascenseur et appuya sur le numéro trois, traînant ses deux valises et son sac derrière lui.

Il ne savait pas pourquoi, toutefois, il était stressé. Il n'avait aucune raison de l'être pourtant. Il ne faisait que rentrer dans son appartement. Néanmoins, c'était un stress positif qui provoquait des fourmis dans ses mains et faisait voleter des papillons dans son estomac. Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et il marcha de manière robotique jusqu'au numéro deux et prit une profonde inspiration. En ouvrant la porte, il sut que son rêve d'indépendance et de liberté l'attendait derrière. Kakyoin ne patienta pas une seconde de plus et franchit le premier pas vers sa nouvelle vie.

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Depuis sa plus tendre enfance, Kakyoin Noriaki avait toujours été passionné par l'art. Il harcelait souvent ses parents pour qu'ils l'emmènent voir des expositions et pouvait rester des heures à contempler une peinture. Il était fasciné par la manière qu'avaient les artistes à représenter le monde à travers leur toile. Comme si leur muse pouvait sortir à tout moment du tableau et prendre place à ses côtés. C'est donc tout naturellement qu'il commença à peindre avec le matériel à sa disposition. Au début, ce n'était pas très concluant, mais petit à petit son adresse et sa dextérité évoluèrent et il commença à prendre des commandes, souvent venant de ses proches. Il avait aussi commençait à percer sur Internet mais il restait un artiste mineur parmi le flot dense que proposait la plateforme.

Il avait décidé, en commun accord avec ses parents, de se tourner vers des études arts, ne se voyant pas travailler dans un autre domaine. Toutefois, le niveau de l'université de son village n'était vraiment pas élevé et ils arrivaient à peine à atteindre une dizaine d'élèves en classe. Kakyoin décida donc de tenter sa chance dans la grande mégapole qu'est Tokyo. Il était parti passer des tests durant un week-end et avait attendu avec impatience ses résultats. Il avait toujours eu de bonnes notes et de bonnes appréciations, il était impliqué dans ses cours. Mais combien d'autres personnes avaient ses critères ? Des centaines certainement. Et il n'avait pas choisi n'importe quelle université. Il s'était inscrit dans l'une des plus prestigieuses de la cité, celle qui était réservée aux élites et aux bourgeois. Pourtant, il savait qu'il avait ses chances. Il devait juste avoir confiance en lui, n'est-ce pas ?

Les dits résultats étaient arrivés une semaine plus tard. Il était resté devant son ordinateur pendant une heure, ne trouvant pas le courage d'ouvrir le mail. Ce n'est que quand sa mère l'appela pour dîner qu'il l'ouvrit finalement. Et il était resté choqué une heure de plus en voyant le résultat. Il avait été pris. Et il n'y croyait pas. Il descendit mécaniquement et prit place à table. Il n'entendait pas ses parents lui parlaient et il contempla longuement son poisson pané jusqu'à ce que sa mère mette sa main sur son épaule.

« -Tout va bien Nori ? Tu fixes ton poisson d'une manière étrange.

-Je... j'ai été pris. Lui répondit-il. A l'université, ajouta-t-il.

Il eut un blanc puis elle vint le prendre dans ses bras. Son père, plus réservé, se contenta de hocher la tête. Cependant, il avait les sourcils froncé, et ce n'était pas une bonne chose.

-Tu sais ce que cela veut dire Noriaki. Tu vas devoir trouver un appartement.

Le jeune homme hocha la tête, ne détournant pas les yeux. Son odeur commençait à être hors de contrôle mais ses parents étaient des bêtas, alors il ne s'en inquiétait pas. C'était surtout sur ses tics physiques qu'il devait se concentrer.

-Nous en avons déjà parlé [nom père de Kak]. Il est assez grand pour s'occuper de lui-même sans nous.

-C'est vrai. Mais si jamais il a un problème...

Problème. Le roux haïssait ce mot. C'était ainsi que son père voyait son deuxième sexe. Car oui, Kakyoin était un oméga. Un oméga né de parents bêta, un fait extrêmement rare et qu'il ne voulait pas ébruiter. Bien sûr, il avait eu quelques problèmes étant plus jeune, mais il ne s'en souvenait plus et heureseument.

-Tout ira bien Papa. Je prendrais mes supresseurs et on essaiera de trouver un appartement prés d'une pharmacie.

-Tout de même... Es-tu sûr...

Sa mère ne le laissa pas finir et fronça les sourcils tout en mettant ses mains sur ses hanches.

-C'est un grand garçon. Il n'est plus un bébé. Nous devons le laisser voler de ses propres ailes. Tu es d'accord Nori ?

Il était d'accord. Jamais il ne dirait le contraire et il était très heureux d'avoir sa mère de son côté. Son père n'était pas en opposition avec son projet, mais cela aurait été plus compliqué si sa mère avait été dans le même état d'esprit. Il hocha donc la tête, agrandissant le sourire de sa mère et s'attirant le soupir de son père.

-Alors fêtons ensemble ton entrée en université Nori.

Et il leva son verre, bientôt imité par sa mère. Noriaki sourit, rejoignant ses parents en se servant à boire.

Les jours qui avaient suivi étaient remplis d'annonces, de coupures de journal et de déplacement vers la capitale. Et c'est seulement au bout d'un long mois qu'ils trouvèrent un appartement en ville et assez prés de l'université. Il n'avait pas pu le visiter en personne, car il avait été pris par ses examens de fin d'années, et malgré son assurance de changer d'université, il voulait se donner à fond pour finir au mieux son année. Quand il eut fini, il se dépêcha de faire ses valises et de passer le maximum de temps avec ses parents. Avec tous ses nouveaux changement,s il ne savait pas quand il pourrait à nouveau les voir, donc autant profiter de leurs présences.

Ses parents avaient voulu l'accompagner jusqu'à Tokyo, mais il les avait dissuadés, sachant qu'ils travaillaient tout deux le lendemain. Et puis s'il devait prendre son indépendance autant commencer maintenant. Il avait donc pris la route pour Tokyo, ne se lassant pas des magnifiques paysages, s'autorisant à effectuer quelques croquis durant le trajet. Le taximan avait été très poli, respectant son silence et répondant à ses quelques questions. Et il avait fini par arrivée. Il y était.

Et il pouvait assurer que son logement était magnifique. C'était assez petit mais largement suffisant pour lui. Il avait même le luxe de posséder une chambre d'ami et surtout un balcon avec un hamac suspendu. Il savait qu'il passerait des heures à regarder la ville, une tasse de thé à la main, un carnet à dessin dans l'autre. Il se lèverait très tôt pour avoir la chance de voir le soleil se lever et espérer ne pas finir trop tard pour l'observer se coucher.

Il avait remarqué qu'il y avait une pharmacie juste en face et supposait que son père avait pris ce paramètre en compte. Cela allait être plus simple de se fournir en suppresseur plutôt que dans sa petite pharmacie locale où seuls quelques alphas et lui en oméga se rendaient. Un détail avait d'ailleurs attiré son attention et il se dit qu'il y ferait un tour demain après les cours si'l avait le temps.

Pour l'instant, il devait se concentrer sur le rangement de ses affaires et sur son repas. Il n'était pas doué en cuisine. Bien sûr, il savait faire cuire des pâtes ou du riz, mais il connaissait ses limites. Peut-être essayerait-il de préparer un plat plus complexe dans les prochaines semaines, après qu'il se soit familiarisé avec sa cuisine. En tout cas, pour ce soir, ce serait des pâtes au fromage et au jambon.

Il les mangea sur son balcon, dans son hamac parmi les plantes vertes qu'il tenterait de garder en vie. Péniblement. Seule sa mère avait la main rose, réussissant à faire pousser de magnifiques fleurs tandis que lui réussissait à peine à maintenir un cactus en vie. Il s'était donc réfugié dans l'électronique, son père lui apprenant tout ce qu'il savait.

Néanmoins, sa passion pour le dessin restait un mystère. Aucun membre de sa famille proche ou éloignée n'était artiste. Les mauvaises langues disaient qu'il était une mutation, une anomalie apparue en même temps que son gêne oméga. Mais si cela lui permettait d'exprimer ce qu'il ressentait et de pouvoir mieux s'accepter alors cela lui convenait.

Il resta donc tranquillement assit, regardant paisiblement l'astre orangé se coucher et celui argenté se mettre à briller. Il ne se leva que pour aller prendre sa boîte de cerise que sa mère avait soigneusement emballé dans un chiffon au motif fruité et une couverture allant de paire avec ses boucles. C'était un nouveau départ pour lui. Et rien ni personne ne l'empêcherait d'aller de l'avant.

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Le métro était bondé, ce qui ne l'étonnait pas pour un lundi matin. Heureusement, l'université n'était qu'à deux stations, ce qui lui évitait de mourir étouffé. En passant devant les nombreux commerces, il remarqua une petite boulangerie qui avait l'air sympathique. Il y acheta un sandwich, mais dut faire l'impasse sur leur tarte aux cerises. Il se promit d'y revenir et d'en prendre au moins trois parts, avec un thé s'il avait le temps.

Son déjeuner dans son sac, il reprit sa route vers son université. D'après son téléphone, il prendrait un raccourci s'il tournait à gauche... Il fronça les sourcils. Une ruelle mal famée n'était pas un bon raccourci. Cela ressemblait plus à un guet-apens qu'autre chose. Il se promit de ne plus jamais emprunter ce chemin et pressa le pas. Même si les lieux étaient déserts, il ne se sentait pas en sécurité. Il avait la désagréable impression d'être observé et il n'aurait pu contrôler ses hormones sans ses suppresseurs. C'est à ce moment qu'il entendit un bruit sur sa droite. Il se tourna et écarquilla les yeux. Il y avait trois, non quatre hommes dans une petite impasse. Ils étaient en cercle et ne l'avait pas remarqué. Toute leur attention était dirigée sur une personne par terre qui semblait en mauvais état.

L'un était debout et possédait une coiffure et des vêtements assez originaux. Il avait des cheveux blancs dressés en pique sur sa tête et un t-shirt noir tenu uniquement par une bande de tissu. Il avait des boucles d'oreilles en forme de moitié de cœur et il avait son pied posé sur le visage d'un autre homme. Ce dernier avait comme seule particularité des yeux jaunes qui regardait avec une haine non-cachée les hommes qui l'entouraient. Il reçu un coup-de-poing d'un brun portant une veste rouge qui lui fendit la lèvre. Il y avait un dernier homme accroupi d'on il ne voyait que le dos, mais dont il pouvait distinguer la carrure et les muscles. Il fumait une cigarette si l'on se fiait à l'odeur et ne cessait d'envoyer sa fumée dans le visage de l'homme aux yeux jaunes.

D'ailleurs, les phéromones qu'il sentait étaient assez variées. Des odeurs fleuries comme les roses rouges et l'hibiscus qui étaient présentes sans être écrasantes, ce qui était étonnant au vu de la situation. Une autre bien plus discrète qui le transportait au bord de la mer et lui donnait envie de s'y plonger sans réfléchir. Toutefois, l'odeur qui l'étouffait était de la moutarde. Elle le prenait à la gorge, lui donnant envie de vomir ou de s'enfuir. Il ressentait la détresse et la peur de son possesseur et pouvait l'attribuer à l'homme au sol. Ce n'était qu'une supposition, mais il pouvait deviner trois alphas et un oméga.

Il put à peine faire un pas en arrière que l'homme de dos se retourna et toute l'attention fût dirigé sur lui. Il voyait des yeux bleus qui le fixaient et une pointe d'étonnement y passa avant de revenir à une neutralité familière. Familière ? Pensa Kakyoin. Non, il devait juste être fatigué. Quand il tourna la tête vers le reste du groupe, ses jambes lui obéirent à nouveau et il s'enfuit sans demander son reste. Il entendit un ''Oh my god'' être crié, mais il n'y prêta pas attention, préférant se marteler en tête de ne plus jamais écouter son GPS.

Il ne savait pas combien de secondes ou de minutes il avait couru, mais il était arrivé devant un bâtiment ressemblant énormément à une université. Toutefois, contrairement à son ancienne école, ce n'était pas un bâtiment, mais plutôt un ensemble d'édifice qui surplomblait la ville et le couvrait de son immense ombre. De plus, c'était une marée d'étudiant qui se pressait et se disperssait dans l'enceinte de l'université et non pas une poignée de personne ne sachant pas quoi faire de leur vie.

Il soupira et se prépara mentalement à une dure journée. Il chercha dans la poche de son sac et sortit d'une boîte quelques cerises. Etant en public, il se contint et les mangea comme une personne normale. Il prit son temps pour remettre ses idées en place. Il était tombé sur ce qu'il semblait être un groupe de délinquant qui tourmentait un possible élève. Et ils avaient vu son visage. C'était très mauvais. Il pria quelques minutes pour ne plus jamais les revoir et si c'était le cas, pour courir assez vite. Ce petit en-cas passé, il prit une profonde inspiration et se mêla à la foule.

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Le plan que lui avait donné le secrétariat était incompréhensible. Non seulement il n'arrivait pas à faire la différence entre les bâtiments, mais en plus, il ne savait pas précisément où il était. Résultat, il était totalement perdu. Il secoua la tête et froissa un peu les plans par frustration. Il ne lui restait plus qu'à trouver un professeur ou au pire un élève. Hélas, les couloirs étaient déserts lors de cette journée de rentrée. Et il n'avait pas envie de frapper à l'une des portes juste pour demander où était sa salle.

C'est en tournant à un angle qu'il vit une porte avec l'écriteau « salle des professeurs ». Il prit son courage à demain et s'avança vers la porte. Il sentit une boule se former dans son estomac. Il était asocial et n'aimait pas avoir une conversation avec autrui. Enfin, c'était surtout parce que la plupart des personnes de son âge manquaient cruellement de maturité. Ils s'intéressaient uniquement à son côté oméga et ne voyaient en lui qu'un moyen de défouler leurs envies. Ils avaient dû mettre un nombre incroyable d'alpha au parfum, leur répétant que non, il n'était pas une bête de foire ou une catin. C'était d'ailleurs à cause d'une mésaventure similaire qu'il portait sur lui un couteau papillon.

Il revint dans le présent quand il entendit des hurlements provenant de derrière la porte. Il s'arrêta net et retint son souffle. Peut-être devrait-il revenir plus tard ? Non, il devait être courageux et ne pas fuir devant l'adversité. Il se rapprocha petit à petit et entendait les voix plus distinctement. Il reconnut une voix de femme et elle ne semblait pas de bonne humeur.

-Qu'est-ce que je vous ai dit sur les bagarres ? Le premier jour en plus !

-Mais Lisa Lisa... Commença une voix masculine qu'il semblait connaître.

-Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme cela ! C'est Madame pour toi ! Répliqua-t-elle.

-Mademoiselle Lisa Lisa laissez-moi vous expliquer... Commença une autre voix, inconnue cette fois-ci.

-Tais-toi ! J'en ai marre de toujours vous justifier à cause de vos bagarres ! Un coup c'est vous, l'autre c'est celui avec ses cheveux. Et tu serais gentil de ne pas mettre des cendres partout. Tu peux prendre le cendrier qui est sur mon bureau.

-Mais... Lisa Lisa... Pourquoi tu lui dis rien à lui ?

-Parce que contrairement à toi il n'a pas la fâcheuse manie de se fourrer dans des situations improbables. Et il n'est pas aussi familier avec moi.

-Et moi Mademoiselle Lisa Lisa...

Et la joute mentale continua de plus belle. De l'autre côté de la porte, Kakyoin écoutait attentivement ce qu'il se passait de l'autre côté. Il pût donc apprendre que l'un des garçons se nommait Polnareff et la femme Lisa Lisa. Au son de sa voix, il devina qu'il était étranger, mais il ne pouvait dire son origine.

-Mais qu'est-ce que tu fais là toi ?

Kakyoin sursauta et émit un petit cri qu'il regretta instantanément. Il se retourna pour découvrir un homme qui le surplomblait. Il avait des cheveux blonds dressés en épis sur sa tête et un drôle de monocle rouge à l'oeil droit. Il portait une étonnante combinaison verte qui lui donnait l'air d'un militaire. Possiblement un allemand au vu de l'accent. Il respira à pleins poumons et sentit de la pêche. Un oméga ? Non, au vu de la posture il semblait être un alpha. Mais avec un parfum pareil... A voir.

-Je... Et bien...

Il bafouilla et tritura l'ourlet de son sac.

-Tu es perdu ? Demanda son vis-à-vis en haussant un sourcil. Oh ! Mais tu es notre nouvel élève transféré ! Kalyoin ?...

-Kakyoin Monsieur. Corrigea-t-il.

Il sourit de toutes ses dents et le poussa vers la porte. Il l'ouvrit et le força à entrer. La femme interrompit son sermon, son doigt encore tendu vers les garçons. Tout les regards étaient tournés vers lui et il n'aimait pas cela. Un parfum de mandarine et d'orange le frappa au visage et le fir un peu vacillé.

-Lisa Lisa, s'écria joyeusement l'homme. Il s'avança vers la femme qui recula un peu.

-Stroheim, qui nous ramenez-vous ?

-Un élève perdu il semblerait.

Ils commencèrent à parler entre eux, laissant Kakyoin étudier la pièce. Et il se dit qu'il aurait dû aller plus souvent au temple. Car il se retrouvait dans la même pièce que les malfrats qu'il avait croiséé plus tôt.

Ils étaient sagement assis et le regardaient comme s'ils n'en croyaient pas leurs yeux. Enfin, tous sauf celui à l'uniforme scolaire mal fermé qui préférait pencher sa casquette sur ses yeux en continuant de fumer. Il détourna le regard, espérant que cela les dissuaderait de le fixer. Cela ne marcha pas et au contraire, cela attira l'attention des professeurs sur eux.

-Vous vous connaissez ? Interrogea Lisa Lisa en haussant les sourcils.

-Non, absolument pas !

-Oui !

-Oh my god !

-Yare yare daze...

Stroheim papillonna des yeux. Et pour cause, ils avaient tous répondu en même temps. Des réponses hétérogènes qui plus est. Le roux fronça les sourcils en lançant un regard interrogateur aux autres hommes. Le brun avait les mains sur les joues en une mimique assez étrange et exagérée. Le garçon aux cheveux blancs souriait de toutes ses dents comme si on lui annonçait qu'il allait au parc d'attraction. Et le dernier étudiant gardait un visage neutre et sans expression.

-Et bien... Enfin, ce n'est pas notre problème éluda Lisa Lisa. Jotaro, Polnareff, Kakyoin, je vais vous conduire à vos cours respectifs. Stroheim, tu pourrais emmener Joseph en cours ?

-Bien sûr !

-Mais Lisa Lisa... Nous ne sommes plus des enfants. On peut y aller tout seul.

Elle fronça les sourcils et s'approcha de Joseph avant de lui asséner une claque sur la nuque.

-Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme cela. Tu es déprimant Jojo.

Il lui sourit ce qui ne fit qu'amplifier son froncement de sourcils.

-Les garçons, allons-y.

Elle ouvrit la porte, invitant les occupants à sortir de la pièce. Joseph faisait la moue, Stroheim le surveillant et restant derrière lui.

-Les gars ! On mange au restaurant de ramen ce midi. Vous venez ?

-Avec plaisir ! Répondit Polnareff tandis que Jotaro marmonnait un semblant d'affirmation.

Et ils se séparèrent, allant dans des directions opposées.

-Comment tu t'appelles ?

La voix de Polnareff fit sortir Kakyoin de sa torpeur et il tourna la tête vers le jeune homme.

-Kakyoin... Kakyoin Noriaki... Murmura-t-il.

-Enchanté. Je m'appelle Jean-Pierre Polnareff. Et le gars qui fait la tronche, c'est Jotaro.

-Tss. Je n'ai pas besoin de toi pour me présenter.

Puis il repartit dans sa coquille en remettant sa casquette sur ses yeux.

-Je pense que nous sommes partis sur de mauvaises bases. Enchaîna Jean-pierre, sans prendre en compte Jotaro. Tu nous as trouvés dans une situation... Spéciale, je dirais. Mais nous ne sommes pas des mauvaises personnes ! C'est ce gars qui a-

-Vous finirez votre charmante histoire à un autre moment Polnareff, nous sommes arrivés. Interrompit Lisa Lisa en s'arrêtant devant une grande porte. Kakyoin, nous te laissons ici. Si jamais tu as le moindre problème, tu peux venir me voir. Enfin, essaye de ne pas en avoir. Allons y.

Et ils partirent, laissant Kakyoin devant la porte tandis que Polnareff lui faisait un immense salut.

Le roux prit ses joues dans ses mains et se retint de faire demi-tour. Il avait à peine passé une heure ici et il était déjà épuisé. Mais il ne pouvait pas abandonner aussi facilement. C'était une question de fierté. Il ouvrit donc les lourdes portes, dérangeant le professeur qui y faisait cours.

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Etonnement, le cours s'était bien déroulé. Il avait pu trouver une place au fond de la classe et avait paisiblement prit ses notes. Bien sûr, de nombreuses personnes avaient chuchoté en le voyant, mais il avait réussi à en faire abstraction. Ses cours de la matinée étant finis, il cherchait un endroit pour déjeuner. Il était parti en premier lieu vers la cafétéria, mais toutes les tables étaient remplies. Et il faillit halluciner quand il vit le prix d'un sandwich... Il avait momentanément oublié qu'il était dans une université de riche. Ensuite, il était parti dehors, mais à nouveau, tout les kiosques étaient pris. C'est donc comme cela qu'il avait fini par s'asseoir sous un magnifique cerisier, se reposant à l'ombre de ses feuilles.

Il déballa son sandwich qu'il avait acheté la veille et mangea tranquillement. Il était surpris d'être le seul dans le coin, mais il ne se plaignait pas. C'était agréable de profiter d'un peu de calme pour remettre ses idées en place. Enfin, c'est ce qu'il pensait faire. Il s'arrêta brusquement de manger, sentant une odeur de vin rouge. Il fronça les sourcils et regarda autour de lui. Et c'est là qu'il le vit. Un Alpha blond était à quelques mètres de lui, se rapprochant avec une démarche qui dégoulinait de confiance en lui.

Il sut immédiatement qu'il n'était pas une bonne personne, qu'il devait l'éviter à tout pris. Quelque chose dans son maintien et dans son odeur le mettait mal à l'aise alors qu'il n'était même pas prés de lui. Il réfléchit à un moyen de s'enfuir, mais n'en trouva pas. Il ne pouvait pas faire semblant d'avoir fini de manger, il avait encore son sandwich dans la main. Et déguerpir sans raison valable serait encore plus étrange. Il se résigna à rencontrer le dangereux individu, évitant toutes prières cette fois-ci.

Maintenant qu'il le voyait de près, il remarqua à quel point le blond était imposant et charismatique même sans parler.

-Enchanté de te rencontrer. Tu es le nouveau, c'est cela ? Comment t'appele tu ?

Sa voix se voulait douce comme du miel, mais elle contrastait avec la froideur de ses yeux. C'est comme si le cœur de cet homme était fait de glace.

-C'est impoli de demander à quelqu'un son prénom sans se présenter en premier. Répondit simplement le roux, continuant de manger son déjeuner. Il ne devait pas se laisser faire, surtout par un alpha de sa trempe. Ce dernier haussa un sourcil de surprise, mais sourit d'une manière qui ne plaisait pas à Kakyoin.

-Mes excuses. Je m'appelle Dio, Dio Brando.

-Kakyoin Noriaki.

-Noriaki...

Il frissonna et détesta comment son nom sonnait dans la bouche de Dio. Il se rapprocha de lui, lui envoyant de plein fouet ses phéromones. Quelque chose au fond de Kakyoin se tordit et il fut très heureux d'avoir pris ses suppresseurs. En effet, sans eux, il aurait détalé face à l'odeur autoritaire de son vis-à-vis. Il voulait marquer son territoire et vérifier quel était le deuxième sexe de Kakyoin. La plupart des Alphas auraient certainement envoyé un coup-de-poing au blond tandis que les Omégas se seraient enfuis. En ne faisant ni l'un ni l'autre, il espérait lui prouver qu'il n'était qu'un Bêta ordinaire.

-Je suis en Master un de Droit et Sciences politiques. Et toi ?

Il gardait toujours son immonde sourire de façade et voulait continuer à le tester. Qu'il le fasse, Kakyoin était prêt à en découdre.

-Deuxième année de Licence d'Arts.

Une réponse courte et impersonnelle. Ne pas lui donner l'impression qu'on veut apprendre à le connaître.

-Pas besoin d'être aussi froid avec moi. Un peu de curiosité n'a jamais tué personne.
Non, mais j'adorerais tuer la tienne répondit intérieurement Kakyoin. A la place il haussa un sourcil et prit un bout de son sandwich. Il pouvait à peine sentir le goût de la pomme tant le parfum de vin rouge était concentré. Cela lui donnait la nausée, mais il ne devait pas craquer.

-Tu veux bien me dire d'où tu viens ? Ou bien ma présence te dérange ? Tu viendrais déjeuner avec moi ? Vois cela comme une sorte de compensation. Suggéra Dio en changeant son parfum. Il se voulait plus doux, plus accessible aussi.

-Non merci. Ce que j'ai entre les mains me suffit amplement. De plus, j'ai encore de quoi grignoter dans mon sac. Mais merci de l'invitation.

Le masque de Dio se fissura une seconde, mais son sourire revint en force tandis qu'il s'avançait vers Kakyoin. Son parfum avait perdu ses notes charmeuses pour revenir sur une envie de domination primaire.

-Tu m'as l'air d'être un Bêta assez intrépide. Habituellement, je ne m'occupe pas des personnes comme cela, je les laisse entre eux. Toutefois, il y a quelque chose chez toi qui m'intrigue. Tu voudrais passer un peu de temps avec moi pour que je puisse découvrir ta vérité ?

Il s'approchait dangereusement du roux, l'emprisonnant contre le tronc de l'arbre. Il ne pouvait plus s'enfuir et le visage de Dio était de plus en plus proche... Il allait...

-Dio ! Qu'est-ce que tu fais là ?

Le blond s'écarta de Kakyoin comme s'il avait été brûlé et observa le jeune à sa gauche. Cela permit à Kakyoin de s'échapper de son étreinte et de pouvoir respirer normalement. Il avait cru s'étouffé à cause du surplus d'hormones que produisait Dio.

-Jonathan... Grogna l'alpha blond.

Il se releva pour faire face au dit Jonathan. Il avait l'impression de voir deux faces d'une même pièce : même taille, même carrure impressionnante, même charisme. Ils avaient de nombreux traits en commums, mais ce qui détonnait surtout était leur différence. Un visage souriant et décontracté pour l'un et au contraire des yeux froids et une posture de combat pour l'autre. Jonathan sentait l'Earl Grey, une odeur assez douce et raffinée pour un Alpha. Car Kakyoin était sûr que l'homme aux cheveux bleus était un alpha, ne serait-ce que par la réaction de Dio.

-Que fais-tu ici ? Demanda Dio en plissant les yeux comme le ferait un chat.

-Oh ! J'allais rejoindre Erina pour déjeuner et je t'ai aperçu de loin. Je ne pouvais pas rater cette occasion de te saluer.

Kakyoin fit un petit « O » avec sa bouche en observant l'attitude de Jonathan. Il ne savait pas si c'était de l'ironie ou de la naïveté. Il pencherait plus pour la deuxième option au vu de son visage souriant.

-Tu aurais dû passer ton chemin Marmonna Dio.

-Qu'est-ce que tu as dit ? Demanda Jonathan le visage toujours souriant, pas impacté par la mauvaise humeur de son interlocuteur.

-Je vais devoir te laisser hélas. J'ai des choses à faire de mon côté. Au revoir Jonathan. Salua Dio. Kakyoin, j'espère que nous aurons la possibilité d'approfondir notre conversation.

Et il partit, ne voyant pas la grimace que Kakyoin faisait dans son dos. Toutefois, Jonathan ne s'éclipsa pas avec Dio et resta avec le roux.

-Tout va bien ? Il ne t'a pas trop embêté ? S'inquiéta-t-il.

-Oui merci pour votre intervention.

-De rien. Je sais que Dio est un peu spécial comme garçon, mais ce n'est pas une mauvaise personne. Ne lui en veux pas trop.

Kakyoin n'aurait pas dit ça comme cela, mais il ne le contredirait pas.

-Je me nomme Jonathan Joestar. Je suis enchanté de te rencontrer.

-De même. Je m'appelle Kakyoin Noriaki.

-Je vois. Toutefois, je dois vraiment aller déjeuner avec quelqu'un. Désolé de te fausser compagnie. A une autre fois peut-être. Enchaîna-t-il avant que le roux ne puisse parler.

Il lui fit un petit salut avant de repartir dans la direction du campus aussi rapidement qu'il était arrivé. Il laissa Kakyoin abasourdi, son sandwich toujours en main. Pourquoi ce genre de chose n'arrivait qu'à lui ? Il se remémora la promesse de ne pas se faire remarquer à sa mère et souffla. Il n'avait rien fait pourtant... La sonnerie le sortit de ses réflexions et il remit ses états d'âme à plus tard. Il regarda son sandwich et le rangea dans son sac. Il prit tout de même une petite cerise pour la route. Cette altercation lui avait fait perdre l'appétit et il repartit vers sa classe extrêmement fatigué et l'estomac vide.

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Il avait fini par manger son sandwich en classe, faisant le moins de bruit possible. Il mangeait aussi quelques cerises, se retenant de les déguster à sa manière. En rentrant chez lui, il remarqua le magasin de jeux vidéo qu'il avait repéré plus tôt, mais il n'avait pas la force de s'y rendre. Cette journée l'avait vidé de toutes et ses forces. La seule chose qu'il voulait faire, c'était se jeter dans son lit et dormir pendant vingt ans. S'il pouvait éviter de prendre des suppresseurs et d'avoir ses chaleurs, il serait heureux. Toutefois, il ne pouvait pas faire cela. Il avait des études à finir et une famille à aller voir. Si sa mère était là elle aurait ajouté qu'il devait aussi trouver un compagnon et il lui aurait lancé un regard noir. Il était bien trop jeune pour ce genre de chose.

Il n'avait pas fait le rapprochement la veille, mais il ne sentait aucune odeur dans l'appartement. Comme si aucun Omégas ou Alphas ne venaient ici. Il était sûr que ses parents l'avaient choisi en connaissance de cause. Il ferait quelques recherches plus tard. Sa priorité était de prendre une bonne douche et de se remettre de sa journée en s'effondrant dans son lit. Et c'est ce qu'il fit, mangeant un bol de cerise tout en méditant sur sa journée. Il s'était retrouvé dans... Comment il devrait appeler cela ? Une bagarre de gang ? Non, il était juste un spectateur involontaire. Plutôt. Il avait fait la connaissance malgré lui de voyous se nommant Polnareff, Jotaro et Joseph. D'ailleurs, était-ce une coïncidence si leurs deux prénoms commençaient par jo ? Il ne savait pas s'il voulait connaître la réponse. Puis il avait fait la désastreuse rencontre de Dio, un alpha voulant asseoir sa domination. Et il avait était sauvé par un autre alpha, Jonathan, bien plus sympathique que son compère. Encore un prénom commençant par Jo... Combien en avait-il dans cette université ? Peut-être se connaissaient-ils et formaient un boy's band ? « La bande des Jo ! ». Kakyoin éclata de rire, l'image du garçon -Jotaro s'il ne se trompait pas- avec des vêtements d'idole coréenne.

Et il se rendit compte que cela lui irait bien. Kakyoin prit une teinte similaire à ses cheveux et enfouit son visage dans son oreiller. Il voulait ne pas avoir pensé cela. Mais maintenant l'image était collé à sa rétine. Il ne pourrait plus avoir de conversation décente avec lui. Non pas qu'il voulait en avoir une, mais il avait un mauvais pressentiment. Il savait qu'il allait devoir lui faire face. Il espérait qu'il serait prêt psychologiquement pour cette rencontre. Il mit du temps à s'endormir, dévorant une bonne partie de sa réserve de cerise et finissant de nombreux jeux. Ce n'est qu'au bout du troisième jeu fini qu'il bailla et que ses yeux commencèrent à le piquer. Il rangea sa console et s'endormit, rêvant d'un petit diable jaune le poursuivant et d'un boys band le sauvant de ses griffes.