CHAPITRE DIX : Lost in black hole conversations.
« Tu peux me rappeler pourquoi on est revenu au Japon ? demanda Kagami, la tête penchée au-dessus de celle d'Aomine.
— Parce que j'avais des comptes à régler avec Momoï, Bakagami. Et ne fait pas celui qui ne le savait pas, tu es celui qui m'a encouragé à revenir ici. »
Taiga ne dit rien de plus, et regarda Riko revenir toute souriante. Il était évident qu'elle était fière de son coup, fière d'avoir planté la rose avec Shimizu. Mais bon, si avec ce départ précipité et ce coup de fil étrange Satsuki ne comprenait pas qu'ils trempaient tous dans le même bateau … Elle était quand même celle qui s'occupait de ramasser des informations, d'établir des stratégies pour l'équipe du bleu à l'époque, et sa capacité d'analyse était incroyable et très réactive. S'ils espéraient l'avoir dupé avec l'excuse de l'urgence, alors il allait sincèrement commencer à s'inquiéter pour l'intelligence du bleuté et le déclin des fonctions intellectuelles de Riko.
Si au moins Aomine l'avait écouté avant de sortir son mensonge. Mensonge aussi voyant que le personnage de Naruto en orange au milieu d'un champ de bataille.
« T'inquiète, lui susurra Daiki à l'oreille, le but était qu'elle comprenne quand même que c'était un coup monté. »
Que quelqu'un rappelle à Kagami pourquoi il s'était entiché de ce mec tordu ?
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Satsuki essuya pour la dixième fois au moins ses mains moites sur ses cuisses, se flagellant mentalement pour se laisser autant submerger par le stress. Même pour les examens elle n'avait pas autant angoissée, n'avait pas autant réfléchi à toutes les situations et solutions possibles. Bon, elle admettait qu'elle devait parier sur le fait qu'elle avait sans aucun doute révisé, et que leurs professeurs les avaient préparés en vue de cette semaine. Mais là, en tête à tête avec Shimizu, la fille qui lui avait tapé dans l'œil et charmé en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille, personne n'avait la gentillesse et la décence de la préparer minutieusement.
Aomine aurait au moins pu la préparer psychologiquement, lui glisser quelques indices dans l'après-midi pour qu'elle comprenne dans quel traquenard il allait la lâcher ce soir. Non, au lieu de cela, il devait sûrement batifoler avec Kagami et bien rigoler avec les autres de sa situation. Si elle avait vent d'un seul pari à son encontre, elle allait s'occuper d'eux personnellement.
Bon sang, comment faisait-on avec une fille ? Est-ce qu'elle la charmait comme un garçon, à coup de petites mains baladeuses ou de petites attentions physiques ? Et si elle laissait tomber un petit peu son tee-shirt sur son épaule, l'effet serait-il le même sur Shimizu qu'avec un homme quelconque ? Peut-être qu'elle devrait la complimenter, de façon subtile, loin de la manière lourde qu'elles croisaient dans la rue. Elle savait pertinemment que c'était à éviter.
« Dit, commença Shimizu en replaçant une mèche derrière son oreille, pourquoi tu travailles dans ce magasin de sport en ville ? Tu ne devrais pas être à l'université ? »
La question ne l'étonna qu'à moitié, Shimizu avait dû saisir quelques allusions, quelques piques verbales ou remarquer une certaine tension quand ils s'étaient tous rejoints ce midi. Si elle n'avait rien dit sur le coup ou l'avait juste encouragé, c'était sûrement par politesse. Ou peut-être attendait-elle qu'elle lui en parle d'elle-même ? Alors bon, si elles commençaient par ce sujet, Satsuki en serait vite débarrassée et pourrait se sentir soulagée. En revanche, ce qu'elle craignait un peu c'était la réaction de la jeune femme, est-ce qu'elle allait la regarder différemment après sa confidence ? Est-ce que son avis sur sa personne allait-il être entaché, peut-être même qu'elle baisserait dans son estime ?
Tout raconter à Aomine et aux autres semblait maintenant beaucoup moins effrayant et plus facile, pas parce qu'elle l'avait déjà fait, mais parce qu'ils se connaissaient depuis toujours, depuis si longtemps. Parce que dans cette petite bande, elle n'avait personne à impressionner. Ils n'étaient pas parfaits, loin de là même … Certains – comme Aomine lui-même – avaient joué au con, et c'étaient égaré du sentier, avant d'ouvrir à nouveau les yeux, et de reprendre leur vie en main. Ce qui expliquait aussi pourquoi personne n'avait pu lui en vouloir réellement pour son égarement, pour son silence. Quelque part ils étaient tous un peu passer par-là déjà.
Mais Shimizu … Shimizu avait l'air d'être si différente d'eux, d'elle. Elle avait l'aura d'une personne qui excellait, qui réussissait dans tout ce qu'elle entreprenait. Le chemin semblait tout droit tracé devant elle, s'ouvrir naturellement vers le succès. Ses épaules lui paraissaient assez solides pour tout affronter sans s'y perdre, pour ne pas flancher en cours de route. Satsuki n'était pas en train de la juger ni-même de la remettre en question, elle n'oserait jamais et de toute façon elle n'était personne. Kyoko lui semblait juste à des lieux d'elle, intouchable et insaisissable, et cela l'effrayait.
La sensation désagréable de la perdre, ou de perdre le peu qu'il y avait entre elles si jamais elle tentait d'ouvrir la bouche, lui avouait tout, lui tordait douloureusement l'estomac.
« Tu sais, avant je pratiquais l'athlétisme. »
Mince, elle était tellement perdue dans ses pensées qu'elle n'avait même pas répondu à Shimizu, ni-même aperçue que la conversation avait dévié sur un autre sujet. Qu'elle idiote.
« J'aimais beaucoup cette sensation de liberté, confessa la noiraude un petit sourire aux lèvres. J'étais douée, mais je m'entrainais beaucoup à côté. »
Momoï n'en doutait pas : talent inné comme Aomine ou pas, Shimizu semblait être le genre de personne à toujours tout donner, à réaliser les choses à leur maximum. Il était sûr que pour elle, le talent seul ne faisait pas tout et la rose ne le savait que trop bien. Les efforts, l'enthousiasme, la passion, le dévouement envers cette passion qui nous tient à cœur, finissaient toujours par payer, par vaincre le talent. La preuve avait été Kagami et sa victoire écrasante sur la génération miracle.
« Et puis, un jour c'est arrivé. J'ai eu un accident.
— Q-quoi ?
— On ne dirait pas comme ça, mais je ne peux plus pratiquer l'athlétisme comme avant. Et, elle se pencha en avant et remonta un peu son pantalon, je garderais des cicatrices à vie. Elles ne sont pas très jolies. »
Shimizu rigola, rien qu'un peu, un petit son pour tenter de garder la face, pour essayer de masquer sa tristesse, de dissimuler la nostalgie qui l'étreignait. Il n'empêche que Satsuki était loin d'être dupe, et qu'elle en avait déjà croisé des joueurs qui tentaient de feindre l'indifférence, de renvoyer une image joyeuse d'eux, comme si tout allait bien après un accident. Rien n'irait jamais plus.
« Moi, elle se pencha à son tour en avant et admira les jambes de Kyoko, je les aime bien tes cicatrices. Et je les trouve très jolies aussi. Je ne te dis pas de montrer tes jambes à tout le monde évidemment, mais de l'accepter et de les cacher un peu moins … Elles font partie de toi, et elle prouve que tu es une personne très courageuse. »
Très courageuse oui … Parce que Shimizu avait su se remettre d'un tel accident, avait su accepter au fond d'elle cette nouvelle réalité : celle qui lui criait désormais qu'elle ne pourrait plus jamais pratiquer, plus jamais courir comme avant. Alors que Momoï elle, n'avait fait que se cacher, que fuir et ignorer ce hurlement sonore au fond d'elle. Elle s'était retrouvée incapable d'avancer pour des choses qui ne semblaient que broutilles, alors même qu'il arrivait à chaque seconde qui s'écoulait, bien pire à quelqu'un d'autre.
« Je t'admire, laissa-t-elle échapper en se redressant. Et puis, je ne devrais pas te faire de grande leçon de morale, vu mon niveau … »
C'est peut-être parce que Kyoko était courageuse, et que son courage semblait l'avoir un peu contaminé, qu'elle trouvait enfin la force de lui avouer ses propres erreurs, ses propres regrets.
« Si je travaille, c'est en réalité parce que je ne savais pas quoi faire après le lycée.
— Tu ne savais pas quelle université choisir ? questionna la plus jeune en rabattant son pantalon dans le but de reprendre une position plus adaptée, plus confortable.
— Oh non, rigola Momoï. J'avais l'embarras du choix grâce à mes résultats … C'est plutôt la motivation qui m'a fait défaut, je suppose. J'étais complètement perdue et j'avais cette sensation d'être laissée pour compte. »
Ses yeux commencèrent à lui piquer douloureusement, et elle sentit son menton se mettre à trembler. Bon sang, c'était quoi ce comportement de gamine ?
« Pardon, marmonna-t-elle honteusement. Je pensais que ça serait plus facile maintenant que les autres sont au courant, mais je me sens toujours un peu coupable.
— Ne t'excuse pas. »
Est-ce que c'était ses pupilles qui voyaient trouble à cause des larmes qui coulaient le long de ses joues ou est-ce que Shimizu était réellement en train de déposer sa main sur la sienne ? La chaleur qui lui remontait dans l'avant-bras, la légère pression exercée sur son membre et leurs doigts entremêlés lui firent comprendre que non … Non, elle ne rêvait pas.
Très bien, elle lui devait des explications et maintenant.
Maintenant avant qu'elle ne se débine.
« J'ai connu les garçons, ceux qu'on appelle « La génération miracle » au collège, sauf Aomine. C'était mon voisin depuis l'enfance. Sans mentir, leur équipe était incroyable et rapidement, ils sont devenus imbattables. Chacun avait son domaine de prédilection et son propre style, alors sur le terrain, ils se complétaient bien. Mais les victoires, tu sais, elles finissent par user, soupira douloureusement la rose aux souvenirs d'Aomine qui affluaient dans sa tête. Aomine s'est perdu là-dedans, et les autres se sont écartés. Pour être sûr de s'affronter un jour, ils ont chacun choisi un lycée différent. »
Shimizu continuait ses caresses sur ses doigts et c'était apaisant, réconfortant. Elle ne se sentait pas ennuyeuse, comprenant par ce geste qu'elle avait l'entière attention de la manager de l'équipe de volley. C'était une sensation agréable, alors elle continua.
« J'ai préféré rester avec Dai-chan, parce que c'était lui le plus féroce et parce que nous étions amis d'enfance. Et à côté, je cherchais un moyen de les réconcilier entre eux, avec eux-mêmes et avec le basket. Je voulais leur trouver des adversaires qui pourraient les faire redescendre de leur trône.
— Kagami, murmura Kyoko comme une évidence.
— Oui, Kagami. Mais c'est Kuroko qui l'a trouvé. Ce type, Kagami est un vrai du basket qui progresse très rapidement et qui ne se laisse pas abattre, rigola Momoï. Il a battu les garçons un par un et les matchs étaient tous très impressionnants ! Et il a sauvé Aomine, rien que pour ça je ne le remercierai jamais assez.
— Mais ? osa la brune, sentant qu'il y avait plus, que l'histoire ne prenait pas fin là et que le problème était ailleurs.
— Mais à cause de lui, les garçons se sont éparpillés. Enfin, pas vraiment à cause de lui … Plutôt grâce à lui. Évidemment, l'entrée à l'université à grandement aider. On ne pouvait pas tous rester au même endroit mais de là à changer de continent … »
La rose ravala douloureusement la boule de sanglot qui menaçait d'exploser en elle. Ce n'était pas vraiment à Kagami qu'elle en voulait en réalité. Elle le savait innocent dans cette histoire, qu'il n'était pas coupable de la dispersion des garçons … Parce qu'ils étaient tous assez grands pour prendre leur propre décision. Mais cela serait mentir de dire que non, la décision de certains n'avait pas été influencée par le départ du rouge.
« Parce que Kagami est retourné en Amérique, certains ont sauté sur l'occasion pour partir aussi. Aomine notamment était obsédé par l'idée de retrouver le fauve qu'était Taiga. Kuroko ne jouait plus aussi bien que lorsqu'ils formaient un duo et Kise n'arrivait pas à se faire à l'idée de rester dans un pays où son modèle n'était pas. Alors, ils ont pris l'avion à la fin du lycée. »
Ils sont partis, pendant qu'elle, elle sautait à pied joint dans l'obscurité, dans le néant des doutes et de l'incertitude. Même si Daiki n'avait pas attendu la dernière seconde pour lui faire part de sa décision, elle n'aurait jamais pensé qu'il était si sérieux et qu'il ne reviendrait pas sur sa parole. Elle pensait désespérément qu'il finirait par revenir, peu importe les sentiments complexes qu'il pouvait bien éprouver pour le rouge et son envie permanente d'être meilleur que lui. C'était un peu méchant, un peu mesquin, elle en avait pleinement conscience mais à l'époque, elle ne pouvait se raccrocher qu'à cela.
« Les autres eux, se sont plongés dans les études, et ils sont partis dans des universités différentes. J'avais cette impression étouffante d'être moins importante qu'avant, que je n'étais plus utile. Je m'étais toujours imaginé faire les choses avec eux, avec Dai-chan et du jour au lendemain tout s'est effondré. Je n'ai accepté aucune proposition d'université, rigola Satsuki en repensant à la tête de ses parents lorsqu'elle leur avait annoncé ses nouveaux projets de vie. J'ai pris un petit appartement, et mon patron a bien voulu me laisser ma chance ! »
Seule la main de Kyoko emmêler à la sienne lui permettait de se raccrocher à la réalité. D'ailleurs, elle n'osait même pas relever les yeux, la peur l'obligeant à regarder sans ciller leurs mains. C'était drôle, comme elles s'emboîtaient si bien, comme la main de la brune semblait petite et douce. Si jamais elle avait le malheur de se faire rejeter ce soir, elle pourra au moins se vanter d'avoir pu toucher Shimizu, d'avoir pu lui tenir la main.
« Satsuki, l'appela doucement la manager de l'équipe de Karasuno. Relève la tête, je ne vais pas te juger. »
Les épaules de la rose se relâchèrent immédiatement, comme soulagées d'un poids invisible. Ses yeux virent se planter dans ceux de son vis-à-vis.
« Tu es très courageuse aussi. Et, je ne vais pas te dire que je te comprends, parce que cela serait te mentir. Mais je suis heureuse de connaître ton histoire, et d'avoir la chance d'observer de loin ton évolution parce qu'il ne fait aucun doute que tu vas remonter la pente. »
C'était sûrement l'ambiance. L'ambiance, les paroles réconfortantes et compréhensives de Shimizu et sa main dans la sienne qui lui envoyait des décharges de chaleur. Peut-être aussi un peu ses yeux qui ne la lâchait pas, ses deux pupilles qui la fixaient sans ciller et qui n'exprimait qu'admiration. Aucun signe de pitié, ni-même de méprise. La brune ne brillait que de sincérité.
« Tu me plais. Tu me plais beaucoup, en réalité. »
Ouais, l'ambiance. Et le fait que cela soit Shimizu en face d'elle.
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Oups, je sais ... J'ai énormément de retard ? Mais faut dire que j'ai été pas mal occupée /3.
Enfin bon : voilà le chapitre dix, et demain je vous offre le chapitre onze.
mariam150295 :
Hello :) Déjà : je tiens à m'excuser personnellement du retard, je sais que tu suis / suivais ma fanfic de très près ! Ensuite : j'adore toujours autant tes commentaires, ils sont tous très positifs et me font toujours rire ! Je suis contente que le chapitre précédent t'ait plu, l'après-midi entre Karasuno et la team basket m'a grave touchée dans mon kokoro lorsque je l'ai écrite ! J'espère que celui-ci aussi te plaira ! Et d'ailleurs, je pense que tu n'es plus malade, enfin rien n'est sûr avec ce temps éclaté !
J'avoue avoir pris pas mal de temps à revenir poster la fin de cette histoire suite à tes nombreuses idées. J'ai beaucoup cogité, et je crois que je ne suis pas encore tout à fait prête à laisser partir ce joli monde. J'aime beaucoup tous les voir rassembler dans une fanfic et les voir interagir ensemble (et j'aime surtout beaucoup Aomine et Kagami oups), alors spoiler : le chapitre onze de demain ne sera pas la fin. Ou disons que si, mais il sera suivi de beaucoup de bonus, jusqu'à temps que je sois prête à leur dire au revoir ! Merci à toi donc, pour toutes tes idées : à partir du chapitre douze, ils te seront tous dédier !
Voilà, bon courage et bonne lecture. Prends soin de toi et merci d'être passée me lire :) !
